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mercredi 29 octobre 2014

Le Club de la pluie brave les tempêtes - Malika Ferdjoukh


Présentation de l'éditeur: C’est la fin des vacances d’hiver à Saint-Malo, et voilà un moment que le Club de la Pluie n’a pas eu une énigme à se mettre sous la dent. Mais lorsque Jeanne Eyrmont, la filleule de la directrice, débarque à l’internat des Pierres-Noires, elle semble apeurée, comme si elle avait vu des fantômes. Des fantômes, vraiment ? Ambroise, Rose, Nadget et Milo sont bien décidés à tirer cette affaire au clair.
Ce livre réunit deux nouvelles enquêtes du Club de la Pluie, Le fantôme des Pierres-Noires et Le mystère des chaussons rouges.

On les attendait, les voici! La suite des aventures de nos petits pensionnaires bretons est enfin là! Après Le club de la pluie au pensionnat des mystères, nous retrouvons Nadget, Rose, Ambroise et Milo pour deux nouvelles aventures, cette fois-ci racontées par les garçons.

J'adore toujours le changement de point de vue d'une nouvelle à l'autre, cela permet de comprendre les enfants, de leur donner de la profondeur et du relief. Après avoir rencontré les filles, Malika Ferdjoukh se penche maintenant sur les garçons des Pierres noires. Milo revient de voyage et la petite bande est de nouveau réunie. 

Ces deux nouvelles intrigues sont aussi bien que les précédentes. La première s'intéresse à un fantôme, une jeune fille hantée par un spectre dans les couloirs du pensionnat mais ce n'est pas pour décourager notre petit club, bien au contraire. Quant à la seconde intrigue, il faudra toute la sagacité de nos héros pour empêcher une injustice de se produire. 
Les quatre enfants résolvent les énigmes au nez et à la barbe des adultes. 

Comme toujours, les romans de Malika font preuve de finesse, dénonçant les injustices et les faux semblant dans un langage qui, loin de prendre les enfants pour des idiots, leur donne au contraire des armes. Les références à la littérature et au cinéma sont toujours là, qui font de ce nouveau roman une petite pépite pour les plus jeunes.

Allez on ne tergiverse plus et on va jeter un œil du côté d'un pensionnat battu par les pluies de Saint-Malo! À partir de 8 ans.

vendredi 14 mars 2014

Le Club de la Pluie au Pensionnat des Mystères - Malika Ferdjoukh


Présentation de l'éditeur: Quand Rose Dupin fait son entrée au collège à l’internat des Pierres-Noires, elle ne se doute pas de ce qui l’attend. Elle fait la connaissance de Nadget Mellaoui et de son sourire ravageur, ainsi que d’Ambroise, le fils des gardiens de l’internat, et de son chien Clipper. Il pleut ce jour-là sur Saint-Malo. Mais, depuis la tour de l’internat, ce sont des appels au secours qui pleuvent sous la forme de petits papiers. Qui peut bien envoyer de tels messages ? Un mystère que devront résoudre Rose, Nadget et Ambroise, réunis au sein du Club de la Pluie.

Malika Ferdjoukh est de retour et ce n'est jamais trop tôt! Cette fois-ci, l'auteure nous emporte à Saint-Malo dans l'internat du collège des Pierres-noires où les mystères s'accumulent. Une directrice absente, des objets volés, de mystérieux indices et une fine équipe...les intrigues se multiplient sous la pluie bretonne.

Je ne vais pas râler sur le fait qu'une fois encore, c'est un roman bien trop court que nous propose Malika - même si oui, c'est carrément über trop court en fait - parce que la suite ne saurait tarder...donc je vais passer l'éponge pour une fois. Autoritaire mais magnanime voyez-vous. 

Revenons à nos moutons, où plutôt à nos pensionnaires. Ils sont trois, Rose, Nadget et Ambroise et nous entraînent avec eux dans deux petites histoires, L’énigme de la tour et Le voleur de Saint-Malo, bien sympathiques. 

Comme toujours c'est un véritable régal de retrouver la plume de Malika Ferdjoukh et son don pour croquer les personnages qu'elle met en scène. Rose, Nadget et Ambroise sont très différents mais complémentaires et surtout très attachants. J'ai adoré d'emblée Rose et sa façon de parler très décontractée. On retrouve en elle un peu d'Enid Verdelaine, elle est très drôle et ses premiers échanges avec son père qui la conduit au pensionnat sont hilarants. Nadget quant à elle est complètement l'opposée de Rose un brin tomboy car elle est super jolie et super coquette, toujours avec un miroir à la main. Cependant, il ne faudrait pas croire que Nagdet est complètement idiote parce que féminine. Joli pied de nez à tout ce qu'on entend en ce moment, Nagdet est super intelligente et fait preuve de beaucoup de finesse, elle met Rose dans sa poche en quelques instants. Quant à Ambroise, c'est un bon petit gars, qui n'hésite pas à aider ses deux nouvelles amies.

J'ai beaucoup aimé que la première histoire soit racontée par Rose et la seconde par Nagdet car le changement de point de vue permet non seulement de mieux connaitre les protagonistes mais aussi de varier le ton et la plume. Bien que s'adressant aux 9-12 ans, il y a dans Le Club de la Pluie au pensionnat des mystères toute la verve de Malika Ferdjoukh qui plaira aux plus vieux. 

Les intrigues sont très simples et souvent résolues à la dernière minute par un coup de bol mais vu l'âge des héros, je trouve ça plutôt bien trouvé. Malika Ferdjoukh sait très bien se mettre à la portée de ses lecteurs sans les prendre pour des idiots.

Ce nouveau roman de Malika ne serait pas complet sans des allusions et références au cinéma américain! Rassurez-vous, Fred Astaire et Gene Kelly sont bien là! Nadget est une fan des comédies musicales américaines, avec un peu de chance cela déclenchera des vocations.
Enfin, elle n'oublie pas de nous parler de la Bretagne. Ce n'est pas pour rien que le pensionnat se trouve à Saint-Malo. Kouignamann, pluie et marée, j'ai l'impression de rentrer à la maison en lisant ses lignes. 

Sans surprise, j'ai adoré! Un roman intelligent et bien écrit, parfait pour tous les détectives en herbe...et les confirmés! J'ai hâte de retrouver notre petit groupe cet automne dans Le Club de la Pluie dans la tempête.

vendredi 14 février 2014

Et si on se mettait à la BD? Episode 7: Quatre sœurs la BD - Malika Ferdjoukh et Cati Baur : tome 1 et 2, Enid et Hortense


Les Quatre sœurs, c'est mon roman jeunesse préféré de l'univers entier, rien que ça. Les Sœurs Verdelaine et la Vill'Hervé je les adore au point que je regrette toujours que Charlie, ma préférée, n'ai pas son tome consacré, rien que pour pouvoir recroiser le beau Valéry. La bande dessinée de Cati Baur et de Malika Ferdjoukh était sortie une première fois chez Delcourt mais je n'avais pas eu l'occasion de la lire. Elle est tout récemment ressortie chez Rue de Sèvres, la maison d'édition BD de l'Ecole des Loisirs qui nous promet cette fois la série complète. Ni une ni deux, j'ai donc pu mettre la main sur les deux premiers tomes disponibles, Enid et Hortense.


Découpées de la même façon que les romans, c'est à dire en quatre volumes, la BD suit pas à pas les livres qu'elle met en scène.

J'ai adoré voir vivre à travers le dessin mes cinq sœurs préférées - quid des sœurs Bennet me direz-vous, je répondrais que des cinq, je n'en aime que deux...Je ne sais pas si je les imaginais véritablement comme ça en lisant le roman mais la BD m'a tout de même convaincue. Les sœurs Verdelaine sont différentes les unes des autres, tant physiquement que psychologiquement et on arrive bien à les distinguer.

Charlie, avec son air de lutin et ses cheveux courts, reste ma préférée et j'adore le look que Cati Baur lui donne, avec ses pull trop grands, sa salopette et son pantalon à bretelles. C'est un style qui me ressemble assez dans ce que j'aime et je me sens donc très proche de l'aînée des Verdelaine. Geneviève à un physique très agréable, elle fait très douce et cela dégage un contraste assez marrant lorsqu'elle fait du baby-sitting pour les jumelles Desroulliere. Bettina est superbe et bénéficie souvent de gros plans très jolis sur ses cheveux roux et ses tâches de rousseurs et même si c'est la sœur que j'aime le moins, je la trouve réellement touchante qu'à partir de la fin du tome 2, la bande dessinée lui rend joliment hommage avec son petit nez en pointe. Hortense se fait très discrète dans le premier tome mais heureusement, la seconde histoire lui est consacrée et c'est un personnage - dans le sens fantasque du terme - qui se révèle aux lecteurs et lectrices. Enid enfin est vraiment drôle parce qu'elle ne se rend pas compte qu'elle est encore un bébé pour ses sœurs et que sa lubie de sauver sa chauve souris Swift en plein orage aurait pu avoir des conséquences terribles. Avec sa jolie bouille et ses barrettes roses, elle apporte de la gaieté dans la Vill'Hervé.

 Présentation de l'éditeur: Orphelines depuis peu, les soeurs Verdelaine vivent à la Vill'Hervé, une grande maison en bord de mer. Enid, c'est la plus jeune, celle qui ne comprend pas vraiment les choses de l'amour, celle que personne ne croit quand elle dit qu'elle a entendu un fantôme hurler dans le parc. Ni Geneviève, ni Hortense, ni Bettina... Pas même Charlie l'aînée qui s'occupe de toute la petite tribu. 

Dans ce premier tome, nous apprenons donc que les filles Verdelaine vivent désormais seules, à la suite de la mort de leurs parents, Lucie et Fred. C'est Enid, la plus jeune qui nous entraîne tout d'abord dans leur grande maison au bord de la mer, la Vill'Hervé, où le vent s'engouffre dans un bruit de hibou asthmatique. Les fuites, la chaudière qui déconne, le macaroni - cet escalier biscornu - l'aile des filles et l'aile de Bettina avec salle de bain perso - lenteur de douche de la demoiselle oblige - mais heureusement il y a aussi les pâtisseries de Geneviève, les vêtements bien repassés et Charlie et ses outils. Il y a aussi Basil, l'amoureux de Charlie, médecin de son état qui vient aider la tribu Verdelaine dès qu'un nez se met à couler. 

Les filles ont aussi un secret, elles parlent toute à leurs parents disparus, qui apparaissent toujours vêtus n'importe comment. Réconfortant et douloureux, ces apparitions sont l'occasion pour les filles de confier ce qu'elles ont sur le cœur. 

A côté de la grande tempête qui s'abat sur la Vill'Hervé, détruisant le puits et le vieil arbre, Colombe, une jeune fille dont les parents sont à l'étranger, vient passer les vacances chez les Verdelaine au grand dam de Bettina qui redoute une rivale. Il faut dire que Colombe est aussi belle que gentille et ça a de quoi énerver. Sauf que non...Colombe a tout de Miss parfaite mais elle est vraiment adorable, bien élevée et c'est une bonne nature. Elle n'en veut jamais à Bettina pour ses impolitesses et ses vacheries, ne la dénonce pas, parce qu'elle sait que cela ne sert à rien. C'est finalement Bettina qui nous apparaît comme une insupportable ado, jalouse et mauvaise jusqu'à la fin du tome. Il lui faudra faire encore un peu de chemin avant de grandir! 

Colombe est très joliment dessinée et correspond bien à l'image que je m'en faisais et le beau Juan avec ses cheveux roux et ses tâches de rousseurs était parfait aussi!

 Présentation de l'éditeur: Dans ce deuxième tome de ta série, il est question d'Hortense, 11 ans, qui passe sa vie dans les livres et se demande ce qu'elle va devenir : un personnage de sa série préférée ? Chirurgienne des maladies incurables pour venir en aide à sa nouvelle amie Muguette ? Ou bien comédienne ? Mais pour monter sur scène, Hortense va devoir vaincre sa timidité... C'est dans son journal intime dont elle nous livre des extraits, qu'Hortense s'interroge et partage les hauts et les bas de sa vie d'adolescente. 

Enfin nous découvrons Hortense, 11 ans et malheureuse, noyée dans la masse de ses sœurs. Trop de filles dans cette maison, trop de caractères différents et surtout trop de Bettina qui ne voit sa petite sœur que pour se moquer d'elle. Lorsque Hortense rencontre Muguette, une petite fille gravement malade mais pleine de vie et d'espièglerie, l'adolescente se dit qu'il est temps d'agir. Grâce à cette nouvelle amitié et aux cours de théâtre, Hortense sort lentement mais sûrement de sa coquille et se découvre une passion. 

J'ai beaucoup aimé que ce tome-ci prenne une forme qui lui est propre, notamment avec les pages du journal d'Hortense qui jalonne la lecture. C'est donner vie au roman d'une façon visuelle fort agréable. 

Parallèlement à Hortense, c'est Bettina qui vit une histoire peu commune avec un magicien nommé Merlin aussi drôle et gentil que laid. Entre la peur d'être rejetée par ses amies et la découverte de l'amour, Bettina passe de l'odieuse à l'émouvante. Les deux premiers tomes en font finalement un personnage de premier plan parfois au détriment de Geneviève ou Charlie que l'on voit moins.

J'ai beaucoup apprécié ce que Cati Baur a fait de Merlin. Le garçon a d'immenses oreilles et un grand nez mais il est immédiatement attachant comme dans le roman. On a envie de rire avec lui et de le voir faire des tours de magie. C'est un personnage que j'avais déjà adoré dans le roman et ici, tout comme Colombe dans le tome 1, Cati Baur a su le retranscrire juste comme il fallait. De la même façon j'ai trouvé le personnage de Muguette très juste. On voit bien qu'elle est malade, avec ses yeux cernées et ses cheveux très courts qui ont l'air d'être un petit duvet, mais en même temps, il se dégage une très grande force de son personnage ainsi que beaucoup d'humour. Cati Baur a gardé toutes les expressions de Muguette, les "Maine et Loire" ou autre "Tarn et Garonne" qui m'ont toujours beaucoup plu.

Ces deux premiers tomes des adaptations des Quatre sœurs retranscrivent avec brio mes romans chéris. Des larmes de rire en passant par celles de tristesse, des disputes aux franches rigolades, c'est avec une joie non dissimulée que l'on se replonge dans les aventures des cinq filles Verdelaine. Il est indéniable que l'on sent la complicité des deux auteures. Une lettre de Malika Ferdjoukh au début du premier tome retrace d'ailleurs leur rencontre et leur projet. De l'inspiration très hollywoodienne de Malika Ferdjoukh, toujours très friande du cinéma de l'âge d'or, aux choix de Cati Baur, la BD finale ressemble bien à la mise en image des romans. 

L'humour et les mots d'esprit qui les jalonnent non pas disparu non plus et c'est avec le sourire et en attendant la suite que l'on referme ces deux premières bandes dessinées.

J'ai déjà parlé des dessins de Cati Baur pour ses personnages mais il faut encore mentionner tous les décors et les paysages. J'adore plus que tout la Vill'Hervé, absolument magnifique. Elle figurait déjà dans le Top 10 des maisons dans lesquelles je voulais vivre mais la voir presque en vrai est insoutenable. Immédiatement, nous sommes plongés dans l'ambiance et la Vill'Hervé et les cinq Verdelaine prennent corps. Trois pages de BD c'est tout ce qu'il aura fallu pour m'avoir, sans parler de la plage, des falaises d'Hortense et de la chambre de Geneviève avec son lit que l'on peut entièrement fermer. J'ai hâte d'arriver dans les autres tomes lorsque les filles vont à Paris. La capitale sous les pinceaux de Cati Baur ne doit pas manquer d'attraits.

La maison idéale, au bord de la mer!

Je ne peux donc QUE vous recommander ces deux premiers tomes, dans l'attente fébrile des deux derniers. Ceux qui ont lu les romans vont juste adorer, pour les autres, c'est une excellente occasion de découvrir l'univers des cinq soeurs Verdelaine et de Malika Ferdjoukh.

Dessin préparatoire de Cati Baur, trouvé sur son blog

vendredi 18 octobre 2013

La Bobine d'Alfred - Malika Ferdjoukh


COUP DE COEUR DE PERSEPHONE
SORTIE PREVUE LE 24 OCTOBRE 2013

Présentation de l'éditeur: Harry Bonnet, 16 ans, fils d'un cuistot montmartrois, est fou de cinéma. Comment s'est-il retrouvé à Hollywood ? C'est simple. Il lui aura suffi d'une gifle, d'une caille rôtie et d'une assiette de pommes de terre pour traverser l'Atlantique et atterrir sur la colline mythique. L'Amérique ! Des stars à tous les coins de rue ! Une nuit, il suit son père à la cantine, s'introduit en catimini sur le plateau n° 17, remplace au pied levé un second rôle souffrant et... tombe nez à nez avec Alfred Hitchcock. Le metteur en scène le plus célèbre du monde commence le tournage dont il rêve depuis quarante ans : l'adaptation d'une pièce de J. M. Barrie, l'auteur de Peter Pan. C'est un secret absolu. Le film porte un faux titre et Hitchcock lui-même a pris un nom de code. Mais pourquoi diable Harry a-t-il voulu voir les premières minutes du film fantôme ? Pourquoi a-t-il désobéi au maître du suspense ?

Comment vous rendre l'état d'excitation qui s'est emparé de moi lorsque j'ai reçu La bobine d'Alfred? En fait, je l'attends depuis que je sais que Malika était en train de l'écrire et comble de malchance, mon facteur a perdu mon premier exemplaire: j'ai dû attendre! Ouverture du colis, horreur: le roman ne fait que 174 pages....c'est comme si on vous montrait un potentiel d'1kg de pâte d'amande pour ne vous en donner que 100gr. Une vraie torture. J'ai donc englouti La bobine d'Alfred dans la soirée, comme il se doit...

Malika Ferdjoukh est une amoureuse d'Alfred Hitchcock et plus encore du cinéma américain de l'âge d'or. Elle est incollable! Je vous l'assure puisque j'ai eu la chance de la rencontrer et de parler cinéma avec elle. Plus encore, elle est capable de chanter tous les airs des comédies musicales de ces années là, celles que j'adore avec Fred Astaire, Ginger Rogers, Gene Kelly, Jean Hagen etc. et bon sang qu'est-ce que cela se sent!

La bobine d'Alfred, au-delà d'être une histoire sur un adolescent découvrant un univers qu'il adore mais ne connait que de loin, est une ode au cinéma et aux cinéphiles. De la première à la dernière page, le roman est truffé de références plus ou moins fines, plus ou moins évidentes au cinéma et bien sûr à Hitchock.

Le personnage principal, Harry Bonnet, est un cinéphile. Il tient cette passion de son père, Gustave Bonnet, cuisinier montmartrois et grand amateur de cinéma qui voulait au départ baptiser son fils Cary. Comme pour Cary Grant. Nous sommes dans les premières lignes du roman et déjà ça fleure bon les années 60.
Le côté cinéphile de Gus et Harry n'est jamais un prétexte au développement narratif, il y a bien derrière une vraie passion pour le cinéma partagée par Malika Ferdjoukh. Pour ceux qui connaissent le cinéma de cette époque, c'est un véritable délice de chercher les références disséminées un peu partout dans le roman. Allez, je suis gentille je vous en donne un, qui m'a faite sautiller comme une folle: "Me voila débarrassé d'un poisson nommé Vandamm."

Si Malika Ferdjoukh aime le cinéma en général, La Bobine d'Alfred nous permet aussi de mesurer son amour pour les comédies musicales "à l'ancienne". J'ai littéralement hurlé (de joie, d'excitation, je précise) en découvrant l'un des personnages: Lina Lamont. Pour ceux à qui vraiment Lina Lamont et Don Lockwood ne disent rien, je vous conseille urgemment voir Chantons sous la pluie (Singin' in the rain) avec Gene Kelly, Donald O'Connor, Debbie Reynolds et Jean Hagen. Outre le fait qu'il s'agisse de ma comédie musicale préférée, c'est aussi l'une des plus célèbres. Pour vous rappeler un peu de quoi il s'agit: Don Lockwood et Lina Lamont sont deux stars du cinéma muet or voici que sort "The jazz singer" (Le chanteur de jazz), premier film parlant. La transition pourrait se faire en douceur si seulement Lina Lamont n'avait pas la voix la plus affreuse de la planète. Pour la doubler, ils engagent alors une jeune comédienne à la voix délicieuse Kathy, dont Don Lockwood tombe bientôt amoureux.
Malika Ferdjoukh décide ici de faire de Don et Lina des personnages réels du cinéma muet et non de simples personnages (bien que l'on ne voit jamais Don). Derrière ce choix sympathique d'inclure Singin' in the rain dans l'intrigue, il s'agit sans doute, pour Malika Ferdjoukh, de rendre hommage à Jean Hagen, actrice un peu oubliée par rapport aux grandes vedettes de l'époque mais qui n'en reste pas moins une grande artiste. Lina Lamont a vraiment le mauvais rôle dans Singin' in the rain et peu de gens savent qu'en réalité Jean Hagen avait une très jolie voix et qu'elle chante elle-même la chanson "would you" du film. D'ailleurs ici, Lina et son fils imaginaire Grant, sont tous deux de très bons personnages, gentils et accueillants envers Harry et Gus. Un hommage discret mais vibrant qui a su me toucher.
Mis à part Singin' in the rain et Jean Hagen, il nous arrivera de croiser un certain gentlemen, sautillant, en jaquette rayée, passionné de courses hippiques, un sourire éclatant sur le visage. Je vous laisse l'apercevoir, j'en étais ravie!

Bien évidemment, on ne s'appelle pas La bobine d'Alfred avec le maître sur la couverture sans parler un peu d'Alfred Hitchcock. Les références à son travail (McGuffin, caméo) et à sa filmographie sont nombreuses. Quand ce n'est pas l'auberge écossaise dans laquelle s'arrête Harry et sa femme au début du roman, qui s'appelle Tavern of Jamaica (une référence à Jamaica's Inn, film d'Hitchcock adapté du roman de Daphné du Maurier), c'est la caissière du cinéma qui s'appelle Mme Rebecca. Chaque chapitre est une référence à un film d'Hitchcock. De la même façon, l'intrigue autour du film Mary Rose est une véritable anecdote liée à l'histoire d'Hitchcock. J'ai beaucoup aimé le fait qu'elle se serve de la personnalité du réalisateur et de ses projets pour construire son intrigue. De la sorte, l'histoire ne sort pas de nulle part, elle a une cohérence avec l'histoire personnelle du réalisateur.

Il est évident qu'il y a plusieurs niveaux de lectures dans La bobine d'Alfred. Si vous êtes vous-même un passionné de cinéma le plaisir n'en est que redoublé. Personnellement je suis un peu frustrée car je suis sûre d'avoir loupé des références. On pourrait croire en revanche que si ce monde là vous est inconnu, il vous faut passer votre chemin. Cette affirmation est on ne peut plus fausse.
Au contraire! Un peu comme dans les films Shrek ou avec 3000 façons de dire Je t'aime de Marie-Aude Murail, cette construction autour du cinéma est un écrin à l'histoire que l'on peut parfaitement apprécier sans maîtriser les références.
Car avant tout, l'histoire parle de Harry, ce jeune français cinéphile plongé d'un coup dans le monde des paillettes d'Hollywood. Il découvrira que les apparences sont souvent trompeuses et que le cinéma et ses plateaux ne rendent pas toujours heureux. C'est l'histoire d'un adolescent qui grandit, fait des erreurs qui le poursuivront longtemps et qui découvre que parfois il ne faut pas s'approcher trop près des mythes que l'on aime car en gros plan, le verni craque et le réalité n'est pas toujours belle.

Mission réussie pour Malika. On ne peut pas lire La bobine d'Alfred sans avoir envie en le refermant de prolonger l'expérience dans ce monde du cinéma américain des années 50-60. A présent, j'ai vraiment vraiment envie de découvrir Alfred Hitchcock et de revoir/découvrir des films du ciné américain du golden age.
Oui je vais sûrement commencer par du Fred Astaire. Comment avez-vous deviné?

samedi 10 décembre 2011

Aggie change de vie - Malika Ferdjoukh


Présentation de l'éditeur: Aggie est la reine de la débrouille. Difficile de faire autrement quand on est orpheline et qu'on ne mange pas tous les jours à sa faim. Avec son ami Orin et son chien Mister Bones, elle a mis au point un numéro pour détrousser les riches passants qui s'aventurent dans les bas quartiers de Boston. C'est d'ailleurs en essayant de voler le portefeuille de Pemberton Rushworth qu'Aggie l'a rencontré. Plutôt que de la conduire à la police, ce détective privé lui fait alors une proposition extraordinaire. Jusqu'à présent, Aggie n'a pas eu beaucoup de chance. Mais cette drôle de rencontre est une occasion inespérée d'échapper à son destin de gamine des rues. Si Aggie suit attentivement les conseils du détective, elle pourra enfin changer de vie.

Aggie Barrie (qui tient son patronyme du papa de Peter Pan) est une gamine débrouillarde à la grammaire approximative. Avec son ami Orin et son chien Mister Bones, elle arpente les rues de Boston afin de dégoter de quoi manger. Car tout n'est pas rose pour Aggie. Elle vit chez les Hume, deux horreurs qui font fortement penser aux Thénardier des Misérables. Heureusement que la cuisinière est un peu plus chaleureuse.
La routine joue son rôle jusqu'au jour où Aggie dépouille l'homme de trop. Commence pour elle un étrange voyage.

Dans Aggie change de vie il y a un peu d'Oliver Twist et un peu du Petit Lord Fauntleroy. L'histoire est simple car elle vient de la collection Neuf de l'Ecole des Loisirs et donc destiné aux 9- 12 ans. Malgré tout elle est plaisante et sympathique et on s'attache vite aux personnages. On croise les doigts pour que l'histoire d'Aggie se termine bien.

Aggie est une gamine touchante. J'ai beaucoup aimé son franc-parlé et ses problèmes de grammaire. C'est très réaliste. Elle fait penser au personnage de Minuit-Cinq par bien des côtés. Alice est aussi touchante dans son fauteuil. Elle est simple et spontanée c'est agréable. L'ami d'Aggie Orin est mignon aussi, il partage son quotidien difficile avec la petite fille et son chien.
Quant à Mr Bones c'est un chien comme on les aime affectueux et protecteur.

L'histoire se déroule en deux temps. Les deux parties sont très différentes mais néanmoins égales en qualité. La fin est cependant un tout petit peu plus abrupte que je ne l'aurais souhaité mais ça n'a pas entamé mon plaisir. On reconnaît bien la patte de Malika Ferdjoukh dans ce court roman. Un vocabulaire ciblé et une petite fille rigolotte, le rendez-vous littéraire parfait!
Un livre tout simple que je recommande donc!

Faux numéro - Malika Ferdjoukh


COUP DE COEUR DE PERSEPHONE

Présentation de l'éditeur: Pierrette a été invitée à passer les vacances de Pâques avec son amie Lolo, chez la tante de celle-ci, à Deauville. Il y a là Albert, le frère aîné de Lolo, qui est la vraie raison pour laquelle Pierrette est venue, mais soit il ne le sait pas, soit il s'en moque comme de sa première chaussette. Il y a aussi Noé, l'autre frère de Lolo, qui a la particularité de ne prononcer que des moitiés de mots. Et il y a Poussin, la petite sœur de Pierrette. Et Globule, le chien, avec ses nombreuses colonies de puces. C'est tout? Non. Il y a aussi le mystérieux inconnu qui ne cesse de téléphoner chez les voisins, alors que la maison est vide. Pierrette est terriblement intriguée par cette sonnerie incessante. Un jour, elle n'y tient plus, elle se faufile à l'intérieur par une fenêtre restée ouverte et décroche. C'est un petit geste qui va sérieusement chambouler ses vacances.

Comme toujours, les Malika Ferdjoukh sont des coups de coeur! Celui-là ne fait pas exception à la règle, je l'ai adoré!
Je trouve qu'il y a un croisement entre Sombre Citrouille et Quatre Soeur. En gros on aurait une intrigue à la Sombre Citrouille pour l'ambiance bon enfant de la Vill'Hervé. Faux numéro ne fait pas peur. On est en fait assez loin des drames de Fait moi peur et de Sombre citrouille, pourtant il y a un je-ne-sais-quoi qui ce dégage de ce roman. Peut-être les coups de fils mystérieux qui émanent de la maison voisine.
Parce que franchement, il est flippant le téléphone des voisins.

Pierrette est un personnage extrêmement attachant. C'est une ado amoureuse (donc forcément à côté de ses pompes) du beau Albert qui se dit que la Pierrette est gentille mais bon....après tout, il a quinze ans, donc forcément...Son caractère m'a beaucoup amusé car on se reconnait un peu en Pierrette, dans sa mauvaise humeur quand Albert n'est pas là, le côté "je suis ridicule" qu'elle trimballe tout le temps avec elle, son inspection dans le miroir et ses oreilles en cerf-volant.

D'un autre côté, j'ai observé son histoire d'un oeil plus adulte et parfois je trouvais qu'elle exagérait, notamment avec Poussin, sa petite soeur de 5 ans que j'ai littéralement A-DO-RE! Je l'ai trouvé terriblement mignonne, tout à fait spontanée.

Noé est un personnage intéressant aussi. Il m'a fait penser au personnage principal de Sombre citrouille. Un ado qui parle peu mais qui voit beaucoup de chose. C'est un personnage moins tape-à-l'oeil qu'Albert que j'ai beaucoup apprécié. C'est un gamin vif et intelligent et c'est toujours passionnant de suivre ce genre de héros.

L'histoire était passionnante. Mystérieuse, drôle avec les bons mots de Malika. On a terriblement envie de passer ses vacances chez Tante Aurique, ponctuées par ses bricolages et la radio mauve qui nous chante ses petits airs plusieurs fois par page.

L'écriture de Malika est délicieuse comme toujours, elle a le sens de la formule et de l'expression rigolote qui fait que l'on va retenir son style. Pierette parle vraiment très bien, avec un vocabulaire recherché mais toujours à propos.

Je ne veux pas en dire plus sur l'histoire car cela gâcherait le suspens mais ce que je peux dire c'est que je me suis doutée de la fin. Cela dit ça ne m'a pas dérangé parce que je trouvais ça assez sympa comme fin. Encore une fois j'ai été très emballée par ce récit. Entre l'ambiance bon enfant et la mystère qui entoure cette sonnerie de téléphone j'ai passé un excellent moment!

dimanche 18 septembre 2011

Chaque soir à 11 heures - Malika Ferdjoukh


COUP DE COEUR DE PERSEPHONE

Présentation de l'éditeur: Willa Ayre s'est classée dans la catégorie des filles que les garçons ne voient jamais, des insignifiantes, des petits chats caustiques mais frileux. Iago, lui, attire tous les regards. Il est le garçon dont rêvent toutes les filles du lycée. Dès la rentrée, Iago pose les yeux sur Willa et la choisit. Mais à une fête, Willa rencontre le bizarre et ténébreux Edern. Dès lors, sa vie prend une tournure étrange. De la grande maison obscure cachée au fond de l'impasse, la jeune fille doit découvrir les secrets, sonder son coeur, et faire un choix...

Alors voila. Le nouveau livre de Malika Ferdjoukh est sorti en librairie le 7 septembre, le 8 septembre il était en ma possession. Il m'a fallu 1 journée et demi pour le liquider (dommage ça a un goût de "trop peu").
Evidemment, c'est un véritable coup de coeur même si je dois l'avouer ce Malika Ferdjoukh là est un peu différent de ce qu'on a l'habitude de lire.

Nous sommes loin des grandes maisons familiales avec une fratrie immense et aimante. Willa est fille unique et bonne parisienne. Sa meilleure amie Fran et son frère Iago sont les riches propriétaires d'un des plus beaux hôtel parisien. Pas tout à fait l'ambiance des Quatre Soeurs. J'avais donc quand même un peu peur mais les commentaires très positives des chanceuses qui l'avaient lu en avant première sur Whoospy Daisy m'avaient rassurée.

Comme d'habitude l'écriture de Malika Ferdjoukh est percutante, précise et extrêmement belle. Elle trouve toujours le mot juste, la bonne citation et la bonne extravagance de langage qui nous fait hurler de rire. J'ai retrouvé des quatre soeurs dans la petite soeur d'Edern, Marni. Si l'amie d'Hortense trouvait la vie Tarn-et-Garonne, Marni quant à elle chabadabada à mort! Ces expressions qui appartiennent définitivement à son personnage sont des trouvailles sublimes. C'est ce genre de détail qui me fait aimer Malika Ferdjoukh (je suis d'ailleurs ultra jalouse des filles qui la connaisse en vrai, on apprend beaucoup de ces auteurs là).

Je ne peux pas en dire trop de l'histoire, cela gâcherait le suspens mais Willa est une gamine attachante (comme toutes les héroïnes de Malika), Fran est drôle, Edern intriguant et Marni à croquer. Je ne suis pas du tout une fan de Iago, déjà avec un nom pareil il ne pouvait pas me plaire du tout! (je suis du côté d'Othello moi d'abord!)

Ce livre est une mine d'or pour les citations. Le livre en est truffé et il faut jouer avec les mots pour les retrouver. Avez-vous la magnifique référence à Prout par une superbe incipit? Que du bonheur.
Et la cerise sur le gâteau: l'apparition d'un personnage bien connu dans un autre de ses livres qui déboule rapidement dans le monde de Willa, j'en riais toute seule.

Seule déception: il va falloir attendre longtemps pour un nouveau roman...

samedi 10 septembre 2011

Fais-moi peur - Malika Ferdjoukh


Présentation de l'éditeur: Monsieur N. n'avait pas été un criminel toute sa vie. La preuve, il avait déjà neuf ans quand il tua pour la première fois. Bien entendu, à cette époque, il n'était pas encore monsieur N..Il était Léo, petit garçon qui passait ses vacances chez Mémé et Pépé.... Et puis, vingt ans plus tard, le voici, rôdant autour de la maison de la famille Mintz. Les parents sont sortis, les enfants font du pop-corn, Odette voudrait aller chercher un sapin au cimetière, elle craint que le Père Noël ne les oublie. Monsieur N. ne les oublie pas, lui. Il a déjà tué son chien Thor, il a mis un manteau rouge, il se prépare.

On m'avais prévenu. Ce Malika Ferdjoukh là est vraiment flippant. On reconnait la pâte de Malika dans la construction de la trame narrative et de la famille qu'elle met en scène.

Une famille nombreuse, les Mintz, avec 5 gamins aux cheveux roux, turbulents mais attachants: Bébé Lou, Odette, Mone, Barnabé et Gervaise. De quelques mois à 13 ans, ils sont laissés seuls pour la soirée, les parents se rendant à l'Opéra. Mais voila que tout va de travers. Amoh le petit voisin s'invite pour la soirée, les pop-corn laisse une mare d'huile dans la cuisine, et cette horloge qui n'en fini pas de sourire.

Monsieur N est un personnage terrible. Il est haineux, raciste au dernier degré, fou et égoïste. Excellent portrait que celui de Monsieur N. à travers qui Malika Ferdjoukh dénonce la bêtise de certains hommes. Monsieur N. est comme le miroir de la famille Mintz et de la famille Inoui. Le premier est perdu pour la société, les seconds ne sont qu'amour et tolérance. Tout est toujours tellement fin dans l'écriture de Malika Ferdjoukh que par moment c'en est glaçant de réalisme.

Le prologue sur l'enfance de Monsieur N. est quand même particulièrement effrayant. Comment un petit garçon peut être attiré par la mort et la souffrance des autres?

J'ai beaucoup aimé l'histoire presque parallèle de Gabriel et de la soeur d'Amoh ainsi que les passages sur les camps. C'était extrêmement touchant comme témoignage et ça renvoie parfaitement à l'antisémitisme de Monsieur N.

Ce livre ressemble aux autres Malika Ferdjoukh par la construction de la famille et des enfants qu'elle met en scène. En même temps, par la gravité du sujet, ce livre est un peu à part. Encore une fois Malika ne prend pas ses lecteurs pour des andouilles. Elle leur offre une vraie réflexion sur la nature humaine, du danger et une écriture magnifique.

Un livre étrange mais excellent.

dimanche 24 juillet 2011

Sombres citrouilles - Malika Ferdjoukh


COUP DE COEUR DE PERSEPHONE

Aujourd'hui, 31 octobre, trois générations de Coudrier sont réunies à la Collinière, la grande demeure familiale entourée de forêts et d'étangs, pour fêter, comme chaque année, l'anniversaire de Papigrand, le patriarche. Comme c'est aussi Halloween, Mamigrand a envoyé les petits chercher des citrouilles au potager pour les voisins américains. Mais dans le carré de cucurbitacées encore enveloppé des brumes de l'aube, il y a comme un pépin. Un homme étendu de tout son long, plein de taches rouges, silencieux. Mort. A première vue, personne ne le connaît. L'affaire pourrait donc n'être pas si grave que ça. Le problème, c'est que dans la famille, il y a au moins trois mobiles criminels possibles. Donc trois assassins potentiels. Sans compter tous les secrets qu'on n'a pas encore découverts...

Sombres citrouilles est le deuxième livre de Malika Ferdjoukh que je lis après la tétrade des Quatre soeurs qui a été un ENORME coup de coeur de cette année. D'après le résumé je m'étais dit que Sombres citrouilles aurait des goûts de Quatre soeur. Quelle erreur j'ai commise!
En effet, Sombres citrouilles n'a strictement rien à voir avec la terrible bonne humeur qui se dégade de la Vill'Hervé. Ici tout n'est que mensonge. L'histoire, si elle commence sur un ton léger il faut le dire, tombe peu à peu dans une teinte plus sombres qui m'a séduite. Voici un livre pour enfants qui ne mâche pas ses mots et qui donne à réfléchir.

Dans ce récit à plusieurs voix (celles des enfants et non des adultes!) produit par Hermès 13 ans et demi, Madeleine 15, Violette et Annette 8 et Colin-Six ans, c'est le cheminement d'Hermès que l'on suit. En effet, de tous ces enfants qui prêtent leur voix au livre, il est le seul (avec Madeleine) a s'exprimer directement à la première personne et de ce fait il véritablement le personnage central de Sombres Citrouilles. Il est avec les petits lorsqu'on trouve le cadavre du monsieur et il prend une décision majeur dès le début du roman.
C'est un personnage que j'ai vraiment aimé tout comme Madeleine car ils sont très semblables. Dans cette histoire j'ai adoré les enfants: Colin Six-ans et son imagination débordante, Violette et Annette EXTREMEMENT touchante ces deux petites et leur intéraction est tellement mignonne.
En revanche j'ai vite détesté les adultes sauf Clara et Oncle Gil qui m'ont semblé plus sympathiques.

J'ai retrouvé avec plaisir le ton et l'humour de Malika Ferdjoukh la fameuse réplique de Rose "j'ai les ovaires dans le chignon" m'a faite passée pour une imbécile dans le métro parce que j'ai éclaté de rire toute seule! Toutefois, le récit n'étant pas si drôle que ça j'ai beaucoup apprécié la façon dont elle amenait les conclusions d'Hermès dans le récit. Au fur et à mesure les masques tombent et avec eux, la naïveté d'Hermès et de Madelaine.

Le racisme, la haine et la différence sont pointés du doigt par Malika Ferdjoukh tout en restant étonnament subtile. Les réflections sur Annette (vu par sa soeur Violette puis par Hermès) sont très touchantes et j'ai violemment partagé leur point de vue. Le personnage de Mamigrand, qui dès le début parait froid et antipathique, est renforcée par l'histoire et donne une vision bien étonnante de cette famille Coudrier.

Encore une découverte majeure pour moi. Je ne suis pas prête d'arrêter de lire des Malika Ferdjoukh!

samedi 21 mai 2011

Quatre soeurs - Malika Ferdjoukh



COUP DE COEUR DE PERSEPHONE

Comme Les Trois Mousquetaires étaient quatre, les Quatre Sœurs Verdelaine sont cinq. Il y a les plus jeunes, celles qui, chacune, donnent son titre à une partie de ce livre : Enid, 9 ans, se dévoue à la protection des pensionnaires du grand sycomore du jardin, Blitz l'écureuil et Swift la chauve-souris, et dialogue à l'occasion avec son ami Gnome de la Chasse d'eau. Hortense, 11 ans, passe le plus clair de son temps à lire, à tenir son journal et à se demander ce qu'elle va faire comme métier. Architecte ? Chirurgienne ? Bettina, 14 ans, fait sa bêcheuse dans la salle de bains, se shoote aux 218 épisodes du feuilleton Cooper Lane, copine avec Denise et Béhotéguy, et enquiquine le reste du monde. Geneviève, 16 ans, prend des cours de boxe thaïe essoufflants tandis que les autres la croient occupée à baby-sitter. Mais il y a aussi Charlie, l'aînée, 23 ans, qui s'occupe de tout : bricoler, cuisiner ; travailler dans un labo, aimer Basile, tirer le diable par la queue et tenter d'élever ses cadettes depuis la mort des parents. Tout ce petit monde habite la Vill'Hervé, une grande maison au bout du bout de la lande, au bord du bord de la falaise, pleine de recoins, de mystère, d'hôtes de passage et de pannes de Madame Chaudière. Il essaie de vivre (ça marche), il essaie d'aimer (bof, bof...), il essaie d'affronter les épreuves (tout est toujours à recommencer) et il essaie d'en rire (à tous les coups l'on gagne)


Quelle surprise que ce (ou plutôt ces) roman là! VRAIMENT UN GROS COUP DE CŒUR! Un petit bijoux moi qui
adore les romans sur les fratries. Les cinq sœurs Verdelaine est un pur enchantement à chaque instant. Si au départ Malika Ferdjoukh a publié 4 romans, un pour chaque sœur sauf Charlie (là est ma plus grande déception...que cette sacrée Charlie n'ait pas son tome bien à elle), la série a été récemment réuni en 1 seul volume. Toutefois, pour des efforts de clarté, je vais commenter livre par livre (c'est murement réfléchi comme décision). Mais tout d'abord, petit tour d'horizon. La langue de Malika Ferdjoukh est magique, drôle, elle botte en touche à chaque fois. Les sœurs ont un vocabulaire bien à elle, bien de leur temps toutefois l'auteur ne tombe jamais dans l'outrance, ce qui fait que ce roman est agréable à lire à l'âge d'Enid ou à celui de Charlie. Les personnages sont tous plus attachants les uns que les autres (sauf peut-être leur horrible tante et son affreux chien)., j'adore les petits cousins, ils m'ont bien fait et rire, et Mugette et son côté Tarn-et-Garonne complètement Maine-et-Loire dans le genre! Et surtout, surtout...

LA VILL'HERVE: cette maison est un rêve! Je la veux immédiatement. Comment vous décrire la Vill'Hervé avec son Macaroni (l'escalier), le lit clos de Geneviève, la cuisine où il se passe tant de chose, le vieil arbre dans le jardin (demeure favorite de Swift et Blitz) et puis la vue sur la mer et la falaise. Ramasser les algues sur la plage. On en rêve. Maintenant que vous avez compris que 1) je suis accro et que 2) il FAUT le lire...voici un petit commentaire livres par livres. Attention risque de SPOILER mais promis je vais essayer d'être gentille.

TOME 1: Enid
"Enid doit faire dix-sept pas de l'abribus jusqu'à l'impasse de l'Atlantique qui mène à sa maison, la Vill'Hervé. Un de moins que l'automne dernier. La preuve que ses jambes allongent, donc qu'elle a grandi.

N'empêche qu'elle est toujours la plus petite des cinq soeurs Verdelaine. Personne ne la croit quand elle dit qu'elle a entendu un fantôme hurler dans le parc et faire de la musique. Ni Charlie, trop occupée à réparer Madame Chaudière pour l'hiver et à arrêter de fumer pour faire des économies. Ni Bettina et ses copines Denise et Béhotéguy, dites DBB (la Division Bête et Bouchée), concentrées sur leur nombril. Ni Geneviève, mobilisée par son propre secret très difficile à préserver. Ni Hortense, plongée dans la rédaction de son journal intime. Ni Tante Lucrèce qui n'écoute qu'Engelbert Humperdinck, son crooner préféré. Ses parents la croiraient peut-être, mais ils sont morts depuis dix-neuf mois et vingt-deux jours. Swift, sa chauve-souris, l'écouterait sûrement, mais elle a disparu dans la tempête, la nuit où le vieux sycomore du parc s'est mis à faire le poirier au fond du puits.

Il faut qu'Enid se résigne: "Convaincre les grands, c'est comme vouloir qu'un chewing-gum mâchouillé une heure conserve son goût du début.""

Tout d'abord, Enid et Charlie sont mes soeurs Verdelaine préférées (surtout Charlie) mais Enid est vraiment un personnage ultra attachant ce qui nous plonge d'office dans le roman. La plus jeune des soeurs Verdelaine a son propre imaginaire, entre Swift et Blitz et les deux chats qui colonisent son lit dès que Charlie a le dos tourné, Enid nous emmène avec elle dans la ville Hervé. J'ai trouvé Bettina détestable dans ce tome (alors qu'elle s'améliore par la suite), elle n'est pas vraiment mon personnage préféré. Hortense est mystérieuse et Geneviève ressemble à une sainte.
J'ai beaucoup aimé les incursions d'Enid dans le sycomore qui fait de la spéléo. Toutes ses soeurs (sauf peut-être Bettina qui dans ce tome m'a insupportée) sont attachantes et ont chacune un grain de folie. Dans ce premier tome il s'agit surtout de découvrir les personnages. Chaque sœur est unique et leur personnalité propre sont bien rendues. On découvre aussi Basile, le médecin-amoureux-fou de Charlie et les parents des filles mais ça (motus et bouches cousues n'est-ce-pas) dont les apparitions sont pour le moins imprévues.

TOME 2: Hortense
Hortense, sur SA falaise, tient SON journal intime.
Elle y raconte combien c'est dur d'être 1 sur 5, une parmi la multitude, surtout quand cette multitude est composée de :
Charlie qui veut tout réparer à la Vill'Hervé et regarder à la dépense au lieu d'épouser Basile le docteur, de vivre à ses crochets et de fêter Noël au foie gras.
Geneviève qui ment alors qu'elle ne ment jamais.
Bettina qui est odieuse avec les êtres les plus sensibles de l'univers, à savoir : elle, Hortense, et Merlin Gillespie, le livreur magicien de Nanouk Surgelés, très, très laid à l'extérieur, mais si, si beau à l'intérieur.
Et Enid qui a des conversations à bâtons rompus avec son ami Gnome de la Chasse d'eau.
Hortense se demande ce qu'elle va devenir. Architecte de monuments éternels ? Zuleika Lester, du feuilleton Cooper Lane ? Chirurgienne de maladies incurables ? Et si c'était comédienne ? Une idée folle, complètement Saint-Pierre-et-Miquelon, comme dirait Muguette, la locataire malade de la maison voisine.
Hortense sait que pour devenir comédienne, il faut une présence, une voix, de la mémoire, mais surtout de l'entraînement. Alors elle referme SON journal, elle quitte SA falaise, et elle fonce.

Ce second tome est aussi joussif que le premier. Cette fois l'on s'attache à Hortense, presque 12 ans et souffre douleur de son aînée Bettina (et de ses DBB, divisions bêtes et bouchées). Cet épisode est un foisonnement de nouveaux personnages terriblement terrible. D'abord Muguette, très Saint-Pierre et Miquelon comme fille mais elle peut aussi être Seine-et-Marne (vous comprendrez), une petite malade qui vient prendre le frais à la mer dans la maison d'à côté. Très vite elle devient amie avec Hortense qui sort le nez de son journal pour devenir une vraie comédienne. Et puis il y a Merlin, THE Merlin que j'adore! Ce personnage est tellement bien. Un vrai coup de foudre, d'ailleurs Bettina remonte un peu dans mon estime après ça. Et puis Cary Grant...le gnome de la chasse d'eau "qui n'est pas mal de sa personne". Du grand bonheur.

TOME 3: Bettina

Le printemps, saison du renouveau, des amours et des primeurs, éclate dans toute sa splendeur à tous les étages de la Vill'Hervé.
Renouveau ? Oui. Harry et Désirée, les petits cousins des cinq sœurs Verdelaine viennent passer des vacances au grand air et récolter un maximum de cafards, vers de terre, crabes velus, et aussi d'euros, selon leur devise : «Un gros mot, un euro !»
Renouveau ? Un peu. Charlie, à sec, s'est résignée à louer la chambre des parents. Le locataire s'appelle Tancrède, il est jeune, élégant, célibataire, drôle, chanteur, danseur, fabricant d'odeurs bizarres. Et beau.
Primeurs ? Trop. On retrouve des poireaux nouveaux partout, dans la soupe et dans le couscous, mais aussi coincés dans un cadre de tableau, dans une poche de veste et même dans le pot d'échappement de la voiture de Tancrède. Toujours lui.
Amours ? Hélas. Tancrède sème le trouble et récolte la tempête dans le coeur de Charlie. Bettina se languit du très très moche et si splendide Merlin. Hortense découvre que les règles peuvent être autre chose que «l'ovule non fécondé et les structures endométriales se font la malle, Chantal». Enid fait des confidences. Geneviève se tait. Et Mycroft, le rat, qui tombe amoureux à son tour...
Ahh, encore un amour fou pour ce tome. Cette fois ce sont les petits cousins qui débarquent et je dois dire que j'ai une tendresse particulière pour Harry et son leitmotiv "un gros mot un euro" est tout simplement hors norme. Le beau Tancrède (dont je suis moyennement fan d'ailleurs) sème la zizanie dans la Vill'Hervé. La Vill'Hervé transformée en potager est aussi un excellent moment. J'adorai retrouver des poireaux comme les Verdelaine dans des endroits pour le moins inattendus...Je ne veux pas trop dévoiler de choses mais ce volume vous transporte un peu plus loin dans les aventures de la famille Verdelaine. Et puis il y aussi son lot de malheur chez les Verdelaine...ce qui m'a profondément attristée d'ailleurs.
TOME 4 (et dernier...): Geneviève
L'été a presque vidé la Vill'Hervé. Hortense et Enid sont à Paris dans le moins deux pièces de leur tante Jupitère et de leurs cousins Désirée et Harry. Bettina est partie camper à la campagne avec les DBB, chez une cousine Bethsabée inventée pour la circonstance. Charlie est là, mais ailleurs. Dans l'inquiétude du lendemain, sans doute. Dans la nostalgie de l'hier avec Basile, peut-être aussi. Geneviève, elle, vend des glaces à la plage en regardant passer les bateaux, les pédalos, les cumulos (nimbus) et surtout le mystérieux Vigo qui a commencé par se renverser en vélo devant elle et qui la renverse à son tour...
Ce n'est pas le seul garçon irrésistible de ce dernier épisode, d'ailleurs. Il y a Augustin, l'homme qui met dans sa poche des tas de bêtes : moineaux, canards et autre Bettina ; il y a l'inspecteur Valéry Clotilde ; sans compter quelques revenants dont le Gnome de la Chasse d'Eau qui lui non plus n'est pas vilain de sa personne.

Quels débordements pour ce dernier tome, rien de moins que les amours de Geneviève, les aventures parisiennes d'Hortense avec sa tante et ses cousins, la virée des DBB à la campagne, le merveilleux (oui je l'adore) Valéry Clotilde, que d'action dans ce dernier volume. La fin est digne de la tétrade et je n'aurai qu'un mot à dire pour conclure: je veux emménager à la Vill'Hervé moi aussi!
A lire de toute urgence et maintenant que le volume unique est sorti il n'y a plus d'excuses!
Lu dans le cadre du Challenge Jeunesse sur Whoospy Daisy.