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vendredi 31 octobre 2014

Vous parler de ça - Laurie Halse Anderson


ROMAN COUP DE POING!!!

Présentation de l'éditeur: Melinda Sordino ne trouve plus les mots. Ou plus exactement, ils s'étranglent avant d'atteindre ses lèvres. Sa gorge se visse dans l'étau d'un secret et il ne lui reste que ces pages pour vous parler de ça. Se coupant du monde, elle se voit repoussé progressivement par les élèves, les professeurs, ses amis et même ses parents. Elle fait l'expérience intime de la plus grande des injustices: devenir un paria parce que ceux dont elle aurait trop besoin pensent que le mal-être, c'est trop compliqué, contagieux, pas fun. Melinda va livrer une longue et courageuse bataille, contre la peur, le rejet, contre elle-même et le monstre qui rôde dans les couloirs du lycée. 

Premièrement, ne cherchez pas à en savoir plus sur l'intrigue de ce livre. Même si on devine assez rapidement le problème dont souffre Melinda et l'expérience traumatisante qu'elle a vécu, le savoir avant que les mots lui viennent, est un peu comme lui manquer de respect. Il faut laisser au roman le soin de se dérouler, de se dévoiler lentement, de la même façon que Melinda nous dévoile peu à peu son mal-être et les angoisses qui la ronge. 

Le roman de Laurie Halse Anderson, qui n'est pas une nouveauté il est sorti aux États-Unis il y a un moment maintenant, est la troisième publication des éditions de La belle colère et je dois admettre que cette maison d'édition a des bollocks grosses comme ça! (si si). Après Dieu me déteste sur des adolescents en phase terminale de cancer (qui n'a rien à voir avec Nos étoiles contraires) et le plus léger La ballade d'Hester Day sur le passage de l'adolescence à l'âge adulte, ce troisième opus est un coup de boule in da face!

Non parce que tout de même, s'enquiller dans la même année, les adolescents mourants et le traumatisme de Melinda, c'est un défi qui n'était pas le plus simple à relever. Dans sa forme, comme pour les romans précédents, ce livre penche nettement du côté adolescent de la littérature: une narration à la première personne agrémentée parfois de formes orales, une héroïne de 16 ans et un cadre lycéen très fort. Cependant, ce serait une erreur de le cantonner uniquement aux adolescents et jeunes adultes car il traite d'un problème autrement plus grave qui mérite d'être abordé par tous. Rien à voir ici avec un "simple" mal-être adolescent mais d'un problème hautement plus grave qui mérite l'attention de tous. [Je mets "simple" entre guillemets, vous comprendrez bien que je différencie ce qui peut être lié à l'adolescence comme l'éveil de la sexualité par exemple de ce qui n'est pas lié, comme ce qui est arrivé à Melinda]. D'ailleurs, la somatisation de l'évènement par la perte progressive de la parole est à la fois très symptomatique du problème de Melinda qui n'arrive pas à dire, à extérioriser ce qu'elle a vécu mais également une excellente trouvaille littéraire car l'écrit redonne sa voix à Melinda. 

Sans jamais être pathétique ni caricatural - et je remercie infiniment La belle colère pour le choix toujours aussi judicieux de ses textes - nous assistons à la descente aux Enfers de cette adolescente, mise au banc de la société qu'elle fréquente, jusqu'à ses propres parents. Personne ne semble comprendre sa soudaine prise de poids, son mutisme ni le décrochage scolaire dont elle souffre...jusqu'à ce que...quelques mains se tendent et que la parole enfin se libère. 

Vous parler de ça est non seulement un récit sur un crime qu'il faut réussir à bannir et à condamner mais aussi un sublime parcours initiatique qui redonne la voix à celles et ceux qui l'on perdu. J'ai compris dès les premières pages ce qui était arrivé à Melinda mais ça ne m'a pas empêchée d'être à la fois horrifiée par la situation et sincèrement émue par le dénouement - de la parole et de l'intrigue. 

On ne peut pas ne pas être du côté de Melinda car elle nous apparait dans toute sa vérité. C'est l'indéniable avantage du lecteur sur le reste des protagonistes de cette intrigue: nous savons, nous ne pouvons remettre le malaise et les terreurs de cette jeune fille en doute et nous ne pouvons pas nous taire. Laurie Halse Anderson nous offre un roman poignant et d'une force énorme sous des apparences très modeste. Même si vous sortez secoués de cette lecture, vous vous apercevrez qu'on en retire beaucoup. 

UN MUST READ.

mercredi 29 octobre 2014

Le prodigieux destin de Peter - Maëlle Fierpied


COUP DE CŒUR DE PERSEPHONE

Présentation de l'éditeur: Mesdames et messieurs, laissez-moi vous conter l’histoire de Peter, l’ange du cirque des Merveilles. Est-il homme ou oiseau ? Nul ne le sait. Toujours est-il qu’il vit aujourd’hui parmi nous, le garçon aux ailes de plumes et aux rêves d’altitude. Laissez-vous envoûter par la magie de son ballet aérien, envolez-vous à ses côtés le temps d’une représentation…
Lorsque Peter Petons prend son envol sous le chapiteau du cirque des Merveilles, nul ne peut imaginer que le garçon aux longues ailes déployées a longtemps été un vilain petit canard.
Bébé, il est né fragile, jugé simplet par les médecins. Plus âgé, quand son dos s’est déformé, quand deux moignons d’ailes ont poussé, on l’a surnommé Peter Poulet !
Que s’était-il passé ? La chose est difficile à raconter. Tout a commencé par l’explosion d’une chaudière dans une usine de fabrication de pantoufles, lorsque Peter a été recouvert de pâte polyductimère…

Quand on s'appelle Fierpied, que son héros s'appelle Petons et qu'il vit dans l'usine à pantoufle, ce n'est plus de la coïncidence, c'est la destinée! 
C'est avec beaucoup de poésie et une grande tendresse que Maëlle Fierpied nous raconte l'histoire de Peter un petit garçon très simple qui à la suite d'un incident spectaculaire va devenir un être exceptionnel. 
Dans ce texte on retrouve tout ce qui fait la douceur des romans médium de l'école des loisirs: une histoire choupinoupinette remplie de personnages tous plus attachants les uns que les autres, tous plus loufoques les uns que les autres également, un récit haut en couleur qui nous emporte véritablement dans un monde coloré et imaginaire. 

La réussite du texte de Maëlle Fierpied tient tout d'abord à sa très jolie écriture. Dès les premières pages elle arrive sans aucune difficulté à créer une ambiance propre à son récit et qui ne nous lâchera pas de toute la lecture. On sent immédiatement que nous sommes dans un livre doudou, propre à devenir ce genre de récit qu'on ne veut plus quitter parce qu'il nous fait du bien et qu'il nous raconte de jolies choses impossibles. Je suis souvent la première à dire que je m'attache moins au style qu'à l'intrigue - et d'une manière générale c'est vrai, sauf lorsque l'ensemble est écrit à la truelle, know your limits - ceci dit, il est très important que l'écriture dégage un petit plus, nécessaire à nous immerger dans le roman de façon rapide et agréable. Pari réussi pour Maëlle Fierpied qui y parvient sans peine. Ce fut un vrai bonheur de lire ses lignes et de se laisser porter au gré des mots.

Comme je le disais, les personnages sont très attachants et un peu loufoques et c'est une excellente chose. Bien que sur un modèle semblable - on sent une grande cohérence entre les personnages du roman - ils n'en restent pas moins uniques, bien distincts les uns des autres avec leurs petites particularités. Les époux Pantoufles sont adorables et gentiment allumés, comme le docteur qui s'occupe de notre ami Peter. Les gens du cirques et notamment les personnages d'enfants sont écrits de façon très juste. Peter Petons est d'ailleurs très intéressant car on ne commence à s'intéresser véritablement à lui et à le comprendre qu'à partir du moment où il se transforme. C'est une transition très bien menée, tout en douceur à l'image de son personnage. Peter est un petit garçon avec des rêves plein la tête, des envies de voler fascinantes et beaucoup d'imagination. C'est un régal de suivre son parcours. 

D'ailleurs en parlant de son parcours, cette transition assez inattendue vers le cirque était une excellente idée! Il y a dans ce cirque une ambiance années 20 tout à fait charmante, un peu surannée qui fait encore rêver les petits et les grands. Pour être honnête, j'adore j'adore j'adore le cirque. Voir les animaux, les voltigeurs, les jongleurs, les acrobates et les clowns ça me fascine, j'adore ça! Je ne pouvais qu'être ravie de constater que la seconde partie de l'intrigue se déplaçait vers un univers que j'affectionne tout particulièrement. J'ai littéralement fondu pour l'ambiance du cirque et ses habitants! Voila pourquoi je pense que Le prodigieux destin de Peter est un livre absolument doudou qui vous met des étoiles plein les yeux. Cette partie est clairement ma préférée et jétais ravie de ce que l'auteure en a fait! 

Si je devais formuler une critique c'est que l'ensemble manque un peu d'enjeu, un méchant apparaît brièvement dans le dernier tiers du roman mais il n'a pas le temps de s'installer comme véritable menace. Du coup, certains pourraient trouver que l'intrigue est finalement simpliste mais personnellement, ça ne m'a pas dérangée. J'ai aimé lire pour une fois une histoire simple mais bien écrite, avec une ambiance câline et des personnages que j'aimerai retrouver par la suite.

En bref, Le prodigieux destin de Peter, est un roman doudou qu'il faut découvrir! Si vous aimez les romans de Malika Ferdjoukh et ceux de Marie-Aude Murail, je pense que vous ne pourrez pas passer à côté de la poésie de Maëlle Fierpied et de Peter Petons!

lundi 27 octobre 2014

L'escalier Hurleur - Agence Lockwood #1 - Jonathan Stroud


COUP DE CŒUR DE PERSÉPHONE

Résumé: Un terrible fardeau s’abat sur Londres : des fantômes envahissent les rues de la ville, s’introduisent dans les maisons et terrorisent leurs occupants… La jeune et talentueuse Lucy Carlyle, promise à une grande carrière de chasseuse de spectres, vient d’intégrer la modeste agence du déjanté Anthony Lockwood. Mais leurs affaires vont mal. Les agences d’extermination de fantômes fleurissent et la concurrence est rude. Impossible de refuser le moindre contrat, même si la mission s’avère des plus dangereuses… C’est ainsi que Lockwood et Lucy se retrouvent en pleine nuit dans la terrifiante demeure de la famille Hope, à traquer le fantôme du sanguinaire duc rouge. Un escalier hurlant, une chambre de torture, des squelettes derrière toutes les portes… un seul mot d’ordre : ressortir vivants !

 Après la terrific série Bartimeus (#2) j'étais ravie d'apprendre que Jonathan Stroud revenait sur le devant de la scène ado avec une nouvelle série qui penche cette fois un peu plus vers l'Urban Fantasy et l'Horreur. Ce nouveau roman nous entraîne dans un Londres hanté! Attachez vos ceintures, l'Agence Lockwood and Co vous emmène dans les tréfonds de l'angoisse. 

Je me suis amusée comme une petite folle dans ce premier tome. Jonathan Stroud y a mis tous les ingrédients qui nous faisaient plaisir dans Bartimeus: un intrigue pleine de rebondissements, de l'humour et un flegme tout britannique. 

L'histoire est racontée à la première personne par Lucy Carlyle, une jeune fille énergique et brillante. C'est un personnage avec lequel nous sommes immédiatement en confiance. Elle n'a pas les deux pieds dans le même sabot et sait ce qu'elle fait. À côté de Lucy nous retrouvons Anthony Lockwood, le directeur de l'agence (à peine plus âgée que notre héroïne) qui fait preuve d'un flegme britannique dans absolument toutes les situations! Pour compléter ce trio, George fait figure de rat de bibliothèque débraillé mais compétent. Trois personnages très différents, suffisamment différents pour que les lecteurs puissent s'identifier à l'un ou à l'autre et ça, c'est une caractéristique qui m'a beaucoup plu.

Depuis que je suis librairie, j'ai pris d'avantage conscience des problèmes d'identifications dans les romans, à savoir: l'héroïne est une fille donc c'est pour les filles, le héros est un garçon = c'est pour les garçon. Premièrement, c'est une idée qui m'insupporte au plus au point. En quoi cela est-il pertinent? En tant que femme, je lis des romans dont les héros sont des hommes et je n'ai pas de problème à apprécier ma lecture. En quoi de petites filles seraient incapables de faire pareil? Pareillement, pourquoi un petit garçon ne pourrait pas lire de romans dont l'héroïne serait une fille? C'est tout de même se priver de nombreux très bons romans pour des raisons fumeuses. Le rapport avec L'agence Lockwood me direz-vous? Le fait est qu'ici, Jonathan Stroud choisi trois héros et leur donne une certaine neutralité, ce qui permet d'être un excellent livre pour TOUS les enfants. Et ça me repose!

L'intrigue en elle-même reprend à la fois les codes du roman d'horreur, avec les apparitions de fantômes, les cadavres planqués un peu partout, mais aussi les codes du roman policier car nos trois agents recherchent activement le meurtrier d'une jeune fille. Comme d'habitude avec Stroud, l'intrigue est bien maîtrisée, gérée comme il faut du début à la fin avec ce qu'il faut de fausse piste pour donner de bons retournements de situation. Même si j'avais compris assez vite qui était l'assassin, l'intrigue était très agréable à suivre et les personnages prennent de plus en plus d'ampleur au fur et à mesure que le roman avance. Jonathan Stroud joue de la peur des fantômes mais le roman n'est pas non plus effrayant. Il fait peur, un peu, mais pas trop.

L'agence Lockwood, tome 1, est encore une fois un très bon cru de l'auteur qui sait se renouveler après Bartimeus. Ce sont deux séries très différentes même si elles partagent des caractéristiques communes intéressantes. C'est un roman que je recommande chaudement, un très bon moment de lecture. Quant à moi, j'ai déjà récupéré la suite (disponible en anglais). Je vous en reparle plus tard! 

lundi 22 septembre 2014

Le ciel nous appartient - Katherine Rundell


COUP DE CŒUR DE PERSÉPHONE

Résumé: Tout le monde pense de Sophie qu’elle est une orpheline. Nulle femme n’a en effet survécu au naufrage qui la laissa, à l’âge d’un an, flottant dans un étui à violoncelle au beau milieu de la Manche. La fillette demeure cependant intimement persuadée que sa mère n’a pas sombré avec le navire. Alors, lorsque les services d’Aide à l’enfance anglais menacent Charles Maxim, son tuteur, érudit généreux aussi courtois que maladroit, aux méthodes d’éducation  fantasques, de lui reprendre la garde de Sophie, celle-ci, suivant l’enseignement de ce doux rêveur, décide de ne négliger aucune possibilité, et part pour Paris en sa compagnie sur les traces de sa mère… Une cavale menée sous le signe de l’espoir, qui conduira la fillette aux cheveux couleur des éclairs sur les toits de la ville-lumière. Elle y fera la connaissance de Matteo et de sa bande de danseurs du ciel. Froussards et phobiques des hauteurs s’abstenir : mieux vaut avoir le cœur bien accroché pour pouvoir suivre ces gamins-là !

Je suis tombée dans l'univers des Grandes Personnes depuis que je suis libraire et c'est une plongée que je ne peux regretter. Entre les livres de Mary Hooper (je conseille le génial Velvet), le drôlissime et noir Les 9 vies de Philibert Salmek, et le GENIALISSIME Mademoiselle Scaramouche de Jean-Michel Payet (dont je vous dois une critique, I know), Les Grandes personnes est une maison d'édition de qualité et qui propose aux adolescents de bons romans atypiques. Il y a une vraie ligne éditoriale et cela mérite d'être dit et répété. Je suis d'ailleurs pleine de tristesse car j'ai appris que faute de succès, ils arrêtent de publier des romans pour le moment.
Après vous avoir parlé de Le ciel nous appartient (Rooftoppers) de Katherine Rundell, vous comprendrez sûrement pourquoi je suis plus que peinée de voir une maison d'édition de qualité cesser sa production.

Mais revenons à nos grenouilles, j'ai découvert Le ciel nous appartient au début de l'été car il fait partie de la rentrée littéraire et ce fut pour moi un IMMENSE COUP DE CŒUR! Je dirais même que des 33 romans que j'ai lu pour cette rentrée littéraire, celui-ci est sans aucun doute celui que j'ai préféré, tout genre confondu.

Dans ce roman qui sent bon le mélange franco-britannique, nous retrouvons Sophie, une petite fille indépendante et débrouillarde, sauvée de la noyade dans son étui à violoncelle par Charles Maxim, un anglais excentrique comme on les aime. La première moitié du roman est vraiment marquée par l'excentricité britannique, ce petit grain de folie qui nous fait nous sentir comme à la maison. L'éducation donnée par Charles Maxim à la jeune Sophie est atypique, charmante et les efforts de cette dernière pour comprendre ce que les services de l'orphelinat attendent d'elle sont touchants. La relation père-fille que les deux protagonistes entretiennent est également l'un des facteurs doudou de l'intrigue. Même si Charles ne s'improvise pas père du jour au lendemain, l'amour qu'il porte à sa pupille est palpable et réciproque. C'est une très jolie relation que l'auteure nous propose, pleine de tact et de douceur et beaucoup de beaux sentiments sont pudiquement montrés.

La seconde moitié nous transporte à Paris dans une ambiance différente, beaucoup plus aventureuse. Charles et Sophie sont sur la piste de la maman de la jeune fille. La rencontre de celle-ci avec des enfants des rues change la donne. J'ai adoré cette seconde moitié autant que la première. Bien que différente, la transition se fait en douceur. Découvrir Paris par les toits et le jeune Matteo permet de replacer Sophie dans un environnement plus enfantin tout en développant son côté casse-cou. C'est une petite fille intelligente, débrouillarde et attachante. Les autres enfants forment une super bande, hétérogène et drôle mais qui sait aussi être grave lorsqu'il le faut.

L'histoire serait seulement sympathique si elle n'était pas soutenue par une magnifique écriture, pleine d'émotion. Lire Le ciel nous appartient, c'est comme se laisser porter par un morceau de violoncelle qui nous guiderait jusqu'à la maman de Sophie. Définitivement, ce roman est un morceau de poésie et de musique, les dernières pages sont comme une frénésie de musique qui transporte le lecteur. Katherine Rundell nous offre un roman poétique, magnifique, musical, un vrai morceau de langue.

Un roman superbement écrit aux personnages émouvants et à la beauté évidente. Un vrai coup de cœur qu'il faut faire lire à tout le monde.
À partir de 11 ans pour les bons lecteurs. 

vendredi 23 mai 2014

Et si on se mettait à la BD? Episode 8: Billy Brouillard



Bien le bonjour! Bienvenu dans ce 8ème épisode de "Et si on se mettait à la BD?" consacré cette fois-ci à Billy Brouillard. Vous ne connaissez pas Billy Brouillard? Ce chercheur de fantômes et autres choses terrifiantes. Notre jeune ami est sorti de la plume de Guillaume Bianco. 
Billy a déjà 3 albums pour lui plus deux Hors-séries, dont tous reproduisent un même univers un peu glauque mais drôle, à la Tim Burton.

Le don de double-vue

Présentation de l'éditeur: Billy, sans ses lunettes, ne voit pas très bien ce que les autres, parents et petite sœur, voient. En revanche, sans ses lunettes, il voit ce qu’eux ne voient pas : des créatures fantastiques et horribles, le monde des ténèbres et ses dangers permanents. Et ça, il adore. Ceci dit, depuis que son chat Tarzan est mort, la Mort, qui le fascinait auparavant, n’exerce plus le même pouvoir de séduction. Mais il aimerait comprendre. Quitte à se faire aider par un vieil homme de légende, qu’on ne voit jamais et qui visite les maisons en fin d’année…

C'est dans ce premier opus que nous rencontrons ce cher Billy, petit garçon fasciné par l'étrange, le mystère et la mélancolie. Parce que son chat Tarzan est mort, Billy s'intéresse de près à la mort. c'est le prétexte que prend Guillaume Bianco pour nous raconter plusieurs histoires à se faire dresser les cheveux sur le crâne.
Le petit garçon qui ne croyait plus au Père Noël

Présentation de l'éditeur: Tiraillé entre le Père Noël et le Croquemitaine, Billy Brouillard préservera-t-il son âme d’enfant ?

Le chat de Billy Brouillard est mort. Et même le Père Noël semble incapable de le ramener à la vie. Comment alors avoir foi en lui... surtout lorsque le jeune garçon découvre un jour, un faux costume de Père Noël, caché dans la chambre de ses parents ? « Le Père Noël » : ne serait-il qu’un subterfuge des adultes afin de discipliner les enfants crédules ? Faut-il malgré tout y croire, afin de ne pas réveiller le mystérieux et terrifiant Croquemitaine ? Vous l’apprendrez en dévorant ce 3e opus, métissage narratif entre bande dessinée, textes illustrés et bestiaire.

Notre petit ami Billy ne supporte pas le fait que Tarzan soit mort, alors lorsqu'on essaye de se payer sa tête, notre aventurier se met en tête de trouver le Père Noël et de lui dire sa façon de penser. Accompagné de Léa, il s'embarque dans une drôle d'aventure.

 Le chant des sirènes

Présentation de l'éditeur: Billy Brouillard est de retour, non pas pour se venger, mais plus simplement de ses vacances à la mer. Si les revenants ou autres brucolaques le laissent maintenant (un peu) tranquille, de nouvelles espèces de créatures sont désormais au centre de ses tourments : les nymphes et, plus largement, tout ce qui vit sous l'eau...

Guillaume Bianco explore dans ce troisième volume des aventures de Billy Brouillard, un nouveau pan de la littérature de l'horreur: les monstres marins! Et c'est encore moins marrant que ce qu'il y a sous terre, foi de Billy Brouillard!


Les comptines malfaisantes I

Présentation de l'éditeur: "Les comptines malfaisantes , sont au nombre de treize.
Leurs origines sont diverses et variées , souvent mystérieuses.
Certains prétendent qu'elles auraient été écrites par le diable en personne, afin de punir les enfants dissipés.
Quatre d'entre elles ont été retranscrites à ce jour, elles vous sont ici livrées..."

Changement de décors avec cet Hors-série de Billy. Point d'album mais 3 livres de contes, les propres livres de chevet de Billy. Illustrés comme il se doit par le pinceau de Guillaume Bianco, se sont trois horribles histoires qu'il nous propose. 

Retrouvez l'histoire de l'hôte funeste, la complainte de la fille de l'eau, de la Petite princesse qui faisait du mal aux gens et d'Imothep.
De quoi terrifier vos enfants s'ils ne sont pas sages. 

Les comptines malfaisantes II (comptines noires):

Présentation de l'éditeur: Fantaisistes et angoissantes, quatre nouvelles “comptines malfaisantes” aujourd’hui dévoilées dans ce second coffret !

Rangées sur l’étagère de Billy Brouillard, les comptines malfaisantes sont au nombre de treize. Leurs origines demeurent mystérieuses, mais certains prétendent qu’elles auraient été écrites par le Diable lui-même afin de punir les enfants dissipés.

Quatre d’entre elles ont déjà été retranscrites, quatre nouvelles le sont aujourd’hui :
– Vous brûlerez d’épouvante en découvrant Ézilda, le lézard géant qui suit les enfants comme leur ombre sans raison apparente...
– Plus jamais vous ne vous endormirez dans le noir après avoir lu la sinistre histoire du Nez qui dépasse...
– Si vous survivez à la lecture d’Angoisses nocturnes, vos cauchemars auront une saveur âpre...
– Et enfin, vous en saurez un peu plus sur le terrifiant Monsieur du Sac qui effraie tant Billy...

Prenez gare... Comme certains contes populaires, la morale de ces comptines peut s’avérer dure, ironique, souvent cruelle... mais toujours surprenante.

L'encyclopédie curieuse et bizarre vol. 1: Les Fantômes

Présentation de l'éditeur: Le premier volume de L’Encyclopédie curieuse et bizarre par Billy Brouillard est destiné à révéler les secrets des fantômes ! Ils vivent parmi nous, nous en croisons tous les jours... Pourtant, il n’est pas aisé de les identifier ! Certains sont inoffensifs, loufoques, alors que d’autres ne reculeraient devant rien pour s’emparer de vos âmes.
Il est donc plus que nécessaire de connaître leurs mœurs et leurs coutumes afin de les apprivoiser et d’apprendre... à ne plus en avoir peur ! Savoirs spectraux, conseils avisés, histoires tantôt insolites, tantôt burlesques et jeux fantomatiques... tout les moyens sont bons pour tout apprendre des fantômes.

Histoire de bien finir cette chronique, nous allons parler plus en détail du dernier né de la série, L'encyclopédie curieuse et bizarre, sortie en avril. 
Il s'agit d'un superbe album, plus grand qu'une BD normale, richement illustrée. Destinée avant tout aux ados et aux adultes - c'est assez effrayant parfois, je ne suis pas sûre qu'elle convienne aux moins de 10 ans - L'encyclopédie curieuse et bizarre vous plonge dans les recherches de Billy sur les fantômes. 


J'ai carrément adoré l'ambiance et les dessins. Ça fait gentiment flipper, on sent un côté Burtonien qui me plaît beaucoup et on est super facilement plongé dedans. La première partie de l'album concerne les "vrais" fantômes, du moins les plus connus d'entre eux avec des pages de faux journaux sur le sujet et les conseils de Billy sur comment voir les fantômes et s'en protéger. 

Viennent ensuite des histoires de Billy Brouillard comme la jeune fille au couteau, le fantôme du placard ou encore le fils de la mort. Je ne suis pas facilement flippée mais j'avoue que certaines histoires filent la chair de poule. Et c'est super!!!  
Les illustrations sont tout simplement superbes, tantôt épurées, tantôt chargées de détails comme la planche sur Jack'o'Lantern toute en ombre. 

Guillaume Bianco conjugue l'histoire à un dessin glaçant pour mieux nous faire plonger dans l'univers de Billy. Ce nouvel opus, qui regroupe donc les carnets de Billy - dont le lecteur a déjà pu avoir des aperçus dans les tomes précédents - est un petit régal!

Allez, il nous vous reste plus qu'à rencontrer Billy! Bonne lecture et bon frisson.

mardi 25 mars 2014

Douze minutes avant minuit - Christopher Edge


Présentation de l'éditeur: Londres, 1899.
Tous les soirs, douze minutes avant minuit, un phénomène inquiétant frappe un hôpital psychiatrique : les patients se mettent à écrire frénétiquement d’étranges messages sur des papiers, des murs, et même leur peau. Penelope Tredwell, propriétaire à treize ans du célèbre magazine
Le Frisson illustré, et auteur d’histoires terrifiantes, décide d’enquêter.
Bientôt prise au piège dans une véritable toile d’araignée, Penelope regarde d’un oeil angoissé les minutes s’écouler : chacune d’elles la rapproche du vénéneux complot qui se prépare…

Vous me connaissez, je suis incapable de résister à un roman policier jeunesse qui se passe à l'époque victorienne. J'entends déjà les mauvaises langues du fond "Persie est incapable de résister à la période victorienne". Oui bon d'accord je suis faible tout le monde le sait merci bien. Du coup, quand j'ai reçu le tome deux de la série de Christopher Edge, je me suis dis que c'était vraiment bête de passer à côté du tome un et c'est comme ça que j'ai ouvert Douze minutes avant minuit et son héroïne Penelope Tredwell.

Pour ceux et celles qui ont lu The Agency (Tome 1, Tome 2), je m'attendais, peu ou prou, au même "genre" d'intrigues mais en un peu plus simple, tout simplement parce que The Agency était à destination des grands ado/young adult, alors que Douze minutes avant minuit est plus destiné au pré-ado. Finalement après l'avoir lu, je me rends compte que l'intrigue de Douze minutes avant minuit est bien sombre et que cela pourra aussi plaire aux ados un peu plus vieux.

Tout commence comme une intrigue policière un peu flippante. À la veille du nouveau siècle, Montgommery Flinch, l'auteur à succès du Frisson illustré, est convoqué par le directeur de l’hôpital Bedlam - l'asile psychiatrique de Londres - pour régler un mystère insoluble.
C'est vrai qu'avoir une héroïne de treize ans, indépendante et aussi éveillée peut être un problème pour le lecteur qui aurait dépassé la puberté. Cela dit, ça passe plutôt bien car Penelope est vraiment attachante et se sert plus de son intellect que de ses muscles ce qui rend le personnage crédible. En cela, elle n'est pas si loin d'un Lemony Snickett, jeune détective de treize ans lui aussi. Le contraste entre ce petit bout de femme et le monde des adultes qui l'entoure est plutôt bien fait car on ne manque pas durant le roman de lui rappeler que non seulement elle est jeune mais qu'en plus, elle est une fille - tare suprême vous en conviendrez comme Cheshire.
L'intrigue policière est intéressante et la jeune fille ne manque pas d'intuition. J'ai vraiment aimé le personnage de Penelope. Elle est dégourdie, elle n'a pas sa langue dans sa poche et c'est une fille maligne. j'ai vraiment pris plaisir à la suivre dans ses aventures, le contact est assez naturel et on a vraiment envie qu'elle finisse par sauver les adultes de leurs propres bêtises. 

Ce qui différencie surtout Douze minutes avant minuit de la série Agency, c'est la dimension fantastique que Christopher Edge donne à son récit. En effet, si l'essentiel du roman tombe dans le genre du policier, on ne peut nier que l'auteur ait voulu pimenter son récit par de petites touches de fantastiques. Douze minutes avant minuit devient de ce fait, un récit beaucoup plus flippant et étrange qu'attendu. Je ne peux pas en dire beaucoup plus au risque de vous gâcher le suspense mais Christopher Edge maîtrise bien à la fois le récit fantastique et le polar qu'il met en place. Il n'hésite pas à dépeindre une Londres noire et dangereuses, sans oublier les personnages tout droit sortis d'une ruelle sombre de Dickens.

J'ai été vraiment étonnée par la tournure assez sombre du récit, j'avoue que j'attendais quelque chose de plus "gentillet" que ça. C'est une excellente surprise donc, un vrai roman policier victorien pour les ados qui ne les prend pas pour des quiches.
À découvrir.

mercredi 12 mars 2014

La malédiction Grimm - Polly Shulman

COUP DE CŒUR DE PERSÉPHONE



Présentation de l'éditeur: Elizabeth  s’ennuie au lycée. Sur les conseils de son professeur préféré, elle se présente pour un emploi de bibliothécaire. Après un entretien étrange, la voilà engagée. Or, elle s’aperçoit que le Dépôt n’est pas une bibliothèque ordinaire : aucun livre à l’horizon, uniquement des objets Mais surtout plane un mystère autour d’une collection située au sous-sol : la mystérieuse Collection Grimm. Elle abrite des objets de contes de fées,  comme les bottes de sept lieues ou le miroir magique de la belle-mère de Blanche-Neige…

Des contes de fées! Et des bons! Après la grosse déception que fut La belle et la bête de Gans, j'avais besoin de retrouver un peu de cette magie frôlant parfois l'absurde qui émane des contes de fées populaires, que ce soit ceux de Perrault ou ceux des Grimm. Je dois admettre que la couverture m'a tout d'abord attiré l’œil, je l'ai trouvé très belle dans son genre foutoir. Heureusement, la quatrième de couverture annonçait une intrigue originale et je n'ai pas été déçue une seule seconde par ce que j'ai découvert en soulevant la couverture.

Elizabeth est une héroïne qui n'est pas sans rappeler Cendrillon. En effet, sa maman chérie, celle qui lui lisait les contes de fée lorsqu'elle était enfant, est morte et son père - ce père si aimant - s'est remarié avec une femme ayant deux filles. Comme le conte bien nommé, les deux demi-sœurs sont affreuses, la belle-mère n'aime pas sa belle-fille et lui fait faire les corvées ménagères et le père sonne aux abonnés absents. Comble du malheur pour notre héroïne, pour payer les frais de scolarité des deux demi-sœurs, Elizabeth doit quitter son chic lycée privé et ses amis, pour intégrer le lycée public où elle demeure terriblement seule.
Pas d'inquiétude! Les similitudes avec Cendrillon s'arrêtent là. Polly Shulman sait rester subtile et c'est en brossant légèrement un portrait inspiré du conte, qu'elle nous offre une héroïne imparfaite et touchante. Bon démarrage donc...

Elizabeth a un grand cœur, elle n'hésite pas à donner ses tennis de sport à une SDF, est gentille et courageuse, passionnée par les contes de Grimm et surtout parfaitement normale. Ce n'est pas une super belle fille ou supra intelligente. Elle est un peu comme nous toute et j'apprécie de plus en plus le fait de pouvoir m'identifier facilement à un personnage principal. C'est sans doute idiot mais particulièrement dans un roman ado/young adult je rentre plus vite dans l'histoire.
Elizabeth est aussi entourée d'amis très différents : Marc Merrit, le beau gosse basketteur et star du lycée, un brin menteur mais qui a bon fond et son petit frère Andrea, Anjali la magnifique magasinière indienne et sa petite sœur Jaya, un brin sorcière sur les bords en plus d'être fouineuse mais marrante et Aaron Rosendron, le magasinier tatillon anti-Marc Merritt et amoureux d'Anjali. On trouve aussi le Dr Rust, sorte de Merlin de bibliothèque, Mrs Callenders qui appelle tout le monde "mon chou" et le Professeur Mauskopf qui a su repérer le vrai talent d'Elizabeth. J'ai beaucoup aimé toute cette petite bande, c'était vraiment sympa de suivre leurs aventures. Il y en a pour tous les goûts entre Marc qui est doué au baskett, Anjali douée en informatique et Aaron qui a du flair bien qu'il soit particulièrement agaçant pendant un long moment du roman. Si j'adore Elizabeth, c'est finalement Aaron qui reste le personnage que j'ai préféré, celui qu'on apprend le plus à connaître et que j'ai hâte de retrouver puisqu'il est le spécialiste du Leg Wells sur la science-fiction.

En plus de bons personnages, l'histoire est tout à fait originale. La malédiction Grimm n'est pas qu'une simple réécriture de conte comme c'est la mode en ce moment. Polly Shullman ne s'attarde pas sur les personnages de contes de fée mais bien sur ce qui fait toute leur singularité: les objets magiques. Qui n'a jamais rêvé d'utiliser les bottes de sept lieues ou le miroir de la belle-mère de Blanche-neige? C'est chose faite dans la Malédiction Grimm avec en prime une caution à déposer sous forme de morceaux de soi. Autre originalité, chaque personnage est capable de voir ou de ressentir la magie d'une façon qui lui est propre. Alors qu'Elizabeth sent littéralement la magie, Aaron la voit, Marc doit la toucher et Anjali l'entend. J'ai vraiment adoré toute cette partie de l'intrigue où on se laisse embarquer sans hésiter. C'est vraiment original et agréable de voir que l'on peut se renouveler avec des contes vieux de plusieurs siècles.

Le mélange de la magie et du monde "réel" se fait sans heurt ni explication confuse. Elle est là, elle est connue d'un petit nombre et c'est tout. Point de départ simple mais toujours efficace, l'auteure ne s'attarde jamais à nous décrypter son univers. On y rentre avec Elizabeth, on apprend et on doute de la sincérité de l'un ou l'autre des personnages tout en étant parfaitement à l'aise.

Les relations entre les personnages sont également intéressantes et finement menées. Mr Maukorpf fait figure de père sans pour autant jouer au père suppléant, se contentant de surveiller Elizabeth de loin, le Dr Rust dans son rôle de Merlin un peu distrait ouvre aux adolescents un monde nouveau et enchanteur tandis que les histoires d'amour et d'amitié entre nos quatre ados sont bien maîtrisées. Sans que cela soit surprenant au possible - avec un peu de flair on se doute de ce qui va arriver - j'ai trouvé leurs histoires croisées mignonnes et crédibles. J'ai aussi beaucoup aimé la diversité ethnique des personnages, souvent peu utilisée en littérature pour ado. Anjali est indienne, Marc est métisse alors qu'Aaron fait figure de prince de conte de fée européen avec ses cheveux noirs et sa fossette au menton. Un petit groupe hétérogène ou filles et garçons ont besoin les uns des autres.

Vous l'aurez compris, j'ai dévoré ce roman avec délectation. Une utilisation intelligente des contes de fées - dont l'un de mes préférés Jorinde et Joringel - des personnages sympathiques, une immersion totale...j'attends la suite: The Wells Legacy. J'ai hâte de découvrir comment Polly Shulman va s'attaquer à la science-fiction.

dimanche 23 février 2014

Mais qui cela peut-il être à cette heure? - les fausses bonnes questions de Lemony Snicket #1


Présentation de l'éditeur: C'est l'histoire d'une ville, c'est l'histoire d'une fille, c'est l'histoire d'un vol. Je séjournais dans la ville, j'enquêtais sur le vol, j'étais persuadé que la fille n'y était pour rien. J'avais pas loin de treize ans et j'avais faux. Faux sur toute la ligne. J'aurais dû me demander : «Pourquoi aller raconter qu'on vous a volé un truc quand ce truc n'a jamais été à vous en réalité ?» Au lieu de quoi, je me suis posé la mauvaise question - quatre mauvaises questions au bas mot. Ce qui suit est le rapport détaillé de la première.

Vous connaissez tous je pense Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaire et ses personnages, Violet, Klaus et Prunille (Sunny pour la VO) qui nous ont entraîné dans leurs folles histoires toutes plus horribles les unes que les autres. Si j'avais été déçue du treizième tome, il me tardait néanmoins de retrouver la plume de "Lemony Snicket". 

Nous voilà donc plongés dans l'adolescence de l'auteur pour cette nouvelle série en 4 volumes Les fausses bonnes questions de Lemony Snicket. C'est un réel délice de retrouver la plume pleine d'humour de Lemony Snicket. Comme dans les Orphelins Baudelaire, nous sommes prévenus à l'avance de ce qui ne va pas aller, des erreurs que vont commettre les personnages - surtout lui - tout en parvenant à conserver une bonne dose de mystère. 
Qui est la personne avec qui Lemony Snicket avait rendez-vous? Quel est son projet secret? Que fait-il à Salencre-sur-mer avec une mentor plus nulle que nulle et pourquoi dire qu'on vous a volé une statuette si elle n'a jamais été à vous en premier lieu? 
Cela fait beaucoup de questions, auxquelles le jeune Lemony Snicket, va devoir répondre et parfois, de travers!

Depuis Londres, le lecteur est traîné dans cette ville imaginaire qu'est Salencre-sur-mer, ville réputée pour son extraction d'encre qui se retrouve dans les stylos plumes. A présent à la dérive, la ville se vide et ses derniers habitants ont des motifs pas toujours très clairs. C'est là que le jeune Lemony va tenter de se débarrasser d'une mentor incompétente, rencontrer une adolescente qui s'entraîne à devenir journaliste, un bibliothécaire peu regardant, une jeune fille à la recherche de son père et plusieurs mystères insondables dont les résolutions nous attendent dans les tomes suivants. 

J'ai été séduite sans hésiter par le style de Lemony Snicket. Toujours enlevé et drôle, il ne prend pas non plus ses lecteurs pour des idiots et son propre personnage est plutôt dégourdi pour ses 13 ans. A côté de ce style joyeux et entraînant, le roman est bourré de références littéraires. Je ne sais pas dans quelle mesure les adolescents qui liront le livre seront capables de les comprendre mais pour les plus vieux, grands ados ou adultes, c'est un véritable régal. 

Un récit drôle, entraînant, intelligent. Ma chronique est courte mais je n'ai pas grand chose d'autre à dire hormis: lisez-le et faites-le lire!

jeudi 13 février 2014

Le passage du diable - Anne Fine


COUP DE COEUR DE PERSEPHONE

Présentation de l'éditeur: Depuis son plus jeune âge, Daniel Cunningham a vécu enfermé, avec pour seule compagnie les livres et sa mère – qui l’a gardé reclus, à l’écart du monde extérieur, et qui n’a cessé de lui répéter qu’il était malade. Un jour, des coups frappés à la porte vont tout changer.
Des voisins ont découvert son existence, et résolu de libérer Daniel de l’emprise de sa mère. Pris en charge par le docteur Marlow et sa famille, il va découvrir peu à peu que tout ce qu’il tenait pour vrai jusque-là n’était qu’un tissu d’histoires racontées pour le protéger. Mais le protéger de quoi ?
De sa vie d’avant Daniel n’a gardé qu’une maison de poupée. Et pas n’importe quelle maison de poupée : c’est la réplique exacte de la maison natale de sa mère, une maison qui recèle de nombreux et sombres secrets. Jusqu’à quels vertiges ces secrets conduiront-ils Daniel ?

Cela faisait longtemps que je n'avais pas été impressionnée à ce point par un roman jeunesse. Que d'envergure, que de force et de prise de risque de la part d'Anne Fine dans ce roman qui joue subtilement avec le fantastique et l'horreur. Nous sommes bien loin des aventures bon enfant du chat assassin car ici, l'assassin ne se limite pas aux souris. La couverture, déjà bien inquiétante, est loin d'être révélatrice dans la tension réelle qui se dégage de l'histoire d'Anne Fine. J'avais bien compris que ça allait être noir, je ne savais pas à quel point. 

Le passage du diable est un roman à destination des 15 ans et plus. Ça semble bateau à dire parce que je parle beaucoup de romans ado/Young adult sur ce blog mais je vous assure que la prescription n'est pas superflue en ce qui concerne Le passage du diable. Dès les premières pages, le•a lecteur•trice est pris dans cette atmosphère pesante et étrange, de la même façon que l'on peut être pris, englué dirai-je, dans Rebecca de Daphnée du Maurier. 

Pour être claire, j'ai tout aimé: que ce soit le style d'Anne Fine, l'intrigue, l'ambiance, le jeu subtil sur le fantastique présent simplement ce qu'il faut. Tout. J'ai tout aimé. 

Écrit à la première personne, c'est en effet le jeune Daniel qui raconte son histoire, le roman vous prend à la gorge dès les premières pages. Au contraire du jeune narrateur, nous sommes capables bien vite de comprendre que quelque chose cloche dans le comportement de sa mère, son omniprésence aux pieds du lit de son fils et sa volonté farouche de l'isoler du reste du monde. De ce fait, l'arrivée du Docteur apparait comme une bouffée d'air pur même si le jeune Daniel n'est pas au bout de ses malheurs. Cela dit, si on se rend compte que Mrs Cunningham n'a pas un comportement rationnel, on ne peut s'empêcher de se demander si derrière ses actes il n'y a pas une vraie raison qui la pousse à agir ainsi. Malgré les mensonges et sa folie, je n'ai pu m'empêcher dès le début, d'éprouver de la peine pour Mrs Cunningham. Ce début de roman est particulièrement agressif, il voue secoue et vous met mal à l'aise. Le destin de Liliana est tragique dans le sens le plus pur du terme et je n'ai pu m'empêcher de trouver le personnage très beau. La description qui s'en dégage tout au long du roman est fait de contrastes et de révélations surprenantes mais permet de brosser le portrait d'une femme courageuse et aimante malgré ses peurs et ses angoisses profondes. Les domestiques de High Gates enrichissent de ce fait un récit farci de mystères où rien n'est jamais ce qu'il semble être.

Deux parties composent ainsi le récit et si elles sont assez différentes en elles-même, une tension commune est bien filée tout au long de l'intrigue. J'ai beaucoup aimé la première partie où le jeune Daniel se retrouve dans la maison du Docteur, avec sa femme, la gentille Mrs Marlow et ses filles dont la jeune Sophie, adorable par son originalité et sa spontanéité. Fraiche et vive, elle met un peu de couleur dans le ciel gris de Daniel. Quant à la seconde partie, qui met notre héros aux prises avec son passé, elle le voit faire face à la concrétisation de ses peurs. Si l'angoisse était diffuse dans la première partie - le/a lecteur/trice se demandant d'où provient la tension que l'on ressent depuis le début - elle prend véritablement corps dans la seconde. 

La Maison est un symbole de première importance, presque un personnage en soit, puisqu'elle se retrouve déclinée sur plusieurs variations. Il y a d'abord la maison de Daniel et de sa mère, Maison-prison dont on ne sait pas bien si elle protège ou punie puis la Maison des Marlow, celle où il fait bon vivre, où l'enfance peut s'épanouir et se sentir protégé avant de se heurter à High Gates. Celle-ci, présente à la fois à travers la maison de poupée et la vraie demeure familiale, est l'enjeu véritable de l'intrigue car de la première se dégage une ambiance malsaine à laquelle répond la seconde. Il s'agit presque d'une métaphore filée où se dispute des jeux en miroir en lien direct avec le mystère que tente de résoudre le jeune garçon. C'est une idée qui m'a beaucoup plu, de même que les figurines en bois sont eux-aussi les allégories de personnes bien réelles, High Gates est le passage du diable.

En plus de la tension qui se dégage de chaque page, qui nous fait lire plus vite pour voir si Daniel va s'en sortir, si les menaces qui pèsent sur lui ne sont pas trop grandes, Anne Fine mélange subtilement le fantastique à son récit à la manière d'un Henry James et de son fameux Tour d'écrou. Les éléments surnaturels sont suggérés à travers le comportement des personnages ou leur destin funeste sans que jamais vraiment nous n'ayons d'explications nettes sur le sujet. La fin seule, présage de la réalité des faits ou de leur absence de réalité. Ce n'est jamais tapageur, toujours fait finement de sorte que l'ambiance fantastique prédomine sur n'importe quel autre ton. 

La langue enfin, simple mais belle, toujours poignante et dans la veine des écrits fantastiques d'il y a deux siècles, rehausse encore ce roman jeunesse magistral.
Parfait pour un éveil au fantastique, parfait aussi pour les amateurs d'émotions, d'ambiance et d'excellent récit, Le passage du Diable est une merveille. Je ne peux donc que recommander ce coup de cœur absolu. 

mercredi 5 février 2014

Jake Djones Gardien du temps - #1 Mission Venise - Damian Dibben


Présentation de l'éditeur: Tandis qu'il rentre du collège en un jour londonien pluvieux, Jake Djones, 14 ans, est enlevé par des ravisseurs peu communs. Ils prétendent agir pour sa propre sécurité et l'emmènent au quartier général de leur organisation, en Normandie au XIXe siècle! Ils connaissent bien les parents de Jake, et veulent comme lui les retrouver. Mais ça ne va pas être facile : ces derniers sont perdus... quelque part dans le passé.

Je n'avais jamais entendu parler de Jake Djones, ni sur les blogs que je lis fréquemment, ni dans la presse, ni sur le net. J'étais passée complètement à côté de cette parution, jusqu'à ce que ma collègue, la Capitaine jeunesse - tenez-vous bien - me montre les deux premiers tomes de cette série. Le résumé avalé, je me dis que je DOIS découvrir Jake Djones, vous pensez: voyages dans le temps, c'est carrément ma branche.  

Le roman m'a tenue en gros deux soirées, autant dire que je l'ai littéralement englouti. C'est donc d'une bonne surprise dont je vais vous parler aujourd'hui.  

Ce que j'aime bien dans ce genre de romans où l'on suit plusieurs héros, c'est que souvent il y en a pour tous les goûts. C'est bien le cas ici, à n'en pas douter, chacun peut tenter de se retrouver ou d'éprouver plus de sympathie pour l'un ou l'autre des personnages. Dans ce premier tome nous suivons donc un petit groupe de quatre adolescents, trois garçons, une fille, dont deux sont anglais, un est américain et la dernière est françaises, tous nés à des époques différentes. Ils ont entre 14 et 16 ans et sont véritablement différents les uns des autres ce qui forme une bande hétéroclite dont on veut connaitre les aventures.
Je dois admettre que Damian Dibben sait bien croquer ses personnages. Qu'il s'agisse des adultes de l'organisation ou des enfants chargés de sauver le monde, ils ont chacun leur place et leur personnalité propre. C'est vraiment très agréable en vérité, d'autant plus que dans ce premier tome, se noue une sous-intrigue chez les adultes dont je veux connaitre la suite. Pour les "grands" lecteurs comme moi, c'est particulièrement appréciable d'avoir une histoire parallèle dans laquelle je peux me retrouver. Les personnages se répondent bien également, leurs relations bien esquissées et rapidement mises en place avec un léger suspense qui nous fait dire qu'on en voudrait bien encore un peu.

Damian Dibben fait le choix, classique somme toute, de faire débuter son intrigue par un mystère pour le héros: pourquoi ses parents ont disparu et qui vient de l'enlever sans ménagement? Outre que ces deux questions trouvent très rapidement des réponses - il n'est pas question de faire languir inutilement le lecteur - nous sommes embarqués aux côtés de Jake. Je disais que c'était une technique classique, faire entrer le lecteur ou le spectateur dans un univers en même temps qu'un novice, c'est effectivement une ficelle largement utilisée. Cependant, je pense qu'elle est souvent un excellent point de départ à une intrigue et à un univers nouveau et plus facile à maîtriser. Ici les explications semblent logiques, sans être répétitives et ne sont pas juste "exposées" entre deux paragraphes. Peu d'auteur•e•s peuvent se permettre de présenter un monde/une organisation comme le font Georges R.R. Martin et Robin Hobbs. Du coup, je trouve l'emploi de ce procédé plutôt bien mené. 

Nous faisons donc la connaissance de Jake et des autres personnages en même temps que ce dernier. J'ai beaucoup aimé le voir évoluer. Un peu effrayé au départ, l'adolescent prend vite de l'assurance - retrouver ses parents et éblouir Topaze Sainte Honoré sont deux bonnes motivations - et c'est très agréable de le voir se comporter presque en véritable agent à la fin du tome 1. Même si ses initiatives ne sont pas toujours heureuses, on sent un garçon compétent. J'ai beaucoup apprécié Charlie et Mlle de Saint Honoré aussi. Charlie et son goût pour la cuisine, ce qui est assez rare je dois avouer en littérature jeunesse, et Topaze est une bonne héroïne, efficace et sûre d'elle sans être jamais arrogante. Ce qui n'est pas le cas de Nathan...qui m'a fait beaucoup penser à Nathan Fillion. Il est horripilant au possible mais parfois terriblement attachant. Une ambivalence intrigante et bienvenue.

En ce qui concerne le voyage dans le temps, je trouve que l'auteur s'en sort très bien. Damian Dibben parvient à éviter les écueils du genres notamment parce qu'il a l'intelligence de situer son intrigue hors des grands évènements historiques. Si le lecteur se promène dans l'Italie du début du XVIe siècle, puis en Allemagne à la même époque, à aucun moment nous ne croisons de personnages historiques, ni ne nous retrouvons en plein milieu d'un évènement marquant. En plaçant ses intrigues dans un décor, plus que dans un espace temps, Dibben reste maître de sa narration et peut, de la sorte, faire vivre de véritable intrigues et aventures à ses personnages tout en utilisant un contexte particulier. C'est une donnée qui m'a séduite, à aucun moment je n'ai souffert des anachronismes ou clichés inévitables dans ce genre de romans. C'est reposant!

J'ai adoré son concept de société secrète basée sur le Mont St Michel au XIXe siècle avec des agents de toutes les époques se retrouvant là dans un pot-pourri de costumes et de coutumes. L'idée également que certaines personnes puissent voyager dans le temps, grâce à des capacités particulières est aussi sympathique. Pas de machine mais une potion qui active un don présent en ceux qui voyagent et entraînent avec eux, passagers et matériels. Un brin de science, de l'imagination...tout ce que j'aime.

Un récit aux personnages bien croqués, qui rentre rapidement dans le vif du sujet et prend le lecteur par la main jusqu'à la dernière page.

Bon, on lit la suite non? Je te confirme Cheshire, on lit la suite!

samedi 9 novembre 2013

La confrérie de l'Horloge - Les agents de M. Socrate #1 - Arthur Slade


Présentation de l'éditeur: Ere victorienne, la campagne anglaise : le mystérieux M.Socrate se rend dans une galerie de monstres. C'est ainsi qu'il fait la connaissance de Modo, nouveau-né difforme aux pouvoirs de transformation étonnants. Durant quatorze ans, Modo recevra les étranges enseignements de M Socrate où les cours de géographie et de latin côtoient les leçons d'arts martiaux. Elevé dans un manoir dépourvu de tout miroir à quelques kilomètres de Londres, Modo est brutalement jeté dans les rues de la capitale pour accomplir sa première mission. Aidé de la belle Miss Octavia, il devra mettre tous ses talents à l'oeuvre pour arrêter la terrible machination de la Confrérie de l'horloge.

Il y a un petit moment déjà que j'ai entendu parler de cette série d'Arthur Slade, Les agents de M. Socrate. J'étais très intriguée par le résumé et l'ambiance XIXe siècle/Science-fiction qui avait l'air de se dégager de la série. Aussi lorsque les éditions MSK m'ont envoyé la série complète - je les remercie d'ailleurs de ce geste généreux - j'avais hâte de me plonger dans ce premier tome qui n'est pas resté longtemps sur ma table de chevet.


Si les premiers chapitres sont assez peu éclairants, on ne voit pas vraiment où l'auteur veut en venir avec l'éducation de Modo, il suffit que l'intrigue policière et d'espionnage débute pour qu'on ne puisse plus lâcher La confrérie de l'Horloge. 
Dans une Londres victorienne que beaucoup apprécient, où la majorité des aventures se passent la nuit, le lecteur est entraîné dans les bas-fond de la ville à la recherche d'un homme. Puis viennent les meurtres et les machinations qui s'enchaînent.

La confrérie de l'horloge est un premier tome en cela qu'il sert à introduire les personnages, à poser des questions sur leur passé mais le rythme et l'intrigue ne sont jamais sacrifiés au prétexte d'un exposé plat, souvent le défaut des tomes 1. Même si les traitres sont mis en échec à la fin du premier volume, la continuité avec le reste de la série n'est pas à remettre en cause car tous les éléments s'emboîtent bien et parce que l'auteur a l'intelligence de ne pas tomber dans les travers communs aux séries.
Pas de cliffhanger haletant, il laisse le lecteur deviner que l'histoire n'est pas clause, notamment par la survivance de certains protagonistes dont on sait trop peu de choses pour qu'ils disparaissent purement et simplement.
De la même façon, l'intrigue est construite par palier. On ne comprend pas immédiatement quels en sont les enjeux ni où tout cela mène le protagoniste principal. Les informations sont distillées au compte-goutte ce qui permet de conserver un suspense bienvenu. C'est notamment le cas avec le personnage d'Octavia Milkweed dont on ne sait pas très bien pour qui elle travaille. Alliée ou ennemie? Indépendante ou aide pour Modo? Les frontières sont floues et permettent de remettre en perspective le travail des agents d'une organisation. Lorsque l'on travaille en solitaire sans connaître les autres membres, il y a un risque d'interférence. Heureusement ce questionnement est vite soulevé et l'auteur a l'intelligence de ne pas faire traîner en longueur ces ressorts narratifs. Peu à peu le lecteur peut recomposer l'histoire et comprendre enfin, dans une certaine mesure, le projet de la confrérie de l'horloge.

La confrérie de l'horloge est aussi un roman d'apprentissage puisque nous suivons Modo, un jeune garçon au visage horriblement déformé mais qui peut modifier sa physionomie de façon assez singulière. Avec ce personnage, ce sont deux effets narratifs qui m'ont particulièrement plu que je souhaiterai mettre en avant. Le premier est bien entendu les références que fait le récit à la littérature du XIXe siècle. Comment en effet ne pas penser Au bossu de Notre-Dame quand son héros se nomme Modo? "Modo" qui veut dire formé en latin. On sent alors une ironie assez étrange de baptiser un enfant difforme Modo et non pas Quasimodo - quasi formé - comme son fameux "contemporain". Parce qu'évidement, le jeune Modo partage la quasi totalité des caractéristiques du sonneur de cloche: un visage hideux, une grande culpabilité de ne pas être comme les autres, un amour pour une jeune beauté, une facilité à se mouvoir en hauteur et bien sûr la caractéristique gitane, quand Modo a été acheté bébé par des gitans, Quasimodo, fils de gitan, est échangé avec Esméralda dans son berceau. Je trouve les références touchantes car comme le sonneur de Notre-Dame, Modo est un personnage qui nous est immédiatement sympathique. Confiant et débordant d'amour, ne demandant que cela en retour, il est aussi un peu naïf parfois. On compatit immédiatement avec ce petit garçon puis cet adolescent qui n'est jamais agaçant contrairement à pas mal héros du même âge. Il y a une fraîcheur et une candeur qu'on ne retrouve pas partout.
En second point sur le personnage, j'ajouterai que sa particularité physique est très bien exploitée par l'auteur. On sent qu'il a derrière sa faculté à changer son visage un entraînement important et de longue haleine, de même qu'une souffrance à chaque fois qu'il doit modifier son apparence. L'ensemble est bien dosé au niveau de l'écriture et étrangement, le don de Modo ne paraît jamais déplacé alors même que le roman ne s'ouvre pas sur une note steampunk qui pourrait indiquer qu'il s'agit d'un roman de Science-Fiction.
Le thème du physique est là encore habilement dosé et passe notamment par la symbolique du masque, des masques devrais-je dire, dont se sert Modo pour se fondre dans la nuit ou dans une foule. Sa relation avec Octavia s'en trouve également enrichi. Pas d'amourette facile entre ces deux là puisqu'il y a inévitablement beaucoup de mensonges et de non dit entre eux. Tout comme dans Notre-Dame de Paris Frodo et Quasimodo forment un tandem dont le vrai monstre n'est pas forcément celui qu'on croit, Modo est loin d'être le plus monstrueux des personnages de La confrérie de l'Horloge.

Les agents de M. Socrate est une série pour jeunes adultes et pour adolescents qui sait jongler avec des sujets que l'on attendraient traités ailleurs. Ici, il est question d'expériences scientifiques sur des êtres humains en vue de créer une super machine, un sujet plutôt abordé en général dans la Science-fiction pour adulte ou les débats philosophiques sur l'éthique scientifique. J'ai vraiment apprécié que l'auteur sache nous livrer une histoire d'espionnage assez basique, agrémentée d'une vraie réflexion sur un sujet plus délicat. Cela donne bien évidemment une dimension plus profonde à La confrérie de l'Horloge et peut également d'avantage plaire aux adultes qui auraient peur de s'ennuyer dans une histoire policière jeunesse (ce qui est un tort comme chacun le sait on ne s'ennuie pas avec la littérature jeunesse).
L'utilisation des enfants - qu'ils le soient dans l'âge comme Oppie où dans la filiation comme les jeunes gens de la société des jeunes explorateurs - le choix est loin d'être dû au hasard. En effet, par un rapprochement évident, le jeune lecteur pourra plus facilement se glisser dans la peau de Modo/Oppie ou Oscar et endurer les souffrances physiques et psychologiques des personnages.
Arthur Slade rend à mon avis hommage à la littérature jeunesse touffue et dense qui ne prend pas ses lecteurs pour des imbéciles et qui pense qu'être un roman jeunesse n'empêche pas une profondeur de ton et de questionnement qui peuvent faire défaut aux livres "pour adultes".  
Le Professeur Hyde - là aussi nous remarquerons un jeu subtile sur le côté Jeckyll de ce Hyde, comme si finalement la bête et la folie avaient pris la place du gentil médecin - justifie ses expériences par tous les moyens possibles et exploite des enfants, sans jamais ne voir ce que son projet a de tordu. Il est même fier de ce qu'il met en place, ce qui fait irrémédiablement penser aux expérimentations nazies.
Cette réflexion est complétée par le côté Steampunk effrayant du récit avec ces hommes et femmes cyborg. A propos de cyborg, le personnage de Miss Hakandottir est absolument passionnant. Il est très bien croqué dans sa folie comme dans sa fougue et je ne doute pas que la nemesis de M. Socrate ne refasse surface. Dotée d'un bras actionné par la vapeur, elle est cruelle, froide et intelligente en plus de montrer un courage hors du commun.

Nemesis de M. Socrate, elle l'est assurément et c'est d'autant plus intéressant que les deux personnages sont loin d'être opposés en terme de moralité. Qu'il s'agisse d'Hakandottir ou de Socrate - encore une référence n'est-ce pas? - tous les deux n'hésitent pas à exploiter des enfants. En effet, Socrate est froid et extrêmement antipathique notamment dans son traitement de Modo qu'il voit comme un outil à façonner et non comme un enfant. Les premières scènes sont d'ailleurs horribles de cruauté. Les deux adultes n'ont aucun scrupule à agir, persuadés qu'ils sont du bien fondé de leur mission. Le rapprochement est d'ailleurs extrêmement gênant et bien pensé, Arthur Slade évitant l'écueil d'un mentor sympathique et prend plutôt un contrepied. M. Socrate est finalement plus Dumbledore livre 7 qu'Obi-wan Kenobi et cela engage à se poser plus de questions. Cela met aussi de la distance entre la vision qu'à Modo de son mentor et celle qu'en a le lecteur. Je m'attends à de bonne surprise sur ces deux personnages

Le premier tome d'une quadrilogie young adult, qui arrive à manier le policier, l'espionnage et le steampunk sans tomber dans les écueils attendus du genre. Je vous recommande de faire la connaissance de Modo, ce garçon au don particulier. Quant à moi, je vais me pencher sur le tome 2, La cité bleue d'Icaria.

vendredi 18 octobre 2013

La Bobine d'Alfred - Malika Ferdjoukh


COUP DE COEUR DE PERSEPHONE
SORTIE PREVUE LE 24 OCTOBRE 2013

Présentation de l'éditeur: Harry Bonnet, 16 ans, fils d'un cuistot montmartrois, est fou de cinéma. Comment s'est-il retrouvé à Hollywood ? C'est simple. Il lui aura suffi d'une gifle, d'une caille rôtie et d'une assiette de pommes de terre pour traverser l'Atlantique et atterrir sur la colline mythique. L'Amérique ! Des stars à tous les coins de rue ! Une nuit, il suit son père à la cantine, s'introduit en catimini sur le plateau n° 17, remplace au pied levé un second rôle souffrant et... tombe nez à nez avec Alfred Hitchcock. Le metteur en scène le plus célèbre du monde commence le tournage dont il rêve depuis quarante ans : l'adaptation d'une pièce de J. M. Barrie, l'auteur de Peter Pan. C'est un secret absolu. Le film porte un faux titre et Hitchcock lui-même a pris un nom de code. Mais pourquoi diable Harry a-t-il voulu voir les premières minutes du film fantôme ? Pourquoi a-t-il désobéi au maître du suspense ?

Comment vous rendre l'état d'excitation qui s'est emparé de moi lorsque j'ai reçu La bobine d'Alfred? En fait, je l'attends depuis que je sais que Malika était en train de l'écrire et comble de malchance, mon facteur a perdu mon premier exemplaire: j'ai dû attendre! Ouverture du colis, horreur: le roman ne fait que 174 pages....c'est comme si on vous montrait un potentiel d'1kg de pâte d'amande pour ne vous en donner que 100gr. Une vraie torture. J'ai donc englouti La bobine d'Alfred dans la soirée, comme il se doit...

Malika Ferdjoukh est une amoureuse d'Alfred Hitchcock et plus encore du cinéma américain de l'âge d'or. Elle est incollable! Je vous l'assure puisque j'ai eu la chance de la rencontrer et de parler cinéma avec elle. Plus encore, elle est capable de chanter tous les airs des comédies musicales de ces années là, celles que j'adore avec Fred Astaire, Ginger Rogers, Gene Kelly, Jean Hagen etc. et bon sang qu'est-ce que cela se sent!

La bobine d'Alfred, au-delà d'être une histoire sur un adolescent découvrant un univers qu'il adore mais ne connait que de loin, est une ode au cinéma et aux cinéphiles. De la première à la dernière page, le roman est truffé de références plus ou moins fines, plus ou moins évidentes au cinéma et bien sûr à Hitchock.

Le personnage principal, Harry Bonnet, est un cinéphile. Il tient cette passion de son père, Gustave Bonnet, cuisinier montmartrois et grand amateur de cinéma qui voulait au départ baptiser son fils Cary. Comme pour Cary Grant. Nous sommes dans les premières lignes du roman et déjà ça fleure bon les années 60.
Le côté cinéphile de Gus et Harry n'est jamais un prétexte au développement narratif, il y a bien derrière une vraie passion pour le cinéma partagée par Malika Ferdjoukh. Pour ceux qui connaissent le cinéma de cette époque, c'est un véritable délice de chercher les références disséminées un peu partout dans le roman. Allez, je suis gentille je vous en donne un, qui m'a faite sautiller comme une folle: "Me voila débarrassé d'un poisson nommé Vandamm."

Si Malika Ferdjoukh aime le cinéma en général, La Bobine d'Alfred nous permet aussi de mesurer son amour pour les comédies musicales "à l'ancienne". J'ai littéralement hurlé (de joie, d'excitation, je précise) en découvrant l'un des personnages: Lina Lamont. Pour ceux à qui vraiment Lina Lamont et Don Lockwood ne disent rien, je vous conseille urgemment voir Chantons sous la pluie (Singin' in the rain) avec Gene Kelly, Donald O'Connor, Debbie Reynolds et Jean Hagen. Outre le fait qu'il s'agisse de ma comédie musicale préférée, c'est aussi l'une des plus célèbres. Pour vous rappeler un peu de quoi il s'agit: Don Lockwood et Lina Lamont sont deux stars du cinéma muet or voici que sort "The jazz singer" (Le chanteur de jazz), premier film parlant. La transition pourrait se faire en douceur si seulement Lina Lamont n'avait pas la voix la plus affreuse de la planète. Pour la doubler, ils engagent alors une jeune comédienne à la voix délicieuse Kathy, dont Don Lockwood tombe bientôt amoureux.
Malika Ferdjoukh décide ici de faire de Don et Lina des personnages réels du cinéma muet et non de simples personnages (bien que l'on ne voit jamais Don). Derrière ce choix sympathique d'inclure Singin' in the rain dans l'intrigue, il s'agit sans doute, pour Malika Ferdjoukh, de rendre hommage à Jean Hagen, actrice un peu oubliée par rapport aux grandes vedettes de l'époque mais qui n'en reste pas moins une grande artiste. Lina Lamont a vraiment le mauvais rôle dans Singin' in the rain et peu de gens savent qu'en réalité Jean Hagen avait une très jolie voix et qu'elle chante elle-même la chanson "would you" du film. D'ailleurs ici, Lina et son fils imaginaire Grant, sont tous deux de très bons personnages, gentils et accueillants envers Harry et Gus. Un hommage discret mais vibrant qui a su me toucher.
Mis à part Singin' in the rain et Jean Hagen, il nous arrivera de croiser un certain gentlemen, sautillant, en jaquette rayée, passionné de courses hippiques, un sourire éclatant sur le visage. Je vous laisse l'apercevoir, j'en étais ravie!

Bien évidemment, on ne s'appelle pas La bobine d'Alfred avec le maître sur la couverture sans parler un peu d'Alfred Hitchcock. Les références à son travail (McGuffin, caméo) et à sa filmographie sont nombreuses. Quand ce n'est pas l'auberge écossaise dans laquelle s'arrête Harry et sa femme au début du roman, qui s'appelle Tavern of Jamaica (une référence à Jamaica's Inn, film d'Hitchcock adapté du roman de Daphné du Maurier), c'est la caissière du cinéma qui s'appelle Mme Rebecca. Chaque chapitre est une référence à un film d'Hitchcock. De la même façon, l'intrigue autour du film Mary Rose est une véritable anecdote liée à l'histoire d'Hitchcock. J'ai beaucoup aimé le fait qu'elle se serve de la personnalité du réalisateur et de ses projets pour construire son intrigue. De la sorte, l'histoire ne sort pas de nulle part, elle a une cohérence avec l'histoire personnelle du réalisateur.

Il est évident qu'il y a plusieurs niveaux de lectures dans La bobine d'Alfred. Si vous êtes vous-même un passionné de cinéma le plaisir n'en est que redoublé. Personnellement je suis un peu frustrée car je suis sûre d'avoir loupé des références. On pourrait croire en revanche que si ce monde là vous est inconnu, il vous faut passer votre chemin. Cette affirmation est on ne peut plus fausse.
Au contraire! Un peu comme dans les films Shrek ou avec 3000 façons de dire Je t'aime de Marie-Aude Murail, cette construction autour du cinéma est un écrin à l'histoire que l'on peut parfaitement apprécier sans maîtriser les références.
Car avant tout, l'histoire parle de Harry, ce jeune français cinéphile plongé d'un coup dans le monde des paillettes d'Hollywood. Il découvrira que les apparences sont souvent trompeuses et que le cinéma et ses plateaux ne rendent pas toujours heureux. C'est l'histoire d'un adolescent qui grandit, fait des erreurs qui le poursuivront longtemps et qui découvre que parfois il ne faut pas s'approcher trop près des mythes que l'on aime car en gros plan, le verni craque et le réalité n'est pas toujours belle.

Mission réussie pour Malika. On ne peut pas lire La bobine d'Alfred sans avoir envie en le refermant de prolonger l'expérience dans ce monde du cinéma américain des années 50-60. A présent, j'ai vraiment vraiment envie de découvrir Alfred Hitchcock et de revoir/découvrir des films du ciné américain du golden age.
Oui je vais sûrement commencer par du Fred Astaire. Comment avez-vous deviné?

vendredi 13 septembre 2013

Des yeux bleu trottoir - Anaïs Sautier


Présentation de l'éditeur: Dans la famille Disque, ça ne tourne plus très rond. Finies les soirées surprises pleines de vie et de chansons. Un lourd silence s’est installé depuis que Doris, l’extravagante mère de Louis, a délaissé sa chère guitare, qui rythmait la vie de la famille, et déambule d’un air absent dans la maison. Otto, le jeune frère de Louis, un vrai moulin à paroles, passe désormais de longues heures dans sa chambre, enfermé dans un silence glauque. Sans même jouer aux Lego. Quand il ne tabasse pas ses copains d’école. C’est que le père, Marc, est là sans être là. Chaque soir, assis devant une télévision qu’il ne regarde pas, il tripote son « naïfone », guettant fiévreusement l’arrivée d’un message. Louis, quinze ans, ne supporte plus ces parents qui font semblant. La tristesse d’Otto lui fait mal. Moins pourtant que la vérité à venir, carrément « chanmé »…

Dans la famille de L'école des loisirs, on retrouve souvent des romans Marie-Aude Muraillien sur les thèmes difficiles de l'adolescence et de la famille et surtout de leurs mutations. Anaïs Sautier, place ici son premier roman dans cette veine des récits à la fois drôles et touchants qui abordent avec simplicité les peurs des enfants et des ados. 

La famille Disque est une famille tout à fait normal en apparence si ce n'est que c'est une famille qui se disloque tout doucement. La maman a délaissé sa guitare et la maison a perdu ses rythmes fous, le père Marc est absent, branché sur son téléphone dans l'attente de messages. Les parents Disque vont divorcer. Otto le petit dernier s'enferme dans un mutisme étrange tandis que Louis, le narrateur, 15 ans, en proie lui-même aux affres de l'amour, est en rébellion constante. 

Louis est un ado finalement très ordinaire avec ses petits problèmes et sa vision de la famille, sa mère qui reprend doucement sa vie en main, son père qui joue au jeune avec sa nouvelle copine, une femme plus jeune que lui.
Des yeux bleus trottoirs n'est pas fondamentalement novateur dans le domaine. L'écriture à mi-chemin entre Marie Desplechin et Marie-Aude Murail est agréable et colle bien aux propos du narrateur même si elle a un petit goût de déjà-vu. L'intrigue est classique aussi, une famille qui se sépare et doit se recréer, un ado qui balance et un petit complètement perdu. Seulement, il y a un détail qui fait que j'ai beaucoup aimé ma lecture malgré les petits défauts du roman (une fin un peu trop rocambolesque par exemple).

Otto. Otto est un petit garçon précoce mais pas précoce drôle comme on en voit souvent en littérature. Généralement les auteurs nous dépeignent les enfants surdoués avec un petit côté farfelu et cool en omettant complètement tout ce que cette différence peut impliquer aussi au quotidien: un caractère difficile, des rituels à observer, une fragilité extrême. Ici, on sent bien qu'Otto est un petit garçon différent des autres avec sa logorrhée et ses angoisses. Ce personnage m'a énormément plu et touché de même que la relation qu'il entretient avec Louis. Tantôt ombrageuse, tantôt tendre, on sent très bien l'amour de Louis pour Otto et son besoin finalement de protéger son petit frère. C'est pour moi l'une des grande réussite du roman que de faire en sorte qu'Otto soit finalement le vrai ciment de cette famille éclatée et que tous prennent à coeur que la transition se fasse le plus naturellement du monde pour ce petit garçon fragile. 

Malgré quelques défauts, dû sans aucun doute au fait que Des yeux bleu trottoir soit un premier roman, il faudra laisser à Anaïs Sautier le temps de trouver sa voix, ce roman a su, grâce à l'un de ses personnages, m'émouvoir véritablement. Je pense qu'Anaïs Sautier est une auteure à suivre.