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jeudi 27 février 2014

La belle et la bête - Gans (2014)


Résumé (pour ceux qui vivraient dans des grottes/bois/ruines sans livre): Un riche marchand se trouvant ruiné, décide de déménager avec ses trois garçons et ses trois filles, à la campagne. Un jour, recevant de bonnes nouvelles de la ville et se croyant de nouveau riche, il promet à ses enfants de leur ramener des cadeaux. Belle, la plus jeune demande alors qu'il lui ramène une simple rose. Malheureusement, les bonnes nouvelles tournent court et le père doit rentrer chez lui. En chemin il s'égare, tombe dans un château enchanté et est couvert d'or par son généreux protecteur mais outrepassant l'hospitalité de son hôte, il se voit lié à échanger une vie contre la rose qu'il a prise. Belle décide donc de prendre la place de son père. 

CASTING

La bête / Le Prince ................................................ Vincent Cassel
Belle ...................................................................... Léa Seydoux
Le père .................................................................. André Dussollier

Perducas ................................................................ Eduardo Noriega
Astrid .................................................................... Myriam Charleins
Clothilde ............................................................... Sara Giraudeau
Anne ...................................................................... Audrey Lamy
Jean-Baptiste ......................................................... Jonathan Demurger
Maxime ................................................................. Nicolas Gob
Tristan ................................................................... Louka Meliava
La princesse .......................................................... Yvonne Catterfeld



De tout temps la Belle et la bête a été, et reste, mon conte préféré. Je connais toutes les versions depuis l'antiquité grecque et le mythe d'Eros et Psyché jusqu'aux réécritures modernes. J'ai bien sûr vu, entre autre, la version de Cocteau, que j'adore, et celle de Disney, que j'aime tout autant pour d'autres raisons.  Il se trouve aussi que j'aime Christophe Gans, notamment pour son superbe Pacte des loups, un film travaillé tant au niveau esthétique que du scénario, avec une bonne brochette d'acteurs qui savent ce qu'ils font. 

Les deux ensembles, c'était presque un gage de qualité. Même si je ne suis pas une grande fan de Léa Seydoux, on va dire que ça dépend des films, Vincent Cassel en bête, je ne pouvais pas vraiment manquer ça. Oui je suis faible et j'ai depuis toujours une faiblesse pour Vincent Cassel, l'érotisme qu'il dégage et sa voix qui me ferait faire n'importe quoi. Chic, chic, chic donc?

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On est d'accord

Non pas trop en fait. Je suis d'autant plus déçue que le film ne manque pas de bonnes idées mais qui ne sont jamais totalement exploitées. J'aurais eu moins de mal à lui pardonner si au moins un élément dans le film semblait abouti, ce qui n'est même pas le cas. Malheureusement, la technique ne comble  pas les lacunes et les failles de la narration, au contraire, les deux entraînent irrémédiablement le spectateur à comtempler une œuvre inachevée et froide. 

Je dois admettre en revanche qu'on ne peut pas reprocher à Christophe Gans d'avoir travaillé son univers. On sent très bien un lourd travail de recherche tant dans les décors, les costumes ou l'atmosphère. C'est indéniable. De la même façon on sent un lien très net avec Le pacte des loups, que je ne peux que vous conseiller. On retrouve le même travail sur l'esthétique, le jeu des couleurs sur les robes de Marianne (Émilie Dequenne) ou de Belle, la façon de filmer les acteurs et notamment les actrices, ce jeu de lumières et sur les textures etc. Que ce soit sur les peaux des acteurs et surtout des actrices où sur l'importance de la nature dans ses films, la pluie pour le Gevaudan, la neige pour La belle et la bête, la patte de Christophe Gans est bien là. Seulement, si dans Le pacte des Loups j'appréciais le mélange qu'il créait entre le Gevaudan et les effets spéciaux, ici tout est numérique, trop. Que ce soit la maison de Belle ou le château (et par extension le domaine) de la bête, il n'y a rien de réel dans cet univers, tout, depuis les roses, jusqu'aux pièces du château semble artificiel.

Paye ton ambiance!
Vous me direz "c'est bien mignon mais nous sommes quand même dans un conte de fée, artificiel? Normal". Hum...non. Je ne remets pas en cause la qualité du numérique utilisé, on sent la précision, et l'ensemble est très loin d'être laid comme ce serait le cas de mauvais effets spéciaux ou numériques. Mon problème vient plutôt de l'univers choisi. J'ai eu, tout le long du film, l'impression d'être dans l'imaginaire d'une enfant de huit ans, biberonnée aux Waltz Disney à l'ancienne. Sans aucun doute je suis sûre que j'aurais adoré l'univers de Gans gamine mais je suis plus vieille et ce décors pseudo médiévale-elfique m'a juste écœurée comme un bonbon trop sucré. En fait, je trouve l'ensemble assez "emprunté" à l'ambiance de la série Once up on a Time, le soucis étant que OUAT sonne kitch parce qu'elle ne se prend pas au sérieu. En jouant avec les codes des contes de fée, elle reproduit un univers sucré et féeriquement enfantin mais en s'en foutant royalement, or Gans est affreusement sérieux. Pas de second degré dans son La belle et la Bête.

J'ai eu également un problème avec l'expression de la temporalité dans le film. Puisque nous sommes dans un conte, il m'aurait semblé convaincant de ne pas situer l'action dans le temps. Après tout, il s'agit d'une bulle dans le temps, sanctifiée par les mots "once upon a Time". Seulement ici, j'ai eu l'impression que tout était melangé. Le début fait penser au XIXeme siècle, notamment dans les costumes du père de Belle et de ses frères, les sœurs font plus début XIXeme, les robes de Belle dans le château de la Bête sont connotées XVIIIeme et l'histoire de la bête et de son épouse est bien implanté dans un XVIeme siècle largement fantasmé. Comme pour le reste, j'ai eu l'impression qu'on ne savait pas trop où on allait. J'aurai sans doute préféré une uniformité, histoire de ne pouvoir être perturbée par aucune période historique. 

L'impression globale que j'en retire, est surtout une froideur d'images, un univers de papier glacé qui ne m'a pas convaincu et l'idée générale que Gans ne sait pas à qui s'adresser: aux enfants? Aux adultes? Que ce soit la froideur ou l'incapacité du film à savoir à qui il s'adresse se retrouve d'ailleurs dans la narration elle-même. On bascule complètement d'un film pour enfants à un film pour adulte sans jamais trouver le ton juste, ce qui n'arrange pas les lacunes du scénario. 

Ce qui n'arrange pas le scénario, c'est que le film est joué avec les pieds...par la barbe de Merlin quelle horreur!
Hebergeur d'image

Non sérieux....il n'y avait aucun bon acteur français disponible? Ils ont tous l'air de sortir d'un cours de théâtre pour débutant. Je refuse tout bonnement de parler de Léa Seydoux, qui est une véritable catastrophe ici. Il n'y a que. Vincent Cassel qui a l'air de savoir ce qu'il fait et de ne pas trop s'ennuyer et encore, lorsqu'il joue le prince, parce que lorsqu'il joue la bête...Ceci dit, l'actrice allemande qui interprète la princesse meurt mieux que Marion Cotillard et c'est un vrai soulagement. Au moins si le film passe à l'étranger, nous n'aurons pas honte pour ça. 

Malgré tout, il y a de bonnes idées qui donne quand même de l'espoir, Gans n'avait pas complètement la tête ailleurs. 
Le film s'ouvre sur le conte lui-même, lu par une maman - dont on ne voit que le bas du visage de profil - à ses deux enfants. C'est assez classique, on sait en quelques secondes où Gans veut en venir mais ce n'est pas vraiment gênant dans la mesure où cela introduit le conte et offre un jeu de miroir sympathique. Après tout, nous n'allons pas voir la belle et la bête pour voir une toute nouvelle histoire dont on ne connaîtrait pas à l'avance le déroulement. Même si Léa Seydoux n'est pas la meilleure conteuse du monde, ça passe plutôt bien. C'est exactement la même chose avec l'histoire de la princesse et du prince. On comprend très vite pourquoi la Princesse est perturbée par l'obsession de son mari pour cette biche dorée mais là encore, je n'ai pas trouvé que cela gênait. En revanche j'ai trouvé un peu plus dérangeant le fait qu'après un mois à la campagne, le potager de Belle soit plein de citrouilles, de salade et d'autres légumes, mon petit doigt me dit qu'il faut un peu plus d'un mois pour faire pousser des citrouilles aussi grosses qu'une tête de statue du château de Versaille. Quand en plus elle rajoute à la traditionnelle demande du paternel "que veux-tu que je te ramène?" "Une rose, je n'ai jamais réussi à en faire pousser ici".

 photo indy10.gif

What? Oui...un mois et elle désespère déjà de faire pousser une rose. Sachant qu'elle fait pousser des citrouilles et que durant une grosse partie du film il neige à énormes flocons, on peut légitimement penser que l'action se passe vers la fin de l'automne début de l'hiver - voire carrément en hiver si on considère les montagnes de neige qu'il y a dans le film: est-ce qu'elle sait que ce n'est pas vraiment la saison? *Facepalm* 

En plus de cette ouverture intéressante, Gans a su réutiliser certains éléments du conte original et les réinterpréter. Les roses sont présentes partout et en quantité même jusqu'à l'écoeurement, notamment en envahissant chaque centimètre carré du château et du jardin de la bête. Le miroir de la bête, censé lui montrer ce qu'il veut voir, est ici utilisé pour montrer à Belle l'histoire du prince/Bête. Ces flash back et la présence des miroirs étaient plutôt bien vu malheureusement - en ce qui concerne la séquence des miroirs, nous reviendrons sur les flash back - l'effet tombe à plat car les scènes se répètent dans le même schéma: Belle courant au ralenti vers le miroir qui bascule/s'inverse etc pour laisser place à la seconde histoire. Ces séquences font penser à des publicités pour du parfum et m'ont instantanément fait sortir du film. 

Le plus gros problème du film reste tout de même l'inconsistance des personnages et le fait que l'on ne croit pas une seule seconde à l'histoire d'amour qui est en train de naître (?) sous nos yeux, mais alors pas-du-tout. 

Ce n'était pas du tout mal vu l'idée de donner de la profondeur au prince en développant son histoire, ici avec sa femme et la biche doré. C'était donner à son récit une nouvelle tournure qui le différencie profondément de ce qui a été fait avant. Sur papier, cela permettait à la fois un joli contraste entre le prince et la bête mais aussi de donner du relief au personnage de la bête tout en restant centré sur le personnage de Belle puisque c'est son point de vue qui dirige la narration.
Oui, sur papier c'était génial sauf que c'est raté et à de nombreux points de vue. 

Tout d'abord dans les flash back où le Prince est mis en scène aux côtés de son épouse, c'est de cette dernière dont on adopte le point de vue, du coup on voit finalement très peu le Prince. L'intrigue de la biche dorée, nymphe des bois faite femme et du père Dieu des bois - un thème très XVIeme siècle qui m'a fait penser à la chanson "La blanche biche" - était intéressante en soit mais elle retire au prince toute la cruauté qu'il est censé posséder. Il n'est pas vraiment égoïste, il chasse une biche - il est d'ailleurs moins cruel que Renaud dans la chanson de la blanche biche - dans ces conditions je vois mal la rédemption qu'il peut y avoir dans sa relation avec Belle. Parce que c'est bien de cela dont il s'agit: un homme, puni pour son comportement qui s'ammende auprès d'une femme qui lui apprend l'amour. Là, il l'avait déjà et il regrette amèrement son erreur. Le personnage n'a aucun relief. En plus, je ne sais pas pourquoi, mais une fois transformé en bête, il a l'air vachement plus petit et honnêtement....il ne fait pas peur. La bête de Gans ressemble à un gros chat.
Dans la photo promotionnelle du film, avant même que l'on ait les premières images, Vincent Cassel posait avec ses vrais traits. J'aurai adoré que Gans conserve cette idée et travaille sur une bête humaine et sur la vraie transformation. Je suis sûre que cela aurait largement mieux fonctionné que l'interprétation qu'il a choisi ici, d'autant plus que niveau bête humaine, Vincent Cassel nous a prouvé dans Le pacte des Loups qu'il était capable d'être excellent. 

Le second problème que l'utilisation des flash back posent, est le fait que la relation Prince/Princesse est finalement plus développée que la relation Belle/Bête qui est, elle, carrément inexistante. Ils se parlent trois fois au diner, pour s'engueuler. En revanche, on sent très bien la tendre et même sensuelle relation qu'entretiennent le Prince et la Princesse, c'est finalement l'Histoire qui m'a le plus intéressée... Cela ne fait que mettre encore plus en avant ce manque dans la relation Belle/Bête. Au moment où Belle apprend pourquoi il a été transformé en bête, donc au moment où l'histoire commence, elle se termine déjà avec l'attaque du château. Christophe Gans a privilégié l'action (course poursuite, bataille) au développement des relations des personnages et c'est un très mauvais calcul car plus encore que l'action, ce qui importe dans la Belle et la Bête c'est comment la Belle, par sa personnalité, sa gentillesse et son amour transforme ce prince corrompu, cette bête, en homme aimant.
Cela donne du coup l'impression assez désagréable que Belle n'agit ici qu'en pâle copie de la Princesse. Ce n'est d'ailleurs pas tellement une impression si l'on regarde les deux actrices: même blondeur - artificielle chez Seydoux qui aurait dû garder sa couleur dorée naturelle qui la rend moins maladive - même boucles. Cela va jusqu'aux plans identiques des deux femmes, se penchant et embrassant leurs chiens. Ça m'a profondément dérangée car non seulement on ne peut pas croire que la Bête l'aime pour elle-même mais pire, les femmes sont remplaçables du moment qu'elles conservent quelques caractéristiques, au choix, blondeur, beauté...
(note: je voulais vous montrer les deux actrices côte à côte mais je n'arrive absolument pas à trouver une image d'Yvonne Catterfeld dans le film...elle passe complètement à la trappe, tout comme les photos de Cassel en prince).

Vous vous en doutez, puisqu'on se demande comment la Belle et la Bête tombent amoureux l'un de l'autre, le film est froid. L'érotisme et la sensualité sont les deux grands absents, ils se sont faits porter pâle. C'est d'autant plus flagrant que les photos promotionnelles du film sont largement plus sexy que le film en soit. Ils ne se touchent pas, la seule amorce de baiser un peu palpitant se finie par la Belle qui s'enfonce dans un lac gelé! Si, si, je vous jure. Cela dit, cela résume assez bien la portée sensuelle du film.  Quant à la scène de transformation, elle est plutôt sobre. Soit. Gans évite une transformation à la Walt Disney qui risquait d'être très laide au final mais comme d'habitude une bonne idée est balayée dans la foulée par un truc absurde. La bête redevient le prince, la caméra prend un peu de hauteur pour voir la Belle se pencher sur la bête endormie qui barbote dans la flotte et...rien. Allez hop, c'est fini au dodo, y a plus rien à voir, moi je vais rouler une pelle au jardinier. La transition m'a brûlé la rétine! Dans le genre, absence total de romantisme et ou de tension amoureuse ça se pose là.

Ouais le petit truc dans le fond,c 'est le jardinier  prince
Toute la symbolique du conte est zappée: pas de découverte de l'autre, de passion, or c'était le propos du récit de Madame de Villeneuve. A l'image de l'esthétique du film, le résultat est froid.

On en vient au point qui fâche vraiment, mais alors, vraiment beaucoup? Vincent FRACKING Cassel. Quand vous choisissez Vincent Cassel, l'acteur qui dégage le plus de testostérone de tout le cinéma français, le type qui vous fusille du regard et qui vous envoute avec la voix la plus sexy de la planète - avec Richard Armitage - c'est que vous voulez donner à votre film du piquant. Non parce que dans Le pacte des loups, il émane de lui quelque chose d'assez bestial, de dérangeant, de brut mais aussi de très attirant - et ne parlons pas du reste de la filmographie de Cassel qui sait tout faire. Pour rappel Vincent c'est ça:

Hebergeur d'image
Je m'excuse pour ce gif misogyne mais franchement...sexy or not sexy?

Et ça:


Et ça:


Et ça:

Et ça:

Et ça:

Bref. Vincent Cassel c'est de l'hormone en furie. On aurait donc pu légitimement supposer avoir une Bête vraiment bestiale, un Prince véritablement naughty...mais non. Rien, que dalle, nada, niente, nothing etc. C'est comme si on prenait Clive Owen - autre grand mâle testotéroné - pour le rouler dans du jambon et basta. Un pur gâchis. Le prince est bien mais peu présent, la bête est lisse et sans personnalité ce qui ruine totalement ce grand acteur. Je reviens à mon idée initiale de la bête humaine ça aurait eu plus de gueule - excuse my French.

On aurait tord de croire que la bête est le seul personnage atteint de platitude extrême. Au contraire, c'est même le plus développé. C'est dire... Tous les personnages sont inconsistants. Pire, ils sont réduits à être des archétypes de personnages de contes: le père gentil mais un peu dépassé, le frère qui dilapide l'argent de la famille, le pseudo-poète, les sœurs frivoles, la belle princesse, le méchant cupide etc. On ne sait pas qui ils sont à la fin du film. Je refuse de parler du méchant, Perducas (non ceci n'est pas une blague), l'acteur est carrément doublé. Je ne vois pas l'intérêt de prendre un acteur étranger pour le doubler, un petit accent serait mieux passé. Astrid ne sert à rien hormis à faire des prédiction catastrophique - non sans blague! Belle est de loin la pire: alors qu'elle est censée être l'héroïne, le spectateur ne parvient pas à la cerner. Elle passe d'une émotion à une autre sans cohérence. Elle est triste puis minaude, elle essaye d'être rebelle puis joue à la pétillante. Elle agace plus qu'elle ne convint. On ne ressent aucune empathie, le spectateur n'est jamais de connivence avec la Belle. On ne croit pas plus à ses saillies qu'à ses angoisses.

J'aimerais finir cette chronique sur la mention des tadums...oui les tadums, la horde de petits chiens de la princesse condammés par le paternel à être...super mignon? Ils ressemblent à des cavaliers King Charles avec des gros yeux. C'est proprement ridicule parce que ça tombe à plat, surtout la mention "ils devinrent les meilleurs amis de Belle". Quoi? Ils passent leur temps à se planquer, elle n'arrive jamais à en choper un et leur seule interaction c'est quand Belle leur fait une blague, cachée derrière un rideau. Youpi c'est l'éclate totale! *Facepalm*

Les Tadums, comme l'esthétique sucrée, l'absence de sensualité, montre que Gans ne sait pas ce qu'il veut faire de ce film. On sent qu'il essaye de ménager la chèvre et le chou, de faire un film familial tout en attirant les adultes mais ça ne fonctionne pas. A jouer sur les deux tableaux, Gans nous propose un conte revisité froid, sans saveur qui n'arrive jamais à parler au spectateur. Une déception.

dimanche 19 janvier 2014

Albator, corsaire de l'espace - Shinji Aramaki (2013)



Résumé: Il y a un siècle, une guerre terrible éclata. Les colonies humaines éparpillées dans l'espace étaient en train de mourir et les colons voulurent rentrer sur une Terre, trop petite pour tous les accueillir. Les humains pensaient mettre fin au conflit en se raccrochant aux enseignements de la coalition GAIA mais l'humanité ne survivra plus très longtemps. La coalition GAIA a fait de la Terre un sanctuaire inviolable. Albator, pirate de l'espace au commande du vaisseau fantôme l'Arcadia, se bat depuis un siècle contre la coalition. Voyageant à travers l'espace, il représente une menace pour GAIA qui envoie un agent infiltré pour l'assassiner. Que découvrira Yama sur l'Arcadia?

CASTING

Réalisation .................................................. Shinji Aramaki
Scénario ...................................................... Harutoshi Fukui et Kiyoto Takeuchi d'après l'oeuvre de Leiji Matsumoto
Animateur de l'infographie .......................... Semin Tho
Albator ......................................................... Shun Oguri / Mathieu Moreau
Miimé ........................................................... Yü Aoi / Marcha Van Boven
Yattaran ........................................................ Arata Furuta / Martin Spinhayer
Yama ............................................................. Haruma Miura / Pierra Lognay
Esra (Isora en VO) ........................................ Toshiyuki Morikawa / Michelangelo Marchese
Nami ............................................................. Mäya Sakamoto / Sophie Frisson
Kei Yûki ....................................................... Miyuki Sawashiro / Delphine Moriau
Narrateur ...................................................... vf. Richard Darbois


Albator c'est beau...et chiant. dixit La Dame. Amen!

Ce qui rend cette chronique horrible à écrire....j'en ai marre!

Je ne suis pas une génération Albator. Je suis née un tout petit peu trop tard pour ça et étant l'aînée de ma fratrie, je n'ai pas eu la chance d'avoir un grand frère ou une grande sœur pour me guider dans les animés de la génération d'avant. Vous vous en doutez donc, je n'ai jamais vu l'animé Albator. Cependant, la bande-annonce du film poutrait grave - pardon pour le terme - et je ne pouvais décemment pas passer à côté. J'aurai adoré le voir en japonais mais il ne passait pas près de chez moi en VO, je l'ai donc vu en VF et je dois admettre qu'elle est tout à fait décente. Pas d'inquiétude donc, si vous voulez tenter l'aventure, niveau traduction d'animé je crois qu'on a eu pire. De plus, à une exception près, les noms des personnages et des navires ont été conservés dans leur version d'origine. Pour les fans de l'animé, ne vous étonnez donc pas si au lieu de votre cher Atlantis on vous parle de l'Arcadia. Avant d'aller au cinéma, je me suis quand même un peu renseignée sur le pitch de départ de la série, ses personnages etc. et en fait, on retrouve pas mal d'éléments de la série même si je ne sais pas trop comment ils les ont utilisé.
Appréciez le détail de la cicatrice
Je vais délibérément commencer par le positif, histoire que cette chronique ne soit pas que désolation. Graphiquement, Albator est magnifique. On retrouve un travail phénoménal sur les textures et l'ensemble si bien que certains personnages ont l'air d'être joués par de véritables acteurs. A l'exception de Kei et de ses seins de l'espace dans une scène complètement ridicule et sortie de nulle part - non sérieux je n'ai pas compris ce que ça foutait là, j'ai adhéré sans aucun soucis à l'esthétique du film. Les scènes de combats dans l'espace sont entraînantes et très belles à regarder. Albator a vraiment la classe et je dois admettre qu'il en impose. On retrouve un ensemble légèrement cyberpunk au niveau de l'Arcadia qui est l'une des grandes réussites du film. L'avant du bateau est somptueux et les effets réalisés sur la matière noire qui l'enveloppe sont proprement hallucinants. Les personnages ont l'air plus vrais que natures. On se fait plaisir à l'oeil et c'est déjà ça, croyez-moi.

Voila. On vient de faire le tour du côté sympa d'Albator, maintenant on va passer à la suite. Bon courage.

Parce qu'à part l'esthétique d'Albator il n'y a pas grand chose à sauver. Le scénario est décousu et parfois franchement incompréhensible. Les partis pris narratifs m'ont laissée pantoise sans compter le vide flagrant dans la construction des personnages.

Albator introduit l'intrigue via les yeux de Yama (ou John David mannequin pour slip de l'armée comme dirait La Dame, je suis désolée mais l'image est trop exacte pour que j'oublie) un jeune homme chargé d'infiltrer l'Arcadia et de tuer Albator. Dès le début on sent que Yama ne sera jamais un personnage crédible.
Physiquement, il aurait pu avoir écrit sur le front "kikoo c'est moi le nouveau Albator" pour aller un peu plus dans le "comment faire une fin prévisible et moisie". La mèche devant les yeux, la dégaine de poseur, tout sent le Albator mal digéré. De plus, c'est par ses yeux que nous sommes censés découvrir le véritable héros du film, le corsaire balafré, mais l'action se concentre tellement sur Yama et ses atermoiements de mes deux tentacules que le pirate au centre du récit fini par passer à la trappe.
A la limite, l'effacement d'Albator au profit de Yama aurait pu être acceptable si seulement ce dernier avait eu un peu de consistance. Seulement, le scénario ne lui donne jamais la place de le faire. Entre son frère, personnage de méchant en mousse, le triangle amoureux ridicule, les membres de l'Arcadia prêt à faire péter le monde parce qu'Albator le demande et ses QUATRE changements de camps en 1h40....rien à sauver je vous dis.

En conséquence, Albator a peut-être la classe mais à part des attitudes de poseurs, quelques grandes phrases déjà entendues mille fois et une chouette aptitude au combat, le personnage reste creux.
Le personnage d'Albator se résume à cette scène....ça claque mais ça ne fait pas un film.
Jamais on n'arrive à le comprendre, ni à percer le mystère du corsaire qui sillonne l'espace depuis 100 ans. Personne ne se pose vraiment LA question au sujet d'Albator.  

Réunion du comité de rédaction du scénario d'Albator:

"Heu dites les gars, dans la bande-annonce on dit qu'Albator est poursuivi par la confédération GAIA depuis 100 ans. Bon je sais qu'on est dans le futur mais ce n'est toujours pas une longévité naturelle quand même. Vous croyez qu'on devrait en reparler à un moment dans le film?"
" Mais tu crois vraiment que ça intéresse les gens? Non ce qu'on veut savoir c'est si les infographistes arriveront à faire la scène des boobs volants de Kei. De la texture, nous voulons de la texture!"
"Non mais j'me disais que Yama aurait pu se poser la question, comme ça...non?"

C'est tout de même un élément dont on entend parler dans la bande-annonce. Le côté pirate maudit ça a quand même son intérêt mais non. Personne ne se pose JAMAIS de questions sur Albator. Quand le mec que vous poursuivez depuis 100 ans n'est toujours pas mort de vieillesse, à mon avis, ça serait utile de s'interroger sec. Et ça vaut pour l'équipage de l'Arcadia. Espèce de république bananière va!

Il faut admettre que les personnages ne sont jamais aidés par le scénario. On l'a vu, en se concentrant sur Yama, le personnage d'Albator disparait et l'intrigue se concentre sur la lutte fratricide d'Ezra et de Yama plutôt que sur la question essentielle de la rédemption d'Albator. De son passé et de son futur.

Albator de Shinji Aramaki aurait pu bien fonctionner malgré tout s'il avait prit le parti pris d'en faire la naissance d'un mythe plutôt que d'essayer maladroitement de conjuguer deux histoires. C'est là que le bât blesse. Albator n'est jamais vraiment compris du spectateur et Yama est une tête à claque creuse. Dur, dur de faire une légende avec ça. Si on compte que non honnêtement je n'ai pas du tout compris son histoire de nœud du temps - cela dit, à part Albator et Mimei je crois que tout le monde était largué - ça vous donne deux tiers du film chiants et incompréhensibles.

Cerise sur le gâteau qui finit par achever cette idée comme quoi Albator, corsaire de l'espace, aurait pu être un film mettant en place le mythe Albator, c'est la fin. On le sentait venir depuis le début que Yama était un mini-Albator: les indices sur l’œil droit infecté par une caméra, la coupe de cheveux etc. Le combat entre lui et Ezra achève de le placer comme le successeur du capitaine de l'Arcadia. La même cicatrice, le même œil en moins... Okay les gars ont a compris merci! C'était un peu lourdingue, certes, mais ça passait.
Alors pourquoi vous faites ressusciter Albator et Mimei pour leur faire tenir les mêmes poses qu'au début du film bordeyl? 360° et nous revoila EXACTEMENT au même point qu'il y a 1h40....WHY oh WHY?

C'est le côté WTF des scénaristes qui ont décidé, après en gros 40 minutes de film, d'en n'avoir plus rien à faire de l'histoire qu'ils étaient en train de raconter.

"Tient Toto et si on terminait le film là où on l'a commencé? Hein, histoire de faire perdre leur temps aux spectateurs."
" Tu as raison Toto bis, faisons ça et allons manger. J'ai faim." 

Vous l'aurez compris, grosse déception pour ce film. Je déteste sortir du cinéma en ne sachant pas exactement ce que j'ai vu et pire, en n'ayant pas compris ce que j'ai vu. Je laisse le mot de la fin au narrateur d'Albator. 

"Albator, capitaine de l'Arcadia navigue à travers l'espace et nul ne sait pourquoi." Voila...

jeudi 9 janvier 2014

Dune de David Lynch (1984) où "Le problème de la bonne adaptation"


Résumé: En l’an 10191 AG (Après la Guilde), une seule substance permet de voyager dans l’espace : l’Épice. Cette substance, la plus convoitée de l’univers, ne se trouve que sur la seule planète Arrakis, aussi appelée Dune, planète aride et hostile, couverte de sable. Le Duc Leto Atréides remplace ses ennemis, les Harkonnens, à la tête du fief d’Arrakis, et part s’y installer avec sa concubine Jessica et son fils Paul. Les membres de la Maison Atréides pressentent un piège, tendu par le baron Harkonnen, mais ils doivent obéir à la volonté de l’Empereur. Peu après leur installation sur Dune, les Atréides sont trahis par le médecin personnel du Duc Leto et décimés par une attaque conjointe des forces Harkonnen et des troupes de l’Empereur. Paul et sa mère parviennent à fuir et se retrouvent seuls survivants de la famille Atréides. Perdus en plein désert, ils y rencontrent les Fremen, peuple indigène d’Arrakis et véritables maîtres du désert. Les Fremen attendent la venue d’un Messie qui les délivrera. Se pourrait-il que ce soit Paul ? (source)

Chronique un peu spéciale aujourd'hui car je vais autant m'intéresser au film Dune qu'à la réflexion que j'en ai tiré. Oui aujourd'hui, on se triture les méninges dans le Terrier!

Pour ceux qui n'aurait jamais vu ce film culte de la SF, Dune, sorti en 1984, est l'adaptation du premier tome de la saga de Frank Herbert publiée entre 1965 et 1985. Le Cycle de Dune est une œuvre complexe et dense qui mêle philosophie, théologie et réflexion sur le genre humain. Bref, ça poutre les amis.

Si vous suivez un peu la page Facebook du blog vous savez que j'adore les chronique du Fossoyeur de films (et maintenant de séries) et que je suis à 99% d'accord avec ses avis. Sa chronique sur Conan conjuguée à l'engouement de mon marin pour ce film ont réussi à me le faire voir et même plus, à l'apprécier alors que croyez-moi, ce n'était pas gagné d'avance. Avec Dune, je dois malheureusement déclarer forfait mais je comprends parfaitement ce qu'il aime dedans. Aussi je pense plus pertinent de vous mettre ici sa chronique complète, car il vous en apprendra plus que moins sur le parcours laborieux du film, ses différents montages et sur la saga de Frank Herbert. Si vous avez envie de découvrir l'univers des romans de Dune, le Fossoyeur, en passionné, vous incitera plus que le film à le découvrir.... 


... Ce qui ne va pas m'empêcher de vous donner ma version du Dune de Lynch (oui parce que balancer la chronique d'un autre à la place de la mienne, ça n'aurait pas été classe du tout...).

Soyons clair, je n'ai pas, mais alors pas du tout aimé. Croyez-moi ça me chagrine plus que n'importe qui d'autre parce que je suis une vraie fan de David Lynch. Si vous ne connaissez pas la série Twin Peaks, je vous conseille de vous jeter sur le magasin de DVD le plus proche - ou la DVDthèque municipale, celle de votre grand frère, petite soeur, whatever you want - et de combler cette lacune. Twin Peaks pour faire court - je suis sûre que j'y reviendrai - c'est un pur concentré de l'imaginaire de ce réalisateur azimuté, servi par un Kyle MacLachlan au menton proéminent et au cerveau à l'envers, le tout dans une micro bourgade des États-Unis. Une série psychédélique, bien ancrée dans son époque et qui pourtant fait mouche à chaque visionnage.

All right buddy!
C'est ça qui me chamboule le plus. Comment le réalisateur de Twin Peaks, Eraserhead ou encore Mulholland Drive a pu faire des choix scénaristiques et de mise en scène aussi tordus?

Avouez, elles sont grave flippantes non?
Le baron c'est le truc moche qui flotte là...
Parce qu'au fond, ne nous leurrons pas, ce n'est pas tant les choix esthétiques de David Lynch sur Dune qui ne fonctionnent pas que sa propre réalisation. Pourtant on aurait pu croire que l'esthétique de Lynch appliquée à Dune aurait été le coeur du problème vu le cinéaste... mais non. Ce qui veut déjà en dire long parce que vu la tronche des images, il y a de quoi s'inquiéter pour la suite. Des exemples? Les membres du Bene Gesserit ressemblent méchamment à des duègnes espagnoles du XVIe siècle en plus flippant, si si c'est possible (look left). Le baron Harkonnen ne ressemble lui à rien, à part à un corps grotesque en décomposition avancée (look right). Quant au gros vers sur Arrakis et bien...le vers de sable de Beetlejuice a juste l'air un peu moins toc. C'est dire. Parce que oui, finalement, cet esthétique de Lynch, à mille lieues de celle du roman - si j'en crois les spécialistes - n'est pas ce que je reproche au réalisateur au contraire. Pour le coup il fait preuve d'une véritable originalité en plus d'une prise de risque bienvenue. En prenant le roman à bras le corps et en lui imposant, parfois de force, une vision bien à lui, David Lynch produit finalement une oeuvre dont on sent pleinement qu'elle est sienne. Et ça...c'est le bien. Attention, cela peut tout à fait déplaire, il ne s'agit pas d'aimer aveuglément une adaptation sous prétexte que l'esthétique est celle d'un réalisateur bien distinct du reste de ses collègues et chacun à le droit d'adhérer ou non à une vision artistique. Appropriation ou non, le film peut quand même se viander gentiment comme c'est le cas ici.

En effet, Dune se perd dans les méandres de sa propre narration. Le problème majeur tient au fait que si vous n'avez pas lu le Cycle de Dune avant de découvrir le film, vous ne pigez rien du tout. L'univers complexe des romans ne parvient jamais entièrement à être traduit dans le film. Je vous avoue maintenant quelque chose: je n'ai jamais lu cette saga. Heureusement pour moi, j'ai visionné le film auprès de quelqu'un qui, contrairement à moi, est complètement fan de l'univers original et qui m'a aidé à décrypter certains morceaux de film qui restaient pour moi complètement obscurs. C'est un défaut incommensurable de ne pas faire rentrer le néophyte de l'univers Dune dans le film - Le marin me signale que pour ceux qui connaisse l'univers c'est peut-être l'esthétique qui du coup empêche de rentrer à fond dedans. Comme quoi, personne n'est jamais content!
J'admets que l'univers de Dune est horriblement dense et que le traduire à l'écran peut s'avérer difficile mais je persiste à penser que plus une œuvre littéraire est dense et complexe, plus la réalisation doit être rythmée et simple afin d'aller au but, tout en se permettant de construire les décors et les ambiances par une foultitude de détails en arrière-plan, appréciables par les fans d'abord et au deuxième voire troisième visionnage ensuite. Or ici, Lynch superpose à une histoire à plusieurs niveaux d'interprétations, une réalisation complexe qui tombe à plat.

De plus, voir David Lynch se prendre les pieds dans la gamelle de la première règle du cinéma me fait mal aux tripes. S'il y a une leçon a retenir du média cinématographique c'est bien la loi du "si tu veux parler de quelque chose, montre le". Or ici, en plus d'afficher une réalisation molle et lente, David Lynch retranscrit littéralement des phrases du roman en les faisant passer par les pensées des personnages. Voir Max von Sydow regarder Kyle MacLachlan et penser pour le spectateur "ce jeune homme fera un excellent dirigeant", sorry mais je m'en fracking tamponne. L'effet est encore plus grotesque lorsque Paul et sa mère sont attaqués par des mercenaires et que durant toute la scène nous avons le droit à l'intégralité des pensées de Jessica Atréides (Francesca Annis) qui semble contempler la scène de l'extérieur...alors qu'elle se fait agresser. Flippant? oui. Hors de propos? Carrément. Ce genre de choix de mise en scène me fait sortir de mes gonds et du film. Je comprends pourquoi David Lynch a tenté cette approche. Par les pensées des personnages il s'agissait sans doute de mieux les caractériser mais aussi de rajouter de la densité au monde représenté et nous faire comprendre quelques ressorts narratifs de Dune, le livre. Seulement voila, cela contrevient en beauté à cette première règle du cinéma et du coup l'effet tombe à plat. Je n'ai pas besoin de Max von Sydow pour comprendre que Paul Atréides est le héros et encore moins que l'on m'en rajoute une couche avec les pensées béates de sa mère. Je préfère nettement voir la caméra se concentrer sur le personnage qui a ce moment précis du film utilise "La voix", élément narratif majeur de la première partie du film. Si encore il n'y avait que ces deux exemples précis, je laisserai facilement couler. Après tout, une petite entorse à cette règle permet parfois d'apporter un peu de fluidité au récit or dans Dune cette "technique" est présente tout le long du film et avec plusieurs personnages. Cela ne fait que rajouter de la lenteur à la réalisation en plus de donner l'impression que David Lynch ne sait pas quoi faire de sa caméra.

On ne va pas charger la mule plus longtemps - que les fans de Dune se rassurent - il me reste un dernier point à aborder: les effets spéciaux. Une chose est claire: le film m'a fait saigner la rétine. Les effets spéciaux, notamment ceux des combats, sont une véritable horreur visuelle. Les boucliers de protection lors des combat font grossiers et même carrément ridicules.

Oui c'est ça les boucliers de protection...
Oui mais Persie t'exagères, le film date de 1984, tu ne peux pas attendre les prouesses de Gravity sur Dune....
Je suis peut-être un peu dure mais....
Oui merci Phoenix...
JURISPRUDENCE Star Wars les amis! Je suis désolée de jouer cette carte là mais le premier Star Wars remonte à 1977 et on avait le droit à des batailles de vaisseaux spatiaux... Je ne suis pas la plus grande fan de Star Wars au monde mais il faut admettre que les trois films (on ne va pas parler des autres n'est-ce pas?) ont bien vieilli, indépendamment des remasterisations parfois catastrophiques de Lucas. Je persiste à penser qu'il aurait dû s'apercevoir du "too much" et que par principe, lorsque cela risque de faire moche, mieux vaut s'abstenir...Je suis sûre que même en 1984 cet effet était déjà hideux.

Vous l'aurez compris, je trouve le film inregardable pour des néophytes de Dune et je remercie les Lords of Kobol de me l'avoir fait regarder en compagnie de mon marin fan de la saga de Frank Herbert, qui m'a répété tout le long du visionnage: "non mais je te jure les livres sont vraiment géniaux". Autrement, je ne suis pas sûre de vouloir toujours découvrir Arrakis, l'Epice et Paul Atréides. Il ne fait aucun doute que le Fossoyeur ne sera pas d'accord avec moi, mais je pense tout de même profondément et honnêtement qu'il faut avoir découvert Dune jeune et connaître l'univers du roman pour apprécier la version de Lynch.

Ne jetons quand même pas la pierre trop vite à ce pauvre David car le "ratage" que constitue pour moi Dune n'est pas entièrement la faute du réalisateur. C'est à partir de là que je me suis posée la question "Qu'est-ce qu'une bonne adaptation?". Après avoir pas mal cogité sur la réponse, ou les réponses, je vous livre quelques unes des pistes de réflexion. 

Une bonne adaptation est avant tout pour moi un film qui arrive à conserver l'essence du matériaux d'origine tout en étant le produit d'une création personnelle d'un•e réalisateur/trice.

Je m'explique. Une bonne adaptation ce n'est pas, comme on le pense souvent, un respect sacré du livre dont il est issu, en adaptant aveuglement 100% des scènes et sous-intrigue du roman en question. Cette mise en image d'un roman n'a aucun fracking intérêt whatsoever. Si l'intention première est de retrouver l'expérience vécue par la lecture du livre: relisez le livre.
Pourquoi? D'une part parce qu'aucun film ne sera jamais - sauf si vous êtes le réalisateur - le produit de ce que vous avez dans la tête. Il y a autant de versions d'une même histoire que de lecteurs. Jamais vous ne vous représenterez tel ou tel personnage de la même manière que votre voisin et c'est naturel puisque votre lecture est le produit de votre personnalité, votre vécu, votre culture et vos références culturelles ainsi que de vos précédentes lectures.
En second lieu et c'est sans doute le plus important, parce que le livre et le cinéma (ou la télévision puisqu'on parle ici d'un support visuel) sont deux médias différents, répondant à des codes et des styles de narration qui leur sont propres.Vous ne pouvez tout simplement pas transférer tel quel les codes du roman dans un film. Adaptation. Le mot est pourtant clair. Il s'agit de modifier le matériau d'origine afin d'en produire un film correspondant aux codes du genre. Pour autant, adapter, faire des coupes ici ou là pour faire rentrer un livre de 300 pages ou plus en un film de deux heures en moyenne n'est pas le seul élément permettant d'en faire une bonne adaptation.

Pour qu'une adaptation soit bonne, il faut également que le film soit le produit de l'imaginaire de son/a réalisateur/trice. En gros qu'il y ait une véritable intention artistique et une patte propre. L'équilibre est extrêmement dur à atteindre et peu - souvent - ne pas plaire car il est normal d'être apostrophé par la vision d'un•e autre sur un univers qui nous est propre ou familier. Cependant, c'est bien l'enjeu d'une adaptation correcte.

Pour bien comprendre ce que je veux dire, prenons quatre exemples. La Stratégie Ender, Hunger games 1, La dame en noir et Harry Potter et le Prisonnier d'Azkaban. Vous vous doutez bien que ces exemples ne sont pas pris au hasard et qu'il y a peut-être déjà une hiérarchie dans mon propos. Si vous pensez cela alors, félicitations nous sommes sur les mêmes ondes cosmiques, sinon, nevermind je vous aime quand même.

La stratégie Ender est le parfait exemple d'adaptation loupée. Loupée car non seulement elle ne sait jamais prendre corps, esthétiquement très jolie mais narrativement vide, elle échoue aussi à faire un véritable travail d'adaptation. Comme le soulignait La Dame, non seulement elle vide le roman de sa substance et de son sens - crime impardonnable - mais le réalisateur se montre également incapable de se décoller de son matériaux d'origine. Alors qu'il s'agissait justement via la caméra de montrer ce qu'élude le roman, le réalisateur reste désespérément collé au récit empêchant ainsi de donner vie aux autres acteurs qu'il dirige.

Hunger Games quant à lui ne souffre pas d'autant de défauts que la Stratégie Ender car il n'a pas lissé les propos du roman. Chez Ender, la violence finissait par être complètement éludée, à peine suggerée pour en faire un film familial. Dans Hunger Games au contraire, le récit est respecté, trop peut-être car ce qu'il manque à ce film, c'est une véritable audace, la marque d'un réalisateur qui, prenant le récit à bras le corps, s'en empare pour nous en donner sa vision quitte à modifier quelques éléments narratifs. Hunger games ne manque pas de plaire aux amateurs du roman, ce qui est parfaitement normal puisqu'il en offre un décalque sympathique mais bien en deçà de ce que l'on attendrait d'un film - il a au moins le mérite de révéler Jennifer Lawrence.
Que ce soit dans Hunger games ou dans Ender, l'ensemble manque d'une véritable interprétation. Agréable copié-collé pour l'un ou lissage total pour l'autre, ça n'en reste pas moins des adaptations qui faillissent à leur but, elles n'adaptent pas, elles transposent, tout en offrant des films grands spectacles plutôt sympathiques.

Avec La Dame en Noir (The Woman in Black) de la Hammer adapté du roman de Susan Hill, nous arrivons dans une autre problématique. Il est bien évident pour ceux qui ont lu le roman que l'intrigue offerte par le film s'en écarte, n'hésitant pas à transformer la fin par exemple en même temps que le contexte original. Pour autant, est-ce une mauvaise adaptation? Je ne pense pas. Elle fait sans aucun doute ce que dois faire une adaptation, transformer un média en un autre quitte à enfreindre certaines règles. La dame en noir est un roman gothique de fantômes. La Hammer, en utilisant les codes classiques de son cinéma s'en empare pour donner, non pas un copié-collé du livre, mais bien un film d'horreur qui rentre dans sa ligne de production. Tout comme la patte d'un réalisateur, c'est ici un style de narration qui s'empare du récit.

Pour terminer sur ce point, c'est évidemment Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban que je voudrais aborder. C'est un exemple qui ne manquera pas de vous sautez aux yeux. En effet, il est flagrant que ce troisième volet des aventures d'Harry Potter est bien la vision d'Alfonso Cuaron sur l'univers de J.K Rowling. Cependant, le réalisateur espagnol, s'il s'accapare le monde du sorcier à cicatrice, n'en respecte pas moins les personnages, l'intrigue et l'essence de ce que la saga veut transmettre. Chose intéressante avec Harry Potter, la saga a bénéficié de 4 regards différents pour 8 films. De l'adaptation de qualité de Colombus qui n'arrive jamais à dépasser le roman, à celle de Cuaron, tournant radical en passant par Newell et Yates, Harry Potter a eu le luxe de s'octroyer quatre visions différentes pour son univers.

Bon d'accord, prendre un livre, tordre ses codes pour les faire s'adapter à ceux du cinéma tout en ayant une vraie vision artistique d'un réalisateur unique, ça sonne déjà coton. Que dire des adaptations  d'univers géants comme Dune (oui encore lui), ou Le seigneur des anneaux?
C'est sûrement pour ça que je suis plus indulgente avec Lynch parce que le travail effectué est encore plus complexe que pour l'adaptation d'un seul roman.
En plus de devoir respecter l’œuvre d'origine et d'être unique, les adaptations de ces gros univers balancent souvent entre fan service ou lissage complet. En effet trouver l'équilibre entre plaire à la fois au fan de l'univers d'origine et permettre un accès facile aux néophytes ce qui peut rarement contenter tout le monde on est bien d'accord.

On peut reprocher beaucoup de choses à Jackson sur Le seigneur des anneaux et le Hobbit mais il faut reconnaitre qu'il arrive à être subtil sur ce point. Certes, il est fort probable que Jackson n'ait rien compris aux Elfes de Tolkien mais en revanche, il arrive à recréer l'ambiance et un monde visuel qui rend hommage à l'oeuvre de Tolkien. Ses entorses aux romans payent parfois ou échouent mais il garde néanmoins en tête ces différents paramètres.

Alors oui, une bonne adaptation - c'est-à-dire, une adaptation qui respecte les différents codes que nous venons d'évoquer - peut ne pas plaire tout simplement parce que la vision du réalisateur est trop différente de la nôtre ou que notre conception du roman et de ses enjeux diffère. A l'inverse une mauvaise adaptation peut faire un bon film, divertissant, que ce soit pour ceux qui connaissent le livre ou non. Au final, la part du subjectif reste encore ce qui définie notre goût pour le cinéma.

Et vous? Quels sont vos adaptations préférées et pour quelles raisons?
Aimez-vous Dune de Lynch? 

mercredi 11 décembre 2013

La stratégie Ender (2013) - Spoilers


Résumé: Dans un futur proche, une espèce extraterrestre hostile, les Doryphores, ont attaqué la Terre. Sans l’héroïsme de Mazer Rackham, le commandant de la Flotte Internationale, le combat aurait été perdu. Depuis, le très respecté colonel Graff et les forces militaires terriennes entraînent les meilleurs jeunes esprits pour former des officiers émérites et découvrir dans leurs rangs celui qui pourra contrer la prochaine attaque. Ender Wiggin, un garçon timide mais doté d’une exceptionnelle intelligence tactique, est sélectionné pour rejoindre l’élite. A l’académie, Ender apprend rapidement à maîtriser des manoeuvres militaires de plus en plus difficiles où son sens de la stratégie fait merveille. Graff ne tarde pas à le considérer comme le meilleur élément et le plus grand espoir de l’humanité.

CASTING

Asa Butterfield ............................................ Ender Wiggin
Harrison Ford .............................................. Colonel Graff
Hailee Steinfeld ........................................... Petra Arkanian
Abigail Breslin ............................................ Valentine Wiggin
Ben Kingsley ............................................... Mazer Rackham
Viola Davis .................................................. Major Gwen Anderson
Aramis Knight ............................................. Bean
Suraj Partha ................................................. Alai
Moises Arias ............................................... Bonzo Madrid
Khylin Rhambo ........................................... Dink Meeker
Jimmy "Jax" Pinchak .................................. Peter Wiggin
Nonso Anozie ............................................. Sergeant Dap
Conor Carroll .............................................. Bernard
Caleb Thaggard ........................................... Stilson
Brandon Soo Hoo ........................................ Fly Molo




Cette chronique arrive sans doute après la bataille, le film n'étant plus à l'affiche, mais j'avais besoin de temps pour réfléchir à ce que j'allais écrire. D'une part parce que je n'ai pas lu le livre et que mon jugement ce fait donc uniquement sur le film que j'ai vu et d'autre part parce mon avis est un mélange d'enthousiasme et de déception. 

Compliqué n'est-il pas?

Je n'ai pas lu le roman ce qui est un point important à retenir car de ce fait, je ne juge le film et son scénario, uniquement sur ce que j'ai vu. Je m'excuse auprès de mes lecteurs/trices qui ne connaitraient ni le livre ni le film mais je suis obligée de faire une chronique avec spoilers pour bien faire comprendre mon point de vue. Apologies donc, dear reader.



En premier lieu, je dois admettre que j'ai trouvé le visuel de la Stratégie Ender vraiment beau et agréable. S'il y a une débauche d'images numériques, elles passent plutôt bien à l'écran. L'univers recréé est assez proche du nôtre pour mettre le spectateur dans une zone de confort, tout en propulsant ce dernier dans un environnement SF impossible à renier, ne serait-ce que par l'Académie de Graff, satellite qui surplombe la Terre. Tablettes tactiles, écrans transparents, systèmes d'écriture intuitifs qui répondent à une seule main, rien que nous n'imaginions déjà ou que nous n'ayons, compensés par cette salle de gravité zéro dont les murs transparents offrent une vue plongeante et angoissante sur la Terre et l'espace.
Il y a d'ailleurs, à mon sens, dans l'ensemble visuel d'Ender, un véritable lien avec la science-fiction depuis les années 60. En digne héritier de près de 50 ans d'histoire télévisuelle et cinématographique, j'ai trouvé que le film reprenait de nombreux codes déjà utilisé ailleurs. L'Académie, qui n'est pas sans rappeler Starfleet, est dirigée selon un code de couleur que l'on retrouve dans les différents costumes des membres de L'Enterprise. L'atmosphère de l'Académie ainsi que le décor est un croisement entre Star Trek et Battlestar Galactica, rien de nouveau donc mais ce n'est pas le reproche que je lui fais.
J'ai beaucoup apprécié les scènes de batailles en apesanteur, très belles à regarder avec une certaine grâce, surtout la dernière où Ender et ses coéquipiers doivent affronter toutes les autres équipes. Je ne suis pas étonnée d'apprendre que les acteurs/trices ont reçu un entraînement individuel de la part de professionnels du cirque. On sent très bien ce côté aérien dans leur façon de se déplacer.




Mais...
Justement je trouve que cette atmosphère est une sorte de cache-misère pour un film qui peine à trouver son souffle. Si La stratégie Ender est très beau à regarder, il n'en reste pas moins que c'est finalement son principal défaut: miser sur un décor plus que sur une réelle interprétation d'une œuvre dont l'auteur est pourtant l'un des producteurs.
Ce jugement peut sembler très dur mais je le maintiens. Sans connaître les tenants et les aboutissants du film, mon attente est montée crescendo durant la projection pour aller s'écraser sur un mur de déception dès le retour de la lumière. Le film ne tient pas ses promesses. Arrivé en bout de parcours on se demande presque si la majeure partie de ce qu'on vient de voir, n'était pas finalement que du remplissage, les scénaristes étant passés à côté de leur véritable histoire.

Pour vous donner une idée de mon sentiment, j'ai l'impression qu'avec le film La stratégie Ender on ne fait que gratouiller la surface d'une histoire bien plus colossale que ce qu'on me laisse voir. Cette frustration intense qui naît de l'impression, qu'au fond, le film regorge d'un potentiel jamais pleinement exploité ou qui se concentre sur des détails un peu tape-à-l'oeil au lieu d'interrogations fondamentales.

La faute incombe à cette grande disproportion qu'il y a entre l'entraînement d'Ender et la réalisation de ses buts. Mal dosée et mal exploitée, cette longue partie - qui tient quand même les 3/4 du film - semble finalement anecdotique au regard de la bombe qu'est le dernier quart. Comment penser qu'ils ont pu passer tant de temps à nous raconter l'entraînement d'Ender à l'Académie et finalement bâcler en 20 minutes les étapes les plus importantes de son parcours psychologique jusqu'à l'apothéose finale? Parce que c'est bien de montrer l'intelligence d'Ender dans un entraînement de bataille à gravité zéro mais la conclusion du film sur le lien psychique entre lui et la reine Doryphore tombe lamentablement à plat puisqu'elle vient de nulle part.
Comme dans le roman j'imagine (oui j'admets on m'a dit que c'était le cas), le spectateur/trice colle à Ender pour le comprendre et comprendre aussi ce qui se passe dans sa tête. Or ici, à l'écran, l'effet passe complètement à côté de ce qui est désiré. En étant littéralement scotché aux basques d'Ender, on oublie d'être dans sa tête et de suivre son parcours psychologique.



La stratégie Ender manque de souffle et de violence. Etonnant pour une histoire aussi forte mais oui, je suis convaincue que le film ne va jamais assez loin que ce soit dans le traitement de la violence physique ou surtout psychologique des personnages. Six ans d'entraînement réduits en une seule année aurait pu être une bonne idée s'ils avaient su maintenir le rythme. En s'attardant trop volontiers sur les affrontements entre les équipes de l'Académie, on perd le côté brutal d'un tel entraînement. Certes on nous dit qu'ils travaillent dur et dorment peu mais le ressenti à l'écran n'est pas du tout le même. La seule ébauche de cette violence quotidienne se tient dans les quelques minutes des simulations en vu de l'assaut final. Quelques minutes seulement pour retranscrire une sorte de maltraitance psychologique, car ne nous leurrons pas, c'est bien de ça dont il s'agit: faire de ces enfants des machines. Je trouve dommage d'avoir laissé échapper ce point car il aurait été fondamental pour comprendre le cheminement que fait Ender.
Le scénario se concentre trop sur l'aspect leader d'Ender - notamment dans ses affrontements répétés avec les autres membres de l'Académie - au lieu de nous faire comprendre les bouleversements psychologiques qu'il subit. Je pense sincèrement qu'ils se trompent d'histoire en accusant l'effet leader au détriment de ce qu'il ressent.

Je l'ai dit plus haut, la fin tombe complètement à plat. Entre le moment où Ender se rend compte de ce qu'il vient de faire, sa réalisation que le peuple des Doryphores n'étaient pas des ennemis et la révélation que son rêve marquait en fait un lien de télépathie avec la reine Doryphore, il ne s'écoule que cinq minutes. Effet de surprise garanti mais qui provoque plus de questionnements que de réactions enthousiastes. Comme si d'un seul coup nous basculions dans un autre film. Parce que oui, on nous rabâche tellement l'importance de la qualité de leader d'Ender que le spectateur/trice fini par croire que la vraie question du film est: va-t-il arriver à gérer son équipe jusqu'au bout sans craquer? Alors que la vraie question est à des milliers d'années lumières de ça. C'est sans doute plus clair pour ceux qui ont lu le livre mais pour moi, cela a abaissé un verrou sur ce que je venais de voir en remettant tout en cause - et pas dans le bon sens du terme.
Trop de questions sont laissées en suspend et jamais remises en cause, exemple: Mazer Rackham. Le type que l'on dit mort en héros depuis 30 ans facile qui réapparait d'un coup d'un seul. Coucou c'est moi, sans qu'Ender ne remette en cause tout ce qu'on lui dit depuis le début. Je sais ce que c'est que l'endoctrinement mais nous avons quand même en face de nous l'être humain le plus intelligent du monde. Je me dis que tout ça est très mal amené parce que si c'est une incohérence déjà présente dans le roman, ça craint (si quelqu'un a la réponse...). 

Attachement à Ender oui. Compréhension de son intellect et de ce qu'il vit, jamais.  En se concentrant de cette façon sur l'adolescent, le film en oublie ses personnages secondaires ou les exploite de façon anecdotique.



Les personnages qu'Ender rencontrent à l'Académie sont finalement à peine esquissé. Bean et Alai pour ne citer qu'eux sont de gentils stéréotypes de sidekick. On ne comprend pas ce qui lie finalement Ender à la bande qu'il dirige lors de l'assaut final. Un peu comme s'ils avaient été recrutés parmi les moins jaloux du groupe.
Il faudrait également parler de Petra, personnage mou au possible qui en plus de cumuler les clichés anti-féministes - non ce n'est pas parce qu'on dit qu'elle est forte dans leur jeu de bataille que c'est un personnage féministe - n'apporte pas grand chose à l'histoire globale. Renvoyée systématiquement à sa douceur et à son côté protecteur, Petra manque de peps. C'est d'autant plus désolant lorsqu'on a pu assister au premier rôle de l'actrice en question. Comment penser que celle qui a si bien joué dans True Grit puisse se retrouver avec un rôle inconsistant? Manque de direction d'acteur flagrante qui se confirme avec le personnage de Gwen Anderson.
Au départ Anderson et Graff étaient tous les deux des hommes. Orson Scott Card a voulu féminiser l'un des personnages et a pensé d'abord à Graff avant de changer d'avis. Pas de bol, nous nous retrouvons donc avec une psychologue qui démissionne car elle n'arrive pas à faire face à la cruauté de Graff. Le personnage de Gwen Anderson est donc renvoyé à son côté maternel et protecteur tandis que Graff assume la responsabilité du militaire froid et calculateur. A ce niveau là j'aurai préféré deux hommes, au moins le cliché maternel nous aurait été épargné. Graff en femme aurait été assez novateur dans la représentation des femmes de pouvoir en Science-fiction et aurait fait pas mal de bien à des codes stéréotypés vus et revus.
Autant dire qu'entre Petra et Anderson j'étais amèrement déçue.  

Je suis frustrée parce que j'ai l'impression d'être passée à côté d'une histoire impressionnante, violente avec une grande réflexion sur l'humanité et ses choix et d'avoir eu le droit, à la place, a une esquisse pâlichonne.

La stratégie Ender est pour moi le film de tous les déséquilibres: disproportions dans les choix de récit, dans le traitement des personnages ou dans la surenchère d'images au détriment du fond. Un film qui divertit mais laisse terriblement sur sa faim une fois la projection achevée. J'ai hâte de lire le roman pour combler tout ce vide.

mercredi 4 décembre 2013

Planète Hurlante (1995)



COUP DE COEUR DE PERSEPHONE

Résumé: Nous sommes en 2078, sur une petite colonie minière de la planète Sirius 6B. Depuis dix ans, la guerre fait rage entre le N.B.E., Nouveau Bloc Economique, et l’Alliance des mineurs qui s’est constituée après que des radiations ont été détectées dans les mines de bérynium. Dix ans que le N.B.E., en représailles contre la révolte des mineurs, a largué ses bombes atomiques sur la population. Entre l’Alliance et le N.B.E., c’est maintenant le statu quo depuis deux ans grâce aux screamers, petites entités robotisées qui font rempart entre l'Alliance et le N.B.E. 

CASTING

Peter Weller .............................................. Hendricksson
Roy Dupuis ............................................... Becker
Jennifer Rubin ........................................... Jessica
Andy Lauer ............................................... Ace Jefferson
Charles Edwin Powell ............................... Ross
Ron White ................................................. Elbarak
Michael Caloz ........................................... David
Liliana Komorowska ................................. Landowska
Leone ......................................................... Jason Cavalier
Le secrétaire Green .................................... Bruce Boa


Il nous arrive de croiser parfois des O.V.N.I au cinéma et c'est exactement l'impression que j'ai eu après avoir vu Planète Hurlante. C'est grâce à ma petite sœur Frankie qui m'a dit en sautillant "il est vraiment super bien, il faut que tu le vois" que j'ai eu la chance de découvrir cette adaptation d'une nouvelle de Philip K. Dick que je ne connaissais absolument pas. Après deux tentatives et un détour par Gravity et Bon baisers de Bruges, j'ai enfin cédé et décidé de voir ce film canado-américano-japonais à très petit budget et sorti en 1995 (au passage admirez l’éclectisme dont j'ai fait preuve ce week end là, je suis fière de moi pour le coup).
Ce que je peux dire d'emblée c'est que je ne le regrette absolument pas. Si je ne le conseillerai pas à tout le monde, il faut à mon avis être fan à la fois de l'univers très particulier de Philip K. Dick et aussi beaucoup aimer le genre de la SF pour profiter pleinement ce film, je le trouve excellent à bien des égards. Ce n'est pas un gros film, c'est une donnée qu'il faut sans cesse garder à l'esprit et qui est à mon avis essentiel pour l'apprécier. 

Tourné en 1995 avec un tout petit budget, Planète hurlante reste à mon avis un excellent film de science-fiction. Le réalisateur se concentre d'avantage sur les personnages et son histoire que sur les décors et la surenchère d'effets spéciaux attendus normalement dans un film de SF. C'est là, à mon avis, que le film fait véritablement preuve d'intelligence. En choisissant des décors quasi-naturels, un désert, une caserne et un immeuble en construction qui tient lieux de décor à une base souterraine, le film ne tombe jamais dans les travers d'un cinéma cheap qui voudrait imiter les plus grands sans en avoir les moyens. Planète hurlante possède très peu d'effets spéciaux et les screamers eux-même sont en fait des machines mécaniques loin d'être ridicules. Si l'ensemble a vieilli, incontestablement et c'est d'ailleurs ce qui menace en premier lieu les films de SF, il est toujours regardable aujourd'hui grâce à son esthétique sobre. A titre de comparaison, Dune de David Lynch fait mal à la rétine et Total Recall (avec Terminator, soyons exact) a pris un bon coup de vieux, alors que Planète hurlante est parfaitement appréciable d'un point de vue purement visuel.

Le réalisateur a conservé une esthétique cyberpunk (je vous renvoie à ma thématique SF pour ceux qui ne connaissent pas le terme), propre aux écrits de Dick, c'est très net sur la base des N.B.E, sans pour autant surcharger le trait. A croire qu'il sentait que cet esthétique particulière finirait par disparaitre et handicaper le film. Les amateurs de Dick reconnaîtront donc sans aucun soucis son univers sans que jamais ce ne soit un problème pour ceux qui ne connaitraient pas l'auteur et son style.

A côté de la réalisation juste et équilibrée, on trouve un scénario fouillé et cohérent. Les screamers, petits objets mécaniques inventés par l'homme mais qui se reproduisent d'eux-même, assurent la sécurité de la base de l'Alliance, dont les membres sont protégés par des puces identifiées par les screamers. L'histoire débute au milieu d'un conflit entre l'Alliance et le N.B.E. Sur une base oubliée de tous, un commandant reçoit un message de paix et décide de se rendre à la réunion organisée dans le camps adverse. Nous suivons donc son voyage jusqu'à la base ennemie et le problème que pose les screamers devient de plus en plus visible au fur et à mesure qu'Hendricksson s'approche du camps des N.B.E.

Je ne peux pas m'empêcher de penser que les créateurs de Battlestar galactica ont lu la nouvelle de Dick, Nouveau modèle publiée en 1953 et s'en sont inspirés pour les thématiques développées dans leur série. En effet dans Planète hurlante tout comme dans Battlestar, l'ennemi est ici des robots, à l'origine conçus par l'homme et qui ont depuis appris à se développer seuls. Il y a plusieurs modèles de ces screamers: les petits robots à tranchoir, un modèle numéro 2 que je vous laisse découvrir (pour ne pas spoiler) et un troisième modèle qui a pris forme humaine. Tient, tient...comme c'est étrange...

On retrouve ici une thématique abordée déjà plusieurs fois par Dick, dans Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques? connu sous le nom de Blade Runner, à savoir: qui sont les humains? Qu'est-ce qui fait de nous un être humain? Un vrai questionnement sur les émotions et les sentiments, ce qui distingue finalement l'ennemi de l'ami.
L'essentiel de la tension dramatique tient donc ici dans le fait que tout personnage est potentiellement un robot "ennemi", encore que cette notion d'ennemi peut être revue et corrigée, ce qui fait, de fait, la richesse de l'univers et de la réflexion de Dick. Un peu comme dans Notre-Dame de Paris où la morale incite le lecteur à penser que "n'est pas forcément le monstre celui qu'on croit", en référence à l'apparence hideuse de Quasimodo opposée à la noirceur de l'âme de Frodo, ici, la frontière entre le robot et l'humain est parfois très mince.

Cette thématique est bien développée et connait des pics dans l'angoisse et les rebondissements tout au long du film. Les personnages sont sans cesse remis en question et il est difficile de deviner la fin de l'intrigue.


Si le film recontextualise la nouvelle, celle-ci se passe en Normandie pendant la guerre froide entre Américains et Russes, l'essence du texte est la même et est parfaitement maintenue jusqu'au dénouement final. Hendricksson est un personnage attachant qui échappe à de nombreux clichés du "militaire" que l'on peut croiser en SF. Il sait à la fois diriger mais aussi faire preuve d'émotions et d'humanité lorsque la situation l'exige et se montre censé par rapport aux différents évènements qu'il vit. Cela le rend très vite attachant et il se crée rapidement un lien entre Hendricksson et le spectateur. Bien joué, on suit sa progression avec plaisir. Un second point que j'ai apprécié, c'est que les différentes réflexions apportées par le film sont amenés par des personnages tiers comme le pilote avec qui voyage Hendricksson. Même s'il est souvent borderline, il n'est néanmoins jamais un sidekick classique et facile, il apporte de temps en temps au personnage principal un autre angle de vu bienvenu. Cela contribue à une meilleure définition du personnage d'Hendricksson. Jamais parfait, il est aussi le fruit de sa société et il est normal que telle ou telle réflexion ne fasse pas partie de son mode de pensée, tout en restant soulignée par ailleurs pour le spectateur. 

Planète hurlante est pour moi un très bon film de SF, à la fois parce qu'il porte à l'écran un univers qui lui est propre mais aussi parce qu'il amène une vraie réflexion, loin d'être creuse. Rien n'est jamais gratuit que ce soit l'exploitation d'une planète et ses effets, les conditions de vie des populations, les batailles politiques entre deux factions ou encore la notion même d'humanité et d'ennemi qui sont exposés ici, Planète hurlante n'est pas qu'un divertissement. Sa facture simple et minimaliste permet également de maintenir ce fond à flot et de ne jamais le noyer sous la forme pure du cyberpunk de Dick.


Seul défaut à mes yeux, un certain déséquilibre dans l'histoire dans le fait que la mutation des screamers et leur importance n'est pas assez mise en avant ou appuyée dans la première partie du film. J'aurai préféré une répartition 1/4-3/4 sur la question des screamers au lieu d'une première partie qui nous laisse finalement un peu trop dans l'expectative d'un conflit politique Alliance vs. N.B.E. Cela aurait aussi permis à mon goût de poursuivre plus avant la pensée de Dick sur ce qui fait l'humanité, comme le fait finalement Battlestar Galactica. C'est dommage parce que je pense que le film avait le potentiel pour le réaliser.

Cela dit, il s'agit d'un défaut mineur. Planète hurlante atteint son but, sans prétention mais avec au coeur une étonnante véracité. Un petit film de SF tout simple mais très intéressant à découvrir. Je vous le recommande chaudement, il ne fait pas honte à Blade Runner, Total Recall ou Minority Report.