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dimanche 25 novembre 2018

Magic bites - Kate Daniels #1 - Ilona Andrews

A-

Présentation de l'éditeurÀ Atlanta deux réalités s’opposent : celle de la technologie et celle de la magie. Pendant une vague magique, les mages sauvages lancent leurs sorts et des monstres apparaissent, les armes à feu refusent de fonctionner et les voitures ne démarrent plus. Puis la vague se retire aussi vite qu’elle est venue en laissant derrière elle toutes sortes de problèmes paranormaux. Nous vivons une époque dangereuse. Mais dans le cas contraire, je serais au chômage. Quand les gens ont des ennuis qui relèvent de l’occulte et que la police ne veut ou ne peut pas régler, on fait appel aux mercenaires de la magie comme moi. Mais quand un nécromancien anéantit la seule famille qui me reste, je n’attends plus les ordres et je dégaine mon sabre.


Je sais, je suis MEGA à la bourre, genre tout le monde connait cette série depuis des plombes et moi j'arrive (comme d'habitude) après la bataille. Mieux vaut tard que jamais cela dit, ça me permet de moins attendre entre chaque volume parce que comme le laisse supposer cette introduction, je suis tombée tête la première dans cette série sans aucun regret!

J'adore l'Urban fantasy. C'est un sous-genre de la fantasy qui me plaît beaucoup parce que c'est facile de s'imaginer vivre des aventures de ce type dans notre univers, de penser qu'il y a une ruche de vampires dans un coin de ta ville ou que cette grande maison là-bas abrite une meute de loups-garous. En plus, les auteurices sont assez libres de définir leurs propres univers avec des points communs mais aussi des différences. C'est pour ça que j'ai Mercy Thompson, Alex Verus, Rebecca Kean, les Ben Aaronovitch et autre Charley Davidson. Je suis d'ailleurs ouverte à vos suggestions en la matière, je suis toujours à l’affût de nouvelles séries!

Donc, après avoir été relancée, encore et encore, pendant des années, par mon amie Cathy, je me suis enfin lancée dans cette série Kate Daniels. J'ai immédiatement accroché, je ne vais pas mentir, j'ai boulotté les trois premiers tomes ainsi qu'une novella vachement vite et je me retiens de ne pas sauter sur le tome 4 (celles et ceux qui ont déjà lu Kate Daniels savent comment finit le tome 3 et surtout comment commence le tome 4....).

Tout d'abord, j'ai beaucoup aimé l'univers qu'installe Ilona Andrews (il s'agit au passage d'un couple d'americano-russe). La série se passe dans une Atlanta transformée suite à l'apparition de la magie et comme vous le savez, j'ai une sensibilité particulière pour ce genre de série qui ne se passe pas dans des grandes villes bien connues comme c'est le cas pour Mercy Thompson, Rebecca Kean et Charley Davidson. Personnellement, ça me fait encore plus croire à la possibilité d'un tel univers. Je ne connais pas Atlanta donc je ne sais pas du tout si celles et ceux qui connaissent, reconnaissent un peu la ville mais j'aime l'ambiance qu'Ilona Andrews installe. Dans Kate Daniels, la magie et la technologie se disputent la place prédominante. On apprend que la magie a dominé la Terre pendant longtemps avant de disparaître complètement et de laisser la place à la technologie. Cependant, depuis plusieurs années des vagues de magie refont surface et avec elles, des créatures oubliées comme des muteurs, les vampires et autres sorciers à la magie de sang. Je trouve son concept très intéressant avec ces vagues de technologie et de magie qui se succèdent et dont les effets sont différents. J'ai beaucoup aimé que pendant la magie, les voitures et téléphones ne fonctionnent pas et qu'inversement en temps de vague tech ce soit les objets magiques qui soient diminués. Les personnages doivent composer avec ces facteurs et ça rend le récit vraiment intéressant. Il n'y a pas de "solution miracle" où Kate est à son avantage tout le temps.

Parmi le bestiaire, on rencontre dans ce premier tome essentiellement des muteurs et des vampires qui sont je dois le dire très inventifs. Le système du vampire est assez unique en son genre et personnellement j'ai bien accroché alors que d'habitude je déteste les vampires (sachez que je suis TOUJOURS pour les muteurs). Les vampires ne sont ni plus ni moins que des cadavres manipulés à distance par des nécromanciens. The People comme s'appellent ces nécromanciens ont leur base dans un Casino. La ville est bien divisée en quartier dans lesquels il n'est pas facile d'entrer.
En ce qui concerne les muteurs, ils se regroupent en meute en fonction de leur espèce, chacune dirigée par un alpha et au-dessus d'eux, le Beast Lord, le roi des muteurs. Alors si vous connaissez Kate Daniels, vous connaissez déjà Curran...
Curran...J'aime énormément le personnage notamment parce qu'il se dévoile petit à petit. C'est un peu difficile de donner mon avis sur lui après avoir lu les trois premiers volumes parce que mon opinion s'est modifiée mais je vais tenter de vous dire ce que j'ai éprouvé pour le personnage au premier tome. Je l'ai trouvé un peu horripilant mais aussi fascinant parce qu'il est dangereux et que ses réactions ne sont pas toujours prédictibles. C'est vraiment un personnage qui évolue beaucoup.

Quant à Kate, je l'adore. C'est une héroïne très secrète et très réservée ce qui est assez étonnant car le récit est à la première personne du singulier, ce qui rend l'écriture d'autant plus intéressante. Elle ne manque pas d'humour, à l'image de sa première rencontre - mémorable - avec Curran, ni d'acharnement. J'aime aussi beaucoup sa personnalité et son pouvoir très particulier qui recèle de nombreuses énigmes. Dans ce premier tome, elle va chercher à retrouver le meurtrier de son tuteur par n'importe quel moyen, même si cela doit la mettre en danger, bien plus qu'on ne l'imagine. Autre détail mais qui a de l'importance pour moi, Kate n'est pas une super bombe qui fait tomber tous les hommes. Elle est très jolie et athlétique certes, vu son parcours et sa vie mais elle n'est pas reversante. C'est sa personnalité qui la rend attirante et j'aime beaucoup. Je trouve toujours plus facile de s'identifier à un personnage s'il n'est pas parfait, super beau, super fort, sans faiblesse etc. Kate est super équilibrée de ce point de vue et j'adore.

On sent bien que ce premier tome est une introduction à l'univers de Kate Daniels avec plein de pistes ouvertes même si l'intrigue est close. Les personnages principaux restent très mystérieux et ça donne envie de lire la suite pour mieux les connaître. C'est bien écrit, très pertinent dans les choix de narration et l'univers est original tout en conservant plusieurs bases bien connues.
Après avoir lu ce tome 1, j'ai rapidement plongé dans la suite mais je vous garde ça pour une autre chronique.
En attendant, si vous ne connaissez pas Kate Daniels, FONCEZ!!!
Bonne lecture. 

mercredi 21 novembre 2018

Girls of Paper and Fire - Natasha NGan

B+

TW: Ce roman contient des scènes de violences et de violences sexuelles envers les femmes. 

J'ai reçu Girls of paper and fire dans la box Fairyloot d'octobre sur le thème des Beautiful deceptions. La box en soit valait le coup et quand j'ai découvert le livre j'étais plus que contente. En effet, Girls of paper and fire promettait un roman inspiré de la mythologie asiatique car l'auteure, Natasha Ngan a grandi en Malaisie avant de vivre en Angleterre et d'être installée à Paris maintenant. Moi qui était à la recherche de diversité en littérature Fantasy j'étais ravie d'être plongée dans un univers asiatique que je connais très mal. J'ai donc plongé dans le roman tête baissée. 

Girls of paper and fire nous raconte donc l'histoire de Lei, jeune fille de la caste de Papier - la caste des humains - qui travaille dans l'herboristerie de son père avec Tien, une membre de la caste d'Argent - mi démon mi humain. Dix ans auparavant la mère de Lei a été emmenée avec d'autres femmes du village par la garde royale et la jeune fille n'a jamais eu de nouvelles de sa mère. Le Royaume est gouverné par la caste de la Lune, une caste de démons avec à sa tête le Roi Taureau. Chaque année, huit jeunes filles de papier sont choisies pour être les concubines du roi avant d'être remplacées l'année suivante par de nouvelles jeunes filles. A cause d'un général qui veut se racheter aux yeux de l'Empereur, Lei est arrachée à sa famille et conduite au Palais Dissimulé pour devenir la neuvième concubine du roi. Commence pour Lei une lutte acharnée pour sa survie dans un environnement violent et sans pitié. 

Avant de parler plus avant du récit, de sa structure narrative, de ce que j'ai aimé ou non, je voudrais faire un point sur ce qu'on trouve en début d'ouvrage. L'auteure Natasha Ngan, précise bien qu'il y a dans ce roman de la violence sexuelle envers des femmes. C'est très rare de voir ce genre d'avertissement mais je trouve ça extrêmement utile. En lisant le résumé, on se doute que devenir la concubine du roi sans l'avoir choisi, correspond à une violence sexuelle indéniable mais marquer clairement en début d'ouvrage "Attention", je pense que cela permettra à plusieurs lecteurs et lectrices d'éviter de se retrouver face à une lecture angoissante. Plus intéressant encore, Natasha Ngan prend la peine d'écrire une note pour expliquer pourquoi elle a choisi ce thème délicat et pourquoi il est important d'en parler. Elle donne enfin la liste des organismes anglais - mon édition est l'édition britannique - qui peuvent aider toutes les victimes de violences. J'ai pris la page en photo si jamais vous voulez voir. 
Parmi les critiques que j'ai lu sur goodreads, certaines fustigent le texte en disant qu'à chaque page il y a des menaces de viols ou de scènes de viols. C'est faux. Le roman est évidemment emprunt d'une très grande tension et l'ambiance n'est pas saine du tout mais l'auteure ne tombe jamais dans le voyeurisme ou la violence gratuite. Je tiens à préciser aussi qu'on assiste à aucune scène de viols. On assiste à l'avant, à l'après mais jamais pendant et Natasha Ngan parvient à nous faire tout comprendre malgré ça. Le roman est violent et libre à vous de le lire ou pas, on ne pourrait pas vous juger pour ça. 

Le roman bénéficie d'une vraie ambiance asiatique. The hidden palace fait bien entendu penser à la cité interdite chinoise, les vêtements en soie - sari ou kimono - nous mettent dans un contexte oriental ainsi que les prénoms des personnages. C'était vraiment super de lire un roman qui ne se passe pas en occident et qui ne prend pas les mêmes référents culturels. J'aimerai lire tellement plus de romans comme ça à l'image de Qui a peur de la mort? de Nnedi Okorafor ou Children of blood and bone de Tomi Adeyemi. 
Le côté vase clos du harem royal est aussi très bien rendu avec toute la préparation que ce rôle impose que ce soit des cours de maintient, d'histoire ou de méditation. 

Il s'agit aussi d'un roman très majoritairement féminin avec, je dois l'avouer, une très grande maîtrise des personnages. Les femmes représentées sont très variées et pas du tout manichéennes. Elles sont complexes, parfois paradoxales comme peuvent l'être les êtres humains en général. Il n'y a ni personnages franchement mauvais ni entièrement bons. Toutes ont quelque chose à se reprocher en vérité. Blue par exemple apparaît comme détestable mais elle prend de la profondeur lorsque l'on comprend son histoire personnelle ou lorsqu'on juge ses actions à travers le prisme de son amitié avec Mariko, qui elle-même est plus intéressante qu'on ne le pense. Aoki, la plus jeune des concubines, partagée entre son amitié pour Lei et son amour (syndrome de Stockholm on devrait dire) pour le roi...Toutes ces femmes que l'on rencontre sont diverses et très bien campées par l'auteure. De ce point de vue là, le roman est une vraie réussite.
Lei en particulier est intéressante. La narration se déroule de son point de vue à la première personne et il est extrêmement facile de deviner tous les tourments qu'elle éprouve. Que ce soit son dégoût d'être au palais dans cette vie qu'elle n'a pas choisie, son inquiétude pour son père et Tien ou encore son désarrois face à son manque de courage pour agir parfois, la rende très attachante parce que complexe. 
Bonus s'il en est, il y a dans Girls of paper and fire une très jolie histoire d'amour lesbienne. Encore une fois, l'auteure fait preuve de beaucoup de subtilité. La romance est belle, touchante, émouvante et la sensualité est très bien rendue. Je ne m'y attendais pas du tout mais c'était une excellente surprise. En effet, j'avais un peu peur du côté Stockholm avec une héroïne qui tomberait amoureuse de quelqu'un d'assez douteux mais l'auteure ne choisit pas cette voie et c'est tant mieux. 

Le roi est quelqu'un de particulièrement détestable, que Natasha Ngan maintient dans cet état jusqu'au bout du roman. Elle n'en fait pas quelqu'un de touchant malgré les insécurités du monarque qui transparaissent de temps à autre. Ses fragilités ne rachètent pas un comportement violent et abusif et c'est assez libérateur à lire. Du coup, l'ambiance du roman est très bien rendue avec une lourdeur et une dangerosité que l'on devine très bien derrière le faste de la cour. Le moindre faux pas peut être le dernier et on est tendu à la lecture, qui se fait d'ailleurs très rapidement!

Malgré tout ça, il y a quelques raisons qui font que Girls of paper and fire ne fut pas un coup de cœur. Tout d'abord, bien que l'ambiance asiatique soit extrêmement bien rendue, je m'attendais à plus de Fantasy. En fait, hormis le fait que certaines personnes soient des démons à l'apparence d'animaux anthropomorphes, je ne vois pas trop de différences avec simplement une hiérarchie sociale forte. Il m'a manqué un brin de magie, de pouvoir que l'on a dans les shamans qui sont à la cours mais qu'on ne voit jamais. On n'en connait aucun et finalement ils restent très abstraits.
On nous parle tout le temps des yeux de l'héroïne qui ont une couleur particulière, dorée plus proche de ce qu'on trouve chez les Moon cast que chez les Paper. Au final, cet élément reste inexploité. On ne sait pas si c'est dû à un hasard génétique ou autre mais j'ai eu l'impression que c'était là simplement pour justifier le fait qu'elle soit emmenée à la cour.
Un autre personnage n'est pas du tout exploité et je le regrette vraiment, il s'agit de Naja, la renarde blanche qui fait partie de la garde rapprochée de l'Empereur. C'est un personnage qui a l'air extrêmement complexe et profond et on ne fait que le survoler. J'aurai aimé que l'auteure lui applique le même traitement soigné qu'aux autres personnages féminins du roman.
J'aurais aussi aimé que l'univers autour soit plus développé, j'ai eu l'impression de passer à côté de quelque chose car pendant les deux premiers tiers du roman on reste finalement très en vase clos avec une héroïne qui vient d'un village si éloigné qu'elle ne connait quasiment rien à l'organisation politique de son royaume.


Et puis, le roman se présente comme un stand-alone, qui peut se lire seul avec un début, un milieu et une fin. Or...non. Clairement non, vu les deux dernières pages, le roman ne peut pas s'arrêter là ou alors il n'est pas fini et c'est frustrant. Je m'attendais vraiment à un ouvrage unique et constater qu'il s'agit d'une nouvelle série, à la fin, ça m'a déplu. D'autant que, contrairement à The traitor's kiss qui pouvait très bien se finir là, ce n'est vraiment pas le cas de Girls of paper and fire. Je reste donc sur ma faim et c'est dommage.


Girls of paper and fire est un très bon roman qui m'a dans l'ensemble bien plu. Même s'il ne s'agit pas d'un coup de cœur, il est quand même très intéressant à lire, ne serait-ce que pour ces personnages féminins finement dépeint, toutes en nuance. Il est sorti en octobre 2018 en Angleterre, je ne sais pas s'il sera traduit bientôt mais si vous avez l'info, n'hésitez pas à la mettre dans les commentaires. J'attends avec impatience le nouveau roman de ma box Fairyloot, le mois de novembre 2018 sera sous le signe de la SF!
Bonne lecture. 

vendredi 16 novembre 2018

Uprooted (Déracinée) - Noami Novik

A+


Présentation de l'éditeur: Depuis toujours, le village de Dvernik est protégé des assauts du Bois – une forêt maléfique douée d’une volonté propre – par le «Dragon», un puissant magicien. Celui-ci, en échange de ses services, prélève un lourd tribut : à chaque génération, la plus jolie jeune femme de la communauté disparaît dans sa tour. Cette année, c’est Kasia qui sera choisie. Forcément, c’est la plus belle, la plus populaire. Personne n’en doute, et encore moins Agnieszka, qui n’a jamais voulu de cet honneur. Mais les choses ne vont pourtant pas se passer comme prévu, et Agnieszka va découvrir un monde au-delà de l’entendement...

Uprooted fait parti de ces romans qui vont soit beaucoup plaire, soit ne pas plaire du tout. Ce n'est pas un roman facile d'accès: ni la narration, ni les personnages ne vous aideront à vous sentir dans un cocon mais c'est fait exprès. A l'instar de son héroïne, le lecteur, la lectrice, est déraciné-e, mis hors de sa zone de confort et perdu-e dans un univers qu'il-elle ne connait pas. Je mets donc en garde. Si j'ai vraiment BEAUCOUP aimé le roman, je ne suis pas sûre qu'il convienne ni qu'il soit apprécié par tout le monde. Vous ne pourrez pas dire que je ne vous ai pas prévenu. 

L'histoire commence dans le petit village de Dvernik à l'orée du Bois dans lequel personne ne s'aventure jamais. Tous les dix ans le "Dragon", un sorcier, vient choisir une jeune fille qu'il emmène dans sa tour avant de la relâcher. Bien que les filles assurent que le Dragon ne les touche pas ni ne leur fait du mal, personne au village ne le croit vraiment et elles finissent toutes par partir à la ville, loin du village où se sont des étrangères. 

Agnieszka et son amie Kasia font partie de la génération qui doit être sélectionnée même si tout le monde sait que c'est Kasia qui sera choisi. C'est la plus belle, la plus douée et sa mère l'a entraînée depuis son jeune âge pour être une aide pour le Dragon. Je vous laisse imaginer la stupéfaction du village, d'Agnieszka et du Dragon lui-même lorsqu'il comprend que l'élue dont il a besoin n'est pas la belle Kasia mais la brouillonne Agnieszka. A peine le temps de dire au revoir qu'elle disparaît avec le Dragon dans sa tour loin du village pour dix ans.

A partir de là, attendez-vous à tâtonner comme Agnieszka parce que le Dragon n'est pas vraiment un personnage facile qui met à l'aise. Pendant un long moment on est perdu dans ce qui se passe, pourquoi le Dragon emmène des jeunes filles, pourquoi vit-il reclus dans cette Tour alors qu'il est visiblement le plus grand des magiciens du royaume... 
Je sais que ce choix peut sembler brouillon et peut dérouter mais personnellement, j'ai trouvé ce choix de narration extrêmement pertinent car il colle en tout point à l'expérience de l'héroïne et on n'a aucun mal à imaginer ce qu'Agnieszka est en train de vivre, ce tourbillon d'émotion pas très clair. 


Cependant à mesure que le roman avance et qu'Agnieszka acquiert des connaissances, nous aussi et plus la jeune femme est à l'aise avec l'univers autour, plus nous le sommes. C'est véritablement en ça que j'ai trouvé le roman brillant. D'abord perdus, nous devenons ensuite extrêmement à l'aise dans notre compréhension de l'univers et de ses enjeux. 

Agnieszka est très attachante. C'est une jeune fille maladroite qui ne ressemble pas à sa parfaite Kasia. Elle se trompe, se salit, déchire ses vêtements et ne semble pas douée pour la magie que veut lui imposer le Dragon parce qu'elle a la sienne, une magie bien plus primitive et profonde, faite de la terre et du Bois maudit. Ce que j'ai aussi aimé avec ce personnage c'est qu'elle évolue très subtilement. La Agnieszka de la fin n'a rien à voir avec celle du début du roman mais vous ne vous en rendez pas vraiment compte à la lecture, ça glisse tout seul. 
Il y a autour d'Agnieszka et de Kasia une très belle histoire d'amitié faite d'entraide et de confiance mutuelle. J'aime beaucoup ce qu'elle a fait de leur relation qu'elle aurait très bien pu transformer en rivalité à un certain point mais non. Naomi Novik nous offre une très jolie amitié féminine, débarrassée de cette jalousie et rivalité que l'on retrouve trop souvent dans les romans.
Le Dragon quant à lui n'est pas facile d'accès comme je le disais mais si on va jusqu'au bout du roman on apprend à décoder sa personnalité, à voir derrière le masque qu'il s'est imposé. C'est un vieux magicien dans le corps d'un très jeune homme et son passé l'a rendu amer et fermé, concentré sur la malédiction du bois. Il me fait au 11ème Doctor joué par Matt Smith dans Doctor Who. C'est air juvénile qui renferme un très vieil esprit. 


Si on occulte tout ça, il reste un élément que j'ai VRAIMENT beaucoup aimé avec Uprooted c'est qu'il s'agit d'un conte. Un vrai conte à l'ancienne, ces contes noirs et légèrement cruels que les Grimm ont mis sur papier il y a plusieurs siècles. Naomi Novik réussit à créer un conte comme on en lit peu et tout tient dans ce Bois maléfique. Respirer l'air du Bois suffit à vous transformer et ce dernier avance, manipulant les gens et les royaumes pour s'étendre au delà des limites que lui a conféré l'être humain. La deuxième moitié du roman est tout simplement géniale jusqu'au dénouement final digne d'un conte de Grimm ou de Perrault. Cela faisait très très très longtemps que je n'avais pas lu ce genre de roman comme si j'avais à nouveau six ans et que je pouvais croire que des hommes fait de bois pouvaient sortir de la forêt pour kidnapper des gens. L'histoire du Bois couplé à la magie d'Agnieszka rendent le roman excellent. 

D'une certaine façon, Uprooted me fait très fortement penser à The Book of lost things (Le livre des choses perdues) de Connolly. Déjà si vous ne l'avez pas lu, il le FAUT, c'est un INCONTOURNABLE de la littérature de l'imaginaire. Il est extrêmement bien écrit et comme Uprooted il s'agit d'un conte mais un conte TRÈS noir et très cruel. On retrouve cette même atmosphère pesante, ces mêmes personnages horribles, monstres comme humains, et un personnage principal perdu dans ses émotions et dans ce qu'il est. Si vous avez aimé The book of lost things je pense que Uprooted vous plaira également. 

C'est difficile de parler de ce roman sans dévoiler des moments clefs de l'intrigue qui m'ont réellement captivée mais même si je reconnais que le début est un peu laborieux, il vaut largement la peine de s'accrocher car il gagne en fluidité et ce révèle être un vrai coup de cœur pour moi. J'ai très envie de lire d'autres romans de cette auteure maintenant, voir si celui-ci était une première dans son écriture où s'il s'agit d'un style propre à Naomi Novik. Je ne suis pas étonnée qu'elle ait remporté un très grand prix littéraire pour Uprooted, selon moi c'était largement mérité. 

Et vous, l'avez-vous lu? La connaissez-vous? Qu'en avez-vous pensé? 
Bonne lecture!

mercredi 7 novembre 2018

The Traitor's kiss (La couleur du mensonge) - The Traitor's circle #1 - Erin Beaty


A


Présentation de l'éditeur: (Preview du roman en VF disponible ici)Sage Fowler, seize ans, est une bâtarde recueillie par un oncle riche et respecté. Sa seule chance de s'en sortir ? Faire un beau mariage. Elle se présente donc chez une des entremetteuses chargées de l'évaluation du potentiel de chaque candidat – des femmes qui font et défont les fortunes d'une famille, d'une région, d'un pays tout entier. Mais avec sa légendaire indiscipline et sa langue trop acérée, elle échoue lamentablement. Amusée par son cynisme et son sens aigu de l'observation, la marieuse fait toutefois d'elle son apprentie.

Sage s'embarque donc avec un groupe de beaux partis triés sur le carreau dans un périple vers la capitale. Cette précieuse cargaison est escortée par un bataillon de soldats d'élite qui ne tardent pas à réaliser qu'ils sont sur le point de se jeter dans la gueule du loup : le pays voisin, qui prépare une invasion, s'est allié avec certains des seigneurs locaux, et chaque étape du voyage pourrait bien être la dernière. Spécialiste des missions de reconnaissance, l'un des membres de la troupe recrute alors l'aide de Sage. Mais plus elle avance dans sa mission, plus elle découvre, horrifiée, que tout le monde joue double jeu... 

Identités secrètes, machinations politiques et jeu de dupes passionné, La Couleur du mensonge fait monter les enchères jusqu'à un final surprenant. 

Voici un roman qui est assez difficile à classer. Dans l'univers de The traitor's kiss, il n'y a pas de magie. Il n'y a pas de fée, de gobelin, d'elfes, ni aucune créature magique que l'on croise d'habitude. Cependant, nous ne sommes pas dans notre univers, la société est très différente de même que la géographie et rien ne laisse présager que nous sommes dans un environnement type Hunger Games, une nouvelle société créé après une catastrophe. Pour moi, The traitor's kiss fait parti de la Real Fantasy et de la Fantasy historique bien qu'elle ne soit pas comme Gilded Cage de l'uchronie de fantasy. Compliqué n'est-ce pas?
En gros, ce qu'il faut retenir, c'est que vous êtes dans un univers qui fait très Fantasy mais où il n'y a pas de magie, une sorte de Game of Throne sans la menace venue du Nord et les pouvoirs de certains personnages.

Bref, après cette intro sans doute beaucoup trop longue et inutile, entrons dans le vif du sujet.

J'ai beaucoup aimé ce roman malgré les diverses polémiques que j'ai pu lire ici et là sur le net. Nous suivons Sage Fowler, une jeune fille orpheline recueillie par son oncle et sa tante. Ce ne sont pas des gens malveillants, loin de là, mais comme on les observe à travers le regard de Sage qui rêve d'indépendance, ils ont l'air - surtout l'oncle - d'être un peu contre elle. Dans cette société, les filles d'un certain rang social, doivent passer devant une marieuse, à la façon de Mulan. Beaucoup de critiques que j'ai lues disent que ce roman est raciste parce que c'est une réécriture de Mulan avec des personnages blancs. Personnellement je n'ai pas vu du tout le roman comme une réécriture. Sage n'est pas déguisée en homme, ce n'est pas pour sauver son père, elle n'est pas militaire, ça reste de l'espionnage et elle aide la marieuse, pas vraiment Mulan-like. J'ai beaucoup plus pensé à la série The Agency de Y.S.Lee avec une héroïne espionne qu'à Mulan. Après je ne suis pas à l'abri de ne pas voir mes privilèges blancs, si vous avez un avis sur la question je suis preneuse! C'est comme ça qu'on apprend et qu'on grandi.
Cette marieuse est tâchée d'observer leur caractère et de leur trouver le meilleur parti possible. C'est un système matrimonial de classe qui n'est finalement pas si différent de ce qu'on a connu en Europe depuis le Moyen-âge. Ici, les marieuses ont en revanche un vrai pouvoir et elles n'aiment pas du tout lorsque des alliances sont conclues en dehors de leur contrôle.
Notre chère Sage n'est pas du tout mais alors pas du tout d'accord avec ce mode de vie. Ses propres parents se sont mariés par amour en dehors de la classe sociale de sa mère, ce qui lui a valu un déclassement (même si la tante de Sage aime beaucoup sa nièce). D'ailleurs le prénom Sage est extrêmement connoté, les noms de fleurs ou de plantes sont réservés normalement aux enfants illégitimes - comme Snow en nom de famille dans Game of Throne. Le fait donc que son oncle réussisse à la faire passer devant une marieuse montre qu'il tient à lui donner toutes ses chances dans leur société, que l'on soit d'accord ou non avec le principe.

J'ai beaucoup aimé la marieuse, elle a un humour très appréciable et connait bien l'âme humaine. Sage se révèle très douée dans l'analyse de la personnalité des gens autour d'elle et fait une excellente apprentie marieuse à son propre étonnement. Je trouve ça audacieux de faire de l'héroïne une partie intégrante d'un système qu'elle déteste parce que malgré tout, cela lui permet d'explorer un vrai potentiel et cela lui offre l'indépendance dont elle rêvait sans passer par la case mariage! Cela devient d'autant plus intéressant lorsqu'elle est censée se fondre dans le décor pour évaluer les candidates au plus prestigieux marché marital du royaume car rappelons-le, les marieuses détiennent un vrai pouvoir.

La couverture VF est sublime!
J'ai lu que certain-e-s ont détesté le livre car iels l'ont trouvé anti-féministe puisqu'il met en scène un marché matrimonial et donc une certaine concurrence entre les jeunes femmes. Or Sage est incognito parmi ses demoiselles qui ne savent pas qu'elle est apprentie marieuse. Du coup, elle se prend beaucoup de remarques mesquines. A mon sens ce n'est pas juste parce qu'elle est une rivale mais surtout parce qu'elle est d'une classe sociale inférieure et que la plupart de ses jeunes femmes ont une éducation de classe - et un égo surdimensionné. Dans un contexte aussi hiérarchisé je ne suis pas étonnée par ces mesquineries. En revanche, j'avoue que Sage a une piètre opinion des femmes qui l'entourent. Elle les trouve trop superficielles et pourries gâtées et cela aurait peut-être mérité une nuance un peu plus grande dans le roman que le seul personnage de Clare qui est super choupi-chou par ailleurs.

Magrés tout, Sage est forte, elle est courageuse, elle est intelligente et elle obtient des récompenses par ses propres mérites et tout ce qu'elle a fait pour le royaume, pas à cause des hommes autour d'elle. Elle apprend aussi à voir les nuances autour d'elle et j'ai trouvé vraiment intéressant que la société soit d'abord rejeté par l'héroïne mais qu'elle apprenne ensuite à voir au-delà et à s'en saisir. C'est vraiment une héroïne comme j'aimerai en lire d'avantage en Young adult.

Et puis, ce qui m'a plu, c'est de voir Sage prendre peu à peu de l'importance, non seulement en tant que marieuse, car c'est elle qui indique à sa maîtresse les bons partis pour tel ou tel jeune fille, fondé, non pas sur le rang social ou les potentiels alliances mais bien sur les personnalités, mais aussi en tant qu'espionne pour les gardes royaux.

Contrairement à ce qu'on croit, on ne suit pas uniquement Sage dans cette histoire mais aussi les soldats d'élite chargés d'escorter les jeunes filles jusqu'à la capitale. Ce sont des personnages très intéressants et variés, j'ai adoré le petit frère du Capitaine, un gamin très attachant.
Comme de bien entendu, il y a une romance dans ce roman et une romance qui est vraiment super bien fichue. Pas de coup de foudre immédiat mais une relation qui s'installe sur le long terme et quelques scènes bien swoonantes qui ont participé à mon intérêt pour le roman. Si je devais relever les points négatifs, je dirai seulement que je n'ai pas été surprise par plusieurs rebondissements, j'avais deviné à l'avance mais ça ne m'a pas dérangé plus que ça. J'étais suffisamment prise dans l'intrigue pour ne pas être déçue.

A la base, The Traitor's kiss est un livre seul, hors série. Il peut donc se lire sans problème en lui-même, pas de cliffhanger intempestif. Devant le succès du roman, l'auteure en a fait une série. Le tome 2, The Traitor's ruin est déjà sorti en anglais ET en français chez Lumen sous le nom de Le parfum de la trahison.

Comme vous l'aurez compris, j'ai fait parti des gens pour qui The traitor's kiss a fonctionné malgré les polémiques. Cependant, je reste toujours ouverte à la discussion alors que vous soyez d'accord avec moi ou non, n'hésitez pas à échanger! C'est beaucoup plus enrichissant!
J'espère pouvoir lire la suite très bientôt.
Bonne lecture. 

vendredi 2 novembre 2018

Jackaby - Jackaby #1 - William Ritter



ABANDON



Présentation de l'éditeur: « Il est souvent difficile pour les autres de saisir la nature de ce don que je suis le seul à avoir. Il me permet de déceler la vérité là où les autres ne voient qu’illusion… Car le monde est une scène et il semblerait que je sois le seul spectateur capable de voir derrière le rideau. »

Abigail Rook, 17 ans, débarque en Amérique. La tête pleine de rêves d’ailleurs, elle espère vivre l’aventure avec un grand A.
Elle fait la connaissance d’un étrange personnage, Jackaby, qui lui offre un emploi. Détective doué de facultés de médium, il est capable de voir les phénomènes surnaturels.
Pour sa première mission, Abigail accompagne son nouveau patron sur les lieux d’un crime particulièrement sanglant. Jackaby soupçonne l’assassin de ne pas être humain, ce que la police refuse de croire. Mais les meurtres s’enchaînent et confirment les soupçons du détective…

Parfois, ça ne veut pas...y a pas à dire, on n'a beau aimer la couverture, le résumé, l'idée globale du roman mais non, ça ne prend pas. Jackaby m'est tombé des mains. 

Dès le début j'ai eu du mal à apprécier l'héroïne. Si on considère l'époque dans laquelle se passe l'intrigue - fin du XIXe siècle - l'âge et la classe sociale de l'héroïne, je ne crois pas un seul instant à l'intrigue de base. Les romans de Y.S. Lee (tome 1 et tome 2) sont beaucoup plus fins et proches de la réalité que le départ de Jackaby.
Malgré tout, c'est un roman pour les 12-13 ans et j'étais prête à faire l'impasse sur ce début un peu bricolé, on ne va pas trop râler que le personnage principal qui s'exprime à la première personne soit une fille, c'est toujours bon à prendre.

Je n'ai pas eu d'empathie particulière pour Abigail. Sa personnalité m'a laissée assez froide ce que je trouve toujours très triste mais ce n'est rien à côté de Jackaby.

Avec ce personnage j'ai eu l'impression de me prendre un bon gros cliché dans la figure. C'est le contre-coup de l'effet Sherlock Holmes de Moffat avec Benedict Cumberbatch. Je ne suis pas la seule à le dire, allez sur Goodreads, vous verrez dans les commentaires que tout le monde compare Jackaby à Benelock...On a une caricature de Sherlock, un gars brillant mais socialement inadaptée, qui est dans sa bulle, ne prend pas le temps d'expliquer aux gens autour ce qu'il fait, comment ça se passe. La seule différence, c'est qu'ici, au lieu d'enquêter sur des crimes "normaux", on se retrouve face à tout un bestiaire merveilleux.
Pourquoi donc est-ce que ça m'agace, parce qu'après tout, j'adore le Sherlock Holmes de Conan Doyle et également celui de Moffat. Tout simplement parce que ça n'a aucune originalité. J'ai l'impression de lire du Doyle en moins bien et on ne peut même pas se rincer les oreilles avec la voix de Cumberbatch (ne me remerciez pas, c'est cadeau). Je retrouve la même frénésie quand c'était la grande mode Dr House où soudainement, on a vu apparaître plein de héros avec une jambe abîmée qui étaient brillants mais extrêmement irritables. Je ne demande pas de l'originalité pure à chaque fois mais là, ça m'a tellement crevé la rétine que ça m'a immédiatement sortie du livre.

Le début est assez insupportable à lire je trouve. On ne comprend pas grand-chose à l'intrigue, aux personnages, on ne comprend pas ce qu'il se passe et j'ai eu la désagréable impression de lire quelque chose de très brouillon, comme si l'auteur voulait nous emmener dans un grand tourbillon pour encore une fois, imiter cette impulsivité que l'on retrouve dans le Sherlock de la BBC. Sauf que pour moi, en roman, ça ne passe pas.

Après plus de cent pages j'ai juste abandonné. Je n'aime pas abandonner des livres mais en tant que libraire, il y a trop à lire et à découvrir pour s'acharner sur un roman qui ne me passionne pas et que je laisse traîner des jours dans mon sac. Quand j'en suis à préférer sortir mon téléphone plutôt qu'un livre pour passer le temps, c'est signe que ce roman n'est pas fait pour moi.

Rassurez-vous les chafouins, je ne vais pas vous laisser en plan comme ça. Cette chronique est assez courte et je me sens dans l'obligation de vous recommander d'autres livres.

Alors, que lire si vous aimez le côté "jeune fille du XIXe siècle qui vit des aventures avec un grand A"? La série The Agency de Y.S. Lee (liens plus haut dans l'article). C'est du policier, pas de magie mais ils sont vraiment très bons. Il y a en a 4 en VO (le dernier est d'ailleurs un poil décevant) mais les trois premiers sont disponibles en français chez Nathan.
Si vous voulez le même décor plus de la magie, alors tournez-vous vers The Dark Days Club (Lady Helen en français chez Gallimard) d'Alison Goodman dont nous reparlerons bientôt. Attention cependant, on est dans une tranche d'âge un peu plus haute, je dirais 14-15 ans.
Enfin, si vous voulez le côté magie, avec de l'humour, de l'action, des personnages adolescents et qui vivent des aventures et résolvent des énigmes, je ne peux que vous conseiller la série LOCKWOOD AND CO de Jonathan Stroud. Je n'ai chroniqué que le tome 1 mais j'ai lu toute la série (cinq tomes) et elle est géniale de bout en bout. A partir de 11 ans pour celles et ceux qui n'ont pas peur des fantômes!

J'espère que je me suis faite pardonner. Bonne lecture et à dimanche! 

dimanche 28 octobre 2018

Dividing Eden - Eden #1 - Joelle Charbonneau


A

Présentation de l'éditeur: Lorsque leur père le roi et leur frère aîné meurent, les jumeaux Carys et Andreus doivent s’affronter dans une série d’épreuves pour déterminer lequel des deux régnera sur le royaume d’Eden.
Eux qui n’ont jamais pensé à accéder au pouvoir et qui ont passé toute leur vie à se protéger mutuellement se retrouvent en concurrence pour la première fois. Andreus bénéficie du soutien du Conseil, Carys de celui du peuple. Impossible a priori de les départager, mais, dans l’ombre, chacun intrigue pour voir son favori monter sur le trône.
Malgré leur attachement, s’engage une bataille sans merci entre le frère et la sœur. Jusqu’où sont-ils capables d’aller pour obtenir la couronne ? Peuvent-ils continuer à se faire confiance ? Doivent-ils écouter les conseils de ceux qui, prétendument pour leur bien, les éloignent l’un de l’autre ?

Cela faisait plusieurs mois que je n'avais pas lu un roman purement de Fantasy, sans dystopie ou lien avec notre univers. Je crois que mes dernières expériences remontent au désastreux Belles de Dhonielle Clayton et au sublime Strange the dreamer de Laini Taylor c'est à dire des lectures de janvier 2018. J'ai été intriguée par cette histoire de lutte fratricide et je voulais voir ce que ça donnait. Je n'ai pas été déçue.

Dans l'univers de Dividing Eden, le royaume est gouverné par le père des jumeaux, un homme qui a des idées bien arrêtées sur la masculinité et le moins que l'on puisse dire, Andreus avec son amour de la science, n'est pas dans les petits papiers de son père. Leur frère aîné, Micah, est fiancé à Imogen, une sorte de prêtresse dans le culte du royaume. Quant à leur mère la reine...on ne peut pas dire que je la porte dans mon cœur. Lorsqu'elle devrait être présente pour ses enfants, elle est complètement démissionnaire et lorsqu'il faudrait qu'elle ferme sa grande bouche, elle ne peut pas s'empêcher de l'ouvrir. Reine inutile!
Le moins que l'on puisse dire c'est que la famille des jumeaux n'est pas une famille parfaite, Carys et Andreus semblent être des exceptions.

Andreus est un jeune homme un peu faible qui fait souvent des crises assez mystérieuses. Il prend des potions pour les empêcher mais quand il est trop tard, c'est toujours sa sœur qui détourne l'attention pour éviter que l'on découvre le problème de son frère. Il est passionné par la météo et la technique, c'est un scientifique dans l'âme.
Carys quant à elle est absolument désintéressée. Elle n'a qu'une chose en tête, protéger son frère à tout prix. Le protéger de son père, de leur frère, des conseillers, d'Imogen en qui elle n'a pas confiance. C'est une jeune femme très solitaire et renfermée, qui cache ses nombreux talents pour se passer inaperçue dans les dédales de la cour.
On éprouve très vite de l'empathie pour les jumeaux car on se rend très vite compte que la cour n'est pas un endroit très sain dans lequel grandir. Les alliances, les inimitiés sont légions et il faut un mental d'acier pour se frayer un chemin et survivre.

Là où cela va se corser pour eux, c'est quand ils se retrouvent par un hasard de circonstance (si peu...) à être les deux héritiers du trône. Mais comment départager des jumeaux? C'est là qu'on rentre dans le vif du sujet et que la bataille commence. J'ai vraiment aimé toute cette partie du roman, les différentes épreuves et comment, petit à petit, la méfiance va s'installer dans leur relation.
On apprend également la teneur d'une prophétie les concernant, prophétie qui peut avoir pour l'un d'eux, de très lourdes répercutions et qui je pense, sera au cœur du second tome.

Vf publiée chez Milan
On suit beaucoup plus Carys qu'Andreus sur l'ensemble du roman et comme beaucoup de lecteurs/trices, c'est le personnage que j'ai préféré. Même lorsqu'elle est mise dans des difficultés extrêmes, elle reste bienveillante envers son frère et fait tout pour éviter un bain de sang. Andreus est plus complexe. Je ne pense pas qu'il soit mauvais, je pense que contrairement à sa sœur, c'est un faible de caractère et qu'il n'a pas un sens politique aussi exacerbé qu'elle. Il est donc, beaucoup plus influençable et manipulable et sa faiblesse fait qu'il est beaucoup moins sympathique. Je sais que pas mal de lecteur/trices ont détesté le personnage - je peux parfaitement comprendre - mais ce n'est pas mon cas. Je ne l'aime pas mais pas au point de laisser tomber le roman d'exaspération comme j'ai pu lire dans certaines chroniques (encore une fois, je comprends...).

Sachez aussi que le romance est limitée au strict minimum. Ce n'est absolument pas le centre du roman donc si vous hésitez à lire de la YA à cause de ça, je vous promets qu'ici c'est extrêmement léger.

Le roman se lit très vite, il est assez court mais paradoxalement ça ne m'a pas gênée. Dividing Eden est une duologie, ça vous changera des séries de Fantasy qui dure sur 6 ou 12 tomes. Pour certain/es d'entre vous, je pense que le contexte et le décors du royaume paraîtra trop survolé mais selon moi, ce qui importe ici, ce n'est pas l'univers dans lequel se place le récit mais bien les jumeaux et leur personnalité. C'est ça le plus intéressant, le reste n'est finalement que broderie et je trouve reposant que pour une fois, on ne se perde pas dans beaucoup de sous-intrigues et personnages secondaires.
Ne vous méprenez pas, j'aime les séries longues, avec beaucoup de rebondissements, un univers fouillé, différents lieux mais parfois, lire quelque chose de ramassé et tendu, cela fait du bien. J'ai dévoré Dividing Eden et je compte bien lire les deux petites novella qui vont avec ainsi que le tome 2 qui promet une conclusion satisfaisante à cette histoire.

Joelle Charbonneau (qui est américaine contrairement à ce que son nom laisse croire), nous offre un diptyque de Fantasy intense avec une EXCELLENTE héroïne. Si vous aimez Feyre, si vous aimez Katniss, je pense que vous aimerez Carys car elle possède certains traits de caractère en commun avec ces deux héroïnes.
J'espère vous donner rendez-vous très bientôt pour le tome 2. En attendant je vous conseille le tome 1 et n'hésitez pas à m'en parler!
Bonne lecture. 

mercredi 24 octobre 2018

Ink (Marqué) - Skin Books #1 - Alice Broadway


ABANDON

Présentation de l'éditeur: Quand toute votre vie est inscrite sur votre peau…
À la mort de son père qu’elle a tant admiré, Leora souhaite honorer sa mémoire. Et dans les hautes castes, il est d’usage de relire au cours d’une cérémonie les événements qui ont marqué la vie d’un personnage important. Mais à mesure qu’elle parcourt le livre de son père, la jeune fille découvre avec stupeur que certains passages ont été réécrits ou qu’ils ont complètement disparu… Pire, un mystérieux tatouage désigne son père comme coupable d’un crime ! La jeune femme devra remettre en cause toute son existence pour comprendre d’où elle vient et sur quels mensonges est construite la société où elle vit…

J'aurai dû aimer Ink...vraiment j'aurai dû. Ce roman avait tout pour me plaire mais curieusement ça n'a pas pris du tout. Le thème est super original et apporte une grande réflexion sur le corps et la société mais non, rien à faire...je ne l'ai même pas fini...

Dans l'univers de Ink, tous les nouveau-nés sont tatoués et au fur et à mesure que les enfants grandissent, ils gagnent de nouveaux tatouages chaque année pour marquer le passage du temps. A la fin de leurs études, en fonction de la voie choisie, un nouveau tatouage sera appliqué pour signifier dans quel domaine la personne s'est engagée. Au cours de leur vie, chaque personne pourra rajouter des tatouages pour marquer le temps qui passe et les événements significatifs de leur vie. Ainsi, chaque personne est un véritable livre ouvert, sa personnalité étant gravée à l'encre sur sa peau. Une fois mort, la peau du défunt est récupérée, tannée et reliée lors d'une cérémonie où les livres de peau sont honorés par la famille. C'est un rituel extrêmement important, les livres de peau sont ensuite stockés dans la grande bibliothèque où la famille peut venir les consulter par la suite. 
C'est une société très originale et bien structurée qui n'est pas sans ses parts d'ombre. Contrairement aux gens tatoués, il y a des Immaculés, des gens sans aucun tatouage qui sont mis au banc de la société, sur lesquels circulent des tonnes de rumeur. Ceux qui ont aidé les Immaculés se voient affublés d'un tatouage de corbeau, preuve d'une infamie et la reliure de leur peau leur est interdite. 

On découvre cet univers à travers les yeux de Leora, une adolescente qui vient de perdre son père. Elle veut devenir tatoueuse alors que sa meilleure amie veut rentrer dans l'administration. Par chance, elle est acceptée comme apprentie chez un tatoueur très réputé mais mystérieux. Sa rencontre avec le tatoueur coïncide avec les problèmes que Leora rencontre lorsqu'elle veut organiser la cérémonie pour son père. Elle découvre alors un homme très différent de ce qu'elle imaginait, avec une peau trafiquée et des mensonges en forme de tatouage. 

Comme je le disais, Ink avait tout pour me plaire. Une société originale et complexe, une interrogation pertinente sur la peau et notre rapport au corps - que ce soit dans notre société ou ce qui se fait ailleurs - et une intrigue intéressante.

Mais en fait non...pour être parfaitement honnête, je ne l'ai même pas fini. J'ai dû abandonner à la moitié par pur manque d'intérêt. 
Ce qui est étrange c'est que j'ai trouvé le livre à la fois trop lent et trop rapide. Il s'agit clairement d'un tome d'exposition mais ici j'ai eu l'impression que tout était enchaîné beaucoup trop vite. Il se passe beaucoup d'événements différents en peu de temps et j'ai eu du mal à entrer pleinement dans l'histoire à cause de cette vitesse d'exposition.
Paradoxalement, c'est long...long à vraiment démarrer. A la moitié du livre, on n'est toujours pas dans le vif de l'action. 
Oui j'ai bien dit paradoxalement car ce n'est pas évident de concevoir qu'un roman puisse être à la fois trop lent et trop rapide mais c'est bien le cas. En fait, on se prend beaucoup d'informations dans la face dès les premières pages pour qu'en suite l'intrigue retombe comme un soufflé. On se retrouve du coup avec beaucoup de questions mais peu de réponses. 

Hormis Obel, le tatoueur, qui m'a assez intriguée, je n'ai pas ressenti grand chose pour les autres personnages, l'héroïne comprise. Je l'ai trouvé assez lente à comprendre ce qu'il se passe autour d'elle, elle a l'air si ignorante que c'est à se demander si elle a une vraie curiosité sur ce qui l'entoure. On a l'impression que tout le monde autour d'elle connait des choses mais pas Leora. Je sais que c'est parce que le lecteur voit à travers ses yeux mais tout de même...elle n'a pas besoin de ne rien savoir pour nous garder une part de suspense. 
De plus, je n'ai pas été séduite par le rapport de Leora à son corps. Elle est très critique par rapport à ce dernier et je n'ai pas l'impression que le personnage aille plus loin que cette constatation. Cela dit, je n'ai pas fini le roman, il faut espérer que cette vision très négative de son corps va être remis en question durant la deuxième moitié de ce volume et lors du roman suivant. 

Je suis malheureusement passée à côté de Ink, il n'a pas réussi à me captiver ni à me séduire et je l'ai laissé tomber.
Dommage, c'était pourtant prometteur et la couverture était très belle. Ce sera pour une autre fois!

vendredi 19 octobre 2018

Gilded cage (Les puissants) - Dark gifts #1 - Vic James


B+


Ignorance bred fear, as Father was fond of saying, and fear bred obedience.

TW: Ce roman parle d'esclavage et de maltraitance même si la violence du récit est modérée et peu graphique. 

Présentation de l'éditeur: Dans le jeu du pouvoir, chacun risque sa vie.
Dans une Angleterre alternative, chacun doit donner 10 ans de sa vie en esclavage.
Seuls quelques privilégiés, les Égaux, riches aristocrates aux pouvoirs surnaturels, restent libres et gouvernent le pays.
Abi, 18 ans, et son frère Luke, 16 ans, voient leur destin bouleversé quand leurs parents décident de partir tous ensemble accomplir leurs jours d’esclavage. Abi devient domestique au service de la puissante famille Jardine. Le somptueux décor dans lequel elle évolue dissimule en réalité de terribles dangers, car chez les Égaux, les luttes de pouvoir sont sans pitié. Et lorsqu’elle tombe amoureuse d’un de ses maîtres, c’est sa vie même qui est en péril…Luke, quant à lui, a été exilé dans la ville industrielle de Millmoor. Dans un environnement brutal et pollué, il s’épuise à la tâche. Cependant, d’autres, comme lui, partagent ses idéaux de liberté. Il découvre alors qu’il existe un pouvoir bien plus grand que la magie : la rébellion.

J'ai chopé ce tome 1 sur les étagères de la librairie. Ma collègue Anna en avait fait rentrer un exemplaire et j'ai été attrapée par la couverture. Après avoir lu le prologue, qui m'a happée immédiatement, j'ai eu envie de lire la suite et je n'ai pas regretté. 

Gilded Cage n'est pas une dystopie ordinaire. On est sans aucun doute dans une dystopie car l'histoire se passe dans une Angleterre alternative où les gens - c'est à dire le commun des mortels qui n'appartient pas à la classe dirigeante et riche - doivent donner dix ans de leur vie en esclavage. Cependant, bien que les thèmes abordés soient propres à la dystopie - esclavage, différences sociales, injustice et rébellion - on trouve également de la magie que semble ne posséder que les puissants, incarné ici à merveille par le plus jeune fille des Jardine, Silyen. Et par ailleurs, on dirait aussi de l'historical fantasy, une ambiance très upstairs dowstairs mélangé à cette bonne vieille ségrégation américaine. 
Le tout mélangé, je comprends que le roman déboussole parfois un peu car il ne penche franchement vers aucun genre et pourtant c'est ce qui m'a plu.

Dans Gilded cage, le monde est donc divisé entre les Equals qui possèdent de la magie (ils sont aussi les Skilled) et les autres. En Angleterre, les Equals sont membres de l'aristocratie et gouvernent le pays. En échange, ils demandent aux gens normaux dix ans de leur vie à travailler gratuitement pour la communauté. On apprend que cette organisation sociétale n'est pas la même dans tous les pays. En France par exemple, les gens normaux se sont rebellés contre les aristocrates doués de magie et les ont massacré dans les rues de Paris (cocorico la Révolution c'est nous). En Chine, les Skilled se sont retirés dans les montagnes et aux Etats-Unis, les états du Nord fonctionnent comme la France, tandis que les états du Sud vivent comme les Anglais. Le fond historique de Gilded cage est vraiment creusé pour coller au maximum à notre propre histoire et donner une version alternative de faits. On apprend que les journées d'esclavage ont commencé en Angleterre en 1642, ce qui correspond au début de la guerre civile. Cela donne vraiment du poids et du corps au récit et j'ai personnellement trouvé tout ce travail de fond très appréciable. Le texte pourrait aussi appartenir à la catégorie assez rare de l'Uchronie de fantasy (pour les amateur·trice·s). 

L'organisation de la société est pensée en profondeur, on sent que l'auteure a réfléchi à son univers et n'a pas jeté de l'esclavage dans l'intrigue juste pour la rendre plus noire. On peut faire ses journées d'esclavage quand on veut de 18 à 55 ans, sachant que plus vous les faites tard, moins de chance vous avez de finir votre vie libre mais que vous aurez passé votre vie comme vous le vouliez ou presque. En revanche, les faire tôt vous accorde des droits et des avantages comme posséder une maison, voyager en dehors de l'Angleterre ou accéder à certaines professions fermées autrement. Le choix de faire ses jours d'esclavage a une vraie importance dans le récit et on comprend que les parents de Luke, Daisy et Abi y aient beaucoup réfléchi. Leur stratégie est loin d'être sans intérêt et couplé avec l'intelligence d'Abi, le plan semblait parfait. En effet, Abi a obtenu pour toutes la famille des places dans la maisonnée des Jardine, les membres les plus puissants des Equals. Ainsi, pendant les dix prochaines années, bien qu'en esclavage, la famille ne sera pas séparée et sera dans un cadre plus "facile" que l'usine ou les champs etc. Parce que oui...qui dit esclavage dit aussi être séparé de ses proches. Imaginez-vous parents d'enfants de 10 à 18 ans l'angoisse que cela peut-être. Malheureusement pour eux, Luke, leur fils de 16 ans est envoyé - contre les règles normalement en vigueur - à Millmoor la cité ouvrière, l'une des plus dures d'Angleterre et ses dix ans risquent de peser bien plus dans la balance.

A partir de là, nous suivons Luke d'un côté qui découvre l'horreur de l'usine et de l'esclavage et Abi de l'autre, dans le monde brillant mais non dénué de danger des Jardine. 

Luke découvre vite l'univers de Millmoor et comme c'est un garçon intelligent, il s'associe rapidement avec les bonnes personnes et notamment un groupe de rebelles dirigés par le Dr. Johnson qui veut ramener la justice en Angleterre et abolir les dix ans d'esclavage. Luke est un personnage très attachant, on a vite beaucoup d'empathie pour lui car séparé de sa famille à tout juste 16 ans et enfermé dans un endroit comme Millmoor, on imagine vite les difficultés que cela engendre. Même si l'univers est difficile, la partie de Luke n'est pas absolument noire et angoissante, elle est même extrêmement dynamique et riche. Les personnages que l'on croise sont attachants et on a envie de savoir si leur plan va fonctionner et comment il va pouvoir échapper à Millmoor. 
La description de l'esclavage est intéressante sans aucun doute. Les esclaves ne sont pas considérés comme des êtres humains et cela entraîne une aspect assez pernicieux, c'est que même les roturiers qui vont un jour faire leur esclavage ou qui l'ont déjà fait, traitent mal les esclaves. Ce n'est pas un univers manichéen, ce ne sont pas les Skilled qui gèrent une usine comme Millmoor mais bien les humains normaux qui aident de ce fait à perpétrer un système violent et inégalitaire. En ça, Gilded cage est tout à fait une dystopie car il interroge notre rapport à notre propre société. 


De l'autre côté, dans le monde des Equals, on suit Abi et l'histoire qu'elle entretient avec Jenner, le second fils des Jardine qui est - pour une raison encore inexpliquée - complètement dépourvu de magie. La romance n'est pas ce qui m'a le plus passionnée. Jenner a certes l'air d'être un gentil garçon mais j'ai peur que la suite du roman n'en fasse quelqu'un d'un peu mou. C'est un entre-deux coincé entre deux personnalités assez fortes que sont Gavar et Silyen. Au final, cette partie de l'intrigue est la moins intéressante et l'auteure aurait pu l'enlever que cela ne m'aurait pas dérangé. 

Ce qui est le plus intéressant dans cette partie, c'est évidemment les Equals eux-même et l'univers de requin dans lequel ils baignent. On suit plusieurs personnages, plusieurs voix et cela donne du corps à cet univers. Il y a Gavar par exemple, le fils aîné de la fratrie, une espèce de grosse brute, débauché, assassin quand il faut mais qui est vraiment attaché à sa fille. Il a l'air assez caricatural au départ mais je soupçonne que le personnage à beaucoup plus de profondeur qu'il n'y parait. J'ai hâte de voir quel chemin il va prendre dans les deux prochains tomes. On suit le père Jardine, un être assez abject, le premier ministre, amoureux depuis toujours d'une femme dans le coma qui n'est pas sans noblesse, une jeune femme de la bonne société, Bouda, ambitieuse, manipulatrice et assez odieuse mais très bien campée néanmoins et bien sûr Silyen, 

Silyen est le plus jeune fils des Jardine et c'est un jeune homme extrêmement intelligent. Particulièrement doué en magie, il m'a fasciné car il a un vrai plan qui je pense va prendre son sens dans les tomes suivants. Silyen est ce genre de personnage dont vous ne savez pas immédiatement s'il est l'antagoniste principal ou un héros. Sincèrement, ses intentions ne sont pas toujours claires dans ce premier tome mais je ne pourrai pas dire avec certitude dans quel camp il va pencher. C'est l'un des aspects du roman qui m'a beaucoup plus, ces personnages un peu flous comme Gavar et Silyen, qui ne sont pas des saints mais qui ont l'air suffisamment profonds pour nous surprendre dans les tomes à venir. On ne sait littéralement pas dans quel camps ils vont finir par pencher. 

Enfin, il faut parler de la petite Daisy, dix ans, benjamine de la fratrie Hadley qui a pour tâche - étonnante - de s'occuper de la fille de Gavar. Daisy, va prendre un poids extrêmement important au fur et à mesure que l'intrigue avance et j'ai été proprement horrifiée par le personnage. Elle est très très dérangeante et je trouve que l'auteure a su très bien exploiter un personnage aussi jeune.

Le roman est assez noir je ne vous le cache pas, sans être illisible non plus par des âmes un peu sensibles. La fin est assez magistrale comme l'était le prologue et le suspense qu'elle crée donne immédiatement envie de plonger dans la suite. 
Je ne l'ai malheureusement pas encore sous la main mais j'espère pouvoir lire le tome 2 et 3 rapidement. 

Si vous avez envie de quelque chose d'un peu différent qui risque de vous sortir de votre zone de confort, alors n'hésitez pas et plongez dans Gilded cage, traduit en français chez Nathan sous le titre Les puissants.

Bonne lecture!

mardi 2 octobre 2018

The Clockwork angel - The infernal devices #1 - Cassandra Clare


B+

Résumé (traduction de l'éditeur): Tessa débarque à Londres pour rejoindre son frère. Mais à peine arrivée, elle tombe dans un piège : enlevée par les horribles Soeurs Noires, elle développe des pouvoirs qu’elle ignorait posséder. Jusqu’au jour où Will, un Chasseur d’Ombres, la libère et lui apprend qu’elle est une Créature Obscure. Un nouveau destin attend Tessa dans un monde mystérieux, où vampires, sorciers et autres créatures de l’ombre règnent en maîtres…

The Clockwork angel est le premier tome de la série The Infernal devices. Il s'agit également d'un prequel à la série ultra populaire The mortal instruments. Pour être tout à fait claire, je n'ai pas lu The Mortal instruments. Après avoir demandé à mes amies Lily et Cathy si cela avait un impact de lire d'abord le prequel avant la série principale, j'ai décidé de me lancer. Je sais, je sais, j'aurai sans doute moins de surprises sur certains éléments de la série principale notamment à cause des liens familiaux des personnages mais j'avais plus envie de découvrir d'abord la période steampunk et puis malgré tout, je vais faire chronologique.
Si vous avez lu toute la série, gardez donc à l'esprit que The Clockwork angel est le tout premier de cet univers que je découvre car je crois avoir compris qu'il ressemble pas mal au premier tome de Mortal instruments.

L'histoire commence à la fin du XIXe siècle aux États-Unis où la jeune Tessa, 16 ans, se retrouve seule après la mort de sa tante. Elle reçoit un billet de bateau de son frère Nathaniel lui demandant de la rejoindre à Londres mais une fois dans la capitale britannique, elle se fait capturer par les sœurs noires, Mrs Dark et Mrs Black. Fiancée de force à un être maléfique, elle découvre qu'elle est une Warlock - une Créature Obscure - et est obligée par ses geôlières à utiliser son pouvoir pour se métamorphoser en qui elle veut, vivants ou morts. Sauvée par Will Herondale et Jem Carstairs, la jeune fille rencontre les Shadowhunters - les Chasseurs d'Ombres - censés garantir la paix en Angleterre et décide de les aider à vaincre l'homme qui l'a faite enlever.

Les prequel sont toujours difficiles à mettre en place parce qu'il y aura toujours des vilaines comme moi pour commencer par le prequel et non par la série initiale. Du coup, l'auteure est obligée de remettre en place l'univers, d'expliquer un peu comment ça fonctionne. On découvre les Shadowhunters à travers les yeux de Tessa. Je ne vais pas cracher dans la soupe, c'est difficile comme exercice et Cassandra Clare s'en sort plutôt bien. On sent que c'est une mise en place pas aussi profonde qu'elle aurait pu l'être en d'autres circonstances mais j'imagine que lorsque vous avez déjà lu les Mortal instruments ça fait un peu plus "réchauffé". On découvre donc les Shadowhunters, leur concept familial, leur mission pour protéger l'humanité mais aussi des Warlock et autres membres des créatures obscures dont certains on s'en doute déjà vont devenir récurrents.

Parmi les personnages, nous rencontrons évidemment Tessa Gray. J'ai aimé le personnage, on se sent immédiatement en empathie avec elle puisque c'est elle qui nous ouvre les portes de cet univers. Elle est intelligente, forte et combative. Elle offre un contraste assez intéressant avec son frère Nathaniel que l'on rencontre un peu plus tard dans le roman.
Parmi les Shadowhunters on fait la connaissance de Charlotte et de son mari Henry, qui sont tous les deux super mignons. On comprend bien la fragilité de la position de Charlotte en tant que gérante des Shadowhunters de Londres par rapport au Clave. Je pense que l'on va revoir les membres du Clave, les Lightwood sont particulièrement horripilants mais je me demande ce qu'elle va en faire.

On fait aussi la connaissance de Jem Carstairs et Will Herondale. Ils sont particulièrement complémentaires. Will est flamboyant et imprudent, il se lance la tête la première dans le danger alors que Jem, son parabatai, est plus réservé et réfléchi.
Je n'aime pas vraiment Will. Je me doute qu'il y a plein de mystères qui entourent le personnage et que son comportement va être éclairé au fur et à mesure de la série mais je ne suis pas séduite par Will. D'habitude j'aime bien ce genre de personnage mais là ça n'a pas pris, sans doute à cause de son attitude envers Tessa et parce qu'il y a Jem. Jem est juste génial, sino-britannique, il conserve un secret intéressant et se montre sage et posé. C'est un personnage doux qui m'a beaucoup plu. En fait, je trouve Jem moins attendu comme personnage que Will. Will c'est l'anglais sublime, aux cheveux noirs et aux yeux super bleus, avec un charme fou et un côté bad boy. C'est toujours appréciable mais déjà lu et relu tandis que Jem est original. J'ai aimé qu'il soit métisse et que physiquement il ne soit pas ce qu'on attende d'un héros. C'est une dose de fraicheur et de nouveauté dans un genre qui a tendance parfois à être un peu trop codifié.

Je ne vais pas mentir, vous l'avez peut-être senti venir, il y a bien un triangle amoureux qui se forme entre Tessa, Jem et Will. Je ne sais pas comment elle va le résoudre, bien que j'ai dans l'idée que ce ne sera pas comme je veux mais je n'y peux rien. Si vous êtes allergique au triangle amoureux, ça risque de ne pas vous plaire. Après l'intrigue n'est pas focalisée dessus, on s'intéresse plus à l'histoire paranormale qu'au triangle dans ce premier tome donc ça reste tout à fait supportable.

En revanche, on découvre Magnus Bane, un warlock amant de la vampire Camille mais qui laisse entendre qu'il a des goûts plus étendus! C'est un personnage que l'on ne fait que survoler mais j'espère vraiment qu'on va le revoir, notamment parce qu'il a l'air de connaitre pas mal d'informations intéressantes sur les Downworlders et Will Herondale.

L'univers est très sympa, steampunk mais sans être historique non plus, on ne s'attarde pas sur les conventions sociales comme chez Gail Carriger par exemple. Il y a de l'action, du mystère, de la magie et des personnages intéressants et/ou attachants. J'aime aussi que Cassandra Clare ait inclus un héros métisse dans une société occidentale et qu'il y ait au moins un personnage LGBTQI+. Ce n'est pas le Pérou mais c'est un bon début je trouve en matière de diversité dans les romans contemporains. 

En tout cas, j'ai très envie de lire la suite de ce prequel et je vais essayer de le faire avant l'an 2070!
Si vous avez lu toute la série - ou des morceaux - n'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé, si vous avez les mêmes ressentis que moi sur ce tome et lesquels vous préférez! 

vendredi 28 septembre 2018

Rebecca Kean tome 3 à 6 - Cassandra O'Donnell

B-

Il y a quelques temps je vous parlais de la série Rebecca Kean de Cassandra O'Donnell. Je vous disais que malgré des défauts parfois horripilants, je m'étais à mes dépends prise au jeu et que j'avais boulotté les deux premiers tomes comme autant de sucreries un·e gamin·e un soir d'Halloween. Encouragée par mon amie Clotilde qui me promettait quatre autres tomes aussi addictifs, j'ai englouti la série complète et j'attends maintenant la suite. 
Je ne trouvais pas pertinent de faire une chronique par tome, aussi je vous propose les tomes 3 à 6 d'un coup, avec un petit commentaire sur chacun et un avis sur l'ensemble de la série: ce que j'ai aimé, ce que je n'aime toujours pas et ce que j'attends pour la suite. 
Je ne vous spolierai pas les intrigues des tomes 3 à 6 si vous ne les avez pas lu, je donne simplement un avis sur la qualité de l'intrigue et les personnages que l'on suit dans ces opus. Toutefois, si vous craignez vraiment de lire quelque chose que vous n'auriez pas dû, je vous conseille de passer directement à mon commentaire global que vous trouverez plus bas. 

Tome 3: Potions macabres 
Résumé de l'éditeur: Avoir une fille en pleine crise d’ado quand on a 27 ans, ce n’est déjà pas de la tarte, mais quand votre adorable progéniture est une jeune vampire en pleine poussée hormonale, ça devient carrément insurmontable. Comme si je n’avais pas assez à faire avec une bande de potioneuses complètement disjonctées qui sèment la pagaille dans toute la région, et la nouvelle guerre qui se profile lentement mais sûrement à l’horizon…

Ce tome trois était vraiment sympa car on approfondit les relations avec le clan des potioneuses. On découvre aussi un peu plus Maurane et c'était assez sympa de voir des liens d'amitiés se créer entre Rebecca et elle, cela fait un personnage féminin de plus que Beth dans un autre clan. 
On tente aussi une incursion chez les démons avec Mark mais j'en reparlerai plus en détail un peu plus tard. 

Tome 4: Ancestral
Résumé de l'éditeur: Histoire de bien commencer la saison, le Mortefilis a décidé d’envahir la Nouvelle-Angleterre. Ça tombe bien, avec la disparition de Raphael, repousser une armée de redoutables vampires était tout ce dont j’avais besoin… Malgré mon inquiétude et une situation plus que critique, je me dois d’organiser la défense de notre territoire. Et croyez-moi, il va falloir la jouer serré !

Je dois dire que cette ouverture de roman était très réussie. C'est le gros point fort de cette série, fédérer les clans autour de Rebecca pour les voir tous en action même si le fait que Raphaël lui ait confié le clan des vampires ne soit sans doute pas l'idée du siècle quand on sait la neutralité que doit afficher l'Assayim. Après cette ouverture en fanfare, Cassandra O'Donnell nous plonge dans l'univers des muteurs. Si dans les premiers opus nous avons découvert les loups-garous, les vampires et les potioneuses, c'est ce quatrième clan et notamment leur chef Aligarh qui est au centre de l'intrigue. Ali est une grande réussite. C'est un personnage complexe et intéressant qu'elle sait bien mettre en scène. Une fois de plus on découvre avec ce clan d'autres règles, d'autres modes de pensée et ce n'est jamais simple dans un univers d'urban fantasy où l'on doit construire une mythologie cohérente. Cassandra O'Donnell s'en sort moins bien que Patricia Brigg et Ilona Andrews mais c'est réussi malgré tout. A partir de ce tome, pas mal d'éléments importants de l'intrigue globale de la série se mettent en place. Plusieurs personnages commencent à prendre une place plus importante, quelques pistes commencent à se former. 

Tome 5: L'Armée des âmes
Résumé de l'éditeur: Ah, les joies de la famille… Les flambées de vampires, les batailles sanglantes, les coups de fouet, les séances de torture ludiques, les joyeux exorcismes… Tous ces petits bonheurs simples me reviennent à l’esprit depuis que Grand-mère et les Vikaris m’ont retrouvée et ont débarqué en ville dans l’intention évidente de me liquider ! Nostalgie, quand tu nous tiens...

Là on rentre dans le vif du sujet. Si les relations entre Rebecca et Raphaël, Bruce et Ali s'épaississent, ce sont à la fois les origines Vikaris de Rebecca mais aussi le clan des chamans qui se retrouvent cette fois dans la ligne de mire de l'auteure.
Elle poursuit sur sa lancée classique: un tome par clan, mais développe parallèlement la trame globale à travers le passé de Rebecca. Si on connaissait les raisons qui l'ont poussée à quitter la France et son clan, on comprend à présent d'où vient Rebecca, comment elle a été élevée et surtout par qui. Les Vikaris, à commencer par la grand-mère de Rebecca, sont très bien campées. On dirait de vieilles mamies mais façon arsenic et vieilles dentelles. Je ne recommande pas de s'approcher de trop près de ces sorcières là. 
Parallèlement on est rencontre les chamans grâce à Léo qui est dans un beau pétrin. Une fois de plus, il est évident que Cassandra O'Donnell a pris du temps pour penser ces chamans qui sont plutôt absents en règle générale de l'urban fantasy. J'ai bien aimé cet univers, très secret et pas du tout commun. A la fin de ce tome on a passé du temps dans tous les clans et on commence à avoir une bonne idée de ce qu'est Rebecca pour les Vikaris. Cela devient évident que le tome 5 est le dernier des tomes "classiques" de la série et qu'à partir de maintenant, l'intrigue va se resserrer. 

Tome 6: Origines
Résumé de l'éditeur: Un coup de fil en pleine nuit augure rarement d’une bonne nouvelle. Quand c’est pour apprendre qu’un petit rigolo a décidé de faire mumuse avec un sort interdit depuis des lustres, je commence à perdre mon sens de l’humour. Et si, en plus, cette démonstration vise à éliminer un à un les chefs de clan officiant sur mon territoire, autant vous dire que je vois carrément rouge !
Avec tout cela, on voudrait que j’exerce avec un peu plus de sérieux mon rôle de reine des Vikaris. Pas de doutes, les congés payés, c’est pas pour demain…

Fini la découverte des clans, on commence enfin à aborder l'histoire de Rebecca, ses origines comme le dit le titre et les conséquences sur le Vermont de la bonne entente qu'a créé Rebecca entre les clans ennemis. Autant j'ai aimé le propos de ce tome, les problèmes de Léo qui commencent à apparaître pour dévier sur un spin-off qui j'espère sortira bientôt, les relations de Rebecca avec Baetan et ce que ça veut dire pour la suite, autant je l'ai trouvé trop court, beaucoup trop court. Ce tome 6 c'est un tome charnière et j'ai eu l'impression de survoler des éléments importants. Il y a beaucoup de personnages dans la série et j'aurai aimé qu'ils trouvent tous une place plus naturelle dans ce tome 6. J'attendais beaucoup et je suis au final un peu déçue de tout ce qui reste en suspens, surtout ne sachant pas quand sortira le prochain tome. 

DEBUT DE LA CHRONIQUE GLOBALE

Pour celles et ceux qui ont lu jusqu'ici, merci beaucoup et pour les autres welcome back!
Maintenant que j'ai lu toute la série je suis plus à même de savoir ce qui m'a plu ou non et si Rebecca Kean vaut le coup. 

J'avais déjà pointé les faiblesses de l'écriture - une critique qui revient souvent apparemment pour cette auteure - et il faut avouer qu'à partir du tome 3 elle s'améliore. Je ne sais pas si c'est dû à une meilleure qualité d'édition ou si l'auteure elle-même a mieux travaillé son texte, toujours est-il que les quatre derniers tomes sont beaucoup plus fluides que les deux premiers. 

J'avais également mentionnée que je trouvais pénible que tous les mâles alpha - à l'exception de Gordon -  de la série veulent se faire Rebecca comme si c'était une biche en période de rut...Autant vous prévenir, ça ne s'arrête pas. Tous ou presque créent des liens "particuliers" avec Rebecca et même si on échappe - ou pas ça dépend du point de vue - à des scènes de sexes débridées, Cassandra O'Donnell est plutôt mesurée en vérité, ça devient lassant. Pour avoir lu beaucoup d'urban fantasy, je confirme mon point de vue: une héroïne parfaite dont tout le monde tombe amoureux, c'est un repoussoir. Je ne suis pas une bombasse incroyablement parfaite et me sentir rabaissée par l'héroïne ce n'est pas le meilleur des arguments de lecture. Rebecca est une sorcière d'un clan spécial, elle est extrêmement puissante, elle est belle, elle a un corps de rêve, n'a pas l'air de vieillir et à vingt-sept ans elle a déjà une gamine ado...à quel moment je suis sensée m'identifier? Qui peut s'identifier et cocher toutes ces belles cases de la femme surpuissante, belle et en plus mère jeune et cool? 
Et puis Rebecca n'est pas vraiment modeste. Elle mentionne à plusieurs reprise son "physique de rêve". L'entendre de la bouche des personnages secondaires c'est déjà un peu pénible mais quand elle s'y met ça devient insupportable. Rebecca n'a pas le second degré d'une Charley Davidson qui rend ces affirmations drôles et c'est dommage. 
Alors, on pourrait argumenter aussi que l'auteure a quelque chose en tête avec cette trame de mâles de différents clans qui nouent des liens impossibles avec une sorcière de guerre. Certes. Seulement je persiste à penser que l'auteure aurait pu lui faire créer des liens sans que tout tourne autour de son pouvoir de séduction parce que les liens créés, ce ne sont pas des liens de clans mais des liens de mâles alpha à femelles Alpha. On peut dire ce qu'on veut, de ce point de vue là, Rebecca Kean manque de la finesse d'une Mercy Thompson ou d'une Kate Daniels. 

Pour rester dans le domaine du mâle, quoi de mieux qu'un petit tour d'horizon de ces derniers. Alors, soyons franc·che: je déteste Raphaël. J'ai une aversion générale pour les vampires mais ici ça dépasse même mon dégoût pour Edward Cullen - sans offense pour celles et ceux qui aiment évidemment c'est très personnel. J'aime le mythe ancien du vampire, Dracula, Nosferatu, ceux de Kate Daniels qui ne sont pas beaux, pas gentils, pas sexy. C'est un mythe que je trouve vraiment passionnant à plein de niveaux et j'ai beaucoup de mal avec les détournements actuels, à l'exception des vampires de Gail Carriger - Lord Akeldama est génial - et Stephen de Mercy Thompson. J'aime quand le vampire est un être vraiment effrayant caché éventuellement par un masque de beauté avec tout ce que ça comporte de réflexion sur notre sexualité etc. 
Raphaël, c'est le type de vampire qui se veut magnétique et sexy en mode: Je suis l'ange de la mort bébé agrémenté d'un complexe de supériorité assez énorme. Si vous savez, ce mâle alpha relou: "je suis irresistible chérie, je sais mieux que toi ce qu'il te faut et même que quand tu dis non en fait tu veux dire oui prend-moi sauvagement sur le lave-vaisselle"....Yerk. Un vrai tue-l'amour. Je n'arrive pas à voir la manipulation et le machisme comme sexy. Physiquement non plus Raphaël ce n'est pas ma tasse de thé: un grand tout sec avec des longs cheveux blonds jusque dans le dos et qui trouve être le comble du chic de se présenter en kimono d'apparat alors qu'il n'est même pas japonais. Je ne me lancerai pas sur l'appropriation culturelle et en quoi c'est extrêmement malaisant de voir la culture japonaise pillée par un vampire européen parce que ça serait trop long mais bref: après 6 volumes Raphaël est toujours un énorme NON pour moi et je regrette qu'il soit toujours le love interest de Rebecca. 

Parmi les autres mâles qui gravitent autour de Rebecca on retrouve Bruce, le loup-garou des steppes au lourd passé. J'adore Bruce, c'est typiquement le genre de personnage que j'aime - c'est un muteur pas de surprise là dessus - il est sexy en diable et pour le coup sans jouer la carte du "tu m'appartiens, si tu me quittes j'éventre ta fille et je la pends par les tripes façon Hannibal Lecter. Tu m'aimes hein?". Bruce c'est le loup-garou protecteur, celui qui devient tout mou et vulnérable dans son petit coeur malgré ses muscles et ses crocs. Je suis assez frustrée du développement qu'elle donne au personnage qui passe quand même pas mal de temps absent des intrigues principales. La preuve selon moi qu'il y a trop de mâles amoureux dans l'entourage de Rebecca et que Cassandra O'Donnell ne sait pas trop quoi en faire. C'est vraiment une déception parce qu'on sent qu'elle a une idée sur le personnage de Bruce mais ce n'est pas abouti. 
Parmi les autres muteurs on découvre Aligarh dit Ali, le chef des muteurs du Vermont. J'ai eu l'impression qu'il remplaçait Bruce par moment à la façon dont ils sont interchangeables. J'aime bien Ali, il est aussi alpha mais sans les défauts de Raphaël. Il est solide et secret, n'hésite pas à taquiner Rebecca mais assure toujours ses arrières comme Gordon, le chef des loups-garous. 
Je suis assez frustrée par Ali et Bruce parce que je les préfère largement à Raphaël et j'aurai préféré que Rebecca choisisse l'un deux plutôt que le vampire. J'espère que pour la suite les relations entre ces personnages va évoluer. 

Pour conclure la série sur les mâles, il faut parler de Mark. Mark est un vrai gâchis. Il était très intéressant dans le tome un, charismatique, mystérieux et à partir du tome deux, le personnage part en sucette. Pour moi ça a toujours à voir avec le trop grand nombre de personnages masculins à gérer: Mark, Bruce, Ali et Raphaël. Si Bruce passe une grande partie de la série absent, ça lui laisse encore trop d'hommes dans les pattes de Rebecca. La seule chose qui distingue Mark des autres c'est qu'elle en fait un méchant - impossible d'éprouver la moindre sympathie pour le personnage - alors que les liens qui l'unissent à Rebecca sont exactement les mêmes que les autres mâles. Je suis très insatisfaite de son traitement, j'ai vraiment eu l'impression que c'était bâclé pour pouvoir s'en débarrasser le plus vite possible parce qu'il encombrait. J'aurai aimé plus de subtilité dans son traitement sans doute. 
J'ai l'air de beaucoup râler mais c'est simplement parce qu'aurait voulu voir plus Ali et Bruce. On ne voit jamais assez les personnages que l'on préfère n'est-ce pas?  

Détail réjouissant de la série, c'est l'ampleur que prend Léonora la fille de Rebecca qui a l'air de suivre le même chemin que sa mère. Non seulement elle est atypique mais en plus elle promet niveau magie et histoire de coeur. Je ne suis pas étonnée qu'on parle d'une rumeur d'un spin-off la concernant, cela pourrait être passionnant. 

Si le premier tome est un tome de présentation de l'univers, les tomes 2 à 5 se concentrent chacun sur un clan précis: vampires, potioneuses, muteurs et chamanes, les loups-garous parcourant tous les tomes. C'est une bonne idée car cela permet de rencontrer les clans au fur et à mesure et d'absorber les règles qui les régissent. Malgré tout, ce schéma narratif comporte une faiblesse: la trame globale qui les relie est un peu maigre et c'est sans doute pourquoi le tome six est un peu décevant. On attend beaucoup de ce tome et il est trop rapide pour être satisfaisant et comme il mêle tous les clans, on ne s'attarde vraiment sur rien. 

Je trouve à cette série beaucoup de défaut: une écriture qui manque de raffinement, des personnages pas toujours bien exploités et une héroïne certes sympathique mais beaucoup trop parfaite. Malgré tout, j'ai tout de même lu les six tomes de façon compulsive parce que l'ambiance m'a plu. J'ai aimé l'univers de la série, le Vermont et ses grands espaces, l'humour qui fait mouche aussi et les personnages attachants: Bruce, Ali, Beth, Gordon, Maurane, Léo. Les intrigues sont prenantes, mêlant fantastique et policier et une fois ouvert, ça se boulote facilement.  

En conclusion, Rebecca Kean est une chouette série d'urban fantasy à la française avec un univers relativement original et surtout cohérent, une héroïne que j'aime bien malgré son côté superwoman canon en permanence même quand elle a du sang partout dans les cheveux et une floppée de personnages secondaires vraiment sympa. Cette série c'est un B- pour moi parce que je ne peux m'empêcher de la bouloter comme des pastilles vichy un jour de soupe à l'oignon, et qu'il serait dès lors un peu mesquin de bouder son plaisir, mais qui possède quand même pas mal de défauts qui agaceront sans doute plus d'un·e lecteur·trice. Je n'ai pas lu Anita Blake mais il paraît que Rebecca Kean en a les mêmes atouts et les mêmes défauts. 
Alors si vous avez déjà fait le tour de toutes les bonnes séries d'urban fantasy avec une héroïne, Rebecca Kean devrait être la petite piqure de rappel sympathique à condition de ne pas s'attarder sur certains aspects moins agréables.