lundi 6 janvier 2014

Le duc de fer (The Iron Duke) - The Iron Seas #1 - Meljean Brook


COUP DE COEUR DE PERSEPHONE

Présentation de l'éditeur: Il a libéré l'Angleterre du joug de la Horde. Pour tous, il est le duc de Fer, héros craint et adulé. Pourtant, quand un homme assassiné est retrouvé chez lui, Rhys Trahaearn comprend que certains ne le craignent pas. A commencer par Mina Wentworth, chargée de l'enquête. Séduisante, mystérieuse... et très douée. La posséder devient bientôt l'unique quête de Rhys, alors qu'une conspiration menace l'Angleterre.

Cela faisait un moment que j'avais le tome 1 en ma possession mais comme d'habitude, too many books, too little time. Aussi, alors que je n'avais plus rien à lire - comprendre, j'avais des tonnes de livres mais envie de n'en lire aucun - j'ai exhumé de ma bibliothèque le premier tome de la série The Iron Seas de Meljean Brook (à noter que seul le tome 1 est pour le moment sorti en VF). Bien m'en à pris cher•e ami•e lecteur/trice car j'ai découvert un univers Steampunk vraiment bien conçu qui ravira les fans du genre.

J'ai douté au départ du bien fondé de la publication du Duc de Fer dans la collection Crépuscule de J'ai lu pour elle. En effet, à part un résumé vaguement "romance" le premier quart de l'intrigue n'avait rien de vraiment romance et j'étais plongé dans de la plus pure SF. Un petit tour sur le site internet de l'auteure m'a permis de vérifier qu'en effet, elle se considère comme une auteure de Steampunk et de Paranormal Romance et que la série des Iron seas fait effectivement parti de ces séries de paranormal romances avec moult petites novellas entre deux tomes: soit un univers complet à explorer. Chic chic chic.

J'ai donc plongé la tête la première dans l'Angleterre de Mina Wentworth. Je dois bien admettre que ce qui m'a séduite d'emblée, et qui reste ce que j'ai préféré dans ce premier tome, est bien entendu l'univers: riche, complexe et pensé, c'est finalement assez rare de trouver son égal, combiné à de la romance. La plupart du temps, le steampunk sert de joli verni à une autre histoire mais n'est jamais vraiment le thème ni le sujet principal du roman. J'ai beau adorer The Parasol Protectorate, l'univers développé par Gail Carriger reste néanmoins très XIXe siècle. Pas de quoi perturber le lecteur. Un joli enrobage steampunk, notamment au niveau des vêtements et de quelques armes, relève le tout mais ce n'est peut-être pas ce que l'on retient le plus à côté des loups-garous piquants et de l'héroïne et son ombrelle. Ici au contraire, l'univers est particulièrement bien travaillé. Le Steampunk représente la base même du récit. Tout l'outillage développé par le Forgeron - des yeux mécaniques aux objets pour des jeux érotiques en passant par les bras-pillons et les jambes haches - nous plonge dans un monde hybride où l'homme est allié à la mécanique, des "steamborg" qui ressemblent à leurs cousins cyborg - l'homme allié à la cybernétique - le numérique en moins. La présence des nanoagents utilisés pour contrôler les bogués mais servant aussi à soigner et réparer l'homme et la femme blessée ont une réelle importance, jusqu'aux petits détails qui font penser à l'épisode de Doctor Who: Are you my mommy?

A côté de l'attrait steampunk qu'a exercé sur moi The Iron Duke, j'ai été très agréablement surprise par la gestion de l'Histoire et du temps. Pour moi, il ne faisait aucun doute que le Steampunk ne pouvait que se placer dans une Angleterre victorienne, en pleine Révolution industrielle. Cependant, Meljean Brook brouille les pistes. Si nous sommes bien en Angleterre, l'époque victorienne est quant à elle, bien moins sûre. En retraçant l'Histoire des deux cent dernières années, on se rend compte que l'intrigue pourrait se placer aussi bien à la Renaissance qu'à notre époque. Si les vêtements portés par les personnages sont indubitablement XIXe siècle, on nous parle de Léonard de Vinci comme s'il venait juste de mourir. Les armes et technologies que possède l'inspectrice sonnent très XXIe siècle mais les mentions faites des Français font penser soit au XVIIe siècle - il y a un Colbert dont on ne sait pas s'il est lié au personnage historique ou non - soit au XVIIIe siècle notamment pour le côté colonies et antilles. Rajoutez à ça la mention d'un Cromwell parti aux Amériques et vous vous retrouvez avec un grand pot-pourri bien symapthique. J'ai vraiment trouvé ces détails surpuissants. Ils perdent le•a lecteur/trice dans ses repères temporelles pour créer un univers véritablement unique. Pas une simple uchronie mais bien un monde parallèle avec une évolution diablement différente. Dire que j'ai apprécié être trimballer comme ça est un euphémisme.

Le monde que nous offre Meljean Brook est donc riche et complexe mais aussi très sombre tout en sachant garder une part de magie: bateaux volants contre misères humaines, l'ensemble est mesuré et crédible et cela fait froid dans le dos.

Cet univers vraiment complet à bien des égards en perdront plus d'un je l'admets volontiers. Il est difficile d'y rentrer, de comprendre l'Histoire de ce monde perdu entre plus de quatre cent ans de notre propre Histoire et qui jongle avec le temps et la Science-fiction. Cependant, je pense qu'il vaut vraiment le détour ne serait-ce que pour le travail de l'auteure. Personnellement je suis tombée dedans et j'espère ardemment que les autres tomes seront eux-aussi bien inscrits dans cet univers et qu'ils permettront d'en apprendre encore plus. (Si vous voulez connaître l'Histoire de ce monde - sans spoiler - rendez-vous sous la bannière de spoiler, qui est un faux spoiler).

L'univers des Iron seas est rendu encore plus réel et crédible par l'écriture de Meljean Brook. Pour des novices en anglais je ne le conseille pas du tout en VO, elle est compliquée dans le bon sens du terme mais compliquée tout de même. Les phrases sont longues et riches d'adjectifs et d'adverbes. Meljean Brook ne fait pas dans la simplicité et son style et le monde qu'elle crée se renvoient l'un à l'autre. C'est aussi surprenant que la complexité de l'univers des Iron seas et c'est ce qui m'a vraiment plu. On reproche souvent à la romance une superficialité et une simplicité d'écriture qui la classe dans les romans de gare, ici, ce sont deux reproches qu'il est impossible de faire à The Iron Duke.

L'univers et le style ne sont pas tout, encore faudrait-il que l'intrigue générale et les personnages soient bons pour en faire un très bon livre. Les résumés ne donnent pas tellement d'indications quant à la teneur réelle de l'intrigue générale mais il s'agit bien d'une intrigue policière. Mina Wentworth, l'héroïne, est une inspectrice de la police londonienne en plus d'être la fille d'un noble. C'est elle qui est appelé chez le Duc d'Anglesey, Rhys Trahaearn, surnommé le Duc de Fer après qu'il ait réduit la Horde en miette en Angleterre en détruisant la Tour. Un complot à grande échelle se trame et implique jusqu'au sauveur de la nation. Entre pouvoirs politiques et magouilles de truands, Mina n'est pas au bout de ses peines. 

L'intrigue générale est très fortement liée au contexte global. Si je l'ai apprécié, j'imagine que les gens qui auront du mal à entrer dans l'univers de Meljean Brook devront prendre leur temps pour le lire et bien comprendre tous les retournements de situations. En plus de nous balader temporellement, l'auteure n'hésite pas à nous balader également géographiquement afin de mieux comprendre le monde de Mina et les différentes puissances en compétition. J'ai vraiment trouvé l'ensemble finement mené, pensé presque dans son intégralité. C'était très agréable de voir tout un monde se mettre en mouvement, un peu à la façon d'un Game of Thrones où il est capital de comprendre la politique globale de l'univers dans lequel on est plongé pour bien comprendre la trame générale. Les scènes d'action ne manquent pas et entre courses poursuites, explosions et abordages par des bateaux pirates, il y en a pour tous les goûts.

Fanart
Mina Wentworth est un personnage froid mais que l'on arrive à comprendre. C'est une force dont la dotée l'auteure. On comprend assez vite que la famille de Mina est une fierté pour la jeune femme mais aussi son plus gros soucis, d'où elle tire un caractère dur et déterminé. J'ai apprécié que la directrice de la police londonienne soit une femme et que sa meilleure inspectrice soit également une femme qui plus est métisse. En effet Mina est mi-mongole, mi-anglaise et sur ses traits se lisent ceux de l'occupant. Bien que noble, c'est une situation très difficile que vit la jeune femme. Heureusement elle peut compter sur le constable Newberry, grand gaillard roux et expat qui protège son inspectrice dans toutes ses missions. Débrouillarde, intelligente, courageuse, j'ai vraiment beaucoup aimé ce personnage. 
Je pensais aimer tout autant Rhys Trahaearn, le pirate et duc, grand gaillard graou dont je raffole habituellement mais finalement, l'effet est plus mitigé. J'ai aimé en revanche que Rhys soit un vrai pirate et pas une caricature comme on le voit souvent en romance - oui j'ai un titre en tête j'essaye de vous en reparler bientôt. Ce n'est pas le meilleur des gentlemen, il est macho comme il se doit, il n'hésite pas à exécuter ses hommes s'ils lui désobéissent mais il déteste l'esclavage et la torture ce qui donne un homme à multiples facettes avec une dureté qu'on a envie d'explorer. C'est étrange que je ne l'ai pas autant aimé que je le pensais parce qu'à part un côté macho qui sait être envahissant et étouffant par moment, je n'ai pas grand chose à lui reprocher. Mouais...si...son côté over-protecteur envers Mina par moment est juste insupportable.

On en vient donc au seul point noir de cette lecture: la romance elle-même. Si j'ai adoré le contexte, l'écriture de l'auteure et ses personnages (je n'ai pas parlé du meilleur ami de Rhys ou de Yasmeen la pirate ou encore d'Armichède Fox l'aventurier mais ils sont tous vraiment chouettes et j'ai hâte de les revoir), la romance m'a laissée de glace, sans doute parce qu'elle est déséquilibrée. Comprenez-moi, l'intrigue générale occupe les trois premiers quarts du roman et de ce fait, elle a le temps de se développer et de prendre sa juste place. La romance en revanche est esquissée très longtemps avec beaucoup d'hésitations et de balancements de la part de l'héroïne - hésitations justifiées cela dit, je ne râle donc pas - et pas mal de rentre-dedans assez agressif parfois de la part du héros. Sauf qu'arrivée au dernier quart j'ai eu soudainement l'impression que Meljean Brook s'était rendue compte que la romance avait été un peu délaissée et donc le ton change radicalement et nous virons cul par dessus tête dans une espèce d'orgie de scènes hot et de sentiments enflammés. Je n'y ai tout simplement pas cru. D'une part parce que je suis désolée mais Rhys m'a laissée de marbre, je l'ai trouvé parfois assez vulgaire dans sa façon de s'adresser à Mina et ça a le don de me faire sortir immédiatement du trip et d'autre part parce que les personnages sont tous les deux trop durs, avec trop de problèmes à surmonter pour que l'on croit à un revirement pareil. J'aurai préféré qu'ils se séduisent plus franchement tout au long du roman. L'épiphanie tombe comme un cheveu sur la soupe et les réticences de Mina sont balayées trop vite et bien maladroitement. La conséquence directe de cette reprise de l'importance de la romance sur le reste, est une fin d'intrigue policière assez bâclée. Je m'attendais à de grandes révélations sur la garde noire or là nous avons eu le droit a un gentil pétard mouillé balayé par les atermoiements intérieurs des deux héros qui rentrent en Angleterre. C'est franchement dommage car je suis sûre qu'il y avait moyen de bien concilier les deux. 

Ce bémol ne m'empêchera pas de lire la suite. Je veux revoir Archimède, héros du tome 2, et en apprendre plus sur cet univers vraiment très riche. 
Une romance en demi-teinte mais une superbe œuvre steampunk à dévorer immédiatement.

Voici les avis de Nanou (Serenity) sur le forum The Inn at Lambton et de Chi-Chi sur In need of prince charming.


Allez comme je suis sympa, je vais vous retracer un peu l'Histoire de ce monde pour que vous ne soyez pas perdu à la lecture. Il n'y a pas de vrai spoilers, ça vous permettra juste de vous repérer dans les méandres d'une histoire différente de la nôtre. 

Deux cents ans avant le début de cette histoire, l'Europe fut conquise par la Horde mongole qui cherchait à étendre sa domination sur le monde. L'Angleterre pensa pendant quelques temps échapper à ses invasions du fait de son caractère insulaire mais fut bientôt conquise elle-aussi par l'introduction de nanoagents cachés dans le sucre importé. Les nanoagents, robots microscopiques, s'introduisaient dans le corps des gens infectés que l'on appelle des bogués. S'ils avaient la vertu de renforcer les capacités physiques des individus et d'améliorer les conditions de guérison, lorsqu'ils étaient activés par ondes radios, ils permettaient le contrôle et/ou l'annihilation total des émotions et sentiments humains, faisant des bogués des esclaves dociles.

L'arrivée de la Horde bouleversa profondément la société européenne. Beaucoup de nobles s'enfuirent vers les Etats-Unis avant d'être contaminés et se font appeler des Expats. L'organisation du travail qui avaient réduit les bogués en esclavage, obligea les femmes à travailler et les mariages furent drastiquement réduits au sein des populations bogués, surtout pour les classes inférieures de la société. Afin de palier au manque de main-d’œuvre, la Horde organisa des Frénésies, sorte d'orgies collectives forcées. En manipulant les nanoagents des individus, ceux-ci étaient forcés contre leur gré à se livrer à ces débauches sexuelles. Il arrivait aussi parfois que des membres de la Horde participent à ses Frénésies, violant les femmes bogués et donnant naissance à des métisses. Les enfants issus de ces Frénésies étaient placés en crèches, lieux d'éducation collective pour une main-d’œuvre docile. Mina est le fruit d'une de ces Frénésies où sa mère fut violée par un ou plusieurs membre de la Horde donnant naissance à une petite fille d'apparence mongole. Ses parents étant nobles, ils firent des pieds et des mains pour la garder auprès d'eux plutôt que de l'abandonner en crèche. Rhys Trahaearn est aussi le fruit d'une Frénésie mais n'est pas métisse. 

Neuf ans avant le début de l'Histoire, Rhys Trahaearn, alors capitaine du vaisseau pirate La terreur de Marco, détruisit la Tour de la Horde qui servait d'émetteur radio activant les nanoagents. Les anglais bogués délivrés de la Horde et de son contrôle, mais conservant toujours le côté positif des nanoagents - force et auto-guérison - virent arriver de nombreux Expat, ravis de reprendre le contrôle de leurs terres et leurs places dans la société. Très puritain - Cromwell et ses partisans on fuit l'Angleterre au profit des Amériques - bon nombre d'entre eux viennent en Angleterre se faire infecter par les nanoagents pour guérir de maladies. D'autres en revanche, se montrent particulièrement condescendant face aux bogués et refusent d'être infectés. 

Rhys Trahaearn se vit offrir le titre de Duc ainsi qu'un magnifique domaine en récompense de ses loyaux service. Adulé par la population anglaise, il vit cependant comme un reclus, s'occupant avant tout de ses terres et de ses gens, comme il considère être son premier devoir.

La chute de la Horde en Angleterre permis la libération d'une partie de l'Europe à l'exception de certains territoires toujours contrôlés par celle-ci. La Horde n'a pas disparu, elle florit à l'Orient du monde et tente, via les zombies et la Garde Noire - une société secrète d'espions à son service - de reconquérir ses territoires perdus. Les zombies furent au départ créés par la Horde en punition de certaines rébellions françaises. Agissant comme une sorte de virus de rejet, les nanoagents sont infectés et ne peuvent se soigner, laissant les gens infectés dans un état de délabrement physique et moral dangereux où les émotions comme la colère et la haine sont exacerbés. Les gens mordus par un zombie deviennent peu à peu des zombies à leur tour. Si l'Angleterre s'est progressivement débarrassée de ses zombies, on en trouve encore en Europe et un trafic existe bel et bien.

Ajoutez à ça des kraken et des mégalodons dans les eaux de l'Atlantique, des ballons volants et des pirates de l'air et vous aurez The Iron Duke

7 commentaires:

vivi potter a dit…

wahouuu quelle longue critique lol très intéressante en tout cas! je ne connaissais pas du tout cette série et je dois dire que j'aime l'ambiance steampunk. Je le lirais donc peut -être un jour ^^

Chi-Chi a dit…

Alors quand meme un coup de coeur pour l'aspect steampunk je vois! :)
Hate de connaitre ton avis sur la suite!

Perséphone a dit…

@Vivi: J'espère qu'il te plaira

@Chi-Chi: Si j'ai été déçue par la romance, le côté Steampunk est carrément géant. J'ai rarement vu un univers si abouti dans le genre, or romans de SF extrêmement pointus. Du coup oui, coup de coeur pour l'ambiance et le contexte.

Nanou a dit…

alors le tome 2 avec Archimede et Yasmeen (c'est un peu Indiana Jones contre les zombie, un régal), je crois est mon préféré ♥ ensuite le tome 3 est pas mal non plus, où les 2 héros sont trèèèès loin des clichés à tous points de vue (et surtout niveau "romance") et se passe dans le grand nord ^^

Perséphone a dit…

@Nanou: tout un programme!

Karine:) a dit…

J'ai arrêté aux spoilers... mais pour le côté steampunk, je lirai!

Perséphone a dit…

j'espère que ça te plaira!

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