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mercredi 16 janvier 2013

Le bonheur des Dames - Émile Zola


COUP DE COEUR DE PERSEPHONE

Résumé: Arrivée à Paris avec ses frères, pour travailler dans le petit magasin de son oncle, Denise Baudu prend rapidement conscience que l'emploi n'existe que dans les grands magasins. Tandis que Jean commence son apprentissage, Denise recherche un emploi de vendeuse. C'est sans compter sur Le Bonheur des Dames, la boutique géante d'Octave Mouret qui semble la dévorer tout entière. Dans le Paris du baron Haussman et du début des grands magasins, l'histoire de Denise et de Mouret entraîne le lecteur dans le monde cruel des petites vendeuses, la précarité de l'emploi et du développement exponentiel de ce magasin et à la mort des anciens petits commerces.


Au Bonheur des Dames est un de mes livres préférés. Je l'ai découvert il y a plus de dix ans maintenant et je le relis assez régulièrement. Pour commencer, Au Bonheur des Dames fait parti du cycle des Rougon-Macquart qui raconte l'histoire d'une famille du début du XIXe siècle jusqu'aux années 1870. Il se place après Pot-Bouille, un roman vraiment sympathique, une critique sociale de l'immeuble haussmannien et dont Octave Mouret, jeune homme fraîchement débarqué de sa Provence natale est le héros. Ici, nous suivons Denise Baudu, jeune femme discrète, petite mère de ses deux frères qu'elle appelle "mes enfants" et qui a vingt ans a déjà vécu une vie bien remplie. A travers Denise, nous suivons l'essor des grands magasins à l'image des Galleries Lafayette, la lutte pour la survie des vendeuses et commis de boutique et le déclin des petits commerces. 

Je suis une fan de Zola. Tout le monde n'aime pas et je peux très bien le comprendre. Cela dit, il faut tout de même tenter de lire Au Bonheur des Dames avant de mettre Emile Zola dans la catégorie des auteurs classiques français  indésirables (pour être honnête, j'ai mis Balzac dans cette case, chacun les siens. Les tentatives d'agressions ne sont pas nécessaires merci). Contrairement à d'autres Rougon-Macquart, je pense notamment à Germinal ou L'Assomoir, Au Bonheur des Dames est relativement positif, peu de morts et la détresse des personnages trouve en règle général (il ne faut pas trop en demander, c'est du Zola tout de même), une résolution heureuse. Nous sommes loin de Nana ou de La Bête humaine

J'adore le côté social des romans de Zola, voir l'évolution de la société, les commerces, les modes de vie. Pour une historienne c'est assez passionnant de découvrir un aspect différent de la vie au XIXe siècle sachant que Zola menait de véritables recherches sur l'univers qu'il décidait de peindre. Ce qui fait la force de ce roman, au-delà de l'histoire de Denise et de Mouret, c'est véritablement les descriptions de la boutique qui sont enchanteresses. Le lecteur se promène parmi les tissus, la mousseline, la soie, le satin, la guipure, la percale et j'en passe. Comme dans Le Parfum de Suskind où on a l'impression de sentir les odeurs qui émanent du livre, ici les étoffes de tissus nous glissent entre les mains. Les femmes que Mouret rend folles avec son débordement de tissus, de gants, de chapeaux et de prêt-à-porter, c'est bien la lectrice. Cependant, Au Bonheur des Dames ne vise pas un public essentiellement féminin, les intrigues et les personnages font la part belle aux hommes de cet univers. De Bourdoncle, le bras droit de Mouret qui déteste les femme à Mouret, véritable Dieu vivant, on retrouve toute une palette de caractères. L'amoureux transi, l'ami, l'ennemi, l'exploitant, l'exploité etc. 
Il y a un côté très féministe aussi (et assez étonnement je dirais) car de l'exploitation de la femme on passe à la domination de l'Homme: "Il y a en une qui vengera les autres Mouret". Cette phrase comme un leitmotiv marque le roman. Les personnages féminins sont aussi multiples et complexes, plein de contradictions. 

Les personnages sont un point fort du récit. Denise est très complexe, calme, réservée et timide mais cache une très grande force de caractère, une sorte de résignation silencieuse. J'aime beaucoup sa façon de s'accrocher à ses valeurs non pas pour manipuler les autres comme tout le monde (dans le roman) le pense mais bien parce qu'elle est en accord avec elle-même et ses propres décisions. C'est particulièrement courageux de sa part d'avancer ainsi au Bonheur des Dames sans faiblir, malgré les embuches et la haine que lui porte plusieurs employés. Mouret est un personnage que j'aime énormément, surtout après avoir lu Pot-Bouille dans lequel il n'est encore qu'un tout jeune homme. On assiste véritablement à son évolution. Il reste fidèle aussi à lui-même, il est lucide même s'il tombe peu à peu sous le charme de cette petite provinciale et de son chignon trop lourd. J'aime son dynamisme, son envie féroce de dévorer Paris et la femme. C'est un personnage intéressant même si parfois il nous rebute un peu à jouer les patrons paternalistes et à laisser les basses besognes à Bourdoncle. Les personnages secondaires sont tous bien croqués, les différents employés, les patrons de petites boutiques avec leur hargne silencieuse contre le ronronnement de l'énorme machine. 

L'écriture de Zola est une des choses que je préfère, il a le don de nous transporter de la première à la dernière page, de nous faire ressentir toute la misère humaine et tout son bonheur. A chaque nouvelle lecture du Bonheur des Dames je découvre de nouveaux aspects que j'avais laissé passer et j'aime de plus en plus cette histoire. Parmi mes scènes préférés on compte l'humiliation de Denise dans le salon de la maîtresse de Mouret et la scène finale digne de North and South (vous imaginez bien du coup non?). 

Récemment la BBC a sorti un nouveau Period Drama en huit épisodes, appelé The Paradise qui s'inspire du roman de Zola. J'ai commencé à le regarder, j'aime beaucoup même si la reconstitution s'éloigne de l'intrigue principale, l'actrice qui joue Denise est vraiment très bien choisie.   

Une lecture que je recommande chaudement! 

vendredi 11 janvier 2013

A Study in Scarlet - Arthur Conan Doyle




Résumé: Londres vers 1881. Le Dr John H. Watson, ancien médecin militaire, blessé durant des combats en Afghanistan, doit à présent vivre avec une petite pension. Alors qu'il cherche un colocataire, il fait la rencontre du mystérieux Sherlock Holmes, détective privé et inventeur d'une méthode de déduction qui cherche lui aussi un colocataire. Les deux hommes s'installent dans un appartement au 221b Baker Street avec leur gouvernante, Mrs Hudson. Lorsque Sherlock Holmes reçoit une lettre de Tobias Gregson, un des limiers de Scotland Yard et adversaire de l'inspecteur G. Lestrade, lui demandant de l'aide dans une affaire mystérieuse. Un américain est retrouvé mort dans une maison abandonnée, le mot "Rache" écrit sur le mur.

A Study in Scarlet est le premier roman dans lequel figure Sherlock Holmes et John Watson. Ces personnages font tellement partis de le notre imaginaire qu'on en oublie souvent qu'il y a eu une première histoire, un moment du récit ou Watson ne connait pas encore Holmes, où il ne sait pas ce dont Holmes est capable. C'est assez émouvant de revenir sur les débuts de cette équipe notoirement connue. Watson est plein d'émerveillement, il est éblouie devant Sherlock qui lui fait du Sherlock...show-off, bien entendu. 

Après avoir vu A study in Pink (Sherlock - BBC - 2010) on se rend compte à quel point Moffat et Gatiss ont travaillé à partir des romans. Les premières scènes de A Study in Pink correspondent presque phrase par phrase au début de A Study in Scarlet. Voir et lire Sherlock décrire la vie de Watson en l'espace de quelques minutes est toujours aussi délicieux. On découvre un Sherlock Holmes énergique, toujours en mouvement, qui pratique la boxe et qui s'appuie sur une brigade de jeunes vagabonds pour mener à bien ses enquêtes. L'enquête en elle-même est des plus troublantes. Que fait cet homme seul dans cette maison abandonnée? Comment est-il mort puisqu'on ne trouve aucune trace de coups ou de lutte? Quel est le passé de cet américain en visite à Londres? Alors que Lestrade et Gregson partent chacun sur leur théorie, Sherlock Holmes conduit Watson dans son univers fait de logique et de déduction brute des faits. 

L'action se place en deux parties. La première suit la rencontre de Sherlock et Watson ainsi que l'enquête du détective jusqu'à la désignation plutôt inattendue du coupable. La seconde partie donne l'explication du mystère, qui étaient ces hommes mis en cause, d'où viennent-ils, pourquoi sont-ils morts et surtout, comment Sherlock Holmes a-t-il résolu le mystère! 

Si A Study in Scarlet n'est pas la meilleure enquête de Sherlock Holmes, je lui préfère A Scandal in Bohemia (la fameuse histoire d'Irene Adler), retrouver Watson et Sherlock était tout à fait plaisant. J'ai d'ailleurs enchaîné sur la suite: The Sign of Four

mercredi 3 octobre 2012

Victor de la brigade mondaine - Arsène Lupin - Maurice Leblanc

Présentation de l'éditeur: Avant le vol des bons de la Défense nationale et les assassinats qui suivirent, la renommée de Victor, de la Brigade mondaine, n'excédait pas le cercle restreint de ses chefs et de ses collègues. Il fallut, pour le mettre en évidence, qu'apparût brusquement en face de lui cet extraordinaire, ce formidable personnage d'Arsène Lupin, qui allait donner à cette ténébreuse affaire sa signification et son intérêt spécial. Les qualités déjà remarquables du vieil inspecteur furent portées à leur paroxysme par le prodigieux adversaire que lui opposaient les circonstances. C'est leur lutte sournoise, ardente, implacable, poursuivie dans l'ombre d'abord, puis en pleine clarté, que nous raconte Victor, de la Brigade mondaine.

J'ai renoué avec plaisir avec les aventures d'Arsène Lupin, notre (oserai-je dire "mon") gentleman cambrioleur. J'ai choisi ce roman au hasard dans le train parce que je ne l'avais pas lu et parce que pour passer le temps quand vous avez 10h de route, Arsène est le compagnon idéal: il ne déçoit jamais. 
Malgré tout c'est un roman un peu déstabilisant car l'on suit Victor Hautin de la brigade mondaine dans son combat contre Arsène Lupin au lieu de Lupin lui-même.  On rencontre d'ailleurs le cambrioleur assez tard ce qui est plutôt rare mais Leblanc est excellent pour ménager le suspense. Cependant, le personnage de Victor ne manque pas de piquant et l'on est vite entraîné dans le ministère des Bons de la Défense nationale. 

J'aime le côté Sherlock Holmes des aventures d'Arsène Lupin, avec cette déduction toujours surprenante et le côté aventureux de chaque histoire. Victor se débrouille bien. Indépendant, il traite les affaires comme cela lui plait, quand cela lui plait. Volontiers bougon, râleur, il ne reste pas moins un policier efficace et dévoué à son métier. Il m'a beaucoup plu. C'est un personnage intriguant et assez différents des policiers de chez Leblanc pour qu'on s'y attache. L'humour est toujours très présent ce qui ne nuit pas! Les petites phrases qui piquent, les détournements et renversements de situation rendent le roman proprement délicieux. 


Victor ne connait pas le Lupin (c'est un tord) mais il n'hésite pas à se lancer dans la bataille pour les beaux yeux d'une princesse russe. Il faut toujours qu'il y ait une femme chez Leblanc. C'est d'ailleurs le seul reproche que je lui ferai: j'ai trouvé la princesse bien en-deça de nombreux personnages féminins que l'on croise ailleurs dans les aventures d'Arsène. Elle est plutôt du genre éthérée prête à être secourue qui m'indiffère. En revanche j'ai beaucoup aimé les différentes histoires qui s'imbriquaient les unes dans les autres et comment Victor démêle les écheveaux un à un. Les vols des Bons de la défense, le meurtre du père Lescot et ceux qui suivent...sans parler du Lupin et de son coup des "10 millions" jusqu'au dénouement final. 
Les rebondissements se succèdent et lorsque l'on croit avoir avancé, Victor nous démontre par A+B que nous sommes finalement en retard et qu'il a déjà résolu l'énigme. Même si j'avais depuis longtemps résolue l'énigme principale j'ai pris beaucoup de plaisir à voir Victor résoudre les autres. 

Je ne peux pas dire plus sur l'histoire où les personnages car je prendrais le risque de vous en dévoiler trop et après tout, un roman policier ça se savoure! 
Sinon on retrouve l'atmosphère parisienne début de siècle propre à Lupin, le phrasé délicieux de Maurice Leblanc et bien sûr un Lupin magistral comme toujours! 

Un excellent moment en compagnie de Victor de la brigade mondaine (d'ailleurs très mal à propos ce titre de brigade mondaine...les crimes exposés dans le roman ne la concerne pas....une erreur de l'auteur? Je serai curieuse de le savoir) et de mon (aller j'ose) Arsène Lupin. 

vendredi 30 décembre 2011

A christmas Carol - Charles Dickens


En cette veille de Noël, ce vieil avare d'Ebenezer Scroodge se montre plus détestable que jamais. Il déteste Noël, refuse de donner aux pauvres et trouve que c'est un prétexte pour prendre un jour de congés payés. Mais lorsque le fantôme de son associé Marley fait son apparition pour prévenir Scroodge de ce qui l'attend si jamais il ne change pas de comportement, Scroodge commence à se demander ce que cette vieille de Noël lui réserve.

Le Christmas Carol est une relecture pour moi, mais je n'ai pas pu résister quand le livre a été proposé au club de lecture de Whoospy Daisy. Cette histoire, je la connais depuis que je suis petite et c'est véritable doudou. D'ailleurs au moment où j'écris ces lignes j'ai la musique du dessin animé de Disney dans la tête. "C'est le miracle de Noël, tous les enfants s'émerveillent, car aujourd'hui dans le ciel, une voix les appelle, une voix les appelle, c'est le miracle de Noël!" (plutôt envahissant je vous l'avoue).

Comme prévu dans la Lecture commune, je vais répondre aux questions posées:

1. Qu'avez-vous pensé du style de Dickens? Avez-vous eu du mal à entrer dans le conte, ou votre lecture a-t-elle été fluide?
Dickens n'est pas le plus dur des auteurs anglais à lire. Ce qui pourrait s'avérer pénible (ou fatiguant lorsqu'on lit en anglais) c'est le volume de ses oeuvres. Cependant le comte de Noël n'est ni long, ni fatiguant. Cette lecture est particulièrement fluide et je trouve qu'on sent très bien l'ironie et l'humour de la nouvelle dans le ton de Dickens. Je trouve les personnages bien campés et leur voix sont clairement identifiables.
Je n'ai eu aucun mal à entrer dans l'histoire, d'une part parce que je la connais déjà et d'autre part parce que Dickens nous fait entrer directement dans l'action. Il ne faut attendre que quelques pages avant de voir apparaître le fantôme de Marley donc l'action arrive très vite et les premières pages sur Scroodge sont très drôles, presque caricaturale.
En somme, si vous n'avez jamais lu de Dickens, plutôt que de commencer par Bleak House ou Great Expectations, je conseillerai le Christmas Carol.

2. Quelles sont les références culturelles/ les jeux de mots que vous avez réussi à identifier?

Je dois avouer que l'ayant lu en anglais je n'ai rien relevé du tout, à part Humbug! j'admets que je sèche totalement. Je serai curieuse d'avoir l'avis d'expertes ;)

3. Qu'avez-vous pensé de la description de l'atmosphère de Noël? Du portrait de Scroodge? De l'intrusion du surnaturel? De la morale de cette histoire?

Je trouve ce conte particulièrement Christmassy! C'est sûrement le fait de le connaître depuis petite mais pour moi, ce comte est irrémédiablement lié à Noël. Le surnaturel et la morale de l'histoire trouve leur place sans difficulté. Noël étant une période magique, tout peut arriver et c'est ce qui me plait dans cette histoire. Le côté mystérieux de cette veille de Noël renforce l'impression que j'en ai.
J'aime énormément les trois fantômes du Noël présent, passé et futur. Ils apportent chacun un éclaircissement des actes de Scroodge et ce qui me plait surtout dans ce conte c'est que l'humour n'en est pas absent! C'est un mariage très difficile d'allier l'ambiance de Noël et l'humour de Dickens et pourtant je trouve que l'un n'empêche pas l'autre.
Je suis très sensible à l'histoire de Tiny Tim. C'est bien simple, cela me faisait pleurer comme une madeleine. Du coup je pleurais même à la fin de l'histoire de savoir que le petit s'en sortirai.
La morale ne me dérange pas dans le sens ou 1) c'est Noël et donc LA période par excellence pour que ces choses arrivent.
2) Dickens écrit si souvent sur les misères de la société victorienne et la noirceur du monde qu'avoir une nouvelle de Noël où la leçon est apprise et ou la générosité, le bonheur et l'amour triomphent, je trouve que ça fait du bien au moral et c'est parfait pour rebondir sur une nouvelle année.

Avez-vous aimé ce roman?
Vous l'aurez compris, Christmas Carol est mon doudou à moi. J'adore cette histoire et tout ce qui l'environne. C'est un souvenir d'enfance très fort que je compte bien faire profiter moi aussi à mes enfants dès que j'en aurai!

Un petit mot des adaptations pour finir.

- Le Noël de Mickey est très fidèle au conte de Dickens. La magie Disney sert admirablement bien cette histoire et les personnages choisis sont parfaits (à tel point que lorsqu'on me dit Scroodge je pense à Picsou).

- Le drôle de Noël de Scroodge est lui aussi très bon. Il m'a fait une très forte impression car il est fidèle à la partie sombre du conte. Contrairement à la version Disney, il est plutôt fait pour les adultes mais il vaut le coup d'oeil et Jim Carrey prête très bien ses traits au personnage.

- A Christmas Carol (Doctor Who, épisode de Noël 2010): une variante mi-alien mi-steampunk du conte de Dickens mais parfaitement réussi, extrêmement touchante et Christmassy!

Je vous mets Abigail's song tiré de l'épisode chanté par Katherine Jenkins.



Et c'est toujours le mois anglais!

samedi 17 décembre 2011

Rachel Ray - Anthony Trollope



Présentation de l'éditeur: Rachel vit avec sa mère, Mrs Ray, et sa soeur aînée, Mrs Prime, toutes deux veuves, dans un cottage près de Baslehurst. Lors d'une promenade, Rachel fait la connaissance de Luke Rowan, héritier d'une part de la brasserie Bungall & Tappitt. Mrs Ray et la très prude Mrs Prime imaginent aussitôt Rachel en perdition! Pis, Rachel est bientôt invitée à un bal chez les Tappitt, où elle retrouve Luke Rowan dont elle tombe amoureuse. Dans ce petit monde provincial où sévissent cupidité et bigoterie, comment les deux jeunes gens pourraient-ils se faire une place?

La maison d'édition Autrement vient de sortir (enfin) la traduction française d'un roman d'Anthony Trollope, Rachel Ray, auteur de Miss Mackenzie et He knew he was right. Je ne connaissais pas Trollope avant de lire Rachel Ray et je dois dire que je suis favorablement encline à poursuivre ma lecture de cet auteur.

Le village de Baslehurst n'est pas vraiment une partie de plaisir. Les gens sont souvent mesquins, pingres et enclins à regarder ce que font les autres de leur vie. Pire que tout, la bigoterie règne dans le village. Ainsi, une jeune fille qui parle à un jeune homme est tout de suite une fille perdue. C'est du moins ce que pensent Mrs Ray et Mrs Prime, toutes deux veuves et bigotes et qui ont oublié qu'avant d'être une femme mariée ou une veuve, il faut passer par la case, jeune fille courtisée.
Mrs Ray est horripilante par son côté girouette et indécis, mais le pire c'est Mrs Prime, je l'aurais foutu à l'eau bien gentiment. Pour elle, une fille est perdue si elle fait autre chose que 1) rester chez elle et recevoir des "calls" de femmes honorables, 2) aller à la messe 3) aller aux réunions de charité. C'est un peu restreint non? Danser? C'est être de mauvaise vie. Parler à un autre homme que le pasteur? La prostitution la guette...bref, une bigote sèche et rigide que Trollope décrit à merveille!
A côté de Mrs Prime et Mrs Ray nous avons Rachel, jeune fille saine et gentille qui veut plaire à sa mère. Trollope nous dit qu'elle a des germes de rébellion en elle, ce que je trouve un peu abusé...Rachel Ray est quand même très souple. Si j'avais été à sa place, il y a longtemps que Mrs Prime aurait eu ce qu'elle mérite.
Même si j'ai bien aimé Rachel, le fait que ce soit une gentille fille, je la trouve quand même sacrément nunuche avec ses interrogations: "il m'a appelé par mon prénom, que dois-je en déduire? Il me plait ou pas? Si maman me dit non je lui dis non..."Elle a des accents de tête à claque par moment.

A côté, Luke Rowan est un personnage attachant. Il est jeune, volontaire, il veut améliorer la fabrique de bière et épouser Rachel, mais tout le monde lui met des bâtons dans les roues. J'ai aimé son côté droit et sûr de lui, il est charmeur et emballe facilement le lecteur de son côté. Ce n'est pas très difficile d'un autre côté. Mr Tappitt est borné et idiot (la loi n'est pas de son côté mais il s'entête) tandis que Mrs Tappitt, jalouse qu'il ait choisi Rachel au lieu d'une de ses filles (Augusta est à claquer), répand des rumeurs sur Rachel que la mère de Rowan s'empresse de croire.

Heureusement, parmi tout ce petit monde il reste quelques personnes intelligentes à commencer par le pasteur (pas l'horrible Mr Prong hein). Il autorise Rachel à aller au bal, après tout elle a un chaperon, c'est raisonnable et puis si les garçons et les filles ne se parlent pas comment ils pourraient se marier? Là je suis tombée à genoux, enfin une personne normale! La fille du pasteur est un chaperon sympa aussi, tout à fait normale: Mais oui Rachel valser c'est permis, mais oui Rachel refusez ce monsieur il est moche! HOURRA!
Cherry Tappitt est aussi un bon personnage. Amie de Rachel, c'est une jeune fille vive et sans malice aucune.

Trollope décrit les travers de la société provinciale de l'Angleterre victorienne avec une verve sans pareil. La bigoterie, la pingrerie, la jalousie aucun travers n'est laissé de côté et chaque personnage représente une facette obscure du tableau. J'ai beaucoup aimé le rendez-vous entre Mrs Prime et Mr Prong. C'était savoureux de voir qu'il arrivait à la bigote ce qu'elle aurait banni pour sa propre soeur. Il y a beaucoup d'humour dans Rachel Ray. L'auteur se moque des gens avec délice. Malgré tout, je n'ai pas accroché au personnage de Rachel. Elle n'a pas le relief d'une héroïne de Dickens, de Jane Austen ou d'Elizabeth Gaskell. Le côté nunuche était horripilant.
Le second problème était qu'arrivé à la moitié du roman toute l'intrigue est déjà en place et on se demande bien ce qu'il va pouvoir se passer ensuite. Finalement la seconde moitié de l'histoire est plus une suite de rebondissement pour achever une histoire qu'une continuation cohérente de la critique amorcée par Trollope. Je pense que Rachel Ray avait pour but de dénoncer des travers et que l'histoire était plutôt au second plan. Néanmoins l'écriture de Trollope est savoureuse et je la recommande chaudement. Pour ma part je pense poursuivre avec Miss Mackenzie et le téléfilm de la BBC He knew he was right (non non pas QUE pour David Tennant :p)

Lu dans le cadre du mois anglais !

mercredi 2 février 2011

Canon Holmnésien

Ce que l'on appelle le Canon Holmnésien se compose de 56 nouvelles et de 4 romans tous écris par Sir Arthur Conan Doyle. Ce terme de canon permet de distinguer les oeuvres originales de Conan Doyle des travaux ultérieurs dans lesquels apparait Sherlock Holmes.

Le canon original comprend ces nouvelles et romans dans cet ordre:

1) A study in Scarlet roman publié en 1887

2) The sign of the Four roman publié en 1890

3) The adventures of Sherlock Holmes, recueil de nouvelles publié entre 1891 et 1892 dans The Strand.
- A scandal in Bohemia
- The Red-Headed ligue
- A case of identity
- The Boscombe Valley Mystery
- The five orange Orange Pips
- The man with the twisted lip
- The blue Carbuncle
- The speckled band
- The engineer's Thumb
- The Noble Bachelor
- The Beryl Coronet
- The Copper Beeches

4) The memoirs of Sherlock Holmes recueil de nouvelles publié entre 1892-1893 dans The strand et The Adventure.

- Silver Blaze
- The Yellow face
- The stockbroker's Clerk
- The Gloria Scott
- The Musgrave Ritual
- The Adventure of the Reigate Squire
- The Adventure of the Crooked Man
- The Resident Patient
- The Greek Interpreter
- The Naval Treaty
- The Final Problem

5) The Hound of the Baskervilles roman publié en série dans The Strand durant le Grand Hiatus

6) The Return of Sherlock Holmes nouvelles publiées entre 1903 et 1904 dans The Strand



- The Adventure of the Empty House


- The Adventure of the Norwood Builder


- The Adventure of the Dancing Men


- The Adventure of the Solitary Cyclist


- The Adventure of the Priory School


- The Adventure of Black Peter


- The Adventure of Charles Augustus Milverton


- The Adventure of the Six Napoleons


- The Adventure of the Three Students


- The Adventure of the Golden Pince-Nez


- The Adventure of the Missing Three-Quarter


- The Adventure of the Abbey Grange


- The Adventure of the Second Stain



7) The Valley of Fear roman publié en série entre 1914 et 1915


8) His last Bow nouvelles publiées entre 1908-1913 et 1917

- The Adventure of Wisteria Lodge
- The Adventure of the Cardboard Box
- The Adventure of the Red Circle
- The Adventure of the Bruce-Partington Plans
- The Adventure of the Dying Detective
- The Disappearance of Lady Frances Carfax
- The Adventure of the Devil's Foot
- His Last Bow

9) The case-book of Sherlock Holmes nouvelles publiées entre 1921 et 1927

- The Adventure of the Mazarin Stone (told in third-person)
- The Problem of Thor Bridge
- The Adventure of the Creeping Man
- The Adventure of the Sussex Vampire
- The Adventure of the Three Garridebs
- The Adventure of the Illustrious Client
- The Adventure of the Three Gables
- The Adventure of the Blanched Soldier (narrated by Holmes)
- The Adventure of the Lion's Mane (narrated by Holmes)
- The Adventure of the Retired Colourman
- The Adventure of the Veiled Lodger
- The Adventure of Shoscombe Old Place

Sherlock Holmes - Caracters- John Watson


Dr John Watson : John Watson est sans doute le faire-valoir le plus connu de l'histoire de la littérature, au point que depuis, plusieurs grands écrivains à commencer par Agatha Christie, utilisèrent le faire-valoir comme compagnie au héros (citons par exemple le capitaine Hastings dans les Hercule Poirot).

La rencontre de John Watson et de Sherlock Holmes se fait dans la première histoire du canon holmnésien, The study in Scarlet, où Watson, le narrateur, nous raconte qu'il fut diplômé de l'Université de Londres en médecine en 1878. Devenu médecin militaire il rejoignit les armées britanniques en Inde et servit en Afghanistan où il fut blessé à la bataille de Maiwan (le 27 juillet 1880). Rentré en Angleterre sur le HMS Orontes, l'histoire débute en 1880 ou 1881 ce qui donne à Holmes l'âge de 26-27 ans, bien plus jeune que ce que les différentes adaptations ne le laissent penser. Dans The sign of Four, John rencontre Mary Morstan qu'il finit par épouser et quitte le 221B Baker Street pour s'installer avec sa femme.

Contrairement à l'image traditionnelle de Watson, se dernier n'est pas petit et replet mais grand et bien bâti ainsi qu'athlétique. Tout comme Holmes il pratique une activité physique soutenue qui décline peu à peu avec l'âge.

Holmes et Watson se complète d'une façon assez extraordinaire. Conan Doyle met en balance l'homme certes intelligent mais normal face au génie, l'émotion et les qualités humaines face à la froideur de Sherlock. Alors que Watson épouse Mary Morstan, Sherlock avoue qu'il n'a jamais aimé.

Hormis une histoire racontée par Holmes lui-même alors qu'il a pris sa retraite, toutes les aventures de nos deux héros sont racontées par le menu par Waston. Certaines sont écrites juste après les faits, d'autres beaucoup plus tard comme le dit lui-même Watson. En effet, il se veut la discrétion même et certaines têtes couronnées préféraient que leurs histoires restent secrètes. Cependant, cela ne l'empêche pas de citer Holmes et d'apporter des commentaires sur le caractère ou la personnalité de certains clients. Si Sherlock Holmes ne s'oppose pas aux écrits biographiques de Watson, il les trouve cependant beaucoup trop romantiques à son goût.


Interprétations:

- David Burke et plus tard Edward Hardwicke ont tous deux interprétés John Watson dans la série The adventure of Sherlock Holmes avec Jeremy Brett.




- En 2009, Jude Law reprit le rôle et donna à Watson une image résolument plus jeune et dynamique que la version précédente. Il tiendra le rôle dans Sherlock Holmes 2.



- Martin Freeman joue quant à lui un Watson moderne dans la version BBC de 2010 de Mark Gatiss et Steven Moffat. Martin Freeman joue un Watson vétéran de la guerre d'Afghanistan, blessé à l'épaule et éprouvant des douleurs dans les jambes ainsi que des tremblements dans les mains. Afin de vivre avec sa petite pension de l'armée, il est obligé de partager un appartement au 221B Baker Street avec un certain Sherlock Holmes aux tendances sociopathes. Martin Freeman offre un Watson sensible mais non larmoyant, attachant et drôle. Il est prévu au casting de la saison 2.