lundi 19 août 2013

Le cheval pâle - Agatha Christie


Présentation de l'éditeur: Dans un bistrot de Chelsea, l'écrivain Mark Easterbrook surprend deux jeunes filles en train de se crêper le chignon. L'une d'elles, « pleine de fric » paraît-il, s'appelle Thomisa Tuckerton. A quelque temps de là, Mark Easterbrook tombe sur un entrefilet : Thomisa Tuckerton est décédée, à l'âge de vingt ans. Peu après, le père Gorman, qui venait de recueillir la confession d'une vieille dame, se fait assassiner. On retrouve sur lui une liste de noms, parmi lesquels celui de Mrs Tuckerton. Les autres sont ceux de personnes mortes de mort « naturelle ». Cela conduit Mark Easterbrook au Cheval pâle où trois sorcières s'adonnent au spiritisme et terrorisent leur entourage. Mais ce n'est pas le maléfice qui tue...

De temps en temps, revenir à la base est important. Après avoir fini Une saison avec Jane-Esther et 3000 façon de dire je t'aime, engloutis en 3 jours, je me sentais un peu vide niveau lecture. Pas envie de commencer A clash of Kings trop lourd pour mon petit cerveau en ce moment, pas envie de jeunesse mais pas envie d'un roman adulte non plus, la romance? ouaif....Du coup je me suis tournée vers l'indémodable, celle qui fait du bien quand rien ne passe: Dame Agatha Christie. J'aime beaucoup la série Marple d'ITV et après avoir vu The Pale Horse j'avais envie de découvrir le roman, notamment parce qu'il n'y a pas Miss Marple dans Le cheval pâle. J'étais assez curieuse de voir les différences et comment l'histoire était en vraie. 

Ce roman d'Agatha Christie est assez intéressant parce qu'il combine deux types d'écritures. La majeure partie du récit est écrite à la première personne et est narrée par Mark Easterbrook, célibataire, historien, assez aisé et qui - sans se l'avouer - s'ennuie assez dans sa petite vie monotone et bourgeoise. Il a du mal à croire à toute cette histoire au départ et ne fait que tardivement le lien entre plusieurs évènements mais pour un détective amateur il s'en sort bien. Il est un peu bêta parfois, j'avais envie de le secouer mais il est très attachant. 
Le deuxième type d'écriture, moins présent mais néanmoins là, est un récit à la troisième personne du singulier qui suit le père Gorman, l'inspecteur Lejeune et le médecin légiste Corrigan. C'est intéressant car ça permet d'apprendre des éléments, inconnus de Mark Easterbrook mais connus du lecteur, pour un mélange entre relations proches avec le principal protagoniste et "on en sait un peu plus que lui". Pas pour longtemps puisque les informations circulent vite. Pour cette fois je ne pouvais pas faire de conjectures sur l'auteur des meurtres puisque je connaissais déjà la résolution du mystère mais je pense qu'il ne doit pas être aisé de deviner l'ensemble de ce qu'il se passe au Cheval pâle

L'intrigue est vraiment sympathique et originale dans sa façon d'être mise en scène. J'ai beaucoup aimé l'idée de base d'Agatha Christie et ce qu'elle en fait. Il y a encore ici, comme souvent chez elle d'ailleurs, des tours de passe-passe et de la magie, un soupçon de crédulité qui entortille le lecteur jusqu'au dénouement final. 

J'ai beaucoup aimé le personnage de Ginger Corrigan, elle va de l'avant, n'hésite pas à jouer un jeu dangereux pour elle. Un joli personnage fort comme Agatha Christie sait bien les écrire et qui fait un pendant agréable à Mark. 

Un dernier point particulièrement sympa du Cheval pâle, ce sont toutes les références qu'Agatha distille dans le roman sur d'autres romans à elle. On retrouve tout d'abord l'incroyable Ariadne Oliver, amie fantasque de Poirot, écrivaine, genre de double caricatural de l'auteure elle-même. Complètement dans la lune, elle donne quelques pistes à Mark Easterbrook et fait mention d'un autre roman d'Agatha Christie Poirot joue le jeu écrit cinq avant Le cheval pâle. On retrouve aussi le Pasteur et sa femme Mr et Mrs Dane Calthrop rencontré avec Miss Marple dans La plume empoisonnée. Mrs Dane Calthrop est fidèle à elle-même, c'est une femme intéressante et une digne amie de Jane Marple. Enfin, Mark Easterbrook est le cousin de Rhoda Despard que l'on rencontre avec son mari, le major Despard dans le très bon Carte sur table.

Un petit mot sur l'adaptation pour finir: outre la présence de JJ Field (gniiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii) et bien que différent du roman (adapté pour y caser Miss Marple), l'intrigue est bien menée et garde malgré tout l'essentiel de la trame de fond tout en modifiant l'extérieur. C'est assez bien vu et le résultat est intéressant bien qu'éloigné de son œuvre originale.

vendredi 16 août 2013

Les mondes de Chrestomanci - Diana Wynne Jones


Je vous l'avais promis, le voici, un article récapitulatif sur Les Mondes de Chrestomanci

Les mondes de Chrestomanci est une série de sept livres de fantasy (low fantasy) pour enfants, écrits par Diana Wynne Jones entre 1977 et 2006. C'est d'ailleurs l'étendue de ces durées de publications qui explique la complexité de la série avec des tomes publiés plus tardivement qui se placent chronologiquement avant le premier tome écrit (vous suivez toujours?). 

Le Chrestomanci est au sein du gouvernement britannique le chef de la supervision de l'usage de la magie (comme quoi les offices du ministère de la magie de J.K Rowling ne sont pas loin de cette idée). Il est généralement choisi par le Chrestomanci actuel pour être formé: c'est un magicien extrêmement puissant, doté de 9 vies (les plus puissants d'entre-tous) et qui vit à Chrestomanci Castle dans le sud de l'Angleterre. 

Les Mondes de Chrestomanci c'est aussi une histoire de mondes parallèles et de séries. Ces séries sont toutes différentes car elles ont divergé en un point précis du temps suite à des évènements marquant, comme la bataille d'Azincourt (gagnée dans certaines séries par les français, dans d'autres par les anglais) ou le succès ou l'échec de la Conspiration des Poudres. Certains sont capables de voyager entre les séries que ce soit physiquement ou en esprit. On connait 12 séries différentes avec des gens parfois en double d'une série à l'autre. 
Notre monde est la série 12B, la série 12A étant celle où se déroule les aventures de Chrestomanci. Nos deux mondes se sont séparés entre le 19e et le 20e siècle, là ou le 12B a choisi la technique et la science, le monde 12A a conservé la magie. 
Certaines séries sont extrêmement proches du monde 12B même si la géographie est un peu différente. 

Comment lire la série des Chrestomanci?


Il y a plusieurs façon: par ordre de publication ou par ordre chronologique (ou bêtement en suivant l'ordre de publication française qui est encore un ordre différent....ouais je sais...). 

Pour lire les romans dans l'ordre de publication

5) Mixed Magics (collection de nouvelles non traduites) (2000)
7) The Pinhoe Egg  (2006) non traduit. 

Sinon vous pouvez toujours suivre l'ordre de lecture de Diana Wynne Jones elle-même:

1) Charmed life
2) The lives of Christopher Chant
3) Conrad's Fate
4) Witch Week
5) The magicians of Caprona
6) The Pinhoe Egg  
7) Mixed Magics 

Enfin, vous pouvez lire la série dans l'ordre chronologique, pour suivre d'abord les histoires du futur Chrestomanci, Christopher Chant en ensuite sa vie de Chrestomanci (il prend la relève de Gabriel de Witt). 

1) The Lives of Christopher Chant
2) Conrad's Fate
3) Charmed Life
4) "Warlock at the Wheel"(dans Mixed Magics)
5) "The Sage of Theare" (dans Mixed Magics)
6) Witch Week
7) The Magicians of Caprona
8) "Stealer of Souls" (dans Mixed Magics)
9) "Carol Oneir's Hundredth Dream" (dans Mixed Magics)
10) The Pinhoe Egg

Mais Les mondes de Chrestomanci ne sont pas les seuls romans ou l'on retrouve ces mondes parallèles. La série Howl's moving castle - Le Chateau de Hurle a elle aussi cette petite part de magie.


2) Castle in the air (non traduit)
3) House of many ways (non traduit)

J'espère que ce petit article vous aidera à remettre les idées en place et surtout qu'il vous donnera envie de découvrir, si ce n'est pas déjà fait, les oeuvres de Diana Wynne Jones, que je considère personnellement comme l'une des meilleures auteures de romans de fantasy pour la jeunesse du XXe siècle. 

mercredi 14 août 2013

Capote vs Infamous - Truman Capote au cinéma

C'est un article un peu particulier que je vous propose pour ce Mercredi cinéma puisque nous allons parler à la fois d'un auteur américain emblématique du XXe siècle et de deux films sur une partie de sa vie, films sur le même sujet, sortis à quelques mois d'écart. Je n'aime d'habitude pas comparer deux films, deux adaptations (surtout quand ils ou elles n'ont pas le même format) mais je fais une exception ici parce que quand même...six mois d'écart pour le même film sur un même sujet "réel" c'est assez rare.

Mesdames et Messieurs, je vous présente : TRUMAN CAPOTE. Truman est né le 30 septembre 1924 à la Nouvelle-Orléans et est mort le 25 août 1984 à Los Angeles. De par sa personnalité pour le moins atypique et ses écrits novateurs, Truman Capote a fortement marqué la littérature américaine de la seconde moitié du XXe siècle. 
Truman Capote, c'était un petit bonhomme à la voix nasillarde, une cigarette fichée au bec et une homosexualité affichée et décomplexée. Jack Dunphy, lui aussi écrivain, sera d'ailleurs le compagnon de presque toute sa vie. 
En 1958, Breakfast at Tiffany's (Petit déjeuner chez Tiffany), duquel sera tiré le fameux film avec Audrey Hepburn, lui apporte la notoriété et la reconnaissance de ses pairs. Ami d'enfance de Nelle Harper Lee, le jeune Truman apparait aussi dans Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, roman phare sur l'Alabama et le contexte raciale. 
Mais Truman Capote c'est aussi et surtout In cold blood (De sang froid), livre qu'il mit quatre ans à écrire. In cold blood ce n'est pas un roman, c'est un livre qui relate un fait divers bien réel. Pour Truman Capote, l'enjeu de ce récit, c'est de montrer qu'un auteur, un vrai, peut très bien écrire autre chose que des nouvelles ou des romans et qu'il peut être capable d'intéresser les lecteurs avec une histoire vraie, pourvue qu'elle soit bien écrite. Ce que Truman Capote n'avait pas prévu, c'est que l'écriture de ce livre le marquera bien au-delà de qu'il pensait. 

In cold Blood c'est aussi le thème central des deux films que je vais vous présenter aujourd'hui. Nous allons les prendre dans l'ordre chronologique et nous pencher sur Capote (Truman Capote en VF) de Bennett Miller, basé sur le livre Capote de Gérard Clarke et sorti en 2005. 
Résumé: En novembre 1959, Truman Capote, auteur de Breakfast at Tiffany's et personnalité très en vue, apprend dans le New York Times le meurtre de quatre membres d'une famille de fermiers du Kansas. Ce genre de fait divers n'est pas rare, mais celui-ci l'intrigue. En précurseur, il pense qu'une histoire vraie peut être aussi passionnante qu'une fiction si elle est bien racontée. Il voit là l'occasion de vérifier sa théorie et persuade le magazine The New Yorker de l'envoyer au Kansas. Il part avec une amie d'enfance, Harper Lee. A son arrivée, son apparence et ses manières provoquent d'abord l'hostilité de ces gens modestes qui se considèrent encore comme une part du Vieil Ouest, mais il gagne rapidement leur confiance, et notamment celle d'Alvin Dewey, l'agent du Bureau d'Investigation qui dirige l'enquête... (IMDB)

CASTING

Philip Seymour Hoffman ............................................... Truman Capote
Catherine Keener .......................................................... Nelle Harper Lee
Clifton Collins Jr ........................................................... Perry Smith
Chris Cooper ................................................................. Alvin Dewey
Bruce Greenwood .......................................................... Jack Dunphy
Mark Pellegrino ............................................................. Richard Hickock
Amy Ryan ..................................................................... Marie Dewey
Bob Balaban .................................................................. William Shawn
Capote c'est un film extrêmement dérangeant et pas du tout complaisant avec la figure de l'artiste. Truman Capote est un homme un peu étrange, autant physiquement que psychologiquement. Pas très grand, un peu rond, des lunettes qui renforcent la rondeur du visage et cette voix, cette voix inoubliable, nasillarde. Cynique qui n'hésite pas à balancer des vacheries bien senties, Truman Capote est un personnage avec lequel le spectateur n'accroche pas facilement. Narcissique, comme lorsqu'il paye un employé des chemins de faire pour lui dire qu'il est un excellent écrivain, il échappe aux questions et aux situations délicates par un rire un peu forcé.

C'est peut-être ce que j'ai finalement le plus aimé de la prestation de Philip Seymour Hoffman et du choix de mise en scène, c'est ce regard franc sur un auteur particulier qui peut-être, sous la caméra d'un autre pourrait donner quelque chose de beaucoup plus hagiographique. On sent extrêmement bien la complexité entre le côté profiteur et manipulateur de Truman, qui essaye de soutirer le plus d'informations possibles à Perry Smith et Dick Hickock en se faisant passer pour leur ami et en même temps...on sent, sûrement avant Capote lui-même, ce qui est en train de se passer et le basculement qui s'opère chez lui. C'est cette perplexité qui m'a plu et aussi cette façon subtile de présenter aux spectateurs, les relations particulières qui se nouent entre Perry Smith et Truman Capote. Au final Capote nous laisse le choix de l'interprétation.

Capote se concentre également beaucoup sur le personnage de Truman et moins sur l'affaire du Kansas qui est une sorte d'enrobage au récit. On apprend à découvrir cet homme, ses amis, son amie Harper Lee, écrivaine brillante elle aussi. Finalement Truman Capote est quelqu'un de fascinant que l'on observe à travers une loupe.

La mise en scène est sobre, lente, classique mais toujours efficace et surtout subtile sur le personnage de Truman Capote que sur les relations qu'il entretient avec Perry Smith. Le jeu de Seymour Hoffman est absolument impeccable, pas de questionnement possible sur son Oscar, il le mérite, Truman Capote vit sous nos yeux, tout en finesse. Les autres acteurs soutiennent parfaitement la mise en scène et le propos.

Mais à côté de cette première vision de ces quelques années qui ont marqué Truman Capote, un second film infamous (scandaleusement célèbre en VF) nous relate cette histoire.

Résumé: Ce qui commence comme un voyage humoristique de l'écrivain Truman Capote, qui ne cache pas son homosexualité tout en évoluant dans les milieux élégants du beau monde de Manhattan, prend une tournure plus sombre à mesure qu'il enquête sur une affaire de meurtres. (allociné)

CASTING

Toby Jones .......................... Truman Capote
Sandra Bullock .................... Harper Lee
Sigourney Weaver ............... Babe Paley
Gwyneth Paltrow ................. Peggy Lee
Daniel Craig ......................... Perry Smith
Lee Pace ............................... Dick Hickock
Peter Bogdanovich ............... Bennet Cerf
Hope Davis ........................... Slim Keith
Jeff Daniels ........................... Alvin Dewey
Isabella Rossellini ................. Gloria Guiness


Je sens que vous vous dites: Heu Persie si les deux films racontent la même histoire, pourquoi tu nous remets un résumé?
Tout simplement parce que je trouve que ce second résumé est assez révélateur de la teneur du film et que les deux bandes annonces sont finalement assez explicites.

Infamous a beau raconter la même histoire que Capote, il ne le fait pas du tout de la même manière. Infamous s'attache beaucoup plus sur l'entourage de Truman Capote et sur l'aspect mondain de Truman. Il suffit de voir le casting pour se rendre compte que celui-ci est joué par des acteurs plus connus et donc qu'on verra plus à l'écran que dans Capote.
Il y a aussi une dimension beaucoup plus "drôle" un effet comique un peu caricatural que donne Toby Jones au personnage de Truman Capote qui donne au film un ton qui oscille toujours entre comédie et drame.

Toby Jones campe un Truman Capote tout aussi remarquable que Philip Seymour Hoffman bien que différent mais on a un même travail sur la voix, les manières, la façon d'être de Truman même si l'impression finale est différente.

Infamous raconte aussi l'histoire du Kansas sous un autre angle, plus de flashback, un arrêt plus fort sur les deux tueurs même si l'image de Dick Hickock est beaucoup plus marquée que dans Capote (au point que je me demande si ce n'est pas fait exprès pour bien marquer une différence entre Capote-Smith et Hickock de l'autre). De ce fait la relation Capote-Smith perd toute la subtilité qui existait dans Capote et le spectateur n'a pas a décider. Il y a même une scène très explicite qui sort de la tête du réalisateur. Infamous est donc peut-être plus caricatural et moins subtile mais il compense par beaucoup de tendresse et une émotion qui vous prend, pas au même moment que l'autre film.

L'ambiguité du comportement de Truman laisse place ici à beaucoup plus de tendresse et de douceur et la marque que fera In cold Blood sur l'auteur en est d'autant plus palpable.
Je dois reconnaitre que les autres acteurs sont aussi formidables. Sandra Bullock (que j'aime beaucoup en temps normal) est ici vraiment superbe en Harper Lee avec un gros travail sur le personnage, Lee Pace montre un Dick Hickock détestable (mais qui est peut-être forcé) mais surtout, il y a Daniel Craig.

Alors Daniel Craig...ce n'est pas un acteur que j'apprécie. En règle générale il me laisse froide, que les choses soient claires. Cependant, ici en Perry Smith il est assez breathtaking je dois dire. ll campe un personnage extrêmement complexe, un meurtrier perturbé, un homosexuel refoulé (?), quelqu'un de sensible et pourtant qui a massacré une famille au complet. Six ans après avoir vu Infamous je reste marquée par sa prestation, au point même qu'il évince Toby Jones dans ma mémoire.

En conclusion: les deux films sont à voir. Même si Capote est peut-être un cran au dessus de Infamous, ils offrent tous les deux d'excellentes prestations et des mises en scène qui valent le coup. Si l'un est plus cynique l'autre est plus tendre. Tout dépend après de ce que vous voulez voir. En tout cas, il rend le personnage de Truman Capote intriguant.  

lundi 12 août 2013

Un risque calculé - Katherine Neville


Présentation de l'éditeur: Verity Banks est vice-présidente en charge des transferts informatiques de fonds à la Banque mondiale, une institution financière prestigieuse et respectée. Afin de prouver à sa direction que la sécurité informatique de l'établissement est perfectible, elle s'apprête à détourner un million de dollars sans que quiconque ne s'en aperçoive. C'est ce moment que choisit pour réapparaître dans son existence son mentor, le docteur Zoltan Tor, un séduisant génie de l'informatique qui, vingt ans plus tôt, lui a tout enseigné. Celui-ci lui propose alors un défi détourner un milliard de dollars, l'investir durant trois mois, et le remettre à sa place sans que personne ne découvre la substitution. Ce qui au départ n'était qu'un jeu dangereux prendra une tout autre ampleur lorsque nos deux complices découvriront l'existence d'un complot machiavélique. Ils iront alors de surprise en surprise jusqu'à un final palpitant.

Enorme déception avec cette lecture foireuse d'Un risque calculé de Katherine Neville. Pourtant j'avais adoré son premier roman Le Huit ainsi que la suite Le feu sacré et dans une moindre mesure Le cercle magique. Les éditions du cherche-midi précisent qu'il s'agit de son premier roman et ils se trompent. Cela dit, vu la teneur d'Un risque calculé, cela aurait pu effectivement être un premier roman tant on ne comprend pas le décalage entre le génialissime Le Huit et celui-là. 

Après avoir lu tous les romans de l'auteure, je peux faire deux reproches majeurs à Katherine Neville, reproches qui d'ailleurs ne gêneront sans doute, que ceux qui, comme moi, ont lu les quatre romans. Si vous vous arrêtez au Huit et à sa suite, je ne suis pas sûre que cela vous choque.
Tout d'abord les quatre romans se ressemblent. Même ligne principale, mêmes personnages d'une série sur l'autre, seul finalement le contexte change. Je trouvais déjà que Le cercle magique était déjà un peu un Huit en moins bien parce que l'intrigue n'est tout simplement pas menée à terme, ici je suis assez étonnée de la pauvreté de l'intrigue et de l'ensemble. Je n'arrive pas à comprendre comment elle a pu écrire ce roman après le Huit. Autre problème pour moi, et problème de taille, toutes les héroïnes se ressemblent. Elles sont toutes physiquement semblables, même morphologie, même vie avec carrière de haut vol même si Verity est quand même l'héroïne la moins agréable des quatre romans, Catherine était plus sympathique et Arielle était une héroïne assez rigolote. Pire pour moi, les trois romans: Le Huit, Un risque calculé et Le cercle magique sont tous très inspirés de la propre vie de Katherine Neville.
Et alors? vous me direz.
Et bien qu'un auteur s'inspire de ce qu'il connait pour écrire ne me dérange pas. Qu'un historien écrive sur l'histoire qu'il maîtrise, qu'un criminologue écrive des romans policiers, qu'un médecin écrive des trames médicales etc. je comprends. Après tout c'est normal et même souvent mieux puisque ayant une connaissance du milieu qu'il décrit, les incohérences sont moins nombreuses. Cependant, quand par trois fois l'auteure reprend exactement des postes qu'elle a occupé, j'ai au final l'impression qu'elle se met simplement en scène et ça m'ennuie. Ce n'est pas de la jalousie, devenir experte en nucléaire, en banque ou en pétrole ça n'est pas mon truc mais je trouve qu'au final l'ensemble manque clairement d'originalité. Des inspirations oui, mais de là à se mettre en scène à chaque fois....ça devient franchement lassant.  

D'accord, d'accord on a compris Katherine Neville est un peu narcissique, mais sinon, qu'est-ce que tu reproches concrètement à Un risque calculé?

Je lui reproche trois gros problèmes. Tout d'abord, l'intrigue est molle. On me promet un mystère palpitant et un complot machiavélique...au trois quart du roman je le cherche encore. Effectivement, les chefs de Verity lui mettent des bâtons dans les roues. Surprenant! Surtout quand Verity précise dès les premières pages que son chef le kiwi comme elle l'appelle, est un incompétent fini qui cherche à empêcher ses collègues plus talentueux de grimper dans l'échelle de l'entreprise. Du coup je suis moyennement étonnée. Pareil avec l'un des directeurs de la banque qu'elle décrit comme un type froid et arriviste, qui n'aime pas plus ses subalternes que ses directeurs et qu'au fond à part sa pomme...Elle a l'air de tomber des nues quand ces gens là s'allient pour l'empêcher, elle, une femme, de grimper dans la banque alors qu'elle nous rappelle depuis le début que ce milieu est un milieu misogyne et que pour ce faire elle a effacé minutieusement toutes les traces de sa féminité. Paye ton cliché. Alors je m'interroge...où est l'intrigue palpitante? Je le cherche toujours.
De plus, pardonnez-moi mais l'intrigue qui repose sur "On va voler des millions, les faire fructifier et les remettre" il n'y a que moi que ça gêne? En quoi ça va t'aider à démontrer que tu es plus forte? Tu ne sens pas venir le coup foireux? Non vraiment?  

Parlons à présent de l'héroïne.


Ouais voila...Merci Ten. 
Elle est censée être vice-présidente d'un service informatique d'une banque énorme, d'être ultra brillante...et se fait contre-carrer TOUT LE TEMPS mais vraiment tout le temps. Que ce soit par Zoltan Tor qui lui montre par A+B qu'elle pourrait mieux faire ou par ses chefs - censés être idiots - qui arrivent toujours à la devancer. Une fois je veux bien mais à chaque rebondissement ça devient ridicule. En plus de ne pas se montrer particulièrement intelligente, on sent bien que Zoltan a une longueur d'avance, elle n'est pas du tout sympathique. Le première page du roman montre une héroïne froide, calculatrice et qui ne s'intéresse exclusivement qu'à l'argent. Je me doute bien que lorsque l'on rentre dans ce monde de la finance on doit être doté d'une certaine mentalité mais ici j'ai trouvé ça tellement caricatural que ça en devenait trop. Verity est exactement ce qu'on attend du cliché d'une banquière ambitieuse aux dents qui rayent le parquet. Autant dire que je n'ai pas du tout accroché à l'héroïne mais le pire était à venir. Si si....

Parlons un peu de Zoltan Tor...Zoltan Tor c'est ni plus ni moins qu'un mauvais Nim (Le Huit), comme si Katherine Neville avait voulu rétablir une relation qui ne se fait pas dans Le Huit et que l'équivalent de Nim finisse avec l'héroïne pour une fois. Pourquoi ça me gêne? Parce que là ou Nim n'était que choupitude et bon sentiment, il est sincère envers Catherine, veut l'aider, la protéger mais ne la prend jamais pour une enfant, Zoltan lui se veut Pygmalion. Il façonne Verity comme il l'entend, la rudoie, la prend vraiment pour une enfant - Mr Knightley et Emma c'est le monde des bisounours du paternalisme à côté - et lui fait la leçon. Déjà, moi ça me hérisse. Surtout quand l'héroïne est censée être une femme brillante, le côté paternaliste ridicule de Zoltan est complètement déplacé. Si on rajoute à ça, les sentiments de Verity sur l'affaire, cet espèce de faux sentiment du "j'ai besoin de lui mais en même temps je le déteste parce qu'il réveille quelque chose en moi..."... Leur relation est sans nuance, sans papillon et sans surprise. Dès les premières descriptions de Zoltan (pas DU TOUT mon type d'ailleurs, elle a des goûts bizarres là...) on comprend que Verity est morte d'amour pour son mentor. Honnêtement, on retrouve tous les pires clichés de la romance. Alors cette histoire, elle a commencé par réveiller ce genre de sentiment en moi:


Le genre de sentiment où tu sens que ça pue...et que ça va continuer à ne pas du tout aller. Le coup de l'héroïne garçon manquée je l'avais vu venir...car accrochez-vous...on est au moins dans du Harlequin années 70 bien lourdingue.....Zoltan lui révèle sa féminité! TADAM. Et oui mesdemoiselles, en plus d'être Pygmalion, c'est lui qui lui montre que son côté garçon manqué n'est qu'une façade pour cacher qui elle est réellement et qu'après leur première nuit, elle a des papillons dans le ventre et des étoiles pleins les yeux, bien sûr elle n'a pas de vie privée, elle travaille dur et une femme ne peut pas tout avoir voyons. Prenez ça dans les dents féministes! Vlan! Une femme a besoin qu'un homme lui révèle qui elle est. Là pour moi, ce qui avait commencé par un frisson d'appréhension fini en: 


Pour ceux et celles qui ne me connaîtraient pas: J'adore la romance et j'adore les héros bien alpha et bien bossy, type Gideon Westbrook, type Simon Hunt, type Derek, type Radcliffe Emerson et Lord Maccon. Vraiment... j'adore ça et j'en lis mais aucun de ces héros là ne prétend changer l'héroïne. Justement ce qu'ils aiment en elle, c'est tout ce qu'elle est, avec un caractère bien trempée et des idées et ô grand jamais ils ne prétendent de faire d'elles de vraies femmes. Elles sont déjà des femmes à part entière. Ils les mettent aussi sur un pied d'égalité et ne leur font pas la morale à tout bout de champ. Pourquoi une héroïne garçon manqué ne serait forcément qu'une façade? Qui a décrété qu'une femme pour être une vraie femme doit impérativement porter des jupes, se maquiller et avoir un homme à ses côtés? Ce genre de discours anti-féministe et réducteur me déplait d'autant plus qu'il vient de la part d'une auteure non seulement talentueuse - vu les postes qu'elle a occupé - indépendante et certainement libérée et qu'elle nous accable de vieux clichés stupides. Surtout qu'elle avait si bien établie les relations principales dans Le Huit et le Feu sacré. Comment après Catherine et Sasha, couple so cute ever, nous assommer avec Verity et Zoltan? Moi j'ai lâché...tout simplement. 

Vous l'aurez compris, une intrigue molle qui ne m'intéresse pas et qui manque de suspense, une héroïne idiote et froide et une histoire d'amour digne d'un Harlequin vintage, voici mon sentiment général sur Un risque calculé.


Non je ne le recommande pas. Lisez plutôt Le Huit

vendredi 9 août 2013

Le destin de Conrad - Chrestomanci #5 - Diana Wynne Jones


Présentation de l'éditeur: L'année de ses douze ans, Conrad apprend par son oncle, un magicien, qu'un destin funeste l'attend. Pour y échapper et conjurer ce sort atroce, il doit éliminer un mystérieux personnage qu’il aurait déjà dû tuer dans une vie antérieure, un habitant de Stallery, un mystérieux château aux pouvoirs obscurs. Pour y entrer sans attirer les soupçons, Conrad se fait engager comme domestique. Très vite, il se lie avec Christopher, apprenti valet et élève de l’enchanteur Chrestomanci. Ensemble, ils découvrent les occupants du château : une comtesse, ses enfants et de nombreux domestiques dirigés d’une main de fer par un redoutable majordome. Les rapports familiaux ne sont guère chaleureux, mais l’ordre règne… du moins, en apparence. Les querelles familiales sont incessantes et d’étranges phénomènes s’y déroulent : déplacements d’objets, changements de décor, envoûtements… La situation du château, aux confins de plusieurs mondes parallèles, est peut-être à l’origine de ces manifestations, mais dans cet univers où chacun est un peu magicien, certains individus avides de pouvoir exploitent cette situation à leur avantage…

Voici le tome 5 des aventures du magicien Chrestomanci. Ecrit en dernier, il raconte en fait un évènement de l'adolescence de Christopher Chant et se passe donc après les Neuf vies du magicien mais avant Les magiciens de Caprona, Ma soeur est une sorcière et La chasse aux sorcières. Oui cette série c'est un peu le bordel mais pas de panique je vais faire un article récapitulatif. 
Soulagés? 
Ce n'est pas une surprise, j'aime d'amour cette série et l'écriture de Diana Wynne-Jones et le tome 5 est dans la lignée des tomes précédents. Le personnage de Conrad fait fortement penser à ce que sera plus tard le jeune Cat, recueilli par Christopher Chant adulte. Il est un peu gauche, un peu crédule, gentil garçon et donc se laisse manipuler par tout le monde. On le sent venir le coup de l'oncle véreux, ça transpire dès les premières pages. Le mystère est vite éventé de ce côté là même si le mystère global, je ne l'avais pas résolu. C'est un peu dommage d'avoir cousu une partie de l'intrigue de fil blanc, le personnage de l'oncle ressemblant à d'autres personnages déjà vu ailleurs dans la série. L'autre mystère cependant est un peu mieux mené. On sent qu'il y a de gros problèmes dans cette maison sans toutefois mettre le doigt dessus. 

Ce n'est peut-être pas ce mystère d'ailleurs qui est l'élément le plus important du récit. Je trouve que c'est bien secondaire par rapport au développement des personnages. A côté de Conrad, un petit garçon sympathique et attachant, on retrouve Christopher Chant adolescent qui a décidément un sale caractère. J'aime beaucoup d'ailleurs le décalage entre le Christopher enfant/Ado et celui qui deviendra le sage Chrestomanci. Il y a véritablement un monde entre les deux mais je trouve l'évolution intéressante. C'est peut-être parce que Christopher était un gamin pénible et arrogant qu'il comprend bien les enfants et adolescents, une fois devenu adulte et Chrestomanci. Christopher est parfois proprement imbuvable mais jamais foncièrement méchant. Sa motivation le rend aussi touchant, il recherche son amie, la gentille déesse qu'il avait sauvé du temple dans l'un des mondes parallèles.

Ces mondes parallèles justement sont très bien exploités et très visuels. Je n'ai pas eu de mal à voir les différents mondes se bousculer dans le château. Diana Wynne-Jones nous offre également une version light et enfantine d'un Upstairs-Downstairs, ce que je trouve très révélateur de la britishness de l'auteure. C'est le genre de récit qu'un français aurait eu du mal à écrire alors que le thème est fréquent dans la littérature anglo-saxonne. 

J'ai bien aimé les mystères sous-jacents, la magie utilisée par Christopher, le personnage de la soeur de Conrad et l'intrigue secondaire sur la famille de Conrad. L'ensemble est parfois un peu confus/touffu, plus que les autres tomes mais cela ne m'a pas dérangé outre mesure. Un tome sympathique qui fini - pour la version française - une des meilleures séries de fantasy jeunesse qui existe. 

mercredi 7 août 2013

Quartet (2012)


Résumé: À Beecham House, paisible pension au cœur de la campagne anglaise qui accueille des musiciens et chanteurs d’opéra à la retraite, le bruit court qu’une nouvelle pensionnaire arriverait sous peu. Et ce serait une diva ! Pour Reginald, Wilfred et Cissy, le choc est grand lorsqu’ils voient débarquer l’impétueuse Jean Horton, avec laquelle ils triomphaient sur les scènes internationales des années auparavant. L’ambition de Jean et son ego démesuré avaient alors ruiné leur amitié et mis un terme au mariage qui la liait à Reginald. Malgré les vieilles blessures, Reginald, Wilfred et Cissy mettront tout en œuvre pour convaincre Jean de reformer leur célèbre quatuor à l’occasion du gala annuel de Beecham House. (source)

CASTING

Maggie Smith .................................. Jean Horton
Tom Courtenay ............................... Reggie Paget
Billy Connolly ................................. Wilf Bond
Pauline Collins ................................. Cissy Robson
Michael Gambon .............................. Cedric Livingston
Sheridan Smith ................................. Dr. Lucy Cogan
Andrew Sachs .................................. Bobby Swanson
Gwyneth Jones ................................. Anne Langley

TRAILER
(Blogger refuse de m'intégrer les vidéos...)

Produit et réalisé par Dustin Hoffman, des têtes d'affiches à faire pâlir une sélection des oscars, un contexte british au possible (Beecham House....soupirs) et un thème sur la musique et l'opéra, il était IMPOSSIBLE que je loupe ça. Je crois que j'attendais peut-être trop du film ou que la bande-annonce était légèrement trompeuse, je ne sais pas. En tout cas même si le film est bien il n'a pas tout à fait répondu à mes attentes.

Il n'y a pas de doute, Dustin Hoffman sait parler de la vieillesse sans fausse pudeur ni compromis. La vieillesse n'est pas que radieuse sans pour autant être noire. Cissy perd la mémoire mais reste une très gentille lady, Wilf a des problèmes cardiaques mais reste un dragueur invétéré plein d'humour. Il explore aussi la perte des facultés notamment pour les chanteurs ce qui est extrêmement dur à vivre. Il nous offre un tableau en demi-teinte bien que pas toujours réaliste - Beecham House est une trop belle pension, un peu trop parfaite pour être vraie. On est loin du film qui ne parlerait qu'aux personnes âgées, chaque génération peut y trouver son compte notamment parce que Quartet est avant tout un film sur l'amour et l'amitié.


Comment, après trente ans de rancune tenace, finir ses jours dans la même maison que son ex-femme que l'on a jamais cessé d'aimer? C'est ce que se demande Reggie lorsque Jean débarque à Beecham House. Quartet nous offre une très jolie histoire sur l'amitié avec notre petit trio principal et sur l'amour. Comment faire lorsque l'on ambitionne une carrière internationale de conjuguer amour et amitié alors que la concurrence est rude. On le sent bien, à peine arrivé Beecham House, Jean se rend compte que sa grande rivale Anne Langley est présente et demande à avoir une chambre plus grande qu'elle. Un peu puéril, comme si les gloires passées comptaient encore aujourd'hui ce qu'on sent bien d'ailleurs dans le gala final avec Anne qui arrive dans une tenue éblouissante. Jean et Reggie tentent alors tant bien que mal de se rabibocher, aidés dans leur entreprise par Wilf et Cissy qui sont deux personnages très touchants, ceux que j'ai préféré.

Mais voila, malgré tout je n'ai pas pu m'empêcher d'être déçue par le film. La faute à la bande-annonce que j'ai vu qui je pense m'a laissée croire que l'histoire s'intéressait plus à la musique qu'à l'histoire d'amour.

Même si je ne suis pas une fan de Tom Courtenay, que vous avez pu voir dans Little Dorrit dans laquelle il jouait l'odieux père d'Amy, le casting était très alléchant. Alléchant mais cependant (trop) convenu car finalement les acteurs choisis ne sortent pas de leurs rôles traditionnels. Maggie Smith est superbe comme d'habitude, très british, élégante jusqu'au bout de la canne et odieuse. Une Lady Violet en moins snob et plus star. Ce rôle lui va comme un gant mais on l'a tellement vu comme ça qu'il n'y a plus aucune surprise. J'avais préféré son rôle dans The Best exotic Marigold Hotel ou bien qu'odieuse et raciste, elle révélait un personnage finalement plus en nuance, capable d'évoluer, plus complexe aussi et plus inattendu chez elle. Pauline Collins joue encore une fois une lady anglaise à la mémoire vacillante, attachante mais un peu spéciale comme dans Bleak House. Je l'aime beaucoup dans ces rôles là mais il n'y a pas de surprise. Je pardonne plus volontiers à Billy Connolly que j'aime d'amour, parce qu'avec son accent écossais et son regard plein de malice il fait un sémillant sexagénaire et que j'adore le voir cabotiner. Son personnage est celui qui m'a le plus touchée, il essaye sincèrement de réconcilier ses vieux amis et de reformer le quatuor d'antan. Quant à Michael Gambon...et bien c'est du Michael Gambon, un rôle de vieux tyrannique et sûr de ses choix assez peu différents de ce qu'il a fait auparavant. Il le joue bien cependant, avec une façon marrante de reprendre tout le monde sur la prononciation de son prénom mais c'est un peu du déjà-vu.

Finalement, je crois que ce qui m'a le plus déçue dans l'ensemble c'est l'utilisation de la musique ou plutôt l'absence d'utilisation. Au final Dustin Hoffman aurait pu placer son contexte avec de vieux écrivains, de vieux acteurs, de vieux danseurs etc., il aurait produit exactement le même film et je trouve ça dommage. On ne voit même pas à la fin du film le quatuor! On les voit entrer en scène et c'est tout. Je pense que Dustin Hoffman voulait parler avant tout d'une histoire d'amour et d'amitié et la musique est là-dedans utilisée que comme toile de fond.
Oui cela m'a déçue. Alors qu'il parle de la vieillesse et de ces maux, il ne fait qu'effleurer très rapidement les problèmes que rencontrent ces gens dans la perte de leur art. Pourtant il partait bien. Jean Hogan qui écoute ses vieux disques en boucle à la recherche de sa voix perdue, Cissy qui perd la mémoire, Wilf qui vacille. Malgré tout, passée la première demie-heure du film, cette dimension se perd dans le reste de l'intrigue. J'aurai aimé un questionnement plus profond pour tous ces gens. Imaginez un peu, vivre toute votre vie dans votre art, par et pour lui, être une voix (parce que les protagonistes principaux sont des chanteurs avant d'être des musiciens qui eux continuent à jouer), et se retrouver vieillissant, parfois malade, dans une maison de retraite, entouré d'amis mais aussi d'anciens rivaux? La tension entre Jean et Anne est palpable mais sert finalement à Maggie Smith à placer ses petites piques à la Lady Violet dont elle a le secret mais sans plus. La musique qui sert la bande-originale n'est pas assez mise en valeur non plus, ce sont de beaux morceaux d'opéra, certes, mais il n'en fait rien. J'ai eu l'impression qu'on me lançait cette musique pour me dire "hey regarde, tu es dans un film qui parle de chanteurs d'opéra!". "Thank you captain obvious!". Pour beaucoup de spectateurs, cette dimension ne sera pas gênante mais elle me gêne moi parce que Dustin Hoffman avait tout pour faire un film original, à thème, et on se retrouve au final avec un film assez classique et attendu.

Les images sont superbes, les acteurs bons et je n'ai pas grand chose à dire sur la réalisation. L'ensemble manque simplement de surprise et d'originalité pour qu'il ait su véritablement me toucher. Un film de bonne facture qui ravira je pense les amateurs de film à l'anglaise et les amoureux de Maggie Smith. 

lundi 5 août 2013

La croix d'ossements - Mercy Thompson #4 - Patricia Briggs


ATTENTION SPOILERS SUR LES TOMES PRECEDENTS


Présentation de l'éditeur: Marsilia, la Reine des vampires de la région, a appris que Mercy l'avait trompée en tuant l'un des membres de son clan... et elle n'acceptera que le prix du sang pour venger cette trahison. La jeune coyote-garou vient de tomber sur un os, car la sentence qui pèse sur elle en fait la cible de toutes les créatures à la botte des vampires. Heureusement que Mercy peut compter sur Stefan et sur l'Alpha si sexy qui a juré de la protéger. Mais s'ils étaient menacés par sa simple présence ? Et si, pour les épargner, Mercy n'avait plus qu'un seul choix : partir ?


Après l'horrible fin du troisième tome des aventures de Mercy Thompson qui m'avait secoué au-delà du raisonnable...j'ai enchaîné pratiquement de suite avec le tome suivant (oui je sais...moi et les délais...mais chut). J'avais vraiment peur de la façon dont elle allait gérer les conséquences de la fin du tome 3. Il me semblait inconcevable que Patricia Briggs évacue en quelques phrases tout le traumatisme qu'avait vécu Mercy.
Le tome 4 reprend exactement là où le tome 3 finissait et je dois dire qu'elle a merveilleusement géré sa trame. Les douleurs et réactions de Mercy sont réalistes, les crises d'angoisses qu'elle déclenche sans prévenir, ses peurs face à Adam et en même temps sa volonté de se battre, de reprendre sa vie comme avant, de ne pas être vue comme une victime aux yeux des autres et pour elle-même, tout ça me font penser que Patricia Briggs s'est beaucoup documentée sur la question (en espérant qu'elle ne s'inspire pas d'une expérience personnelle...). J'aime encore plus Mercy depuis, parce que oui elle n'est peut-être pas aussi badass que d'autres héroïnes mais elle a subit des choses horribles et va malgré tout de l'avant.

J'ai tendance à de moins en moins aimer que les héros/héroïnes s'en sortent toujours sans une coupure. Je ne demande pas des choses aussi violentes que ce que Patricia Briggs fait vivre à Mercy mais on ne peut pas affronter des vampires/loups-garous/gangsters/tueurs à gage sans jamais être blessé. Comme dans ses films d'actions où le héros affronte l'équivalent de l'armée américaine, tatanne la tronche de tout le monde et fini le parcours sans une égratignure...éventuellement il est un peu sale à la fin, les roulades dans la boue/le désert/l'herbe ça tâche.
Are you kidding?
Comme si ça ne suffisait pas, Mercy se retrouve au milieu d'un conflit de propriété. Sam et Adam se battent toujours pour elle même si enfin Mercy fait le choix d'Adam. Le conflit de propriété s'aggrave lorsque Mercy est intégrée de force à la meute. J'aime toujours autant les descriptions presque anthropologique de la meute et des loups, le décalage de Mercy qui bien qu'ayant grandit au sein d'une meute ne comprends pas tous les tenants et aboutissants de l'importance d'être franc.

A côté de l'intégration forcée et brutale dans une meute de loups-garous plutôt hostiles, Mercy doit faire face aux vampires. Ce tome est concentré sur l'histoire de Stephan, on en apprend plus sur lui et dame qu'il est intriguant! Il entretient une relation particulière avec Mercy et je veux vraiment en savoir plus. L'image du vampire cool au van Scooby-Dooh s'efface peu à peu pour laisser la place à un individu plus trouble. Le mystère dans lequel est plongé notre mécanicienne préférée est très prenant, avec de multiples rebondissements et une petite pause dans l'histoire de la meute ce qui ne fait pas de mal. Nouveau thème aussi abordé dans ce tome 4: les fantômes et les facultés de Mercy à communiquer avec eux. Au fur et à mesure des tomes, l'auteure aborde de plus en plus de thèmes liés aux mythologies urbaines et elle le fait bien. Elle prend son temps, n'hésite pas à développer les récits et ambiances sur plusieurs tomes ce qui fait de cette série une série de qualité.

A l'heure où j'écris ces lignes, j'ai déjà lu le tome 5 (oui timing...) et je peux d'ores et déjà affirmer que Patricia Briggs gère extrêmement bien sa série. J'ai hâte de lire la suite!