dimanche 18 novembre 2018

The Nightingale sisters (Les soeurs du Nightingale) - Nightingales #2 - Donna Douglas

A

ATTENTION POSSIBLES SPOILERS SUR LE TOME 1 DE LA SÉRIE

Présentation de l'éditeur:  Londres, 1936
Pour les élèves infirmières à l'hôpital Nightingale, les sœurs des services sont sans coeur. Pourtant, malgré ce que pensent les étudiantes, même elles ont leurs propres angoisses… Violet est la nouvelle sœur de nuit. Volontairement distante, elle semble dissimuler un sombre secret. Alors que le mystère s'épaissit, sœur Wren est déterminée à découvrir la vérité. Dora respire un peu mieux depuis le départ d'Alf, son beau-père. Mais son attirance pour Nick, son voisin qui l'a repoussée, la bouleverse énormément. Une nouvelle rencontre fait naître la possibilité de lui redonner le sourire. Peut-elle se remettre si aisément de son amour perdu ? Millie est aussi déchirée entre les deux hommes de sa vie. Mais une amitié inattendue avec une patiente âgée lui fait prendre conscience qu'entre son cœur et son devoir, il faudra peut-être choisir. Alors que la nation est en deuil du roi George V, il semble que jamais plus rien ne sera comme avant pour les femmes du Nightingale…

Nous voila de retour pour la suite des aventures des apprenties infirmière du Nightingale. Si vous n'avez pas lu la chronique du tome 1, je vous conseille de le faire avant.

Dans ce second tome, nous suivons toujours nos trois héroïnes rencontrées dans le tome précédent mais nous découvrons également une nouvelle jeune femme Violet, qui n'est pas une apprentie mais bien une infirmière confirmée. Comme dans le premier opus, Donna Douglas, explore à la fois les personnalités et histoires de chacune de ses femmes sans perdre de vue l'ambiance globale du Londres de la fin des années trente. 

Avec Violet c'est encore un autre aspect de la société qui nous est dévoilé. Je ne vais pas vous dire quoi exactement car cela reviendrait à vous divulguer l'histoire de Violet mais je l'ai trouvé très intéressante et finement traité. On éprouve beaucoup d'empathie pour le personnage.  
Dora est toujours mon personnage préféré et son histoire s'approfondie de même que tout ce qui l'entoure. Les relations se font plus complexes plus difficiles mais sont tout aussi passionnante. C'est vraiment un personnage que j'ai trouvé très fin, très bien maîtrisé pour lequel l'empathie est très facile.
Millie prend aussi un peu plus d'ampleur. Sa fragilité laisse place à différentes résolutions - je ne suis pas toujours d'accord avec les choix de Millie mais cela va être intéressant de voir comment elle va gérer ça par la suite. Quant à Helen, elle poursuit son chemin. C'est assez agréable de les voir grandir à tous points de vues, non seulement dans leur vie personnelle mais aussi au sein même de l’hôpital. Ce ne sont plus des novices, elles ont plusieurs mois de pratique et on les sent plus affirmé.

On pourrait croire que le personnel prend le pas sur le professionnel mais non, Donna Douglas maintient très bien les deux. Nous rencontrons de nouveaux patients et de nouvelles patientes ce qui complète l'univers du Nightingale. On explore également d'autres membres de l’hôpital, des gens qu'on apprécie et d'autres qu'on déteste!

The Nightingale sisters parvient à conserver ce côté intimiste de destins de femmes, leur place dans la société et à l'hôpital tout en explorant un peu plus le quotidien pré Seconde Guerre Mondiale. George V meurt, le nouvel an arrive et avec l'année 1937, on s'approche un peu plus des années les plus sombres du XXe siècle.

La série est loin d'être finie, elle compte 9 volumes centrés sur le Nightingale durant les années 1936-1945 (ainsi que plusieurs novellas). Un tome 10 vient d'être publié (octobre 2018) qui se passe cette fois en 1914, peut-être le début d'une nouvelle série? Côté VF, Charleston a sorti les deux premiers tomes mais pour l'instant pas d'annonce pour le tome 3, en espérant qu'il arrive pour 2019! 

vendredi 16 novembre 2018

Uprooted (Déracinée) - Noami Novik

A+


Présentation de l'éditeur: Depuis toujours, le village de Dvernik est protégé des assauts du Bois – une forêt maléfique douée d’une volonté propre – par le «Dragon», un puissant magicien. Celui-ci, en échange de ses services, prélève un lourd tribut : à chaque génération, la plus jolie jeune femme de la communauté disparaît dans sa tour. Cette année, c’est Kasia qui sera choisie. Forcément, c’est la plus belle, la plus populaire. Personne n’en doute, et encore moins Agnieszka, qui n’a jamais voulu de cet honneur. Mais les choses ne vont pourtant pas se passer comme prévu, et Agnieszka va découvrir un monde au-delà de l’entendement...

Uprooted fait parti de ces romans qui vont soit beaucoup plaire, soit ne pas plaire du tout. Ce n'est pas un roman facile d'accès: ni la narration, ni les personnages ne vous aideront à vous sentir dans un cocon mais c'est fait exprès. A l'instar de son héroïne, le lecteur, la lectrice, est déraciné-e, mis hors de sa zone de confort et perdu-e dans un univers qu'il-elle ne connait pas. Je mets donc en garde. Si j'ai vraiment BEAUCOUP aimé le roman, je ne suis pas sûre qu'il convienne ni qu'il soit apprécié par tout le monde. Vous ne pourrez pas dire que je ne vous ai pas prévenu. 

L'histoire commence dans le petit village de Dvernik à l'orée du Bois dans lequel personne ne s'aventure jamais. Tous les dix ans le "Dragon", un sorcier, vient choisir une jeune fille qu'il emmène dans sa tour avant de la relâcher. Bien que les filles assurent que le Dragon ne les touche pas ni ne leur fait du mal, personne au village ne le croit vraiment et elles finissent toutes par partir à la ville, loin du village où se sont des étrangères. 

Agnieszka et son amie Kasia font partie de la génération qui doit être sélectionnée même si tout le monde sait que c'est Kasia qui sera choisi. C'est la plus belle, la plus douée et sa mère l'a entraînée depuis son jeune âge pour être une aide pour le Dragon. Je vous laisse imaginer la stupéfaction du village, d'Agnieszka et du Dragon lui-même lorsqu'il comprend que l'élue dont il a besoin n'est pas la belle Kasia mais la brouillonne Agnieszka. A peine le temps de dire au revoir qu'elle disparaît avec le Dragon dans sa tour loin du village pour dix ans.

A partir de là, attendez-vous à tâtonner comme Agnieszka parce que le Dragon n'est pas vraiment un personnage facile qui met à l'aise. Pendant un long moment on est perdu dans ce qui se passe, pourquoi le Dragon emmène des jeunes filles, pourquoi vit-il reclus dans cette Tour alors qu'il est visiblement le plus grand des magiciens du royaume... 
Je sais que ce choix peut sembler brouillon et peut dérouter mais personnellement, j'ai trouvé ce choix de narration extrêmement pertinent car il colle en tout point à l'expérience de l'héroïne et on n'a aucun mal à imaginer ce qu'Agnieszka est en train de vivre, ce tourbillon d'émotion pas très clair. 


Cependant à mesure que le roman avance et qu'Agnieszka acquiert des connaissances, nous aussi et plus la jeune femme est à l'aise avec l'univers autour, plus nous le sommes. C'est véritablement en ça que j'ai trouvé le roman brillant. D'abord perdus, nous devenons ensuite extrêmement à l'aise dans notre compréhension de l'univers et de ses enjeux. 

Agnieszka est très attachante. C'est une jeune fille maladroite qui ne ressemble pas à sa parfaite Kasia. Elle se trompe, se salit, déchire ses vêtements et ne semble pas douée pour la magie que veut lui imposer le Dragon parce qu'elle a la sienne, une magie bien plus primitive et profonde, faite de la terre et du Bois maudit. Ce que j'ai aussi aimé avec ce personnage c'est qu'elle évolue très subtilement. La Agnieszka de la fin n'a rien à voir avec celle du début du roman mais vous ne vous en rendez pas vraiment compte à la lecture, ça glisse tout seul. 
Il y a autour d'Agnieszka et de Kasia une très belle histoire d'amitié faite d'entraide et de confiance mutuelle. J'aime beaucoup ce qu'elle a fait de leur relation qu'elle aurait très bien pu transformer en rivalité à un certain point mais non. Naomi Novik nous offre une très jolie amitié féminine, débarrassée de cette jalousie et rivalité que l'on retrouve trop souvent dans les romans.
Le Dragon quant à lui n'est pas facile d'accès comme je le disais mais si on va jusqu'au bout du roman on apprend à décoder sa personnalité, à voir derrière le masque qu'il s'est imposé. C'est un vieux magicien dans le corps d'un très jeune homme et son passé l'a rendu amer et fermé, concentré sur la malédiction du bois. Il me fait au 11ème Doctor joué par Matt Smith dans Doctor Who. C'est air juvénile qui renferme un très vieil esprit. 


Si on occulte tout ça, il reste un élément que j'ai VRAIMENT beaucoup aimé avec Uprooted c'est qu'il s'agit d'un conte. Un vrai conte à l'ancienne, ces contes noirs et légèrement cruels que les Grimm ont mis sur papier il y a plusieurs siècles. Naomi Novik réussit à créer un conte comme on en lit peu et tout tient dans ce Bois maléfique. Respirer l'air du Bois suffit à vous transformer et ce dernier avance, manipulant les gens et les royaumes pour s'étendre au delà des limites que lui a conféré l'être humain. La deuxième moitié du roman est tout simplement géniale jusqu'au dénouement final digne d'un conte de Grimm ou de Perrault. Cela faisait très très très longtemps que je n'avais pas lu ce genre de roman comme si j'avais à nouveau six ans et que je pouvais croire que des hommes fait de bois pouvaient sortir de la forêt pour kidnapper des gens. L'histoire du Bois couplé à la magie d'Agnieszka rendent le roman excellent. 

D'une certaine façon, Uprooted me fait très fortement penser à The Book of lost things (Le livre des choses perdues) de Connolly. Déjà si vous ne l'avez pas lu, il le FAUT, c'est un INCONTOURNABLE de la littérature de l'imaginaire. Il est extrêmement bien écrit et comme Uprooted il s'agit d'un conte mais un conte TRÈS noir et très cruel. On retrouve cette même atmosphère pesante, ces mêmes personnages horribles, monstres comme humains, et un personnage principal perdu dans ses émotions et dans ce qu'il est. Si vous avez aimé The book of lost things je pense que Uprooted vous plaira également. 

C'est difficile de parler de ce roman sans dévoiler des moments clefs de l'intrigue qui m'ont réellement captivée mais même si je reconnais que le début est un peu laborieux, il vaut largement la peine de s'accrocher car il gagne en fluidité et ce révèle être un vrai coup de cœur pour moi. J'ai très envie de lire d'autres romans de cette auteure maintenant, voir si celui-ci était une première dans son écriture où s'il s'agit d'un style propre à Naomi Novik. Je ne suis pas étonnée qu'elle ait remporté un très grand prix littéraire pour Uprooted, selon moi c'était largement mérité. 

Et vous, l'avez-vous lu? La connaissez-vous? Qu'en avez-vous pensé? 
Bonne lecture!

mercredi 14 novembre 2018

The Nightingale girls (Les filles du Nightingale) - Nightingale #1 - Donna Douglas

A


Trois jeunes femmes complètement différentes deviennent apprenties infirmières dans un grand hôpital.
Dora a décidé de quitter sa misérable maison bondée de la classe ouvrière pour une meilleure vie, mais également pour échapper à son détestable beau-père. Possède-t-elle ce qu’il faut pour suivre les autres filles mieux éduquées ?
Helen est la plus calme des trois, une jeune femme qui évite toute sorte d’amusement. Dans l’ombre de sa toute puissante mère, administratrice de l’hôpital et de la vie de sa fille, arrivera-t-elle à trouver sa propre voie ?
Millie, Lady Camilla, est une aristocrate rebelle, dont l’attitude insouciante lui vaudra de se heurter encore et
encore à l’infirmière en chef, la terrifiante Sister Hyde. Retournera-t-elle à la vie luxueuse pour laquelle elle est
née ou gardera-t-elle courage pour continuer sa carrière?

En tant que libraire, nous sommes souvent confronté-e-s aux préjugés des lecteurs, des lectrices mais aussi des collègues. Comme vous vous en doutez, la romance publiée en français par J'ai lu, Harlequin, Milady, est quasiment bannie des rayonnages des librairies indépendantes, vue comme une sous-littérature indigne de côtoyer Camus ou même Simenon. Cependant, un autre genre littéraire souffre aussi de préjugés tenaces, le roman dit "féminin". Alors je ne vais pas passer trente ans sur l'absurdité d'une telle dénomination qui non seulement induit l'idée que hommes et femmes ne peuvent pas lire la même chose - sexisme youpi - mais qui aussi hiérarchise la littérature de façon insidieuse. 
Ce que je peux vous dire en revanche, c'est qu'au quotidien, il faut souvent se battre pour imposer la littérature féminine vue comme nunuche et sans profondeur. 

The Nightingale girls ou Les Filles du Nightingale traduit en France par Charleston, fait parti des romans que l'on doit défendre vraiment auprès des client-e-s. Beaucoup pensent que le roman féminin ne sait pas être profond, qu'il est obligatoirement frivole. Or, la série du Nightingale n'est pas du tout frivole. Elle expose avec beaucoup de finesse et de subtilité, des destins de femmes prises dans la tourmente d'une société et d'une époque bien définies.

Dans ce premier tome nous rencontrons trois jeunes femmes qui n'ont apparemment rien en commun. Dora, la jeune fille travailleuse mais qui vient de la classe ouvrière, Helen, la fille de bonne famille qui subit une pression maternelle intense et Millie, l'aristocrate désinvolte qui cherche le sens de sa vie. A priori, rien ne les prédestinait à se rencontrer ni à devenir amies, sauf leur engament au Nightingale, un hôpital londonien. 

J'ai beaucoup aimé le travail de l'auteure sur le décor et le contexte historique qui permet de comprendre les personnages et de les situer dans leur époque. On comprend bien l'importance de la classe sociale, du rang et de la légitimité des unes et des autres à être là. Le monde médical des infirmières de l'époque est surtout composé de filles de la classe moyenne qui voient là un bon moyen d'épouser un médecin et donc de s'élever socialement. Les trois filles auxquelles le roman s'intéresse sont toutes les trois à la marge de cette représentation sociale du Nightingale. Dora vient d'un milieu très modeste, n'a pas l'argent pour s'offrir les manuels et se montre très fière de se débrouiller seule. Millie au contraire est une aristocrate, donc les autres filles ne comprennent pas pourquoi elle vient apprendre le métier d'infirmière alors qu'elle pourrait faire un beau mariage sans se fatiguer. Quant à Helen, la position de sa mère au sein du comité de l'hôpital lui donne une position très jalousée auprès des autres élèves. Chacune va rencontrer des difficultés à s'intégrer au Nightingale, que ce soit à cause de leur personnalité, leurs compétences ou bien des préjugés dont on les affuble. 

Chacune de ces filles possède une vraie profondeur, une vraie personnalité. J'ai beaucoup aimé Dora, c'est une fille d'un courage inouï qui se bat pour bien plus que de se faire une place dans la société. Elle cache un très lourd secret et ce qui se passe dans son quartier est proprement passionnant. Entourée de sa famille, de son horrible beau-père, de son meilleur ami et de son amie Ruby, c'est une jeune femme à laquelle je me suis vraiment beaucoup attachée. 
Je suis moins attachée à Millie et Helen parce que je me retrouve sans doute moins en elle, malgré tout Millie est très intéressante. Loin d'être une petite fille pourrie gâtée, elle essaye désespérément de se sortir du carcan dans lequel l'a mise sa naissance. Elle a l'air frivole et désinvolte, je l'ai trouvé vulnérable et fragile. Quant à Helen, j'ai beaucoup aimé la voir sortir de sa coquille, tenir tête à sa mère et s'imposer. Si vous avez déjà vu le film de danse Center Stage (que je vous recommande fort fort fort), elle me fait penser au personnage de Maureen qui va devoir s'affirmer contre sa mère qui a décidé à l'avance de la carrière de sa fille. En plus, elle vit une histoire d'amour extrêmement chou! 

A côté de ces jeunes femmes que l'on suit pendant un an, durant lequel elles vont grandir et s'affirmer, on est plongé dans le Londres de 1936, où la montée de l'extrême droite est palpable. Dans le quartier de Dora, c'est avec son beau-frère, engagé dans les blackshirts - groupuscule inspiré des chemises brunes allemandes et des chemises noires de Mussolini - que l'on se rend compte de ce qui se passe à cette époque où la guerre n'est plus très loin. Ça se sent aussi dans le milieu aristocratique de Millie qui est - je le rappelle - très majoritairement favorable à Hitler. 

Oui, The Nightingale girls est un roman sur trois femmes qui vont grandir, apprendre, vivre mais ce n'est pas tout rose et paillette. Elles sont chacune confrontés à leurs démons mais aussi à la société qui les entoure et qui est loin, très loin, d'être généreuse avec elles. Elles sont attachantes chacune à leur façon et font preuve de courage lorsqu'il le faut. Loin d'être "nunuche", ce premier tome passionnera celles et ceux qui s'intéresse à ces années pré Seconde Guerre mondiale. Bien entendu, si vous aimez Call the Midwife vous serez sans aucun doute séduit-e-s par cette série. Le tome 2 est déjà publié en français, je vous retrouve donc dimanche pour sa chronique. 
A très vite et bonne lecture. 

dimanche 11 novembre 2018

Cinder - The Lunar Chronicles #1 - Marissa Meyer

A

Présentation de l'éditeur: Humains et androïdes cohabitent tant bien que mal dans la ville de Néo-Beijing.

Une terrible épidémie ravage la population. Dans l’Espace, un peuple sans pitié attend son heure…
Personne n’imagine que le salut de la planète Terre repose sur Cinder, brimée par son horrible belle-mère. Car la jeune fille, simple mécanicienne à demi humaine, détient sans le savoir un secret incroyable, un secret pour lequel certains seraient prêts à tuer…

Je sais, je sais, je suis à la bourre. Qui ne connait pas encore The Lunar Chronicles de Marissa Meyer hormis moi? Vraiment on se le demande. En vrai, vous vous en doutez peut-être mais avec le travail de libraire, le temps de lecture est compté. On ne passe pas sa journée à lire (malheureusement) et le rythme des publications s'enchaîne tellement vite qu'on a parfois à peine de temps de se retourner. Comme ça m'est arrivé avec pas mal d'autres romans très connus, j'ai tout simplement loupé cette série à la sortie. J'ai aussi beaucoup hésité avant d'acheter le tome 1, je n'étais pas sûre que ça me plaise même si j'ai toujours trouvé la couverture très attirante et intrigante.

Je me suis enfin penchée sur le roman lorsque j'ai commencé à m'intéresser à la diversité des représentations dans la littérature Young adult de Fantasy et SF. Parmi les ouvrages proposés, Cinder revenait régulièrement et pour cause...l'histoire se passe dans un futur lointain, à New Beijing. Une dystopie avec un ancrage asiatique? Voila de quoi attirer mon attention. Plus encore, on parle d'une jeune femme cyborg et le tout emballé dans une belle réécriture de Cendrillon. Mon hésitation vaincue, je me procurais le roman. Je remercie au passage Glow de me l'avoir fait dédicacer par l'auteure lors de son passage à Paris. Thanks sweetie. 

Sans vraiment aucune surprise j'ai adoré Cinder. Le roman a absolument tout ce qu'il me fallait et je l'ai boulotté comme Cheshire les souris en chocolat que je lui offre à Noël. Il faut dire que c'est un roman qui sait parfaitement allier l'original au connu. Oui il s'agit d'une réécriture de Cendrillon avec une jeune orpheline maltraitée par sa belle-mère qui va rencontrer le prince du royaume. Malgré tout cette réécriture n'est pas du tout lourde et se fond très bien dans l'histoire que tisse Marissa Meyer et j'ai adoré l'idée d'une réécriture SF, tout simplement. Si vous cherchiez une réécriture pure de Cendrillon, passez donc votre chemin. De même ici, bien que nous soyons - à mon sens - dans la science-fantasy (science-fiction dans un univers médiéval ou fantasy dans un monde technologique), la SF tient une bonne place, aussi peut-être que le mélange Lunars/Cyborgs n'est pas pour vous. Pour moi, tout a très bien fonctionné.

Nous rencontrons donc Cinder, une jeune cyborg orpheline. De sa petite enfance en Europe et de ses parents elle n'a gardé aucun souvenir et ne sait de cette vie d'avant que ce que son père adoptif lui en a dit. Malheureusement, ce dernier est mort la laissant aux bons (non) soins de son épouse qui déteste Cinder. Il faut préciser que dans cette société de New Beijing, même si les cyborg vivent parmi la population, ils forment une caste à part qui n'est pas du tout apprécié. Ce sont des parias. Cinder est forcée par sa belle-mère de travailler sur le marché de New Beijing car la jeune femme est très douée en mécanique et notamment dans la réparation des androïdes. J'ai beaucoup, beaucoup aimé cet aspect de la personnalité de Cinder. Marissa Meyer arrive très bien à ne pas tomber dans la caricature du garçon manqué. Cinder est douée mais cet aspect de sa personnalité ne limite en rien le reste de sa personne. Elle est accompagnée d'une androïde "défectueuse" très drôle et attachante. 
Notre Cinder va rencontrer le Prince Kai et travailler pour lui. Malheureusement, l'épidémie qui ravage le pays va s'abattre sur la famille de Cinder, entraînant pour elle de lourdes conséquences (que je ne vous spoile pas par respect...mais sachez que j'en ai très envie!). 

Kai est aussi un super personnage. Jeune prince beau gosse qui a l'air assez léger, on se rend compte très rapidement qu'il est plus profond qu'il n'en a l'air. Son père est en train de mourir et la situation diplomatique avec les Lunars est de plus en plus tendue. Je l'ai trouvé très responsable et pas du tout en mode bad boy comme on trouve parfois dans la dystopie Young adult et de ce fait, il répond très bien au personnage de Cinder. La romance est là mais assez légère, elle ne parasite pas l'intrigue mais permet à Cinder d'explorer son rapport à son corps de cyborg, notamment le fait qu'elle soit BEAUCOUP cyborg, elle n'a pas juste un bras ou un pied synthétique, elle a de nombreux organes internes robot. 

J'ai trouvé très intelligent de mélanger la technologie et les Lunars qui apportent une touche de fantasy dans cette dystopie. Les Lunars sont un peuple qui vit sur la lune. Ils sont physiquement un peu différents des êtres humains mais ils possèdent aussi quelques capacités spéciales. On comprend que leur reine Levana n'est pas forcément quelqu'un de bien sympathique vu le massacre opéré au sein de la famille royale. Leur introduction dans le récit est assez fine par le biais de rumeurs, d'histoires, puis par le biais diplomatique qui permet de voir comment se comporte le reste de la planète Terre face à cette menace voilée qu'ils représentent. 
Je fus séduite aussi par le fait que l'intrigue se passe à New Beijing et que Kai soit chinois. Ça m'a plu de délocaliser l'intrigue en Asie et d'avoir un héros intéressant qui ne soit pas blanc. Par ailleurs, Marissa Meyer ne tombe dans aucun cliché sur l'Asie ou la Chine, c'est Cinder la pro en technologie or elle n'est pas chinoise. Les descriptions de la ville et de ses coutumes m'ont beaucoup plu. 

Le roman est très dynamique, il n'y a pas de temps mort et l'introduction a l'univers, son histoire, son fonctionnement, est très bien rendu. On n'est jamais perdu, on recolle vite les morceaux et comme on éprouve énormément d'empathie pour Cinder - qui n'est jamais une grande naïve sans être une surfemme - on accroche très vite. Les personnages secondaires sont très bien campés qu'il s'agisse de personnages que l'on aime ou que l'on déteste. Seuls les Lunars restent encore très mystérieux. 

Cinder n'est que le début d'une série en quatre tomes sur l'affrontement entre terriens et lunars. Si l'auteure maintient en filigrane l'histoire de Cendrillon, elle ne perd pas de vue son objectif final et le roman se termine dans un fracas de révélations et de cliffhanger bien agréable. J'ai eu l'impression en lisant ce premier tome que l'auteure avait déjà placé les bases et les personnages du reste de la série, clin d’œil passionnant qui permet à la série d'être relue avec un autre point de vue une fois finie. J'ai aussi l'impression - au vu des titres - qu'elle maintient ces réécritures de contes tout en maintenant une trame dystopique forte. J'ai hâte de poursuivre et de voir où elle va nous emmener et quel sera le propos final du roman. Il faut savoir qu'il y a aussi deux novellas/compilations parallèles à la série pour approfondir l'univers et qu'évidemment je les lirai sans doute aussi.  

Bref. Je suis à la bourre certes mais j'ai passé un excellent moment avec ce premier tome. J'ai déjà les trois autres en ma possession et je les entame dès que j'ai fini Girls of Paper and Fire de Ngan. J'espère avoir le temps de vous chroniquer cette suite et qu'elle me plaira autant que Cinder.

Et vous? Êtes-vous moins en retard que moi? N'hésitez pas à me donner votre avis sur Cinder et les autres tomes surtout! 

vendredi 9 novembre 2018

The Dangerous Lord (A la merci du vicomte) - The Lord trilogy #3- Sabrina Jeffries

D

Présentation de l'éditeur: Lorsqu’elle a accepté d’aider Katherine Hasting, Felicity n’imaginait pas que les choses tourneraient aussi mal. En effet, si elle a publié sous pseudonyme des propos diffamants au sujet de Ian Lennard dans l’Evening Gazette, c’était uniquement afin d’offrir à son amie un prétexte pour rompre des fiançailles qu’elle ne désirait plus. Mais voilà que le séduisant vicomte l’a démasquée, et il n’apprécie pas du tout d’être la cible de rumeurs qui risquent de le ruiner. Car Ian a besoin d'une épouse au plus vite pour conserver son héritage et, Felicity le comprend avec effroi, il entend bien lui faire jouer ce rôle pour lui faire payer son impertinence… 

OH MON DIEU!!! J'ai tellement mais tellement pas aimé cette romance...Il s'agit du tome 3 de la Lord Trilogy mais on peut le lire indépendamment sans aucun problème, les tomes n'ont pas l'air d'être liés. Cela dit, comme vous l'aurez compris, je vous en déconseille très fortement la lecture.

The Dangerous Lord fut une lecture horriblement frustrante. J'avais envie de hurler car à chaque fois qu'un élément narratif s'améliorait un autre partait systématiquement en sucette. Alors je préviens, je vais méchamment spoiler pour vous expliquer pourquoi je trouve que cette romance est une honte. 

Ian Lennard, récemment rentré en Angleterre a besoin de se marier rapidement afin de sécuriser son héritage (comme beaucoup de héros de romance vous en conviendrez). De son séjour en Inde, il ramène une réputation assez noire car comme de bien entendu, le ton trouve le moyen de propager des rumeurs sans bien fondé. Personnage assez sombre et réservé, marqué par son passé, ce n'est pas un homme facile d'accès. Sa personnalité, associée aux rumeurs qui parcourent le ton, font que trouver une femme n'est pas une chose aisée pour le Lord. Il finit par jeter son dévolu sur la jeune Katherine Hastings. Ce n'est clairement pas un mariage d'amour, Katherine est jeune et assez fade mais elle est gentille et Ian pense qu'elle tiendra bien son rôle et qu'ils s'entendront bien, raison ma foi suffisante pour un mariage aristocratique au XIXe siècle. Sauf que...il découvre dans l'Evening gazette, qu'un de ses secrets vient d'être révélé et de façon complètement fausse aussi, mettant de fait en péril ses fiançailles avec Katherine Hastings. On l'accuse d'entretenir une maîtresse, ce qui n'est pas très engageant on admet. Ian Lennard entre dans une rage folle car non seulement l'information est fausse mais en plus, elle menace la réputation d'une femme qu'il essaye de protéger. 
Comme notre Lord n'est pas le dernier des idiots, il découvre assez rapidement qui se cache derrière cet article, à savoir Félicity, une jeune femme qui déguise son identité pour publier des chroniques mondaines dans l'Evening Gazette

Parlons un peu de Felicity. Sur le papier, j'ai tout pour aimer le personnage: elle déguise son identité, s'infiltre dans plein de soirée mondaine pour en tirer des potins, à la façon de Lady Truelove de Laura Lee Ghurke (promis on en reparle vite!) ou de la chroniqueuse mondaine des Bridgerton de Julia Quinn. Les petits potins mondains, tant qu'ils ne détruisent la vie de personne, ça me va. De plus, Felicity a l'air assez futé pour dénicher des infos et en soit c'est quelque chose qui me plait...sauf que...je n'aime pas du tout le personnage.
Le gros problème de Felicity pour moi, ce sont ses motivations. 
Bien que ses méthodes d'investigation laissent un peu à désirer (elle voit quelque chose, en déduit une autre et écrit sans rien vérifier), elle fait ça pour empêcher son amie Katherine d'épouser un homme qu'elle n'aime pas et dont elle a peur. Ça pourrait partir d'un bon sentiment sauf qu'un peu plus tard dans le récit, on apprend que Katherine s'enfuit avec un autre homme, qu'elle aime lui, mais qui n'est pas du tout de sa classe sociale et ça met Felicity en rage. En rage, parce qu'elle estime que son amie Katherine devait épouser quelqu'un de son rang social. 
DONC...pour moi c'est horripilant. J'aurais pu comprendre qu'elle fasse ça par pure amitié mais en vrai non, elle agit pour son amie dans ce qu'elle estime ELLE être bon pour Katherine. C'est non seulement très hypocrite mais en plus elle n'hésite pas à salir un homme qui ne lui a rien fait pour arriver à ses fins.

Cela aussi ça m'a agacée, l'innocence de Ian (non pas que je cherche un héros coupable). En tant que lecteur on sait que la rumeur sur Ian est fausse, bien sûr Felicity ne le sait pas et se fie aux apparences mais j'ai eu la désagréable impression d'être du mauvais côté de la barrière, d'être pour Ian alors qu'à ce stade du récit j'aurai dû être du côté de Felicity. Ce déséquilibre m'a beaucoup dérangée. 

Il se trouve ensuite que Felicity et Ian, après une première rencontre houleuse, se retrouve à un week-end mondain chez des amis de Ian et là...chose magnifique...les ami-e-s de Ian au grand complet sont persuadés que ce dernier a mal agit envers Felicity. Alors certes, elle leur ment à moitié en leur faisant croire que Ian serait responsable de quelque chose d'impropre envers elle mais les ami-e-s de Ian gobent le tout sans discuter alors même qu'iels connaissent Ian depuis des années et Felicity depuis 30 minutes environs. Là aussi ça m'a mise en colère. En tant que féministe convaincue qui vous rabâche à longueur de post de romances l'importance de ces sujets dans ce genre littéraire (qu'on veut des héros non sexiste, qu'on doit soutenir les femmes qui déclarent avoir été victime etc), ça me fait mal d'être du côté de Ian et de voir que Felicity ment. Ce n'est pas un sujet sur lequel on doit mentir, cela fait trop de tord aux victimes et Felicity n'est pas une victime et je n'ai pas envie d'être du côté de celles et ceux qui disent: "oui mais on ne sait jamais, peut-être qu'elle ment". [Cri de rage qui réveille Cheshire]. 

Vous comprenez qu'à ce stade j'étais bien en colère...une impression de malaise, une héroïne que je détestais...jusqu'à ce qu'au milieu du roman, je commence à apercevoir une lumière. Félicity se rend compte que ce qu'elle est en train de faire à Ian est cruel et qu'il ne le mérite pas. OUI, OUI! Tu ne détruis pas la réputation d'un homme qui ne t'a rien fait en détruisant ses fiançailles et en incitant ses ami-e-s à le croire coupable d'un truc horrible. 

L'espoir quelque peu restauré, j'ai poursuivi ma lecture pour mieux tomber. Certes pas de très haut parce que je n'attendais quand même pas un miracle, faut pas abuser, mais tomber malgré tout parce qu'au moment où Felicity devient responsable et mature, c'est Ian qui déconne. Il se met littéralement à la menacer pour qu'elle l'épouse. Du chantage au mariage qui va durer quasiment jusqu'à la dernière page...l'angoisse absolue! Comment croire une seule seconde à leur histoire sans avoir envie de gerber? Sérieusement? Une héroïne égoïste, moralisatrice, menteuse et manipulatrice et un héros...égoïste, moralisateur, menteur et manipulateur.

Clairement ce roman ne fonctionne pas DU TOUT pour moi. Je suis ressortie de ma lecture extrêmement mal à l'aise et ce n'est pas ce que j'attends d'une romance.
Je vous parlais de Lady Truelove un peu plus haut. Le tome 2 de cette série est basée sur à peu près la même idée, sauf que Laura Lee Ghurke en a tiré une romance EXTREMEMENT choupichou, au point qu'elle est passé dans mon top 10. En comparant les deux, je me suis rendue compte de tout ce que Sabrina Jeffries aurait pu modifier dans son texte pour qu'il soit aussi bon que le Ghurke, surtout que je les ai quasiment lus à la suite donc les détails étaient encore bien frais dans ma mémoire.

Bref...en attendant ma chronique du Ghurke, je vous conseille plutôt de vous pencher sur un bon vieux Bridgerton, ça sera plus sain pour vos nerfs! 

mercredi 7 novembre 2018

The Traitor's kiss (La couleur du mensonge) - The Traitor's circle #1 - Erin Beaty


A


Présentation de l'éditeur: (Preview du roman en VF disponible ici)Sage Fowler, seize ans, est une bâtarde recueillie par un oncle riche et respecté. Sa seule chance de s'en sortir ? Faire un beau mariage. Elle se présente donc chez une des entremetteuses chargées de l'évaluation du potentiel de chaque candidat – des femmes qui font et défont les fortunes d'une famille, d'une région, d'un pays tout entier. Mais avec sa légendaire indiscipline et sa langue trop acérée, elle échoue lamentablement. Amusée par son cynisme et son sens aigu de l'observation, la marieuse fait toutefois d'elle son apprentie.

Sage s'embarque donc avec un groupe de beaux partis triés sur le carreau dans un périple vers la capitale. Cette précieuse cargaison est escortée par un bataillon de soldats d'élite qui ne tardent pas à réaliser qu'ils sont sur le point de se jeter dans la gueule du loup : le pays voisin, qui prépare une invasion, s'est allié avec certains des seigneurs locaux, et chaque étape du voyage pourrait bien être la dernière. Spécialiste des missions de reconnaissance, l'un des membres de la troupe recrute alors l'aide de Sage. Mais plus elle avance dans sa mission, plus elle découvre, horrifiée, que tout le monde joue double jeu... 

Identités secrètes, machinations politiques et jeu de dupes passionné, La Couleur du mensonge fait monter les enchères jusqu'à un final surprenant. 

Voici un roman qui est assez difficile à classer. Dans l'univers de The traitor's kiss, il n'y a pas de magie. Il n'y a pas de fée, de gobelin, d'elfes, ni aucune créature magique que l'on croise d'habitude. Cependant, nous ne sommes pas dans notre univers, la société est très différente de même que la géographie et rien ne laisse présager que nous sommes dans un environnement type Hunger Games, une nouvelle société créé après une catastrophe. Pour moi, The traitor's kiss fait parti de la Real Fantasy et de la Fantasy historique bien qu'elle ne soit pas comme Gilded Cage de l'uchronie de fantasy. Compliqué n'est-ce pas?
En gros, ce qu'il faut retenir, c'est que vous êtes dans un univers qui fait très Fantasy mais où il n'y a pas de magie, une sorte de Game of Throne sans la menace venue du Nord et les pouvoirs de certains personnages.

Bref, après cette intro sans doute beaucoup trop longue et inutile, entrons dans le vif du sujet.

J'ai beaucoup aimé ce roman malgré les diverses polémiques que j'ai pu lire ici et là sur le net. Nous suivons Sage Fowler, une jeune fille orpheline recueillie par son oncle et sa tante. Ce ne sont pas des gens malveillants, loin de là, mais comme on les observe à travers le regard de Sage qui rêve d'indépendance, ils ont l'air - surtout l'oncle - d'être un peu contre elle. Dans cette société, les filles d'un certain rang social, doivent passer devant une marieuse, à la façon de Mulan. Beaucoup de critiques que j'ai lues disent que ce roman est raciste parce que c'est une réécriture de Mulan avec des personnages blancs. Personnellement je n'ai pas vu du tout le roman comme une réécriture. Sage n'est pas déguisée en homme, ce n'est pas pour sauver son père, elle n'est pas militaire, ça reste de l'espionnage et elle aide la marieuse, pas vraiment Mulan-like. J'ai beaucoup plus pensé à la série The Agency de Y.S.Lee avec une héroïne espionne qu'à Mulan. Après je ne suis pas à l'abri de ne pas voir mes privilèges blancs, si vous avez un avis sur la question je suis preneuse! C'est comme ça qu'on apprend et qu'on grandi.
Cette marieuse est tâchée d'observer leur caractère et de leur trouver le meilleur parti possible. C'est un système matrimonial de classe qui n'est finalement pas si différent de ce qu'on a connu en Europe depuis le Moyen-âge. Ici, les marieuses ont en revanche un vrai pouvoir et elles n'aiment pas du tout lorsque des alliances sont conclues en dehors de leur contrôle.
Notre chère Sage n'est pas du tout mais alors pas du tout d'accord avec ce mode de vie. Ses propres parents se sont mariés par amour en dehors de la classe sociale de sa mère, ce qui lui a valu un déclassement (même si la tante de Sage aime beaucoup sa nièce). D'ailleurs le prénom Sage est extrêmement connoté, les noms de fleurs ou de plantes sont réservés normalement aux enfants illégitimes - comme Snow en nom de famille dans Game of Throne. Le fait donc que son oncle réussisse à la faire passer devant une marieuse montre qu'il tient à lui donner toutes ses chances dans leur société, que l'on soit d'accord ou non avec le principe.

J'ai beaucoup aimé la marieuse, elle a un humour très appréciable et connait bien l'âme humaine. Sage se révèle très douée dans l'analyse de la personnalité des gens autour d'elle et fait une excellente apprentie marieuse à son propre étonnement. Je trouve ça audacieux de faire de l'héroïne une partie intégrante d'un système qu'elle déteste parce que malgré tout, cela lui permet d'explorer un vrai potentiel et cela lui offre l'indépendance dont elle rêvait sans passer par la case mariage! Cela devient d'autant plus intéressant lorsqu'elle est censée se fondre dans le décor pour évaluer les candidates au plus prestigieux marché marital du royaume car rappelons-le, les marieuses détiennent un vrai pouvoir.

La couverture VF est sublime!
J'ai lu que certain-e-s ont détesté le livre car iels l'ont trouvé anti-féministe puisqu'il met en scène un marché matrimonial et donc une certaine concurrence entre les jeunes femmes. Or Sage est incognito parmi ses demoiselles qui ne savent pas qu'elle est apprentie marieuse. Du coup, elle se prend beaucoup de remarques mesquines. A mon sens ce n'est pas juste parce qu'elle est une rivale mais surtout parce qu'elle est d'une classe sociale inférieure et que la plupart de ses jeunes femmes ont une éducation de classe - et un égo surdimensionné. Dans un contexte aussi hiérarchisé je ne suis pas étonnée par ces mesquineries. En revanche, j'avoue que Sage a une piètre opinion des femmes qui l'entourent. Elle les trouve trop superficielles et pourries gâtées et cela aurait peut-être mérité une nuance un peu plus grande dans le roman que le seul personnage de Clare qui est super choupi-chou par ailleurs.

Magrés tout, Sage est forte, elle est courageuse, elle est intelligente et elle obtient des récompenses par ses propres mérites et tout ce qu'elle a fait pour le royaume, pas à cause des hommes autour d'elle. Elle apprend aussi à voir les nuances autour d'elle et j'ai trouvé vraiment intéressant que la société soit d'abord rejeté par l'héroïne mais qu'elle apprenne ensuite à voir au-delà et à s'en saisir. C'est vraiment une héroïne comme j'aimerai en lire d'avantage en Young adult.

Et puis, ce qui m'a plu, c'est de voir Sage prendre peu à peu de l'importance, non seulement en tant que marieuse, car c'est elle qui indique à sa maîtresse les bons partis pour tel ou tel jeune fille, fondé, non pas sur le rang social ou les potentiels alliances mais bien sur les personnalités, mais aussi en tant qu'espionne pour les gardes royaux.

Contrairement à ce qu'on croit, on ne suit pas uniquement Sage dans cette histoire mais aussi les soldats d'élite chargés d'escorter les jeunes filles jusqu'à la capitale. Ce sont des personnages très intéressants et variés, j'ai adoré le petit frère du Capitaine, un gamin très attachant.
Comme de bien entendu, il y a une romance dans ce roman et une romance qui est vraiment super bien fichue. Pas de coup de foudre immédiat mais une relation qui s'installe sur le long terme et quelques scènes bien swoonantes qui ont participé à mon intérêt pour le roman. Si je devais relever les points négatifs, je dirai seulement que je n'ai pas été surprise par plusieurs rebondissements, j'avais deviné à l'avance mais ça ne m'a pas dérangé plus que ça. J'étais suffisamment prise dans l'intrigue pour ne pas être déçue.

A la base, The Traitor's kiss est un livre seul, hors série. Il peut donc se lire sans problème en lui-même, pas de cliffhanger intempestif. Devant le succès du roman, l'auteure en a fait une série. Le tome 2, The Traitor's ruin est déjà sorti en anglais ET en français chez Lumen sous le nom de Le parfum de la trahison.

Comme vous l'aurez compris, j'ai fait parti des gens pour qui The traitor's kiss a fonctionné malgré les polémiques. Cependant, je reste toujours ouverte à la discussion alors que vous soyez d'accord avec moi ou non, n'hésitez pas à échanger! C'est beaucoup plus enrichissant!
J'espère pouvoir lire la suite très bientôt.
Bonne lecture. 

dimanche 4 novembre 2018

Louisa - The Governess Club #4 - Ellie MacDonald


B


Présentation de l'éditeur: « Si vous acceptez de m’héberger, je ferai tout ce que vous me demanderez. »
Jamais Louisa n’aurait pensé prononcer ces mots un jour. Mais aujourd’hui, seule et en fuite, elle n’a pas le choix : l’auberge miteuse du Beefy Buzzard est le seul endroit où elle peut espérer échapper à son passé. John, le séduisant aubergiste, a justement besoin d’aide pour tenir son établissement. Il offre donc à Louisa de travailler pour lui en échange du gîte et du couvert. La tâche paraît ardue, mais Louisa accepte malgré tout, loin de s’imaginer que cette expérience va bouleverser sa vie…

Quatre gouvernantes font un pacte pour gagner leur indépendance, avant que l’amour ne s’en mêle… 

En début de semaine nous avons parlé du tome 3 de la série, Sara, que j'avais très moyennement aimé. J'avais trouvé le roman très déséquilibré au niveau du rythme et pas très crédible dans la mise en place de l'histoire. Pour rappel, en l'espace de deux semaines l'héroïne passait d'une petite puritaine incapable de dire du mal à un mannequin en tissu à une jeune femme complètement libérée qui s'enfuit pendant une semaine avec un homme sur son domaine. Bref...ce n'était pas très concluant mais la dernière partie du roman était beaucoup plus fun à lire et surtout, le cliffhanger de la fin m'a vraiment surprise.
Dans les dernières pages de Sara, on apprend que Louisa est partie. Elle a tout simplement fait ses bagages et a fui.

Louisa était le personnage que je préférais parmi les gouvernantes. J'aimais beaucoup son côté pragmatique et un peu froid qui tranchait de façon sympathique avec Sara que j'avais envie de secouer violemment. J'avais hâte de voir quelle était son histoire et pourquoi elle s'était enfuie.

J'ai passé un très bon moment avec ce tome. Le héros John est super, super, super mimi! Je sais que la description physique ne plaira pas à tout le monde, il est grand, très costaud (c'est un ancien boxer) et il se rase le crâne mais franchement le personnage est tellement cool et choupi. Dans ma tête il ressemble à Dwayne Johnson le côté samoa en moins. Avouez que c'est un argument...(que personne ne dise du mal de Dwayne Johnson, c'est un acteur beaucoup trop cool pour cette planète!).
John, ancien boxeur qui a raccroché les gants pour ouvrir sa taverne est bien décidé à se poser et à mener une petite vie tranquille. Il a aussi un grand cœur, c'est pour ça qu'il accueille volontiers Louisa qui semble visiblement dans le besoin. Il n'est pas non plus insensible au charme de la jeune femme. il est vraiment très attachant dans le genre gros nounours qu'on a envie de prendre dans ses bras.

Louisa de son côté est une jeune femme pleine de ressources et très déterminée. La vie n'est pas toujours rose à la taverne mais le travail ne lui a jamais fait peur. De plus, Louisa est très intelligente ce qui ne gâche rien et elle se prend bientôt au jeu d'aider John, notamment avec ses comptes - il faut dire qu'il n'est pas très doué pour ça!
Louisa et John se complètent vraiment très bien et j'ai trouvé l'attirance entre les personnages, la façon qu'a leur relation de se construire lentement mais sûrement très agréable. La tension monte progressivement ce qui fait qu'on attend le moment où ils vont craquer avec impatience. Il y a plein de moments très chou même si Louisa cache un secret qui la ronge depuis des années et qui l'a forcée à fuir son univers.

Pourquoi un B et pas un A me direz-vous? (ou peut-être pas, ça dépend si vous lisez cette chronique jusqu'au bout ou non). Tout simplement parce que j'ai trouvé la fin pas à la hauteur de ce que j'avais lu jusque là. Lorsqu'on apprend le secret de Louisa, on est vraiment horrifié: de savoir ce qu'elle a vécu d'abord puis tout ce qu'elle a enduré par la suite pour échapper à tout ça. De leur côté, les amies de Louisa ainsi que leurs compagnons, la recherchent désespérément. Le problème c'est que le passé de Louisa, ainsi que ses ami-e-s, se retrouvent tou-te-s compacté-e-s dans les dernières pages du récit. Je n'aime pas vraiment ce genre de grosse coïncidence à la fin des romances en mode: il faut bien finir donc on va dire que tout le monde se retrouve au même endroit, iels vont discuter deux heures et zou, affaire conclue. En vrai ça ne fonctionne pas comme ça. Du coup, la fin semble un peu bâclée mais aussi vraiment peu crédible. J'ai eu du mal à croire à certains rebondissements.

Malgré tout, on ne parle que des vingt dernières pages et ça ne m'a pas gâché la lecture loin de là! J'ai passé un excellent moment avec John et Louisa et j'aurai aimé que Nathan et Sara soit de la même qualité.

Avez-vous lu des romances d'Ellie MacDonald ou peut-être même cette série? N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé!
Bonne lecture les chafouins. 

vendredi 2 novembre 2018

Jackaby - Jackaby #1 - William Ritter



ABANDON



Présentation de l'éditeur: « Il est souvent difficile pour les autres de saisir la nature de ce don que je suis le seul à avoir. Il me permet de déceler la vérité là où les autres ne voient qu’illusion… Car le monde est une scène et il semblerait que je sois le seul spectateur capable de voir derrière le rideau. »

Abigail Rook, 17 ans, débarque en Amérique. La tête pleine de rêves d’ailleurs, elle espère vivre l’aventure avec un grand A.
Elle fait la connaissance d’un étrange personnage, Jackaby, qui lui offre un emploi. Détective doué de facultés de médium, il est capable de voir les phénomènes surnaturels.
Pour sa première mission, Abigail accompagne son nouveau patron sur les lieux d’un crime particulièrement sanglant. Jackaby soupçonne l’assassin de ne pas être humain, ce que la police refuse de croire. Mais les meurtres s’enchaînent et confirment les soupçons du détective…

Parfois, ça ne veut pas...y a pas à dire, on n'a beau aimer la couverture, le résumé, l'idée globale du roman mais non, ça ne prend pas. Jackaby m'est tombé des mains. 

Dès le début j'ai eu du mal à apprécier l'héroïne. Si on considère l'époque dans laquelle se passe l'intrigue - fin du XIXe siècle - l'âge et la classe sociale de l'héroïne, je ne crois pas un seul instant à l'intrigue de base. Les romans de Y.S. Lee (tome 1 et tome 2) sont beaucoup plus fins et proches de la réalité que le départ de Jackaby.
Malgré tout, c'est un roman pour les 12-13 ans et j'étais prête à faire l'impasse sur ce début un peu bricolé, on ne va pas trop râler que le personnage principal qui s'exprime à la première personne soit une fille, c'est toujours bon à prendre.

Je n'ai pas eu d'empathie particulière pour Abigail. Sa personnalité m'a laissée assez froide ce que je trouve toujours très triste mais ce n'est rien à côté de Jackaby.

Avec ce personnage j'ai eu l'impression de me prendre un bon gros cliché dans la figure. C'est le contre-coup de l'effet Sherlock Holmes de Moffat avec Benedict Cumberbatch. Je ne suis pas la seule à le dire, allez sur Goodreads, vous verrez dans les commentaires que tout le monde compare Jackaby à Benelock...On a une caricature de Sherlock, un gars brillant mais socialement inadaptée, qui est dans sa bulle, ne prend pas le temps d'expliquer aux gens autour ce qu'il fait, comment ça se passe. La seule différence, c'est qu'ici, au lieu d'enquêter sur des crimes "normaux", on se retrouve face à tout un bestiaire merveilleux.
Pourquoi donc est-ce que ça m'agace, parce qu'après tout, j'adore le Sherlock Holmes de Conan Doyle et également celui de Moffat. Tout simplement parce que ça n'a aucune originalité. J'ai l'impression de lire du Doyle en moins bien et on ne peut même pas se rincer les oreilles avec la voix de Cumberbatch (ne me remerciez pas, c'est cadeau). Je retrouve la même frénésie quand c'était la grande mode Dr House où soudainement, on a vu apparaître plein de héros avec une jambe abîmée qui étaient brillants mais extrêmement irritables. Je ne demande pas de l'originalité pure à chaque fois mais là, ça m'a tellement crevé la rétine que ça m'a immédiatement sortie du livre.

Le début est assez insupportable à lire je trouve. On ne comprend pas grand-chose à l'intrigue, aux personnages, on ne comprend pas ce qu'il se passe et j'ai eu la désagréable impression de lire quelque chose de très brouillon, comme si l'auteur voulait nous emmener dans un grand tourbillon pour encore une fois, imiter cette impulsivité que l'on retrouve dans le Sherlock de la BBC. Sauf que pour moi, en roman, ça ne passe pas.

Après plus de cent pages j'ai juste abandonné. Je n'aime pas abandonner des livres mais en tant que libraire, il y a trop à lire et à découvrir pour s'acharner sur un roman qui ne me passionne pas et que je laisse traîner des jours dans mon sac. Quand j'en suis à préférer sortir mon téléphone plutôt qu'un livre pour passer le temps, c'est signe que ce roman n'est pas fait pour moi.

Rassurez-vous les chafouins, je ne vais pas vous laisser en plan comme ça. Cette chronique est assez courte et je me sens dans l'obligation de vous recommander d'autres livres.

Alors, que lire si vous aimez le côté "jeune fille du XIXe siècle qui vit des aventures avec un grand A"? La série The Agency de Y.S. Lee (liens plus haut dans l'article). C'est du policier, pas de magie mais ils sont vraiment très bons. Il y a en a 4 en VO (le dernier est d'ailleurs un poil décevant) mais les trois premiers sont disponibles en français chez Nathan.
Si vous voulez le même décor plus de la magie, alors tournez-vous vers The Dark Days Club (Lady Helen en français chez Gallimard) d'Alison Goodman dont nous reparlerons bientôt. Attention cependant, on est dans une tranche d'âge un peu plus haute, je dirais 14-15 ans.
Enfin, si vous voulez le côté magie, avec de l'humour, de l'action, des personnages adolescents et qui vivent des aventures et résolvent des énigmes, je ne peux que vous conseiller la série LOCKWOOD AND CO de Jonathan Stroud. Je n'ai chroniqué que le tome 1 mais j'ai lu toute la série (cinq tomes) et elle est géniale de bout en bout. A partir de 11 ans pour celles et ceux qui n'ont pas peur des fantômes!

J'espère que je me suis faite pardonner. Bonne lecture et à dimanche!