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vendredi 2 novembre 2018

Jackaby - Jackaby #1 - William Ritter



ABANDON



Présentation de l'éditeur: « Il est souvent difficile pour les autres de saisir la nature de ce don que je suis le seul à avoir. Il me permet de déceler la vérité là où les autres ne voient qu’illusion… Car le monde est une scène et il semblerait que je sois le seul spectateur capable de voir derrière le rideau. »

Abigail Rook, 17 ans, débarque en Amérique. La tête pleine de rêves d’ailleurs, elle espère vivre l’aventure avec un grand A.
Elle fait la connaissance d’un étrange personnage, Jackaby, qui lui offre un emploi. Détective doué de facultés de médium, il est capable de voir les phénomènes surnaturels.
Pour sa première mission, Abigail accompagne son nouveau patron sur les lieux d’un crime particulièrement sanglant. Jackaby soupçonne l’assassin de ne pas être humain, ce que la police refuse de croire. Mais les meurtres s’enchaînent et confirment les soupçons du détective…

Parfois, ça ne veut pas...y a pas à dire, on n'a beau aimer la couverture, le résumé, l'idée globale du roman mais non, ça ne prend pas. Jackaby m'est tombé des mains. 

Dès le début j'ai eu du mal à apprécier l'héroïne. Si on considère l'époque dans laquelle se passe l'intrigue - fin du XIXe siècle - l'âge et la classe sociale de l'héroïne, je ne crois pas un seul instant à l'intrigue de base. Les romans de Y.S. Lee (tome 1 et tome 2) sont beaucoup plus fins et proches de la réalité que le départ de Jackaby.
Malgré tout, c'est un roman pour les 12-13 ans et j'étais prête à faire l'impasse sur ce début un peu bricolé, on ne va pas trop râler que le personnage principal qui s'exprime à la première personne soit une fille, c'est toujours bon à prendre.

Je n'ai pas eu d'empathie particulière pour Abigail. Sa personnalité m'a laissée assez froide ce que je trouve toujours très triste mais ce n'est rien à côté de Jackaby.

Avec ce personnage j'ai eu l'impression de me prendre un bon gros cliché dans la figure. C'est le contre-coup de l'effet Sherlock Holmes de Moffat avec Benedict Cumberbatch. Je ne suis pas la seule à le dire, allez sur Goodreads, vous verrez dans les commentaires que tout le monde compare Jackaby à Benelock...On a une caricature de Sherlock, un gars brillant mais socialement inadaptée, qui est dans sa bulle, ne prend pas le temps d'expliquer aux gens autour ce qu'il fait, comment ça se passe. La seule différence, c'est qu'ici, au lieu d'enquêter sur des crimes "normaux", on se retrouve face à tout un bestiaire merveilleux.
Pourquoi donc est-ce que ça m'agace, parce qu'après tout, j'adore le Sherlock Holmes de Conan Doyle et également celui de Moffat. Tout simplement parce que ça n'a aucune originalité. J'ai l'impression de lire du Doyle en moins bien et on ne peut même pas se rincer les oreilles avec la voix de Cumberbatch (ne me remerciez pas, c'est cadeau). Je retrouve la même frénésie quand c'était la grande mode Dr House où soudainement, on a vu apparaître plein de héros avec une jambe abîmée qui étaient brillants mais extrêmement irritables. Je ne demande pas de l'originalité pure à chaque fois mais là, ça m'a tellement crevé la rétine que ça m'a immédiatement sortie du livre.

Le début est assez insupportable à lire je trouve. On ne comprend pas grand-chose à l'intrigue, aux personnages, on ne comprend pas ce qu'il se passe et j'ai eu la désagréable impression de lire quelque chose de très brouillon, comme si l'auteur voulait nous emmener dans un grand tourbillon pour encore une fois, imiter cette impulsivité que l'on retrouve dans le Sherlock de la BBC. Sauf que pour moi, en roman, ça ne passe pas.

Après plus de cent pages j'ai juste abandonné. Je n'aime pas abandonner des livres mais en tant que libraire, il y a trop à lire et à découvrir pour s'acharner sur un roman qui ne me passionne pas et que je laisse traîner des jours dans mon sac. Quand j'en suis à préférer sortir mon téléphone plutôt qu'un livre pour passer le temps, c'est signe que ce roman n'est pas fait pour moi.

Rassurez-vous les chafouins, je ne vais pas vous laisser en plan comme ça. Cette chronique est assez courte et je me sens dans l'obligation de vous recommander d'autres livres.

Alors, que lire si vous aimez le côté "jeune fille du XIXe siècle qui vit des aventures avec un grand A"? La série The Agency de Y.S. Lee (liens plus haut dans l'article). C'est du policier, pas de magie mais ils sont vraiment très bons. Il y a en a 4 en VO (le dernier est d'ailleurs un poil décevant) mais les trois premiers sont disponibles en français chez Nathan.
Si vous voulez le même décor plus de la magie, alors tournez-vous vers The Dark Days Club (Lady Helen en français chez Gallimard) d'Alison Goodman dont nous reparlerons bientôt. Attention cependant, on est dans une tranche d'âge un peu plus haute, je dirais 14-15 ans.
Enfin, si vous voulez le côté magie, avec de l'humour, de l'action, des personnages adolescents et qui vivent des aventures et résolvent des énigmes, je ne peux que vous conseiller la série LOCKWOOD AND CO de Jonathan Stroud. Je n'ai chroniqué que le tome 1 mais j'ai lu toute la série (cinq tomes) et elle est géniale de bout en bout. A partir de 11 ans pour celles et ceux qui n'ont pas peur des fantômes!

J'espère que je me suis faite pardonner. Bonne lecture et à dimanche! 

vendredi 19 octobre 2018

Gilded cage (Les puissants) - Dark gifts #1 - Vic James


B+


Ignorance bred fear, as Father was fond of saying, and fear bred obedience.

TW: Ce roman parle d'esclavage et de maltraitance même si la violence du récit est modérée et peu graphique. 

Présentation de l'éditeur: Dans le jeu du pouvoir, chacun risque sa vie.
Dans une Angleterre alternative, chacun doit donner 10 ans de sa vie en esclavage.
Seuls quelques privilégiés, les Égaux, riches aristocrates aux pouvoirs surnaturels, restent libres et gouvernent le pays.
Abi, 18 ans, et son frère Luke, 16 ans, voient leur destin bouleversé quand leurs parents décident de partir tous ensemble accomplir leurs jours d’esclavage. Abi devient domestique au service de la puissante famille Jardine. Le somptueux décor dans lequel elle évolue dissimule en réalité de terribles dangers, car chez les Égaux, les luttes de pouvoir sont sans pitié. Et lorsqu’elle tombe amoureuse d’un de ses maîtres, c’est sa vie même qui est en péril…Luke, quant à lui, a été exilé dans la ville industrielle de Millmoor. Dans un environnement brutal et pollué, il s’épuise à la tâche. Cependant, d’autres, comme lui, partagent ses idéaux de liberté. Il découvre alors qu’il existe un pouvoir bien plus grand que la magie : la rébellion.

J'ai chopé ce tome 1 sur les étagères de la librairie. Ma collègue Anna en avait fait rentrer un exemplaire et j'ai été attrapée par la couverture. Après avoir lu le prologue, qui m'a happée immédiatement, j'ai eu envie de lire la suite et je n'ai pas regretté. 

Gilded Cage n'est pas une dystopie ordinaire. On est sans aucun doute dans une dystopie car l'histoire se passe dans une Angleterre alternative où les gens - c'est à dire le commun des mortels qui n'appartient pas à la classe dirigeante et riche - doivent donner dix ans de leur vie en esclavage. Cependant, bien que les thèmes abordés soient propres à la dystopie - esclavage, différences sociales, injustice et rébellion - on trouve également de la magie que semble ne posséder que les puissants, incarné ici à merveille par le plus jeune fille des Jardine, Silyen. Et par ailleurs, on dirait aussi de l'historical fantasy, une ambiance très upstairs dowstairs mélangé à cette bonne vieille ségrégation américaine. 
Le tout mélangé, je comprends que le roman déboussole parfois un peu car il ne penche franchement vers aucun genre et pourtant c'est ce qui m'a plu.

Dans Gilded cage, le monde est donc divisé entre les Equals qui possèdent de la magie (ils sont aussi les Skilled) et les autres. En Angleterre, les Equals sont membres de l'aristocratie et gouvernent le pays. En échange, ils demandent aux gens normaux dix ans de leur vie à travailler gratuitement pour la communauté. On apprend que cette organisation sociétale n'est pas la même dans tous les pays. En France par exemple, les gens normaux se sont rebellés contre les aristocrates doués de magie et les ont massacré dans les rues de Paris (cocorico la Révolution c'est nous). En Chine, les Skilled se sont retirés dans les montagnes et aux Etats-Unis, les états du Nord fonctionnent comme la France, tandis que les états du Sud vivent comme les Anglais. Le fond historique de Gilded cage est vraiment creusé pour coller au maximum à notre propre histoire et donner une version alternative de faits. On apprend que les journées d'esclavage ont commencé en Angleterre en 1642, ce qui correspond au début de la guerre civile. Cela donne vraiment du poids et du corps au récit et j'ai personnellement trouvé tout ce travail de fond très appréciable. Le texte pourrait aussi appartenir à la catégorie assez rare de l'Uchronie de fantasy (pour les amateur·trice·s). 

L'organisation de la société est pensée en profondeur, on sent que l'auteure a réfléchi à son univers et n'a pas jeté de l'esclavage dans l'intrigue juste pour la rendre plus noire. On peut faire ses journées d'esclavage quand on veut de 18 à 55 ans, sachant que plus vous les faites tard, moins de chance vous avez de finir votre vie libre mais que vous aurez passé votre vie comme vous le vouliez ou presque. En revanche, les faire tôt vous accorde des droits et des avantages comme posséder une maison, voyager en dehors de l'Angleterre ou accéder à certaines professions fermées autrement. Le choix de faire ses jours d'esclavage a une vraie importance dans le récit et on comprend que les parents de Luke, Daisy et Abi y aient beaucoup réfléchi. Leur stratégie est loin d'être sans intérêt et couplé avec l'intelligence d'Abi, le plan semblait parfait. En effet, Abi a obtenu pour toutes la famille des places dans la maisonnée des Jardine, les membres les plus puissants des Equals. Ainsi, pendant les dix prochaines années, bien qu'en esclavage, la famille ne sera pas séparée et sera dans un cadre plus "facile" que l'usine ou les champs etc. Parce que oui...qui dit esclavage dit aussi être séparé de ses proches. Imaginez-vous parents d'enfants de 10 à 18 ans l'angoisse que cela peut-être. Malheureusement pour eux, Luke, leur fils de 16 ans est envoyé - contre les règles normalement en vigueur - à Millmoor la cité ouvrière, l'une des plus dures d'Angleterre et ses dix ans risquent de peser bien plus dans la balance.

A partir de là, nous suivons Luke d'un côté qui découvre l'horreur de l'usine et de l'esclavage et Abi de l'autre, dans le monde brillant mais non dénué de danger des Jardine. 

Luke découvre vite l'univers de Millmoor et comme c'est un garçon intelligent, il s'associe rapidement avec les bonnes personnes et notamment un groupe de rebelles dirigés par le Dr. Johnson qui veut ramener la justice en Angleterre et abolir les dix ans d'esclavage. Luke est un personnage très attachant, on a vite beaucoup d'empathie pour lui car séparé de sa famille à tout juste 16 ans et enfermé dans un endroit comme Millmoor, on imagine vite les difficultés que cela engendre. Même si l'univers est difficile, la partie de Luke n'est pas absolument noire et angoissante, elle est même extrêmement dynamique et riche. Les personnages que l'on croise sont attachants et on a envie de savoir si leur plan va fonctionner et comment il va pouvoir échapper à Millmoor. 
La description de l'esclavage est intéressante sans aucun doute. Les esclaves ne sont pas considérés comme des êtres humains et cela entraîne une aspect assez pernicieux, c'est que même les roturiers qui vont un jour faire leur esclavage ou qui l'ont déjà fait, traitent mal les esclaves. Ce n'est pas un univers manichéen, ce ne sont pas les Skilled qui gèrent une usine comme Millmoor mais bien les humains normaux qui aident de ce fait à perpétrer un système violent et inégalitaire. En ça, Gilded cage est tout à fait une dystopie car il interroge notre rapport à notre propre société. 


De l'autre côté, dans le monde des Equals, on suit Abi et l'histoire qu'elle entretient avec Jenner, le second fils des Jardine qui est - pour une raison encore inexpliquée - complètement dépourvu de magie. La romance n'est pas ce qui m'a le plus passionnée. Jenner a certes l'air d'être un gentil garçon mais j'ai peur que la suite du roman n'en fasse quelqu'un d'un peu mou. C'est un entre-deux coincé entre deux personnalités assez fortes que sont Gavar et Silyen. Au final, cette partie de l'intrigue est la moins intéressante et l'auteure aurait pu l'enlever que cela ne m'aurait pas dérangé. 

Ce qui est le plus intéressant dans cette partie, c'est évidemment les Equals eux-même et l'univers de requin dans lequel ils baignent. On suit plusieurs personnages, plusieurs voix et cela donne du corps à cet univers. Il y a Gavar par exemple, le fils aîné de la fratrie, une espèce de grosse brute, débauché, assassin quand il faut mais qui est vraiment attaché à sa fille. Il a l'air assez caricatural au départ mais je soupçonne que le personnage à beaucoup plus de profondeur qu'il n'y parait. J'ai hâte de voir quel chemin il va prendre dans les deux prochains tomes. On suit le père Jardine, un être assez abject, le premier ministre, amoureux depuis toujours d'une femme dans le coma qui n'est pas sans noblesse, une jeune femme de la bonne société, Bouda, ambitieuse, manipulatrice et assez odieuse mais très bien campée néanmoins et bien sûr Silyen, 

Silyen est le plus jeune fils des Jardine et c'est un jeune homme extrêmement intelligent. Particulièrement doué en magie, il m'a fasciné car il a un vrai plan qui je pense va prendre son sens dans les tomes suivants. Silyen est ce genre de personnage dont vous ne savez pas immédiatement s'il est l'antagoniste principal ou un héros. Sincèrement, ses intentions ne sont pas toujours claires dans ce premier tome mais je ne pourrai pas dire avec certitude dans quel camp il va pencher. C'est l'un des aspects du roman qui m'a beaucoup plus, ces personnages un peu flous comme Gavar et Silyen, qui ne sont pas des saints mais qui ont l'air suffisamment profonds pour nous surprendre dans les tomes à venir. On ne sait littéralement pas dans quel camps ils vont finir par pencher. 

Enfin, il faut parler de la petite Daisy, dix ans, benjamine de la fratrie Hadley qui a pour tâche - étonnante - de s'occuper de la fille de Gavar. Daisy, va prendre un poids extrêmement important au fur et à mesure que l'intrigue avance et j'ai été proprement horrifiée par le personnage. Elle est très très dérangeante et je trouve que l'auteure a su très bien exploiter un personnage aussi jeune.

Le roman est assez noir je ne vous le cache pas, sans être illisible non plus par des âmes un peu sensibles. La fin est assez magistrale comme l'était le prologue et le suspense qu'elle crée donne immédiatement envie de plonger dans la suite. 
Je ne l'ai malheureusement pas encore sous la main mais j'espère pouvoir lire le tome 2 et 3 rapidement. 

Si vous avez envie de quelque chose d'un peu différent qui risque de vous sortir de votre zone de confort, alors n'hésitez pas et plongez dans Gilded cage, traduit en français chez Nathan sous le titre Les puissants.

Bonne lecture!

vendredi 2 mars 2018

The Hazel Wood - Melissa Albert

C

Ne t'approche jamais d'Hazel wood...

La jeune Alice de dix-sept ans et sa mère ont passé la plus grande partie de l'enfance d'Alice sur les routes, devançant toujours la troublante malchance qui les poursuit sans relâche. Lorsque la grand-mère d'Alice, l'auteure recluse d'un livre culte de contes de fées très sombre, meurt seule dans sa demeure d'Hazel wood, Alice est sur le point de découvrir jusqu'où la malchance peut aller: sa mère est kidnappée par un étrange individu qui déclare venir de l'Hinterland, le cruel monde surnaturel dans lequel se passe les nouvelles de sa grand-mère. Alice est seulement guidée par le message laissé par sa mère avant de disparaître: "Ne t'approche jamais d'Hazel Wood".

Les contes de fées sont à la mode. Entre les réécritures diverses et variées, de la fantasy young adult à la romance et l'importance d'Alice au pays des merveilles dans l'imaginaire collectif ces dernières années, The Hazel wood est en droite ligne l'héritier de ce mouvement. L'ambiance un peu lourde, ces contes de fées très noirs avec la présence menaçante de l'Hinterland et d'Hazel Wood donne un vrai cachet à l'histoire.

J'ai toujours beaucoup aimé les contes de fées. Petite, j'en écoutais tous les jours sur des cassettes audio (oui je ne suis plus toute jeune...) et je connais par cœur plusieurs contes de Grimm, Perrault et Andersen. Les réécritures, les variations et les modulations autour des contes de fée ne me dérange donc pas. Pour preuve, je suis en train de lire Cinder de Marissa Meyer, dont j'espère vous reparler très vite. J'étais donc assez enthousiaste à l'idée de découvrir The Hazel wood, reçu dans ma box Fairyloot. Petite parenthèse, si vous cherchez une super box de livre fantasy young adult (en anglais seulement), je vous conseille fortement Fairyloot, elles sont toujours géniales et les livres sont magnifiques, dédicacés avec parfois des couvertures exclusives.

Si vous vous attendez à un récit à la Alice au pays des merveilles, je vous préviens tout de suite, ce n'est pas le cas. Dans sa grande majorité, le récit est beaucoup plus un roman d'ambiance, avec une trame policière assez prononcée et fantastique légère, tout du moins dans la plus grande partie du roman. Le deux premiers tiers du roman se passe dans le monde réel et c'est indéniablement la partie que j'ai préféré.

L'ambiance, les secrets, la narration m'ont beaucoup fait penser à l'un de mes romans préférés The thirteen tale de Diane Setterfield. Un peu noir, avec des tendances Daphné du Maurier, c'est tout à fait le genre d'ambiance qui me plait.

L'enchainement du récit est aussi passionnant parce qu'on sent assez vite que quelque chose ne va pas, que des secrets et des mystères égrènent la vie d'Alice et de sa mère et l'on croise des personnages particulièrement étranges. J'ai vraiment beaucoup aimé cette partie "policière". J'étais prise par le récit et j'avais envie de lire la suite pour comprendre qui en voulait à Alice et sa mère et quel était le rôle d'Althéa Proserpine et de l'Hinterland dans tout ceci. 

Alice est un personnage intéressant et assez attachant malgré une certaine froideur qui se dégage du personnage. Elle me fait penser un peu à Lyra de la Croisée des mondes. C'est une jeune femme qui a vécu, qui est poursuivie par la malchance et qui se méfie par dessus tout des gens. Harcelée depuis l'enfance par les fans de sa grand-mère, enlevée par quelqu'un qui se disait un ami de cette dernière, on peut facilement comprendre qu'Alice tente de se faire la plus transparente possible.

J'ai également beaucoup aimé Ellery Finch. C'est un jeune homme complexe qui n'est pas sans zone d'ombre. Je trouve ça toujours intéressant lorsque les personnages ont plusieurs facettes, qu'ils ne sont pas ce qu'ils semblent être au final. Cela offre une profondeur bienvenue et Ellery Finch rentre tout à fait dans cette catégorie. Il a un petit charme suranné que l'on rencontre peu dans la littérature young adult et cela fait plaisir à lire.

Alors voila, c'est un fait j'ai beaucoup aimé les deux premiers tiers de ce roman et j'ai été très emballée par cette ambiance mystérieuse, un peu noire et tintée de fantastique. Je me serai bien contentée d'un roman complet dans cette même veine, malheureusement l'autrice en avait décidé autrement.

Je n'ai pas aimé la fin. Très clairement, c'est cette dernière partie qui m'a déplut et fait finir le livre sur une note beaucoup moins enthousiaste qu'au départ. Pour moi, ce dernier tiers gâche un récit qui jusqu'à lors me plaisait beaucoup. A partir du moment où Alice pénètre dans l'Hinterland, j'ai complètement décroché.

Tout d'abord si certains rebondissements dans l'intrigue sont vraiment très bons, j'ai trouvé l'univers extrêmement brouillon. J'ai trouvé que l'Hinterland reste au final très flou malgré de gros efforts pour rendre l'ensemble concret. Étonnamment - je dis étonnamment parce que Carroll a inventé le non-sens - Wonderland est plus concret que l'Hinterland dans mon esprit. Je crois que j'ai surtout été déçue par cet univers après en avoir tant entendu parler. Je m'attendais sans doute à autre chose. Je l'ai trouvé dénué de magie et d'intérêt en fait.

De plus il y a un évènement que je n'ai pas aimé. Il s'agit du traitement d'un personnage que j'ai trouvé raté. L'autrice choisi un traitement doux amer pour ce protagoniste et je pense que j'aurai préféré une résolution beaucoup plus tranchée, dans un sens ou dans l'autre. Je me serai contentée de quelque chose de tragique ou d'un vrai happy end mais cet entre-deux mous ne m'a pas convaincu et je suis restée sur ma faim quant à ce personnage.

Ce côté brouillon et entre-deux se reflète dans la fin du roman. J'ai eu le sentiment que l'autrice ne savait pas trop comment finir qu'elle a hésité entre une fin joyeuse et une fin triste. On a même l'impression à la toute fin qu'elle fait même machine arrière sur des éléments qu'elle a mis en place un peu plus tôt en guise de conclusion.

Au final, je suis ressortis de cette lecture frustrée et déçue parce que je pensais vraiment adorer et que ce ne fut pas le cas. A mon sens c'est dommage parce que j'étais vraiment bien accrochée pendant la plus grande partie de l'histoire et que j'étais prête à tout pour aimer The Hazel wood.

mardi 1 juillet 2014

À ne pas louper à la rentrée: Half-bad de Sally Green (teaser)



Half Bad c'est la bombe que décide de sortir Milan pour la rentrée de Septembre. Le roman de Sally Green fait déjà un carton en Angleterre et aux Etats-Unis et ne manquera pas de faire couler beaucoup d'encre en France. 

Half Bad est le premier volume de la trilogie Half Life. On parle déjà de Sally Green comme de la nouvelle J.K. Rowling etune adaptation cinéma serait déjà prévue!

Présentation de l'éditeur:  
Tu ne sais ni lire ni écrire,
mais tu guéris vite,
pour un sorcier.

Tu ne supportes pas
de rester enfermé une fois 
la nuit tombée.

Tu détestes les sorciers 
blancs, mais tu aimes
Annalise.

Tu es enfermé dans une cage 
depuis tes quatorze ans.

Maintenant tu n'as pas
le choix: tu dois fuir
et retrouver Mercury,
la sorcière noire qui dévore
les petits garçons.

Et tout ça avant ton
dix-septième anniversaire.

Facile....

Pour vous en dire un peu plus: nous sommes dans un univers de Low fantasy où les sorciers, blancs ou noirs, se mêlent à la population des béjaunes - c'est à dire des humains. 

Résumé Milan: Dans l’Angleterre d’aujourd’hui, deux clans de sorciers vivent en secret au côté des humains : les adeptes de la magie blanche et les sorciers noirs. Mais la naissance de Nathan vient bousculer l’équilibre des forces car il est à la fois un sorcier blanc et un sorcier noir. Son père est un des plus puissants et cruels sorciers du monde. Sa mère, adepte de la magie blanche, est morte. A 16 ans, Nathan va recevoir ses pouvoirs comme tous les sorciers. Mais il n’est pas comme tous les sorciers… Son clan va décider de l’enfermer : Nathan est piégé dans une cage, battu et menotté. Les frontières entre le bien et le mal n’ont jamais été aussi floues et menacées.

Si vous pensez assister à une resucée d'Harry Potter, ce serait lourdement se tromper. Certes, l'univers de Half-Bad n'est pas sans rappeler celui bien connu de Hogwards mais ici pas question d'elfes de maison mignon, de bonbons rigolo ou de trains rouge qui emmène les enfants dans un magnifique château perdu près d'un lac. L'univers de Half bad est terriblement sombre mais génialissime avec une réflexion sur le déterminisme et la bonté des uns et des autres.

Vous l'aurez compris, je suis en train de le finir et je suis plus qu'emballée par la noirceur et la lumière qui se dégage de ce roman! Nous avons reçu le livre ficelé! Une présentation géniale qui donnait encore plus envie de le découvrir!
Avant de pouvoir vous en parler plus à fond, on se donne rendez-vous en septembre chez vos libraires et d'ici là....surveillez les cages!

mercredi 12 mars 2014

La malédiction Grimm - Polly Shulman

COUP DE CŒUR DE PERSÉPHONE



Présentation de l'éditeur: Elizabeth  s’ennuie au lycée. Sur les conseils de son professeur préféré, elle se présente pour un emploi de bibliothécaire. Après un entretien étrange, la voilà engagée. Or, elle s’aperçoit que le Dépôt n’est pas une bibliothèque ordinaire : aucun livre à l’horizon, uniquement des objets Mais surtout plane un mystère autour d’une collection située au sous-sol : la mystérieuse Collection Grimm. Elle abrite des objets de contes de fées,  comme les bottes de sept lieues ou le miroir magique de la belle-mère de Blanche-Neige…

Des contes de fées! Et des bons! Après la grosse déception que fut La belle et la bête de Gans, j'avais besoin de retrouver un peu de cette magie frôlant parfois l'absurde qui émane des contes de fées populaires, que ce soit ceux de Perrault ou ceux des Grimm. Je dois admettre que la couverture m'a tout d'abord attiré l’œil, je l'ai trouvé très belle dans son genre foutoir. Heureusement, la quatrième de couverture annonçait une intrigue originale et je n'ai pas été déçue une seule seconde par ce que j'ai découvert en soulevant la couverture.

Elizabeth est une héroïne qui n'est pas sans rappeler Cendrillon. En effet, sa maman chérie, celle qui lui lisait les contes de fée lorsqu'elle était enfant, est morte et son père - ce père si aimant - s'est remarié avec une femme ayant deux filles. Comme le conte bien nommé, les deux demi-sœurs sont affreuses, la belle-mère n'aime pas sa belle-fille et lui fait faire les corvées ménagères et le père sonne aux abonnés absents. Comble du malheur pour notre héroïne, pour payer les frais de scolarité des deux demi-sœurs, Elizabeth doit quitter son chic lycée privé et ses amis, pour intégrer le lycée public où elle demeure terriblement seule.
Pas d'inquiétude! Les similitudes avec Cendrillon s'arrêtent là. Polly Shulman sait rester subtile et c'est en brossant légèrement un portrait inspiré du conte, qu'elle nous offre une héroïne imparfaite et touchante. Bon démarrage donc...

Elizabeth a un grand cœur, elle n'hésite pas à donner ses tennis de sport à une SDF, est gentille et courageuse, passionnée par les contes de Grimm et surtout parfaitement normale. Ce n'est pas une super belle fille ou supra intelligente. Elle est un peu comme nous toute et j'apprécie de plus en plus le fait de pouvoir m'identifier facilement à un personnage principal. C'est sans doute idiot mais particulièrement dans un roman ado/young adult je rentre plus vite dans l'histoire.
Elizabeth est aussi entourée d'amis très différents : Marc Merrit, le beau gosse basketteur et star du lycée, un brin menteur mais qui a bon fond et son petit frère Andrea, Anjali la magnifique magasinière indienne et sa petite sœur Jaya, un brin sorcière sur les bords en plus d'être fouineuse mais marrante et Aaron Rosendron, le magasinier tatillon anti-Marc Merritt et amoureux d'Anjali. On trouve aussi le Dr Rust, sorte de Merlin de bibliothèque, Mrs Callenders qui appelle tout le monde "mon chou" et le Professeur Mauskopf qui a su repérer le vrai talent d'Elizabeth. J'ai beaucoup aimé toute cette petite bande, c'était vraiment sympa de suivre leurs aventures. Il y en a pour tous les goûts entre Marc qui est doué au baskett, Anjali douée en informatique et Aaron qui a du flair bien qu'il soit particulièrement agaçant pendant un long moment du roman. Si j'adore Elizabeth, c'est finalement Aaron qui reste le personnage que j'ai préféré, celui qu'on apprend le plus à connaître et que j'ai hâte de retrouver puisqu'il est le spécialiste du Leg Wells sur la science-fiction.

En plus de bons personnages, l'histoire est tout à fait originale. La malédiction Grimm n'est pas qu'une simple réécriture de conte comme c'est la mode en ce moment. Polly Shullman ne s'attarde pas sur les personnages de contes de fée mais bien sur ce qui fait toute leur singularité: les objets magiques. Qui n'a jamais rêvé d'utiliser les bottes de sept lieues ou le miroir de la belle-mère de Blanche-neige? C'est chose faite dans la Malédiction Grimm avec en prime une caution à déposer sous forme de morceaux de soi. Autre originalité, chaque personnage est capable de voir ou de ressentir la magie d'une façon qui lui est propre. Alors qu'Elizabeth sent littéralement la magie, Aaron la voit, Marc doit la toucher et Anjali l'entend. J'ai vraiment adoré toute cette partie de l'intrigue où on se laisse embarquer sans hésiter. C'est vraiment original et agréable de voir que l'on peut se renouveler avec des contes vieux de plusieurs siècles.

Le mélange de la magie et du monde "réel" se fait sans heurt ni explication confuse. Elle est là, elle est connue d'un petit nombre et c'est tout. Point de départ simple mais toujours efficace, l'auteure ne s'attarde jamais à nous décrypter son univers. On y rentre avec Elizabeth, on apprend et on doute de la sincérité de l'un ou l'autre des personnages tout en étant parfaitement à l'aise.

Les relations entre les personnages sont également intéressantes et finement menées. Mr Maukorpf fait figure de père sans pour autant jouer au père suppléant, se contentant de surveiller Elizabeth de loin, le Dr Rust dans son rôle de Merlin un peu distrait ouvre aux adolescents un monde nouveau et enchanteur tandis que les histoires d'amour et d'amitié entre nos quatre ados sont bien maîtrisées. Sans que cela soit surprenant au possible - avec un peu de flair on se doute de ce qui va arriver - j'ai trouvé leurs histoires croisées mignonnes et crédibles. J'ai aussi beaucoup aimé la diversité ethnique des personnages, souvent peu utilisée en littérature pour ado. Anjali est indienne, Marc est métisse alors qu'Aaron fait figure de prince de conte de fée européen avec ses cheveux noirs et sa fossette au menton. Un petit groupe hétérogène ou filles et garçons ont besoin les uns des autres.

Vous l'aurez compris, j'ai dévoré ce roman avec délectation. Une utilisation intelligente des contes de fées - dont l'un de mes préférés Jorinde et Joringel - des personnages sympathiques, une immersion totale...j'attends la suite: The Wells Legacy. J'ai hâte de découvrir comment Polly Shulman va s'attaquer à la science-fiction.

lundi 16 septembre 2013

L'alchimiste des ombres - Les Lames du Cardinal #2 - Pierre Pevel


SERIE COUP DE COEUR

Présentation de l'éditeur: Paris, 1633. Les dragons menacent le royaume. Surgis de la nuit des temps, ils sont avides de pouvoir et décidés à restaurer leur règne absolu. Usant de sorcellerie, ils ont pris apparence humaine et créé une puissante société secrète, la Griffe noire, qui conspire déjà dans les plus grandes cours d'Europe. Pour déjouer leurs sinistres complots, Richelieu a reformé son unité d'élite, une compagnie clandestine d'aventuriers et de duellistes rivalisant de courage, d'élégance et d'astuce. Six hommes et une femme aux talents exceptionnels prêts à braver tous les dangers et à risquer leur vie pour la Couronne : les Lames du Cardinal. Mais alors qu'ils ont rendez-vous, par une nuit d'orage, avec une espionne italienne aussi belle que dangereuse qui prétend détenir les clés d'un complot à venir, ils sont loin d'imaginer l'ampleur de la tragédie qui va s'abattre sur la France et les obliger à affronter leur plus terrible adversaire : l'Alchimiste des ombres...

Il y a quelques temps je vous parlais du tome 1 des Lames du Cardinal de Pierre Pevel. Ma procrastination aidant, je ne vous parle de la suite que maintenant alors que j'ai fini de lire ma trilogie quasiment au moment où j'écrivais ma première chronique. Aucun rapport avec mon avis sur le roman cela dit, juste une bonne vieille procrastination. 
Même si la surprise du premier tome a disparu, L'Alchismiste des ombres se place dans la droite ligne du premier tome des Lames et concrètement, j'y ai retrouvé tout ce que j'avais apprécié dans celui-ci. 

Bien que nous connaissions davantage les personnages, certains mystères s'épaississent à leur sujet - pourquoi Agnès n'a-t-elle pas fini son noviciat? Comment Leprat a-t-il attrapé la rance? Quels secrets cache le capitaine? Qui est vraiment Saint-Lucq? - tandis que d'autres trouvent leurs réponses comme ce qui s'est réellement passé à La Rochelle lors du siège raté. L'auteur distille les informations tout au long des trois tomes ce qui permet une approche en profondeur des personnages, de leur histoire et de leur psychologie, bien mieux que ce qu'il aurait pu faire en une fois. On dépasse alors le côté stéréotypé des personnages pour comprendre ces individus et voir au-delà du masque. On comprend mieux ce qui agite Agnès, ses peurs et ses espoirs. Leprat également, qui balance toujours entre sa casaque bleue des mousquetaires et l'habit des lames. Le taquin Marciac, le silencieux espagnol, le fidèle Ball, le profond Arnaud de Laincourt et le mystérieux Saint-Lucq complètent, aux côtés du Capitaine La Fargue, les Lames et leur mystère. 

Ce second tome prolonge l'intrigue du premier en s'appesantissant néanmoins plus sur les intrigues de cour que sur l'action proprement dite. Certes, nos amis rencontrent de temps à autre dragons et autres dracqs mais entre l'italienne espionne mercenaire qui cherche à se mettre sous la protection de Richelieu et les intrigues à la cour de Louis XIII qui implique Anne d'Autriche et la duchesse de Chevreuse, nous sommes plongés dans un monde plus politique. C'est l'une des grandes qualités de cette série, la manipulation habile de l'action et de l'Histoire, cette jonglerie entre notre Histoire et l'uchronie que Pierre Pevel met en place. Pour les lecteurs qui connaissent la cour de Louis XIII ou plus généralement le XVIIe siècle, c'est toujours un régal de voir comment il modifie l'Histoire et sa façon de croquer les personnages célèbres. La duchesse de Chevreuse est de ce point de vue là une véritable réussite. Indéniablement, Pierre Pevel a su comprendre la femme ambitieuse qu'elle était tout en montrant une de ses jolies facettes, son attachement profond et sincère à la reine qui n'avait d'égal que son mépris pour le roi. J'ai trouvé sa caractérisation très juste. 

L'écriture reste un régal. Léchée, elle affecte une caractéristique XVIIe siècle sans jamais trop en faire. Pas de recréation d'un parlé dans le vocabulaire mais plus un ton, un phrasé d'époque. Le lecteur reste immergé dans ce Paris du XVIIe siècle sans sentir néanmoins de décalage qui nuirait à la lecture. 

Si la fin du tome 1 nous incitait instamment à lire la suite, c'est encore pire avec le tome 2. Cette fin qui n'en est pas une, oblige le lecteur à enchaîner sur le tome 3 qui s'avère encore un cran plus sombre. A mesure que l'on s'avance dans l'intrigue, nous plongeons dans les méandres d'une France sombre, envahie par les traitres et les dragons. Nos héros s'en sortiront-ils sans trop de perte? C'est ce qu'il reste à découvrir dans le troisième tome Le dragon des arcanes.

vendredi 16 août 2013

Les mondes de Chrestomanci - Diana Wynne Jones


Je vous l'avais promis, le voici, un article récapitulatif sur Les Mondes de Chrestomanci. 

Les mondes de Chrestomanci est une série de sept livres de fantasy (low fantasy) pour enfants, écrits par Diana Wynne Jones entre 1977 et 2006. C'est d'ailleurs l'étendue de ces durées de publications qui explique la complexité de la série avec des tomes publiés plus tardivement qui se placent chronologiquement avant le premier tome écrit (vous suivez toujours?). 

Le Chrestomanci est au sein du gouvernement britannique le chef de la supervision de l'usage de la magie (comme quoi les offices du ministère de la magie de J.K Rowling ne sont pas loin de cette idée). Il est généralement choisi par le Chrestomanci actuel pour être formé: c'est un magicien extrêmement puissant, doté de 9 vies (les plus puissants d'entre-tous) et qui vit à Chrestomanci Castle dans le sud de l'Angleterre. 

Les Mondes de Chrestomanci c'est aussi une histoire de mondes parallèles et de séries. Ces séries sont toutes différentes car elles ont divergé en un point précis du temps suite à des évènements marquant, comme la bataille d'Azincourt (gagnée dans certaines séries par les français, dans d'autres par les anglais) ou le succès ou l'échec de la Conspiration des Poudres. Certains sont capables de voyager entre les séries que ce soit physiquement ou en esprit. On connait 12 séries différentes avec des gens parfois en double d'une série à l'autre. 
Notre monde est la série 12B, la série 12A étant celle où se déroule les aventures de Chrestomanci. Nos deux mondes se sont séparés entre le 19e et le 20e siècle, là ou le 12B a choisi la technique et la science, le monde 12A a conservé la magie. 
Certaines séries sont extrêmement proches du monde 12B même si la géographie est un peu différente. 

Comment lire la série des Chrestomanci?


Il y a plusieurs façon: par ordre de publication ou par ordre chronologique (ou bêtement en suivant l'ordre de publication française qui est encore un ordre différent....ouais je sais...). 

Pour lire les romans dans l'ordre de publication

5) Mixed Magics (collection de nouvelles non traduites) (2000)
7) The Pinhoe Egg  (2006) non traduit. 

Sinon vous pouvez toujours suivre l'ordre de lecture de Diana Wynne Jones elle-même:

1) Charmed life
2) The lives of Christopher Chant
3) Conrad's Fate
4) Witch Week
5) The magicians of Caprona
6) The Pinhoe Egg  
7) Mixed Magics 

Enfin, vous pouvez lire la série dans l'ordre chronologique, pour suivre d'abord les histoires du futur Chrestomanci, Christopher Chant en ensuite sa vie de Chrestomanci (il prend la relève de Gabriel de Witt). 

1) The Lives of Christopher Chant
2) Conrad's Fate
3) Charmed Life
4) "Warlock at the Wheel"(dans Mixed Magics)
5) "The Sage of Theare" (dans Mixed Magics)
6) Witch Week
7) The Magicians of Caprona
8) "Stealer of Souls" (dans Mixed Magics)
9) "Carol Oneir's Hundredth Dream" (dans Mixed Magics)
10) The Pinhoe Egg

Mais Les mondes de Chrestomanci ne sont pas les seuls romans ou l'on retrouve ces mondes parallèles. La série Howl's moving castle - Le Chateau de Hurle a elle aussi cette petite part de magie.


2) Castle in the air (non traduit)
3) House of many ways (non traduit)

J'espère que ce petit article vous aidera à remettre les idées en place et surtout qu'il vous donnera envie de découvrir, si ce n'est pas déjà fait, les oeuvres de Diana Wynne Jones, que je considère personnellement comme l'une des meilleures auteures de romans de fantasy pour la jeunesse du XXe siècle. 

vendredi 9 août 2013

Le destin de Conrad - Chrestomanci #5 - Diana Wynne Jones


Présentation de l'éditeur: L'année de ses douze ans, Conrad apprend par son oncle, un magicien, qu'un destin funeste l'attend. Pour y échapper et conjurer ce sort atroce, il doit éliminer un mystérieux personnage qu’il aurait déjà dû tuer dans une vie antérieure, un habitant de Stallery, un mystérieux château aux pouvoirs obscurs. Pour y entrer sans attirer les soupçons, Conrad se fait engager comme domestique. Très vite, il se lie avec Christopher, apprenti valet et élève de l’enchanteur Chrestomanci. Ensemble, ils découvrent les occupants du château : une comtesse, ses enfants et de nombreux domestiques dirigés d’une main de fer par un redoutable majordome. Les rapports familiaux ne sont guère chaleureux, mais l’ordre règne… du moins, en apparence. Les querelles familiales sont incessantes et d’étranges phénomènes s’y déroulent : déplacements d’objets, changements de décor, envoûtements… La situation du château, aux confins de plusieurs mondes parallèles, est peut-être à l’origine de ces manifestations, mais dans cet univers où chacun est un peu magicien, certains individus avides de pouvoir exploitent cette situation à leur avantage…

Voici le tome 5 des aventures du magicien Chrestomanci. Ecrit en dernier, il raconte en fait un évènement de l'adolescence de Christopher Chant et se passe donc après les Neuf vies du magicien mais avant Les magiciens de Caprona, Ma soeur est une sorcière et La chasse aux sorcières. Oui cette série c'est un peu le bordel mais pas de panique je vais faire un article récapitulatif. 
Soulagés? 
Ce n'est pas une surprise, j'aime d'amour cette série et l'écriture de Diana Wynne-Jones et le tome 5 est dans la lignée des tomes précédents. Le personnage de Conrad fait fortement penser à ce que sera plus tard le jeune Cat, recueilli par Christopher Chant adulte. Il est un peu gauche, un peu crédule, gentil garçon et donc se laisse manipuler par tout le monde. On le sent venir le coup de l'oncle véreux, ça transpire dès les premières pages. Le mystère est vite éventé de ce côté là même si le mystère global, je ne l'avais pas résolu. C'est un peu dommage d'avoir cousu une partie de l'intrigue de fil blanc, le personnage de l'oncle ressemblant à d'autres personnages déjà vu ailleurs dans la série. L'autre mystère cependant est un peu mieux mené. On sent qu'il y a de gros problèmes dans cette maison sans toutefois mettre le doigt dessus. 

Ce n'est peut-être pas ce mystère d'ailleurs qui est l'élément le plus important du récit. Je trouve que c'est bien secondaire par rapport au développement des personnages. A côté de Conrad, un petit garçon sympathique et attachant, on retrouve Christopher Chant adolescent qui a décidément un sale caractère. J'aime beaucoup d'ailleurs le décalage entre le Christopher enfant/Ado et celui qui deviendra le sage Chrestomanci. Il y a véritablement un monde entre les deux mais je trouve l'évolution intéressante. C'est peut-être parce que Christopher était un gamin pénible et arrogant qu'il comprend bien les enfants et adolescents, une fois devenu adulte et Chrestomanci. Christopher est parfois proprement imbuvable mais jamais foncièrement méchant. Sa motivation le rend aussi touchant, il recherche son amie, la gentille déesse qu'il avait sauvé du temple dans l'un des mondes parallèles.

Ces mondes parallèles justement sont très bien exploités et très visuels. Je n'ai pas eu de mal à voir les différents mondes se bousculer dans le château. Diana Wynne-Jones nous offre également une version light et enfantine d'un Upstairs-Downstairs, ce que je trouve très révélateur de la britishness de l'auteure. C'est le genre de récit qu'un français aurait eu du mal à écrire alors que le thème est fréquent dans la littérature anglo-saxonne. 

J'ai bien aimé les mystères sous-jacents, la magie utilisée par Christopher, le personnage de la soeur de Conrad et l'intrigue secondaire sur la famille de Conrad. L'ensemble est parfois un peu confus/touffu, plus que les autres tomes mais cela ne m'a pas dérangé outre mesure. Un tome sympathique qui fini - pour la version française - une des meilleures séries de fantasy jeunesse qui existe. 

vendredi 7 juin 2013

Ulysse Moore: la clef du temps - tome 1 - Pierdominico Baccalario


Présentation de l'éditeur: Trois enfants, Jason, Julia et Rick sont passionnés d'aventure. Une villa à-pic sur la falaise et de nombreuses pièces mystérieuses fermées à clef. Une porte dissimulée derrière une armoire.  Les trois aventuriers devront résoudre des enigmes pour réussir à l'ouvrir...

Il semblerait bien qu'en ce moment mes lectures jeunesses tournent casaque. Après la déception de L'horloge du temps de Jeanette Winterson, c'est au tour d'Ulysse Moore de faire les frais de mon caractère difficile. Je traverse en ce moment un petit passage à vide côté lecture et c'est vrai que pour le coup c'est la jeunesse qui en prend plein son grade. 
Je suis tout autant embêtée que la semaine dernière pour vous parler d'Ulysse Moore parce que je ne l'ai pas terminé non plus. J'ai décroché à la moitié. Par ennui. Entre autre. 

Pourtant, là encore, je pensais que j'allais apprécier. J'aime les codes secrets, les énigmes en tout genre et j'étais prête à me laisser entraîner dans une histoire en plusieurs tomes un peu à la Aventures des orphelins baudelaire. Je trouvais le principe vraiment sympa, j'adore le graphisme des couvertures qui font penser à de vieux carnets et la façon dont l'auteur se met en scène avec les secrets d'Ulysse Moore, véritable arlésienne qui bien que donnant son nom à la série demeure mystérieux. 

Pourtant, jai vite perdu tout intérêt pour l'intrigue. Les personnages ne m'ont pas captivée en réalité. J'ai bien l'idée des jumeaux et de leur petit voisin parcourant le village et la maison dans l'espoir de trouver des réponses à ce mystérieux Ulysse Moore mais je trouve l'ensemble un peu tiré par les cheveux (non sérieusement vous laisseriez vos gamins vadrouiller dans la nature? Vous partiriez en ville en confiant vos enfants au jardinier que vous connaissez depuis quoi...1 semaine?). 

Si le début de l'intrigue a su susciter mon intérêt je trouve qu'elle perd vite en force et en crédibilité. En fait j'ai trouvé l'ensemble convenu. Mon problème n'étant pas tant que l'histoire sente le déjà-vu mais plutôt que rien ne vient contrebalancer la chose. Je ne suis pas pour la "nouveauté" à tout prix ni l'innovation constante. Je veux bien lire des histoires dont le schéma narratif ressemble à une autre. Cependant, il faut arriver à faire oublier au lecteur qu'il lit quelque chose qu'il connait déjà en ajoutant un élément original/de très bons personnages/une ambiance etc. Peu importe ce qui est choisi du moment que cela fonctionne. Chez les orphelins Baudelaire on retrouve un méchant grandiloquent (et au fond on s'en moque que 10 volumes sur 13 reproduisent le même schéma d'intrigue parce que le méchant est drôle et qu'on veut le voir perdre à chaque tome), trois gamins débrouillards, attachants avec une personnalité propre qui font que l'on a envie de savoir ce qu'ils vont devenir. 

Je ne sais pas si ce n'était pas le bon moment pour moi pour découvrir Ulysse Moore, toujours est-il que je vais m'arrêter à ce premier tome, je n'ai pas vraiment été conquise au final. 

vendredi 24 mai 2013

La chasse aux sorciers (Witch Week) - Les mondes de Chrestomanci #4 -Diana Wynne Jones


Résumé: "Il y a un sorcier dans cette classe". Voici le petit mot anonyme que le professeur reçoit un soir. L'attaque est sévère. Si tout ceci n'est qu'une invention, alors il faut trouver le coupable et l'empêcher de faire des blagues dangereuses. Si le message est vrai, alors l'heure est grave. En effet dans le monde 12C, si la magie existe, elle est fortement condamnée. D'ailleurs, un inquisiteur spécial doit venir interroger les élèves pour savoir si l'un d'entre eux est bien un sorcier ou une sorcière et le cas échéant...le condamner! 

Nous sommes ici dans le quatrième tome des aventures de Chrestomanci, même si chronologiquement il s'agit en fait d'un des derniers (pas de panique je ferai un billet récapitulatif sur l'univers de Chrestomanci avec tous les livres et nouvelles). Je dirais que ce quatrième opus est le plus spécial de la série.

Dans ce roman nous suivons plusieurs élèves d'une même classe avec des éléments tous plus troublants les uns que les autres. L'école est déjà un peu spéciale puisqu'il s'agit d'une école pour orphelins/enfants difficiles/ fils ou filles de sorciers et sorcières. Ce sont donc des enfants sous très haute surveillance car bien évidemment, plusieurs d'entre eux sont possiblement des sorciers en puissance.

Diana Wynne Jones nous prouve une fois de plus qu'elle maîtrise non seulement l'univers qu'elle a créé, mais aussi l'intrigue et les personnages d'enfants. Elle est extrêmement bonne dans la personnalisation de ses personnages. Chacun des protagonistes a une personnalité propre, développée, argumentée et qui n'hésite pas à évoluer au fur et à mesure. Ainsi, l'un de petit garçon fait beaucoup penser à Christopher Chant enfant, avec son côté indolent et froid qui est en fait une sorte de carapace. Sauf qu'au bout d'un moment, le lecteur peut se rendre compte que ce petit garçon n'a pas aussi bon coeur que Christopher.  D'une façon générale, ces enfants là ont tous quelque chose à cacher et sont loin du cliché des enfants toujours parfaits en gentils au fond d'eux mêmes. Non, ici nous avons le droit à des adultes faibles qui luttent pour ces mêmes enfants et à de terribles petites pestes. Bon, ils ne sont pas tous comme ça mais on retrouve bien cette nuance de caractère qu'il y a très souvent chez Diana Wynne Jones. 

Ce tome ci est sûrement le plus noir de la série car il règne un vrai climat de peur autour de la sorcellerie là où les mondes de Chrestomanci nous ont appris à voir cette magique comme une composante du monde. La menace qui plane sur les enfants est d'ailleurs bien réel. Dans le monde 12C on brûle encore les sorciers et les sorcières et on n'hésite pas à condamner des enfants. C'est, je crois, proprement terrifiant.
Heureusement notre bon Chrestomanci veille au grain depuis son monde et même s'il n'arrive que tard dans le roman, j'ai vraiment apprécié sa présence. Toujours serein (assez loin du Christopher que l'on connait) il parvient à sauver la situation. 

L'écriture est toujours aussi plaisante et l'histoire se dévore comme un roman policier. Encore une réussite pour la série des Chrestomanci! 

lundi 6 mai 2013

Les Lames du Cardinal - Les lames du Cardinal #1 - Pierre Pevel


GROS COUP DE COEUR DE PERSEPHONE

Présentation de l'éditeur: Paris, an de grâce 1633. Louis XIII règne sur la France et son éminence Armand Jean du Plessis de Richelieu gouverne avec lui. Personnalité des plus puissantes et des plus menacées de son temps, le Cardinal doit se garder de tous ceux qui jalousent l'influence qu'il exerce sur le roi, et se prémunir contre les attentats ourdis par les ennemis de la France, au premier rang desquels l'Espagne et sa Cour des Dragons. Car dans cet univers, des intrigues alliant espionnage, politique et sorcellerie menacent de faire vaciller le trône!
Or, en cette nuit de printemps 1633, Richelieu décide de jouer une carte maîtresse et reçoit en secret un bretteur exceptionnel, un fidèle parmi les fidèles dont le dévouement lui a autrefois valu d'être trahi et déshonoré : le capitaine La Fargue, chef des Lames du Cardinal !
En effet, l'heure est venue de reformer cette élite secrète autrefois dissoute dans l'opprobre et la raison d État : des combattants hors du commun, une compagnie d'aventuriers, d'espions et de fortes têtes rivalisant d'élégance, de mystère... ou de paillardise, qui ne redoutent aucun danger.

J'ai eu l'occasion de le dire plusieurs fois par ici mais mes premières amours littéraires (et même cinématographiques), ce qui me faisait rêver dans mon enfance puis dans mon adolescence, n'était pas de la romance, ni de la science-fiction ou de la fantasy, point de tout ça mes amis, mais d'une façon tout à fait classique: les romans de capes et d'épées. J'ai grandi avec mon héros chouchou: Henri de la Lagardère dit le bossu et j'ai rencontré quatre gaillards - Athos, Porthos, Aramis (gniiii) et d'Artagnan - qui ont poursuivis l'oeuvre entamée par mon cher Lagardère. J'étais complètement à la merci de ces mousquetaires courageux et fines lames qui défendaient l'honneur de la France (en général) et les jolies demoiselles en détresse (toujours). En plus comme il se trouve que je suis aussi escrimeuse, la passion était et est toujours bien plantée. Le bon Capes et épées est difficile à trouver et si le genre était à la mode au siècle dernier, force est de constater que ce n'est plus vraiment le cas aujourd'hui. 
Voici ce qui est dit sur la quatrième de couverture des Lames du cardinal:
Avec une virtuosité et une verve romanesque dignes des grandes heures du feuilleton populaire, il signe là tout à la fois un hommage aux romans de cape et d'épée, un récit historique admirablement documenté et une Fantasy épique à grand spectacle.
Je dois admettre que pour une fois, je suis parfaitement d'accord avec cet encart publicitaire. On retrouve sans hésiter le goût des vieux romans de capes et d'épées, avec leur lot de preux mousquetaires, d'espions et d'assassins implacables, de sauvetages et de pièges, de trahisons et de hauts faits d'armes. Et croyez-moi, égaler Lagardère ou les célèbres mousquetaires de Dumas ce n'est pas évident!

L'histoire de ce premier tome est découpé en quatre parties. La première permet d'introduire les personnages car il y en a un sacré paquet (moins que dans Game of Thrones mais George Martin est un peu imbattable!) et c'est d'autant plus difficile de les définir qu'à ce stade là du récit on ne sait pas qui est dans quel camp (cela dit je suis aux trois quart du tome 2 actuellement et je ne suis pas sûre d'en savoir plus!). En tout cas cette partie permet d'apprivoiser les personnages et de se faire un ressenti personnel. Certains comme Saint-Lucq et Arnaud de Laincourt sont particulièrement intriguants, le genre de personnage taiseux dont on ne connait ni les loyautés ni les sentiments, d'autres comme Antoine Leprat chevalier d'orgueil ou la baronne Agnès de Vaudreuil vous touchent immédiatement. J'aimerai vous parler de chaque personnage mais cela sera difficile sans spoiler et je m'y refuse tant l'histoire est trépidante et les rebondissements, nombreux, toujours inattendus (ou presque). Je vous laisse donc les découvrir par vous même. Sachez sinon que je suis tombée pour les Lames du Cardinal, ils ont tous leur caractère propre, leurs spécificités, leur histoire et sont tous attachants à leur manière. J'aime énormément le fait que des informations sur eux sont distillés au fur et à mesure. Il n'y a jamais un point: "STOP maintenant on vous raconte tout de la vie de truc." Jamais. Tout est toujours subtilement distillé. C'est ce qui vous maintient aussi en haleine car on sait qu'en avançant dans la lecture on en découvrira des éléments nouveaux sur les personnages que l'on aime. Je prends juste le temps de vous dire que je suis amoureuse d'Antoine Leprat chevalier d'Orgueil, de son style, de sa rapière d'ivoire et que je l'épouse immédiatement si possible! Quant au personnage d'Agnes de Vaudreuil je suis admirative du travail de Pierre Pevel pour nous montrer une héroïne forte, indépendante, fière, libérée sur bien des points mais qui ne tombe jamais dans l'excès. Elle est l'égale de ses compagnons sans avoir à jouer des coudes, elle prend des décisions, agit, remet en question les actes d'autres Lames, bref, son personnage est parfaitement équilibré et ne tombe jamais dans la caricature de la belle amazone. Merci Monsieur Pevel de nous donner à lire une Lame féminine forte et naturelle. 

La seconde partie du roman permet, une fois les lames réunies, d'avancer dans l'intrigue à proprement dite (même si des bases sont posées tout au long des 100 premières pages) avec l'exposition de la mission et surtout l'interaction des Lames entre-elles. On sent immédiatement la cohésion des troupes, les relations qu'ils entretiennent entre eux et les liens qui sont tissés depuis longtemps. Bien qu'ils soient très différents, certains aiment faire la fête, d'autres sont plutôt silencieux de nature, l'équipe est bien équilibrée et les rôles bien établis. On les voit suffisamment pour s'attacher à eux sans regretter la présence de l'un ou de l'autre.
La troisième partie amène des éléments de réponse. Quant à la quatrième...elle introduit brillamment le tome deux. Je me laisse très très rarement surprendre par des rebondissements mais ici je dois dire que j'ai été bercée par l'histoire sans aucun problème. Si vous me lisez régulièrement vous savez que je ne lis jamais aucune série à la suite de peur de m'écoeurer...Jamais...Pierre Pevel vient de me faire mentir puisque je ne pourrais sans doute m'arrêter qu'une fois les trois tomes avalés! L'histoire est parfaitement maîtrisée du début jusqu'à la fin, c'est un régal de raffinements dans le détail que ce soit des armes, des décors, des vêtements etc.

Ce qui m'amène au point du style et de la langue. L'écriture de Pierre Pevel est exquise, percutante, extrêmement dense avec un vocabulaire choisi avec soin. C'est réellement extrêmement bien écrit et c'est un délice de retrouver du français sous une plume pareille. Il y a de la recherche à la fois dans la narration mais aussi dans les dialogues pour recréer un parlé XVIIe siècle sans jamais forcer le trait ni l'exagérer au risque de le rendre lourd ce qui aurait pu être le cas. Ici, vous effectuez une plongée dans le Paris de 1633 d'une façon merveilleusement naturelle et simple. Au-delà de l'histoire j'ai pris énormément de plaisir à lire ce roman pour la qualité de sa langue. L'auteur sait parfaitement donner du rythme à son histoire et les scènes d'actions sont vraiment bien faites. Il y a du rythme, on passe d'une action à l'autre pour revenir sur la précédente, toute s'enchaîne admirablement bien (vous avez vu aujourd'hui beaucoup d'adverbes! mais c'est à la hauteur de mon amour pour cette série alors ne râlez pas). Je me demande comment Pierre Pevel écrit. Voit-il la scène dans sa tête? Parce que son écriture me fait souvent penser à des scènes de films notamment dans le rythme et je me demande s'il ne les construit pas de cette façon (Si quelqu'un lui a posé la question et connaît la réponse n'hésitez pas à partager). 

Autre point non négligeable: Nous sommes ici dans un roman d'uchronie, oui par exemple dans le Paris de 1633 qu'évoque Pierre Pevel, le Cardinal de Richelieu (et par extension le roi de France) a "perdu" le siège de La Rochelle. Cependant, on sent un travail phénoménal sur la période, ses moeurs, son histoire, ses personnages célèbres et Paris qui font du roman un délice pour un historien (et vous l'aurez compris, pour l'historienne que je suis). Les détails sur la ville de Paris, le caractère des personnages célèbres qu'il met en scène (à commencer par Richelieu qui retrouve un peu de son lustre après Les trois mousquetaires, ici point de traits lourds ou machiavéliques, Richelieu est certes un homme d'Etat volontiers cynique mais qui oeuvre avant tout pour la France. Un portrait nuancé particulièrement agréable) tout est réfléchi. J'adore également le détail sur les armes des Lames, les clins d'oeil au roman de Dumas et toutes les modifications historiques qu'il apporte et qui passent comme une lettre à la poste. 

Tout cela est renforcé par les éléments de fantasy qui sont introduits ici de façon presque naturelle je dirais. Des dragons, des dragonnets, du dracien, des vyvernes et des sangs-mêlés sont rajoutés à l'intrigue, mêlés aux intrigues politiques de l'époque, ces derniers servant la cour d'Espagne sans que jamais on ne trouve tout ça forcé. C'est sans doute dû à la maîtrise dont l'auteur fait preuve mais on en vient presque à regretter que tout ce "beau" monde n'existe pas pour de vrais (à l'exception des dracs peut-être). Ces éléments sont mélangés à l'intrigue, fondus en son sein ce qui fait que le lecteur "débarque" dans cet univers déjà construit et d'une certaine façon acquis. 

Vous l'aurez compris, Les Lames du cardinal m'a littéralement séduite, je pense attaquer le tome 3 très prochainement et je ne peux que vous conseiller de les lire. J'ai déjà mis de côté la série d'Embremer toujours de Pierre Pevel. Je sais qu'il vient de lancer une nouvelle série mais s'il vous plait, monsieur Pevel si jamais un jour vous passez par là, s'il vous plait, continuez à écrire du Capes et d'épées. Nous avons, plus que jamais, besoin de ces héros là! 

(J'ai même un casting dans la tête pour une possible adaptation....oui oui j'en rêve même la nuit!). 

vendredi 12 avril 2013

Les magiciens de Caprona - Chrestomanci #3 - Diana Wynne Jones


Présentation de l'éditeur: Rien ne va plus dans la cité italienne de Caprona ! Les deux grandes familles de sorciers de la ville, les Montana et les Petrocchi, ennemis jurés depuis des générations, perdent chaque jour de leurs pouvoirs. Il semblerait que quelqu'un cherche à profiter de leur rivalité pour jeter Caprona dans le chaos. La ville commence à péricliter car les sortilèges qui assuraient sa cohésion ont perdu de leur efficacité et les villes rivales de Pise, Sienne et Florence se font de plus en plus menaçantes. L'enchanteur Chrestomanci, apparu mystérieusement, en sait visiblement très long sur la question…

De retour au pays de Chrestomanci pour ce troisième tome qui cette fois-ci se passe en Italie. Après Ma soeur est une sorcière et les neuf vies du magicien, Diana Wynne Jones nous emmène à la rencontre d'une Italie sans-dessus-dessous! La ville de Caprona fait fortement penser à Verone, avec son duc et ses deux familles rivales, les Petrocchi et les Montana qui se battent depuis si longtemps qu'ils ont oublié pourquoi. Comme toujours, ce sont les enfants qui sont au centre de cette histoire avec d'abord les plus jeunes Montana, Tonino et son frère, puis les plus jeunes Petrocchi.

On s'attache de nouveau très vite aux personnages, en particulier à celui de Tonino - qui fait figure de héros ici et que l'on retrouve dans les nouvelles Mixed Magic aux côtés de Cat, le héros du tome 1 - et son chat. Il y a toujours des chats malins chez Diana Wynne Jones. J'ai aimé l'interaction de la famille Montana, ce monde où la magie est officielle et dont la maison vibre. Il y a une organisation très particulière à la maison avec les cours pour les petits, les ateliers de recopiage de sorts et les différents préparatifs.
Autre élément surprenant et qui change du reste de la série, à Caprona, la magie est intimement lié à la musique puisque les sortilèges se chantent. J'imagine bien les batailles de magiciens, cela doit être superbe mais attention à la fausse note. Je trouve l'idée originale et très poétique.

L'Angleterre n'est cependant jamais loin que ce soit parce que la maman de Tonino, Elizabeth, est anglaise ou parce que Chrestomanci vient à Caprona pour régler les problèmes de la ville. L'ange de Caprona et son mystère nous tiennent en haleine tout au long de ces 250 pages. J'ai beaucoup aimé revoir Christopher Chant en Chrestomanci adulte, il a une prestance assez incroyable et le décalage entre le petit garçon qu'il était au tome précédent est assez saisissant!

Comme d'habitude le style est très soigné et l'histoire est de qualité. Rien de vraiment surprenant là-dedans, la série des Chrestomanci est une série culte pour la jeunesse.
J'espère que comme moi vous poursuivrez votre exploration du monde de Chrestomanci, je vous donne rendez-vous pour le prochain tome : Witch week.

vendredi 29 mars 2013

L'oeil du golem - Bartiméus #2 - Jonathan Stroud


Présentation de l'éditeur: "Je pensais bien que tôt ou tard je me ferais à nouveau invoquer par un crétin à chapeau pointu, mais le même imbécile que la dernière fois, ça, j'étais loin de m'en douter !" Londres, ville des magiciens et des sorciers, au XXIe siècle. Le jeune Nathaniel connaît une ascension fulgurante au sein du gouvernement des magiciens. Sa mission la plus urgente consiste à mettre un terme aux activités de la mystérieuse Résistance, menée par Kitty et ses amis qui ne cessent de lui échapper. Alors que la pression monte, Londres se voit soudain menacée par une série d'attentats terrifiants. Est-ce la Résistance ou un danger encore plus grand ? Chargé de cette enquête périlleuse, Nathaniel est contraint de s'envoler pour Prague et d'invoquer une nouvelle fois l'énigmatique et malicieux djinn Bartiméus.


L'année dernière je vous parlais de ma rencontre avec le Djinn Bartiméus que j'avais trouvé attachant et très drôle. J'ai poursuivi ma rencontre avec l'individu en lisant le deuxième tome de la série, L'oeil du golem. L'intrigue reprend deux ans après les faits relatés dans le premier tome. Nathaniel, ado de quatorze ans, est maintenant sous secrétaire au ministère des affaires internes, responsable de la traque de la Résistance plébéienne contre les magiciens. Bartiméus est, de son côté, retourné dans l'Autre monde pour prendre un peu de repos et se refaire l'Essence. Quant à Kitty, elle est plus que jamais au coeur des évènements de la rebellion. 

Cette fois-ci le lecteur alterne entre trois points de vues: celui de Nathaniel, celui de Bartiméus et celui de Kitty. L'alternance des points de vues est une excellente idée, cela permet à la fois de mieux connaître les personnages mais aussi de déplacer l'intrigue dans différents cercles. C'est un procédé difficile, mais s'il est réussi (comme dans Game of Throne par exemple), l'effet rendu est particulièrement bon. Jonathan Stroud s'en sort très bien! 
Bartiméus reste incontestablement le meilleur personnage de la série avec ses notes de bas de page et son égo surdimentionné. Il se veut cynique alors qu'en fait c'est un tendre. C'est un personnage passionnant parce qu'il est un peu des deux côtés de la barrière. Il connait bien le monde des magiciens, les méprise mais en même temps il en comprend certains. Il se rend compte de ce qui ne va pas dans le monde qui l'entoure et pourtant on sent qu'il apprécie Nathaniel. 
J'ai aussi beaucoup aimé les parties concernant Nathaniel, qui se fait désormais appeler John Mandrake. C'est à mon avis la partie la plus difficile à rendre. Bartiméus est très vite sympathique alors que ce n'est pas le cas de Nathaniel. Il faut arriver à faire comprendre au lecteur dans quel univers assez pourri vit le jeune magicien sans occulter la personnalité parfois peu ragoûtante du jeune garçon. Il n'a que quatorze ans et se retrouve à la tête d'un vrai ministère, alors que ses collègues sont envieux, sa patronne carrément hostile. D'un autre côté, il est vaniteux et orgueilleux. C'est intéressant de se rendre compte que le garçon balance entre quelqu'un de bien, qui accorde une très grande place à l'honnêteté et l'intégrité, et quelqu'un de beaucoup plus proche des mauvais sorciers qu'il ne veut bien l'admettre. Avec son récit on sent que Bartiméus peut avoir de l'influence et faire en sorte que Nathaniel ne bascule pas du côté obscur de la force, ce qui ne va pas être aisé. J'attends donc beaucoup de son personnage pour la suite.
Quant à Kitty, si on sent qu'elle a du potentiel, je me suis pas mal ennuyée avec son récit. Ce n'est pas elle-même que je remets en cause, je comprends bien pourquoi elle agit et pourquoi elle en veut aux magiciens - elle a d'ailleurs beaucoup de lucidité et de discernement - mais je trouve qu'il y avait moins d'actions et d'intérêt à ses développements si ce n'est que cela participe de l'intrigue générale.

Cette intrigue se déploie d'ailleurs au-delà de nos espérances puisque les évènements du tome 1 sont amplifiés de façon colossale dans ce tome. La suite des aventures va être un plaisir à découvrir je pense car nous sommes loin du compte je dirais. J'ai personnellement ma petite idée sur qui complote en sous-mains, je vous dirais si j'avais raison ou tord. 

On retrouve dans L'oeil du golem ce que j'avais aimé dans le précédent volume c'est-à-dire un monde extrêmement dense et parfaitement maîtrisé, complexe, jamais ridicule où l'on retrouve à la fois de l'histoire et de la politique. Cet univers fait penser à celui de Chrestomanci de Diana Wynne Jones où la magie fait partie intégrante de la société sans besoin de passer par des sortilèges ou des tours abracadabrantesques. L'écriture quant à elle est admirable: complexe, riche, jamais facile, Jonathan Stroud écrit des romans pour enfants comme s'il parlait à des adultes. J'ai lu la traduction française et je dois admettre que le traducteur a fait un travail de folie pour retranscrire l'écriture riche de Jonathan Stroud. Les descriptions sont toujours bien illustrées, imagées comme il faut, c'est un réel plaisir. 

Vous l'aurez compris à la longueur de cet article je n'ai pas été déçue une seule seconde par L'oeil du golem que j'ai d'ailleurs préféré au premier et je vous encourage vivement - si ce n'est pas déjà fait - à découvrir cette série!