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mardi 2 octobre 2018

The Clockwork angel - The infernal devices #1 - Cassandra Clare


B+

Résumé (traduction de l'éditeur): Tessa débarque à Londres pour rejoindre son frère. Mais à peine arrivée, elle tombe dans un piège : enlevée par les horribles Soeurs Noires, elle développe des pouvoirs qu’elle ignorait posséder. Jusqu’au jour où Will, un Chasseur d’Ombres, la libère et lui apprend qu’elle est une Créature Obscure. Un nouveau destin attend Tessa dans un monde mystérieux, où vampires, sorciers et autres créatures de l’ombre règnent en maîtres…

The Clockwork angel est le premier tome de la série The Infernal devices. Il s'agit également d'un prequel à la série ultra populaire The mortal instruments. Pour être tout à fait claire, je n'ai pas lu The Mortal instruments. Après avoir demandé à mes amies Lily et Cathy si cela avait un impact de lire d'abord le prequel avant la série principale, j'ai décidé de me lancer. Je sais, je sais, j'aurai sans doute moins de surprises sur certains éléments de la série principale notamment à cause des liens familiaux des personnages mais j'avais plus envie de découvrir d'abord la période steampunk et puis malgré tout, je vais faire chronologique.
Si vous avez lu toute la série, gardez donc à l'esprit que The Clockwork angel est le tout premier de cet univers que je découvre car je crois avoir compris qu'il ressemble pas mal au premier tome de Mortal instruments.

L'histoire commence à la fin du XIXe siècle aux États-Unis où la jeune Tessa, 16 ans, se retrouve seule après la mort de sa tante. Elle reçoit un billet de bateau de son frère Nathaniel lui demandant de la rejoindre à Londres mais une fois dans la capitale britannique, elle se fait capturer par les sœurs noires, Mrs Dark et Mrs Black. Fiancée de force à un être maléfique, elle découvre qu'elle est une Warlock - une Créature Obscure - et est obligée par ses geôlières à utiliser son pouvoir pour se métamorphoser en qui elle veut, vivants ou morts. Sauvée par Will Herondale et Jem Carstairs, la jeune fille rencontre les Shadowhunters - les Chasseurs d'Ombres - censés garantir la paix en Angleterre et décide de les aider à vaincre l'homme qui l'a faite enlever.

Les prequel sont toujours difficiles à mettre en place parce qu'il y aura toujours des vilaines comme moi pour commencer par le prequel et non par la série initiale. Du coup, l'auteure est obligée de remettre en place l'univers, d'expliquer un peu comment ça fonctionne. On découvre les Shadowhunters à travers les yeux de Tessa. Je ne vais pas cracher dans la soupe, c'est difficile comme exercice et Cassandra Clare s'en sort plutôt bien. On sent que c'est une mise en place pas aussi profonde qu'elle aurait pu l'être en d'autres circonstances mais j'imagine que lorsque vous avez déjà lu les Mortal instruments ça fait un peu plus "réchauffé". On découvre donc les Shadowhunters, leur concept familial, leur mission pour protéger l'humanité mais aussi des Warlock et autres membres des créatures obscures dont certains on s'en doute déjà vont devenir récurrents.

Parmi les personnages, nous rencontrons évidemment Tessa Gray. J'ai aimé le personnage, on se sent immédiatement en empathie avec elle puisque c'est elle qui nous ouvre les portes de cet univers. Elle est intelligente, forte et combative. Elle offre un contraste assez intéressant avec son frère Nathaniel que l'on rencontre un peu plus tard dans le roman.
Parmi les Shadowhunters on fait la connaissance de Charlotte et de son mari Henry, qui sont tous les deux super mignons. On comprend bien la fragilité de la position de Charlotte en tant que gérante des Shadowhunters de Londres par rapport au Clave. Je pense que l'on va revoir les membres du Clave, les Lightwood sont particulièrement horripilants mais je me demande ce qu'elle va en faire.

On fait aussi la connaissance de Jem Carstairs et Will Herondale. Ils sont particulièrement complémentaires. Will est flamboyant et imprudent, il se lance la tête la première dans le danger alors que Jem, son parabatai, est plus réservé et réfléchi.
Je n'aime pas vraiment Will. Je me doute qu'il y a plein de mystères qui entourent le personnage et que son comportement va être éclairé au fur et à mesure de la série mais je ne suis pas séduite par Will. D'habitude j'aime bien ce genre de personnage mais là ça n'a pas pris, sans doute à cause de son attitude envers Tessa et parce qu'il y a Jem. Jem est juste génial, sino-britannique, il conserve un secret intéressant et se montre sage et posé. C'est un personnage doux qui m'a beaucoup plu. En fait, je trouve Jem moins attendu comme personnage que Will. Will c'est l'anglais sublime, aux cheveux noirs et aux yeux super bleus, avec un charme fou et un côté bad boy. C'est toujours appréciable mais déjà lu et relu tandis que Jem est original. J'ai aimé qu'il soit métisse et que physiquement il ne soit pas ce qu'on attende d'un héros. C'est une dose de fraicheur et de nouveauté dans un genre qui a tendance parfois à être un peu trop codifié.

Je ne vais pas mentir, vous l'avez peut-être senti venir, il y a bien un triangle amoureux qui se forme entre Tessa, Jem et Will. Je ne sais pas comment elle va le résoudre, bien que j'ai dans l'idée que ce ne sera pas comme je veux mais je n'y peux rien. Si vous êtes allergique au triangle amoureux, ça risque de ne pas vous plaire. Après l'intrigue n'est pas focalisée dessus, on s'intéresse plus à l'histoire paranormale qu'au triangle dans ce premier tome donc ça reste tout à fait supportable.

En revanche, on découvre Magnus Bane, un warlock amant de la vampire Camille mais qui laisse entendre qu'il a des goûts plus étendus! C'est un personnage que l'on ne fait que survoler mais j'espère vraiment qu'on va le revoir, notamment parce qu'il a l'air de connaitre pas mal d'informations intéressantes sur les Downworlders et Will Herondale.

L'univers est très sympa, steampunk mais sans être historique non plus, on ne s'attarde pas sur les conventions sociales comme chez Gail Carriger par exemple. Il y a de l'action, du mystère, de la magie et des personnages intéressants et/ou attachants. J'aime aussi que Cassandra Clare ait inclus un héros métisse dans une société occidentale et qu'il y ait au moins un personnage LGBTQI+. Ce n'est pas le Pérou mais c'est un bon début je trouve en matière de diversité dans les romans contemporains. 

En tout cas, j'ai très envie de lire la suite de ce prequel et je vais essayer de le faire avant l'an 2070!
Si vous avez lu toute la série - ou des morceaux - n'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé, si vous avez les mêmes ressentis que moi sur ce tome et lesquels vous préférez! 

dimanche 30 septembre 2018

If I ever should love you - The spinster heiresses #1 - Cathy Maxwell


C-

TW/CW: mention de violences sexuelles et d'alcoolisme.

Résumé: Il était une fois trois jeunes femmes qui, malgré leur fortune, étaient sur le marché du mariage depuis trop longtemps. On les appelait "Les vieilles héritières". 

S'il a hérité d'un titre, ce dernier vient seul, sans fortune. Le comte de Rochdale sait qu'il doit trouver une femme, si possible assez jolie et avec un bon caractère mais surtout dotée d'une belle fortune et qui voudrait bien l'échanger contre un titre de noblesse. 
Son choix se porte sur Leonie Charnock, l'une des "Vieille héritière" de la saison. Des années auparavant, le comte a sauvé la réputation de cette beauté aux yeux noirs et elle reste toujours belle à couper le souffle, laissant espérer à Rochdale un mariage pas uniquement basé sur l'argent. 
Cependant Leonie n'a pas l'intention d'épouser qui que ce soit. Presque brisée par les secrets de son passé, Leonie accepte d'épouser Rochdale a une seule condition: l'épouser oui, partager son lit non. Seulement c'est une condition que la nouvelle comtesse de Rochdale n'est même pas sûre de tenir.

Ça me rend toujours triste de découvrir un·e nouveau·lle auteur·trice par un roman que vraiment je n'ai pas aimé parce que ça me rend frileuse ensuite. J'ai plus de mal à me dire: "je vais en lire un autre ça va être chouette". If I should ever love you promettait pourtant une très bonne lecture mais s'est révélé décevant et sur tellement de points que je n'ai pas envie de découvrir les deux romans suivants de la série (le tome 2 est sorti en avril, le tome 3 devrait sortir très prochainement).
Notez que je vais devoir spoiler un peu pour que vous compreniez bien pourquoi je n'ai pas aimé et gardez à l'esprit le TW/CW inscrit en haut de la chronique. 

If I ever should love you est typiquement le genre de roman ou l'auteur·trice veut en faire trop sans pour autant maîtriser les sujets dont il·elle parle. L'idée de base était pourtant tentante mais le traitement n'est pas à la hauteur.

Je ne sais pas vous mais lorsqu'on me vend une série, j'aime bien que celle-ci soit logiquement liée. Je suis paradoxalement moins frustrée lorsque les tomes sont vraiment déconnectés mais partage un trait en commun: des soldats, des highlanders etc. Ici, on découvre trois amies Leonie Cassandra et Willa. Bien que charmantes et fortunées, elles sont toutes les trois on the shelf. J'ai déjà un peu de mal à comprendre en quoi elles ne peuvent pas trouver chaussures à leurs pieds. Leonie a la meilleure excuse, elle ne veut pas se marier. En revanche Cassandra et Willa, elles ont hâte. Ce qu'on sait d'elles? Leonie est sublime, Cassandra est très grande, Willa très petite. Pour Cassandra et Willa, ne cherchez pas vous n'en saurez pas plus, hormis que Leonie regarde ses deux comparses avec un œil un peu condescendant. Cela promet une fausse série, ce genre de série où finalement on pourrait avoir trois stand-alone que ça ne changerait pas grand chose parce qu'à mon avis, des héroïnes spinster, elle a dû en écrire plus de trois...Si on compare avec les Wallflowers (La ronde des saisons) de Lisa Kleypas on sent tout de suite la différence. 

J'aurai pu m'accommoder de ce défaut on est d'accord, je ne suis pas tatillonne à ce point. En revanche, je peux difficilement passer outre l'histoire de Leonie et de Roman. 
Roman Gilchrist, comte de Rochdale, a hérité d'un titre prestigieux mais d'aucune liquidité. Comme tous les aristocrates en manque d'argent, le moyen le plus rapide et le plus sûr de s'en procurer est encore d'épouser une jeune femme bien dotée. Il se trouve que Leonie Charnock a ruiné la carrière de Roman des années auparavant et qu'il se dit qu'à présent elle lui doit bien une dot.
SPOILER ALERT: Non! Non seulement elle ne lui "doit" rien mais en plus, elle n'a pas vraiment ruiné sa réputation. On apprend dans le roman que Leonie a été violée aux Indes par un autre soldat et qu'en état de légitime défense, elle l'a tué. Roman a décidé de prendre la mort de l'homme à son compte en prétextant une histoire de jalousie entre lui et l'autre soldat. Bien que ce soit extrêmement touchant de voir ce qu'il a fait pour elle, l'homme est vexé qu'elle ne s'occupe pas plus de lui. Elle a été violée...elle ne s'est pas tordu la cheville et tu l'as sauvé, elle a été violée et elle a tué son agresseur. Leonie avait d'autres priorités que de te congratuler non?
Le comportement de Roman est déjà un problème pour moi. Certes c'était généreux de l'aider mais ça ne lui donne pas le droit d'exiger quoi que ce soit d'elle, sinon ça s'appelle du chantage.

Le personnage de Leonie se construit sur ce traumatisme et on comprend qu'elle ne veuille pas épouser Roman ou du moins pas partager son lit. Bien que courageux de la part de l'auteure de lever un tel sujet, on sent que le traitement est bancal. Leonie se montre plutôt froide ce qui est cohérent avec ce qu'elle a vécu cependant par moment on sent que Cathy Maxwell se rappelle être dans une romance et doit créer une attirance entre les héros. La sensualité est complètement absente, c'est froid mais ça cherche à faire monter une tension qui ne prend pas.
On aurait pu s'attendre à un traitement intéressant de leur découverte mutuelle, comme l'a super bien fait Courtney Milan dans A governess affair ou Patricia Briggs dans les Mercy Thompson (je vous les recommande chaudement) mais ce n'est pas de ce niveau. Le sexe avec Roman agit comme un pansement magique et Leonie oublie tout en dix secondes et on n'en reparlera plus jamais ensuite...Quand on bâti un personnage entier sur ce thème, on est en droit d'attendre une résolution plus subtile. Le héros a un pénis magique que voulez-vous...#Facepalm

Une fois cette trame évacuée - allez hop du balais circulez y'a rien à voir - on passe sur un autre problème puisqu'il faut bien assurer la seconde moitié du roman et trouver des obstacles à l'amour entre nos deux héros. Je vous le donne en mille, l'alcoolisme de Leonie. Elle boit depuis son viol pour surmonter les bals et autres moments en public. Là encore ça aurait pu être bon mais tout n'est que prétexte à des disputes entre les héros, Roman n'est pas un vrai soutien, il se contente de lui faire la morale ce que là encore j'ai trouvé déplacé.

En fait ce qui ressort c'est que Leonie elle-même est l'obstacle à la romance et voir toute la négativité incomber à la seule héroïne pour quelque chose dont elle n'est pas responsable à la base, c'est très très dérangeant. Si on récapitule: à la suite de son agression Roman perd son poste dans l'armée, elle ne veut plus être touchée donc Roman galère à la séduire et comme elle boit pour se donner du courage, c'est franchement honteux comme peut-il accepter ça? Vous sentez que tout tourne autour de lui alors que c'est elle la victime?
Vraiment je me répète mais A governess affair est un modèle du genre à mille parsec de ce que Cathy Maxwell nous offre là.

Les héros passent leur temps à se disputer, l'ensemble est froid et malaisant. Les thèmes choisis par l'auteure sont lourds et auraient mérité un traitement beaucoup plus subtil avec notamment un héros plus compréhensif et investi dans le bien-être de l'héroïne.
Leonie et Roman n'ont pas fonctionné pour moi, j'avais hâte d'en finir!

Du coup, je ne sais pas si je tenterai Cathy Maxwell par la suite. Est-ce qu'elle est adepte des héros un peu douchbag ou est-ce une exception? Si jamais vous en avez lu n'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé, en tout cas je vais attendre un peu pour retenter l'expérience!

vendredi 28 septembre 2018

Rebecca Kean tome 3 à 6 - Cassandra O'Donnell

B-

Il y a quelques temps je vous parlais de la série Rebecca Kean de Cassandra O'Donnell. Je vous disais que malgré des défauts parfois horripilants, je m'étais à mes dépends prise au jeu et que j'avais boulotté les deux premiers tomes comme autant de sucreries un·e gamin·e un soir d'Halloween. Encouragée par mon amie Clotilde qui me promettait quatre autres tomes aussi addictifs, j'ai englouti la série complète et j'attends maintenant la suite. 
Je ne trouvais pas pertinent de faire une chronique par tome, aussi je vous propose les tomes 3 à 6 d'un coup, avec un petit commentaire sur chacun et un avis sur l'ensemble de la série: ce que j'ai aimé, ce que je n'aime toujours pas et ce que j'attends pour la suite. 
Je ne vous spolierai pas les intrigues des tomes 3 à 6 si vous ne les avez pas lu, je donne simplement un avis sur la qualité de l'intrigue et les personnages que l'on suit dans ces opus. Toutefois, si vous craignez vraiment de lire quelque chose que vous n'auriez pas dû, je vous conseille de passer directement à mon commentaire global que vous trouverez plus bas. 

Tome 3: Potions macabres 
Résumé de l'éditeur: Avoir une fille en pleine crise d’ado quand on a 27 ans, ce n’est déjà pas de la tarte, mais quand votre adorable progéniture est une jeune vampire en pleine poussée hormonale, ça devient carrément insurmontable. Comme si je n’avais pas assez à faire avec une bande de potioneuses complètement disjonctées qui sèment la pagaille dans toute la région, et la nouvelle guerre qui se profile lentement mais sûrement à l’horizon…

Ce tome trois était vraiment sympa car on approfondit les relations avec le clan des potioneuses. On découvre aussi un peu plus Maurane et c'était assez sympa de voir des liens d'amitiés se créer entre Rebecca et elle, cela fait un personnage féminin de plus que Beth dans un autre clan. 
On tente aussi une incursion chez les démons avec Mark mais j'en reparlerai plus en détail un peu plus tard. 

Tome 4: Ancestral
Résumé de l'éditeur: Histoire de bien commencer la saison, le Mortefilis a décidé d’envahir la Nouvelle-Angleterre. Ça tombe bien, avec la disparition de Raphael, repousser une armée de redoutables vampires était tout ce dont j’avais besoin… Malgré mon inquiétude et une situation plus que critique, je me dois d’organiser la défense de notre territoire. Et croyez-moi, il va falloir la jouer serré !

Je dois dire que cette ouverture de roman était très réussie. C'est le gros point fort de cette série, fédérer les clans autour de Rebecca pour les voir tous en action même si le fait que Raphaël lui ait confié le clan des vampires ne soit sans doute pas l'idée du siècle quand on sait la neutralité que doit afficher l'Assayim. Après cette ouverture en fanfare, Cassandra O'Donnell nous plonge dans l'univers des muteurs. Si dans les premiers opus nous avons découvert les loups-garous, les vampires et les potioneuses, c'est ce quatrième clan et notamment leur chef Aligarh qui est au centre de l'intrigue. Ali est une grande réussite. C'est un personnage complexe et intéressant qu'elle sait bien mettre en scène. Une fois de plus on découvre avec ce clan d'autres règles, d'autres modes de pensée et ce n'est jamais simple dans un univers d'urban fantasy où l'on doit construire une mythologie cohérente. Cassandra O'Donnell s'en sort moins bien que Patricia Brigg et Ilona Andrews mais c'est réussi malgré tout. A partir de ce tome, pas mal d'éléments importants de l'intrigue globale de la série se mettent en place. Plusieurs personnages commencent à prendre une place plus importante, quelques pistes commencent à se former. 

Tome 5: L'Armée des âmes
Résumé de l'éditeur: Ah, les joies de la famille… Les flambées de vampires, les batailles sanglantes, les coups de fouet, les séances de torture ludiques, les joyeux exorcismes… Tous ces petits bonheurs simples me reviennent à l’esprit depuis que Grand-mère et les Vikaris m’ont retrouvée et ont débarqué en ville dans l’intention évidente de me liquider ! Nostalgie, quand tu nous tiens...

Là on rentre dans le vif du sujet. Si les relations entre Rebecca et Raphaël, Bruce et Ali s'épaississent, ce sont à la fois les origines Vikaris de Rebecca mais aussi le clan des chamans qui se retrouvent cette fois dans la ligne de mire de l'auteure.
Elle poursuit sur sa lancée classique: un tome par clan, mais développe parallèlement la trame globale à travers le passé de Rebecca. Si on connaissait les raisons qui l'ont poussée à quitter la France et son clan, on comprend à présent d'où vient Rebecca, comment elle a été élevée et surtout par qui. Les Vikaris, à commencer par la grand-mère de Rebecca, sont très bien campées. On dirait de vieilles mamies mais façon arsenic et vieilles dentelles. Je ne recommande pas de s'approcher de trop près de ces sorcières là. 
Parallèlement on est rencontre les chamans grâce à Léo qui est dans un beau pétrin. Une fois de plus, il est évident que Cassandra O'Donnell a pris du temps pour penser ces chamans qui sont plutôt absents en règle générale de l'urban fantasy. J'ai bien aimé cet univers, très secret et pas du tout commun. A la fin de ce tome on a passé du temps dans tous les clans et on commence à avoir une bonne idée de ce qu'est Rebecca pour les Vikaris. Cela devient évident que le tome 5 est le dernier des tomes "classiques" de la série et qu'à partir de maintenant, l'intrigue va se resserrer. 

Tome 6: Origines
Résumé de l'éditeur: Un coup de fil en pleine nuit augure rarement d’une bonne nouvelle. Quand c’est pour apprendre qu’un petit rigolo a décidé de faire mumuse avec un sort interdit depuis des lustres, je commence à perdre mon sens de l’humour. Et si, en plus, cette démonstration vise à éliminer un à un les chefs de clan officiant sur mon territoire, autant vous dire que je vois carrément rouge !
Avec tout cela, on voudrait que j’exerce avec un peu plus de sérieux mon rôle de reine des Vikaris. Pas de doutes, les congés payés, c’est pas pour demain…

Fini la découverte des clans, on commence enfin à aborder l'histoire de Rebecca, ses origines comme le dit le titre et les conséquences sur le Vermont de la bonne entente qu'a créé Rebecca entre les clans ennemis. Autant j'ai aimé le propos de ce tome, les problèmes de Léo qui commencent à apparaître pour dévier sur un spin-off qui j'espère sortira bientôt, les relations de Rebecca avec Baetan et ce que ça veut dire pour la suite, autant je l'ai trouvé trop court, beaucoup trop court. Ce tome 6 c'est un tome charnière et j'ai eu l'impression de survoler des éléments importants. Il y a beaucoup de personnages dans la série et j'aurai aimé qu'ils trouvent tous une place plus naturelle dans ce tome 6. J'attendais beaucoup et je suis au final un peu déçue de tout ce qui reste en suspens, surtout ne sachant pas quand sortira le prochain tome. 

DEBUT DE LA CHRONIQUE GLOBALE

Pour celles et ceux qui ont lu jusqu'ici, merci beaucoup et pour les autres welcome back!
Maintenant que j'ai lu toute la série je suis plus à même de savoir ce qui m'a plu ou non et si Rebecca Kean vaut le coup. 

J'avais déjà pointé les faiblesses de l'écriture - une critique qui revient souvent apparemment pour cette auteure - et il faut avouer qu'à partir du tome 3 elle s'améliore. Je ne sais pas si c'est dû à une meilleure qualité d'édition ou si l'auteure elle-même a mieux travaillé son texte, toujours est-il que les quatre derniers tomes sont beaucoup plus fluides que les deux premiers. 

J'avais également mentionnée que je trouvais pénible que tous les mâles alpha - à l'exception de Gordon -  de la série veulent se faire Rebecca comme si c'était une biche en période de rut...Autant vous prévenir, ça ne s'arrête pas. Tous ou presque créent des liens "particuliers" avec Rebecca et même si on échappe - ou pas ça dépend du point de vue - à des scènes de sexes débridées, Cassandra O'Donnell est plutôt mesurée en vérité, ça devient lassant. Pour avoir lu beaucoup d'urban fantasy, je confirme mon point de vue: une héroïne parfaite dont tout le monde tombe amoureux, c'est un repoussoir. Je ne suis pas une bombasse incroyablement parfaite et me sentir rabaissée par l'héroïne ce n'est pas le meilleur des arguments de lecture. Rebecca est une sorcière d'un clan spécial, elle est extrêmement puissante, elle est belle, elle a un corps de rêve, n'a pas l'air de vieillir et à vingt-sept ans elle a déjà une gamine ado...à quel moment je suis sensée m'identifier? Qui peut s'identifier et cocher toutes ces belles cases de la femme surpuissante, belle et en plus mère jeune et cool? 
Et puis Rebecca n'est pas vraiment modeste. Elle mentionne à plusieurs reprise son "physique de rêve". L'entendre de la bouche des personnages secondaires c'est déjà un peu pénible mais quand elle s'y met ça devient insupportable. Rebecca n'a pas le second degré d'une Charley Davidson qui rend ces affirmations drôles et c'est dommage. 
Alors, on pourrait argumenter aussi que l'auteure a quelque chose en tête avec cette trame de mâles de différents clans qui nouent des liens impossibles avec une sorcière de guerre. Certes. Seulement je persiste à penser que l'auteure aurait pu lui faire créer des liens sans que tout tourne autour de son pouvoir de séduction parce que les liens créés, ce ne sont pas des liens de clans mais des liens de mâles alpha à femelles Alpha. On peut dire ce qu'on veut, de ce point de vue là, Rebecca Kean manque de la finesse d'une Mercy Thompson ou d'une Kate Daniels. 

Pour rester dans le domaine du mâle, quoi de mieux qu'un petit tour d'horizon de ces derniers. Alors, soyons franc·che: je déteste Raphaël. J'ai une aversion générale pour les vampires mais ici ça dépasse même mon dégoût pour Edward Cullen - sans offense pour celles et ceux qui aiment évidemment c'est très personnel. J'aime le mythe ancien du vampire, Dracula, Nosferatu, ceux de Kate Daniels qui ne sont pas beaux, pas gentils, pas sexy. C'est un mythe que je trouve vraiment passionnant à plein de niveaux et j'ai beaucoup de mal avec les détournements actuels, à l'exception des vampires de Gail Carriger - Lord Akeldama est génial - et Stephen de Mercy Thompson. J'aime quand le vampire est un être vraiment effrayant caché éventuellement par un masque de beauté avec tout ce que ça comporte de réflexion sur notre sexualité etc. 
Raphaël, c'est le type de vampire qui se veut magnétique et sexy en mode: Je suis l'ange de la mort bébé agrémenté d'un complexe de supériorité assez énorme. Si vous savez, ce mâle alpha relou: "je suis irresistible chérie, je sais mieux que toi ce qu'il te faut et même que quand tu dis non en fait tu veux dire oui prend-moi sauvagement sur le lave-vaisselle"....Yerk. Un vrai tue-l'amour. Je n'arrive pas à voir la manipulation et le machisme comme sexy. Physiquement non plus Raphaël ce n'est pas ma tasse de thé: un grand tout sec avec des longs cheveux blonds jusque dans le dos et qui trouve être le comble du chic de se présenter en kimono d'apparat alors qu'il n'est même pas japonais. Je ne me lancerai pas sur l'appropriation culturelle et en quoi c'est extrêmement malaisant de voir la culture japonaise pillée par un vampire européen parce que ça serait trop long mais bref: après 6 volumes Raphaël est toujours un énorme NON pour moi et je regrette qu'il soit toujours le love interest de Rebecca. 

Parmi les autres mâles qui gravitent autour de Rebecca on retrouve Bruce, le loup-garou des steppes au lourd passé. J'adore Bruce, c'est typiquement le genre de personnage que j'aime - c'est un muteur pas de surprise là dessus - il est sexy en diable et pour le coup sans jouer la carte du "tu m'appartiens, si tu me quittes j'éventre ta fille et je la pends par les tripes façon Hannibal Lecter. Tu m'aimes hein?". Bruce c'est le loup-garou protecteur, celui qui devient tout mou et vulnérable dans son petit coeur malgré ses muscles et ses crocs. Je suis assez frustrée du développement qu'elle donne au personnage qui passe quand même pas mal de temps absent des intrigues principales. La preuve selon moi qu'il y a trop de mâles amoureux dans l'entourage de Rebecca et que Cassandra O'Donnell ne sait pas trop quoi en faire. C'est vraiment une déception parce qu'on sent qu'elle a une idée sur le personnage de Bruce mais ce n'est pas abouti. 
Parmi les autres muteurs on découvre Aligarh dit Ali, le chef des muteurs du Vermont. J'ai eu l'impression qu'il remplaçait Bruce par moment à la façon dont ils sont interchangeables. J'aime bien Ali, il est aussi alpha mais sans les défauts de Raphaël. Il est solide et secret, n'hésite pas à taquiner Rebecca mais assure toujours ses arrières comme Gordon, le chef des loups-garous. 
Je suis assez frustrée par Ali et Bruce parce que je les préfère largement à Raphaël et j'aurai préféré que Rebecca choisisse l'un deux plutôt que le vampire. J'espère que pour la suite les relations entre ces personnages va évoluer. 

Pour conclure la série sur les mâles, il faut parler de Mark. Mark est un vrai gâchis. Il était très intéressant dans le tome un, charismatique, mystérieux et à partir du tome deux, le personnage part en sucette. Pour moi ça a toujours à voir avec le trop grand nombre de personnages masculins à gérer: Mark, Bruce, Ali et Raphaël. Si Bruce passe une grande partie de la série absent, ça lui laisse encore trop d'hommes dans les pattes de Rebecca. La seule chose qui distingue Mark des autres c'est qu'elle en fait un méchant - impossible d'éprouver la moindre sympathie pour le personnage - alors que les liens qui l'unissent à Rebecca sont exactement les mêmes que les autres mâles. Je suis très insatisfaite de son traitement, j'ai vraiment eu l'impression que c'était bâclé pour pouvoir s'en débarrasser le plus vite possible parce qu'il encombrait. J'aurai aimé plus de subtilité dans son traitement sans doute. 
J'ai l'air de beaucoup râler mais c'est simplement parce qu'aurait voulu voir plus Ali et Bruce. On ne voit jamais assez les personnages que l'on préfère n'est-ce pas?  

Détail réjouissant de la série, c'est l'ampleur que prend Léonora la fille de Rebecca qui a l'air de suivre le même chemin que sa mère. Non seulement elle est atypique mais en plus elle promet niveau magie et histoire de coeur. Je ne suis pas étonnée qu'on parle d'une rumeur d'un spin-off la concernant, cela pourrait être passionnant. 

Si le premier tome est un tome de présentation de l'univers, les tomes 2 à 5 se concentrent chacun sur un clan précis: vampires, potioneuses, muteurs et chamanes, les loups-garous parcourant tous les tomes. C'est une bonne idée car cela permet de rencontrer les clans au fur et à mesure et d'absorber les règles qui les régissent. Malgré tout, ce schéma narratif comporte une faiblesse: la trame globale qui les relie est un peu maigre et c'est sans doute pourquoi le tome six est un peu décevant. On attend beaucoup de ce tome et il est trop rapide pour être satisfaisant et comme il mêle tous les clans, on ne s'attarde vraiment sur rien. 

Je trouve à cette série beaucoup de défaut: une écriture qui manque de raffinement, des personnages pas toujours bien exploités et une héroïne certes sympathique mais beaucoup trop parfaite. Malgré tout, j'ai tout de même lu les six tomes de façon compulsive parce que l'ambiance m'a plu. J'ai aimé l'univers de la série, le Vermont et ses grands espaces, l'humour qui fait mouche aussi et les personnages attachants: Bruce, Ali, Beth, Gordon, Maurane, Léo. Les intrigues sont prenantes, mêlant fantastique et policier et une fois ouvert, ça se boulote facilement.  

En conclusion, Rebecca Kean est une chouette série d'urban fantasy à la française avec un univers relativement original et surtout cohérent, une héroïne que j'aime bien malgré son côté superwoman canon en permanence même quand elle a du sang partout dans les cheveux et une floppée de personnages secondaires vraiment sympa. Cette série c'est un B- pour moi parce que je ne peux m'empêcher de la bouloter comme des pastilles vichy un jour de soupe à l'oignon, et qu'il serait dès lors un peu mesquin de bouder son plaisir, mais qui possède quand même pas mal de défauts qui agaceront sans doute plus d'un·e lecteur·trice. Je n'ai pas lu Anita Blake mais il paraît que Rebecca Kean en a les mêmes atouts et les mêmes défauts. 
Alors si vous avez déjà fait le tour de toutes les bonnes séries d'urban fantasy avec une héroïne, Rebecca Kean devrait être la petite piqure de rappel sympathique à condition de ne pas s'attarder sur certains aspects moins agréables. 

mercredi 26 septembre 2018

Gentlemen prefere heiresses - Scandalous gentleman of St. James #4.5 - Lorraine Heath

B+

Résumé: Lord Andrew Mabry, second fils du duc de Greystone, n'a aucune envie de se marier. En tant qu'héritier en second, il n'a pas l'obligation de produire un héritier et il préfère plutôt passer ses journées et ses nuits à profiter des plaisirs qu'offre le demi-monde. Mais depuis quelques temps, il a pris conscience qu'il est de plus en plus attiré par l'héritière américaine Gina Hammersley et la tentation de jouer à un jeu dangereux avec elle.
Après le mariage de sa scandaleuse soeur aînée avec un marquis, Gina Hammersley devient subitement la petite fille chérie de Londres, envahie par les demandes de visites de prétendants qui lui envoient des fleurs et remplissent sa carte de bal. Malheureusement, le seul qu'elle désire vraiment est justement celui qui refuse de tomber dans les pièges du mariage: Lors Andrew Mabry.
Lorsqu'ils sont découverts dans une situation compromettante, le couple improbable aura le choix entre affronter le scandale ou découvrir si la passion qu'ils ont toujours ressentie est suffisamment forte pour les conduire sur le chemin de l'amour. 

Gentlemen prefer heiresses, est une petite novella qui arrive juste après le tome 4 de la série des Scandalous Gentlemen of St. James, An affair with a notorious heiress. Cette novella conclue apparemment la série puisque Lorraine Heath a débuté une autre série Sin for all seasons dont nous reparlerons prochainement ici. Je n'ai pas lu Scandalous Gentleman of St. James, j'ai commencé par la fin et je dois dire que j'aurai peut-être encore plus apprécié ce tome si j'avais lu celui d'avant car Gentlemen prefer heiresses découle directement de An affair with a notorious heiress. 
Cela dit je ne regrette pas cette lecture parce qu'elle m'a divertie et fait rire ce qui est toujours une bonne chose à prendre et qu'elle m'a donné envie de lire les autres tomes de la série. 

Ce que je retiendrais de ce petit opus c'est beaucoup d'humour et une sensualité assez débridée. Si vous êtes un·e fan de Lorraine Heath vous devez déjà connaître sa capacité à vous mettre des papillons dans le ventre. Ici elle s'en donne à coeur joie et profite du format court pour nous en mettre plein la vue. Si vous n'aimez pas particulièrement les ambiances presque érotiques, je vous conseillerais plutôt de passer votre chemin car Gentlemen prefer heiresses est quand même du côté sexy de la force. 
Je ne veux pas vous spoiler les rebondissements qui sont - à défaut d'être historiquement crédibles - particulièrement savoureux mais je peux vous garantir que je riais toute seule. Il y a quelques situations vraiment très très drôles, ce qui donne une atmosphère à la fois légère et sensuelle à la novella. Si vous être adepte d'Eloisa James par exemple, je pense que vous aimerez retrouver cet humour et ces situations croquignolesques qui vous font glousser dans le métro/train/canapé/lit/toilettes (éventuellement, ne soyons pas sectaire). 

Le couple principal est délicieux. Ils ont de la répartie, sont attachants et pas compliqués. C'est aussi l'avantage de la novella, le côté court rendant l'intrigue beaucoup plus franche et directe là où un roman prend plus de temps pour poser une intrigue complexe. Comme les héros se connaissent déjà grâce au tome précédent, Lorraine Heath n'a pas vraiment besoin de les introduire en détail, que ce soit eux ou leurs relations préalables. Elle se contente d'entrer directement dans le vif du sujet et le rythme est soutenu. On ne s'ennuie pas un seul instant et les pages se tournent à une vitesse incroyable.
C'est aussi sans doute le seul défaut que je lui trouverai pour le coup. Le couple est tellement mignon et la situation globale tellement fun que j'en aurai voulu plus...Cela dit ce serait malvenu de râler, 160 pages je savais que ce serait trop peu pour moi! 

Gentlemen prefer heiresses est pour moi une vraie réussite. 160 pages d'un petit bonbon acidulé au coeur tout chaud qui vous évadera sans problème le temps que durera la lecture. 
J'ai très envie de découvrir les autres volumes de la série dont il est issu. Si jamais vous les avez lu, n'hésitez pas à me donner votre avis! 

lundi 24 septembre 2018

Fated (Destinée) - Alex Verus #1 - Benedict Jacka

A

Résumé (présentation de l'éditrice française): Alex Verus vit à Londres et il est devin. Il peut voir le futur comme un faisceau de probabilités. Pour le commun des mortels, c’est un don impressionnant, mais pour les autres mages, c’est le bas de l’échelle des arts occultes. De toute façon, Alex a tourné le dos à cette confrérie. Trop de rivalités, de secrets, de complots, trop de morts… Sa seule ambition est de mener une existence sans histoires, caché dans sa petite boutique d’accessoires pour magiciens amateurs. Dans l’arrière-salle, il continue à faire un peu de marché noir, c’est risqué mais le commerce des vrais objets magiques lui permet de payer le loyer.
Quand une relique puissante échoue entre ses mains, il se retrouve la proie des forces auxquelles il avait essayé d’échapper, forcé de choisir un camp dans une bataille qui le dépasse.
Voir le futur n’est pas toujours drôle, surtout quand le sien semble à ce point compromis.

Je débarque un peu tard avec mon Alex Verus car celles et ceux qui aiment l'urban fantasy doivent déjà avoir entendu parler ou même lu cette série britannique. Sortie en 2012, elle compte neuf tomes, le dernier est sorti en juillet 2018 et le dixième est prévu pour juin de l'année prochaine. Anne Carrière a décidé de les traduire en français et c'est - à mon humble avis - une excellente initiative. 

Alex Verus c'est le genre de personnage qu'on apprécie dès la première ligne. Déjà, parce qu'il est systématiquement dans les emmerdes et parce qu'on sent que c'est un gentil, qui aimerait bien rester dans son coin tranquille mais que malheureusement le destin en a décidé autrement. C'est un peu comme Dresden de Jim Butcher où de façon constante la situation se retourne contre lui. 
L'histoire prend place à Londres et si vous connaissez un peu la ville, c'est agréable de se promener dans ces rues. Londres est moins présente que dans les Ben Aaronovitch mais c'est malgré tout un décor bien planté. 

L'univers n'est pas le plus original que j'ai pu lire en urban fantasy malgré tout cela n'est pas du tout un aspect négatif parce que Benedict Jacka arrive à donner une vraie patte à l'environnement qu'il décrit, ce qui compense l'originalité qui serait obligatoire. La magie n'est pas révolutionnaire, les créatures non plus - on reste dans un folklore latin-grec dans ce premier tome - mais sa façon de concevoir la magie, elle, est assez intéressante. Vous avez d'un côté les mages de Lumière et de l'autre les mages de L'ombre mais il ne faudrait pas croire qu'il s'agit d'une opposition manichéenne gentils-méchants. Il apparait très vite qu'il y a des pourris des deux côtés de la ligne. C'est plutôt la conception de la magie qu'ont ses deux clans qui les rend passionnants. 
On apprend assez vite d'ailleurs qu'Alex a été formé par un mage de L'ombre et que cette formation ne s'est pas très bien déroulée. Le lourd passé d'Alex est une curiosité que j'ai hâte de démêler. 

Autre point extrêmement plaisant: les pouvoirs d'Alex. Dans cet univers, les dons d'Alex sont considérés par les autres membres de la communauté magique comme le bas de l'échelle. J'aime bien cette idée d'avoir un héros qui ne soit pas surpuissant, ça le rend plus attachant, un peu comme Peter Grant des Ben Aaronovitch qui n'est pas particulièrement doué en magie. Ça donne un petit côté maladroit adorable au personnage. Cependant, à force d'être sous-estimé, Alex y a vu un avantage et s'en sert allègrement. Le futur comme faisceau de probabilité c'est une excellente idée qui fonctionne vraiment très bien dans le roman. 

Autre trait commun à de la bonne urban fantasy, l'humour dans le style. Raconté à la première personne, Alex Verus ne manque pas d'autodérision et le roman sait parfaitement articuler humour et temps plus dramatique.  

Destinée est un excellent premier tome de série. Il met bien l'univers en place, en laissant entrevoir d'autres trames narratives intéressantes - le passé d'Alex, la guerre des mages -  nous introduit des personnages qu'on a envie de revoir - Alex, Arachnée, la petite fée qui n'a pas de mémoire etc. Il possède une histoire complète qui s'ouvre sur d'autres perspectives, de l'humour, des instants plus dramatiques, une belle démonstration de pouvoir. Bref, un premier tome qui se dévore et qui donne envie de poursuivre. Quoi demander d'autre? 

mercredi 31 janvier 2018

Traquée - Rebecca Kean #1 et #2 - Cassandra O'Donnell

Il est un peu tard pour vous souhaiter une bonne année mais tant pis: Bonne années à tous et toutes. Je vous souhaite évidemment plein d'excellentes lectures et surtout des découvertes: un nouveau genre, une nouvelle série, un.e nouvel.lle auteur.ice etc.

Quant à moi, ça ne vous surprendra pas mais je suis versatile au possible. J'avais initialement prévu de vous parler d'une romance que vraiment, vraiment en italique c'est dire, je n'ai pas aimé mais je trouvais que ça manquait un peu de nuance et de positif pour débuter l'année. Je change donc mon Cheshire d'épaule pour vous parler d'une série que je viens juste de découvrir même si elle n'est pas récente.
Noël est une période toujours active en librairie et j'avais besoin de réconfort et quoi de mieux que de discuter avec une amie de toutes ces séries d'Urban fantasy qu'on adore? Après avoir abordé le cas de Mercy Thompson et de Charley Davidson (que je vous recommande et que vous trouverez sur le blog), Clothilde (puisqu'il faut rentre à Cheshire ce qui est à Cheshire) m'a demandé si j'avais lu la série des Rebecca Kean de Cassandra O'Donnell. Comme vous vous en doutez, elle me l'a super bien vendu et quand j'ai réalisé que Cassandra O'Donnell était en fait française, j'étais encore plus curieuse de découvrir Rebecca Kean.
Après la lecture des deux premiers tomes, voila ce que j'ai a en dire.

Présentation de l'éditeur : Nouvelle-Angleterre, Burlington…Pas de délinquance, élue la ville la plus paisible des Etats-Unis, bref, un petit havre de paix pour une sorcière condamnée à mort et bien décidée à vivre discrètement et clandestinement parmi les humains. Malheureusement, en arrivant ici, je me suis vite aperçue que la réalité était tout autre et qu’il y avait plus de démons, de vampires, de loups garous et autres prédateurs que nulle part ailleurs dans ce foutu pays. Mais ça, évidemment, ce n’est pas le genre de renseignements fournis par l’office de tourisme.
Maudit soit-il…

J'adore l'Urban fantasy, le côté surnaturel et adrénaline en même temps ainsi que le mélange de notre univers et de toutes ces créatures imaginaires. Rebecca Kean s'inscrit sans difficulté dans cette lignée très Mercy Thompsonesque où différentes communautés surnaturelles se sont intégrées à notre société et vivent, bien que cachées, complètement en accord avec les humains. Si dans Mercy, le monde surnaturel apparaît peu à peu au grand jour, ce n'est pas du tout le cas du monde de Rebecca qui fait tout pour maintenir le secret, allant même jusqu'à tuer des humains qui pourrait surprendre leur existence.

Puisqu'il faut bien commencer quelque part je vais tenter de vous décrire pourquoi je déteste très très fort certains aspects de cette série et pourquoi j'ai roulé des yeux jusqu'à voir l'arrière de mon crâne.

Je ne suis pas une amatrice de l'écriture à la première personne. Je trouve qu'il s'agit d'un exercice très difficile à maîtriser. Nous avons tous des pensées plus ou moins idiotes ou immatures, des accès de mauvaise foi et j'en passe. Dans Charley Davidson cela passe très bien parce que l'héroïne est très drôle et qu'elle pratique l'auto-dérision. Avec Rebecca, je trouve ça moins finement fait mais ça passe quand même, malgré le fait que j'aurai préféré un texte à la troisième personne qui m'aurait sans doute évité une rééducation oculaire.
Non ce qui m'insupporte au plus au point, et je crois sincèrement que c'est un défaut du genre que l'autrice ne fait que reproduire, c'est le côté super méga bombasse de l'héroïne. Je comprends qu'on veuille avoir des héros et héroïnes désirables, que la plupart des gens, moi largement comprise, ne ressemblent pas à des gravures de mode et que s'imaginer de beaux héros ça nous évade. Cependant, lorsque cela nuit à l'identification c'est, à mon sens, très gênant.

Que ça soit clair, on ne parle pas d'un "simple" triangle amoureux, je ne me mettrais pas dans des états de nerfs pareil pour si peu. On parle bien d'une héroïne tellement belle que tous les mâles du livres, je dis bien tous, le lui disent/veulent se la faire/sont prêt à mourir pour elle. Dans le tome deux, elle partage tellement de liens "impossibles" (selon la mythologie mise en place par l'autrice) avec différents hommes que j'en étais saoulée. Sans blague, deux vampires millénaires sont prêts à faire cramer le monde pour elle, plus un semi-démon, un loup-garou et on rajoute un chef de clan muteur qui veut désespérément se la faire. Elle est belle et puissante je veux bien mais ça fini par être très fatiguant et redondant. Au bout d'un moment on a compris, elle est canon.
Comment voulez-vous que des lectrices lambda puissent s'identifier à une héroïne pareille? Ce n'est peut-être que moi, mais ça me fait toujours me sentir minable, cette impression que finalement je suis pas aussi bien ni aussi badass que cette héroïne. Je n'ai pas du tout ce sentiment là avec Mercy parce qu'elle est plus humaine. Elle est belle mais pas au point non plus d'avoir tous les hommes à ses pieds et ça n'en diminue pas moins sa "badasserie". Idem pour Charley car même si elle est plus "canon" que Mercy on sait que sa sœur est plus belle et au fond l'histoire d'amour se concentre surtout sur Reyes, il n'y a pas une multiplication lassante. Et puis, vous ne serez peut-être pas d'accord, mais je trouve que ça diminue toujours les personnages masculins. Ils sont réduits à leur désir pour Rebecca ou à leur besoin de protection alors que certains sont vraiment très intéressants et mériteraient plus de développement et de profondeur que j'espère voir apparaitre dans les prochains tomes. Là, elle les attire comme des aimants et leur cerveau fond dans le processus.
Je m'attends à tout pour le tome 3 parce que là on est quand même aux portes d'une guerre juste pour ses fesses.

Le pendant à cette situation, c'est que bien évidemment, tous ces hommes en questions sont à tomber. Pas juste mignons on est d'accord mais bien divins ce que l'autrice ne manque pas de répéter ad nauseam. C'est là que réside le défaut de la première personne. Lire une fois que Raphael a la perfection d'un dieu grec passe encore, même si j'avoue, j'ai roulé des yeux, mais le lire souvent, durant deux tomes, je n'en pouvais plus.

On ne va pas jouer les hypocrites. Si vous me connaissez, vous savez que je ne rechigne jamais contre un ou plusieurs beaux mâles dans un roman. Mon vrai problème dans Rebecca Kean c'est la multiplication de ces beaux mâles. Je sais bien que les loup-garou sont forts et les vampires magnétiques mais un tout petit peu de normalité ça ne pourrait pas nuire. C'est ce qui différencie les tropes des clichés et ici on tend malheureusement plus dans le cliché. Et puis la féministe en moi s'arrache les cheveux devant tous ces alpha protecteurs qui la considèrent comme leur propriété. Cela dit, cela agace aussi beaucoup Rebecca! 

Dernier point mais non négligeable à mes yeux, les représentations raciales et LGBT. Ce sont deux sujets sur lesquels j'ai beaucoup réfléchi ces derniers mois, notamment grâce à Clothilde et je fais dorénavant bien plus attention à ces représentations et à leur traitement et cela va aussi devenir un de mes critères de réflexion parce que tant que les romans seront 100% blancs et hétéronormés, je pense qu'on passera à côté de notre société, surtout pour un genre qui se passe dans un milieu urbain multiculturel (on est bien d'accord que je ne parlerais pas du sujet de la même manière sur un roman histoire qui se passerait dans le Berry en 1750...). Niveau représentation raciale, on est bien loin de Mercy Thompson mais on sent un effort louable. Niveau LGBT en revanche c'est un peu la catastrophe et j'espère que l'autrice va s'améliorer dans la suite.

Voila, ces exagération me font m'arracher les cheveux et me gâchent un peu les intrigues principales mais...Mais en vrai j'aime bien...

C'est le paradoxe de cette série: je crise, je roule des yeux et il y a pleins de détails qui m'agacent mais...j'adore quand même. J'ai lu le tome 2 en 48 heures et j'ai très envie de découvrir la suite. Les intrigues principales sont très prenantes et j'aime beaucoup l'univers que construit Cassandra O'Donnell.

Elle arrive à développer un monde cohérent et personnel en s'inspirant du genre de l'Urban fantasy. On est tout de suite bien dans cette petite communauté et on comprend très vite comment elle s'organise. J'aime bien aussi l'histoire que l'autrice met en place. L'ancienne guerre entre les clans, le traité de paix et les Directum. Le fait que ça se passe dans le Vermont me plait beaucoup aussi, ça change de New York ou de Londres. Le côté plus intimiste d'une petite ville donne l'impression d'être dans un cocon, un endroit familier.

J'ai beau râlé sur le physique de

s personnages mais il faut admettre qu'ils sont rudement attachants. Beth, Leo, Gordon, Aligargh et même Rebecca, je les aime bien. Ils ne sont pas parfaits (hormis le physique) et c'est ce qui les rend sympathiques. On aimerait bien passer du temps avec eux. Bref je les aime tous - ne me parlez pas de Bruce, je ne pourrais plus m'arrêter - sauf les vampires (débarrassez moi de Michael et Raphael please!) et Mark (qui est personnage gâché d'ailleurs mais on ne va pas charger la mule non plus). 

Donc voila, je suis consciente des défauts de la série mais malgré tout...et bien j'aime beaucoup et je compte lire la suite. C'est exactement le genre d'univers que j'aime, c'est souvent très drôle, les intrigues sont bonnes et c'est carrément addictif. Je continuerai sans doute à rouler des yeux et à soupirer mais malgré tout Rebecca Kean c'est cool.

Allez on va oublier la rationalité, je retourne dans mon canapé, j'ai le tome 3 qui m'attends.

mardi 20 mai 2014

Le grand hôtel Babylon - Arnold Bennett


BIJOU VINTAGE

Présentation de l'éditeur: La fille du magnat américain Theodore Racksole veut un steak et une bière, mais un palace d’un si haut standing que le Grand hôtel Babylon ne saurait s’abaisser à des mets aussi vulgaires. Qu’à cela ne tienne : Racksole rachète donc l’hôtel.
Mais le milliardaire ne s’attendait pas à ce que la gestion hôtelière soit semée de tant d’embûches : la réceptionniste disparaît, le maître d’hôtel démissionne, un jeune diplomate est trouvé mort et son corps est subtilisé. Et que devient donc le prince Eugène, qui devait descendre au Grand hôtel Babylon et dont personne n’a de nouvelles ? Les énigmes s’accumulent et des machinations internationales semblent s’ourdir dans les corridors chics du palace.

Si vous ne connaissez pas Les moutons électriques - non nous ne parlons pas de ceux de Dick quoique...- je vous encourage vivement à mettre vos jolis nez dessus parce que cette maison d'édition publie des pépites. Plutôt à vocation littératures de l'imaginaire comme son nom l'indique, elle a aussi l'intelligence de ressortir des titres oubliés depuis longtemps. C'est grâce à eux que l'on doit la republication du Prisonnier de Zenda dans la collection Rayon vert - collection de classiques de la littérature populaire - ou encore Gagner la guerre de Jaworski dans la collection voltaïque que je vous recommande chaudement.

La grand hôtel Babylon d'Arnold Bennett, publié dans la collection Rayon vert, est un classique de la littérature britannique. Sorti en 1902, il s'agit sans doute du roman le plus connu de l'auteur, mort en 1931. Jamais traduit, il sort enfin en français pour notre plus grand plaisir.

Si je devais qualifier ce roman je ne pourrais faire autrement que de dire "britannique". Pour tous les amoureux de l'Angleterre, ce roman est absolument dans la veine des récits qui savent nous rappeler cette douce Albion. On y retrouve cet humour pince-sans-rire qui sait tant séduire de nombreux lecteurs allié à de nombreux rebondissements qui vous entraînent dans leurs sillages. 

Il y a tout dans ce grand hôtel Babylon, une histoire d'hôtel comme on les aime, déjà, mais aussi une romance, des princes et des Altesses royales, un meurtre, une subtilisation de cadavre, des kidnappings, des menaces au pistolet, des serveurs et des réceptionnistes indélicats et un directeur d'hôtel qui commence à tourner chèvre! Autant dire que le programme des réjouissances est plutôt sympathique. 

Ajoutez à cela un personnage principal intéressant avec qui je me suis tout de suite entendue - oui je m'entends bien avec les personnages imaginaires moi. Racksole est un milliardaire américain mais assez dénué des clichés que l'on pourrait attendre dans un roman paru en 1902. Certes, il achète l'hôtel parce que sa fille veut manger un steak et boire une bière et parce que ça le changera des chemins de fer, mais il est foncièrement bon et ne fait pas n'importe quoi avec son argent. D'un autre côté, ce n'est pas un business man de folie toujours prêt à faire d'énormes profits. Il est assez lucide sur son argent, lorsque l'on met 1 millions de dollars à la banque, ça fait vite 2 millions en intérêts divers mais on ne le sent jamais âpre au gain. il est dynamique, soucieux de la qualité de ce qui l'entreprend et il adore sa fille sans toutefois la pourrir. Il ressemble un peu au père dans Le train bleu d'Agatha Christie mais en mieux, plus moral. 
Quant à sa fille, elle a un peu le côté gâté de Ruth - toujours du train bleu - mais là aussi, en mieux. Elle est certes une américaine, habituée à obtenir ce qu'elle veut mais elle n'en fait jamais trop non plus. Elle n'est donc jamais désagréable ou pédante. Elle sait ce qu'elle veut mais dans les limites du raisonnable. Là encore, il s'en sort bien.
J'ai moins accroché avec les princes que je trouve un peu trop fades à mon goût mais il faut admettre que Racksole prend pas mal de place. Quant aux méchants, ils sont à l'ancienne: machiavéliques et classes.

Je me suis embarquée dans cette lecture avec beaucoup de plaisir. Les rebondissements entraînent le lecteur dans des péripéties sympathiques qui vous feront passer un excellent moment. Un classique à redécouvrir sans modération.

lundi 9 décembre 2013

The Last Camel died at noon - Amelia Peabody #6 - Elizabeth Peters


Présentation de l'éditeur: Quelle mouche a donc bien pu piquer la pétulante Amelia Peabody pour qu'elle s'engage, au mépris de toute prudence, au coeur du Soudan révolté, sur les traces du jeune vicomte Blacktower dont on est sans nouvelles depuis des années ? La voici, en tout cas, perdue au milieu des sables, sous un soleil d'enfer, avec son intrépide compagnon Emerson et leur génial rejeton Ramsès. Aucune oasis en vue, pas le moindre signe de vie, à l'infini un vallonnement de dunes aveuglantes... et leur dernier chameau qui vient de rendre son dernier souffle. Pourtant l'énigmatique message griffonné sur un fragment de papyrus par le jeune disparu ne laisse planer aucun doute sur l'existence d'une cité fabuleuse enfouie au fond des sables - une cité qui a traversé les millénaires, et dont n'oserait rêver aucun archéologue. Au prix de quels périls Amelia et les siens parviendront-ils à s'en approcher ? Quelles épreuves les attendent au terme de cette découverte ?

Pour suivre toute la saga des Peabody et Emerson, suivez Cheshire. 

C'est vrai qu'il est dur d'arriver à se renouveler lorsque l'on écrit une série comme celle des Peabody et Emerson.  C'est également le cas pour la série Charlotte and Thomas Pitt d'Anne Perry. Eviter de les lire à la suite et de les consommer comme des macarons peut déjà aider à garder intact l'envie et la fraîcheur d'une série. Cependant, il arrive parfois qu'au milieu de livres doudous se cache un ugly duckling. 

J'ai le regret d'avouer que Le secret d'Amon-Râ est une déception dans cette série que j'adore. Pourtant tout commençait très bien. Le premier chapitre nous plonge directement dans l'histoire, à un point déjà bien avancé du récit, ce qui ne manque pas de soulever d'emblée de nombreuses questions: qu'est-ce que Ramsès, Peabody, Emerson et Kemitt font en plein milieu du désert soudanais avec un chameau mort et plus d'eau? Qui est Kemitt? Non mais sans déconner, qu'est-ce qu'ils font là? Le début est suffisamment attractif pour avoir envie de découvrir la suite et l'humour du couple Peabody-Emerson est bien là. 
"Le capitaine se révéla être une vieille connaissance d'Emerson. Bon nombre des habitants de Nubie se révélèrent être de vieilles connaissances d'Emerson."
"En fait, Ramsès s'est grandement bonifié au cours de ces dernières années. (Ou alors je me suis habituées à lui. On dit qu'on peut s'habituer à tout.)"
"J'aurai pu lui faire remarquer qu'il était impossible de surveiller Ramsès en "l'ayant à l'oeil". La tâche exigeait une attention totale des deux yeux et une main ferme au collet."
Cependant l'ensemble se gâte très vite pour une simple bonne raison: le roman est trop long et manque de rythme. 

L'intérêt de Peabody et Emerson réside plus à sens dans ses personnages principaux que dans ses intrigues. On sait très bien généralement où va nous mener Elizabeth Peters. Cependant, elle le fait toujours en se moquant de Peabody et d'Emerson si bien que le côté prévisible de la plupart des intrigues n'est pas franchement gênant. Il ne s'agit pas d'un Agatha Christie où le clou du roman consiste à suivre les déductions de Poirot ou de Marple jusqu'à la désignation du coupable. Généralement, on sent - parfois même avant Peabody - qui a agit comment et pourquoi. 
Je ne sais pas vous mais j'adore retrouver ce schéma où Peabody suspecte un acte criminel quelconque, si possible impliquant un amour impossible entre deux jeunes gens, Emerson rejetant alors toute idée de crime avant de se lancer joyeusement dans une compétition avec sa femme sur "qui va trouver le meurtrier/criminel le premier". C'est une constante qui revient à chaque volume et qu'Elizabeth Peters sait en général très bien intercaler avec le mystère ambiant. Seulement ici ni l'intrigue, ni finalement la "compétition d'idée" entre Emerson et Peabody n'ont véritablement d'intérêt et l'intrigue, assez faible, n'est jamais vraiment relevée par un couple en forme. 

J'ai apprécié l'intention de l'auteure de se renouveler en apportant un changement profond à sa façon de construire une intrigue. En deux parties, la première se déroulant successivement à Londres puis en Egypte et la seconde dans le pays de Koush au Soudan, le roman renouvelle donc assez bien le type d'intrigue attendue. Malheureusement le suspense est constamment désarmé trop tôt, laissant le lecteur avec des points de détails en guise de fils rouge. 
A côté de ce premier problème il faut admettre que le roman est beaucoup trop long, ce qui entraîne inévitablement des répétitions et un soucis de rythme flagrant. Il aurait fallu, je pense, abréger la première partie pour développer la seconde puisqu'il semble évident que c'est sur cette dernière qu'Elizabeth Peters comptait faire peser le suspense.
En parlant de cette seconde partie, elle aurait pu être vraiment intéressante si nous n'avions pas le droit souvent  à des demi-rebondissements qui finissent par être lassants. Du coup même les fausses pistes fracassantes ne prennent pas quand après cinq cérémonies sacrificielles, nos héros échappent toujours de justesse à la mort et se demandent "mais où veulent-ils en venir?". Comme je le disais, le suspense est désarmé toujours trop tôt. En reposant le livre on se demande du coup, s'il y avait une intrigue dans ce qu'on vient de lire.

Étant donné que l'on sait que Peabody, Emerson et Ramsès vont s'en sortir, le lecteur ne peut même plus compter sur ce suspense là. Personnellement la seconde partie a été pénible à lire parce que fondamentalement sans vrai rebondissement ni intérêt. Les ficelles sont plutôt grosses et les répétitions lassent.

Tout n'est pas à jeter, cela reste un Peabody-Emerson quand même! Ramsès est égal à lui-même, même si d'un point de vue personnel, on ne le voit pas assez. J'ai déjà dit que j'avais aimé la tentative d'Elizabeth Peters de se renouveler et c'est vrai, même si c'est râté au final. On sent qu'elle réfléchit sur le devenir de sa série et qu'elle ne peut se permettre d'écrire de la même façon d'un tome à l'autre. 

Peabody est toujours aussi pénible drôle et j'adore lire ses multiples descriptions d'Emerson, surtout vêtu à la mode égyptienne (une sorte de kilt, torse nu et les cheveux au vent). On ne pourra pas reprocher à Peters de ne pas mettre en avant la plastique et le charisme de son héros, de même que son amour et ses ardeurs envers sa femme. C'est toujours un aspect qui me plait, cet amour et ce désir que l'on sent émaner des deux personnages. Cela donne lieu à des situations cocasses ou des réflexions que le lecteur ne peut pas oublier.

Si cette lecteur a été au final en demi-teinte je laisse bien volontiers le bénéfice du doute à Elizabeth Peters. Tous les tomes d'une même série ne peuvent pas être bons ni au même niveau et si Le secret d'Amon-Râ est au final une petite rotten apple, il n'empêche que je vais continuer avec plaisir. On me souffle d'ailleurs dans l'oreille que le tome suivant, retour à Amarna, est un petit bijoux! Merci maître Zouda et hâte de retrouver mes héros en meilleure forme!