lundi 18 mai 2015

L'heure du jeu #1 - Pandémie



Pour inaugurer ce nouveau rendez-vous, je vous propose un de mes jeux préférés et un jeu somme toute assez connu pour les non-initiés: Pandémie. 

CHESHIRE: *Tadammmmmmmmm, tu sens le potentiel de mortalité ou pas?*

Pandémie est un jeu de plateau collaboratif créé en 2008 par Matt Leacock et édité par Z-man Games. En France il est diffusé par la maison canadienne Filosofia (une maison que je recommande, ils ont d'excellents jeux).  Je vous propose aujourd'hui un petit résumé du principe du jeux, quelques règles simples et la présentation des extensions.

ATTENTION: Pandémie et ses extensions ont été rééditées il n'y a pas très longtemps. Le design n'est plus le même et les anciennes versions ne sont pas compatibles avec les nouvelles à moins d'acheter le deck de remplacement (disponible sur 1 seul site en ligne). Si jamais vous êtes tentés par Pandémie, faite bien attention à ce que les boites aient bien le visuel présenté ici! 

Peut-être vous souvenez-vous de vos parties de jeux de société enflammées quand vous aviez huit ans, coincé•e•s entre tatie Monique qui ne pige pas un broc des règles et tonton Jean-Paul qui triche comme un crevard (tricher c'est mal mais tricher pour gagner par rapport à des enfants c'est vraiment pourri). Monopoly, Destin, ou Docteur maboul, ces jeux ont en commun de se jouer chacun pour sa pomme. Il se trouve que ce genre de jeux ne sont pas les seuls et qu'il en existe d'autres qui sont collaboratifs.
En clair: les joueurs jouent ensemble contre le jeu. C'est sans aucun doute le genre de jeux que je préfère et auxquels je joue le plus et Pandémie fait parti de cette catégorie. Découvrons maintenant le jeu de base. [On appelle Jeu de base, la boîte principale d'un jeu, celle qui sera nécessaire pour jouer avec les extensions. C'est le 1.0 d'un jeu].

 
Cheshire, toutes dents dehors: De terribles virus menacent la planète. Les maladies se propagent à travers les continents et les villes reliées les unes aux autres jusqu'à transformer les foyers d'infections en foyer d'explosion. De plus, de nouvelles épidémies éclosent à intervalle régulier. Heureusement, six hommes et femmes sont là pour trouver les remèdes et éradiquer les épidémies. Y arriveront-ils à temps? *se frotte les pattes*

Pandémie est loin d'être un jeu simple! Il y a beaucoup plus de chance de mourir que de réussir à venir à bout des maladies. Pour gagner c'est simple (en théorie), il faut trouver les quatre remèdes. Pas besoin d'éradiquer les épidémies du plateau, créer les remèdes suffit et c'est déjà bien assez! Pour perdre c'est très simple, on perd si:
- Il y a plus de 8 explosions (une explosions intervient quand trois cubes de maladie infectent déjà une ville et qu'un 4ème ou plus doit être ajouté à cette ville)
- Si le deck de cartes joueurs est vide (c'est dans celui-ci que les joueurs récupèrent des cartes villes ou les évènements positifs qui aident les joueurs).
- S'il n'y a plus de cubes d'une couleur dans une boîte de pétri. (c'est-à-dire qu'on ne peut plus ajouter de maladie de la couleur demandée).

Sur la gauche le compteur d'explosion, en bas à droite le deck de carte joueur, en haut en vert le deck de propagation des maladies.
Les joueurs ont chacun 4 actions à jouer peut importe l'ordre et peut importe la répétition (un joueur peut par exemple se déplacer 3 fois puis faire une autre action): se déplacer (plusieurs modes possibles), traiter une maladie (retirer un ou plusieurs cubes de maladie sur une ville), construire une station de recherche, créer un vaccin.
En plus de ces 4 actions de base, le joueur a, en fonction du personnage joué, des actions spécifiques supplémentaires. Cela peut-être traiter des maladies plus vite comme c'est le cas pour le médecin ou bouger d'autres personnages comme le répartiteur ou mettre des villes en quarantaine. Certains rôles seront plus utiles que d'autre en fonction du plateau. A la fin de son tour, le joueur pioche deux cartes face cachées du deck principal (cartes villes, évènement ou "pas de bol" une épidémie), puis propage la maladie en tirant le nombre adéquat de carte propagation (déterminée par l'avancement du jeu).

Ce que j'aime particulièrement dans ce jeu outre la collaboration, c'est que la situation de départ n'est jamais la même. Le placement des infections à la base et ensuite la propagation des virus se font selon un certain ordre qui contient du hasard. Ainsi il nous est arrivé parfois de commencer le jeu avec une situation explosive sur l'un des coins du plateau et de mourir très rapidement car les maladies se sont propagées à toute vitesse...

CHESHIRE: Éclatement de face: Maximal!

Comme tu dis. Parfois le jeu est sympa et entre les propagations faciles à gérer et les épidémies cool, on a pu finir quasi easy-peasy (mais bon c'est rare hein). On peut donc jouer 3 ou 4 parties à la suite et ne jamais avoir la même stratégie! Évidemment les cartes que l'on récupère pour faire les vaccins peuvent bien tomber ou mal tomber....Pandémie est un jeu de stratégie vraiment intéressant et si on gagne globalement peu, on passe tout de même un super moment dans l'univers immersif.

C'est également un point fort du jeu: l'immersion. Pandémie est pensé pour mettre le joueur dans une situation d'urgence réelle de traitement de maladies. On s'implique notamment parce que l'environnement du jeu est conçu pour ça. En jouant un peu vous vous apercevrez parfois que les thèmes choisis ne sont que des façades et que le jeu pourrait avoir un autre décor et fonctionner malgré tout. Pandémie c'est un jeu unique basé sur une ambiance et une "histoire".

Pandémie ne s'arrête pas là! Pour notre plus grand bonheur, le jeu est pourvu de 3 extensions, 1 jeu de dé et un jeu de cartes!

La première extension s'appelle Au seuil de la catastrophe.

Cette version rajoute une nouvelle maladie, la maladie mutante violette, mais aussi des épidémies virulentes et de nouveaux personnages dont un Bioterroriste!!!
CHESHIRE: Moi, moi, moi, moi! Je veux jouer le bioterroriste, je veux, je veux, je veux!

Hebergeur d'image

Si tu veux Chesh. Ces nouveaux défis peuvent être couplés aux défis premiers du jeu de base (à l'exception des épidémies virulentes qui remplacent les épidémies classiques). Les épidémies virulentes rajoutent des complications. La maladie la plus propagée devient virulente et se diffuse encore plus vite. Cercle vicieux n'est-il pas? Quand à la mutation, elle rajoute une maladie, la violette. Pour gagner il faut alors trouver les remèdes pour les 5 maladies ou les 4 maladies de base et qu'il n'y ait aucun cube violet sur le plateau.
Le bioterroriste lui, propose une partie avec un traitre, un joueur travaillant pour le jeu contre les autres participants. Ses déplacements sont cachés, il utilise une feuille pour noter ses mouvements ce qui le rend difficile à tracer. Une première extension de qualité qui permet d'étendre les expériences de jeu.


C'est aussi ce que fait Pandémie - In vitro, la seconde extension de la gamme. Cette fois-ci, c'est carrément un laboratoire qui est ajouté au jeu. Changement de méthode dans le traitement de la maladie c'est grâce à différentes actions de laboratoire que l'on peut produire le vaccin (représenté dans le laboratoire par un petit flacon). Il faut séquencer un remède: ce sont des cartes qui indiquent combien de cubes et de quelle couleur sont nécessaires pour composer le remède. Comme d'habitude il y a des cartes sympa et les autres. Il faut ensuite caractériser un remède, on défausse une carte de la couleur du remède et on place le flacon. On doit conserver des cubes, puis les passer sur un autre plateau et enfin les poser sur le remède. D'autres cartes doivent défausser pour tester le remède et le finaliser. Ça fait beaucoup plus d'étapes que pour un mode de jeu normal mais chacun peut faire ces différentes actions et on peut créer deux antidotes à la fois. Ça peut être un avantage ou un inconvénient.


De nouveaux rôles sont ajoutés, ainsi qu'un mode équipe ou un mode solo. Le mode équipe est sympa à jouer. Chaque équipe représente un laboratoire pharmaceutique différent. Le but est toujours de gagner la partie avec les autres joueurs seulement un peu mieux qu'eux. Du collaboratif qui mêle un tout petit peu de compétition, un mode à 6 joueurs qui plaira aux compétiteurs.



Enfin, Pandémie - état d'urgence est la toute dernière extension sortie. Difficulté maximale assurée. Deux petits plateaux adjacents rajoutent LA difficulté. Une propagation du virus par les animaux à des zones d'infections doublement reliées entre elles. A chaque fin de tour d'un joueur, en plus de la propagation classique, on lance un dé qui peut infecter ces zones d'arrière-pays. Ajoutez à ça les cartes états d'urgence que l'on pioche dans le deck principal et qui vous pourrissez gentiment, vous obtenez un jeu sympa mais dur.

Pandémie de toute façon c'est dur mais c'est motivant et c'est en persévérant que l'on découvre pas mal de nos envies de joueurs. Ce sont vraiment de bons jeux collaboratifs, complexes, denses, avec un univers riche et fouillé. Les extensions peuvent être combinées à deux, trois ou plus, comme vous voulez. Un must-have, must-do!

Voilà pour Pandémie. Des questions, des suggestions, c'est dans les commentaires que ça se passe! Je vous dis à plus tard.

Cheshire: Alors, on joue?

dimanche 17 mai 2015

Un nouveau rendez-vous ludique! (et pas lubrique Cheshire!)



Bonjour à tous, amies humain•e•s, belettes, naines, elfes, orques, trolls, aliens, Time Lords *rayez la mention inutile*.

Pour cette reprise livresque je vous propose....un nouveau rendez-vous sans aucun rapport avec les livres. 
 
Cheshire: Non mais l'arnaque quoi! Comme ça d'entrée de jeu...même moi je n'aurais pas osé.
 
Je pensais qu'il m'avait manqué celui-là...faut croire que non. Oui Cheshire, d'entrée de jeu comme ça, paf, pépouze, un nouveau rendez-vous. Je sais que ça a l'air débile comme ça, d'autant plus que nous sommes sur un blog plutôt littéraire...

Cheshire:...Effectivement, on ne va pas se mentir, commenter le dernier théorème d'un astrophysicien hongrois, ce n'est pas trop ton truc. "Il lui manque deux ou trois connexions neuronales."

Tu veux qu'on parle des tiennes de connexions neuronales peut-être? 

Cheshire: *Disparait*

Hebergeur d'image

Bien. Je vais peut-être pouvoir en placer une. Je disais donc, en attendant que l'inspiration revienne pour vous parler de mes lectures "zobligatoires", je me suis dis qu'on pourrait parler détente et franche rigolade. Si vous me lisez depuis un certain temps, vous savez que j'adore les bouquins...

Cheshire: Sans blague! Je suis é-ton-né! Spoiler Alert.

Tu vas vite me saouler toi là-bas.


Hebergeur d'image
Persie pas contente
Cheshire: Gné gné gné gné.

Bref, j'adore les bouquins et le cinéma mais j'adore aussi jouer que ce soit des activités ludiques ou vidéo-ludiques. Je sais que la communauté des gamer est très élargie et pas mal connue maintenant mais celle des joueurs sur table l'est beaucoup moins alors qu'on est super nombreux! Étant donnée que cette activité occupe souvent une à deux de mes soirées par semaine j'ai accumulé une connaissance de pas mal de petits jeux et de gros jeux que j'aimerai partager avec vous.J'espère en tout cas que ça vous plaira, j'essayerai d'alterner jeux sur table et jeux-vidéo, gros jeux et plus petits jeux mais en attendant n'hésitez pas à poser des questions, laissez de commentaires etc etc, vous connaissez la suite!

lundi 20 avril 2015

I'M BACK CAUSE I'M THE PIXIE PERSEPHONE!

Salut à tous!


Yes indeed, vous ne rêvez pas, c'est bien Perséphone en direct du repaire de Cheshire. 

Avant tout je voulais vous dire un peu pourquoi j'avais disparu de la toile depuis novembre dernier. Pour ceux qui ne le savent pas, j'ai changé de librairie en septembre et avec le changement sont venues les responsabilités. Je suis désormais libraire jeunesse et j'ai eu énormément de travail. Donc entre les responsabilités, le fait que je suis loin de chez moi 11h par jour, le boulot (comprendre les lectures plus ou moins obligatoires), j'avoue que quand je rentre chez moi j'ai plutôt envie de voir un film avec mon Prince Charmant ou d'aller boire un verre/jouer aux jeux de société avec ma famille ou mes amis que de me caler devant un ordinateur pour refaire une journée de travail.
Le feu sacré m'avait un peu quitté. 

Bref, assez d'apitoiement, j'ai envie de revenir mais sous une autre formule. Si vous me suivez depuis le début vous savez que j'ai un rythme de lecture assez soutenu mais parler de tout c'est trop. Je suis toute seule et je n'ai pas assez de temps en ce moment.
Je vous propose donc des articles moins nombreux que mes 3 publications hebdomadaires mais toujours aussi fouillés et sur des romans que j'ai vraiment beaucoup aimés. Exit les lectures en demi-teintes, place a un tri de qualité. 
Si toutefois vous voulez savoir ce que j'ai lu (en intégralité), je vous invite à suivre ma page Facebook où les infos sont mises à jour très régulièrement. 

Si cette nouvelle formule vous convient et si vous pouvez supporter un blog sans concours, sans billet "drôle sur un livre manifestement nul et inutile", sans vidéo etc etc, bref un blog à l'ancienne sur ce que j'ai vraiment aimé, n'hésitez pas à manifester votre joie.

Un petit commentaire, un message Facebook, juste pour me dire que je ne reviens pas pour rien et qu'il y a encore quelqu'un de l'autre côté de mon écran. 

A très vite, en compagnie de Cheshire bien sûr!

Persie    

lundi 10 novembre 2014

Lili Goth et la souris fantôme - Lili Goth #1 - Chris Riddell


COUP DE COEUR DE PERSEPHONE: CHRIS RIDDELL CE GENIE

Résumé: Lili Goth vit dans le manoir des Frissons frissonnants, une vaste demeure pleine de portes secrètes et de couloirs obscurs. Elle vit seule avec son père Lord Goth, homme absent et inconsolable depuis la mort de la maman de Lili. Pour être sûr de ne pas perdre sa fille, il lui fait porter d'énormes chaussures qui font beaucoup de bruit mais Lili est une petite fille maligne et elle s'évade de temps en temps dans la maison avec les chaussons de funambule de sa maman. Un soir elle fait la connaissance d'Ismaël Moustache, une petite souris fantôme attachante, et des enfants Chou. Ensembles, nos quatre compères vont se lancer dans une enquête surprenante!

Chris Riddell vous le connaissez peut-être sans savoir son nom car en plus d'être un auteur talentueux, c'est aussi un illustrateur génial. Il a notamment sévi aux côtés de Neil Gaiman pour Coraline et The Graveyard book et très récemment dans The Sleeper and the Spindle. C'est aussi l'auteur de la génialissime série des Apolline ( Ottoline en anglais), une série de trois volumes sur une petite fille aventureuse qui résout des enquêtes avec l'aide de Monsieur Monroe (à partir de 8 ans, beaucoup d'illustrations et un texte raisonnable) et également l'auteur avec son ami Paul Stewart des séries: Chroniques du bout du monde, Chroniques du marais qui pue et Les aventuriers du très très loin.


Comme pour Ottoline, ce qui marque immédiatement, c'est la facture des romans. Ce sont de petits formats reliés, terriblement élégants avec des décorations sur le côté: or pour Ottoline et argentées pour Lili Goth. D'emblée on ne peut qu'être séduits par l'objet livre que nous propose Riddell et qui lui donne une véritable Riddell touch accentuée par les dessins de l'auteur. On se sent attiré par le roman avant même de l'avoir ouvert. Anecdote rigolote, samedi à la librairie, c'est un papa, fasciné par le livre qui l'a finalement offert à sa fille parce qu'il le trouvait superbe et marrant comme tout. Comme quoi! 

Si Ottoline est à destination des plus jeunes, Lili concerne déjà des lecteurs plus aguerris (aux alentours des 10 ans) car malgré les dessins, il est assez volumineux et a beaucoup de texte. Commençons tout de suite parce qui peut être déroutant: fantôme, manoir hanté, ambiance résolument gothique, on pourrait croire que Lili Goth est un roman qui fait peur...sauf que non. Faire peur, ce n'est pas du tout ce que cherche à faire Chris Riddell. Lili Goth est sans aucun doute un roman gothique mais un gothique doux, gentil et surtout loufoque dans lequel les références aux classiques gothiques anglais se bousculent pour notre plus grand plaisir. C'est un roman délirant également, renforcé par les dessins très drôles. Il a un véritable don pour croquer les personnages les plus bizarres du roman. 

Mme Fouettard la cuisinière
J'ai adoré cette histoire parce qu'elle non seulement elle est drôle, les personnages sont attachants et un peu mystérieux. Les enfants Chou, Emma et William sont adorables et offrent à Lili de vrais compagnons de jeux fort agréables à suivre. Nous avons affaire à une enquête très sympathique où nous voguons dans les dédales du manoir des Frissons frissonnants pour tenter d'arrêter l'odieux garde-chasse d'intérieur. Plus encore, le roman est bourré de références à la littérature gothique tel qu'on la connait. De Maryshelleyzautre à Van Helsung, ce sont les grands classiques anglais qui sont revisités sous la plume loufoque et décalée de Chris Riddell.


C'est en ça qu'il m'a séduite. Chris Riddell, comme Malika Ferdjoukh, Marie-Aude Murail ou Timothée de Fombelle, est un auteur qui peut être lu par les adultes aussi bien que les enfants et avec un réel plaisir. Ce sont des textes à double emploi, drôles pour les enfants qui peuvent être l'occasion de découvrir d'autres romans mais aussi des textes dans lesquels les adultes peuvent se glisser et s'amuser. 

Les dessins de Chris Riddell sont magnifiques et méritent qu'on s'y attarde car ils donnent vie à l'histoire. Ce ne sont pas que de simples illustrations, l'auteur joue des codes du dessin. L'intrigue résonne des illustrations de l'auteur comme c'était déjà le cas pour Ottoline. Elles sont tout simplement splendides. 

Lili Goth a su me séduire au-delà des mots car j'ai bien conscience que j'ai finalement peu parler de l'histoire en soi. Il faut la découvrir page après page: l'amitié insolite entre Lili et Ismaël, les enfants Chou qui apportent de la joie dans la vie solitaire de la petite fille, sa gouvernante étonnante, le manoir des Frissons frissonnants et bien sûr l'horrible garde-chasse d'intérieur. Si vous ne connaissez pas Chris Riddell je ne peux que vous inviter à découvrir son travail, vous ne serez pas déçus! Un second tome est déjà disponible en anglais!

mercredi 5 novembre 2014

L'appel du coucou / Le ver à soie - Robert Galbraith (J.K. Rowling)


Je pensais avoir déjà parlé du Cuckoo's calling de Robert Galbraith mais il semblerait que ma paresse de cette été m'en ait empêchée! Puisque la suite des aventures de Cormoran Strike vient de paraître en France chez Grasset, je me dis qu'il est grand temps de combler mon retard en vous parlant des deux romans à la fois: bande de veinards.

Pour ceux qui vivraient sur une planète différente de la planète Potter, Robert Galbraith est le nom d'emprunt de J. K. Rowling pour écrire du polar. Il ne doit pas être facile d'accéder à un statut de star planétaire de la littérature comme l'est J.K. Rowling. Il est vrai qu'elle est attendue au tournant, entre les fans qui veulent à tout prix du Harry Potter, ceux qui sont convaincus qu'elle ne sait pas écrire autre chose et les autres. On se rappelle les débats enflammés lorsqu'elle a publié Une place à prendre. Je trouve qu'elle a été assez culottée et futée d'écrire le premier tome des aventures de Cormoran Strike sous un nom d'emprunt et qui plus est un nom masculin car il faut se rappeler qu'avant que le mystère ne soit craqué, The Cuckoo's calling a reçu un très bel accueil par la presse et la critique littéraire. C'est un joli pied de nez qu'elle fait à ce milieu parfois impitoyable - si si, il y a un côté Dallas dans le monde littéraire anglais, il suffit de lire The Silkworm pour s'en convaincre. C'est une reconnaissance de son talent d'écrivaine, à sa plume qu'elle sait mettre au service de la littérature policière et jeunesse. 

Mais trêve de bavardage, il est temps de rentre dans le vif du sujet! 

Présentation de l'éditeur: Lorsque le célèbre mannequin Lula Landry est trouvée morte, défenestrée, dans un quartier chic londonien, l’affaire est vite classée. Suicide. Jusqu’au jour où John Bristow, le frère de la victime, frappe à la porte du détective privé Cormoran Strike. Cet ex-lieutenant de l’armée, revenu d’Afghanistan amputé d’une jambe, est au bout du rouleau : sa carrière de détective est au point mort et sa vie privée, un naufrage. Aidé par une jeune intérimaire finaude, virtuose de l’Internet, il reprend l’enquête. De boîtes de nuit branchées en palaces pour rock stars, Strike va passer de l’autre côté du miroir glamour de la mode et du people pour plonger dans un gouffre de secrets, de trahisons, et de vengeances.

Présentation de l'éditeur: Quand l’écrivain Owen Quine disparaît dans la nature, sa femme décide de faire appel au détective privé Cormoran Strike. Au début, pensant qu’il est simplement parti s’isoler quelques jours – comme cela lui est déjà arrivé par le passé –, elle ne demande à Strike qu’une seule chose : qu’il le retrouve et le lui ramène.
Mais, sitôt lancée l’enquête, Strike comprend que la disparition de Quine est bien plus inquiétante que ne le suppose sa femme. Le romancier vient en effet d’achever un manuscrit dans lequel il dresse le portrait au vitriol de presque toutes ses connaissances. Si ce texte venait à être publié, il ruinerait des vies entières. Nombreux sont ceux qui préféreraient voir Quine réduit au silence.
Lorsque ce dernier est retrouvé assassiné dans de mystérieuses circonstances, la course contre la montre est lancée. Pour mettre la main sur le meurtrier – un tueur impitoyable, tel qu’il n’en a encore jamais rencontré dans sa carrière –, Strike va devoir d’abord percer à jour ses motivations profondes. 

Je sais, il semble étonnant de vous parler des deux romans en même temps, cependant, au delà de leur intrigue, ils partagent des caractéristiques communes qui me semblent importantes de mettre en avant pour vous convaincre de découvrir les romans de Robert Galbraith / J. K. Rowling. Bien qu'ils ne révolutionnent pas le genre, ces deux romans sont la preuve que J.K. Rowling est une auteure efficace qui maîtrise parfaitement les codes du roman policier et surtout du Detective stories. Si vous aimez les romans d'Agatha Christie, vous allez aimer Robert Galbraith car on y retrouve tous ce qui fait le sel des romans de Lady Agatha. 

Cormoran Strike est un vétéran de la guerre d'Afghanistan, un colosse avec une jambe en moins qui le fait toujours souffrir. De plus, et pour ne rien arranger, il est le fils bâtard d'une star du rock qu'il n'a vu que deux fois dans sa vie. Cormoran ne manque pas de piquant! C'est un personnage immédiatement attachant en vérité. On se sent de connivence avec lui, avec ses difficultés notamment vis à vis de sa fiancée Charlotte à qui on aimerait casser les dents. C'est un homme méthodique et méticuleux qui reste un militaire malgré son nouveau métier de détective. 
Même s'il n'est pas Hercule Poirot, on sent bien des liens entre les deux, la façon qu'ils ont de sentir les évènements s'emboîter et de le faire sentir au lecteur sans que nous puissions comme eux faire le lien entre des indices plutôt évidents. 

À côté de Cormoran Strike, son assistante Robin a tout de la jeune fille dynamique digne des romans Christiens! En conflit avec son fiancé au sujet de son travail, j'ai trouvé le personnage très équilibré dans sa conquête, lente mais résolue, de son indépendance. Robin est efficace et elle forme avec Cormoran un couple déséquilibré mais génial. J'aime aussi le fait que Robin prenne de plus en plus d'importance et que leur relation s'équilibre ou du moins tend à s'équilibrer à la fin du deuxième tome. 

J'admire le talent de J.K. Rowling pour les intrigues policières. Elle le démontrait déjà dans Harry Potter cela dit. Elle a un véritable don pour emmêler les fils et multiplier les fausses pistes. The Cuckoo's calling aborde le milieu de la mode et la surexposition médiatique tandis que The Silkworm celui du monde littéraire britannique. Plus encore que de simples univers, J.K. Rowling offre à travers de "simples" intrigues policières une véritable critique de la société britannique en même temps qu'une peinture de celle-ci. Impossible de ne pas sentir que nous sommes à Londres et que l'auteure nous parle de cette société qu'elle connait bien. 

De la même façon, on retrouve la plume de la maman d'Harry Potter, son ton et son ironie mordante qu'on adore. Elle n'a rien perdu de sa verve.

The Cuckoo's calling et The Silkworm, en plus d'être deux romans policiers d'excellentes factures avec de bons rebondissements, de la surprise et deux personnages principaux attachants, sont une photo de la société et une critique vive de la surmédiatisation, du monde de la mode et de la compétition acharnée que se livre les auteurs en mal de reconnaissance.

Deux romans que je conseille donc, à tous les amoureux des Detective stories.

lundi 3 novembre 2014

Monotropa uniflora - Les Brumes de Grandville #1 - Gwendoline Finaz de Villaine


SOUS LE CHARME, CATÉGORIE COUP DE POUCE

Présentation de l'éditeur: Peut-on tomber amoureuse dune simple voix, d'un esprit, sans y perdre son âme ? 
1919. Au lendemain de la première guerre mondiale, Apollonie devient professeur de musique. Belle, libre et déterminée, la jeune orpheline découvre la vie au château de Grandville. Elle ne tarde pas à faire la connaissance du fils de la Comtesse, le magnétique et mystérieux Hector, dont la beauté na d'égale que le cynisme. Apollonie, encore troublée par cette rencontre, tombe sous le charme indécent d'une voix mystérieuse sortie des ombres.
« J'étais en présence d'un esprit authentique. Un spectre. Je ne pouvais pas le voir, mais je l'entendais parfaitement. Et le pire, dans toute cette histoire, c'est qu'il était doté dune voix déroutante. Son timbre possédait une douceur étrange, mêlée d'accentuations rauques, presque envoûtantes. » 

Un roman, c'est comme un chaton: parfois on craque pour l'un d'entre eux. Ce n'est peut-être pas le plus beau ou le plus parfait des chatons mais on craque pour lui quand même. C'est ce qui m'est arrivé avec Les brumes de Grandville

J'étais déjà convaincue par le pitch de départ vous me direz: un upstairs-downstairs dans les années 20, une histoire d'amour, un fantôme, je ne pouvais décemment pas passer à côté. Je ne regrette pas mon pari.

Nous allons commencer avec les choses qui fâchent, nous en serons débarrassés et ça nous permettra de nous concentrer sur l'essentiel. Les Brumes de Grandville est un premier roman...et ça se sent. C'est sans doute le plus gros défaut de ce roman: le style. Gwendoline Finaz de Villaine fait beaucoup d'effort mais parfois les phrases sont un peu trop simple quand la synthaxe n'est pas étrange. Les premières pages souffrent un peu de ce style simple mais il s'améliore avec le temps. Il y a également le fait que Les Brumes de Grandville est écrit à la première personne. C'est, de mon point de vue, l'un des choix les plus difficiles à assumer surtout dans une histoire d'amour. Si on se permettait d'écouter nos pensées, on se rendrait compte qu'on a tous et toutes des instants globalement cucu mais il est vrai qu'à l'écrit ça passe moins bien. Après, ne jetons pas bébé avec l'eau du bain. C'est un premier roman et l'auteure ne peut que s'améliorer. Si elle ne maîtrise pas un style très littéraire, elle a le mérite de tenter certains paris stylistiques qui sont tout à son honneur.
J'ai lu sur d'autres blogs que les phrases en patois normand avait beaucoup gêné la lecture, ce n'est pas mon cas. Au contraire je trouve ces détails très intéressants car cela permet d'ancrer le récit dans son époque autant que dans son milieu géographique: la Normandie des années 20. C'est justement le genre de paris qui font des Brumes de Grandville un assez bon premier roman. Malgré ce défaut il n'en est pas moins prometteur.

Si Gwendoline Finaz de Villaine n'écrit pas encore comme Proust - est-ce à souhaiter d'ailleurs? - elle a au moins le grand mérite de créer une véritable ambiance. Une fois plongé dans le roman, on ne peut pas le lâcher ni se défaire de son ambiance. Une de mes collègues l'a lu également et a trouvé qu'il y avait cette même ambiance. Pour le coup, cette collègue - aussi spécialiste jeunesse - a tendance a préférer les romans destinés aux garçons et elle ne lit pas de romance mais là elle a accroché en disant "je me suis sentie tellement bien après la lecture que je le recommande". J'étais secrètement ravie du pouvoir de la romance: NON ce n'est pas une littérature nulle! Bref, je m'égare. Les Brumes de Grandville sait placer une vraie ambiance qui lui est propre. On sent immédiatement le côté upstairs-downstairs ce qui est agréable car c'est un genre qui manque beaucoup dans la littérature française et le fantastique qui se rajoute ensuite apporte une petite touche bienvenue. Je n'ai pas été surprise par le tournant fantastique du récit parce que je savais qu'il y a avait un fantôme cependant c'est vrai qu'il aurait peut-être failli mettre un ou deux évènements annonciateurs de ce twist. 

J'ai bien aimé les personnages, Apollonie est une jeune fille agréable. Elle est assez vive, touchante, même si elle se montre parfois un peu naïve. Il ne faudrait tout de même pas oublier qu'elle sort à peine du couvent et qu'elle ne peut pas, non plus, avoir des attitudes qui ne correspondent pas à son éducation. Hector est un être assez désagréable, comme ses soeurs qui sont d'horribles pimbêches. La maman échappe à ce côté affreux, c'est une femme agréable, une douce maîtresse de maison. Quant au fantôme je l'ai trouvé touchant et j'avais assez hâte qu'il vienne voir Apollonie. Je trouve que l'auteure réussit à éviter la caricature et à être mesurée avec ses personnages. Les filles sont vilaines certes mais pas non plus des garces finies et leur mère ne se révèle pas être un tyran comme on aurait pu s'y attendre. Il y a des rumeurs, de mauvaises actions mais aussi pas mal de positif pour contrebalancer tout ça. J'ai apprécié cette pondération.

L'intrigue est très agréable, on se laisse porter par l'histoire. Même si certains rebondissements semblent cousus de fils blancs,  il n'en reste pas moins qu'il y a d'excellentes idées qui nous tiennent en haleine. De sorte qu'on oublie que Les Brumes de Grandville est un premier tome! J'étais tellement accrochée que j'aurai embrayé sur la suite sans problème, je suis sur les dents! Gwendoline Finaz de Villaine réussit quelque chose de rare dans les séries: le renouvellement complet. La fin du premier tome nous donne à penser que la suite va prendre un autre tour et je suis pressée de savoir lequel!

Et puis...et puis...Les Brumes de Grandville est une pré-romance! Je m'explique: il est étiqueté à partir de 13 ans et honnêtement à part une scène un peu "chaude" de baiser passionné - pas d'excitation on est loin d'un Aventure et Passion - il n'y a rien qu'une enfant de 13 ans qui a déjà lu Nos étoiles contraires ne puisse lire. C'est pour moi une excellente initiation à ce genre pour les plus jeunes avant la plongée dans les Aventures et passion de maman, mamie, tata etc dès nos 15 printemps. Vous le savez, la romance j'aime et là j'adhère!

Pour finir, ce roman est aussi un roman marqué par la musique, amours premières de l'auteure. Je regrette qu'elle n'ait pas plus appuyé sur ce thème qui aurait pu véritablement soutenir la narration. Espérons qu'elle le fera pour la suite!

Voila, nous arrivons à la fin de cette chronique et il faut récapituler: Les Brumes de Grandville n'est certes pas un roman parfait mais il a su me toucher notamment par son intrigue et son audace. Je ne peux que le recommander, il faut soutenir les premiers romans et les petites maisons d'éditions comme l'est B. édition.
Sinon, un clip vidéo est disponible - j'avoue je suis moins fan - et une communauté s'est créée sur Facebook à propos du roman.

Et si vous vous demandez à quoi ressemble une Monotropa Uniflora, voila la réponse (jolie trouvaille d'ailleurs):

vendredi 31 octobre 2014

Vous parler de ça - Laurie Halse Anderson


ROMAN COUP DE POING!!!

Présentation de l'éditeur: Melinda Sordino ne trouve plus les mots. Ou plus exactement, ils s'étranglent avant d'atteindre ses lèvres. Sa gorge se visse dans l'étau d'un secret et il ne lui reste que ces pages pour vous parler de ça. Se coupant du monde, elle se voit repoussé progressivement par les élèves, les professeurs, ses amis et même ses parents. Elle fait l'expérience intime de la plus grande des injustices: devenir un paria parce que ceux dont elle aurait trop besoin pensent que le mal-être, c'est trop compliqué, contagieux, pas fun. Melinda va livrer une longue et courageuse bataille, contre la peur, le rejet, contre elle-même et le monstre qui rôde dans les couloirs du lycée. 

Premièrement, ne cherchez pas à en savoir plus sur l'intrigue de ce livre. Même si on devine assez rapidement le problème dont souffre Melinda et l'expérience traumatisante qu'elle a vécu, le savoir avant que les mots lui viennent, est un peu comme lui manquer de respect. Il faut laisser au roman le soin de se dérouler, de se dévoiler lentement, de la même façon que Melinda nous dévoile peu à peu son mal-être et les angoisses qui la ronge. 

Le roman de Laurie Halse Anderson, qui n'est pas une nouveauté il est sorti aux États-Unis il y a un moment maintenant, est la troisième publication des éditions de La belle colère et je dois admettre que cette maison d'édition a des bollocks grosses comme ça! (si si). Après Dieu me déteste sur des adolescents en phase terminale de cancer (qui n'a rien à voir avec Nos étoiles contraires) et le plus léger La ballade d'Hester Day sur le passage de l'adolescence à l'âge adulte, ce troisième opus est un coup de boule in da face!

Non parce que tout de même, s'enquiller dans la même année, les adolescents mourants et le traumatisme de Melinda, c'est un défi qui n'était pas le plus simple à relever. Dans sa forme, comme pour les romans précédents, ce livre penche nettement du côté adolescent de la littérature: une narration à la première personne agrémentée parfois de formes orales, une héroïne de 16 ans et un cadre lycéen très fort. Cependant, ce serait une erreur de le cantonner uniquement aux adolescents et jeunes adultes car il traite d'un problème autrement plus grave qui mérite d'être abordé par tous. Rien à voir ici avec un "simple" mal-être adolescent mais d'un problème hautement plus grave qui mérite l'attention de tous. [Je mets "simple" entre guillemets, vous comprendrez bien que je différencie ce qui peut être lié à l'adolescence comme l'éveil de la sexualité par exemple de ce qui n'est pas lié, comme ce qui est arrivé à Melinda]. D'ailleurs, la somatisation de l'évènement par la perte progressive de la parole est à la fois très symptomatique du problème de Melinda qui n'arrive pas à dire, à extérioriser ce qu'elle a vécu mais également une excellente trouvaille littéraire car l'écrit redonne sa voix à Melinda. 

Sans jamais être pathétique ni caricatural - et je remercie infiniment La belle colère pour le choix toujours aussi judicieux de ses textes - nous assistons à la descente aux Enfers de cette adolescente, mise au banc de la société qu'elle fréquente, jusqu'à ses propres parents. Personne ne semble comprendre sa soudaine prise de poids, son mutisme ni le décrochage scolaire dont elle souffre...jusqu'à ce que...quelques mains se tendent et que la parole enfin se libère. 

Vous parler de ça est non seulement un récit sur un crime qu'il faut réussir à bannir et à condamner mais aussi un sublime parcours initiatique qui redonne la voix à celles et ceux qui l'on perdu. J'ai compris dès les premières pages ce qui était arrivé à Melinda mais ça ne m'a pas empêchée d'être à la fois horrifiée par la situation et sincèrement émue par le dénouement - de la parole et de l'intrigue. 

On ne peut pas ne pas être du côté de Melinda car elle nous apparait dans toute sa vérité. C'est l'indéniable avantage du lecteur sur le reste des protagonistes de cette intrigue: nous savons, nous ne pouvons remettre le malaise et les terreurs de cette jeune fille en doute et nous ne pouvons pas nous taire. Laurie Halse Anderson nous offre un roman poignant et d'une force énorme sous des apparences très modeste. Même si vous sortez secoués de cette lecture, vous vous apercevrez qu'on en retire beaucoup. 

UN MUST READ.