lundi 30 janvier 2017

Prisoner of my desires - Johanna Lindsey


Aujourd'hui je vous parle de ma première tentative de découvrir Johanna Lindsey avec ma lecture de Prisoner of my desires, publié en français chez J'ai lu, sous le titre Captifs du désir. 

TRIGGER WARNING: Violences sexuelles

Il n'est rien de plus frustrant que de ne pas avoir le roman promis par la quatrième de couverture. Je suis certaine que cela vous est déjà arrivé d'être emballé(e) par le résumé d'un roman et de lire finalement tout à fait autre chose. J'avais eu cette désagréable surprise avec La carte du temps de Felix Palma où l'on promettait une histoire alléchante de voyage dans le temps, de modifications de l'Histoire avec des grands noms de la littérature du XIXe siècle qui étaient là pour appâter le chaland mais où le roman final ne correspondait pas du tout au résumé.  
Cela ne veut pas dire que le livre qu'on a entre les mains est mauvais, il peut tout à fait être excellent, c'est simplement le travail d'édition qui n'est pas convenablement fait et induit en erreur. On ne parle même pas des quatrième de couverture qui dévoilent carrément le nœud de l'intrigue, ce qui est aussi particulièrement frustrant.
Bref, j'étais consciente de cette problématique, que parfois les résumés ne correspondent pas à l'intrigue livrée et qu'il y avoir une déception. Cependant...j'étais loin d'imaginer que parfois la frustration peut venir du fait que le résumé correspond exactement à ce qu'on va lire...au premier degré.

F-

Violé ! Jamais Warrick de Chaville, seigneur de Fulkhurst, le redoutable Dragon noir, aurait pensé subir une telle humiliation ! Capturé dans une embuscade, il s'est pourtant bel et bien réveillé enchaîné sur un lit, obligé d'endurer les assauts charnels d'une beauté blonde inconnue. Rowena, si jeune et si innocente, n'a bien sûr pas ourdi elle-même ce traquenard diabolique ! Obéissant, sous la contrainte, au cruel Gilbert d'Ambray, qui la menace de tuer sa mère, elle doit coûte que coûte enfanter un héritier. Mais Warrick, qui ignore tout de ce chantage, n'a désormais qu'une obsession : se venger de Rowena. Lui faire payer au centuple ses exquises tortures. Sans se douter que son désir de vengeance connaîtra la vengeance du désir.

Pour que tout soit bien clair avant que vous ne vous aventuriez plus avant dans cette chronique, je veux mettre en évidence quelques points. Tout d'abord même si je n'aime pas les bodice rippers (quand je dis je n'aime pas, je veux surtout dire que c'est mon pet peeve number one EVER), je reconnais non seulement leur importance dans l'histoire de la romance*, nous ne sommes pas passés de Jane Austen à Courtney Milan sans intermédiaire, sans tentative réussie ou échouée, mais je suis aussi tout à fait consciente que ce dégoût que j'éprouve pour ce type particulier d'histoires m'est propre. Si j'en ai lu et parfois aimé adolescente, ma découverte et mon implication dans le féminisme à l'âge adulte ainsi que mon histoire personnelle qui fait que je suis particulièrement sensible à la question des violences envers les femmes et la gynophobie en général, font que je ne peux dorénavant apprécier ce type d'intrigue. Cela étant dit, si c'est votre came, si jamais ces vieilles romances ont une place particulière à vos yeux et que vous aimez en lire ou en relire, ça me va. Chacun doit être capable de savoir ce qui est bon ou tolérable pour lui/elle-même et ce n'est pas à moi de juger. Ma chronique va surtout être le récit personnel de ma réaction à cette lecture et je souhaite que personne ne se vexe. Plus le panel de réactions à un produit culturel (que ce soit un film, un livre, un jeu vidéo) est large, mieux c'est. La diversité nous sauvera!  

J'avoue, quand je suis tombée sur Prisoner of my desires chez mon dealer habituel, j'ai été intriguée par le résumé...pire, j'ai gloussé...comme ça en plein dans la rue, le livre à la main et mon dealer à trois pas.
Je sais, je sais que j'ai dit dans le paragraphe d'avant que je déteste les bodice rippers mais dans mon cerveau ça a fait *Fatal error system* et j'ai eu envie d'en savoir plus. Après tout, je ne voulais pas mourir idiote et on peut toujours avoir une bonne surprise non? Je n'ai pas de bonnes explications à ce geste hormis une grande naïveté qui fait que j'ai cru que Prisoner of my desires allait être un Eloisa James ou un Julia Quinn plein d'humour et que le résumé était en fait exagéré pour attirer la lectrice que je suis.
*Je t'aime Persie chérie tu le sais mais parfois tu es une gentille gourde*
Merci Cheshire...même si tu as raison j'ai horreur de l'admettre.

Alors non, Prisoner of my desires n'a rien d'une romance au second degré à la Bridgerton, le résumé est réellement premier degré. Nous commençons le récit avec cette gentille belle et douce Rowena qui se retrouve sous la garde de son archétypal cruel beau-frère Gilbert d'Ambray qui pour une question de gros sous a besoin que Rowena enfante un héritier, genre là maintenant tout de suite...
* Est-ce que quelqu'un lui a dit que ça prenait neuf mois cette histoire?*
Parce que cette romance commence très bien, le Gilbert en question pense pendant quelques minutes à remplir la besogne lui même...


Charming...mais finalement il se dit que lui où les hommes de sa garde ça ne fera pas l'affaire, il ne faudrait pas qu'on puisse soupçonner une magouille...tu penses!
Quand il apprend que Warrick de Chaville, un seigneur puissant doublé d'un guerrier hors pair, a été capturé et se trouve sous garde, il se dit qu'il tient enfin son plan et ordonne donc sous la menace à Rowena, d'aller violer Warrick dans sa cellule afin de tomber enceinte....ah j'oubliais, Rowena est vierge.


Mais quel plan à la con! Sérieusement? C'est tout ce que tu as trouvé? Énorme facepalm parce que je rappelle à toute fin utile que nous sommes dans une romance et que cette idée de viol ça me semble mal commencer une grande Histoire d'Amour avec majuscules.

A ce stade j'avais encore un peu d'espoir que la suite n'allait pas être aussi horrible que ce que j’appréhendais...malheureusement ce ne fut pas le cas. Je vous passe les descriptions des actes commis mais je crois que j'ai rarement été plus mal en lisant un roman. Non seulement la situation de Rowena est horrible, sa mère est menacée de mort, elle est violée puisque je rappelle qu'on lui ordonne de pratiquer une relation sexuelle qu'elle ne veut pas et sous la contrainte, que c'est sa première fois, traumatisme ++ et qu'en plus la pauvre héroïne porte le poids de la culpabilité puisqu'elle fait du mal au héros. Oui le héros, il ne faudrait pas imaginer une seconde qu'il y prenne du plaisir lui! Contrairement à ce que dit la quatrième de couverture, il n'endure [pas] les assauts charnels d'une beauté blonde inconnue, il est violé! Non seulement cette idée le répugne et l'humilie mais en plus lorsqu'il comprend que le but de la manœuvre est d'obtenir un enfant, il se sent doublement violé parce qu'on le prive de son droit à ne pas vouloir d'enfant, en tout cas avec cette femme qu'il ne connait pas, mais en plus on risque de le priver de cet enfant en question.

Je suis assez insensible en général, je peux lire des horreurs sans bouger une oreille, vous n'avez qu'à demander à Jabberwocky, nous avons vu le premier Millenium (version suédoise) au cinéma et quand je suis sortie j'avais faim. Si besoin est, adressez-vous aussi à Chi-Chi. Je ne suis pas fragile en lecture mais là j'ai vraiment eu la nausée en lisant car je le répète, Prisoner of my desires est une romance, pas un roman policier sordide. La souffrance des personnages se sentait à fleur de pages et je ne peux pas du tout concevoir que de cette horreur puisse sortir une histoire d'amour crédible. Même si éventuellement à la fin, Warrick comprend que Rowena est une victime elle-aussi, dans l'optique où il ne se venge pas d'elle avant, comment peuvent-ils tomber amoureux?
Mal à l'aise à mort j'ai littéralement jeté le livre à travers la pièce et c'est la première fois de ma vie que je fais quelque chose d'aussi violent à un roman.

Alors j'admets, je n'ai pas lu la suite. Peut-être que Johanna Lindsey s'en sort bien et qu'elle fini par rendre l'histoire d'amour crédible mais je ne pouvais pas m'imaginer en lire d'avantage. Plus encore, je me suis demandée si cette histoire de double viols était vraiment nécessaire pour donner corps au récit et produire une bonne histoire de vengeance et de qui pro quo. Je ne suis pas experte en plan machiavélique mais juste là comme ça j'ai au moins une idée qui me vient et qui pourrait faire démarrer cette intrigue sous de meilleures auspices. Puisque Rowena est magnifique si l'on en croit les descriptions que l'on peut lire au début du roman, il n'est pas idiot de penser que Warrick puisse tomber amoureux d'elle ou au moins ait envie de coucher avec non? Dans ce cas, pourquoi ne pas la faire passer pour une prisonnière et la mettre dans la même cellule que notre héros comme deux poissons dans un bocal histoire de voir si la mayonnaise prend? Après tout, on aurait pu assister à un jeu entre les deux personnages et pourquoi pas une histoire d'amour et/ou de désir qui prend. Gilbert n'aurait plus eu qu'à retirer Rowena de la prison une fois son plan mis à exécution et ensuite Warrick aurait pu croire qu'il avait été joué par Rowena ce qui aurait induit la vengeance, le qui pro quo et l'histoire d'amour finale. Là j'y aurai cru, volontiers, malgré les défauts de plan éventuels, je suis prête à fermer les yeux sur pas mal de choses si l'alchimie entre les héros est bonne mais là non...un début si violent m'a définitivement dégoûtée.

En fait, plus encore, je ne comprends pas ce besoin de violence et c'est pour ça que même en connaissant l'origine des bodice rippers, du contexte dans lequel ils ont été écrits, je n'arrive pas à passer outre.

Dans tous les cas on ne m'y reprendra plus. Je ferai plus attention à l'avenir et peut-être me priverai-je de quelques classiques de la romance mais si ça peut m'éviter des palpitations cardiaques et des crises de nerfs, je crois que j'y gagne!

Est-ce que cette mésaventure vous est déjà arrivée? Et si vous aimez les bodice rippers, pourquoi? Je serai intéressée d'en discuter!

En tout cas, bonne semaine à toutes et tous. 

* J'espère pouvoir en faire un article bientôt. 

mardi 24 janvier 2017

Fifth grave past the light - Charley Davidson #5 - Darynda Jones


A

Résumé: Après avoir résolu quatre enquêtes d'un seul coup, Charley pensait pouvoir souffler un peu mais c'était sans compter sur l'installation du fils de Satan, Reyes, dans l'appartement d'à côté, plus sexy que jamais. Pour ne rien arranger, Reyes est son principal suspect dans l'enquête au sujet d'un pyromane qui détruit systématiquement tous les lieux où il a grandit et Charley s'est promis de l'éviter jusqu'à ce qu'elle trouve la vérité...

Cependant, lorsque des femmes décédées commencent à apparaître dans son appartement, toutes plus perdues et terrorisées les unes que les autres, elle réalise qu'un peu d'aide serait la bienvenue.

La dernière chronique que j'avais publié sur les Charley Davidson était pour le moins mitigée. Le tome 4 ne m'avait pas autant convaincu que les précédents et même si l'intrigue policière qui sous-tendait le récit m'avait emballée, l'histoire Reyes-Charley me semblait tourner en rond, étiré par des besoins de maintenir du suspens là où clairement ça ne se justifiait pas. Du coup j'avais un peu abandonné la série, ne me sentant pas d'attaque pour enchaîner avec le tome 5, de peur sans doute de voir mon enthousiasme pour Charley gâché par un tome en trop. 

En février dernier, j'ai profité de ma petite semaine de vacances pour déconnecter complètement avec le boulot. De retour dans la maison familiale où je garde religieusement des reliques sacrées, je suis tombée sur les trois premiers tomes de Charley qui semblaient n'attendre que moi. Apparemment Charley et moi c'est une histoire d'amour car à chaque fois que je suis en grande déprime ou que je suis dégoûtée de la lecture - oui même les libraires, surtout les libraires, arrivent à s’écœurer de lire - Charley Davidson est la seule série que j'arrive à apprécier et à lire jusqu'au bout. J'ai donc décidé de me faire un petit guilty pleasure - mais n'est-ce pas le rôle principal des vacances? - et je me suis engloutie, je pense que c'est le terme approprié, les quatre premiers tomes dans la semaine. 
Et bien en relisant le tome quatre je me suis rendue compte que les défauts que je lui avais trouvé la première fois ne me perforaient plus autant la rétine. Donc... tout ça pour dire que j'ai eu envie de lire le tome 5 et que j'ai bien fait.

J'ai toujours trouvé que le récit à la première personne est l'un des procédés littéraires les plus compliqués et les plus difficiles à maîtriser en particulier lorsque le récit implique des sentiments. Dès que des sentiments sont en jeux, les décrire du point de vue de la personne même qui les ressent peut rendre l'ensemble ultra sirupeux ou complètement idiot, ce qui est plutôt normal après tout. Nos pensées nous semblent cohérentes, de même que nos peurs, nos angoisses ou nos désirs. Les transcrire pour les autres est périlleux mais Darynda Jones s'en sort encore une fois remarquablement bien. Il y a toujours cette pointe d'humour inimitable qui fait que Charley est toujours juste, toujours dans le ton même lorsqu'elle évoque Reyes. L'humour et le fait que personne n'ait vraiment l'air de se prendre au sérieux joue beaucoup dans l'ambiance générale de la série. 

Ce cinquième opus est un peu plus posé que les précédents et l'histoire entre Reyes et Charley avance. Plus de jeu du chat et de la souris qui me dérangeait dans l'opus précédent, cette fois-ci les choses se concrétisent sans jamais perdre de vue à la fois le côté sexy de la relation Reyes-Charley, ni le côté magique. De ce point de vue là, nos obtenons enfin un peu plus d'informations, quelques révélations surprenantes qui donnent envie de lire la suite et de voir comment ils vont pouvoir se dépatouiller avec tout ça. 

Quant à l'enquête principale, si elle était moins surprenante que celle du tome quatre, on est très rapidement accroché et l'idée d'avoir 27 femmes décédées et terrorisées dans son appartement fait froid dans le dos. Encore une fois, Darynda Jones arrive à nous surprendre avec plusieurs fausses pistes qui donne du piquant à l'intrigue.

Pour conclure, je dirais que ce cinquième tome des aventures de Charley Davidson correspond à tout ce qu'on pouvait attendre. Attractif, prenant, drôle, il remplit parfaitement ses fonctions et a réussir plutôt brillamment à me redonner envie de lire! 

lundi 23 janvier 2017

Dis moi Persie...



Confortablement installés dans leur bibliothèque chaleureuse aux coussins moelleux et à la moquette épaisse, Perséphone et Cheshire lisaient.
Cheshire, roulé en boule sur une étagère avait littéralement la tête deux étages plus haut dans le dernier roman de Courtney Milan. On ne voyait plus du chafouin que la pointe frétillante de ses oreilles dépasser du roman.
Perséphone quant à elle, s'était lovée dans un accueillant fauteuil à oreilles, ses longues jambes repliées sous elle, un Jasper Fforde écartelé sur l'accoudoir. Posée sur une table basse, une théière japonaise toute chaude, attendait qu'on verse son thé parfumé dans de petites tasses de porcelaine bleue.
Sans lever les yeux de son livre, la jeune femme tendit le bras pour attraper sa tasse. Alors qu'elle constatait que cette dernière était vide, Perséphone referma son livre et s'étira en baillant. 
- Chess, veux-tu du thé?
Le chafouin ne répondit pas, perdu qu'il était en plein milieu d'un bal anglais du XIXe siècle. 
- Chess? réitéra la libraire sans toutefois plus de résultat. 
Perséphone secoua la tête et retourna à sa lecture tout en sirotant sa boisson fumante à petites gorgées. 
Derrière les fenêtres, la neige tombait épaisse et lourde et étouffait les bruits qui auraient pu venir gêner les deux lecteurs. De temps à autre, les oreilles de Cheshire se mettaient à gigoter dans tous les sens et le corps du matou fictif changea plusieurs fois de place, se logeant finalement entre un Sarah MacLean et un Elizabeth Hoyt. Perséphone changea aussi plusieurs fois de position, tantôt en tailleur, tantôt affalée dos à un accoudoir, les jambes rejetées sur celui d'en face et pieds pendouillant dans le vide. Fred Astaire chantonnait doucement, presque en sourdine et donnait à l'ensemble une touche classieuse et chaude. 
L'après-midi aurait pu glisser, parfaite, ininterrompue si un hologramme n'avait jailli au milieu de la pièce faisant sursauter la jeune femme et Cheshire qui se réfugia tout crachotant derrière le fauteuil de sa maîtresse. La tasse de porcelaine failli s'enfuir toute seule et il fallu choisir vite entre Jasper Fforde et elle. Le choix fut fait et la pauvre Thursday Next se retrouva par terre, la couverture sans dessus dessous. 
-By Merlin's beard! s'exclama Perséphone en se laissant retomber, le cœur encore battant, dans le siège rembourré. Un jour elle me tuera.
Le "elle" en question s'avérait être Jabberwocky qui dans la pause figée de l'hologramme pas encore lancé avait plus l'air d'un oiseau déplumé que de la dangereuse créature d'Alice au Pays des merveilles. 
- Je déteste quand elle fait ça, marmonna Cheshire en s'ébouriffant un bon coup. Elle me rebrousse les poils à chaque fois. 

Perséphone attrapa le chafouin encore bougon et le cala dans son giron. Lui prenant la tête, elle entreprit de lui malaxer les oreilles ce qui faisait toujours fondre cette horripilante bestiole, avant de lancer l'hologramme. Jabberwocky s'anima sa silhouette longiligne se mouvant comme un arbre sous le vent. La masse de ses cheveux châtain clair coiffés en chignon oscillait à chacun de ses coups de tête. Un énorme sourire lui barrait le visage et faisait pétiller ses immenses yeux bleus. 
- Mon adorable cacatoès! s'exclamait-elle. Tu ne peux pas savoir à quelle point je suis excitée par cette nouvelle! Tu ne m'avais pas dit que tu comptais te remettre à l'écriture et bien sûr je serai ravie de t'aider à relancer le blog. J'en trépigne d'avance. Perséphone et Jabberwocky! Quel duo de choc! Oh et bien sûr toi aussi Cheshire, avant que tu ne vexes comme une grosse dinde, ponctua-t-elle en tirant la langue au matou vexé. 
- Je te laisse, on se reparle plus tard! Bisous
L'hologramme s'éteignit dans un petit "plop". Perséphone resta un instant interdite, les mains en suspens sur les oreilles de Cheshire. 
- Cheshire, est-ce que tu peux m'expliquer ce que veut dire Jabberwocky? 
Le chafouin se tortilla un peu et décida de ne pas répondre. Le téléphone de Perséphone lui donna un répit lorsqu'il se mit à vibrer quelque part dans la bibliothèque. La jeune femme se leva pour lire le message qui venait d'arriver.
"Salut Persie! Je suis à fond sur ton projet et je veux bien participer si mes personnages me laissent un peu souffler. Bon en ce moment ce n'est pas gagné mais promis je t'envoie une chronique dès que j'ai cinq minutes pour lire. Je t'embrasse. Chloé"
D'abord Jabberwocky, ensuite Chloé Duval, Perséphone commençait à se demander si elle n'avait pas loupé quelque chose. Quand le mail de sa cousine arriva dans sa boîte mail, son exaspération était à son comble.
- Cheshire! cria-t-elle, sans effet.
- CHESHIRE!
Cette fois-ci le chafouin se matérialisa devant sa maîtresse...enfin...matérialisa plutôt ses oreilles et la pointe de ses pattes. 
- Peux-tu m'expliquer pourquoi ma cousine, Chloé et Jabberwocky sont d'accord pour écrire sur mon blog, blog sur lequel je n'ai plus rien posté depuis 2014? 
Le chat fictif se retourna dans les airs et présenta son ventre inconsistant dans le but d'obtenir une caresse. 
- Tu peux aller te gratter, si tu me permets l'expression, lui rétorqua la libraire en croisant les bras. 
Cheshire roula d'un côté puis de l'autre avant de se poser sur le dossier du fauteuil à oreilles.
- Pour être honnête, le blog me manque. 
- Le blog te manque? Persie resta un instant interloquée. 
- Oui j'aimais bien quand on parlait de livres. On rencontrait de nouvelles personnes, on avait des discussions passionnantes...
- Tu sais que ça me manque aussi Cheshire mais avec la librairie, je n'ai plus la force d'écrire sur les mêmes sujets dont je parle toute la semaine...
- Justement! s'enthousiasma le chat. Je me suis dis qu'on pourrait changer un peu les choses et ne parler que de ce que tu aimes le plus sur le blog. J'ai demandé à Jabberwocky, Chloé et ta cousine de participer et elles sont d'accord. 
- Tu as quoi en tête exactement?
- Et si on ne parlait que de romances et de Science-fiction fantasy? Je sais qu'à première vue ça ne va pas ensemble mais il y a pas mal de cross-over et puis tu as toujours été plus ou moins éclectique dans tes goûts. S'il te plait???
Cheshire ouvrit grand les yeux, de ce regard de chaton perdu et Perséphone céda. 

Et c'est comme ça que l'idée s'est implantée dans ma tête. Ce chafouin persistant est revenu à la charge, encore et encore, me disant que rien n'était joué d'avance et que je pouvais revenir. Peut-être que la plupart de mes lecteurs n'auront pas eu la patience de m'attendre et ne reviendront pas. Peut-être que de nouveaux lecteurs viendront voir ce que j'ai à dire. Peut-être que le changement que je m'apprête à faire sur le blog ne vous plaira pas ou au contraire vous trouverez ça génial. 
Dans tous les cas, pour le meilleur et pour le pire, Cheshire et moi sommes de retour avec l'appui de personnes géniales qui aiment la romance et la littérature de l'imaginaire.

Si je ne veux plus chroniquer de livre en dehors de ces genres, c'est simplement parce qu'il s'agit de mon activité principale et que je n'ai plus la force de faire ici ce que je fais tous les jours "dans la vraie vie". Je veux profiter de cet espace ici pour m'évader et partager avec vous ces expériences.
Malgré tout, engager la discussion autour d'un livre autre que romance et SF/Fantasy est toujours possible et je continuerai à partager mes coups de cœur éventuels sur ma page Facebook.

Alors nous voila.
Vous verrez qu'il y a eu quelques petites modifications, changement de pages et de chroniques même si je n'ai rien supprimé des anciennes chroniques! Vous les retrouverez dans l'onglet "Index des chroniques".

N'hésitez pas à commenter, à me donner vos avis et vos conseils de lecture.

A très vite,
Perséphone (et Cheshire). 

lundi 10 novembre 2014

Lili Goth et la souris fantôme - Lili Goth #1 - Chris Riddell


COUP DE COEUR DE PERSEPHONE: CHRIS RIDDELL CE GENIE

Résumé: Lili Goth vit dans le manoir des Frissons frissonnants, une vaste demeure pleine de portes secrètes et de couloirs obscurs. Elle vit seule avec son père Lord Goth, homme absent et inconsolable depuis la mort de la maman de Lili. Pour être sûr de ne pas perdre sa fille, il lui fait porter d'énormes chaussures qui font beaucoup de bruit mais Lili est une petite fille maligne et elle s'évade de temps en temps dans la maison avec les chaussons de funambule de sa maman. Un soir elle fait la connaissance d'Ismaël Moustache, une petite souris fantôme attachante, et des enfants Chou. Ensembles, nos quatre compères vont se lancer dans une enquête surprenante!

Chris Riddell vous le connaissez peut-être sans savoir son nom car en plus d'être un auteur talentueux, c'est aussi un illustrateur génial. Il a notamment sévi aux côtés de Neil Gaiman pour Coraline et The Graveyard book et très récemment dans The Sleeper and the Spindle. C'est aussi l'auteur de la génialissime série des Apolline ( Ottoline en anglais), une série de trois volumes sur une petite fille aventureuse qui résout des enquêtes avec l'aide de Monsieur Monroe (à partir de 8 ans, beaucoup d'illustrations et un texte raisonnable) et également l'auteur avec son ami Paul Stewart des séries: Chroniques du bout du monde, Chroniques du marais qui pue et Les aventuriers du très très loin.


Comme pour Ottoline, ce qui marque immédiatement, c'est la facture des romans. Ce sont de petits formats reliés, terriblement élégants avec des décorations sur le côté: or pour Ottoline et argentées pour Lili Goth. D'emblée on ne peut qu'être séduits par l'objet livre que nous propose Riddell et qui lui donne une véritable Riddell touch accentuée par les dessins de l'auteur. On se sent attiré par le roman avant même de l'avoir ouvert. Anecdote rigolote, samedi à la librairie, c'est un papa, fasciné par le livre qui l'a finalement offert à sa fille parce qu'il le trouvait superbe et marrant comme tout. Comme quoi! 

Si Ottoline est à destination des plus jeunes, Lili concerne déjà des lecteurs plus aguerris (aux alentours des 10 ans) car malgré les dessins, il est assez volumineux et a beaucoup de texte. Commençons tout de suite parce qui peut être déroutant: fantôme, manoir hanté, ambiance résolument gothique, on pourrait croire que Lili Goth est un roman qui fait peur...sauf que non. Faire peur, ce n'est pas du tout ce que cherche à faire Chris Riddell. Lili Goth est sans aucun doute un roman gothique mais un gothique doux, gentil et surtout loufoque dans lequel les références aux classiques gothiques anglais se bousculent pour notre plus grand plaisir. C'est un roman délirant également, renforcé par les dessins très drôles. Il a un véritable don pour croquer les personnages les plus bizarres du roman. 

Mme Fouettard la cuisinière
J'ai adoré cette histoire parce qu'elle non seulement elle est drôle, les personnages sont attachants et un peu mystérieux. Les enfants Chou, Emma et William sont adorables et offrent à Lili de vrais compagnons de jeux fort agréables à suivre. Nous avons affaire à une enquête très sympathique où nous voguons dans les dédales du manoir des Frissons frissonnants pour tenter d'arrêter l'odieux garde-chasse d'intérieur. Plus encore, le roman est bourré de références à la littérature gothique tel qu'on la connait. De Maryshelleyzautre à Van Helsung, ce sont les grands classiques anglais qui sont revisités sous la plume loufoque et décalée de Chris Riddell.


C'est en ça qu'il m'a séduite. Chris Riddell, comme Malika Ferdjoukh, Marie-Aude Murail ou Timothée de Fombelle, est un auteur qui peut être lu par les adultes aussi bien que les enfants et avec un réel plaisir. Ce sont des textes à double emploi, drôles pour les enfants qui peuvent être l'occasion de découvrir d'autres romans mais aussi des textes dans lesquels les adultes peuvent se glisser et s'amuser. 

Les dessins de Chris Riddell sont magnifiques et méritent qu'on s'y attarde car ils donnent vie à l'histoire. Ce ne sont pas que de simples illustrations, l'auteur joue des codes du dessin. L'intrigue résonne des illustrations de l'auteur comme c'était déjà le cas pour Ottoline. Elles sont tout simplement splendides. 

Lili Goth a su me séduire au-delà des mots car j'ai bien conscience que j'ai finalement peu parler de l'histoire en soi. Il faut la découvrir page après page: l'amitié insolite entre Lili et Ismaël, les enfants Chou qui apportent de la joie dans la vie solitaire de la petite fille, sa gouvernante étonnante, le manoir des Frissons frissonnants et bien sûr l'horrible garde-chasse d'intérieur. Si vous ne connaissez pas Chris Riddell je ne peux que vous inviter à découvrir son travail, vous ne serez pas déçus! Un second tome est déjà disponible en anglais!

mercredi 5 novembre 2014

L'appel du coucou / Le ver à soie - Robert Galbraith (J.K. Rowling)


Je pensais avoir déjà parlé du Cuckoo's calling de Robert Galbraith mais il semblerait que ma paresse de cette été m'en ait empêchée! Puisque la suite des aventures de Cormoran Strike vient de paraître en France chez Grasset, je me dis qu'il est grand temps de combler mon retard en vous parlant des deux romans à la fois: bande de veinards.

Pour ceux qui vivraient sur une planète différente de la planète Potter, Robert Galbraith est le nom d'emprunt de J. K. Rowling pour écrire du polar. Il ne doit pas être facile d'accéder à un statut de star planétaire de la littérature comme l'est J.K. Rowling. Il est vrai qu'elle est attendue au tournant, entre les fans qui veulent à tout prix du Harry Potter, ceux qui sont convaincus qu'elle ne sait pas écrire autre chose et les autres. On se rappelle les débats enflammés lorsqu'elle a publié Une place à prendre. Je trouve qu'elle a été assez culottée et futée d'écrire le premier tome des aventures de Cormoran Strike sous un nom d'emprunt et qui plus est un nom masculin car il faut se rappeler qu'avant que le mystère ne soit craqué, The Cuckoo's calling a reçu un très bel accueil par la presse et la critique littéraire. C'est un joli pied de nez qu'elle fait à ce milieu parfois impitoyable - si si, il y a un côté Dallas dans le monde littéraire anglais, il suffit de lire The Silkworm pour s'en convaincre. C'est une reconnaissance de son talent d'écrivaine, à sa plume qu'elle sait mettre au service de la littérature policière et jeunesse. 

Mais trêve de bavardage, il est temps de rentre dans le vif du sujet! 

Présentation de l'éditeur: Lorsque le célèbre mannequin Lula Landry est trouvée morte, défenestrée, dans un quartier chic londonien, l’affaire est vite classée. Suicide. Jusqu’au jour où John Bristow, le frère de la victime, frappe à la porte du détective privé Cormoran Strike. Cet ex-lieutenant de l’armée, revenu d’Afghanistan amputé d’une jambe, est au bout du rouleau : sa carrière de détective est au point mort et sa vie privée, un naufrage. Aidé par une jeune intérimaire finaude, virtuose de l’Internet, il reprend l’enquête. De boîtes de nuit branchées en palaces pour rock stars, Strike va passer de l’autre côté du miroir glamour de la mode et du people pour plonger dans un gouffre de secrets, de trahisons, et de vengeances.

Présentation de l'éditeur: Quand l’écrivain Owen Quine disparaît dans la nature, sa femme décide de faire appel au détective privé Cormoran Strike. Au début, pensant qu’il est simplement parti s’isoler quelques jours – comme cela lui est déjà arrivé par le passé –, elle ne demande à Strike qu’une seule chose : qu’il le retrouve et le lui ramène.
Mais, sitôt lancée l’enquête, Strike comprend que la disparition de Quine est bien plus inquiétante que ne le suppose sa femme. Le romancier vient en effet d’achever un manuscrit dans lequel il dresse le portrait au vitriol de presque toutes ses connaissances. Si ce texte venait à être publié, il ruinerait des vies entières. Nombreux sont ceux qui préféreraient voir Quine réduit au silence.
Lorsque ce dernier est retrouvé assassiné dans de mystérieuses circonstances, la course contre la montre est lancée. Pour mettre la main sur le meurtrier – un tueur impitoyable, tel qu’il n’en a encore jamais rencontré dans sa carrière –, Strike va devoir d’abord percer à jour ses motivations profondes. 

Je sais, il semble étonnant de vous parler des deux romans en même temps, cependant, au delà de leur intrigue, ils partagent des caractéristiques communes qui me semblent importantes de mettre en avant pour vous convaincre de découvrir les romans de Robert Galbraith / J. K. Rowling. Bien qu'ils ne révolutionnent pas le genre, ces deux romans sont la preuve que J.K. Rowling est une auteure efficace qui maîtrise parfaitement les codes du roman policier et surtout du Detective stories. Si vous aimez les romans d'Agatha Christie, vous allez aimer Robert Galbraith car on y retrouve tous ce qui fait le sel des romans de Lady Agatha. 

Cormoran Strike est un vétéran de la guerre d'Afghanistan, un colosse avec une jambe en moins qui le fait toujours souffrir. De plus, et pour ne rien arranger, il est le fils bâtard d'une star du rock qu'il n'a vu que deux fois dans sa vie. Cormoran ne manque pas de piquant! C'est un personnage immédiatement attachant en vérité. On se sent de connivence avec lui, avec ses difficultés notamment vis à vis de sa fiancée Charlotte à qui on aimerait casser les dents. C'est un homme méthodique et méticuleux qui reste un militaire malgré son nouveau métier de détective. 
Même s'il n'est pas Hercule Poirot, on sent bien des liens entre les deux, la façon qu'ils ont de sentir les évènements s'emboîter et de le faire sentir au lecteur sans que nous puissions comme eux faire le lien entre des indices plutôt évidents. 

À côté de Cormoran Strike, son assistante Robin a tout de la jeune fille dynamique digne des romans Christiens! En conflit avec son fiancé au sujet de son travail, j'ai trouvé le personnage très équilibré dans sa conquête, lente mais résolue, de son indépendance. Robin est efficace et elle forme avec Cormoran un couple déséquilibré mais génial. J'aime aussi le fait que Robin prenne de plus en plus d'importance et que leur relation s'équilibre ou du moins tend à s'équilibrer à la fin du deuxième tome. 

J'admire le talent de J.K. Rowling pour les intrigues policières. Elle le démontrait déjà dans Harry Potter cela dit. Elle a un véritable don pour emmêler les fils et multiplier les fausses pistes. The Cuckoo's calling aborde le milieu de la mode et la surexposition médiatique tandis que The Silkworm celui du monde littéraire britannique. Plus encore que de simples univers, J.K. Rowling offre à travers de "simples" intrigues policières une véritable critique de la société britannique en même temps qu'une peinture de celle-ci. Impossible de ne pas sentir que nous sommes à Londres et que l'auteure nous parle de cette société qu'elle connait bien. 

De la même façon, on retrouve la plume de la maman d'Harry Potter, son ton et son ironie mordante qu'on adore. Elle n'a rien perdu de sa verve.

The Cuckoo's calling et The Silkworm, en plus d'être deux romans policiers d'excellentes factures avec de bons rebondissements, de la surprise et deux personnages principaux attachants, sont une photo de la société et une critique vive de la surmédiatisation, du monde de la mode et de la compétition acharnée que se livre les auteurs en mal de reconnaissance.

Deux romans que je conseille donc, à tous les amoureux des Detective stories.

lundi 3 novembre 2014

Monotropa uniflora - Les Brumes de Grandville #1 - Gwendoline Finaz de Villaine


SOUS LE CHARME, CATÉGORIE COUP DE POUCE

Présentation de l'éditeur: Peut-on tomber amoureuse dune simple voix, d'un esprit, sans y perdre son âme ? 
1919. Au lendemain de la première guerre mondiale, Apollonie devient professeur de musique. Belle, libre et déterminée, la jeune orpheline découvre la vie au château de Grandville. Elle ne tarde pas à faire la connaissance du fils de la Comtesse, le magnétique et mystérieux Hector, dont la beauté na d'égale que le cynisme. Apollonie, encore troublée par cette rencontre, tombe sous le charme indécent d'une voix mystérieuse sortie des ombres.
« J'étais en présence d'un esprit authentique. Un spectre. Je ne pouvais pas le voir, mais je l'entendais parfaitement. Et le pire, dans toute cette histoire, c'est qu'il était doté dune voix déroutante. Son timbre possédait une douceur étrange, mêlée d'accentuations rauques, presque envoûtantes. » 

Un roman, c'est comme un chaton: parfois on craque pour l'un d'entre eux. Ce n'est peut-être pas le plus beau ou le plus parfait des chatons mais on craque pour lui quand même. C'est ce qui m'est arrivé avec Les brumes de Grandville. 

J'étais déjà convaincue par le pitch de départ vous me direz: un upstairs-downstairs dans les années 20, une histoire d'amour, un fantôme, je ne pouvais décemment pas passer à côté. Je ne regrette pas mon pari.

Nous allons commencer avec les choses qui fâchent, nous en serons débarrassés et ça nous permettra de nous concentrer sur l'essentiel. Les Brumes de Grandville est un premier roman...et ça se sent. C'est sans doute le plus gros défaut de ce roman: le style. Gwendoline Finaz de Villaine fait beaucoup d'effort mais parfois les phrases sont un peu trop simple quand la synthaxe n'est pas étrange. Les premières pages souffrent un peu de ce style simple mais il s'améliore avec le temps. Il y a également le fait que Les Brumes de Grandville est écrit à la première personne. C'est, de mon point de vue, l'un des choix les plus difficiles à assumer surtout dans une histoire d'amour. Si on se permettait d'écouter nos pensées, on se rendrait compte qu'on a tous et toutes des instants globalement cucu mais il est vrai qu'à l'écrit ça passe moins bien. Après, ne jetons pas bébé avec l'eau du bain. C'est un premier roman et l'auteure ne peut que s'améliorer. Si elle ne maîtrise pas un style très littéraire, elle a le mérite de tenter certains paris stylistiques qui sont tout à son honneur.
J'ai lu sur d'autres blogs que les phrases en patois normand avait beaucoup gêné la lecture, ce n'est pas mon cas. Au contraire je trouve ces détails très intéressants car cela permet d'ancrer le récit dans son époque autant que dans son milieu géographique: la Normandie des années 20. C'est justement le genre de paris qui font des Brumes de Grandville un assez bon premier roman. Malgré ce défaut il n'en est pas moins prometteur.

Si Gwendoline Finaz de Villaine n'écrit pas encore comme Proust - est-ce à souhaiter d'ailleurs? - elle a au moins le grand mérite de créer une véritable ambiance. Une fois plongé dans le roman, on ne peut pas le lâcher ni se défaire de son ambiance. Une de mes collègues l'a lu également et a trouvé qu'il y avait cette même ambiance. Pour le coup, cette collègue - aussi spécialiste jeunesse - a tendance a préférer les romans destinés aux garçons et elle ne lit pas de romance mais là elle a accroché en disant "je me suis sentie tellement bien après la lecture que je le recommande". J'étais secrètement ravie du pouvoir de la romance: NON ce n'est pas une littérature nulle! Bref, je m'égare. Les Brumes de Grandville sait placer une vraie ambiance qui lui est propre. On sent immédiatement le côté upstairs-downstairs ce qui est agréable car c'est un genre qui manque beaucoup dans la littérature française et le fantastique qui se rajoute ensuite apporte une petite touche bienvenue. Je n'ai pas été surprise par le tournant fantastique du récit parce que je savais qu'il y a avait un fantôme cependant c'est vrai qu'il aurait peut-être failli mettre un ou deux évènements annonciateurs de ce twist. 

J'ai bien aimé les personnages, Apollonie est une jeune fille agréable. Elle est assez vive, touchante, même si elle se montre parfois un peu naïve. Il ne faudrait tout de même pas oublier qu'elle sort à peine du couvent et qu'elle ne peut pas, non plus, avoir des attitudes qui ne correspondent pas à son éducation. Hector est un être assez désagréable, comme ses soeurs qui sont d'horribles pimbêches. La maman échappe à ce côté affreux, c'est une femme agréable, une douce maîtresse de maison. Quant au fantôme je l'ai trouvé touchant et j'avais assez hâte qu'il vienne voir Apollonie. Je trouve que l'auteure réussit à éviter la caricature et à être mesurée avec ses personnages. Les filles sont vilaines certes mais pas non plus des garces finies et leur mère ne se révèle pas être un tyran comme on aurait pu s'y attendre. Il y a des rumeurs, de mauvaises actions mais aussi pas mal de positif pour contrebalancer tout ça. J'ai apprécié cette pondération.

L'intrigue est très agréable, on se laisse porter par l'histoire. Même si certains rebondissements semblent cousus de fils blancs,  il n'en reste pas moins qu'il y a d'excellentes idées qui nous tiennent en haleine. De sorte qu'on oublie que Les Brumes de Grandville est un premier tome! J'étais tellement accrochée que j'aurai embrayé sur la suite sans problème, je suis sur les dents! Gwendoline Finaz de Villaine réussit quelque chose de rare dans les séries: le renouvellement complet. La fin du premier tome nous donne à penser que la suite va prendre un autre tour et je suis pressée de savoir lequel!

Et puis...et puis...Les Brumes de Grandville est une pré-romance! Je m'explique: il est étiqueté à partir de 13 ans et honnêtement à part une scène un peu "chaude" de baiser passionné - pas d'excitation on est loin d'un Aventure et Passion - il n'y a rien qu'une enfant de 13 ans qui a déjà lu Nos étoiles contraires ne puisse lire. C'est pour moi une excellente initiation à ce genre pour les plus jeunes avant la plongée dans les Aventures et passion de maman, mamie, tata etc dès nos 15 printemps. Vous le savez, la romance j'aime et là j'adhère!

Pour finir, ce roman est aussi un roman marqué par la musique, amours premières de l'auteure. Je regrette qu'elle n'ait pas plus appuyé sur ce thème qui aurait pu véritablement soutenir la narration. Espérons qu'elle le fera pour la suite!

Voila, nous arrivons à la fin de cette chronique et il faut récapituler: Les Brumes de Grandville n'est certes pas un roman parfait mais il a su me toucher notamment par son intrigue et son audace. Je ne peux que le recommander, il faut soutenir les premiers romans et les petites maisons d'éditions comme l'est B. édition.
Sinon, un clip vidéo est disponible - j'avoue je suis moins fan - et une communauté s'est créée sur Facebook à propos du roman.

Et si vous vous demandez à quoi ressemble une Monotropa Uniflora, voila la réponse (jolie trouvaille d'ailleurs):

vendredi 31 octobre 2014

Vous parler de ça - Laurie Halse Anderson


ROMAN COUP DE POING!!!

Présentation de l'éditeur: Melinda Sordino ne trouve plus les mots. Ou plus exactement, ils s'étranglent avant d'atteindre ses lèvres. Sa gorge se visse dans l'étau d'un secret et il ne lui reste que ces pages pour vous parler de ça. Se coupant du monde, elle se voit repoussé progressivement par les élèves, les professeurs, ses amis et même ses parents. Elle fait l'expérience intime de la plus grande des injustices: devenir un paria parce que ceux dont elle aurait trop besoin pensent que le mal-être, c'est trop compliqué, contagieux, pas fun. Melinda va livrer une longue et courageuse bataille, contre la peur, le rejet, contre elle-même et le monstre qui rôde dans les couloirs du lycée. 

Premièrement, ne cherchez pas à en savoir plus sur l'intrigue de ce livre. Même si on devine assez rapidement le problème dont souffre Melinda et l'expérience traumatisante qu'elle a vécu, le savoir avant que les mots lui viennent, est un peu comme lui manquer de respect. Il faut laisser au roman le soin de se dérouler, de se dévoiler lentement, de la même façon que Melinda nous dévoile peu à peu son mal-être et les angoisses qui la ronge. 

Le roman de Laurie Halse Anderson, qui n'est pas une nouveauté il est sorti aux États-Unis il y a un moment maintenant, est la troisième publication des éditions de La belle colère et je dois admettre que cette maison d'édition a des bollocks grosses comme ça! (si si). Après Dieu me déteste sur des adolescents en phase terminale de cancer (qui n'a rien à voir avec Nos étoiles contraires) et le plus léger La ballade d'Hester Day sur le passage de l'adolescence à l'âge adulte, ce troisième opus est un coup de boule in da face!

Non parce que tout de même, s'enquiller dans la même année, les adolescents mourants et le traumatisme de Melinda, c'est un défi qui n'était pas le plus simple à relever. Dans sa forme, comme pour les romans précédents, ce livre penche nettement du côté adolescent de la littérature: une narration à la première personne agrémentée parfois de formes orales, une héroïne de 16 ans et un cadre lycéen très fort. Cependant, ce serait une erreur de le cantonner uniquement aux adolescents et jeunes adultes car il traite d'un problème autrement plus grave qui mérite d'être abordé par tous. Rien à voir ici avec un "simple" mal-être adolescent mais d'un problème hautement plus grave qui mérite l'attention de tous. [Je mets "simple" entre guillemets, vous comprendrez bien que je différencie ce qui peut être lié à l'adolescence comme l'éveil de la sexualité par exemple de ce qui n'est pas lié, comme ce qui est arrivé à Melinda]. D'ailleurs, la somatisation de l'évènement par la perte progressive de la parole est à la fois très symptomatique du problème de Melinda qui n'arrive pas à dire, à extérioriser ce qu'elle a vécu mais également une excellente trouvaille littéraire car l'écrit redonne sa voix à Melinda. 

Sans jamais être pathétique ni caricatural - et je remercie infiniment La belle colère pour le choix toujours aussi judicieux de ses textes - nous assistons à la descente aux Enfers de cette adolescente, mise au banc de la société qu'elle fréquente, jusqu'à ses propres parents. Personne ne semble comprendre sa soudaine prise de poids, son mutisme ni le décrochage scolaire dont elle souffre...jusqu'à ce que...quelques mains se tendent et que la parole enfin se libère. 

Vous parler de ça est non seulement un récit sur un crime qu'il faut réussir à bannir et à condamner mais aussi un sublime parcours initiatique qui redonne la voix à celles et ceux qui l'on perdu. J'ai compris dès les premières pages ce qui était arrivé à Melinda mais ça ne m'a pas empêchée d'être à la fois horrifiée par la situation et sincèrement émue par le dénouement - de la parole et de l'intrigue. 

On ne peut pas ne pas être du côté de Melinda car elle nous apparait dans toute sa vérité. C'est l'indéniable avantage du lecteur sur le reste des protagonistes de cette intrigue: nous savons, nous ne pouvons remettre le malaise et les terreurs de cette jeune fille en doute et nous ne pouvons pas nous taire. Laurie Halse Anderson nous offre un roman poignant et d'une force énorme sous des apparences très modeste. Même si vous sortez secoués de cette lecture, vous vous apercevrez qu'on en retire beaucoup. 

UN MUST READ.