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mercredi 21 novembre 2018

Girls of Paper and Fire - Natasha NGan

B+

TW: Ce roman contient des scènes de violences et de violences sexuelles envers les femmes. 

J'ai reçu Girls of paper and fire dans la box Fairyloot d'octobre sur le thème des Beautiful deceptions. La box en soit valait le coup et quand j'ai découvert le livre j'étais plus que contente. En effet, Girls of paper and fire promettait un roman inspiré de la mythologie asiatique car l'auteure, Natasha Ngan a grandi en Malaisie avant de vivre en Angleterre et d'être installée à Paris maintenant. Moi qui était à la recherche de diversité en littérature Fantasy j'étais ravie d'être plongée dans un univers asiatique que je connais très mal. J'ai donc plongé dans le roman tête baissée. 

Girls of paper and fire nous raconte donc l'histoire de Lei, jeune fille de la caste de Papier - la caste des humains - qui travaille dans l'herboristerie de son père avec Tien, une membre de la caste d'Argent - mi démon mi humain. Dix ans auparavant la mère de Lei a été emmenée avec d'autres femmes du village par la garde royale et la jeune fille n'a jamais eu de nouvelles de sa mère. Le Royaume est gouverné par la caste de la Lune, une caste de démons avec à sa tête le Roi Taureau. Chaque année, huit jeunes filles de papier sont choisies pour être les concubines du roi avant d'être remplacées l'année suivante par de nouvelles jeunes filles. A cause d'un général qui veut se racheter aux yeux de l'Empereur, Lei est arrachée à sa famille et conduite au Palais Dissimulé pour devenir la neuvième concubine du roi. Commence pour Lei une lutte acharnée pour sa survie dans un environnement violent et sans pitié. 

Avant de parler plus avant du récit, de sa structure narrative, de ce que j'ai aimé ou non, je voudrais faire un point sur ce qu'on trouve en début d'ouvrage. L'auteure Natasha Ngan, précise bien qu'il y a dans ce roman de la violence sexuelle envers des femmes. C'est très rare de voir ce genre d'avertissement mais je trouve ça extrêmement utile. En lisant le résumé, on se doute que devenir la concubine du roi sans l'avoir choisi, correspond à une violence sexuelle indéniable mais marquer clairement en début d'ouvrage "Attention", je pense que cela permettra à plusieurs lecteurs et lectrices d'éviter de se retrouver face à une lecture angoissante. Plus intéressant encore, Natasha Ngan prend la peine d'écrire une note pour expliquer pourquoi elle a choisi ce thème délicat et pourquoi il est important d'en parler. Elle donne enfin la liste des organismes anglais - mon édition est l'édition britannique - qui peuvent aider toutes les victimes de violences. J'ai pris la page en photo si jamais vous voulez voir. 
Parmi les critiques que j'ai lu sur goodreads, certaines fustigent le texte en disant qu'à chaque page il y a des menaces de viols ou de scènes de viols. C'est faux. Le roman est évidemment emprunt d'une très grande tension et l'ambiance n'est pas saine du tout mais l'auteure ne tombe jamais dans le voyeurisme ou la violence gratuite. Je tiens à préciser aussi qu'on assiste à aucune scène de viols. On assiste à l'avant, à l'après mais jamais pendant et Natasha Ngan parvient à nous faire tout comprendre malgré ça. Le roman est violent et libre à vous de le lire ou pas, on ne pourrait pas vous juger pour ça. 

Le roman bénéficie d'une vraie ambiance asiatique. The hidden palace fait bien entendu penser à la cité interdite chinoise, les vêtements en soie - sari ou kimono - nous mettent dans un contexte oriental ainsi que les prénoms des personnages. C'était vraiment super de lire un roman qui ne se passe pas en occident et qui ne prend pas les mêmes référents culturels. J'aimerai lire tellement plus de romans comme ça à l'image de Qui a peur de la mort? de Nnedi Okorafor ou Children of blood and bone de Tomi Adeyemi. 
Le côté vase clos du harem royal est aussi très bien rendu avec toute la préparation que ce rôle impose que ce soit des cours de maintient, d'histoire ou de méditation. 

Il s'agit aussi d'un roman très majoritairement féminin avec, je dois l'avouer, une très grande maîtrise des personnages. Les femmes représentées sont très variées et pas du tout manichéennes. Elles sont complexes, parfois paradoxales comme peuvent l'être les êtres humains en général. Il n'y a ni personnages franchement mauvais ni entièrement bons. Toutes ont quelque chose à se reprocher en vérité. Blue par exemple apparaît comme détestable mais elle prend de la profondeur lorsque l'on comprend son histoire personnelle ou lorsqu'on juge ses actions à travers le prisme de son amitié avec Mariko, qui elle-même est plus intéressante qu'on ne le pense. Aoki, la plus jeune des concubines, partagée entre son amitié pour Lei et son amour (syndrome de Stockholm on devrait dire) pour le roi...Toutes ces femmes que l'on rencontre sont diverses et très bien campées par l'auteure. De ce point de vue là, le roman est une vraie réussite.
Lei en particulier est intéressante. La narration se déroule de son point de vue à la première personne et il est extrêmement facile de deviner tous les tourments qu'elle éprouve. Que ce soit son dégoût d'être au palais dans cette vie qu'elle n'a pas choisie, son inquiétude pour son père et Tien ou encore son désarrois face à son manque de courage pour agir parfois, la rende très attachante parce que complexe. 
Bonus s'il en est, il y a dans Girls of paper and fire une très jolie histoire d'amour lesbienne. Encore une fois, l'auteure fait preuve de beaucoup de subtilité. La romance est belle, touchante, émouvante et la sensualité est très bien rendue. Je ne m'y attendais pas du tout mais c'était une excellente surprise. En effet, j'avais un peu peur du côté Stockholm avec une héroïne qui tomberait amoureuse de quelqu'un d'assez douteux mais l'auteure ne choisit pas cette voie et c'est tant mieux. 

Le roi est quelqu'un de particulièrement détestable, que Natasha Ngan maintient dans cet état jusqu'au bout du roman. Elle n'en fait pas quelqu'un de touchant malgré les insécurités du monarque qui transparaissent de temps à autre. Ses fragilités ne rachètent pas un comportement violent et abusif et c'est assez libérateur à lire. Du coup, l'ambiance du roman est très bien rendue avec une lourdeur et une dangerosité que l'on devine très bien derrière le faste de la cour. Le moindre faux pas peut être le dernier et on est tendu à la lecture, qui se fait d'ailleurs très rapidement!

Malgré tout ça, il y a quelques raisons qui font que Girls of paper and fire ne fut pas un coup de cœur. Tout d'abord, bien que l'ambiance asiatique soit extrêmement bien rendue, je m'attendais à plus de Fantasy. En fait, hormis le fait que certaines personnes soient des démons à l'apparence d'animaux anthropomorphes, je ne vois pas trop de différences avec simplement une hiérarchie sociale forte. Il m'a manqué un brin de magie, de pouvoir que l'on a dans les shamans qui sont à la cours mais qu'on ne voit jamais. On n'en connait aucun et finalement ils restent très abstraits.
On nous parle tout le temps des yeux de l'héroïne qui ont une couleur particulière, dorée plus proche de ce qu'on trouve chez les Moon cast que chez les Paper. Au final, cet élément reste inexploité. On ne sait pas si c'est dû à un hasard génétique ou autre mais j'ai eu l'impression que c'était là simplement pour justifier le fait qu'elle soit emmenée à la cour.
Un autre personnage n'est pas du tout exploité et je le regrette vraiment, il s'agit de Naja, la renarde blanche qui fait partie de la garde rapprochée de l'Empereur. C'est un personnage qui a l'air extrêmement complexe et profond et on ne fait que le survoler. J'aurai aimé que l'auteure lui applique le même traitement soigné qu'aux autres personnages féminins du roman.
J'aurais aussi aimé que l'univers autour soit plus développé, j'ai eu l'impression de passer à côté de quelque chose car pendant les deux premiers tiers du roman on reste finalement très en vase clos avec une héroïne qui vient d'un village si éloigné qu'elle ne connait quasiment rien à l'organisation politique de son royaume.


Et puis, le roman se présente comme un stand-alone, qui peut se lire seul avec un début, un milieu et une fin. Or...non. Clairement non, vu les deux dernières pages, le roman ne peut pas s'arrêter là ou alors il n'est pas fini et c'est frustrant. Je m'attendais vraiment à un ouvrage unique et constater qu'il s'agit d'une nouvelle série, à la fin, ça m'a déplu. D'autant que, contrairement à The traitor's kiss qui pouvait très bien se finir là, ce n'est vraiment pas le cas de Girls of paper and fire. Je reste donc sur ma faim et c'est dommage.


Girls of paper and fire est un très bon roman qui m'a dans l'ensemble bien plu. Même s'il ne s'agit pas d'un coup de cœur, il est quand même très intéressant à lire, ne serait-ce que pour ces personnages féminins finement dépeint, toutes en nuance. Il est sorti en octobre 2018 en Angleterre, je ne sais pas s'il sera traduit bientôt mais si vous avez l'info, n'hésitez pas à la mettre dans les commentaires. J'attends avec impatience le nouveau roman de ma box Fairyloot, le mois de novembre 2018 sera sous le signe de la SF!
Bonne lecture. 

dimanche 18 novembre 2018

The Nightingale sisters (Les soeurs du Nightingale) - Nightingales #2 - Donna Douglas

A

ATTENTION POSSIBLES SPOILERS SUR LE TOME 1 DE LA SÉRIE

Présentation de l'éditeur:  Londres, 1936
Pour les élèves infirmières à l'hôpital Nightingale, les sœurs des services sont sans coeur. Pourtant, malgré ce que pensent les étudiantes, même elles ont leurs propres angoisses… Violet est la nouvelle sœur de nuit. Volontairement distante, elle semble dissimuler un sombre secret. Alors que le mystère s'épaissit, sœur Wren est déterminée à découvrir la vérité. Dora respire un peu mieux depuis le départ d'Alf, son beau-père. Mais son attirance pour Nick, son voisin qui l'a repoussée, la bouleverse énormément. Une nouvelle rencontre fait naître la possibilité de lui redonner le sourire. Peut-elle se remettre si aisément de son amour perdu ? Millie est aussi déchirée entre les deux hommes de sa vie. Mais une amitié inattendue avec une patiente âgée lui fait prendre conscience qu'entre son cœur et son devoir, il faudra peut-être choisir. Alors que la nation est en deuil du roi George V, il semble que jamais plus rien ne sera comme avant pour les femmes du Nightingale…

Nous voila de retour pour la suite des aventures des apprenties infirmière du Nightingale. Si vous n'avez pas lu la chronique du tome 1, je vous conseille de le faire avant.

Dans ce second tome, nous suivons toujours nos trois héroïnes rencontrées dans le tome précédent mais nous découvrons également une nouvelle jeune femme Violet, qui n'est pas une apprentie mais bien une infirmière confirmée. Comme dans le premier opus, Donna Douglas, explore à la fois les personnalités et histoires de chacune de ses femmes sans perdre de vue l'ambiance globale du Londres de la fin des années trente. 

Avec Violet c'est encore un autre aspect de la société qui nous est dévoilé. Je ne vais pas vous dire quoi exactement car cela reviendrait à vous divulguer l'histoire de Violet mais je l'ai trouvé très intéressante et finement traité. On éprouve beaucoup d'empathie pour le personnage.  
Dora est toujours mon personnage préféré et son histoire s'approfondie de même que tout ce qui l'entoure. Les relations se font plus complexes plus difficiles mais sont tout aussi passionnante. C'est vraiment un personnage que j'ai trouvé très fin, très bien maîtrisé pour lequel l'empathie est très facile.
Millie prend aussi un peu plus d'ampleur. Sa fragilité laisse place à différentes résolutions - je ne suis pas toujours d'accord avec les choix de Millie mais cela va être intéressant de voir comment elle va gérer ça par la suite. Quant à Helen, elle poursuit son chemin. C'est assez agréable de les voir grandir à tous points de vues, non seulement dans leur vie personnelle mais aussi au sein même de l’hôpital. Ce ne sont plus des novices, elles ont plusieurs mois de pratique et on les sent plus affirmé.

On pourrait croire que le personnel prend le pas sur le professionnel mais non, Donna Douglas maintient très bien les deux. Nous rencontrons de nouveaux patients et de nouvelles patientes ce qui complète l'univers du Nightingale. On explore également d'autres membres de l’hôpital, des gens qu'on apprécie et d'autres qu'on déteste!

The Nightingale sisters parvient à conserver ce côté intimiste de destins de femmes, leur place dans la société et à l'hôpital tout en explorant un peu plus le quotidien pré Seconde Guerre Mondiale. George V meurt, le nouvel an arrive et avec l'année 1937, on s'approche un peu plus des années les plus sombres du XXe siècle.

La série est loin d'être finie, elle compte 9 volumes centrés sur le Nightingale durant les années 1936-1945 (ainsi que plusieurs novellas). Un tome 10 vient d'être publié (octobre 2018) qui se passe cette fois en 1914, peut-être le début d'une nouvelle série? Côté VF, Charleston a sorti les deux premiers tomes mais pour l'instant pas d'annonce pour le tome 3, en espérant qu'il arrive pour 2019! 

mercredi 14 novembre 2018

The Nightingale girls (Les filles du Nightingale) - Nightingale #1 - Donna Douglas

A


Trois jeunes femmes complètement différentes deviennent apprenties infirmières dans un grand hôpital.
Dora a décidé de quitter sa misérable maison bondée de la classe ouvrière pour une meilleure vie, mais également pour échapper à son détestable beau-père. Possède-t-elle ce qu’il faut pour suivre les autres filles mieux éduquées ?
Helen est la plus calme des trois, une jeune femme qui évite toute sorte d’amusement. Dans l’ombre de sa toute puissante mère, administratrice de l’hôpital et de la vie de sa fille, arrivera-t-elle à trouver sa propre voie ?
Millie, Lady Camilla, est une aristocrate rebelle, dont l’attitude insouciante lui vaudra de se heurter encore et
encore à l’infirmière en chef, la terrifiante Sister Hyde. Retournera-t-elle à la vie luxueuse pour laquelle elle est
née ou gardera-t-elle courage pour continuer sa carrière?

En tant que libraire, nous sommes souvent confronté-e-s aux préjugés des lecteurs, des lectrices mais aussi des collègues. Comme vous vous en doutez, la romance publiée en français par J'ai lu, Harlequin, Milady, est quasiment bannie des rayonnages des librairies indépendantes, vue comme une sous-littérature indigne de côtoyer Camus ou même Simenon. Cependant, un autre genre littéraire souffre aussi de préjugés tenaces, le roman dit "féminin". Alors je ne vais pas passer trente ans sur l'absurdité d'une telle dénomination qui non seulement induit l'idée que hommes et femmes ne peuvent pas lire la même chose - sexisme youpi - mais qui aussi hiérarchise la littérature de façon insidieuse. 
Ce que je peux vous dire en revanche, c'est qu'au quotidien, il faut souvent se battre pour imposer la littérature féminine vue comme nunuche et sans profondeur. 

The Nightingale girls ou Les Filles du Nightingale traduit en France par Charleston, fait parti des romans que l'on doit défendre vraiment auprès des client-e-s. Beaucoup pensent que le roman féminin ne sait pas être profond, qu'il est obligatoirement frivole. Or, la série du Nightingale n'est pas du tout frivole. Elle expose avec beaucoup de finesse et de subtilité, des destins de femmes prises dans la tourmente d'une société et d'une époque bien définies.

Dans ce premier tome nous rencontrons trois jeunes femmes qui n'ont apparemment rien en commun. Dora, la jeune fille travailleuse mais qui vient de la classe ouvrière, Helen, la fille de bonne famille qui subit une pression maternelle intense et Millie, l'aristocrate désinvolte qui cherche le sens de sa vie. A priori, rien ne les prédestinait à se rencontrer ni à devenir amies, sauf leur engament au Nightingale, un hôpital londonien. 

J'ai beaucoup aimé le travail de l'auteure sur le décor et le contexte historique qui permet de comprendre les personnages et de les situer dans leur époque. On comprend bien l'importance de la classe sociale, du rang et de la légitimité des unes et des autres à être là. Le monde médical des infirmières de l'époque est surtout composé de filles de la classe moyenne qui voient là un bon moyen d'épouser un médecin et donc de s'élever socialement. Les trois filles auxquelles le roman s'intéresse sont toutes les trois à la marge de cette représentation sociale du Nightingale. Dora vient d'un milieu très modeste, n'a pas l'argent pour s'offrir les manuels et se montre très fière de se débrouiller seule. Millie au contraire est une aristocrate, donc les autres filles ne comprennent pas pourquoi elle vient apprendre le métier d'infirmière alors qu'elle pourrait faire un beau mariage sans se fatiguer. Quant à Helen, la position de sa mère au sein du comité de l'hôpital lui donne une position très jalousée auprès des autres élèves. Chacune va rencontrer des difficultés à s'intégrer au Nightingale, que ce soit à cause de leur personnalité, leurs compétences ou bien des préjugés dont on les affuble. 

Chacune de ces filles possède une vraie profondeur, une vraie personnalité. J'ai beaucoup aimé Dora, c'est une fille d'un courage inouï qui se bat pour bien plus que de se faire une place dans la société. Elle cache un très lourd secret et ce qui se passe dans son quartier est proprement passionnant. Entourée de sa famille, de son horrible beau-père, de son meilleur ami et de son amie Ruby, c'est une jeune femme à laquelle je me suis vraiment beaucoup attachée. 
Je suis moins attachée à Millie et Helen parce que je me retrouve sans doute moins en elle, malgré tout Millie est très intéressante. Loin d'être une petite fille pourrie gâtée, elle essaye désespérément de se sortir du carcan dans lequel l'a mise sa naissance. Elle a l'air frivole et désinvolte, je l'ai trouvé vulnérable et fragile. Quant à Helen, j'ai beaucoup aimé la voir sortir de sa coquille, tenir tête à sa mère et s'imposer. Si vous avez déjà vu le film de danse Center Stage (que je vous recommande fort fort fort), elle me fait penser au personnage de Maureen qui va devoir s'affirmer contre sa mère qui a décidé à l'avance de la carrière de sa fille. En plus, elle vit une histoire d'amour extrêmement chou! 

A côté de ces jeunes femmes que l'on suit pendant un an, durant lequel elles vont grandir et s'affirmer, on est plongé dans le Londres de 1936, où la montée de l'extrême droite est palpable. Dans le quartier de Dora, c'est avec son beau-frère, engagé dans les blackshirts - groupuscule inspiré des chemises brunes allemandes et des chemises noires de Mussolini - que l'on se rend compte de ce qui se passe à cette époque où la guerre n'est plus très loin. Ça se sent aussi dans le milieu aristocratique de Millie qui est - je le rappelle - très majoritairement favorable à Hitler. 

Oui, The Nightingale girls est un roman sur trois femmes qui vont grandir, apprendre, vivre mais ce n'est pas tout rose et paillette. Elles sont chacune confrontés à leurs démons mais aussi à la société qui les entoure et qui est loin, très loin, d'être généreuse avec elles. Elles sont attachantes chacune à leur façon et font preuve de courage lorsqu'il le faut. Loin d'être "nunuche", ce premier tome passionnera celles et ceux qui s'intéresse à ces années pré Seconde Guerre mondiale. Bien entendu, si vous aimez Call the Midwife vous serez sans aucun doute séduit-e-s par cette série. Le tome 2 est déjà publié en français, je vous retrouve donc dimanche pour sa chronique. 
A très vite et bonne lecture. 

samedi 6 octobre 2018

The Phantom Tree - Nicola Cornick


A+

TW: le roman comporte des passages de violences contre les femmes.

"Mon nom est Mary Seymour et je suis la fille d'une reine et la nièce d'une autre."

A la recherche d'antiquités dans le Wiltshire, Alison Bannister tombe sur un magnifique portrait renaissance, supposément d'Anne Boleyn. Sauf qu'Alison a reconnu la femme sur le portrait: Mary Seymour, la fille de Katherine Parr qui a été emmenée à Wolf Hall en 1557 en tant qu'orpheline et dont on a perdu toutes traces après l'enfance. 
Le tableau est bien plus qu'un bel objet pour Alison, il détient la clef de son passé, la solution à la mystérieuse disparition de Mary et la possibilité pour la jeune femme de rentrer enfin chez elle. 
Mais la quête d'Alison prend un tour beaucoup plus sombre lorsque le lieu appelé L'Arbre aux fantômes livrent peu à peu ses secrets à l'ombre de ses feuilles.  

Nicola Cornick est une habituée des romances historiques. Cependant The Phantom Tree n'en est pas une.
  
The Phantom tree de Nicola Cornick est un roman tout à fait à part. C'est à la fois de très belles histoires d'amour et d'amitié, un magnifique roman historique très bien documenté et aussi un roman où le fantastique se mêle au récit d'une façon subtile et délicate. 
Je suis très frileuse dès lors qu'il s'agit des Tudor. C'est une période historique que je connais très bien - j'ai consacré à l'étude du XVIe siècle anglais 5 ans de ma vie, ma bibliothèque en est la preuve - et dès lors que l'on connaît très bien un sujet on devient extrêmement tatillon. C'est en partie pour ça que vous ne trouverez jamais de romans de Philippa Gregory sur mon blog, je déteste cette auteure car dès qu'elle écrit un roman sur la guerre des deux roses ou les Tudor je suis sûre de m'arracher les cheveux sur les erreurs historiques plus grosses qu'un éléphant. 
Non sérieux, il ne faut pas la lancer sur Philippa Gregory, je mets des heures à la calmer et après c'est l'horreur, elle oublie ma gamelle...
J'appréhende donc toujours de lire un roman sur cette période et encore plus lorsque des personnages historiques sont mêlées à l'intrigue, je suis moins regardante lorsqu'on ne garde que le "cadre" XVIe siècle. 

Nicola Cornick a choisi deux personnages féminins pour incarner ses héroïnes. Alison Bannister - qui n'a jamais existé - et Mary Seymour, fille de Katherine Parr - dernière épouse d'Henry VIII - et de Thomas Seymour. Par sa mère, elle est fille de reine et par son père, la jeune Mary est donc nièce de la reine Jane Seymour - troisième épouse d'Henry VIII ...
Oui le gars il en a eu six, ça fait des arbres généalogiques compliqués... 
et cousine de roi, le jeune Edward VI décédé à quinze ans en 1553. Si Alison n'est pas un personnage historique, on se rend vite compte que le patrimoine génétique de la jeune Mary est lui plutôt chargé. 

L'idée de choisir Mary Seymour comme héroïne et de prendre cette période particulière du règne de Mary Tudor et d'Elizabeth I est véritablement pertinent. En effet, Kathryn Parr meurt juste après la naissance de sa fille et son père est exécuté pour haute trahison quelques années plus tard. La petite fille se retrouve orpheline très tôt et dans ce contexte de successions mouvementées entre les filles d'Henry VIII, tout le monde se moque d'une petite Seymour, fille d'un homme exécuté pour trahison. Historiquement parlant on perd sa trace assez vite et on suppose que la vraie Mary Seymour serait morte dans l'enfance. 
Elle place le début de son intrigue historique à Wolf Hall, cette grande demeure qui appartient aux Seymour. On sent que Nicola Cornick a très bien travaillé son sujet car Wolf Hall correspond bien aux demeures aristocratiques où on élevait les orphelins de différents membres de la famille. On en retrouve un très bon exemple avec Catherine Howard - la cinquième femme d'Henry VIII - qui a été élevé chez sa grand-mère la duchesse douairière de Norfolk dans la demeure familiale avec d'autres cousines. Le contexte global de ce milieu du XVIe siècle est donc très bien rendu et ce dès les premières pages. La description de cette Angleterre renaissance est très fine et subtile et je me suis vraiment retrouvée dans cette ambiance. 

De l'autre côté, nous suivons Alison dans l'Angleterre contemporaine et on recompose petit à petit son histoire et celle de Mary. Je ne vous gâche rien du tout promis, en vous disant qu'Alison est une cousine éloignée de Mary et qu'elles ont partagé plusieurs années d'enfance et d'adolescence côte à côte. Alison, à la suite de mésaventures que je ne raconterai pas ici, se retrouve coincée dans notre époque et traque les moyens de rentrer chez elle. Les deux récits s'alternent et se complètent vraiment très bien notamment grâce à Alison qui fait le lien entre les deux époques. The Phantom Tree fait parti de ces romans à double narration où vous êtes toujours tristes de quitter un personnage pour un autre mais une fois que vous devez revenir au personnage initial vous avez envie de rester avec l'autre. C'est exactement ça ici. Lorsque vous êtes avec Alison vous n'avez pas envie de revenir à Mary mais dès que vous êtes avec Mary vous n'avez pas envie de revenir à Alison, signe que le roman est vraiment très bien. 
De plus, il est écrit à la première personne et c'est là qu'on se rend compte que Nicola Cornick a une vraie plume. Alison et Mary n'ont pas du tout la même voix et leurs personnalités s'expriment pleinement au travers des pages qui leur sont consacrées. 

Alison et Mary sont d'excellents personnages. J'ai énormément aimé le fait qu'Alison soit quelqu'un de froid et de pas forcément aimable à première vue. Sa jeunesse, son enfance et les épreuves qu'elle a vécues lui donne une carapace difficile à percer mais qui en vaut la peine. C'est un personnage qui demande du temps pour l'apprécier mais à la fin du roman je l'aimais vraiment beaucoup et je ressentais énormément d'empathie pour elle et ce qu'elle a vécu.
Mary est plus facile à aimer. Elle est plus tendre, plus jeune aussi qu'Alison et donc a un regard plus naïf sur le monde. C'est quelqu'un de doux, qui pardonne vite et qui se montre loyal. Elles forment deux facettes d'une même pièce.  

Leur relation est pour moi le point fort du roman. J'ai rarement lu une amitié aussi réelle et humaine dans tout ce qu'elle comporte de défauts et de qualités. Leur amitié est basée sur des sentiments extrêmement profonds, qui sont apparus après de nombreuses épreuves. Alison et Mary ne s'aiment pas, elles sont parfois rivales, parfois jalouses l'une de l'autre mais elles ont un respect mutuel et une loyauté sincère qui ne se démentira pas à travers les siècles. Cette amitié est intense, forte et extrêmement belle. La conclusion du roman m'a énormément émue. 

Comme je le disais au début de la chronique, il y a du fantastique dans ce roman. Outre le fait qu'Alison soit passée dans notre époque, Mary semble avoir quelques dons elle-aussi. Cette partie là est très finement exécutée. C'est une pointe de fantastique qui pimente le récit sans toutefois prendre le dessus sur le reste de l'intrigue. Que ce soit Mary ou Alison, elles vont chacune devoir affronter de nombreuses épreuves ainsi que leurs propres sentiments. 

The Phantom Tree est un roman assez sombre et intense. Il s'en dégage une véritable atmosphère qui vous suit même après avoir fermé le roman. Si vous avez aimé Le Miniaturiste de Jessie Burton - que je vous recommande absolument - vous aimerez sans doute The Phantom Tree. Dans tous les cas, il s'agit d'un de mes gros coups de coeur de 2017 et je ne peux que vous le conseiller.
Une chose est sûre, je vais m'intéresser aux autres romans de l'auteure! Bonne lecture les chafouins. 

lundi 24 septembre 2018

Fated (Destinée) - Alex Verus #1 - Benedict Jacka

A

Résumé (présentation de l'éditrice française): Alex Verus vit à Londres et il est devin. Il peut voir le futur comme un faisceau de probabilités. Pour le commun des mortels, c’est un don impressionnant, mais pour les autres mages, c’est le bas de l’échelle des arts occultes. De toute façon, Alex a tourné le dos à cette confrérie. Trop de rivalités, de secrets, de complots, trop de morts… Sa seule ambition est de mener une existence sans histoires, caché dans sa petite boutique d’accessoires pour magiciens amateurs. Dans l’arrière-salle, il continue à faire un peu de marché noir, c’est risqué mais le commerce des vrais objets magiques lui permet de payer le loyer.
Quand une relique puissante échoue entre ses mains, il se retrouve la proie des forces auxquelles il avait essayé d’échapper, forcé de choisir un camp dans une bataille qui le dépasse.
Voir le futur n’est pas toujours drôle, surtout quand le sien semble à ce point compromis.

Je débarque un peu tard avec mon Alex Verus car celles et ceux qui aiment l'urban fantasy doivent déjà avoir entendu parler ou même lu cette série britannique. Sortie en 2012, elle compte neuf tomes, le dernier est sorti en juillet 2018 et le dixième est prévu pour juin de l'année prochaine. Anne Carrière a décidé de les traduire en français et c'est - à mon humble avis - une excellente initiative. 

Alex Verus c'est le genre de personnage qu'on apprécie dès la première ligne. Déjà, parce qu'il est systématiquement dans les emmerdes et parce qu'on sent que c'est un gentil, qui aimerait bien rester dans son coin tranquille mais que malheureusement le destin en a décidé autrement. C'est un peu comme Dresden de Jim Butcher où de façon constante la situation se retourne contre lui. 
L'histoire prend place à Londres et si vous connaissez un peu la ville, c'est agréable de se promener dans ces rues. Londres est moins présente que dans les Ben Aaronovitch mais c'est malgré tout un décor bien planté. 

L'univers n'est pas le plus original que j'ai pu lire en urban fantasy malgré tout cela n'est pas du tout un aspect négatif parce que Benedict Jacka arrive à donner une vraie patte à l'environnement qu'il décrit, ce qui compense l'originalité qui serait obligatoire. La magie n'est pas révolutionnaire, les créatures non plus - on reste dans un folklore latin-grec dans ce premier tome - mais sa façon de concevoir la magie, elle, est assez intéressante. Vous avez d'un côté les mages de Lumière et de l'autre les mages de L'ombre mais il ne faudrait pas croire qu'il s'agit d'une opposition manichéenne gentils-méchants. Il apparait très vite qu'il y a des pourris des deux côtés de la ligne. C'est plutôt la conception de la magie qu'ont ses deux clans qui les rend passionnants. 
On apprend assez vite d'ailleurs qu'Alex a été formé par un mage de L'ombre et que cette formation ne s'est pas très bien déroulée. Le lourd passé d'Alex est une curiosité que j'ai hâte de démêler. 

Autre point extrêmement plaisant: les pouvoirs d'Alex. Dans cet univers, les dons d'Alex sont considérés par les autres membres de la communauté magique comme le bas de l'échelle. J'aime bien cette idée d'avoir un héros qui ne soit pas surpuissant, ça le rend plus attachant, un peu comme Peter Grant des Ben Aaronovitch qui n'est pas particulièrement doué en magie. Ça donne un petit côté maladroit adorable au personnage. Cependant, à force d'être sous-estimé, Alex y a vu un avantage et s'en sert allègrement. Le futur comme faisceau de probabilité c'est une excellente idée qui fonctionne vraiment très bien dans le roman. 

Autre trait commun à de la bonne urban fantasy, l'humour dans le style. Raconté à la première personne, Alex Verus ne manque pas d'autodérision et le roman sait parfaitement articuler humour et temps plus dramatique.  

Destinée est un excellent premier tome de série. Il met bien l'univers en place, en laissant entrevoir d'autres trames narratives intéressantes - le passé d'Alex, la guerre des mages -  nous introduit des personnages qu'on a envie de revoir - Alex, Arachnée, la petite fée qui n'a pas de mémoire etc. Il possède une histoire complète qui s'ouvre sur d'autres perspectives, de l'humour, des instants plus dramatiques, une belle démonstration de pouvoir. Bref, un premier tome qui se dévore et qui donne envie de poursuivre. Quoi demander d'autre? 

lundi 13 février 2017

Rivers of London - Rivers of London #1 - Ben Aaronovitch


A

Présentation de l'éditeurL'agent Peter Grant ne croyait pas aux fantômes, jusqu'au jour où un étrange personnage lui affirme avoir assisté au meurtre sur lequel il enquête. Un témoin providentiel... s'il n'était mort depuis plus d'un siècle ! Et Peter n'est pas au bout de ses surprises : recruté par l'inspecteur Nightingale, il intègre l'unité de la police londonienne chargée des affaires surnaturelles. Au programme, traquer vampires, sorcières et autres créatures de la nuit ; maintenir la paix entre les forces occultes de Londres ; tenir à distance les divinités trop entreprenantes ; et bien sûr apprendre le latin, le grec ancien et une montagne d'incantations bizarres et pour le moins rébarbatives. Peter doit en passer par là, s'il veut un jour devenir à son tour le dernier sorcier de Londres...

Sans mentir on peut facilement en arriver à la conclusion que la série Les rivières de Londres est l'une des meilleures séries d'Urban fantasy de ces dernières années. Ancrée dans un univers urbain fort, Londres et son centre-ville animé, elle bénéficie de la plume sagace de Ben Aaronovitch et d'un héros tout à fait attachant par sa banalité.

Peter Grant est un héros reposant. Souvent dans les romans d'Urban fantasy (ou dans les univers d'Urban fantasy tout court d'ailleurs), le héros a tendance à être particulièrement doué dans quelque chose. Charley Davidson est la Faucheuse, Buffy maîtrise tous les arts martiaux à la perfection etc. Peter Grant à l'inverse n'est pas le plus doué des policiers, pas le plus doué en combat rapproché ou en tir et sans être idiot ce n'est pas non plus l'esprit le plus brillant qui soit. Pourtant, c'est bien lui et non sa collègue - elle excellente flic - qui voit un fantôme au petit matin. Je trouve l'idée plutôt bonne car ce héros moyen - sans aucun sens péjoratif - est sans doute plus proche du lecteur que dans beaucoup d'autre roman du genre. Peter est aussi très drôle et n'hésite pas à se moquer de lui-même. C'est un héros bon enfant en somme et il est tout à fait aisé de se déplacer dans Rivers of London dans ses chaussures.
Il offre par ailleurs, un excellent contrepoint aux deux autres protagonistes majeurs du roman: Thomas Nightingale et Lesley May. Lesley May c'est le modèle de la super-flic. Non seulement elle est foncièrement douée pour son job mais en plus elle est consciencieuse et intelligente. C'est elle qui souffle ce qu'il faut faire à Peter, lui donne des conseils et l'aide dans son enquête. 
Thomas Nightingale quant à lui est le magicien idéal. Élégant, racé, intelligent et doué, il s'avère être un maître intéressant pour Peter. Si ce dernier est résolument XXIe siècle, son maître quant à lui à tout du dandy XIXe. La demeure même dans laquelle il vit, The Folly, est une vieille demeure comme on en voit plus. De nombreuses pièces, un cachet ancien indéniable, elle respire la magie et l'ancien et recèle sans doute comme Thomas Nightingale de nombreux secrets. 

Autre point fort de ce premier tome, les descriptions de Londres. Rarement roman fut plus urbain que celui-là. Si vous avez la chance de connaitre Londres et son centre-ville, vous verrez à quel point il est facile de se repérer dans le roman. J'ai réellement adoré me promener à travers la capitale anglaise avec Peter et sauf lorsqu'il s'éloigne dans des quartiers plus résidentiels, j'avais l'impression d'y être.
C'est une grande force car toute l'intrigue et tout le fond du roman est centré sur Londres et les différentes divinités qui l'habitent. On pourrait même dire que Londres est un personnage à part entière et pas simplement un décor. C'est d'ailleurs assez drôle de voir Peter Grant découvrir cet univers qu'il ne connaissait pas alors même qu'il est un londonien pur jus. La Tamise est notamment au centre des préoccupations de Nightingale et Grant et les divinités qui l'habitent sont hautes en couleur! 

Ce premier tome est non seulement le début d'un arc narratif qui s'étend sur plusieurs romans mais c'est aussi un excellent tome d'introduction à un univers riche et complexe que l'on découvre au fur et à mesure. Ce n'est jamais évident à faire, parvenir à donner suffisamment d'informations pour donner envie au lecteur de poursuivre la lecture sans jamais le saturer mais Ben Aaronovitch y parvient très bien. 

La très forte inspiration du folklore anglais dans ce premier tome donne de la force à ce début de série réellement ancrée dans le Londres contemporain. 
Un peu de magie mais pas trop, du folklore, un héros attachant et drôle et un maître intriguant, Rivers of London est une excellente série d'Urban fantasy qui vaut le coup de découvrir. 
Pour ma part j'ai presque fini le deuxième tome, on s'en reparle très vite. En attendant, n'hésitez pas à me dire si vous connaissez cette série et si vous l'avez lue.

Bonne lecture.

lundi 10 novembre 2014

Lili Goth et la souris fantôme - Lili Goth #1 - Chris Riddell


COUP DE COEUR DE PERSEPHONE: CHRIS RIDDELL CE GENIE

Résumé: Lili Goth vit dans le manoir des Frissons frissonnants, une vaste demeure pleine de portes secrètes et de couloirs obscurs. Elle vit seule avec son père Lord Goth, homme absent et inconsolable depuis la mort de la maman de Lili. Pour être sûr de ne pas perdre sa fille, il lui fait porter d'énormes chaussures qui font beaucoup de bruit mais Lili est une petite fille maligne et elle s'évade de temps en temps dans la maison avec les chaussons de funambule de sa maman. Un soir elle fait la connaissance d'Ismaël Moustache, une petite souris fantôme attachante, et des enfants Chou. Ensembles, nos quatre compères vont se lancer dans une enquête surprenante!

Chris Riddell vous le connaissez peut-être sans savoir son nom car en plus d'être un auteur talentueux, c'est aussi un illustrateur génial. Il a notamment sévi aux côtés de Neil Gaiman pour Coraline et The Graveyard book et très récemment dans The Sleeper and the Spindle. C'est aussi l'auteur de la génialissime série des Apolline ( Ottoline en anglais), une série de trois volumes sur une petite fille aventureuse qui résout des enquêtes avec l'aide de Monsieur Monroe (à partir de 8 ans, beaucoup d'illustrations et un texte raisonnable) et également l'auteur avec son ami Paul Stewart des séries: Chroniques du bout du monde, Chroniques du marais qui pue et Les aventuriers du très très loin.


Comme pour Ottoline, ce qui marque immédiatement, c'est la facture des romans. Ce sont de petits formats reliés, terriblement élégants avec des décorations sur le côté: or pour Ottoline et argentées pour Lili Goth. D'emblée on ne peut qu'être séduits par l'objet livre que nous propose Riddell et qui lui donne une véritable Riddell touch accentuée par les dessins de l'auteur. On se sent attiré par le roman avant même de l'avoir ouvert. Anecdote rigolote, samedi à la librairie, c'est un papa, fasciné par le livre qui l'a finalement offert à sa fille parce qu'il le trouvait superbe et marrant comme tout. Comme quoi! 

Si Ottoline est à destination des plus jeunes, Lili concerne déjà des lecteurs plus aguerris (aux alentours des 10 ans) car malgré les dessins, il est assez volumineux et a beaucoup de texte. Commençons tout de suite parce qui peut être déroutant: fantôme, manoir hanté, ambiance résolument gothique, on pourrait croire que Lili Goth est un roman qui fait peur...sauf que non. Faire peur, ce n'est pas du tout ce que cherche à faire Chris Riddell. Lili Goth est sans aucun doute un roman gothique mais un gothique doux, gentil et surtout loufoque dans lequel les références aux classiques gothiques anglais se bousculent pour notre plus grand plaisir. C'est un roman délirant également, renforcé par les dessins très drôles. Il a un véritable don pour croquer les personnages les plus bizarres du roman. 

Mme Fouettard la cuisinière
J'ai adoré cette histoire parce qu'elle non seulement elle est drôle, les personnages sont attachants et un peu mystérieux. Les enfants Chou, Emma et William sont adorables et offrent à Lili de vrais compagnons de jeux fort agréables à suivre. Nous avons affaire à une enquête très sympathique où nous voguons dans les dédales du manoir des Frissons frissonnants pour tenter d'arrêter l'odieux garde-chasse d'intérieur. Plus encore, le roman est bourré de références à la littérature gothique tel qu'on la connait. De Maryshelleyzautre à Van Helsung, ce sont les grands classiques anglais qui sont revisités sous la plume loufoque et décalée de Chris Riddell.


C'est en ça qu'il m'a séduite. Chris Riddell, comme Malika Ferdjoukh, Marie-Aude Murail ou Timothée de Fombelle, est un auteur qui peut être lu par les adultes aussi bien que les enfants et avec un réel plaisir. Ce sont des textes à double emploi, drôles pour les enfants qui peuvent être l'occasion de découvrir d'autres romans mais aussi des textes dans lesquels les adultes peuvent se glisser et s'amuser. 

Les dessins de Chris Riddell sont magnifiques et méritent qu'on s'y attarde car ils donnent vie à l'histoire. Ce ne sont pas que de simples illustrations, l'auteur joue des codes du dessin. L'intrigue résonne des illustrations de l'auteur comme c'était déjà le cas pour Ottoline. Elles sont tout simplement splendides. 

Lili Goth a su me séduire au-delà des mots car j'ai bien conscience que j'ai finalement peu parler de l'histoire en soi. Il faut la découvrir page après page: l'amitié insolite entre Lili et Ismaël, les enfants Chou qui apportent de la joie dans la vie solitaire de la petite fille, sa gouvernante étonnante, le manoir des Frissons frissonnants et bien sûr l'horrible garde-chasse d'intérieur. Si vous ne connaissez pas Chris Riddell je ne peux que vous inviter à découvrir son travail, vous ne serez pas déçus! Un second tome est déjà disponible en anglais!

mercredi 5 novembre 2014

L'appel du coucou / Le ver à soie - Robert Galbraith (J.K. Rowling)


Je pensais avoir déjà parlé du Cuckoo's calling de Robert Galbraith mais il semblerait que ma paresse de cette été m'en ait empêchée! Puisque la suite des aventures de Cormoran Strike vient de paraître en France chez Grasset, je me dis qu'il est grand temps de combler mon retard en vous parlant des deux romans à la fois: bande de veinards.

Pour ceux qui vivraient sur une planète différente de la planète Potter, Robert Galbraith est le nom d'emprunt de J. K. Rowling pour écrire du polar. Il ne doit pas être facile d'accéder à un statut de star planétaire de la littérature comme l'est J.K. Rowling. Il est vrai qu'elle est attendue au tournant, entre les fans qui veulent à tout prix du Harry Potter, ceux qui sont convaincus qu'elle ne sait pas écrire autre chose et les autres. On se rappelle les débats enflammés lorsqu'elle a publié Une place à prendre. Je trouve qu'elle a été assez culottée et futée d'écrire le premier tome des aventures de Cormoran Strike sous un nom d'emprunt et qui plus est un nom masculin car il faut se rappeler qu'avant que le mystère ne soit craqué, The Cuckoo's calling a reçu un très bel accueil par la presse et la critique littéraire. C'est un joli pied de nez qu'elle fait à ce milieu parfois impitoyable - si si, il y a un côté Dallas dans le monde littéraire anglais, il suffit de lire The Silkworm pour s'en convaincre. C'est une reconnaissance de son talent d'écrivaine, à sa plume qu'elle sait mettre au service de la littérature policière et jeunesse. 

Mais trêve de bavardage, il est temps de rentre dans le vif du sujet! 

Présentation de l'éditeur: Lorsque le célèbre mannequin Lula Landry est trouvée morte, défenestrée, dans un quartier chic londonien, l’affaire est vite classée. Suicide. Jusqu’au jour où John Bristow, le frère de la victime, frappe à la porte du détective privé Cormoran Strike. Cet ex-lieutenant de l’armée, revenu d’Afghanistan amputé d’une jambe, est au bout du rouleau : sa carrière de détective est au point mort et sa vie privée, un naufrage. Aidé par une jeune intérimaire finaude, virtuose de l’Internet, il reprend l’enquête. De boîtes de nuit branchées en palaces pour rock stars, Strike va passer de l’autre côté du miroir glamour de la mode et du people pour plonger dans un gouffre de secrets, de trahisons, et de vengeances.

Présentation de l'éditeur: Quand l’écrivain Owen Quine disparaît dans la nature, sa femme décide de faire appel au détective privé Cormoran Strike. Au début, pensant qu’il est simplement parti s’isoler quelques jours – comme cela lui est déjà arrivé par le passé –, elle ne demande à Strike qu’une seule chose : qu’il le retrouve et le lui ramène.
Mais, sitôt lancée l’enquête, Strike comprend que la disparition de Quine est bien plus inquiétante que ne le suppose sa femme. Le romancier vient en effet d’achever un manuscrit dans lequel il dresse le portrait au vitriol de presque toutes ses connaissances. Si ce texte venait à être publié, il ruinerait des vies entières. Nombreux sont ceux qui préféreraient voir Quine réduit au silence.
Lorsque ce dernier est retrouvé assassiné dans de mystérieuses circonstances, la course contre la montre est lancée. Pour mettre la main sur le meurtrier – un tueur impitoyable, tel qu’il n’en a encore jamais rencontré dans sa carrière –, Strike va devoir d’abord percer à jour ses motivations profondes. 

Je sais, il semble étonnant de vous parler des deux romans en même temps, cependant, au delà de leur intrigue, ils partagent des caractéristiques communes qui me semblent importantes de mettre en avant pour vous convaincre de découvrir les romans de Robert Galbraith / J. K. Rowling. Bien qu'ils ne révolutionnent pas le genre, ces deux romans sont la preuve que J.K. Rowling est une auteure efficace qui maîtrise parfaitement les codes du roman policier et surtout du Detective stories. Si vous aimez les romans d'Agatha Christie, vous allez aimer Robert Galbraith car on y retrouve tous ce qui fait le sel des romans de Lady Agatha. 

Cormoran Strike est un vétéran de la guerre d'Afghanistan, un colosse avec une jambe en moins qui le fait toujours souffrir. De plus, et pour ne rien arranger, il est le fils bâtard d'une star du rock qu'il n'a vu que deux fois dans sa vie. Cormoran ne manque pas de piquant! C'est un personnage immédiatement attachant en vérité. On se sent de connivence avec lui, avec ses difficultés notamment vis à vis de sa fiancée Charlotte à qui on aimerait casser les dents. C'est un homme méthodique et méticuleux qui reste un militaire malgré son nouveau métier de détective. 
Même s'il n'est pas Hercule Poirot, on sent bien des liens entre les deux, la façon qu'ils ont de sentir les évènements s'emboîter et de le faire sentir au lecteur sans que nous puissions comme eux faire le lien entre des indices plutôt évidents. 

À côté de Cormoran Strike, son assistante Robin a tout de la jeune fille dynamique digne des romans Christiens! En conflit avec son fiancé au sujet de son travail, j'ai trouvé le personnage très équilibré dans sa conquête, lente mais résolue, de son indépendance. Robin est efficace et elle forme avec Cormoran un couple déséquilibré mais génial. J'aime aussi le fait que Robin prenne de plus en plus d'importance et que leur relation s'équilibre ou du moins tend à s'équilibrer à la fin du deuxième tome. 

J'admire le talent de J.K. Rowling pour les intrigues policières. Elle le démontrait déjà dans Harry Potter cela dit. Elle a un véritable don pour emmêler les fils et multiplier les fausses pistes. The Cuckoo's calling aborde le milieu de la mode et la surexposition médiatique tandis que The Silkworm celui du monde littéraire britannique. Plus encore que de simples univers, J.K. Rowling offre à travers de "simples" intrigues policières une véritable critique de la société britannique en même temps qu'une peinture de celle-ci. Impossible de ne pas sentir que nous sommes à Londres et que l'auteure nous parle de cette société qu'elle connait bien. 

De la même façon, on retrouve la plume de la maman d'Harry Potter, son ton et son ironie mordante qu'on adore. Elle n'a rien perdu de sa verve.

The Cuckoo's calling et The Silkworm, en plus d'être deux romans policiers d'excellentes factures avec de bons rebondissements, de la surprise et deux personnages principaux attachants, sont une photo de la société et une critique vive de la surmédiatisation, du monde de la mode et de la compétition acharnée que se livre les auteurs en mal de reconnaissance.

Deux romans que je conseille donc, à tous les amoureux des Detective stories.

lundi 27 octobre 2014

L'escalier Hurleur - Agence Lockwood #1 - Jonathan Stroud


COUP DE CŒUR DE PERSÉPHONE

Résumé: Un terrible fardeau s’abat sur Londres : des fantômes envahissent les rues de la ville, s’introduisent dans les maisons et terrorisent leurs occupants… La jeune et talentueuse Lucy Carlyle, promise à une grande carrière de chasseuse de spectres, vient d’intégrer la modeste agence du déjanté Anthony Lockwood. Mais leurs affaires vont mal. Les agences d’extermination de fantômes fleurissent et la concurrence est rude. Impossible de refuser le moindre contrat, même si la mission s’avère des plus dangereuses… C’est ainsi que Lockwood et Lucy se retrouvent en pleine nuit dans la terrifiante demeure de la famille Hope, à traquer le fantôme du sanguinaire duc rouge. Un escalier hurlant, une chambre de torture, des squelettes derrière toutes les portes… un seul mot d’ordre : ressortir vivants !

 Après la terrific série Bartimeus (#2) j'étais ravie d'apprendre que Jonathan Stroud revenait sur le devant de la scène ado avec une nouvelle série qui penche cette fois un peu plus vers l'Urban Fantasy et l'Horreur. Ce nouveau roman nous entraîne dans un Londres hanté! Attachez vos ceintures, l'Agence Lockwood and Co vous emmène dans les tréfonds de l'angoisse. 

Je me suis amusée comme une petite folle dans ce premier tome. Jonathan Stroud y a mis tous les ingrédients qui nous faisaient plaisir dans Bartimeus: un intrigue pleine de rebondissements, de l'humour et un flegme tout britannique. 

L'histoire est racontée à la première personne par Lucy Carlyle, une jeune fille énergique et brillante. C'est un personnage avec lequel nous sommes immédiatement en confiance. Elle n'a pas les deux pieds dans le même sabot et sait ce qu'elle fait. À côté de Lucy nous retrouvons Anthony Lockwood, le directeur de l'agence (à peine plus âgée que notre héroïne) qui fait preuve d'un flegme britannique dans absolument toutes les situations! Pour compléter ce trio, George fait figure de rat de bibliothèque débraillé mais compétent. Trois personnages très différents, suffisamment différents pour que les lecteurs puissent s'identifier à l'un ou à l'autre et ça, c'est une caractéristique qui m'a beaucoup plu.

Depuis que je suis librairie, j'ai pris d'avantage conscience des problèmes d'identifications dans les romans, à savoir: l'héroïne est une fille donc c'est pour les filles, le héros est un garçon = c'est pour les garçon. Premièrement, c'est une idée qui m'insupporte au plus au point. En quoi cela est-il pertinent? En tant que femme, je lis des romans dont les héros sont des hommes et je n'ai pas de problème à apprécier ma lecture. En quoi de petites filles seraient incapables de faire pareil? Pareillement, pourquoi un petit garçon ne pourrait pas lire de romans dont l'héroïne serait une fille? C'est tout de même se priver de nombreux très bons romans pour des raisons fumeuses. Le rapport avec L'agence Lockwood me direz-vous? Le fait est qu'ici, Jonathan Stroud choisi trois héros et leur donne une certaine neutralité, ce qui permet d'être un excellent livre pour TOUS les enfants. Et ça me repose!

L'intrigue en elle-même reprend à la fois les codes du roman d'horreur, avec les apparitions de fantômes, les cadavres planqués un peu partout, mais aussi les codes du roman policier car nos trois agents recherchent activement le meurtrier d'une jeune fille. Comme d'habitude avec Stroud, l'intrigue est bien maîtrisée, gérée comme il faut du début à la fin avec ce qu'il faut de fausse piste pour donner de bons retournements de situation. Même si j'avais compris assez vite qui était l'assassin, l'intrigue était très agréable à suivre et les personnages prennent de plus en plus d'ampleur au fur et à mesure que le roman avance. Jonathan Stroud joue de la peur des fantômes mais le roman n'est pas non plus effrayant. Il fait peur, un peu, mais pas trop.

L'agence Lockwood, tome 1, est encore une fois un très bon cru de l'auteur qui sait se renouveler après Bartimeus. Ce sont deux séries très différentes même si elles partagent des caractéristiques communes intéressantes. C'est un roman que je recommande chaudement, un très bon moment de lecture. Quant à moi, j'ai déjà récupéré la suite (disponible en anglais). Je vous en reparle plus tard! 

lundi 22 septembre 2014

Le ciel nous appartient - Katherine Rundell


COUP DE CŒUR DE PERSÉPHONE

Résumé: Tout le monde pense de Sophie qu’elle est une orpheline. Nulle femme n’a en effet survécu au naufrage qui la laissa, à l’âge d’un an, flottant dans un étui à violoncelle au beau milieu de la Manche. La fillette demeure cependant intimement persuadée que sa mère n’a pas sombré avec le navire. Alors, lorsque les services d’Aide à l’enfance anglais menacent Charles Maxim, son tuteur, érudit généreux aussi courtois que maladroit, aux méthodes d’éducation  fantasques, de lui reprendre la garde de Sophie, celle-ci, suivant l’enseignement de ce doux rêveur, décide de ne négliger aucune possibilité, et part pour Paris en sa compagnie sur les traces de sa mère… Une cavale menée sous le signe de l’espoir, qui conduira la fillette aux cheveux couleur des éclairs sur les toits de la ville-lumière. Elle y fera la connaissance de Matteo et de sa bande de danseurs du ciel. Froussards et phobiques des hauteurs s’abstenir : mieux vaut avoir le cœur bien accroché pour pouvoir suivre ces gamins-là !

Je suis tombée dans l'univers des Grandes Personnes depuis que je suis libraire et c'est une plongée que je ne peux regretter. Entre les livres de Mary Hooper (je conseille le génial Velvet), le drôlissime et noir Les 9 vies de Philibert Salmek, et le GENIALISSIME Mademoiselle Scaramouche de Jean-Michel Payet (dont je vous dois une critique, I know), Les Grandes personnes est une maison d'édition de qualité et qui propose aux adolescents de bons romans atypiques. Il y a une vraie ligne éditoriale et cela mérite d'être dit et répété. Je suis d'ailleurs pleine de tristesse car j'ai appris que faute de succès, ils arrêtent de publier des romans pour le moment.
Après vous avoir parlé de Le ciel nous appartient (Rooftoppers) de Katherine Rundell, vous comprendrez sûrement pourquoi je suis plus que peinée de voir une maison d'édition de qualité cesser sa production.

Mais revenons à nos grenouilles, j'ai découvert Le ciel nous appartient au début de l'été car il fait partie de la rentrée littéraire et ce fut pour moi un IMMENSE COUP DE CŒUR! Je dirais même que des 33 romans que j'ai lu pour cette rentrée littéraire, celui-ci est sans aucun doute celui que j'ai préféré, tout genre confondu.

Dans ce roman qui sent bon le mélange franco-britannique, nous retrouvons Sophie, une petite fille indépendante et débrouillarde, sauvée de la noyade dans son étui à violoncelle par Charles Maxim, un anglais excentrique comme on les aime. La première moitié du roman est vraiment marquée par l'excentricité britannique, ce petit grain de folie qui nous fait nous sentir comme à la maison. L'éducation donnée par Charles Maxim à la jeune Sophie est atypique, charmante et les efforts de cette dernière pour comprendre ce que les services de l'orphelinat attendent d'elle sont touchants. La relation père-fille que les deux protagonistes entretiennent est également l'un des facteurs doudou de l'intrigue. Même si Charles ne s'improvise pas père du jour au lendemain, l'amour qu'il porte à sa pupille est palpable et réciproque. C'est une très jolie relation que l'auteure nous propose, pleine de tact et de douceur et beaucoup de beaux sentiments sont pudiquement montrés.

La seconde moitié nous transporte à Paris dans une ambiance différente, beaucoup plus aventureuse. Charles et Sophie sont sur la piste de la maman de la jeune fille. La rencontre de celle-ci avec des enfants des rues change la donne. J'ai adoré cette seconde moitié autant que la première. Bien que différente, la transition se fait en douceur. Découvrir Paris par les toits et le jeune Matteo permet de replacer Sophie dans un environnement plus enfantin tout en développant son côté casse-cou. C'est une petite fille intelligente, débrouillarde et attachante. Les autres enfants forment une super bande, hétérogène et drôle mais qui sait aussi être grave lorsqu'il le faut.

L'histoire serait seulement sympathique si elle n'était pas soutenue par une magnifique écriture, pleine d'émotion. Lire Le ciel nous appartient, c'est comme se laisser porter par un morceau de violoncelle qui nous guiderait jusqu'à la maman de Sophie. Définitivement, ce roman est un morceau de poésie et de musique, les dernières pages sont comme une frénésie de musique qui transporte le lecteur. Katherine Rundell nous offre un roman poétique, magnifique, musical, un vrai morceau de langue.

Un roman superbement écrit aux personnages émouvants et à la beauté évidente. Un vrai coup de cœur qu'il faut faire lire à tout le monde.
À partir de 11 ans pour les bons lecteurs. 

mardi 1 juillet 2014

À ne pas louper à la rentrée: Half-bad de Sally Green (teaser)



Half Bad c'est la bombe que décide de sortir Milan pour la rentrée de Septembre. Le roman de Sally Green fait déjà un carton en Angleterre et aux Etats-Unis et ne manquera pas de faire couler beaucoup d'encre en France. 

Half Bad est le premier volume de la trilogie Half Life. On parle déjà de Sally Green comme de la nouvelle J.K. Rowling etune adaptation cinéma serait déjà prévue!

Présentation de l'éditeur:  
Tu ne sais ni lire ni écrire,
mais tu guéris vite,
pour un sorcier.

Tu ne supportes pas
de rester enfermé une fois 
la nuit tombée.

Tu détestes les sorciers 
blancs, mais tu aimes
Annalise.

Tu es enfermé dans une cage 
depuis tes quatorze ans.

Maintenant tu n'as pas
le choix: tu dois fuir
et retrouver Mercury,
la sorcière noire qui dévore
les petits garçons.

Et tout ça avant ton
dix-septième anniversaire.

Facile....

Pour vous en dire un peu plus: nous sommes dans un univers de Low fantasy où les sorciers, blancs ou noirs, se mêlent à la population des béjaunes - c'est à dire des humains. 

Résumé Milan: Dans l’Angleterre d’aujourd’hui, deux clans de sorciers vivent en secret au côté des humains : les adeptes de la magie blanche et les sorciers noirs. Mais la naissance de Nathan vient bousculer l’équilibre des forces car il est à la fois un sorcier blanc et un sorcier noir. Son père est un des plus puissants et cruels sorciers du monde. Sa mère, adepte de la magie blanche, est morte. A 16 ans, Nathan va recevoir ses pouvoirs comme tous les sorciers. Mais il n’est pas comme tous les sorciers… Son clan va décider de l’enfermer : Nathan est piégé dans une cage, battu et menotté. Les frontières entre le bien et le mal n’ont jamais été aussi floues et menacées.

Si vous pensez assister à une resucée d'Harry Potter, ce serait lourdement se tromper. Certes, l'univers de Half-Bad n'est pas sans rappeler celui bien connu de Hogwards mais ici pas question d'elfes de maison mignon, de bonbons rigolo ou de trains rouge qui emmène les enfants dans un magnifique château perdu près d'un lac. L'univers de Half bad est terriblement sombre mais génialissime avec une réflexion sur le déterminisme et la bonté des uns et des autres.

Vous l'aurez compris, je suis en train de le finir et je suis plus qu'emballée par la noirceur et la lumière qui se dégage de ce roman! Nous avons reçu le livre ficelé! Une présentation géniale qui donnait encore plus envie de le découvrir!
Avant de pouvoir vous en parler plus à fond, on se donne rendez-vous en septembre chez vos libraires et d'ici là....surveillez les cages!

mardi 27 mai 2014

Le secret d'Edwin Strafford - Robert Goddard


Présentation de l'éditeur: 1977 : Martin Radford, jeune historien londonien dont la carrière universitaire a été brisée par un scandale, arrive sur l’île de Madère. Il y rencontre Leo Sellick, un millionnaire sud-américain, qui habite une superbe villa, naguère propriété du mystérieux Edwin Strafford, mort en 1951. Homme politique de premier ordre, promis à un brillant avenir, Edwin Strafford a été en 1908, à l’âge de 32 ans, ministre de l’intérieur du cabinet Asquith, aux côtés de Lloyd George et de Churchill, avant de démissionner brutalement en 1910 et de quitter la vie politique sans explication aucune pour disparaître dans l’anonymat. Les raisons de cette rupture inexplicable sont elles dans le manuscrit de ses mémoires, retrouvé dans la villa ? La lecture passionnée qu’en fait Martin pose beaucoup plus de questions qu’elle ne donne de réponses. En particulier sur le rôle d’Elizabeth, une jeune suffragette - ces militantes activistes qui revendiquaient le droit de vote pour les femmes dans un Royaume-Uni très conservateur - avec qui Strafford a vécu une histoire d’amour passionnée. Fasciné par les énigmes qui jalonnent le destin de Srafford, Leo Sellick propose à Martin de le rémunérer pour éclaircir cette étrange affaire. Mais alors que son enquête progresse, Martin va vite comprendre que cette histoire est loin d’être finie, et que, dans l’ombre, beaucoup ont encore intérêt à ce que le voile ne se lève jamais sur le secret d’Edwin Strafford.

Je sais que ce livre à beaucoup plu. J'en ai lu beaucoup de bien, mes collègues ont aimé et tout me portait à lire ce roman entre polar et fausse biographie. Aussi, je n'ai pas hésité bien longtemps lorsque je l'ai vu en poche et c'est toute guillerette que je me suis apprêtée à le lire. Grand mal m'en a pris, j'ai eu envie de balancer ce roman contre les murs une bonne douzaine de fois pour finir par violemment l'abandonner tant les personnages me rendaient folle. 

Du point de vue purement narratif, avant d'aborder la question qui fâche des personnages insupportables, j'ai trouvé assez débile la façon de systématiquement court-circuiter le suspense alors que nous sommes dans un roman policier. D'entrée de jeu, le lecteur est mis au courant des infortunes d'Edwin Strafford, de son renvoi du parti et de la rupture de ses fiançailles. Dès lors, je ne suis pas du tout arrivée à m'attacher ni à m'intéresser au journal personnel d'Edwin, qui raconte, en plus développé je l'admets, ce qui lui est arrivé. Etant donné que le pauvre bougre ne sait pas qui lui en veut au point de détruire sa carrière et de lui voler la femme de sa vie, j'ai trouvé ça chiant au possible. Le suspense véritable qui consiste à savoir qui et pourquoi m'a laissée complètement de marbre.
Si encore cela ne se produisait qu'une fois - sur une bonne centaine de pages quand même - j'aurai peut-être pu passer mais j'ai constamment eu l'impression de relire une histoire déjà connue. Un peu comme quand on vous spoile Game of Thrones ou la fin d'un Hercule Poirot...il n'y a plus vraiment d'intérêt au bazar. 

Quant aux personnages...Non franchement rien à faire. Je n'ai pas réussi à éprouver la moindre empathie pour Edwin Strafford qui manque quand même singulièrement de charisme. Il est en colère mais se laisse ronger plus facilement qu'il ne devrait. Je sais que tous les héros et héroïnes ne doivent pas être des sur-hommes ou des sur-femmes, mais les gens qui acceptent gentiment ce qu'on leur balance dans la tête...en littérature...non merci. Martin Radford ne m'a pas non plus emballée, les deux personnages sont assez mous et j'aurai pu apprécier Leo Sellick s'il n'avait pas écrit "Fourbe" en gros sur son front. J'ai trouvé que les personnages manquaient cruellement de subtilité, ils sont là où on les attend ou alors ils déçoivent.

Le pire de tout étant la fiancée d'Edwin que j'ai eu envie de gifler. J'ai lu plusieurs fois qu'elle était admirable et courageuse...alors peut-être aurais-je dû lire le roman jusqu'au bout - si quelqu'un veut bien me raconter comment tout ça fini et les liens fumeux entre Radford et Strafford, je suis preneuse - et découvrir qu'elle subissait des pressions odieuses, mais je n'ai pas réussi à la prendre en pitié une seule minute. Déjà je n'ai pas cru à leur histoire d'amour, entre la féministe et le politicien, quelque chose sonne faux pour moi. Ensuite, je me dis que si on venait me raconter des choses horribles sur l'homme que je vais épouser, au lieu de couper directement les ponts comme ça sans plus jamais lui adresser la parole, j'aurai essayé au moins de comprendre. Je ne dois pas être normale...Je peux comprendre qu'elle émette des doutes, mais il a bien démissionné pour l'épouser, comme prévu, du coup, ce n'était pas possible un bon petit dialogue? 
On ne va pas parler de Gerald, ça va me foutre en rogne.

Cette histoire m'a donné l'impression de lire une mauvaise romance où les personnages ne sont pas capables de dialoguer correctement et mettre les choses bien à plat histoire de supprimer les quiproquo ridicules. Après tout, si elle n'était pas capable de se rendre compte de qui était réellement Edwin et Gerald - et réciproquement - Edwin n'a rien manqué! 

Je suis sans doute passée à côté d'un super récit, j'en conviens. Seulement, à partir du moment où dans les premiers chapitres ont m'explique la vie d'Edwin Strafford et que rapidement, je me rends compte qu'effectivement sa vie s'est déroulée de la sorte, qu'il n'y a aucun espoir ni pour sa carrière politique, ni pour son amour...et bien je perds complètement l'intérêt du roman. Savoir qui l'a fait plonger et pourquoi ne me motive plus du tout. C'est juste une grosse bouillie de destins gâchés et niveau polar, je préfère encore qu'on me tienne en haleine.

Un roman que je n'ai donc pas du tout aimé mais il semblerait que je sois la seule!