jeudi 17 octobre 2013

Fenêtre sur cour (1954)


Résumé: A cause d'une jambe cassée, le reporter-photographe L. B. Jeffries est contraint de rester chez lui dans un fauteuil roulant. Homme d'action et amateur d'aventure, il s'aperçoit qu'il peut tirer parti de son immobilité forcée en étudiant le comportement des habitants de l'immeuble qu'il occupe dans Greenwich Village. Et ses observations l'amènent à la conviction que Lars Thorwald, son voisin d'en face, a assassiné sa femme. Sa fiancée, Lisa Fremont, ne le prend tout d'abord pas au sérieux, ironisant sur l'excitation que lui procure sa surveillance, mais finit par se prendre au jeu...


CASTING

Alfred Hitchcock ....................................... Réalisateur/ homme à la pendule
James Stewart ............................................ L.B. Jeffries
Grace Kelly ............................................... Lisa Fremont
Wendell Corey .......................................... Lt. Thomas J. Doyle
Thelma Ritter ............................................. Stella
Raymond Burr ........................................... Lars Thorwald
Judith Evelyn ............................................. Miss Lonelyhearts
Ross Bagdasarian ...................................... Compositeur
Georgine Darcy ......................................... Miss Torso
Sara Berner ................................................ Voisine du deuxième étage
Frank Cady ................................................ Voisin du deuxième étage

Nous voila plongés pour deux articles dans l'univers d'Alfred Hitchcock. Comme beaucoup de monde je connais ce grand monsieur du cinéma de nom et de réputation mais je dois admettre que sa filmographie me reste assez mystérieuse. 
J'ai eu la chance de voir Rebecca au cinéma il y a quelques années et j'avais adoré sa vision du roman de Daphne du Maurier et son travail sur la lumière. 

Dans ce huit clos qu'est Fenêtre sur cour, Alfred Hitchcock montre là aussi un intérêt prononcé pour la lumière. Peu satisfait de la lumière réelle sur les bâtiments qu'il choisit, il décide de recréer entièrement en studio la cour et les 31 appartements qui la compose dont 12 appartements aménagés. Cela fait de Fenêtre sur cour le film avec le plus grand décor reconstruit de son époque. C'est assez impressionnant parce que si effectivement l'ensemble a un petit côté studio que l'on sent malgré tout, il n'en reste pas moins que tout est reproduit avec un luxe de détails. Impossible d'échapper à l'ambiance qui émane de cette cour et des vies qui s'y croisent.


Au milieu de tout ça nous retrouvons notre héros, L.B Jeffries, grand reporter, habitué des situations et pays dangereux, qui entretient une relation avec une jeune beauté des quartiers chics Lisa Fremont. Malheureusement pour lui, Jeffries s'est cassé la jambe et cette 7ème semaine d'immobilité commence à le rendre fou. Pour passer le temps et parce que vraiment, aucun voisin ne met de rideaux à ses fenêtres - sérieux, on peut vraiment voir toutes leurs pièces (!!!) - Jeffries commence à observer la vie de ses voisins. 

Nous avons donc: Miss Torso, une ballerine qui passe ses journées à s'entraîner, en petite tenue, toutes portes et fenêtres ouvertes. Le soir venu, elle reçoit des hommes qui ne restent jamais et part travailler. Dans l'immeuble voisin, au rez-de-chaussée, Miss Lonelyheart mène une vie solitaire. Elle fait à manger pour deux, pour un deux qui ne vient jamais. A l'étage supérieur Mr et Mrs Thorwald. Lui est un représentant en bijoux, qui s'occupe de sa femme malade. Celle-ci passe sa journée au lit, attendant d'être servie et se plaignant souvent de son mari. Au deuxième, un homme et sa femme dorment sur le balcon et descendent leur petit chien par un panier et une corde. Enfin, il ne faut pas oublier le jeune couple sur la gauche de l'appartement de Jeffries et sur la droite, l'antre d'un compositeur et pianiste. 

Tout ce petit monde passe sous les yeux de Jeffries. J'avoue que la narration est bien construite car si Jeffries n'apparaît pas comme particulièrement sympathique au début du film, notamment dans son traitement complètement idiot et absurde de Lisa Fremont, on finit par se prendre de sympathie pour lui. Les dernières minutes sont pleines de tension, le genre de tension lorsqu'un évènement horrible peut arriver. Lisa en revanche, tout comme Stella, apparaissent d'emblée comme agréables. Lisa est vraiment mignonne dans son envie de plaire et de bien faire. Quant à Stella, personnage plus caustique, elle complète vraiment bien le trio, lui donnant une pointe d'humour un peu acide qui manque à Lisa ou Jeffries. J'ai beaucoup aimé la prestation des trois protagonistes principaux. Je suis une fan de James Stewart depuis que je l'ai découvert dans les westerns (les vrais, avant les spaghettis qui ont aussi leur charme). J'aime beaucoup sa diction - oui c'est l'une de mes fixettes, jurisprudence Hiddleston oblige. Grace Kelly, que je découvre en tant qu'actrice, est non seulement superbe mais très douce et arrive à imposer un personnage malicieux et intelligent sans jamais forcer le trait. Enfin Thelma Ritter offre un personnage plus énergique et dynamique que le couple principal ce qui donne une balance de rythme bienvenue. 

Filmé en technique du champ/contre-champ, (un plan sur Jeffries puis un plan sur la cour etc.) Fenêtre sur cour arrive parfaitement bien à nous faire oublier le caractère artificiel de cette mise en scène. Bien sûr, tous les films sont artificiels mais il s'agit ici de filmer un acteur - James Stewart - censé voir et réagir à des actions qu'il ne voit pas. Je pense surtout que pour remédier à l'artificialité de l'ensemble, Hitchcock sait très bien jouer sur le suspens et l'intrigue policière, distillant des informations ici ou là, donnant même parfois des indices au spectateur alors même que le héros dort et ne peut, de ce fait, recomposer l'ensemble de ce qu'il voit. 
J'ai trouvé très intéressant de voir comment Hitchcock manipule à la fois ses personnages et le spectateur afin de construire son histoire. Même s'il s'agit d'un policier puisque Jeffries enquête sur un "meurtre", je pense aussi que Fenêtre sur cour tient plus du huit-clos et d'une réflexion sur ce que peut produire l'ennui et un bon appareil photo. 

Le Lt. Doyle marque un point - bien que je n'aime pas son personnage misogyne au possible - lorsqu'il reprend Jeffries. En effet ce dernier lui fait remarquer qu'il observe ses voisins, trahit leur intimité sans pour autant comprendre celle-ci. Il y a une critique assez malicieuse du voyeurisme et de l'attention que l'on porte à la vie des autres. Le même procédé est d'ailleurs utilisé dans le film de Robert Zemeckis Apparences avec Harrison Ford et Michelle Pffiefer. Quarante-six ans plus tard, le thème de Fenêtre sur cour se retrouve dans le cinéma américain, même si le propos de Zemeckis est plus être plus incisif et moins drôle que celui d'Hitchcock. 

On retrouve bien dans ce long métrage les marques du cinéma hitchcockien: une vedette féminine blonde et éthérée en la personne de Grace Kelly, un caméo, il apparait encore une fois dans ce film et un humour pince-sans-rire. 

C'est assez frustrant car je suppose qu'il y a encore plein de choses à dire sur le cinéma d'Hitchcock et que ce film doit être bourré de petits détails qui en font le sel. J'ai hâte de poursuivre mon exploration de sa filmographie. 

Fenêtre sur cour est un classique du cinéma et le maître du suspens ne faillit pas à sa réputation. Bien qu'il n'ai pas été diffusé au cinéma pendant près de quarante ans, le film a été entièrement restauré dans les années 80. A découvrir si vous ne connaissez pas encore. 

6 commentaires:

Frankie a dit…

Excellente review! Quel sera ton prochain Hitchcock?

Perséphone a dit…

Je t'avoue que je ne sais pas encore...si tu as des idées...;)

La Dame a dit…

Ton billet me donne envie de le revoir :)
Pour ton prochain Hitchcock, je te conseille "Vertigo" si tu ne l'as pas déjà vu (mon préféré), ou "La Main au Collet", dans un registre plus léger.

Perséphone a dit…

Merci pour ces conseils, je note!

clairebelgato a dit…

Quelle inculte je fais ! je n'ai jamais vu le film ! Grace Kelly est magnifique ! en revanche, je ne sais pas si tu connais l'hommage du chanteur Renan Luce dans son clip "Les voisines": http://www.youtube.com/watch?v=Z-L4jPVoNAE

Perséphone a dit…

Tu sais jusqu'à la semaine dernière je ne l'avais jamais vu non plus hein ;) En revanche je connaissais déjà le clin d'oeil de Renan Luce ^^

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