jeudi 9 janvier 2014

Dune de David Lynch (1984) où "Le problème de la bonne adaptation"


Résumé: En l’an 10191 AG (Après la Guilde), une seule substance permet de voyager dans l’espace : l’Épice. Cette substance, la plus convoitée de l’univers, ne se trouve que sur la seule planète Arrakis, aussi appelée Dune, planète aride et hostile, couverte de sable. Le Duc Leto Atréides remplace ses ennemis, les Harkonnens, à la tête du fief d’Arrakis, et part s’y installer avec sa concubine Jessica et son fils Paul. Les membres de la Maison Atréides pressentent un piège, tendu par le baron Harkonnen, mais ils doivent obéir à la volonté de l’Empereur. Peu après leur installation sur Dune, les Atréides sont trahis par le médecin personnel du Duc Leto et décimés par une attaque conjointe des forces Harkonnen et des troupes de l’Empereur. Paul et sa mère parviennent à fuir et se retrouvent seuls survivants de la famille Atréides. Perdus en plein désert, ils y rencontrent les Fremen, peuple indigène d’Arrakis et véritables maîtres du désert. Les Fremen attendent la venue d’un Messie qui les délivrera. Se pourrait-il que ce soit Paul ? (source)

Chronique un peu spéciale aujourd'hui car je vais autant m'intéresser au film Dune qu'à la réflexion que j'en ai tiré. Oui aujourd'hui, on se triture les méninges dans le Terrier!

Pour ceux qui n'aurait jamais vu ce film culte de la SF, Dune, sorti en 1984, est l'adaptation du premier tome de la saga de Frank Herbert publiée entre 1965 et 1985. Le Cycle de Dune est une œuvre complexe et dense qui mêle philosophie, théologie et réflexion sur le genre humain. Bref, ça poutre les amis.

Si vous suivez un peu la page Facebook du blog vous savez que j'adore les chronique du Fossoyeur de films (et maintenant de séries) et que je suis à 99% d'accord avec ses avis. Sa chronique sur Conan conjuguée à l'engouement de mon marin pour ce film ont réussi à me le faire voir et même plus, à l'apprécier alors que croyez-moi, ce n'était pas gagné d'avance. Avec Dune, je dois malheureusement déclarer forfait mais je comprends parfaitement ce qu'il aime dedans. Aussi je pense plus pertinent de vous mettre ici sa chronique complète, car il vous en apprendra plus que moins sur le parcours laborieux du film, ses différents montages et sur la saga de Frank Herbert. Si vous avez envie de découvrir l'univers des romans de Dune, le Fossoyeur, en passionné, vous incitera plus que le film à le découvrir.... 


... Ce qui ne va pas m'empêcher de vous donner ma version du Dune de Lynch (oui parce que balancer la chronique d'un autre à la place de la mienne, ça n'aurait pas été classe du tout...).

Soyons clair, je n'ai pas, mais alors pas du tout aimé. Croyez-moi ça me chagrine plus que n'importe qui d'autre parce que je suis une vraie fan de David Lynch. Si vous ne connaissez pas la série Twin Peaks, je vous conseille de vous jeter sur le magasin de DVD le plus proche - ou la DVDthèque municipale, celle de votre grand frère, petite soeur, whatever you want - et de combler cette lacune. Twin Peaks pour faire court - je suis sûre que j'y reviendrai - c'est un pur concentré de l'imaginaire de ce réalisateur azimuté, servi par un Kyle MacLachlan au menton proéminent et au cerveau à l'envers, le tout dans une micro bourgade des États-Unis. Une série psychédélique, bien ancrée dans son époque et qui pourtant fait mouche à chaque visionnage.

All right buddy!
C'est ça qui me chamboule le plus. Comment le réalisateur de Twin Peaks, Eraserhead ou encore Mulholland Drive a pu faire des choix scénaristiques et de mise en scène aussi tordus?

Avouez, elles sont grave flippantes non?
Le baron c'est le truc moche qui flotte là...
Parce qu'au fond, ne nous leurrons pas, ce n'est pas tant les choix esthétiques de David Lynch sur Dune qui ne fonctionnent pas que sa propre réalisation. Pourtant on aurait pu croire que l'esthétique de Lynch appliquée à Dune aurait été le coeur du problème vu le cinéaste... mais non. Ce qui veut déjà en dire long parce que vu la tronche des images, il y a de quoi s'inquiéter pour la suite. Des exemples? Les membres du Bene Gesserit ressemblent méchamment à des duègnes espagnoles du XVIe siècle en plus flippant, si si c'est possible (look left). Le baron Harkonnen ne ressemble lui à rien, à part à un corps grotesque en décomposition avancée (look right). Quant au gros vers sur Arrakis et bien...le vers de sable de Beetlejuice a juste l'air un peu moins toc. C'est dire. Parce que oui, finalement, cet esthétique de Lynch, à mille lieues de celle du roman - si j'en crois les spécialistes - n'est pas ce que je reproche au réalisateur au contraire. Pour le coup il fait preuve d'une véritable originalité en plus d'une prise de risque bienvenue. En prenant le roman à bras le corps et en lui imposant, parfois de force, une vision bien à lui, David Lynch produit finalement une oeuvre dont on sent pleinement qu'elle est sienne. Et ça...c'est le bien. Attention, cela peut tout à fait déplaire, il ne s'agit pas d'aimer aveuglément une adaptation sous prétexte que l'esthétique est celle d'un réalisateur bien distinct du reste de ses collègues et chacun à le droit d'adhérer ou non à une vision artistique. Appropriation ou non, le film peut quand même se viander gentiment comme c'est le cas ici.

En effet, Dune se perd dans les méandres de sa propre narration. Le problème majeur tient au fait que si vous n'avez pas lu le Cycle de Dune avant de découvrir le film, vous ne pigez rien du tout. L'univers complexe des romans ne parvient jamais entièrement à être traduit dans le film. Je vous avoue maintenant quelque chose: je n'ai jamais lu cette saga. Heureusement pour moi, j'ai visionné le film auprès de quelqu'un qui, contrairement à moi, est complètement fan de l'univers original et qui m'a aidé à décrypter certains morceaux de film qui restaient pour moi complètement obscurs. C'est un défaut incommensurable de ne pas faire rentrer le néophyte de l'univers Dune dans le film - Le marin me signale que pour ceux qui connaisse l'univers c'est peut-être l'esthétique qui du coup empêche de rentrer à fond dedans. Comme quoi, personne n'est jamais content!
J'admets que l'univers de Dune est horriblement dense et que le traduire à l'écran peut s'avérer difficile mais je persiste à penser que plus une œuvre littéraire est dense et complexe, plus la réalisation doit être rythmée et simple afin d'aller au but, tout en se permettant de construire les décors et les ambiances par une foultitude de détails en arrière-plan, appréciables par les fans d'abord et au deuxième voire troisième visionnage ensuite. Or ici, Lynch superpose à une histoire à plusieurs niveaux d'interprétations, une réalisation complexe qui tombe à plat.

De plus, voir David Lynch se prendre les pieds dans la gamelle de la première règle du cinéma me fait mal aux tripes. S'il y a une leçon a retenir du média cinématographique c'est bien la loi du "si tu veux parler de quelque chose, montre le". Or ici, en plus d'afficher une réalisation molle et lente, David Lynch retranscrit littéralement des phrases du roman en les faisant passer par les pensées des personnages. Voir Max von Sydow regarder Kyle MacLachlan et penser pour le spectateur "ce jeune homme fera un excellent dirigeant", sorry mais je m'en fracking tamponne. L'effet est encore plus grotesque lorsque Paul et sa mère sont attaqués par des mercenaires et que durant toute la scène nous avons le droit à l'intégralité des pensées de Jessica Atréides (Francesca Annis) qui semble contempler la scène de l'extérieur...alors qu'elle se fait agresser. Flippant? oui. Hors de propos? Carrément. Ce genre de choix de mise en scène me fait sortir de mes gonds et du film. Je comprends pourquoi David Lynch a tenté cette approche. Par les pensées des personnages il s'agissait sans doute de mieux les caractériser mais aussi de rajouter de la densité au monde représenté et nous faire comprendre quelques ressorts narratifs de Dune, le livre. Seulement voila, cela contrevient en beauté à cette première règle du cinéma et du coup l'effet tombe à plat. Je n'ai pas besoin de Max von Sydow pour comprendre que Paul Atréides est le héros et encore moins que l'on m'en rajoute une couche avec les pensées béates de sa mère. Je préfère nettement voir la caméra se concentrer sur le personnage qui a ce moment précis du film utilise "La voix", élément narratif majeur de la première partie du film. Si encore il n'y avait que ces deux exemples précis, je laisserai facilement couler. Après tout, une petite entorse à cette règle permet parfois d'apporter un peu de fluidité au récit or dans Dune cette "technique" est présente tout le long du film et avec plusieurs personnages. Cela ne fait que rajouter de la lenteur à la réalisation en plus de donner l'impression que David Lynch ne sait pas quoi faire de sa caméra.

On ne va pas charger la mule plus longtemps - que les fans de Dune se rassurent - il me reste un dernier point à aborder: les effets spéciaux. Une chose est claire: le film m'a fait saigner la rétine. Les effets spéciaux, notamment ceux des combats, sont une véritable horreur visuelle. Les boucliers de protection lors des combat font grossiers et même carrément ridicules.

Oui c'est ça les boucliers de protection...
Oui mais Persie t'exagères, le film date de 1984, tu ne peux pas attendre les prouesses de Gravity sur Dune....
Je suis peut-être un peu dure mais....
Oui merci Phoenix...
JURISPRUDENCE Star Wars les amis! Je suis désolée de jouer cette carte là mais le premier Star Wars remonte à 1977 et on avait le droit à des batailles de vaisseaux spatiaux... Je ne suis pas la plus grande fan de Star Wars au monde mais il faut admettre que les trois films (on ne va pas parler des autres n'est-ce pas?) ont bien vieilli, indépendamment des remasterisations parfois catastrophiques de Lucas. Je persiste à penser qu'il aurait dû s'apercevoir du "too much" et que par principe, lorsque cela risque de faire moche, mieux vaut s'abstenir...Je suis sûre que même en 1984 cet effet était déjà hideux.

Vous l'aurez compris, je trouve le film inregardable pour des néophytes de Dune et je remercie les Lords of Kobol de me l'avoir fait regarder en compagnie de mon marin fan de la saga de Frank Herbert, qui m'a répété tout le long du visionnage: "non mais je te jure les livres sont vraiment géniaux". Autrement, je ne suis pas sûre de vouloir toujours découvrir Arrakis, l'Epice et Paul Atréides. Il ne fait aucun doute que le Fossoyeur ne sera pas d'accord avec moi, mais je pense tout de même profondément et honnêtement qu'il faut avoir découvert Dune jeune et connaître l'univers du roman pour apprécier la version de Lynch.

Ne jetons quand même pas la pierre trop vite à ce pauvre David car le "ratage" que constitue pour moi Dune n'est pas entièrement la faute du réalisateur. C'est à partir de là que je me suis posée la question "Qu'est-ce qu'une bonne adaptation?". Après avoir pas mal cogité sur la réponse, ou les réponses, je vous livre quelques unes des pistes de réflexion. 

Une bonne adaptation est avant tout pour moi un film qui arrive à conserver l'essence du matériaux d'origine tout en étant le produit d'une création personnelle d'un•e réalisateur/trice.

Je m'explique. Une bonne adaptation ce n'est pas, comme on le pense souvent, un respect sacré du livre dont il est issu, en adaptant aveuglement 100% des scènes et sous-intrigue du roman en question. Cette mise en image d'un roman n'a aucun fracking intérêt whatsoever. Si l'intention première est de retrouver l'expérience vécue par la lecture du livre: relisez le livre.
Pourquoi? D'une part parce qu'aucun film ne sera jamais - sauf si vous êtes le réalisateur - le produit de ce que vous avez dans la tête. Il y a autant de versions d'une même histoire que de lecteurs. Jamais vous ne vous représenterez tel ou tel personnage de la même manière que votre voisin et c'est naturel puisque votre lecture est le produit de votre personnalité, votre vécu, votre culture et vos références culturelles ainsi que de vos précédentes lectures.
En second lieu et c'est sans doute le plus important, parce que le livre et le cinéma (ou la télévision puisqu'on parle ici d'un support visuel) sont deux médias différents, répondant à des codes et des styles de narration qui leur sont propres.Vous ne pouvez tout simplement pas transférer tel quel les codes du roman dans un film. Adaptation. Le mot est pourtant clair. Il s'agit de modifier le matériau d'origine afin d'en produire un film correspondant aux codes du genre. Pour autant, adapter, faire des coupes ici ou là pour faire rentrer un livre de 300 pages ou plus en un film de deux heures en moyenne n'est pas le seul élément permettant d'en faire une bonne adaptation.

Pour qu'une adaptation soit bonne, il faut également que le film soit le produit de l'imaginaire de son/a réalisateur/trice. En gros qu'il y ait une véritable intention artistique et une patte propre. L'équilibre est extrêmement dur à atteindre et peu - souvent - ne pas plaire car il est normal d'être apostrophé par la vision d'un•e autre sur un univers qui nous est propre ou familier. Cependant, c'est bien l'enjeu d'une adaptation correcte.

Pour bien comprendre ce que je veux dire, prenons quatre exemples. La Stratégie Ender, Hunger games 1, La dame en noir et Harry Potter et le Prisonnier d'Azkaban. Vous vous doutez bien que ces exemples ne sont pas pris au hasard et qu'il y a peut-être déjà une hiérarchie dans mon propos. Si vous pensez cela alors, félicitations nous sommes sur les mêmes ondes cosmiques, sinon, nevermind je vous aime quand même.

La stratégie Ender est le parfait exemple d'adaptation loupée. Loupée car non seulement elle ne sait jamais prendre corps, esthétiquement très jolie mais narrativement vide, elle échoue aussi à faire un véritable travail d'adaptation. Comme le soulignait La Dame, non seulement elle vide le roman de sa substance et de son sens - crime impardonnable - mais le réalisateur se montre également incapable de se décoller de son matériaux d'origine. Alors qu'il s'agissait justement via la caméra de montrer ce qu'élude le roman, le réalisateur reste désespérément collé au récit empêchant ainsi de donner vie aux autres acteurs qu'il dirige.

Hunger Games quant à lui ne souffre pas d'autant de défauts que la Stratégie Ender car il n'a pas lissé les propos du roman. Chez Ender, la violence finissait par être complètement éludée, à peine suggerée pour en faire un film familial. Dans Hunger Games au contraire, le récit est respecté, trop peut-être car ce qu'il manque à ce film, c'est une véritable audace, la marque d'un réalisateur qui, prenant le récit à bras le corps, s'en empare pour nous en donner sa vision quitte à modifier quelques éléments narratifs. Hunger games ne manque pas de plaire aux amateurs du roman, ce qui est parfaitement normal puisqu'il en offre un décalque sympathique mais bien en deçà de ce que l'on attendrait d'un film - il a au moins le mérite de révéler Jennifer Lawrence.
Que ce soit dans Hunger games ou dans Ender, l'ensemble manque d'une véritable interprétation. Agréable copié-collé pour l'un ou lissage total pour l'autre, ça n'en reste pas moins des adaptations qui faillissent à leur but, elles n'adaptent pas, elles transposent, tout en offrant des films grands spectacles plutôt sympathiques.

Avec La Dame en Noir (The Woman in Black) de la Hammer adapté du roman de Susan Hill, nous arrivons dans une autre problématique. Il est bien évident pour ceux qui ont lu le roman que l'intrigue offerte par le film s'en écarte, n'hésitant pas à transformer la fin par exemple en même temps que le contexte original. Pour autant, est-ce une mauvaise adaptation? Je ne pense pas. Elle fait sans aucun doute ce que dois faire une adaptation, transformer un média en un autre quitte à enfreindre certaines règles. La dame en noir est un roman gothique de fantômes. La Hammer, en utilisant les codes classiques de son cinéma s'en empare pour donner, non pas un copié-collé du livre, mais bien un film d'horreur qui rentre dans sa ligne de production. Tout comme la patte d'un réalisateur, c'est ici un style de narration qui s'empare du récit.

Pour terminer sur ce point, c'est évidemment Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban que je voudrais aborder. C'est un exemple qui ne manquera pas de vous sautez aux yeux. En effet, il est flagrant que ce troisième volet des aventures d'Harry Potter est bien la vision d'Alfonso Cuaron sur l'univers de J.K Rowling. Cependant, le réalisateur espagnol, s'il s'accapare le monde du sorcier à cicatrice, n'en respecte pas moins les personnages, l'intrigue et l'essence de ce que la saga veut transmettre. Chose intéressante avec Harry Potter, la saga a bénéficié de 4 regards différents pour 8 films. De l'adaptation de qualité de Colombus qui n'arrive jamais à dépasser le roman, à celle de Cuaron, tournant radical en passant par Newell et Yates, Harry Potter a eu le luxe de s'octroyer quatre visions différentes pour son univers.

Bon d'accord, prendre un livre, tordre ses codes pour les faire s'adapter à ceux du cinéma tout en ayant une vraie vision artistique d'un réalisateur unique, ça sonne déjà coton. Que dire des adaptations  d'univers géants comme Dune (oui encore lui), ou Le seigneur des anneaux?
C'est sûrement pour ça que je suis plus indulgente avec Lynch parce que le travail effectué est encore plus complexe que pour l'adaptation d'un seul roman.
En plus de devoir respecter l’œuvre d'origine et d'être unique, les adaptations de ces gros univers balancent souvent entre fan service ou lissage complet. En effet trouver l'équilibre entre plaire à la fois au fan de l'univers d'origine et permettre un accès facile aux néophytes ce qui peut rarement contenter tout le monde on est bien d'accord.

On peut reprocher beaucoup de choses à Jackson sur Le seigneur des anneaux et le Hobbit mais il faut reconnaitre qu'il arrive à être subtil sur ce point. Certes, il est fort probable que Jackson n'ait rien compris aux Elfes de Tolkien mais en revanche, il arrive à recréer l'ambiance et un monde visuel qui rend hommage à l'oeuvre de Tolkien. Ses entorses aux romans payent parfois ou échouent mais il garde néanmoins en tête ces différents paramètres.

Alors oui, une bonne adaptation - c'est-à-dire, une adaptation qui respecte les différents codes que nous venons d'évoquer - peut ne pas plaire tout simplement parce que la vision du réalisateur est trop différente de la nôtre ou que notre conception du roman et de ses enjeux diffère. A l'inverse une mauvaise adaptation peut faire un bon film, divertissant, que ce soit pour ceux qui connaissent le livre ou non. Au final, la part du subjectif reste encore ce qui définie notre goût pour le cinéma.

Et vous? Quels sont vos adaptations préférées et pour quelles raisons?
Aimez-vous Dune de Lynch? 

lundi 6 janvier 2014

Le duc de fer (The Iron Duke) - The Iron Seas #1 - Meljean Brook


COUP DE COEUR DE PERSEPHONE

Présentation de l'éditeur: Il a libéré l'Angleterre du joug de la Horde. Pour tous, il est le duc de Fer, héros craint et adulé. Pourtant, quand un homme assassiné est retrouvé chez lui, Rhys Trahaearn comprend que certains ne le craignent pas. A commencer par Mina Wentworth, chargée de l'enquête. Séduisante, mystérieuse... et très douée. La posséder devient bientôt l'unique quête de Rhys, alors qu'une conspiration menace l'Angleterre.

Cela faisait un moment que j'avais le tome 1 en ma possession mais comme d'habitude, too many books, too little time. Aussi, alors que je n'avais plus rien à lire - comprendre, j'avais des tonnes de livres mais envie de n'en lire aucun - j'ai exhumé de ma bibliothèque le premier tome de la série The Iron Seas de Meljean Brook (à noter que seul le tome 1 est pour le moment sorti en VF). Bien m'en à pris cher•e ami•e lecteur/trice car j'ai découvert un univers Steampunk vraiment bien conçu qui ravira les fans du genre.

J'ai douté au départ du bien fondé de la publication du Duc de Fer dans la collection Crépuscule de J'ai lu pour elle. En effet, à part un résumé vaguement "romance" le premier quart de l'intrigue n'avait rien de vraiment romance et j'étais plongé dans de la plus pure SF. Un petit tour sur le site internet de l'auteure m'a permis de vérifier qu'en effet, elle se considère comme une auteure de Steampunk et de Paranormal Romance et que la série des Iron seas fait effectivement parti de ces séries de paranormal romances avec moult petites novellas entre deux tomes: soit un univers complet à explorer. Chic chic chic.

J'ai donc plongé la tête la première dans l'Angleterre de Mina Wentworth. Je dois bien admettre que ce qui m'a séduite d'emblée, et qui reste ce que j'ai préféré dans ce premier tome, est bien entendu l'univers: riche, complexe et pensé, c'est finalement assez rare de trouver son égal, combiné à de la romance. La plupart du temps, le steampunk sert de joli verni à une autre histoire mais n'est jamais vraiment le thème ni le sujet principal du roman. J'ai beau adorer The Parasol Protectorate, l'univers développé par Gail Carriger reste néanmoins très XIXe siècle. Pas de quoi perturber le lecteur. Un joli enrobage steampunk, notamment au niveau des vêtements et de quelques armes, relève le tout mais ce n'est peut-être pas ce que l'on retient le plus à côté des loups-garous piquants et de l'héroïne et son ombrelle. Ici au contraire, l'univers est particulièrement bien travaillé. Le Steampunk représente la base même du récit. Tout l'outillage développé par le Forgeron - des yeux mécaniques aux objets pour des jeux érotiques en passant par les bras-pillons et les jambes haches - nous plonge dans un monde hybride où l'homme est allié à la mécanique, des "steamborg" qui ressemblent à leurs cousins cyborg - l'homme allié à la cybernétique - le numérique en moins. La présence des nanoagents utilisés pour contrôler les bogués mais servant aussi à soigner et réparer l'homme et la femme blessée ont une réelle importance, jusqu'aux petits détails qui font penser à l'épisode de Doctor Who: Are you my mommy?

A côté de l'attrait steampunk qu'a exercé sur moi The Iron Duke, j'ai été très agréablement surprise par la gestion de l'Histoire et du temps. Pour moi, il ne faisait aucun doute que le Steampunk ne pouvait que se placer dans une Angleterre victorienne, en pleine Révolution industrielle. Cependant, Meljean Brook brouille les pistes. Si nous sommes bien en Angleterre, l'époque victorienne est quant à elle, bien moins sûre. En retraçant l'Histoire des deux cent dernières années, on se rend compte que l'intrigue pourrait se placer aussi bien à la Renaissance qu'à notre époque. Si les vêtements portés par les personnages sont indubitablement XIXe siècle, on nous parle de Léonard de Vinci comme s'il venait juste de mourir. Les armes et technologies que possède l'inspectrice sonnent très XXIe siècle mais les mentions faites des Français font penser soit au XVIIe siècle - il y a un Colbert dont on ne sait pas s'il est lié au personnage historique ou non - soit au XVIIIe siècle notamment pour le côté colonies et antilles. Rajoutez à ça la mention d'un Cromwell parti aux Amériques et vous vous retrouvez avec un grand pot-pourri bien symapthique. J'ai vraiment trouvé ces détails surpuissants. Ils perdent le•a lecteur/trice dans ses repères temporelles pour créer un univers véritablement unique. Pas une simple uchronie mais bien un monde parallèle avec une évolution diablement différente. Dire que j'ai apprécié être trimballer comme ça est un euphémisme.

Le monde que nous offre Meljean Brook est donc riche et complexe mais aussi très sombre tout en sachant garder une part de magie: bateaux volants contre misères humaines, l'ensemble est mesuré et crédible et cela fait froid dans le dos.

Cet univers vraiment complet à bien des égards en perdront plus d'un je l'admets volontiers. Il est difficile d'y rentrer, de comprendre l'Histoire de ce monde perdu entre plus de quatre cent ans de notre propre Histoire et qui jongle avec le temps et la Science-fiction. Cependant, je pense qu'il vaut vraiment le détour ne serait-ce que pour le travail de l'auteure. Personnellement je suis tombée dedans et j'espère ardemment que les autres tomes seront eux-aussi bien inscrits dans cet univers et qu'ils permettront d'en apprendre encore plus. (Si vous voulez connaître l'Histoire de ce monde - sans spoiler - rendez-vous sous la bannière de spoiler, qui est un faux spoiler).

L'univers des Iron seas est rendu encore plus réel et crédible par l'écriture de Meljean Brook. Pour des novices en anglais je ne le conseille pas du tout en VO, elle est compliquée dans le bon sens du terme mais compliquée tout de même. Les phrases sont longues et riches d'adjectifs et d'adverbes. Meljean Brook ne fait pas dans la simplicité et son style et le monde qu'elle crée se renvoient l'un à l'autre. C'est aussi surprenant que la complexité de l'univers des Iron seas et c'est ce qui m'a vraiment plu. On reproche souvent à la romance une superficialité et une simplicité d'écriture qui la classe dans les romans de gare, ici, ce sont deux reproches qu'il est impossible de faire à The Iron Duke.

L'univers et le style ne sont pas tout, encore faudrait-il que l'intrigue générale et les personnages soient bons pour en faire un très bon livre. Les résumés ne donnent pas tellement d'indications quant à la teneur réelle de l'intrigue générale mais il s'agit bien d'une intrigue policière. Mina Wentworth, l'héroïne, est une inspectrice de la police londonienne en plus d'être la fille d'un noble. C'est elle qui est appelé chez le Duc d'Anglesey, Rhys Trahaearn, surnommé le Duc de Fer après qu'il ait réduit la Horde en miette en Angleterre en détruisant la Tour. Un complot à grande échelle se trame et implique jusqu'au sauveur de la nation. Entre pouvoirs politiques et magouilles de truands, Mina n'est pas au bout de ses peines. 

L'intrigue générale est très fortement liée au contexte global. Si je l'ai apprécié, j'imagine que les gens qui auront du mal à entrer dans l'univers de Meljean Brook devront prendre leur temps pour le lire et bien comprendre tous les retournements de situations. En plus de nous balader temporellement, l'auteure n'hésite pas à nous balader également géographiquement afin de mieux comprendre le monde de Mina et les différentes puissances en compétition. J'ai vraiment trouvé l'ensemble finement mené, pensé presque dans son intégralité. C'était très agréable de voir tout un monde se mettre en mouvement, un peu à la façon d'un Game of Thrones où il est capital de comprendre la politique globale de l'univers dans lequel on est plongé pour bien comprendre la trame générale. Les scènes d'action ne manquent pas et entre courses poursuites, explosions et abordages par des bateaux pirates, il y en a pour tous les goûts.

Fanart
Mina Wentworth est un personnage froid mais que l'on arrive à comprendre. C'est une force dont la dotée l'auteure. On comprend assez vite que la famille de Mina est une fierté pour la jeune femme mais aussi son plus gros soucis, d'où elle tire un caractère dur et déterminé. J'ai apprécié que la directrice de la police londonienne soit une femme et que sa meilleure inspectrice soit également une femme qui plus est métisse. En effet Mina est mi-mongole, mi-anglaise et sur ses traits se lisent ceux de l'occupant. Bien que noble, c'est une situation très difficile que vit la jeune femme. Heureusement elle peut compter sur le constable Newberry, grand gaillard roux et expat qui protège son inspectrice dans toutes ses missions. Débrouillarde, intelligente, courageuse, j'ai vraiment beaucoup aimé ce personnage. 
Je pensais aimer tout autant Rhys Trahaearn, le pirate et duc, grand gaillard graou dont je raffole habituellement mais finalement, l'effet est plus mitigé. J'ai aimé en revanche que Rhys soit un vrai pirate et pas une caricature comme on le voit souvent en romance - oui j'ai un titre en tête j'essaye de vous en reparler bientôt. Ce n'est pas le meilleur des gentlemen, il est macho comme il se doit, il n'hésite pas à exécuter ses hommes s'ils lui désobéissent mais il déteste l'esclavage et la torture ce qui donne un homme à multiples facettes avec une dureté qu'on a envie d'explorer. C'est étrange que je ne l'ai pas autant aimé que je le pensais parce qu'à part un côté macho qui sait être envahissant et étouffant par moment, je n'ai pas grand chose à lui reprocher. Mouais...si...son côté over-protecteur envers Mina par moment est juste insupportable.

On en vient donc au seul point noir de cette lecture: la romance elle-même. Si j'ai adoré le contexte, l'écriture de l'auteure et ses personnages (je n'ai pas parlé du meilleur ami de Rhys ou de Yasmeen la pirate ou encore d'Armichède Fox l'aventurier mais ils sont tous vraiment chouettes et j'ai hâte de les revoir), la romance m'a laissée de glace, sans doute parce qu'elle est déséquilibrée. Comprenez-moi, l'intrigue générale occupe les trois premiers quarts du roman et de ce fait, elle a le temps de se développer et de prendre sa juste place. La romance en revanche est esquissée très longtemps avec beaucoup d'hésitations et de balancements de la part de l'héroïne - hésitations justifiées cela dit, je ne râle donc pas - et pas mal de rentre-dedans assez agressif parfois de la part du héros. Sauf qu'arrivée au dernier quart j'ai eu soudainement l'impression que Meljean Brook s'était rendue compte que la romance avait été un peu délaissée et donc le ton change radicalement et nous virons cul par dessus tête dans une espèce d'orgie de scènes hot et de sentiments enflammés. Je n'y ai tout simplement pas cru. D'une part parce que je suis désolée mais Rhys m'a laissée de marbre, je l'ai trouvé parfois assez vulgaire dans sa façon de s'adresser à Mina et ça a le don de me faire sortir immédiatement du trip et d'autre part parce que les personnages sont tous les deux trop durs, avec trop de problèmes à surmonter pour que l'on croit à un revirement pareil. J'aurai préféré qu'ils se séduisent plus franchement tout au long du roman. L'épiphanie tombe comme un cheveu sur la soupe et les réticences de Mina sont balayées trop vite et bien maladroitement. La conséquence directe de cette reprise de l'importance de la romance sur le reste, est une fin d'intrigue policière assez bâclée. Je m'attendais à de grandes révélations sur la garde noire or là nous avons eu le droit a un gentil pétard mouillé balayé par les atermoiements intérieurs des deux héros qui rentrent en Angleterre. C'est franchement dommage car je suis sûre qu'il y avait moyen de bien concilier les deux. 

Ce bémol ne m'empêchera pas de lire la suite. Je veux revoir Archimède, héros du tome 2, et en apprendre plus sur cet univers vraiment très riche. 
Une romance en demi-teinte mais une superbe œuvre steampunk à dévorer immédiatement.

Voici les avis de Nanou (Serenity) sur le forum The Inn at Lambton et de Chi-Chi sur In need of prince charming.


Allez comme je suis sympa, je vais vous retracer un peu l'Histoire de ce monde pour que vous ne soyez pas perdu à la lecture. Il n'y a pas de vrai spoilers, ça vous permettra juste de vous repérer dans les méandres d'une histoire différente de la nôtre. 

Deux cents ans avant le début de cette histoire, l'Europe fut conquise par la Horde mongole qui cherchait à étendre sa domination sur le monde. L'Angleterre pensa pendant quelques temps échapper à ses invasions du fait de son caractère insulaire mais fut bientôt conquise elle-aussi par l'introduction de nanoagents cachés dans le sucre importé. Les nanoagents, robots microscopiques, s'introduisaient dans le corps des gens infectés que l'on appelle des bogués. S'ils avaient la vertu de renforcer les capacités physiques des individus et d'améliorer les conditions de guérison, lorsqu'ils étaient activés par ondes radios, ils permettaient le contrôle et/ou l'annihilation total des émotions et sentiments humains, faisant des bogués des esclaves dociles.

L'arrivée de la Horde bouleversa profondément la société européenne. Beaucoup de nobles s'enfuirent vers les Etats-Unis avant d'être contaminés et se font appeler des Expats. L'organisation du travail qui avaient réduit les bogués en esclavage, obligea les femmes à travailler et les mariages furent drastiquement réduits au sein des populations bogués, surtout pour les classes inférieures de la société. Afin de palier au manque de main-d’œuvre, la Horde organisa des Frénésies, sorte d'orgies collectives forcées. En manipulant les nanoagents des individus, ceux-ci étaient forcés contre leur gré à se livrer à ces débauches sexuelles. Il arrivait aussi parfois que des membres de la Horde participent à ses Frénésies, violant les femmes bogués et donnant naissance à des métisses. Les enfants issus de ces Frénésies étaient placés en crèches, lieux d'éducation collective pour une main-d’œuvre docile. Mina est le fruit d'une de ces Frénésies où sa mère fut violée par un ou plusieurs membre de la Horde donnant naissance à une petite fille d'apparence mongole. Ses parents étant nobles, ils firent des pieds et des mains pour la garder auprès d'eux plutôt que de l'abandonner en crèche. Rhys Trahaearn est aussi le fruit d'une Frénésie mais n'est pas métisse. 

Neuf ans avant le début de l'Histoire, Rhys Trahaearn, alors capitaine du vaisseau pirate La terreur de Marco, détruisit la Tour de la Horde qui servait d'émetteur radio activant les nanoagents. Les anglais bogués délivrés de la Horde et de son contrôle, mais conservant toujours le côté positif des nanoagents - force et auto-guérison - virent arriver de nombreux Expat, ravis de reprendre le contrôle de leurs terres et leurs places dans la société. Très puritain - Cromwell et ses partisans on fuit l'Angleterre au profit des Amériques - bon nombre d'entre eux viennent en Angleterre se faire infecter par les nanoagents pour guérir de maladies. D'autres en revanche, se montrent particulièrement condescendant face aux bogués et refusent d'être infectés. 

Rhys Trahaearn se vit offrir le titre de Duc ainsi qu'un magnifique domaine en récompense de ses loyaux service. Adulé par la population anglaise, il vit cependant comme un reclus, s'occupant avant tout de ses terres et de ses gens, comme il considère être son premier devoir.

La chute de la Horde en Angleterre permis la libération d'une partie de l'Europe à l'exception de certains territoires toujours contrôlés par celle-ci. La Horde n'a pas disparu, elle florit à l'Orient du monde et tente, via les zombies et la Garde Noire - une société secrète d'espions à son service - de reconquérir ses territoires perdus. Les zombies furent au départ créés par la Horde en punition de certaines rébellions françaises. Agissant comme une sorte de virus de rejet, les nanoagents sont infectés et ne peuvent se soigner, laissant les gens infectés dans un état de délabrement physique et moral dangereux où les émotions comme la colère et la haine sont exacerbés. Les gens mordus par un zombie deviennent peu à peu des zombies à leur tour. Si l'Angleterre s'est progressivement débarrassée de ses zombies, on en trouve encore en Europe et un trafic existe bel et bien.

Ajoutez à ça des kraken et des mégalodons dans les eaux de l'Atlantique, des ballons volants et des pirates de l'air et vous aurez The Iron Duke. 

mardi 17 décembre 2013

The Eyre Affair (L'affaire Jane Eyre) - Thursday Next #1 - Jasper Fforde

COUP DE COEUR DE PERSEPHONE

(Article bis après moult relectures)


Présentation de l'éditeur (modifiée): Dans le monde de Thursday Next, la littérature fait quasiment office de religion. A tel point qu'une brigade spéciale a dû être créée pour s'occuper d'affaires aussi essentielles que traquer les plagiats, découvrir la paternité des pièces de Shakespeare ou arrêter les revendeurs de faux manuscrits. Mais quand on a un père capable de traverser le temps et un oncle à l'origine des plus folles inventions, on a parfois envie d'un peu plus d'aventure. Après l'énorme fiasco de l'affaire Martin Chuzzlewit, manuscrit volé par Acheron Hadès (ancien professeur malfaisant de Thursday), elle décide de retourner à Swindon, sa ville natale, afin de prouver qu'Acheron Hadès sévit toujours et qu'il a en tête une proie bien plus importante que Martin Chuzzlewit. La littérature victorienne est menacée mais Thursday ne se laissera pas faire. 
 
Je ne fais pas souvent de second article après relecture mais étant donné que l'article sur Thursday Next faisait parti des premiers du blog, je pense que ce n'est pas si mal que ça de dépoussiérer cette chronique pour donner envie de relire la série ou de la découvrir. Il n'est jamais trop tard pour du Jasper Fforde!

Alors voilà, la double série des Thurday Next fait partie de ces livres doudous que j'adore relire une fois tous les un an et demi environs. L'affaire Jane Eyre, The Eyre affair donc, est le premier tome d'une série en 2 saisons et huit volumes, mettant en scène l'héroïne Thrusday Next (littéralement Jeudi Prochain... et oui il n'y pas que moi pour avoir un nom étrange). Je vous renvoie sur l'article consacré à Jasper Fforde pour le détail des livres parus.

Il est particulièrement difficile de catégoriser cette série tant elle mélange plusieurs courant de Science-Fiction. C'est sans aucun doute une uchronie pure puisque le monde dans lequel vit Thursday Next n'est pas historiquement semblable au notre. L'Angleterre et la Russie impériale poursuivent toujours la Guerre de Crimée en 1985, l'Angleterre est un état policier gouverné par le Groupe Goliath, une multinationale en armement à la morale douteuse, et le Pays de Galles est une nation socialiste indépendante (entre autre). La meilleure preuve de cette uchronie loufoque tient bien sûr dans le père de Thursday, Mr. Next, ex-agent de la chronogarde en fuite poursuivi par Lavoisier son ancien coéquipier. Mr. Next voyage dans le temps et gère les anomalies. Pour les gens férus d'Histoire, c'est très drôle de voir les modifications historiques que plantent Jasper Fforde. Entre les révisionnistes français qui font tuer Nelson et Wellington, s'en prennent à Churchill ou la banane qui n'est pas introduite en Europe, notre Histoire en prend un coup. Le père de Thursday vient la voir de temps en temps - parfois au bon moment - afin de lui poser toutes sortes de questions qui nous paraissent tout à fait saugrenues! Ce sont toujours de petits interludes très drôles qui égayent le récit. C'est également de la light fantasy assumée. Entre les multiples bizarreries du récit et les gens qui peuvent rentrer dans les livres ou en sortir, le monde de Thursday est décidément un endroit bien sympathique que j'aimerai visiter.

A côté de cette uchronie, c'est l'attachement à la littérature et l'importance qu'il donne à celle-ci qui m'a véritablement séduite. Le roman est bourré de clins d’œil à la littérature classique anglaise - les tomes suivants exploreront la même veine tout en élargissant les anecdotes aux littératures étrangères - qui ne manqueront pas de ravir les passionnés du genre. Entre les jeux de mots - le biographe de Thursday Next s'appelle Millon de Floss en référence au roman de George Eliot - et les références sur les différents romans du XIXe siècle, il y a de quoi passer un excellent moment. Bien évidemment, si vous n'êtes pas un passionné de littérature anglaise, j'ai bien peur que L'affaire Jane Eyre ne perde un peu de son intérêt puisque l'intégralité de l'intrigue est basé sur Dickens et Charlotte Brontë. En effet, il est à mon avis important de bien connaître Jane Eyre pour apprécier à sa juste mesure le dernier tier du roman. Sans connaître l'histoire, on passe à mon sens à côté des modifications géniales qu'en fait Jasper Fforde. C'est ce que j'aime beaucoup dans cette série, la manipulation des textes connus pour les faire entrer dans ses intrigues. C'est souvent génial et toujours inattendu.

Si l'uchronie et la littérature ne sont pas assez convaincants, le personnage de Thursday Next pourra s'en charger. Thursday a 36 ans, elle est célibataire, possède Pickwick, un dodo en kit, est une vétérante de la Guerre de Crimée et détective littéraire à Londres dans la brigade des SpecOps (SO-27). Tout irait plutôt bien dans sa vie si Achéron Hades (chez lui aussi toute les enfants portent le nom des fleuves de l'enfer grec...la vie est dure) un de ses anciens professeurs de Fac et troisième plus grand criminel mondial, ne cherchait pas un moyen diabolique pour détruire la littérature. C'est un personnage que j'adore parce que c'est une vraie femme forte, une badass mais sans jamais tomber dans les travers du genre. Elle a mené plusieurs vies avant d'atterrir au SpecOp à Swindon. Ses dilemmes entre sa loyauté pour son frère Anton Next et son amour pour Landen Parke-Laine sont toujours bien dosés. Thursday est forte même si elle s'autorise quelques moments de mélancolie, elle est efficace et terriblement attachante. Je l'adore! C'est rare que des auteurs arrivent à créer en personnage principal des héroïnes fortes sans tomber dans quelques clichés que ce soit. Thursday est de ce point de vue vraiment bien pensée, elle arrive à concilier toutes les facettes de sa personnalité avec beaucoup de naturel. Sans aucun doute Thursday Next fait parti de mes héroïnes préférées.

Acheron Hadès est un méchant tout à fait à la hauteur. Même si dans ce premier tome on se doute qu'il ne va rien arriver de grave à l'héroïne, on sent tout de même le potentiel monstrueux d'Hadès. Un peu comme le joker de Nolan, c'est un fou qui aime faire le mal pour le mal et qui se sert de son Q.I. disproportionné à des fins néfastes. Il possède aussi quelques pouvoirs surnaturels qui ne paraissent pas complètement incongrus. Une fois le coté Fantasy-Sciences-Fiction intégré, le personnage d'Hadès reste cohérent avec lui-même du début jusqu'à la fin. 

Alors, récapitulons: uchronie + Littérature au rang de religion + une héroïne qui déchire + un bon méchant = Excellent livre et il y a même des petits bonus!
Tout au long du roman, la question de la véritable identité de Shakespeare est posée à Thursday par plusieurs interlocuteurs ayant chacun une théorie différente pour une conclusion pas piquée des vers! 
La représentation de la pièce de Richard III à Swindon est un régal pour les amateurs de Shakespeare qui regretteront sans doute comme moi de ne pas pouvoir y assister vraiment!

Pour finir, j'aimerai faire remarquer que Jasper Fforde est aussi très fort pour faire communiquer ses différentes séries entre elles. Ainsi dans ce premier tome de Thursday Next, vous aurez le droit à un morceau du tome 4 (oui madame, oui monsieur) ainsi qu'un petit clin d'oeil à sa série The Last Dragonslayer (Jennifer Strange en VF) avec un petit quarkbeast qui vient se faire cataloguer. Lorsque comme moi vous avez pratiquement tout lu ce que Jasper Fforde a écrit, vous ne pouvez manquer de sourire à l'interconnexion de ses univers complètement barrés!

Que dire de plus sur Thursday? Hormis un "lisez-le" farouche, je ne saurais pas quoi ajouter d'autre que mon virulent exposé ci-dessus. C'est mortellement drôle, bien écrit et surtout plein de génie car bien manier l'uchronie n'est pas chose aisée. Pour tous ceux qui aiment la littérature anglaise Thursday Next est une série à ne pas manquer, et pour les autres un moyen de la découvrir de façon tout à fait ludique, moderne et carrément loufoque.

lundi 16 décembre 2013

Le Mange-Doudous - Julien Béziat

COUP DE COEUR DE PERSEPHONE


Présentation de l'éditeur: L’autre jour, un truc terrible est arrivé à mes doudous. Ça s’est passé quand j’étais à l’école, c’est Berk mon canard qui me l’a raconté. Une espèce de patate molle est entrée dans la chambre. Personne n’y a fait attention. Et puis… GLOUP ! elle a avalé Lapinot ! Et elle a pris la forme de Lapinot ! Tous mes doudous l’ont observée et ils ont compris: c’était un Mange-doudous! À partir de ce moment-là, ça a été l’affolement général.

J'achète très peu d'albums, déjà parce que je n'ai pas de petits dans mon entourage (les plus jeunes ont 13 et 14 ans et si je les appelle les petits, ça va bouder sévère) et parce que forcément du coup pour moi-même, il faut avouer que je suis plutôt BD si je veux lire avec des images (non je ne compare pas les albums des tous petits et la BD, ne faites pas semblant de ne pas avoir compris!). Cependant, car il faut bien des cependant, après avoir entendu parler 4 ou 5 fois du Mange-Doudous (télé, radio, journaux, ce fut une véritable conspiration), j'avoue j'ai craqué et je suis allée tout spécialement en librairie me procurer cet affreux jojo. Bon j'admets, j'en ai profité pour trouvé un Blaise le poussin masqué mais là n'est pas la question (oui j'ai plus de 4 ans, je sais, merci bien!).

J'ai déjà craqué pour le titre: Le Mange-Doudous. Ça peut sembler barbare mais j'adore ce genre de titre, ça donne envie de retomber en enfance, de se rouler dans une couverture et d'attendre sagement un biberon de lait au miel fait maison.
Autant dire que je ne me suis pas trompée avec cette histoire de mange-doudous, de panique à bord et de sauvetage intempestif tout ça pour finir joyeusement sur une corde à linge. 
Illustration extraite de l'album LE MANGE-DOUDOUS de Julien Béziat
©
Pastel, 2013
L'histoire est extrêmement mignonne et ravira les plus petits. Parce un mange-doudous s'est glissé dans sa chambre, il s'agit pour les doudous encore en vie de se sortir de se pétrin mais comment faire? La morale de l'histoire est tout à fait sympathique: c'est le doudou préféré qui parvient à sauver tous les autres parce que c'est un kipu! 

Vous ne connaissez pas les kipu? Mais si! Tout le monde a eu un kipu. Un Kipu, c'est le doudou que tu n'arrives JAMAIS, je dis bien JAMAIS (même en cas d'attaque zombie, quoique je ne vois pas trop l'importance de laver un doudou quand il y a une attaque de zombie mais on ne sait jamais) à laver. Impossible. Le kipu est toujours sale/décoloré/machouillé/atchoumé dessus etc. 

C'est le doudou "qui me console quand je suis triste, essuie mes larmes et mon nez qui coule. Quand je suis malade, je le serre fort contre moi, et quand je m'endors, je suçote un coin de son bonnet. Je ne m'en sépare jamais, mes parents ne peuvent même pas le laver....j'aime bien son odeur de vieille bave" chose qui plait beaucoup moins au Mange-doudous du coup. 
Illustration extraite de l'album LE MANGE-DOUDOUS de Julien Béziat
©
Pastel, 2013
Dans cette planche par exemple, non seulement c'est très drôle de chercher les doudous "bien" cachés mais j'ai aussi adoré les deux références à deux autres grands noms de l’École des Loisirs: Mario Ramos et Tomi Ungerer (lisez les Trois brigands!).

Un album adorable avec des dessins touchants, une histoire très rigolote pour un gros coup de cœur qui me fait regretter d'être "une vieille".

Illustration extraite de l'album LE MANGE-DOUDOUS de Julien Béziat
©
Pastel, 2013

mercredi 11 décembre 2013

La stratégie Ender (2013) - Spoilers


Résumé: Dans un futur proche, une espèce extraterrestre hostile, les Doryphores, ont attaqué la Terre. Sans l’héroïsme de Mazer Rackham, le commandant de la Flotte Internationale, le combat aurait été perdu. Depuis, le très respecté colonel Graff et les forces militaires terriennes entraînent les meilleurs jeunes esprits pour former des officiers émérites et découvrir dans leurs rangs celui qui pourra contrer la prochaine attaque. Ender Wiggin, un garçon timide mais doté d’une exceptionnelle intelligence tactique, est sélectionné pour rejoindre l’élite. A l’académie, Ender apprend rapidement à maîtriser des manoeuvres militaires de plus en plus difficiles où son sens de la stratégie fait merveille. Graff ne tarde pas à le considérer comme le meilleur élément et le plus grand espoir de l’humanité.

CASTING

Asa Butterfield ............................................ Ender Wiggin
Harrison Ford .............................................. Colonel Graff
Hailee Steinfeld ........................................... Petra Arkanian
Abigail Breslin ............................................ Valentine Wiggin
Ben Kingsley ............................................... Mazer Rackham
Viola Davis .................................................. Major Gwen Anderson
Aramis Knight ............................................. Bean
Suraj Partha ................................................. Alai
Moises Arias ............................................... Bonzo Madrid
Khylin Rhambo ........................................... Dink Meeker
Jimmy "Jax" Pinchak .................................. Peter Wiggin
Nonso Anozie ............................................. Sergeant Dap
Conor Carroll .............................................. Bernard
Caleb Thaggard ........................................... Stilson
Brandon Soo Hoo ........................................ Fly Molo




Cette chronique arrive sans doute après la bataille, le film n'étant plus à l'affiche, mais j'avais besoin de temps pour réfléchir à ce que j'allais écrire. D'une part parce que je n'ai pas lu le livre et que mon jugement ce fait donc uniquement sur le film que j'ai vu et d'autre part parce mon avis est un mélange d'enthousiasme et de déception. 

Compliqué n'est-il pas?

Je n'ai pas lu le roman ce qui est un point important à retenir car de ce fait, je ne juge le film et son scénario, uniquement sur ce que j'ai vu. Je m'excuse auprès de mes lecteurs/trices qui ne connaitraient ni le livre ni le film mais je suis obligée de faire une chronique avec spoilers pour bien faire comprendre mon point de vue. Apologies donc, dear reader.



En premier lieu, je dois admettre que j'ai trouvé le visuel de la Stratégie Ender vraiment beau et agréable. S'il y a une débauche d'images numériques, elles passent plutôt bien à l'écran. L'univers recréé est assez proche du nôtre pour mettre le spectateur dans une zone de confort, tout en propulsant ce dernier dans un environnement SF impossible à renier, ne serait-ce que par l'Académie de Graff, satellite qui surplombe la Terre. Tablettes tactiles, écrans transparents, systèmes d'écriture intuitifs qui répondent à une seule main, rien que nous n'imaginions déjà ou que nous n'ayons, compensés par cette salle de gravité zéro dont les murs transparents offrent une vue plongeante et angoissante sur la Terre et l'espace.
Il y a d'ailleurs, à mon sens, dans l'ensemble visuel d'Ender, un véritable lien avec la science-fiction depuis les années 60. En digne héritier de près de 50 ans d'histoire télévisuelle et cinématographique, j'ai trouvé que le film reprenait de nombreux codes déjà utilisé ailleurs. L'Académie, qui n'est pas sans rappeler Starfleet, est dirigée selon un code de couleur que l'on retrouve dans les différents costumes des membres de L'Enterprise. L'atmosphère de l'Académie ainsi que le décor est un croisement entre Star Trek et Battlestar Galactica, rien de nouveau donc mais ce n'est pas le reproche que je lui fais.
J'ai beaucoup apprécié les scènes de batailles en apesanteur, très belles à regarder avec une certaine grâce, surtout la dernière où Ender et ses coéquipiers doivent affronter toutes les autres équipes. Je ne suis pas étonnée d'apprendre que les acteurs/trices ont reçu un entraînement individuel de la part de professionnels du cirque. On sent très bien ce côté aérien dans leur façon de se déplacer.




Mais...
Justement je trouve que cette atmosphère est une sorte de cache-misère pour un film qui peine à trouver son souffle. Si La stratégie Ender est très beau à regarder, il n'en reste pas moins que c'est finalement son principal défaut: miser sur un décor plus que sur une réelle interprétation d'une œuvre dont l'auteur est pourtant l'un des producteurs.
Ce jugement peut sembler très dur mais je le maintiens. Sans connaître les tenants et les aboutissants du film, mon attente est montée crescendo durant la projection pour aller s'écraser sur un mur de déception dès le retour de la lumière. Le film ne tient pas ses promesses. Arrivé en bout de parcours on se demande presque si la majeure partie de ce qu'on vient de voir, n'était pas finalement que du remplissage, les scénaristes étant passés à côté de leur véritable histoire.

Pour vous donner une idée de mon sentiment, j'ai l'impression qu'avec le film La stratégie Ender on ne fait que gratouiller la surface d'une histoire bien plus colossale que ce qu'on me laisse voir. Cette frustration intense qui naît de l'impression, qu'au fond, le film regorge d'un potentiel jamais pleinement exploité ou qui se concentre sur des détails un peu tape-à-l'oeil au lieu d'interrogations fondamentales.

La faute incombe à cette grande disproportion qu'il y a entre l'entraînement d'Ender et la réalisation de ses buts. Mal dosée et mal exploitée, cette longue partie - qui tient quand même les 3/4 du film - semble finalement anecdotique au regard de la bombe qu'est le dernier quart. Comment penser qu'ils ont pu passer tant de temps à nous raconter l'entraînement d'Ender à l'Académie et finalement bâcler en 20 minutes les étapes les plus importantes de son parcours psychologique jusqu'à l'apothéose finale? Parce que c'est bien de montrer l'intelligence d'Ender dans un entraînement de bataille à gravité zéro mais la conclusion du film sur le lien psychique entre lui et la reine Doryphore tombe lamentablement à plat puisqu'elle vient de nulle part.
Comme dans le roman j'imagine (oui j'admets on m'a dit que c'était le cas), le spectateur/trice colle à Ender pour le comprendre et comprendre aussi ce qui se passe dans sa tête. Or ici, à l'écran, l'effet passe complètement à côté de ce qui est désiré. En étant littéralement scotché aux basques d'Ender, on oublie d'être dans sa tête et de suivre son parcours psychologique.



La stratégie Ender manque de souffle et de violence. Etonnant pour une histoire aussi forte mais oui, je suis convaincue que le film ne va jamais assez loin que ce soit dans le traitement de la violence physique ou surtout psychologique des personnages. Six ans d'entraînement réduits en une seule année aurait pu être une bonne idée s'ils avaient su maintenir le rythme. En s'attardant trop volontiers sur les affrontements entre les équipes de l'Académie, on perd le côté brutal d'un tel entraînement. Certes on nous dit qu'ils travaillent dur et dorment peu mais le ressenti à l'écran n'est pas du tout le même. La seule ébauche de cette violence quotidienne se tient dans les quelques minutes des simulations en vu de l'assaut final. Quelques minutes seulement pour retranscrire une sorte de maltraitance psychologique, car ne nous leurrons pas, c'est bien de ça dont il s'agit: faire de ces enfants des machines. Je trouve dommage d'avoir laissé échapper ce point car il aurait été fondamental pour comprendre le cheminement que fait Ender.
Le scénario se concentre trop sur l'aspect leader d'Ender - notamment dans ses affrontements répétés avec les autres membres de l'Académie - au lieu de nous faire comprendre les bouleversements psychologiques qu'il subit. Je pense sincèrement qu'ils se trompent d'histoire en accusant l'effet leader au détriment de ce qu'il ressent.

Je l'ai dit plus haut, la fin tombe complètement à plat. Entre le moment où Ender se rend compte de ce qu'il vient de faire, sa réalisation que le peuple des Doryphores n'étaient pas des ennemis et la révélation que son rêve marquait en fait un lien de télépathie avec la reine Doryphore, il ne s'écoule que cinq minutes. Effet de surprise garanti mais qui provoque plus de questionnements que de réactions enthousiastes. Comme si d'un seul coup nous basculions dans un autre film. Parce que oui, on nous rabâche tellement l'importance de la qualité de leader d'Ender que le spectateur/trice fini par croire que la vraie question du film est: va-t-il arriver à gérer son équipe jusqu'au bout sans craquer? Alors que la vraie question est à des milliers d'années lumières de ça. C'est sans doute plus clair pour ceux qui ont lu le livre mais pour moi, cela a abaissé un verrou sur ce que je venais de voir en remettant tout en cause - et pas dans le bon sens du terme.
Trop de questions sont laissées en suspend et jamais remises en cause, exemple: Mazer Rackham. Le type que l'on dit mort en héros depuis 30 ans facile qui réapparait d'un coup d'un seul. Coucou c'est moi, sans qu'Ender ne remette en cause tout ce qu'on lui dit depuis le début. Je sais ce que c'est que l'endoctrinement mais nous avons quand même en face de nous l'être humain le plus intelligent du monde. Je me dis que tout ça est très mal amené parce que si c'est une incohérence déjà présente dans le roman, ça craint (si quelqu'un a la réponse...). 

Attachement à Ender oui. Compréhension de son intellect et de ce qu'il vit, jamais.  En se concentrant de cette façon sur l'adolescent, le film en oublie ses personnages secondaires ou les exploite de façon anecdotique.



Les personnages qu'Ender rencontrent à l'Académie sont finalement à peine esquissé. Bean et Alai pour ne citer qu'eux sont de gentils stéréotypes de sidekick. On ne comprend pas ce qui lie finalement Ender à la bande qu'il dirige lors de l'assaut final. Un peu comme s'ils avaient été recrutés parmi les moins jaloux du groupe.
Il faudrait également parler de Petra, personnage mou au possible qui en plus de cumuler les clichés anti-féministes - non ce n'est pas parce qu'on dit qu'elle est forte dans leur jeu de bataille que c'est un personnage féministe - n'apporte pas grand chose à l'histoire globale. Renvoyée systématiquement à sa douceur et à son côté protecteur, Petra manque de peps. C'est d'autant plus désolant lorsqu'on a pu assister au premier rôle de l'actrice en question. Comment penser que celle qui a si bien joué dans True Grit puisse se retrouver avec un rôle inconsistant? Manque de direction d'acteur flagrante qui se confirme avec le personnage de Gwen Anderson.
Au départ Anderson et Graff étaient tous les deux des hommes. Orson Scott Card a voulu féminiser l'un des personnages et a pensé d'abord à Graff avant de changer d'avis. Pas de bol, nous nous retrouvons donc avec une psychologue qui démissionne car elle n'arrive pas à faire face à la cruauté de Graff. Le personnage de Gwen Anderson est donc renvoyé à son côté maternel et protecteur tandis que Graff assume la responsabilité du militaire froid et calculateur. A ce niveau là j'aurai préféré deux hommes, au moins le cliché maternel nous aurait été épargné. Graff en femme aurait été assez novateur dans la représentation des femmes de pouvoir en Science-fiction et aurait fait pas mal de bien à des codes stéréotypés vus et revus.
Autant dire qu'entre Petra et Anderson j'étais amèrement déçue.  

Je suis frustrée parce que j'ai l'impression d'être passée à côté d'une histoire impressionnante, violente avec une grande réflexion sur l'humanité et ses choix et d'avoir eu le droit, à la place, a une esquisse pâlichonne.

La stratégie Ender est pour moi le film de tous les déséquilibres: disproportions dans les choix de récit, dans le traitement des personnages ou dans la surenchère d'images au détriment du fond. Un film qui divertit mais laisse terriblement sur sa faim une fois la projection achevée. J'ai hâte de lire le roman pour combler tout ce vide.

lundi 9 décembre 2013

The Last Camel died at noon - Amelia Peabody #6 - Elizabeth Peters


Présentation de l'éditeur: Quelle mouche a donc bien pu piquer la pétulante Amelia Peabody pour qu'elle s'engage, au mépris de toute prudence, au coeur du Soudan révolté, sur les traces du jeune vicomte Blacktower dont on est sans nouvelles depuis des années ? La voici, en tout cas, perdue au milieu des sables, sous un soleil d'enfer, avec son intrépide compagnon Emerson et leur génial rejeton Ramsès. Aucune oasis en vue, pas le moindre signe de vie, à l'infini un vallonnement de dunes aveuglantes... et leur dernier chameau qui vient de rendre son dernier souffle. Pourtant l'énigmatique message griffonné sur un fragment de papyrus par le jeune disparu ne laisse planer aucun doute sur l'existence d'une cité fabuleuse enfouie au fond des sables - une cité qui a traversé les millénaires, et dont n'oserait rêver aucun archéologue. Au prix de quels périls Amelia et les siens parviendront-ils à s'en approcher ? Quelles épreuves les attendent au terme de cette découverte ?

Pour suivre toute la saga des Peabody et Emerson, suivez Cheshire. 

C'est vrai qu'il est dur d'arriver à se renouveler lorsque l'on écrit une série comme celle des Peabody et Emerson.  C'est également le cas pour la série Charlotte and Thomas Pitt d'Anne Perry. Eviter de les lire à la suite et de les consommer comme des macarons peut déjà aider à garder intact l'envie et la fraîcheur d'une série. Cependant, il arrive parfois qu'au milieu de livres doudous se cache un ugly duckling. 

J'ai le regret d'avouer que Le secret d'Amon-Râ est une déception dans cette série que j'adore. Pourtant tout commençait très bien. Le premier chapitre nous plonge directement dans l'histoire, à un point déjà bien avancé du récit, ce qui ne manque pas de soulever d'emblée de nombreuses questions: qu'est-ce que Ramsès, Peabody, Emerson et Kemitt font en plein milieu du désert soudanais avec un chameau mort et plus d'eau? Qui est Kemitt? Non mais sans déconner, qu'est-ce qu'ils font là? Le début est suffisamment attractif pour avoir envie de découvrir la suite et l'humour du couple Peabody-Emerson est bien là. 
"Le capitaine se révéla être une vieille connaissance d'Emerson. Bon nombre des habitants de Nubie se révélèrent être de vieilles connaissances d'Emerson."
"En fait, Ramsès s'est grandement bonifié au cours de ces dernières années. (Ou alors je me suis habituées à lui. On dit qu'on peut s'habituer à tout.)"
"J'aurai pu lui faire remarquer qu'il était impossible de surveiller Ramsès en "l'ayant à l'oeil". La tâche exigeait une attention totale des deux yeux et une main ferme au collet."
Cependant l'ensemble se gâte très vite pour une simple bonne raison: le roman est trop long et manque de rythme. 

L'intérêt de Peabody et Emerson réside plus à sens dans ses personnages principaux que dans ses intrigues. On sait très bien généralement où va nous mener Elizabeth Peters. Cependant, elle le fait toujours en se moquant de Peabody et d'Emerson si bien que le côté prévisible de la plupart des intrigues n'est pas franchement gênant. Il ne s'agit pas d'un Agatha Christie où le clou du roman consiste à suivre les déductions de Poirot ou de Marple jusqu'à la désignation du coupable. Généralement, on sent - parfois même avant Peabody - qui a agit comment et pourquoi. 
Je ne sais pas vous mais j'adore retrouver ce schéma où Peabody suspecte un acte criminel quelconque, si possible impliquant un amour impossible entre deux jeunes gens, Emerson rejetant alors toute idée de crime avant de se lancer joyeusement dans une compétition avec sa femme sur "qui va trouver le meurtrier/criminel le premier". C'est une constante qui revient à chaque volume et qu'Elizabeth Peters sait en général très bien intercaler avec le mystère ambiant. Seulement ici ni l'intrigue, ni finalement la "compétition d'idée" entre Emerson et Peabody n'ont véritablement d'intérêt et l'intrigue, assez faible, n'est jamais vraiment relevée par un couple en forme. 

J'ai apprécié l'intention de l'auteure de se renouveler en apportant un changement profond à sa façon de construire une intrigue. En deux parties, la première se déroulant successivement à Londres puis en Egypte et la seconde dans le pays de Koush au Soudan, le roman renouvelle donc assez bien le type d'intrigue attendue. Malheureusement le suspense est constamment désarmé trop tôt, laissant le lecteur avec des points de détails en guise de fils rouge. 
A côté de ce premier problème il faut admettre que le roman est beaucoup trop long, ce qui entraîne inévitablement des répétitions et un soucis de rythme flagrant. Il aurait fallu, je pense, abréger la première partie pour développer la seconde puisqu'il semble évident que c'est sur cette dernière qu'Elizabeth Peters comptait faire peser le suspense.
En parlant de cette seconde partie, elle aurait pu être vraiment intéressante si nous n'avions pas le droit souvent  à des demi-rebondissements qui finissent par être lassants. Du coup même les fausses pistes fracassantes ne prennent pas quand après cinq cérémonies sacrificielles, nos héros échappent toujours de justesse à la mort et se demandent "mais où veulent-ils en venir?". Comme je le disais, le suspense est désarmé toujours trop tôt. En reposant le livre on se demande du coup, s'il y avait une intrigue dans ce qu'on vient de lire.

Étant donné que l'on sait que Peabody, Emerson et Ramsès vont s'en sortir, le lecteur ne peut même plus compter sur ce suspense là. Personnellement la seconde partie a été pénible à lire parce que fondamentalement sans vrai rebondissement ni intérêt. Les ficelles sont plutôt grosses et les répétitions lassent.

Tout n'est pas à jeter, cela reste un Peabody-Emerson quand même! Ramsès est égal à lui-même, même si d'un point de vue personnel, on ne le voit pas assez. J'ai déjà dit que j'avais aimé la tentative d'Elizabeth Peters de se renouveler et c'est vrai, même si c'est râté au final. On sent qu'elle réfléchit sur le devenir de sa série et qu'elle ne peut se permettre d'écrire de la même façon d'un tome à l'autre. 

Peabody est toujours aussi pénible drôle et j'adore lire ses multiples descriptions d'Emerson, surtout vêtu à la mode égyptienne (une sorte de kilt, torse nu et les cheveux au vent). On ne pourra pas reprocher à Peters de ne pas mettre en avant la plastique et le charisme de son héros, de même que son amour et ses ardeurs envers sa femme. C'est toujours un aspect qui me plait, cet amour et ce désir que l'on sent émaner des deux personnages. Cela donne lieu à des situations cocasses ou des réflexions que le lecteur ne peut pas oublier.

Si cette lecteur a été au final en demi-teinte je laisse bien volontiers le bénéfice du doute à Elizabeth Peters. Tous les tomes d'une même série ne peuvent pas être bons ni au même niveau et si Le secret d'Amon-Râ est au final une petite rotten apple, il n'empêche que je vais continuer avec plaisir. On me souffle d'ailleurs dans l'oreille que le tome suivant, retour à Amarna, est un petit bijoux! Merci maître Zouda et hâte de retrouver mes héros en meilleure forme!

vendredi 6 décembre 2013

Blaise le poussin masqué - Claude Ponti

Je vous ai déjà parlé de PEF et son Prince de Motordu pour les enfants qui commencent à lire, il est grand temps à présent de vous présenter de la lecture pour les plus jeunes, ceux qui ont besoin de leur-s parent-s pour lire une histoire. C'est une chronique pour les tous-petits (et les grands nostalgiques) que je veux faire aujourd'hui! 


On se souvient tous de nos premiers albums. Les tous premiers à nous avoir fait rire ou frémir! Chez moi, il y avait Max et les Maximonstres de Maurice Sendack, Le géant de Zéralda et Les trois brigands de Tomi Ungerer. (d'ailleurs je sais que la lanterne des Trois brigands existe si jamais vous tombez dessus, prévenez-moi je cherche un cadeau de Noël pour Cheshire). 


                       


Dans cette liste, il ne faudrait tout de même pas oublier Claude Ponti et sa figure mythique du poussin et surtout, surtout, Blaise, le poussin masqué! 
Car oui mesdames et messieurs (petit-e-s et grand-e-s) c'est bien de ce héros des temps modernes, ce vengeur masqué, ce poussin courageux et téméraire dont nous allons parler: Blaise (président! désolée je m'égare).  

Les poussins apparaissent dès le tout premier album de Claude Ponti l'Album d'Adèle en 1986 mais il faudra attendre 1991 pour que les poussins aient leur premier album rien qu'à eux Blaise et la tempêteuse bouchée. Dans Ponti Foulbazar, Claude Ponti explique : « Les poussins sont apparus dans l'Album d'Adèle : j'avais besoin d'éléments perturbateurs pour déranger les objets et déclencher des commencements d'histoires. Les poussins sont apparus et ils sont restés. Je ne peux rien faire contre eux. Cela ne se voit pas, mais il y en a partout. ». (source) 
Et il y en a en effet partout! Présents souvent d'une page sur l'autre, ils se font tout petits mais sont néanmoins tenaces! 

Histoire de faire connaissance avec les poussins, ou de les redécouvrir, c'est selon, je vous propose un petit tour d'horizon des albums que leur a consacré Claude Ponti.

Si les super poussins sont présents dans toute l'oeuvre de Ponti, il leur consacre un premier volume intitulé Blaise et la tempêteuse bouchée publié en 1991.

Résumé: Il y a quelque chose que Blaise, le poussin masqué, adore plus que tout... C'est arracher le bouchon d'une tempêteuse bouchée! Alors le vent s'échappe avec un grondement de tonnerre et ça fait un toboggan dans l'air!

Blaise est un sacré farceur! Derrière son masque il s'amuse à faire de sacrées bêtises.  

La même année, Claude Ponti sort l'album des poussins que j'ai le plus lu étant gamine. C'est celui qui m'a le plus marqué et que j'adore relire! Assez terrifiant mais finalement très drôle il s'agit Du jour du mange poussin!

Les affreux Mange-poussins se repaissent de nos joyeux compagnons, jusqu'à ce que Blaise, le superpoussin, pas un stratagème plus qu'intelligent, sauve ses petits compagnons!


Résumé: Qui est donc ce monstre, cet horrible Mange-poussin féroce et affamé qui grossit à chaque bouchée, ce sale estomac à pattes, plein de poils et de dents? Mais, au fait, où est Blaise?

J'adore le dos de ces albums, à chaque fois vous pouvez être sûr que Blaise joue un sale tour au code-barre!
Après cet affreux jour du mange-poussin, il est temps pour Blaise d'affronter les tâches dans Blaise dompteur de tâches.

Résumé: Blaise, le poussin masqué, est très fort. Aujourd'hui, il va dompter une tache, une grosse tache d'encre qui a un joli nom et un sale caractère. Blaise lève son fouet. Au bout du fouet, il y a la gomme à deux couleurs. Ça va faire un beau " pestacle ".

Blaise au pays des grobinets, ces gentilles créatures de salle de bain qui savent bien s'amuser avec l'eau. Ca tombe bien, Blaise a très envie de patouiller dans l'eau.

Résumé: Blaise, le poussin masqué, a décidé de jouer à la salle de bain. Pour cela, il faut un bon robinet bien plein, qui met de l'eau partout. Justement en voilà un, au milieu des collines. Il s'appelle Niagara Tiboize.

Voici maintenant un album que j'ai découvert en préparant cet article! Il m'a tellement plu lorsque j'ai vu les planches sur internet que j'ai filé à la librairie la plus proche pour le trouver. Je ne regrette absolument pas mon petit achat, Blaise et le château d'Anne Hiversère est un excellent album des aventures des poussins rigolos. Il y a indubitablement un petit côté loufdingue dans l'écriture de Claude Ponti. Sa façon de déformer les mots, d'en inventer d'autres visuellement très marquant pour les petits, c'est un aspect particulièrement sympathique de l'album:

"Ce matin il est dring heure twouït twouït."
"Parce qu'il est impossible d'imaginer le château d'Anne Hiversère sans chocolat, ce serait comme un gâteau au chocolat sans chocolat, ou une glace au chocolat sans chocolat, ou un chocolat chaud sans chocolat. D'ailleurs, du chocolat sans chocolat, ça n'existe pas."

Les poussins vous donneront aussi la meilleure façon d'éclapatouiller la farine ou comment faire une bonne tatouille (mixage, battage, splatchoulage, splitouillage, rataplatissage et tartisloupage).

On découvre le nom de certains poussins: Kinonne, Hisponne, Pic et Asso, Hyppolitdesset, Belle Djamine Franklin, Boufniouse, Slipododo, Tivolio Bénégoudgoud, Cirkdépékinne, Métantan-Skondi et son ami Métébouché toujours avec beaucoup de jeux de mots.

C'est l'une des caractéristiques de l'album, la multiplication des jeux de mots et de jeux visuels (avec les Bibrons et le Lac Tésibon). Il y a aussi un jeu très drôle à faire d'une page à l'autre: repérer les poussins qui reviennent tout le temps de la même façon. Il y a Blaise bien sûr mais aussi le poussin qui a la tête dans le Champignon, celui qui dort, celui qui lit et celui qui tire la langue. Ce petit jeu permet de profiter pleinement de la beauté du dessin.

La fête d'Anne Hiversère est aussi l'occasion pour Ponti de faire un hommage à toute la culture populaire et enfantine du siècle dernier. De Charlie Chaplin à Gaston Lagaff en passant par le Prince de Motordu ou Mickey, cette double page est un vrai régal pour les yeux!



Blaise et le château d'Anne Hiversère est vraiment un superbe album des poussins que j'ai pris beaucoup de plaisir à lire et à regarder.

Mille Secrets de poussins est un autre album essentiel si vous voulez suivre les aventures de Blaise. D'ailleurs on apprend ENFIN la vérité sur ce super poussin masqué...


 Résumé: Un jour, les poussins sont entrés dans les livres de Claude Ponti, et ils n'en sont pas ressortis. Ils s'y sentent chez eux, ils y font pas mal de bêtises, surtout Blaise, le poussin masqué. Ils y vivent des aventures qui leur sont propres, parfois en se salissant beaucoup. On les a vus déboucher une tempêteuse, organiser des courses de chaises, échapper au Mange-Poussin et construire un immense château pour la fête d'Anne Hiversère. Ce livre-ci est particulier car il répond à toutes les questions que l'on peut se poser au sujet des poussins. Il révèle les secrets de leur vie: comment naissent-ils? Que font-ils dans leur œuf avant de naître? Attendent-ils en lisant un livre? En prenant un bain? Font-ils des trous dans leur coquille avec une perceuse ? Où vivent-ils ? Qu'est-ce qu'ils aiment? Comment aiment-ils aimer? Qu'y a-t-il dans un poussin? Les poussins des livres peuvent-ils mourir? Et qui est Blaise? Pourquoi Blaise est-il Blaise? Autant de réponses que de questions dans cet album. Plus une réponse pour toutes les questions qui n'auraient pas été posées.

Si on voit Blaise démasqué dans l'album précédent, celui-là nous révèle clairement son identité ce qui fait de Blaise un poussin fort démocratique!

J'aime aussi beaucoup le concept de Méga Gigantorigolade! "A toutes les autres questions, il n'y a qu'une réponse : la Mega Gigantorigolade. Blaise et les poussins rient tellement que l'un d'entre eux devient le méga-Gigantopoussin-montagne, l'écrabouilleur des gens qui ne rient pas" Un concept qu'il faudrait mettre en pratique plus souvent!

Il y a encore plein d'album de Claude Ponti avec les poussins notamment toute la série des Tromboline et Foulbazar où les poussins mettent allègrement les pattes!

Ces albums sont d'une richesse infinie, drôles, émouvants, à lire et à relire sans modération aux tous petits (et aux plus grands aussi). A noter enfin que la quasi-totalité de ces albums sont disponibles à la fois en format Album mais aussi en Lutin poche, petits, moins chers et pratiques à transporter. Moi j'dis ça....Et vive les aventures poussiniesques! Merci Monsieur Ponti.