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mardi 12 juillet 2011

Au coeur de l'antiterrorisme - Marc Trévidic

La poudrière de Karachi, l’assassinat des moines de Tibéhirine, l’attentat de la rue Copernic, le génocide rwandais… Ces dossiers « secret défense », parmi les plus sensibles de la République, sont sur le bureau de Marc Trévidic, spécialiste de l’antiterrorisme au tribunal de Paris. Il est l’homme qui monte. Après Eva Joly ou Eric Halphen, celui que l’on surnomme le « juge batailleur » représente la nouvelle génération des magistrats charismatiques et frondeurs. Il est aussi le nouvel emblème de leur lutte pour l’indépendance. Respecté, encensé, jalousé, il instruit avec obsession des affaires qui embarrassent jusqu’au sommet de l’Etat. Pour la première fois, Marc Trévidic se livre sans fard et sans langue de bois, et nous fait plonger dans l’univers méconnu de l’antiterrorisme. Le jeune juge nous fait découvrir l’envers du décor, derrière les portes blindées de la galerie Saint-Eloy, où travaille l’équipe de magistrats les plus protégés de France, ou dans les coulisses de ses missions à l’étranger : déplacements sous haute protection, interrogatoires dans les souterrains de prisons secrètes à l’autre bout du monde…. Voilà le récit de l'ascension d’un juge téméraire, au cœur de l’actualité. Ses succès, ses désillusions, ses espoirs, ses engagements.

Marc Trévidic est né en 1965 et est actuellement juge d'instruction au Tribunal de grande instance de Paris au pôle antiterrorisme. Il commence en tant que juge d’instruction à Péronne (Somme) puis devient substitut du procureur à Nantes puis à Paris où il est rapidement affecté à la section antiterrorisme. En 2003, il devient juge d’instruction à Nanterre. Il intègre le pôle antiterrorisme en 2006.Affaires instruites (entre autres) :Attentat de la rue Copernic, Attentat du 8 mai 2002 à Karachi, Assassinat des moines de Tibhirine dont il parle dans son livre.

Dans Au coeur de l'antiterrorisme, Marc Trévidic nous expose à la fois les tenants et les aboutissants de son métier complexe mais aussi ces grandes histoires que l'on connait par l'intermédiaire des journaux. Ne vous attendez pas à une histoire palpitante, pleine de rebondissement et d'espion en tout genre. Ce n'est vraiment pas le but du livre. Cependant, c'est aussi ce qui m'a plu, cet ultra réalisme et cette lucidité sur un métier, une fonction.

Pourtant, Marc Trévidic parvient à donner à son récit à la fois son jugement personnel mais aussi une pointe d'humour, à mon sens nécessaire pour aborder ce genre de thème. Bien qu'ouvrage sérieux, on y retrouve tout de même les émotions d'un homme dont l'obession première est de rendre justice aux victimes et à leur famille. J'ai trouvé extrêmement touchant sa façon de montrer ce qu'attendent les familles de la justice française, des coups de téléphone jusque tard le soir pour savoir si finalement ils avaient une piste. Sa vie est aussi "flippante", suivi de garde du corps pour assurer sa protection, on sent que son métier est grave et dangereux.

Au premier abord, cela semble plutôt difficile d'aborder de tel sujet avec une certaine légèreté et surtout sans tomber dans le récit scolaire. Car bien que Marc Trévidic nous donne de nombreux renseignements sur son travail et les affaires (clôturés), il reste néanmoins clair et explicite.

Comment expliquer à des néophytes ce qu'est Al-Quaïda avant le 11 septembre? Ses ramifications, la personnalité de Ben Laden. Car au fond, le grand public en connait très peu et beaucoup à la fois. Il faut donc un talent d'équilibriste assez incroyable pour expliquer sereinement l'histoire de ces grands mouvements terroristes, le métier de Juge sans jamais lasser le lecteur.

Il est vrai que l'on peut aussi s'attendre à voir un lectorat d'initié. Mais justement, ce qui fait la force de cet ouvrage c'est qu'il peut être lu par quelqu'un qui veut se documenter. On comprend mieux les rouages des Palais de Justice, ce qu'il se passe aussi dans la tête des gens (l'histoire de cette jeune employée du Palais qui a embrassé une cause pour le moins inattendu est particulièrement touchante).

Au détour des lignes nous croisons les noms des Grands de l'antiterrorisme français, comme celui des terroristes en tout genre.

Les sujets abordés pas Marc Trévidic sont variés. De la Bretagne à l'Afghanistan en passant pas la Corse, il apparait très clairement que le "terrorisme" recouvre de nombreuses réalités différentes. C'est justement un des aspects du livre qui m'a le plus intrigué car Marc Trevidic ne se contente pas de parler du terrorisme le plus "actuel" mais il aborde aussi certains grands attentats que l'on a tendance à oublier.

Son style est clair, net et précis. On sent bien le juriste là dessous, l'homme qui veut aller droit au but et qui sait que son récit doit être clair s'il veut toucher. Monsieur le Juge y arrive très bien.

Un ouvrage que je recommande à ceux qui s'intéressent de près aux arrières cours des palais de justice français, car il défend aussi son métier en nous en expliquant les tenants et les aboutissants.

Le juge offre ainsi une réflexion sur la justice française et sa façon de combattre le terrorisme.

Un excellente découvert et je remercie les éditions JC Lattès.

Pour ceux qui voudrait voir des interviews de Marc Trévidic voici quelques liens: numéro 1, numéro 2

jeudi 2 juin 2011

Un jour le crime - J.B. Pontalis



Au départ, je pensais en lisant le résumé qu'il s'agissait d'un ouvrage sur la criminologie. Il se trouve qu'en fait je ne connaissais pas Pontalis, car si j'avais su qu'il était psychanalyste je n'aurai pas abordé cet ouvrage de la même manière.
Dans cet essai, Jean-Bertrand Pontalis s'intéresse à la fois au fait criminel mais aussi à la violence en temps que telle.

J'ai bien aimé son explication de la violence dans le simple fait d'ignorer les gens dans la rue, de les "néantiser" comme il dit. C'est pour Pontalis déjà une sorte de violence qui explique les plus grands actes de violence comme le crime passionnel, politique.

Chaque forme de la violence ou presque est abordée dans l'essai de Pontalis et bien que l'essai soit court, il n'en est pas moins passionnant à lire car il nous fait réfléchir. J'ai beaucoup aimé les exemples qu'à choisi l'auteur pour expliquer son propos. L'exemple des soeurs meutrières (soeurs Papin) qui ont sauvagement assassinées leur employeurs, comme ça, presque sans raison est assez stupéfiant!
Pontalis s'intéresse à toutes les facettes de la violence: la violence domestique, passionnelle, organisée, légitimée jusqu'à la Shoah, sorte de paroxysme de la violence.

Son style est simple (dans le bon sens du terme) ce qui fait qu'il est facilement compréhensible pour un néophite. Cependant, le sujet traité, assez compliqué, demande un certain niveau de pré-requis pour bien comprendre les propos du psychanalyste qui peut passer pour moralisateur parfois. Il excuse par exemple les femmes trompées qui s'en prennent à leur mari.
Cependant, l'essai est vraiment prenant et intéressant.

Une bonne réflexion sur la violence à une époque où celle-ci semble être de plus en plus présence dans la sphère publique et privée.

Merci aux éditions Gallimard pour ce partenariat.

mercredi 30 mars 2011

Les entretiens de Nuremberg - Leon Goldensohn


Nuremberg, janvier 1946. Alors que le monde entier a les yeux rivés sur cette ville symbole du IIIe Reich, où les procès des grands criminels de guerre nazis viennent de commencer, un psychiatre américain de trente-quatre ans, Leon Goldensohn, entreprend de consigner les entretiens qu'il mène, jour après jour, avec Hermann Göring, Hans Frank, Karl Dönitz, Alfred Rosenberg, Rudolf Höss et une vingtaine d'autres, accusés ou témoins aux procès. Antécédents familiaux, vie sexuelle, carrière dans le parti, relations avec Hitler et les dignitaires du régime, participation à l'extermination des Juifs : Goldensohn note méthodiquement ses questions et les réponses qui lui sont faites. Il y a l'aristocratique Ribbentrop, ministre des Affaires étrangères du Reich, qui dit sa fascination pour Hitler dans une cellule jonchée de détritus ; il y a Göring, qui accable les autres accusés de son mépris - des " lampistes " -, joue au mécène et au chef de guerre, détaillant son " code chevaleresque " ; il y a Julius Streicher, l'un des seuls dont l'intelligence soit jugée inférieure à la moyenne par les médecins, et ses délires. antisémites, teintés de pornographie ; il y a Höss, commandant d'Auschwitz entre 1941 et 1943, qui décrit froidement le mécanisme d'extermination, précisions à l'appui - il livre ainsi sans détour le chiffre de 2,5 millions de Juifs ayant péri dans ce seul camp... Jamais publié jusque-là, ce document constitue un témoignage extraordinaire sur la psychologie des nazis, et une pièce unique à verser aux archives du IIIe Reich.

Les récits de Goldensohn sont assez révélateurs de l'organisation nazie et de la personnalité de ces hommes. Le docteur Goldensohn est un psychiatre américain affecté au procès de Nuremberg et chargé d'interroger les accusés et les témoins. Avec l'aide d'un traducteur, il rendait visite tous les jours aux prisonniers et assistait aux audiences. Il ne s'agit pas ici des transcriptions des entretiens bruts, mais des notes (sûrement des extraits) du docteur dans lequel il retrace leur entretien et ajoute ses commentaires. Ainsi les interview sont épurées des détails inutiles et se concentrent sur les éléments véritablement révélateurs. L'exemple le plus frappant est sans nul doute celui de Göring qui tergiverse pendant de longues minutes. Il raconte son enfance, sa carrière de militaire mais n'aborde qu'avec réticence les sujets "déplaisants".

ACCUSES au procès de Nuremberg (interrogé par Goldensohn) et extrait des entretiens de Léon Goldensohn:

- Hermann Göring (1893-1946): Plus haut dignitaire nazi encore vivant après la mort d'Hitler, d'Himmler et de Goebbels. Dauphin du Führer jusqu'à ce qu'il soit désavoué, Göring était commandant en chef de l'armée de l'air (Luftwaffe), président du Reichstag, ministre du plan quadriennal et Premier ministre de Prusse. Reconnu coupable de conspiration criminelle, de crimes contre la paix, de crimes de guerre et de crimes contre l'Humanité, il fut reconnu coupable et condamné à mort. Avec plusieurs prisonniers, il protesta sur le fait d'être pendu. Deux heures avant son exécution, le 15 octobre 1946 il se suicida dans sa cellule.
L'entretien de Göring est particulièrement long. Léon Goldensohn a passé plusieurs journées avec Göring, il souffrait de rhumatisme à la jambe (tantôt réels, tantôt exagéré, Göring ne voulait pas entendre le témoignage de Baldur von Schirach). Göring est peu à l'aise avec les questions très personnelles (enfance, sexualité), il en parle peu et lorsqu'il en parle c'est avec une sorte de désintéressement. Si Göring ne dit jamais du mal d'Hitler,en revanche il accuse Himmler et Goebbels d'avoir tout manigancé: les camps, l'extermination des juifs etc. Lui n'était au courant de rien. Göring tenait auprès des autres accusés un discours d'unité ce que contredit Baldur von Schirach. Personnellement, je n'arrive pas à déterminer si Göring fait preuve d'une indéniable mauvaise foi ou s'il est intimement persuadé qu'il n'était au courant de rien?

- Rudolf Hess (1894-1987): Chef adjoint du parti nazi, numéro deux du régime et successeur désigné d'Hitler et membre du Conseil de la défense du Reich. Prisonnier en Angleterre depuis le 10 mai 1941, sa santé mentale a posé problème lors du procès, en effet il semble que Rudolf Hess soit devenu amnésique ou du moins qu'il n'avait plus toute sa tête. Reconnu coupable de conjuration criminelle et de crimes contre la paix, il fut condamné à la perpétuité. Malgré des appels à sa libération pour des raisons humanitaires, il demeura en prison jusqu'à sa mort par pendaison (suicide, meurtre?) dans sa cellule en 1987 à l'âge de 92 ans.
L'entretien de Rudolf Hess est réellement très court. D'après le contenu de l'entretien il semble raisonnable de penser qu'il n'était plus tout à fait lui même.

- Joachim von Ribbentrop (1893-1946): Ministre des affaires étrangères de 1938 à 1945. Reconnu coupable de complot criminel, de crimes contre la paix, de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité. Il fut pendu le 16 octobre 1946.
Tout comme Göring, sa défense est basée sur le fait que "le tour prit par les évènements le stupéfiait". Il ne savait rien de ce qu'il se passait. Himmler et Goebbels devaient être les principaux instigateurs des crimes.

- Julius Streicher (1885-1946): (image de gauche) Fondateur et rédacteur en chef des journaux antisémites Der Stürmer et Gauleiter de Franconie. Il a organisé le boycott des commerçants juifs en 1933. Il ne participe plus au gouvernement nazi depuis 1939. Reconnu coupable de crimes contre l'humanité il fut pendu le 16 octobre 1946.
Julius Streicher est l'un des plus tordus que l'on puisse lire dans le livre de Léon Goldensohn. Si Göring et consorts sont écoeurants par leur pragmatisme, Julius Streicher est purement ignoble. Antisémite aux derniers degrés, ses assertions morbides et sexuelles dégoûtent le lecteur. Lui non plus ne semble pas avoir toute sa tête.

- Ernst Kaltenbrunner (1903- 1946): Officier de police autrichien, soutien actif du parti nazi et de l'annexion de l'Autriche par l'Allemagne en 1938. En 1943 il devient le chef de l'Office central de la Sécurité du Reich. Reconnu coupable il fut pendu le 16 octobre 1946.

- Alfred Rosenberg (1893-1946): Fidèle d'Hitler depuis la première heure, il fut le théoricien du nazisme et de la solution finale, rédacteur en chef du Völkisher Beobachter puis ministre des territoires occupés en 1941. Reconnu coupable il fut pendu le 16 octobre 1946.

- Hans Frank (1900-1946): Avocat personnel d'Hitler, il fut le gouverneur de la Pologne "le boucher de la Pologne". Reconnu coupable il fut pendu le 16 octobre 1946.

- Wilhelm Frick (1877-1946): Ministre de l'intérieur de 1933 à 1943 et dirigeant du protectorat de Bohème-Moravie. Auteur des lois antisémites de Nuremberg de 1935.

- Hjalmar Schachtt (1877-1970): PRésident de la Reichsbank jusqu'en 1939, ministre sans portefeuille jusqu'en 1943. Il fut reconnu non coupable à Nuremberg.

- Karl Dönitz (1891-1980): Commandant en chef de la Marine à partir de 1943. Successeur désigné par Hitler dans son testament. Il fut condamné à 10 ans de prison. A sa libération il se retira dans un petit village où il écrivit ses mémoires.
Karl Dönitz est assez peu différent des autres. Il plaide la non connaissance des actes de Himmler et de Goebbels, ce qui peut être vrai étant donné ses fonctions. Son discours est avant tout celui d'un militaire. Oui il a exécuté les ordres qu'on lui a donné mais non il n'a jamais laissé mourir des marins ennemis lors d'un naufrage.

- Walther Funk (1890-1960): Ministre de l'économie de 1937 à 1945. Il fut condamné à la prison à vie. Il fut libéré en 1957 pour raisons de santé.

- Albert Speer (1905-1981): Architecte de Hitler à partir de 1937, ministre des armements et de la Production de guerre de 1942 à 1945. Il fut reconnu coupable et condamné à 20 ans de prison. Il fut libéré en 1966.
entretien très court.

- Baldur Von Schirach (1907-1974): Chef des jeunesses hitlériennes, gouverneur de Vienne en 1940. Condamné à 20 ans de prison il fut libéré en 1966. Il s'installa dans le Sud-Ouest de l'Allemagne.

- Fritz Sauckel (1894-1946): Ministre plénipotentiaire pour la mobilisation de la main-d'oeuvre de 1942 à 1945. Reconnu coupable il fut pendu le 16 octobre 1946.

- Alfred Jodl (1890-1946): Chef d'Etat major des opérations du commandement suprême des Forces armés (OKW) de 1939 à 1945. Condamné à mort et pendu en 194§ il fut innocenté en 1953 à titre posthume.

- Franz von Papen (1879-1969): Chancelier en 1932, vice-chancelier en 1933-34, ambassadeur d'Autriche en 1936. Reconnu non coupable. Le tribunal de dénazification le reconnu coupable mais fut libéré en 1949.

- Constantin von Neurath (1873-1956): Ministre des affaires étrangères de 1932 à 1938. Il fut condamné à 15 ans de prison. Il fut libéré pour raisons de santé.

- Hans Fritzsche (1900-1953): Haut fonctionnaire au ministrèe de la propagande de Goebbels et chef de la division radio à partir de 1942. Acquitté à Nuremberg, il fut condamné par un tribunal de dénazification et libéré en 1950.

Léon Goldensohn a aussi interrogé les témoins du procès, relayé dans une seconde partie du livre. Un ouvrage fort et étonnant. A lire pour tous ceux que la seconde guerre mondiale intéresse.

jeudi 24 février 2011

Micki Pistorius - documentaire

Voici un documentaire en plusieurs partie, que vous trouverez sur Youtube sur Micki Pistorius. Malheureusement (pour certains) il est en anglais (et en anglais d'Afrique du Sud) mais il reste compréhensible.


mercredi 23 février 2011

Profileuse: une femme sur la trace des serial killers - Stéphane Bourgouin

Micki Pistorius est la première femme au monde à avoir exercé le métier de profiler et à traquer les serial killers. Elle a enquêté sur près de quarante cas de tueurs en série, et les profils psychologiques qu'elle a établis ont permis l'arrestation d'une douzaine de ces assassins hors norme. Durant, plusieurs mois, Stéphane Bourgoin a accompagné Micki Pistorius dans son travail quotidien, sur les scènes de crime, dans les morgues, les commissariats et jusque dans les prisons de haute sécurité où elle recueille les hallucinantes confessions de serial killers pédophiles, cannibales ou nécrophiles. Dans cet ouvrage, Micki Pistorius accepte de livrer certains de ses secrets de profilage, et nous fait partager sa terrifiante plongée au cœur des ténèbres.

Avec ses 20000 meurtres par ans, ses 30 000 tentatives de meurtres, ses 50 000 viol, ses 300 000 agressions violentes et ses 5 000 enlèvements par ans, l'Afrique du Sud est l'un des pays les plus dangereux du monde. C'est également un de ceux qui compte le plus de tueurs en série. Ce n'est donc pas surprenant de voir Stéphane Bourguoin, spécialiste français en matière de criminologie, s'intéresser à ce phénomène. Il nous livre ici le portrait de Micki Pistorius, première femme profileur du monde.

Ce livre est proprement terrifiant, car sous les paillettes glamour d'Hollywood, se cache la réalité sordide de Micki Pistorius.
Ce qui est particulièrement étonnant aux premiers abords pour le lecteur est Micki Pistorius elle-même. Si vous vous imaginiez des profileuses du type Angelina Jolie dans Salt, vous serez plutôt déçus. Micki Pistorius n'a rien d'une héroïne de film d'action et pourtant...

Au départ, Micki n'était pas destinée à devenir profileur. Journaliste plutôt connue sur la chaîne SABC, elle suit des études de psychologie à l'Université de Pretoria. Un de ses professeurs lui demande alors de faire son mémoire sur les tueurs en série. Ce travail, proprement brillant, même si l'auteure ne s'en rend pas compte, atterrit entre les mains du chef de la police sud-africaine qui décide de l'embaucher comme profileur. Micki intègre la police en 1994.

Son premier cas sera celui de l'étrangleur des gares qui tue 22 jeunes adolescents noirs entre octobre 1986 et mars 1994. C'est à travers ce genre de cas que Stéphane Bourguoin nous dévoile les méthodes de la profileuse. Les cas choisis sont choquants, car vrais, il ne s'agit pas d'un roman policier et parce que le lecteur se trouve aux côtés de Micki, là où il vaudrait mieux la laisser seule.

Afin de trouver les meurtriers, elle ne cherche pas des empreintes digitales ou des preuves tangibles, elle laisse cela à la police dont elle n'est qu'une canne, un soutient. Micki se laisse envahir par la scène de crime et tente d'entrer dans l'esprit du meurtrier. La démarche est à la fois étonnante et terrifiante car cette femme vit avec les meurtriers qu'elle traque. Pour établir leur profil, elle doit les comprendre, comprendre l'incompréhensible.
Lorsqu'elle finit par les arrêter, elle les écoute, recueille leurs confessions, des confessions horribles et inimaginables.

Micki Pistorius explique assez froidement qu'il est impossible de réhabiliter un tueur en série: «Dans les premières années de son développement, le futur criminel fait une fixation et cela lui prend environ vingt ans pour devenir un serial killer. Quand ces individus commencent à tuer, ils en tirent de la satisfaction, cela satisfait leur besoin profond d’existence. Et ils deviennent des accros et dépendants. […] Ce sont des personnes qui souffrent énormément et qui expriment cette immense douleur en infligeant de terribles souffrances à leurs victimes.»

La création de profil est un travail long et laborieux qui demande beaucoup d'énergie et de concentration. Cependant, il est précieux pour la police même s'il ne peut se substituer à lui. Les deux entités ont besoin l'une de l'autre pour arriver à leur fin. Le résultat en vaut la peine, car sur certains profils, Micki Pistorius réalise presque un sans faute, détaillant l'aspect physique du suspect, son niveau social, sa vie et même la couleur de la voiture qu'il conduit.

Toutefois, cela demande beaucoup d'efforts et Micki Pistorius vit hantée par de terribles cauchemars et de douleurs moments d'épuisement. La pression est finalement trop forte et elle démissionne en 2000.

Sa plongée dans les ténèbres lui a coûté sa vie de femme. Mariée à son entrée dans la police, elle divorce presque immédiatement et a vécu ces longues années seules avec ses peluches.
Cette anecdote m'a profondément marqué. Elle raconte qu'elle travaille toujours avec une peluche sur elle. Il s'agit d'un rempart contre tout ce mal, une présence rassurante et innocente à ses côtés. Néanmoins, à la fin de chaque enquête, lorsqu'elle rentre enfin chez elle, Micki laisse la peluche au rez de chaussée. Elle ne regagne pas immédiatement le panier à peluche du premier étage, car sinon: "les peluches parlent entre elles et je ne peux pas dormir".

Le livre de Stéphane Bourguoin est passionnant, cependant, une fois l'ouvrage refermé, vous vous plongerez avec délice dans un Jane Austen, bien loin des horreurs du quotidien de Micki Pistorius.






samedi 17 juillet 2010

Le livre rouge de Jack l'Eventreur - Stéphane Bourgoin

Du 31 août au 9 novembre 1888, à Londres, cinq prostituées sont épouvantablement massacrées. Ces cinq misérables victimes et dix semaines de terreur sont à l'origine d'une énigme et d'un mythe qui durent depuis plus d'un siècle.
Jack l'Eventreur était-il de sang royal? Etait-il médecin ou franc-maçon? A-t-il écrit un journal intime relatant ses méfaits?

Stéphane Bourgoin, spécialiste des tueurs en série, nous offre un excellent essai sur Jack l'Eventreur. Sans spéculation ni grand déballage de contre-vérité, il nous emmène dans le Londres misérable du Est-end, et nous fait découvrir un à un les protagoniste de l'affaire. Dès le début du livre, Stéphane Bourgoin nous met en garde: il ne s'agit en aucun cas de porter un jugement définitif sur l'affaire Jack the Ripper mais seulement de reprendre une à une les pièces du dossier de Scotland Yard et à la lumière des sciences modernes de donner un portrait psychologique du tueur. De la même façon, Stéphane Bourgoin donne son avis sur la probabilité ou non pour qu'une victime soit belle et bien une victime de Jack l'Eventreur.

Le livre se compose de trois parties. Dans la première, il expose clairement les faits, donne des extraits de rapports de police, de témoignages, d'autopsies et livrent les conclusions de l'époque, ainsi que ses propres remarques sans toutefois trancher la question. Il passe en revu les grandes caractéristiques de l'époque (la prostitution, la presse, la police etc.), les victimes (leur histoire, leur dernier jour et les rapports d'autopsie complet) et les différents suspects de la police et de la presse.
Il explique notamment que la thèse du Duc de Clarence n'est pas fondé, tout comme celle d'un médecin (l'assassinat de Mary Jane Kelly montre plus une folie meurtrière qu'une chirurgie maîtrisée) ou d'un franc-maçon (il n'y avait pas de message ésotérique près des corps, c'est une invention de la presse) ne tient pas une seconde face au dossier de l'affaire. L'antisémitisme généralisé et la passion des anglais pour l'ésotérisme expliquent en parti le déchaînement de la presse et leur inexactitude. De même il étudie les lettres "envoyées" par Jack l'Eventreur à la police. Les lettres "Cher Boss" sont en fait l'oeuvre d'un brillant journaliste. En revanche celle marquée "From Hell" et le rein envoyé avec laisse encore des doutes dans les esprits. Il décrit enfin les suspects potentiels et les suspects historiques que les protagonistes de l'affaire avait désigné (les inspecteurs chargés de l'enquête). Tout au long de cette première partie, Stéphane Bourgoin tente aussi de montrer les défauts de la fiction, il explique notamment que le personnage de Frederick Abberline, popularisé par la série sur l'Eventreur (rôle joué par Michael Caine) et le film From Hell (rôle joué par Johnny Depp) sont très éloignés de la réalité. Frederick Abberline s'occupait du côté bureaucratique de l'affaire et n'avait jamais lu un seul rapport d'autopsie.

Dans la seconde partie de son ouvrage, Stéphane Bourgoin propose 9 récits ayant pour personnage principal Jack. Récits distrayants laissant libre cours à l'imagination ils offrent un éclairage plus populaire et mythologique du tueur de la nuit (en réalité l'un des meurtres de Jack l'Eventreur fut commis en plein jour).
Enfin, la troisième partie du livre est consacré à une grande bibliographie et filmographie sur le sujet.

Ouvrage clair et bien construit il donne une très bonne approche de ce "premier" tueur en série de l'histoire et une plongée passionnante dans ce mythe finalement si peu connu.

Quelques pistes sur l'affaire Jack l'Eventreur:

Victimes:

— Emma Smith (victime supposée): veuve et prostituée, attaquée par 3 jeunes gens le 3 avril 1888, décède le 5 avril 1888. Incluse dans le dossier de Jack l'Eventreur bien qu'il soit évident qu'il ne s'agisse pas d'un de ses crimes.
— Martha Tabram: prostituée de 39 ans. Retrouvée poignardée de 39 coups de couteau dans George Yard Building à 3h du matin le 7 août 1888. Probablement la première victime de l'éventreur même s'il y a encore des interrogations à ce sujet.

— Mary Ann Nicholls (première victime sûre de Jack l'Eventreur): dite Polly, âgée de 43 ans. Mariée en 1864 à William Nicholls, 5 enfants mais ils vivaient séparés. Prostituée occasionnelle. Assassinée dans la nuit du 30 au 31 août 1888. Vue pour la dernière fois à 2h30 du matin par Ellen Holland. Découverte dans Buck's row, elle a probablement été assassinée sur place. Deux entailles très profondes à la gorge laissant voir la colonne vertébrale.

— Annie Chapman: vrai nom Eliza Smith, 47 ans. Mariée à John Chapman décédé en 1886, 3 enfants. Taille, 1m52. Vue pour la dernière fois à 5h30 du matin par Elizabeth Darrell le 8 septembre 1888. Retrouvée assassinée au 29 Hanbury Street. Visage contusionné, l'estomac a été placé sur son épaule gauche, la gorge est tranchée en deux endroits comme pour Mary Ann Nicholls, l'utérus et le vagin on été enlevés et n'ont pas été retrouvés.

— Elizabeth Stride (Stéphane Bourgoin avance l'hypothèse qu'il ne s'agisse pas d'un meutre de l'enventreur, car le meurtrier agit devant témoin, il est ivre et insulte un passant, ce qui ne colle pas avec les précédents meurtres.) dite "Long Liz" née à Gustafsdotter en Suède, âgée de 45 ans. Découverte le 30 septembre dans Dutfield's Yard la gorge tranchée (elle est véritablement morte de cette blessure tandis que les autres victimes de l'Eventreur ont d'abord été étranglées avant d'avoir la gorge tranchée).

—Catherine Eddowes: assassinée la même nuit (30 septembre) 45 min après Elizabeth Stride. 46 ans, est assassinée à 1h45 du matin. La gorge est tranchée, l'estomac est posé sur l'épaule droite, l'utérus est enlevé et pas retrouvé, les yeux sont tranchés ainsi qu'une partie de la joue.

—Mary Jane Kelly: dite "Ginger" ou "Black Mary", la plus jeune, 25 ans et la plus jolie. Prostituée. Assassinée dans sa chambre le 9 novembre 1888. Le corps est massacré, les membres et les organes coupés sont disposés sous sa tête, sur la table de nuit ou de part et d'autre du corps. Le visage est méconnaissable et le coeur a disparu, il n'est pas retrouvé.

Fausses victimes: Annie Farmer, Rose Mylett, Alice Mckenzie, le cadavre de Pinchin Street et Frances Cole.

Trois suspects "historiques" (c'est à dire désignés par les autorités de l'époque):
— Aaron Kosminski: suspecté par Macnaghten, Swandson et Anderson. Coiffeur juif polonais il arrive à Londres en 1882. Interné en 1890 il est déclaré fou depuis 1888 (ce qui collerait à la théorie que Jack aurait arrêté ses meurtres car il serait mort ou interné). Fou à tendance perverse il aurait menacé sa soeur avec un couteau. S'il y a quelques incohérences, notamment sur le laps de temps très long qui sépare le meurtre de Mary Kelly à son internement en 1891, il est le seul suspect qui ait été soupçonné par trois des plus importants chefs de la police.

—Montague John Druitt: soupçonné par Melvill Macnaghten. Il se suicide le 31 decembre 1888 ce qui est pour Macnaghaten une preuve de sa culpabilité. Malgré tout les preuves de sa culpabilité manquent cruellement, certaines furent détruites par Macnaghaten lui-même.

—Michael Ostrog: criminel endurci, doté de tendance suicidaires, condamné à de nombreuses reprises. Escroquerie, vagabonderie, vols...

De tous les profils présentés, Aaron Kosminski présente la plus grande ressemblance avec l'Eventreur mais des recherches plus poussées s'imposeraient car dans l'état actuel des choses, cette solution est peu concluante.