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vendredi 19 octobre 2018

Gilded cage (Les puissants) - Dark gifts #1 - Vic James


B+


Ignorance bred fear, as Father was fond of saying, and fear bred obedience.

TW: Ce roman parle d'esclavage et de maltraitance même si la violence du récit est modérée et peu graphique. 

Présentation de l'éditeur: Dans le jeu du pouvoir, chacun risque sa vie.
Dans une Angleterre alternative, chacun doit donner 10 ans de sa vie en esclavage.
Seuls quelques privilégiés, les Égaux, riches aristocrates aux pouvoirs surnaturels, restent libres et gouvernent le pays.
Abi, 18 ans, et son frère Luke, 16 ans, voient leur destin bouleversé quand leurs parents décident de partir tous ensemble accomplir leurs jours d’esclavage. Abi devient domestique au service de la puissante famille Jardine. Le somptueux décor dans lequel elle évolue dissimule en réalité de terribles dangers, car chez les Égaux, les luttes de pouvoir sont sans pitié. Et lorsqu’elle tombe amoureuse d’un de ses maîtres, c’est sa vie même qui est en péril…Luke, quant à lui, a été exilé dans la ville industrielle de Millmoor. Dans un environnement brutal et pollué, il s’épuise à la tâche. Cependant, d’autres, comme lui, partagent ses idéaux de liberté. Il découvre alors qu’il existe un pouvoir bien plus grand que la magie : la rébellion.

J'ai chopé ce tome 1 sur les étagères de la librairie. Ma collègue Anna en avait fait rentrer un exemplaire et j'ai été attrapée par la couverture. Après avoir lu le prologue, qui m'a happée immédiatement, j'ai eu envie de lire la suite et je n'ai pas regretté. 

Gilded Cage n'est pas une dystopie ordinaire. On est sans aucun doute dans une dystopie car l'histoire se passe dans une Angleterre alternative où les gens - c'est à dire le commun des mortels qui n'appartient pas à la classe dirigeante et riche - doivent donner dix ans de leur vie en esclavage. Cependant, bien que les thèmes abordés soient propres à la dystopie - esclavage, différences sociales, injustice et rébellion - on trouve également de la magie que semble ne posséder que les puissants, incarné ici à merveille par le plus jeune fille des Jardine, Silyen. Et par ailleurs, on dirait aussi de l'historical fantasy, une ambiance très upstairs dowstairs mélangé à cette bonne vieille ségrégation américaine. 
Le tout mélangé, je comprends que le roman déboussole parfois un peu car il ne penche franchement vers aucun genre et pourtant c'est ce qui m'a plu.

Dans Gilded cage, le monde est donc divisé entre les Equals qui possèdent de la magie (ils sont aussi les Skilled) et les autres. En Angleterre, les Equals sont membres de l'aristocratie et gouvernent le pays. En échange, ils demandent aux gens normaux dix ans de leur vie à travailler gratuitement pour la communauté. On apprend que cette organisation sociétale n'est pas la même dans tous les pays. En France par exemple, les gens normaux se sont rebellés contre les aristocrates doués de magie et les ont massacré dans les rues de Paris (cocorico la Révolution c'est nous). En Chine, les Skilled se sont retirés dans les montagnes et aux Etats-Unis, les états du Nord fonctionnent comme la France, tandis que les états du Sud vivent comme les Anglais. Le fond historique de Gilded cage est vraiment creusé pour coller au maximum à notre propre histoire et donner une version alternative de faits. On apprend que les journées d'esclavage ont commencé en Angleterre en 1642, ce qui correspond au début de la guerre civile. Cela donne vraiment du poids et du corps au récit et j'ai personnellement trouvé tout ce travail de fond très appréciable. Le texte pourrait aussi appartenir à la catégorie assez rare de l'Uchronie de fantasy (pour les amateur·trice·s). 

L'organisation de la société est pensée en profondeur, on sent que l'auteure a réfléchi à son univers et n'a pas jeté de l'esclavage dans l'intrigue juste pour la rendre plus noire. On peut faire ses journées d'esclavage quand on veut de 18 à 55 ans, sachant que plus vous les faites tard, moins de chance vous avez de finir votre vie libre mais que vous aurez passé votre vie comme vous le vouliez ou presque. En revanche, les faire tôt vous accorde des droits et des avantages comme posséder une maison, voyager en dehors de l'Angleterre ou accéder à certaines professions fermées autrement. Le choix de faire ses jours d'esclavage a une vraie importance dans le récit et on comprend que les parents de Luke, Daisy et Abi y aient beaucoup réfléchi. Leur stratégie est loin d'être sans intérêt et couplé avec l'intelligence d'Abi, le plan semblait parfait. En effet, Abi a obtenu pour toutes la famille des places dans la maisonnée des Jardine, les membres les plus puissants des Equals. Ainsi, pendant les dix prochaines années, bien qu'en esclavage, la famille ne sera pas séparée et sera dans un cadre plus "facile" que l'usine ou les champs etc. Parce que oui...qui dit esclavage dit aussi être séparé de ses proches. Imaginez-vous parents d'enfants de 10 à 18 ans l'angoisse que cela peut-être. Malheureusement pour eux, Luke, leur fils de 16 ans est envoyé - contre les règles normalement en vigueur - à Millmoor la cité ouvrière, l'une des plus dures d'Angleterre et ses dix ans risquent de peser bien plus dans la balance.

A partir de là, nous suivons Luke d'un côté qui découvre l'horreur de l'usine et de l'esclavage et Abi de l'autre, dans le monde brillant mais non dénué de danger des Jardine. 

Luke découvre vite l'univers de Millmoor et comme c'est un garçon intelligent, il s'associe rapidement avec les bonnes personnes et notamment un groupe de rebelles dirigés par le Dr. Johnson qui veut ramener la justice en Angleterre et abolir les dix ans d'esclavage. Luke est un personnage très attachant, on a vite beaucoup d'empathie pour lui car séparé de sa famille à tout juste 16 ans et enfermé dans un endroit comme Millmoor, on imagine vite les difficultés que cela engendre. Même si l'univers est difficile, la partie de Luke n'est pas absolument noire et angoissante, elle est même extrêmement dynamique et riche. Les personnages que l'on croise sont attachants et on a envie de savoir si leur plan va fonctionner et comment il va pouvoir échapper à Millmoor. 
La description de l'esclavage est intéressante sans aucun doute. Les esclaves ne sont pas considérés comme des êtres humains et cela entraîne une aspect assez pernicieux, c'est que même les roturiers qui vont un jour faire leur esclavage ou qui l'ont déjà fait, traitent mal les esclaves. Ce n'est pas un univers manichéen, ce ne sont pas les Skilled qui gèrent une usine comme Millmoor mais bien les humains normaux qui aident de ce fait à perpétrer un système violent et inégalitaire. En ça, Gilded cage est tout à fait une dystopie car il interroge notre rapport à notre propre société. 


De l'autre côté, dans le monde des Equals, on suit Abi et l'histoire qu'elle entretient avec Jenner, le second fils des Jardine qui est - pour une raison encore inexpliquée - complètement dépourvu de magie. La romance n'est pas ce qui m'a le plus passionnée. Jenner a certes l'air d'être un gentil garçon mais j'ai peur que la suite du roman n'en fasse quelqu'un d'un peu mou. C'est un entre-deux coincé entre deux personnalités assez fortes que sont Gavar et Silyen. Au final, cette partie de l'intrigue est la moins intéressante et l'auteure aurait pu l'enlever que cela ne m'aurait pas dérangé. 

Ce qui est le plus intéressant dans cette partie, c'est évidemment les Equals eux-même et l'univers de requin dans lequel ils baignent. On suit plusieurs personnages, plusieurs voix et cela donne du corps à cet univers. Il y a Gavar par exemple, le fils aîné de la fratrie, une espèce de grosse brute, débauché, assassin quand il faut mais qui est vraiment attaché à sa fille. Il a l'air assez caricatural au départ mais je soupçonne que le personnage à beaucoup plus de profondeur qu'il n'y parait. J'ai hâte de voir quel chemin il va prendre dans les deux prochains tomes. On suit le père Jardine, un être assez abject, le premier ministre, amoureux depuis toujours d'une femme dans le coma qui n'est pas sans noblesse, une jeune femme de la bonne société, Bouda, ambitieuse, manipulatrice et assez odieuse mais très bien campée néanmoins et bien sûr Silyen, 

Silyen est le plus jeune fils des Jardine et c'est un jeune homme extrêmement intelligent. Particulièrement doué en magie, il m'a fasciné car il a un vrai plan qui je pense va prendre son sens dans les tomes suivants. Silyen est ce genre de personnage dont vous ne savez pas immédiatement s'il est l'antagoniste principal ou un héros. Sincèrement, ses intentions ne sont pas toujours claires dans ce premier tome mais je ne pourrai pas dire avec certitude dans quel camp il va pencher. C'est l'un des aspects du roman qui m'a beaucoup plus, ces personnages un peu flous comme Gavar et Silyen, qui ne sont pas des saints mais qui ont l'air suffisamment profonds pour nous surprendre dans les tomes à venir. On ne sait littéralement pas dans quel camps ils vont finir par pencher. 

Enfin, il faut parler de la petite Daisy, dix ans, benjamine de la fratrie Hadley qui a pour tâche - étonnante - de s'occuper de la fille de Gavar. Daisy, va prendre un poids extrêmement important au fur et à mesure que l'intrigue avance et j'ai été proprement horrifiée par le personnage. Elle est très très dérangeante et je trouve que l'auteure a su très bien exploiter un personnage aussi jeune.

Le roman est assez noir je ne vous le cache pas, sans être illisible non plus par des âmes un peu sensibles. La fin est assez magistrale comme l'était le prologue et le suspense qu'elle crée donne immédiatement envie de plonger dans la suite. 
Je ne l'ai malheureusement pas encore sous la main mais j'espère pouvoir lire le tome 2 et 3 rapidement. 

Si vous avez envie de quelque chose d'un peu différent qui risque de vous sortir de votre zone de confort, alors n'hésitez pas et plongez dans Gilded cage, traduit en français chez Nathan sous le titre Les puissants.

Bonne lecture!

lundi 16 septembre 2013

L'alchimiste des ombres - Les Lames du Cardinal #2 - Pierre Pevel


SERIE COUP DE COEUR

Présentation de l'éditeur: Paris, 1633. Les dragons menacent le royaume. Surgis de la nuit des temps, ils sont avides de pouvoir et décidés à restaurer leur règne absolu. Usant de sorcellerie, ils ont pris apparence humaine et créé une puissante société secrète, la Griffe noire, qui conspire déjà dans les plus grandes cours d'Europe. Pour déjouer leurs sinistres complots, Richelieu a reformé son unité d'élite, une compagnie clandestine d'aventuriers et de duellistes rivalisant de courage, d'élégance et d'astuce. Six hommes et une femme aux talents exceptionnels prêts à braver tous les dangers et à risquer leur vie pour la Couronne : les Lames du Cardinal. Mais alors qu'ils ont rendez-vous, par une nuit d'orage, avec une espionne italienne aussi belle que dangereuse qui prétend détenir les clés d'un complot à venir, ils sont loin d'imaginer l'ampleur de la tragédie qui va s'abattre sur la France et les obliger à affronter leur plus terrible adversaire : l'Alchimiste des ombres...

Il y a quelques temps je vous parlais du tome 1 des Lames du Cardinal de Pierre Pevel. Ma procrastination aidant, je ne vous parle de la suite que maintenant alors que j'ai fini de lire ma trilogie quasiment au moment où j'écrivais ma première chronique. Aucun rapport avec mon avis sur le roman cela dit, juste une bonne vieille procrastination. 
Même si la surprise du premier tome a disparu, L'Alchismiste des ombres se place dans la droite ligne du premier tome des Lames et concrètement, j'y ai retrouvé tout ce que j'avais apprécié dans celui-ci. 

Bien que nous connaissions davantage les personnages, certains mystères s'épaississent à leur sujet - pourquoi Agnès n'a-t-elle pas fini son noviciat? Comment Leprat a-t-il attrapé la rance? Quels secrets cache le capitaine? Qui est vraiment Saint-Lucq? - tandis que d'autres trouvent leurs réponses comme ce qui s'est réellement passé à La Rochelle lors du siège raté. L'auteur distille les informations tout au long des trois tomes ce qui permet une approche en profondeur des personnages, de leur histoire et de leur psychologie, bien mieux que ce qu'il aurait pu faire en une fois. On dépasse alors le côté stéréotypé des personnages pour comprendre ces individus et voir au-delà du masque. On comprend mieux ce qui agite Agnès, ses peurs et ses espoirs. Leprat également, qui balance toujours entre sa casaque bleue des mousquetaires et l'habit des lames. Le taquin Marciac, le silencieux espagnol, le fidèle Ball, le profond Arnaud de Laincourt et le mystérieux Saint-Lucq complètent, aux côtés du Capitaine La Fargue, les Lames et leur mystère. 

Ce second tome prolonge l'intrigue du premier en s'appesantissant néanmoins plus sur les intrigues de cour que sur l'action proprement dite. Certes, nos amis rencontrent de temps à autre dragons et autres dracqs mais entre l'italienne espionne mercenaire qui cherche à se mettre sous la protection de Richelieu et les intrigues à la cour de Louis XIII qui implique Anne d'Autriche et la duchesse de Chevreuse, nous sommes plongés dans un monde plus politique. C'est l'une des grandes qualités de cette série, la manipulation habile de l'action et de l'Histoire, cette jonglerie entre notre Histoire et l'uchronie que Pierre Pevel met en place. Pour les lecteurs qui connaissent la cour de Louis XIII ou plus généralement le XVIIe siècle, c'est toujours un régal de voir comment il modifie l'Histoire et sa façon de croquer les personnages célèbres. La duchesse de Chevreuse est de ce point de vue là une véritable réussite. Indéniablement, Pierre Pevel a su comprendre la femme ambitieuse qu'elle était tout en montrant une de ses jolies facettes, son attachement profond et sincère à la reine qui n'avait d'égal que son mépris pour le roi. J'ai trouvé sa caractérisation très juste. 

L'écriture reste un régal. Léchée, elle affecte une caractéristique XVIIe siècle sans jamais trop en faire. Pas de recréation d'un parlé dans le vocabulaire mais plus un ton, un phrasé d'époque. Le lecteur reste immergé dans ce Paris du XVIIe siècle sans sentir néanmoins de décalage qui nuirait à la lecture. 

Si la fin du tome 1 nous incitait instamment à lire la suite, c'est encore pire avec le tome 2. Cette fin qui n'en est pas une, oblige le lecteur à enchaîner sur le tome 3 qui s'avère encore un cran plus sombre. A mesure que l'on s'avance dans l'intrigue, nous plongeons dans les méandres d'une France sombre, envahie par les traitres et les dragons. Nos héros s'en sortiront-ils sans trop de perte? C'est ce qu'il reste à découvrir dans le troisième tome Le dragon des arcanes.

lundi 6 mai 2013

Les Lames du Cardinal - Les lames du Cardinal #1 - Pierre Pevel


GROS COUP DE COEUR DE PERSEPHONE

Présentation de l'éditeur: Paris, an de grâce 1633. Louis XIII règne sur la France et son éminence Armand Jean du Plessis de Richelieu gouverne avec lui. Personnalité des plus puissantes et des plus menacées de son temps, le Cardinal doit se garder de tous ceux qui jalousent l'influence qu'il exerce sur le roi, et se prémunir contre les attentats ourdis par les ennemis de la France, au premier rang desquels l'Espagne et sa Cour des Dragons. Car dans cet univers, des intrigues alliant espionnage, politique et sorcellerie menacent de faire vaciller le trône!
Or, en cette nuit de printemps 1633, Richelieu décide de jouer une carte maîtresse et reçoit en secret un bretteur exceptionnel, un fidèle parmi les fidèles dont le dévouement lui a autrefois valu d'être trahi et déshonoré : le capitaine La Fargue, chef des Lames du Cardinal !
En effet, l'heure est venue de reformer cette élite secrète autrefois dissoute dans l'opprobre et la raison d État : des combattants hors du commun, une compagnie d'aventuriers, d'espions et de fortes têtes rivalisant d'élégance, de mystère... ou de paillardise, qui ne redoutent aucun danger.

J'ai eu l'occasion de le dire plusieurs fois par ici mais mes premières amours littéraires (et même cinématographiques), ce qui me faisait rêver dans mon enfance puis dans mon adolescence, n'était pas de la romance, ni de la science-fiction ou de la fantasy, point de tout ça mes amis, mais d'une façon tout à fait classique: les romans de capes et d'épées. J'ai grandi avec mon héros chouchou: Henri de la Lagardère dit le bossu et j'ai rencontré quatre gaillards - Athos, Porthos, Aramis (gniiii) et d'Artagnan - qui ont poursuivis l'oeuvre entamée par mon cher Lagardère. J'étais complètement à la merci de ces mousquetaires courageux et fines lames qui défendaient l'honneur de la France (en général) et les jolies demoiselles en détresse (toujours). En plus comme il se trouve que je suis aussi escrimeuse, la passion était et est toujours bien plantée. Le bon Capes et épées est difficile à trouver et si le genre était à la mode au siècle dernier, force est de constater que ce n'est plus vraiment le cas aujourd'hui. 
Voici ce qui est dit sur la quatrième de couverture des Lames du cardinal:
Avec une virtuosité et une verve romanesque dignes des grandes heures du feuilleton populaire, il signe là tout à la fois un hommage aux romans de cape et d'épée, un récit historique admirablement documenté et une Fantasy épique à grand spectacle.
Je dois admettre que pour une fois, je suis parfaitement d'accord avec cet encart publicitaire. On retrouve sans hésiter le goût des vieux romans de capes et d'épées, avec leur lot de preux mousquetaires, d'espions et d'assassins implacables, de sauvetages et de pièges, de trahisons et de hauts faits d'armes. Et croyez-moi, égaler Lagardère ou les célèbres mousquetaires de Dumas ce n'est pas évident!

L'histoire de ce premier tome est découpé en quatre parties. La première permet d'introduire les personnages car il y en a un sacré paquet (moins que dans Game of Thrones mais George Martin est un peu imbattable!) et c'est d'autant plus difficile de les définir qu'à ce stade là du récit on ne sait pas qui est dans quel camp (cela dit je suis aux trois quart du tome 2 actuellement et je ne suis pas sûre d'en savoir plus!). En tout cas cette partie permet d'apprivoiser les personnages et de se faire un ressenti personnel. Certains comme Saint-Lucq et Arnaud de Laincourt sont particulièrement intriguants, le genre de personnage taiseux dont on ne connait ni les loyautés ni les sentiments, d'autres comme Antoine Leprat chevalier d'orgueil ou la baronne Agnès de Vaudreuil vous touchent immédiatement. J'aimerai vous parler de chaque personnage mais cela sera difficile sans spoiler et je m'y refuse tant l'histoire est trépidante et les rebondissements, nombreux, toujours inattendus (ou presque). Je vous laisse donc les découvrir par vous même. Sachez sinon que je suis tombée pour les Lames du Cardinal, ils ont tous leur caractère propre, leurs spécificités, leur histoire et sont tous attachants à leur manière. J'aime énormément le fait que des informations sur eux sont distillés au fur et à mesure. Il n'y a jamais un point: "STOP maintenant on vous raconte tout de la vie de truc." Jamais. Tout est toujours subtilement distillé. C'est ce qui vous maintient aussi en haleine car on sait qu'en avançant dans la lecture on en découvrira des éléments nouveaux sur les personnages que l'on aime. Je prends juste le temps de vous dire que je suis amoureuse d'Antoine Leprat chevalier d'Orgueil, de son style, de sa rapière d'ivoire et que je l'épouse immédiatement si possible! Quant au personnage d'Agnes de Vaudreuil je suis admirative du travail de Pierre Pevel pour nous montrer une héroïne forte, indépendante, fière, libérée sur bien des points mais qui ne tombe jamais dans l'excès. Elle est l'égale de ses compagnons sans avoir à jouer des coudes, elle prend des décisions, agit, remet en question les actes d'autres Lames, bref, son personnage est parfaitement équilibré et ne tombe jamais dans la caricature de la belle amazone. Merci Monsieur Pevel de nous donner à lire une Lame féminine forte et naturelle. 

La seconde partie du roman permet, une fois les lames réunies, d'avancer dans l'intrigue à proprement dite (même si des bases sont posées tout au long des 100 premières pages) avec l'exposition de la mission et surtout l'interaction des Lames entre-elles. On sent immédiatement la cohésion des troupes, les relations qu'ils entretiennent entre eux et les liens qui sont tissés depuis longtemps. Bien qu'ils soient très différents, certains aiment faire la fête, d'autres sont plutôt silencieux de nature, l'équipe est bien équilibrée et les rôles bien établis. On les voit suffisamment pour s'attacher à eux sans regretter la présence de l'un ou de l'autre.
La troisième partie amène des éléments de réponse. Quant à la quatrième...elle introduit brillamment le tome deux. Je me laisse très très rarement surprendre par des rebondissements mais ici je dois dire que j'ai été bercée par l'histoire sans aucun problème. Si vous me lisez régulièrement vous savez que je ne lis jamais aucune série à la suite de peur de m'écoeurer...Jamais...Pierre Pevel vient de me faire mentir puisque je ne pourrais sans doute m'arrêter qu'une fois les trois tomes avalés! L'histoire est parfaitement maîtrisée du début jusqu'à la fin, c'est un régal de raffinements dans le détail que ce soit des armes, des décors, des vêtements etc.

Ce qui m'amène au point du style et de la langue. L'écriture de Pierre Pevel est exquise, percutante, extrêmement dense avec un vocabulaire choisi avec soin. C'est réellement extrêmement bien écrit et c'est un délice de retrouver du français sous une plume pareille. Il y a de la recherche à la fois dans la narration mais aussi dans les dialogues pour recréer un parlé XVIIe siècle sans jamais forcer le trait ni l'exagérer au risque de le rendre lourd ce qui aurait pu être le cas. Ici, vous effectuez une plongée dans le Paris de 1633 d'une façon merveilleusement naturelle et simple. Au-delà de l'histoire j'ai pris énormément de plaisir à lire ce roman pour la qualité de sa langue. L'auteur sait parfaitement donner du rythme à son histoire et les scènes d'actions sont vraiment bien faites. Il y a du rythme, on passe d'une action à l'autre pour revenir sur la précédente, toute s'enchaîne admirablement bien (vous avez vu aujourd'hui beaucoup d'adverbes! mais c'est à la hauteur de mon amour pour cette série alors ne râlez pas). Je me demande comment Pierre Pevel écrit. Voit-il la scène dans sa tête? Parce que son écriture me fait souvent penser à des scènes de films notamment dans le rythme et je me demande s'il ne les construit pas de cette façon (Si quelqu'un lui a posé la question et connaît la réponse n'hésitez pas à partager). 

Autre point non négligeable: Nous sommes ici dans un roman d'uchronie, oui par exemple dans le Paris de 1633 qu'évoque Pierre Pevel, le Cardinal de Richelieu (et par extension le roi de France) a "perdu" le siège de La Rochelle. Cependant, on sent un travail phénoménal sur la période, ses moeurs, son histoire, ses personnages célèbres et Paris qui font du roman un délice pour un historien (et vous l'aurez compris, pour l'historienne que je suis). Les détails sur la ville de Paris, le caractère des personnages célèbres qu'il met en scène (à commencer par Richelieu qui retrouve un peu de son lustre après Les trois mousquetaires, ici point de traits lourds ou machiavéliques, Richelieu est certes un homme d'Etat volontiers cynique mais qui oeuvre avant tout pour la France. Un portrait nuancé particulièrement agréable) tout est réfléchi. J'adore également le détail sur les armes des Lames, les clins d'oeil au roman de Dumas et toutes les modifications historiques qu'il apporte et qui passent comme une lettre à la poste. 

Tout cela est renforcé par les éléments de fantasy qui sont introduits ici de façon presque naturelle je dirais. Des dragons, des dragonnets, du dracien, des vyvernes et des sangs-mêlés sont rajoutés à l'intrigue, mêlés aux intrigues politiques de l'époque, ces derniers servant la cour d'Espagne sans que jamais on ne trouve tout ça forcé. C'est sans doute dû à la maîtrise dont l'auteur fait preuve mais on en vient presque à regretter que tout ce "beau" monde n'existe pas pour de vrais (à l'exception des dracs peut-être). Ces éléments sont mélangés à l'intrigue, fondus en son sein ce qui fait que le lecteur "débarque" dans cet univers déjà construit et d'une certaine façon acquis. 

Vous l'aurez compris, Les Lames du cardinal m'a littéralement séduite, je pense attaquer le tome 3 très prochainement et je ne peux que vous conseiller de les lire. J'ai déjà mis de côté la série d'Embremer toujours de Pierre Pevel. Je sais qu'il vient de lancer une nouvelle série mais s'il vous plait, monsieur Pevel si jamais un jour vous passez par là, s'il vous plait, continuez à écrire du Capes et d'épées. Nous avons, plus que jamais, besoin de ces héros là! 

(J'ai même un casting dans la tête pour une possible adaptation....oui oui j'en rêve même la nuit!).