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vendredi 30 novembre 2018

Scarlet - The Lunar Chronicles #2 - Marissa Meyer

A-

ATTENTION: SPOILERS SUR LE TOME 1: CINDER


Présentation de l'éditeur: Depuis les lointaines étoiles jusqu’aux recoins d’une sombre forêt, les destins de Scarlet et de Cinder semblent liés.

Alors que l’une cherche sa grand-mère mystérieusement disparue et que l’autre poursuit la quête de ses origines, la menace lunaire qui pèse sur l’humanité se renforce.
Cinder et Scarlet parviendront-elles à lui résister ?

Nous avons laissé Cinder en très mauvaise posture, en proie à pas mal de tourments. Elle vient de découvrir qu'elle était une lunaire et que la reine Levana projette d'assassiner Kaito après leur mariage pour prendre le contrôle de la Terre.
Très loin de la Communauté orientale, dans un petit village près de Toulouse, Scarlet Benoît cherche sa grand-mère disparue et va s'octroyer l'aide d'un personnage très énigmatique qui se fait appeler Wolf/Loup.

On reprend l'intrigue exactement là où on l'avait laissé et les deux tomes se lisent donc dans la foulée. C'est assez agréable car il n'y a pas de blanc entre les deux tomes et on peut vraiment lire la série d'une traite sans sentir d'ellipse. De plus, cela fait rentrer directement dans le vif du sujet, rien de mieux pour se remettre dans le bain si comme moi on a fait une pause entre Cinder et Scarlet. 
Scarlet est pour moi un tome de transition entre Cinder et les deux derniers volumes de la saga. On suit deux intrigues en parallèle, l'évasion de Cinder accompagnée d'un repris de justice américain Carswell Thorne d'un côté et Scarlet et Loup de l'autre à la recherche de Michèle Benoît. Vous vous en doutez, les deux histoires se rejoignent à un moment car elles sont indubitablement liées, ce qui permet à la fin de Scarlet de repartir sur une intrigue plus resserrée qui reprend dans Cress. 

Dans Scarlet, Marissa Meyer continue d'exploiter son univers. Ce n'est pas forcément l'action qui compte ici mais plus d'avancer dans l'intrigue autour du statut de Cinder et de sa propre histoire, ce qui croise celle de Scarlet. Je ne peux malheureusement pas en parler dans dévoiler des pans de l'intrigue, mais l'ensemble s'emboîte bien avec ce qu'on apprend à la fin du tome 1. Je trouve qu'on sent bien que Marissa Meyer a pensé son intrigue et son monde sur le long terme et pas simplement tome à tome puisqu'on parle déjà dans Cinder de personnages essentiels des tomes 2 à 4.
Même si l'intrigue est centrée sur Cinder et Scarlet, on n'abandonne pas pour autant Kai et Levana. Dans le cas de l'Empereur on suit ses doutes et ses interrogations sur Cinder et dans l'autre, les exaspérations de la reine qui elle sait qui est Cinder et ce qu'elle pourrait remettre en cause.

Parmi les nouveaux personnages, j'ai beaucoup aimé Scarlet. Non seulement elle est française (et de Toulouse, je ne dirais jamais assez à quel point j'aime quand l'action ne se passe pas à Paris/Londres/New York) mais en plus elle n'a pas sa langue dans sa poche. C'est une jeune femme affirmée qui sait défendre ses idées et surtout qui se bat pour ceux qu'elle aime. Elle forme un couple très intéressant avec Loup, personnage au combien mystérieux.
Evidemment vous aurez reconnu en Scarlet et Loup le petit chaperon rouge et le grand méchant loup. Comme dans Cinder j'ai aimé que l'auteure s'inspire d'un conte classique mais qu'elle n'alourdisse pas le récit en cherchant à coller à ses éléments. Cela donne des clins d’œil inspirés sans jamais empêtrer sa propre histoire de science-fiction.

J'adore Thorne. J'ai eu du mal à deviner à quel personnage de conte il se rapportait mais lorsque j'ai compris j'étais ravie! Il est très drôle, canaille, cunning comme diraient nos amis britanniques et il apporte un peu de légèreté à un tome assez noir.

Je ferais remarquer que les couvertures sont MAGNIFIQUES! Elles rendent justice au côté contes de fée de la série et permettent de l'identifier très vite.
Si j'ai un tout petit peu moins aimé que le tome précédent, il manque forcément l'élément de surprise et la nouveauté, il n'en reste pas moins que Scarlet était très plaisant à lire et que j'ai enchaîné immédiatement sur le suivant Cress qui s'est révélé aussi très bon mais ça je vous en reparle une prochaine fois!

Bonne lecture!

dimanche 11 novembre 2018

Cinder - The Lunar Chronicles #1 - Marissa Meyer

A

Présentation de l'éditeur: Humains et androïdes cohabitent tant bien que mal dans la ville de Néo-Beijing.

Une terrible épidémie ravage la population. Dans l’Espace, un peuple sans pitié attend son heure…
Personne n’imagine que le salut de la planète Terre repose sur Cinder, brimée par son horrible belle-mère. Car la jeune fille, simple mécanicienne à demi humaine, détient sans le savoir un secret incroyable, un secret pour lequel certains seraient prêts à tuer…

Je sais, je sais, je suis à la bourre. Qui ne connait pas encore The Lunar Chronicles de Marissa Meyer hormis moi? Vraiment on se le demande. En vrai, vous vous en doutez peut-être mais avec le travail de libraire, le temps de lecture est compté. On ne passe pas sa journée à lire (malheureusement) et le rythme des publications s'enchaîne tellement vite qu'on a parfois à peine de temps de se retourner. Comme ça m'est arrivé avec pas mal d'autres romans très connus, j'ai tout simplement loupé cette série à la sortie. J'ai aussi beaucoup hésité avant d'acheter le tome 1, je n'étais pas sûre que ça me plaise même si j'ai toujours trouvé la couverture très attirante et intrigante.

Je me suis enfin penchée sur le roman lorsque j'ai commencé à m'intéresser à la diversité des représentations dans la littérature Young adult de Fantasy et SF. Parmi les ouvrages proposés, Cinder revenait régulièrement et pour cause...l'histoire se passe dans un futur lointain, à New Beijing. Une dystopie avec un ancrage asiatique? Voila de quoi attirer mon attention. Plus encore, on parle d'une jeune femme cyborg et le tout emballé dans une belle réécriture de Cendrillon. Mon hésitation vaincue, je me procurais le roman. Je remercie au passage Glow de me l'avoir fait dédicacer par l'auteure lors de son passage à Paris. Thanks sweetie. 

Sans vraiment aucune surprise j'ai adoré Cinder. Le roman a absolument tout ce qu'il me fallait et je l'ai boulotté comme Cheshire les souris en chocolat que je lui offre à Noël. Il faut dire que c'est un roman qui sait parfaitement allier l'original au connu. Oui il s'agit d'une réécriture de Cendrillon avec une jeune orpheline maltraitée par sa belle-mère qui va rencontrer le prince du royaume. Malgré tout cette réécriture n'est pas du tout lourde et se fond très bien dans l'histoire que tisse Marissa Meyer et j'ai adoré l'idée d'une réécriture SF, tout simplement. Si vous cherchiez une réécriture pure de Cendrillon, passez donc votre chemin. De même ici, bien que nous soyons - à mon sens - dans la science-fantasy (science-fiction dans un univers médiéval ou fantasy dans un monde technologique), la SF tient une bonne place, aussi peut-être que le mélange Lunars/Cyborgs n'est pas pour vous. Pour moi, tout a très bien fonctionné.

Nous rencontrons donc Cinder, une jeune cyborg orpheline. De sa petite enfance en Europe et de ses parents elle n'a gardé aucun souvenir et ne sait de cette vie d'avant que ce que son père adoptif lui en a dit. Malheureusement, ce dernier est mort la laissant aux bons (non) soins de son épouse qui déteste Cinder. Il faut préciser que dans cette société de New Beijing, même si les cyborg vivent parmi la population, ils forment une caste à part qui n'est pas du tout apprécié. Ce sont des parias. Cinder est forcée par sa belle-mère de travailler sur le marché de New Beijing car la jeune femme est très douée en mécanique et notamment dans la réparation des androïdes. J'ai beaucoup, beaucoup aimé cet aspect de la personnalité de Cinder. Marissa Meyer arrive très bien à ne pas tomber dans la caricature du garçon manqué. Cinder est douée mais cet aspect de sa personnalité ne limite en rien le reste de sa personne. Elle est accompagnée d'une androïde "défectueuse" très drôle et attachante. 
Notre Cinder va rencontrer le Prince Kai et travailler pour lui. Malheureusement, l'épidémie qui ravage le pays va s'abattre sur la famille de Cinder, entraînant pour elle de lourdes conséquences (que je ne vous spoile pas par respect...mais sachez que j'en ai très envie!). 

Kai est aussi un super personnage. Jeune prince beau gosse qui a l'air assez léger, on se rend compte très rapidement qu'il est plus profond qu'il n'en a l'air. Son père est en train de mourir et la situation diplomatique avec les Lunars est de plus en plus tendue. Je l'ai trouvé très responsable et pas du tout en mode bad boy comme on trouve parfois dans la dystopie Young adult et de ce fait, il répond très bien au personnage de Cinder. La romance est là mais assez légère, elle ne parasite pas l'intrigue mais permet à Cinder d'explorer son rapport à son corps de cyborg, notamment le fait qu'elle soit BEAUCOUP cyborg, elle n'a pas juste un bras ou un pied synthétique, elle a de nombreux organes internes robot. 

J'ai trouvé très intelligent de mélanger la technologie et les Lunars qui apportent une touche de fantasy dans cette dystopie. Les Lunars sont un peuple qui vit sur la lune. Ils sont physiquement un peu différents des êtres humains mais ils possèdent aussi quelques capacités spéciales. On comprend que leur reine Levana n'est pas forcément quelqu'un de bien sympathique vu le massacre opéré au sein de la famille royale. Leur introduction dans le récit est assez fine par le biais de rumeurs, d'histoires, puis par le biais diplomatique qui permet de voir comment se comporte le reste de la planète Terre face à cette menace voilée qu'ils représentent. 
Je fus séduite aussi par le fait que l'intrigue se passe à New Beijing et que Kai soit chinois. Ça m'a plu de délocaliser l'intrigue en Asie et d'avoir un héros intéressant qui ne soit pas blanc. Par ailleurs, Marissa Meyer ne tombe dans aucun cliché sur l'Asie ou la Chine, c'est Cinder la pro en technologie or elle n'est pas chinoise. Les descriptions de la ville et de ses coutumes m'ont beaucoup plu. 

Le roman est très dynamique, il n'y a pas de temps mort et l'introduction a l'univers, son histoire, son fonctionnement, est très bien rendu. On n'est jamais perdu, on recolle vite les morceaux et comme on éprouve énormément d'empathie pour Cinder - qui n'est jamais une grande naïve sans être une surfemme - on accroche très vite. Les personnages secondaires sont très bien campés qu'il s'agisse de personnages que l'on aime ou que l'on déteste. Seuls les Lunars restent encore très mystérieux. 

Cinder n'est que le début d'une série en quatre tomes sur l'affrontement entre terriens et lunars. Si l'auteure maintient en filigrane l'histoire de Cendrillon, elle ne perd pas de vue son objectif final et le roman se termine dans un fracas de révélations et de cliffhanger bien agréable. J'ai eu l'impression en lisant ce premier tome que l'auteure avait déjà placé les bases et les personnages du reste de la série, clin d’œil passionnant qui permet à la série d'être relue avec un autre point de vue une fois finie. J'ai aussi l'impression - au vu des titres - qu'elle maintient ces réécritures de contes tout en maintenant une trame dystopique forte. J'ai hâte de poursuivre et de voir où elle va nous emmener et quel sera le propos final du roman. Il faut savoir qu'il y a aussi deux novellas/compilations parallèles à la série pour approfondir l'univers et qu'évidemment je les lirai sans doute aussi.  

Bref. Je suis à la bourre certes mais j'ai passé un excellent moment avec ce premier tome. J'ai déjà les trois autres en ma possession et je les entame dès que j'ai fini Girls of Paper and Fire de Ngan. J'espère avoir le temps de vous chroniquer cette suite et qu'elle me plaira autant que Cinder.

Et vous? Êtes-vous moins en retard que moi? N'hésitez pas à me donner votre avis sur Cinder et les autres tomes surtout! 

vendredi 19 octobre 2018

Gilded cage (Les puissants) - Dark gifts #1 - Vic James


B+


Ignorance bred fear, as Father was fond of saying, and fear bred obedience.

TW: Ce roman parle d'esclavage et de maltraitance même si la violence du récit est modérée et peu graphique. 

Présentation de l'éditeur: Dans le jeu du pouvoir, chacun risque sa vie.
Dans une Angleterre alternative, chacun doit donner 10 ans de sa vie en esclavage.
Seuls quelques privilégiés, les Égaux, riches aristocrates aux pouvoirs surnaturels, restent libres et gouvernent le pays.
Abi, 18 ans, et son frère Luke, 16 ans, voient leur destin bouleversé quand leurs parents décident de partir tous ensemble accomplir leurs jours d’esclavage. Abi devient domestique au service de la puissante famille Jardine. Le somptueux décor dans lequel elle évolue dissimule en réalité de terribles dangers, car chez les Égaux, les luttes de pouvoir sont sans pitié. Et lorsqu’elle tombe amoureuse d’un de ses maîtres, c’est sa vie même qui est en péril…Luke, quant à lui, a été exilé dans la ville industrielle de Millmoor. Dans un environnement brutal et pollué, il s’épuise à la tâche. Cependant, d’autres, comme lui, partagent ses idéaux de liberté. Il découvre alors qu’il existe un pouvoir bien plus grand que la magie : la rébellion.

J'ai chopé ce tome 1 sur les étagères de la librairie. Ma collègue Anna en avait fait rentrer un exemplaire et j'ai été attrapée par la couverture. Après avoir lu le prologue, qui m'a happée immédiatement, j'ai eu envie de lire la suite et je n'ai pas regretté. 

Gilded Cage n'est pas une dystopie ordinaire. On est sans aucun doute dans une dystopie car l'histoire se passe dans une Angleterre alternative où les gens - c'est à dire le commun des mortels qui n'appartient pas à la classe dirigeante et riche - doivent donner dix ans de leur vie en esclavage. Cependant, bien que les thèmes abordés soient propres à la dystopie - esclavage, différences sociales, injustice et rébellion - on trouve également de la magie que semble ne posséder que les puissants, incarné ici à merveille par le plus jeune fille des Jardine, Silyen. Et par ailleurs, on dirait aussi de l'historical fantasy, une ambiance très upstairs dowstairs mélangé à cette bonne vieille ségrégation américaine. 
Le tout mélangé, je comprends que le roman déboussole parfois un peu car il ne penche franchement vers aucun genre et pourtant c'est ce qui m'a plu.

Dans Gilded cage, le monde est donc divisé entre les Equals qui possèdent de la magie (ils sont aussi les Skilled) et les autres. En Angleterre, les Equals sont membres de l'aristocratie et gouvernent le pays. En échange, ils demandent aux gens normaux dix ans de leur vie à travailler gratuitement pour la communauté. On apprend que cette organisation sociétale n'est pas la même dans tous les pays. En France par exemple, les gens normaux se sont rebellés contre les aristocrates doués de magie et les ont massacré dans les rues de Paris (cocorico la Révolution c'est nous). En Chine, les Skilled se sont retirés dans les montagnes et aux Etats-Unis, les états du Nord fonctionnent comme la France, tandis que les états du Sud vivent comme les Anglais. Le fond historique de Gilded cage est vraiment creusé pour coller au maximum à notre propre histoire et donner une version alternative de faits. On apprend que les journées d'esclavage ont commencé en Angleterre en 1642, ce qui correspond au début de la guerre civile. Cela donne vraiment du poids et du corps au récit et j'ai personnellement trouvé tout ce travail de fond très appréciable. Le texte pourrait aussi appartenir à la catégorie assez rare de l'Uchronie de fantasy (pour les amateur·trice·s). 

L'organisation de la société est pensée en profondeur, on sent que l'auteure a réfléchi à son univers et n'a pas jeté de l'esclavage dans l'intrigue juste pour la rendre plus noire. On peut faire ses journées d'esclavage quand on veut de 18 à 55 ans, sachant que plus vous les faites tard, moins de chance vous avez de finir votre vie libre mais que vous aurez passé votre vie comme vous le vouliez ou presque. En revanche, les faire tôt vous accorde des droits et des avantages comme posséder une maison, voyager en dehors de l'Angleterre ou accéder à certaines professions fermées autrement. Le choix de faire ses jours d'esclavage a une vraie importance dans le récit et on comprend que les parents de Luke, Daisy et Abi y aient beaucoup réfléchi. Leur stratégie est loin d'être sans intérêt et couplé avec l'intelligence d'Abi, le plan semblait parfait. En effet, Abi a obtenu pour toutes la famille des places dans la maisonnée des Jardine, les membres les plus puissants des Equals. Ainsi, pendant les dix prochaines années, bien qu'en esclavage, la famille ne sera pas séparée et sera dans un cadre plus "facile" que l'usine ou les champs etc. Parce que oui...qui dit esclavage dit aussi être séparé de ses proches. Imaginez-vous parents d'enfants de 10 à 18 ans l'angoisse que cela peut-être. Malheureusement pour eux, Luke, leur fils de 16 ans est envoyé - contre les règles normalement en vigueur - à Millmoor la cité ouvrière, l'une des plus dures d'Angleterre et ses dix ans risquent de peser bien plus dans la balance.

A partir de là, nous suivons Luke d'un côté qui découvre l'horreur de l'usine et de l'esclavage et Abi de l'autre, dans le monde brillant mais non dénué de danger des Jardine. 

Luke découvre vite l'univers de Millmoor et comme c'est un garçon intelligent, il s'associe rapidement avec les bonnes personnes et notamment un groupe de rebelles dirigés par le Dr. Johnson qui veut ramener la justice en Angleterre et abolir les dix ans d'esclavage. Luke est un personnage très attachant, on a vite beaucoup d'empathie pour lui car séparé de sa famille à tout juste 16 ans et enfermé dans un endroit comme Millmoor, on imagine vite les difficultés que cela engendre. Même si l'univers est difficile, la partie de Luke n'est pas absolument noire et angoissante, elle est même extrêmement dynamique et riche. Les personnages que l'on croise sont attachants et on a envie de savoir si leur plan va fonctionner et comment il va pouvoir échapper à Millmoor. 
La description de l'esclavage est intéressante sans aucun doute. Les esclaves ne sont pas considérés comme des êtres humains et cela entraîne une aspect assez pernicieux, c'est que même les roturiers qui vont un jour faire leur esclavage ou qui l'ont déjà fait, traitent mal les esclaves. Ce n'est pas un univers manichéen, ce ne sont pas les Skilled qui gèrent une usine comme Millmoor mais bien les humains normaux qui aident de ce fait à perpétrer un système violent et inégalitaire. En ça, Gilded cage est tout à fait une dystopie car il interroge notre rapport à notre propre société. 


De l'autre côté, dans le monde des Equals, on suit Abi et l'histoire qu'elle entretient avec Jenner, le second fils des Jardine qui est - pour une raison encore inexpliquée - complètement dépourvu de magie. La romance n'est pas ce qui m'a le plus passionnée. Jenner a certes l'air d'être un gentil garçon mais j'ai peur que la suite du roman n'en fasse quelqu'un d'un peu mou. C'est un entre-deux coincé entre deux personnalités assez fortes que sont Gavar et Silyen. Au final, cette partie de l'intrigue est la moins intéressante et l'auteure aurait pu l'enlever que cela ne m'aurait pas dérangé. 

Ce qui est le plus intéressant dans cette partie, c'est évidemment les Equals eux-même et l'univers de requin dans lequel ils baignent. On suit plusieurs personnages, plusieurs voix et cela donne du corps à cet univers. Il y a Gavar par exemple, le fils aîné de la fratrie, une espèce de grosse brute, débauché, assassin quand il faut mais qui est vraiment attaché à sa fille. Il a l'air assez caricatural au départ mais je soupçonne que le personnage à beaucoup plus de profondeur qu'il n'y parait. J'ai hâte de voir quel chemin il va prendre dans les deux prochains tomes. On suit le père Jardine, un être assez abject, le premier ministre, amoureux depuis toujours d'une femme dans le coma qui n'est pas sans noblesse, une jeune femme de la bonne société, Bouda, ambitieuse, manipulatrice et assez odieuse mais très bien campée néanmoins et bien sûr Silyen, 

Silyen est le plus jeune fils des Jardine et c'est un jeune homme extrêmement intelligent. Particulièrement doué en magie, il m'a fasciné car il a un vrai plan qui je pense va prendre son sens dans les tomes suivants. Silyen est ce genre de personnage dont vous ne savez pas immédiatement s'il est l'antagoniste principal ou un héros. Sincèrement, ses intentions ne sont pas toujours claires dans ce premier tome mais je ne pourrai pas dire avec certitude dans quel camp il va pencher. C'est l'un des aspects du roman qui m'a beaucoup plus, ces personnages un peu flous comme Gavar et Silyen, qui ne sont pas des saints mais qui ont l'air suffisamment profonds pour nous surprendre dans les tomes à venir. On ne sait littéralement pas dans quel camps ils vont finir par pencher. 

Enfin, il faut parler de la petite Daisy, dix ans, benjamine de la fratrie Hadley qui a pour tâche - étonnante - de s'occuper de la fille de Gavar. Daisy, va prendre un poids extrêmement important au fur et à mesure que l'intrigue avance et j'ai été proprement horrifiée par le personnage. Elle est très très dérangeante et je trouve que l'auteure a su très bien exploiter un personnage aussi jeune.

Le roman est assez noir je ne vous le cache pas, sans être illisible non plus par des âmes un peu sensibles. La fin est assez magistrale comme l'était le prologue et le suspense qu'elle crée donne immédiatement envie de plonger dans la suite. 
Je ne l'ai malheureusement pas encore sous la main mais j'espère pouvoir lire le tome 2 et 3 rapidement. 

Si vous avez envie de quelque chose d'un peu différent qui risque de vous sortir de votre zone de confort, alors n'hésitez pas et plongez dans Gilded cage, traduit en français chez Nathan sous le titre Les puissants.

Bonne lecture!

dimanche 14 octobre 2018

Thunderhead - Arc of a Scythe #2 - Neal Shusterman



A+

ATTENTION, spoilers si vous n'avez pas lu le tome 1, Scythe (La Faucheuse)



Présentation de l'éditeur: « Les humains apprennent de leurs erreurs. Moi pas. Je ne commets jamais d’erreur. »
Le Thunderhead, l’intelligence artificielle qui gouverne le monde, a interdiction de se mêler des affaires de la communauté des faucheurs.
Il ne peut qu’observer… et il n’aime pas ce qu’il voit.


Après la victoire de Citra, désormais Scythe Anastasia, le calme semble être revenu dans la communauté des faucheurs, du moins en apparence. Quelqu'un semble vouloir s'en prendre à Scythe Curie et à Citra qui a obtenu le respect de sa Communauté. Parallèlement, un Faucheur solitaire connu sous le nom de Scythe Lucifer, fait régner la terreur parmi les anciens membres de la nouvelle garde ralliés à feu Scythe Goddard et à tous les faucheurs qu'il ne juge pas digne de leur tâche. 

De son côté, le Thunderhead fait le lien entre plusieurs évènements qui ne lui plaisent pas du tout, tout comme la direction que prend l'humanité pour le moins insatisfaisante. Comment peut-il changer ce qu'il voit du futur sans interférer avec la Communauté? C'est toute la question qui va se poser pour l'IA ainsi que pour Citra et Rowan plus en danger que jamais. 

J'ai adoré cette suite. Elle est à la fois dans la pure continuité de Scythe tout en ayant véritablement sa propre identité. Le monde n'est plus nouveau pour le lecteur et les enjeux ne sont clairement plus les mêmes que dans la première histoire tout en étant parfaitement dans la continuité de ce qu'il s'est passé auparavant.

Au niveau de l'implication émotionnelle, je dirai que ce tome est encore plus fort que le précédent, il faut avoir le cœur bien accroché parce que nos héros vont encore souffrir. Rowan est particulièrement abimé après ce qu'il lui ait arrivé à la fin de Scythe et le personnage prend un tour logiquement plus sombre même si c'est toujours la même idée qui le guide. Citra est pleine de doutes et doit assumer sa tâche avec impartialité ce qui n'est pas aisé dans ce panier de crabe qu'est la Communauté déchirée par les idées de Goddard. 

L'intrigue ne manque ni de souffle ni de dynamisme et Thunderhead se lirait même presque plus vite que le premier tome. Il faut dire que j'ai lu quasiment les deux tomes à la suite et que j'étais encore bien prise par ce qu'il s'était passé dans le tome un. Je trouve que Scythe et Thunderhead forme un vrai diptyque qui mérite d'être lu ensemble. Clairement le tome trois sera un peu à part vu la fin - et quelle fin!
Demandez à Glow, on ne s'en est toujours pas remise tellement elle est forte et bien et forte - je l'ai déjà dit non?. Elle vous attrape à la gorge avec une efficacité redoutable. 

Ce que j'ai préféré dans ce second volume c'est l'importance que Neal Shusterman donne à l'IA et la vision qu'il nous propose, loin de ce qu'on peut lire dans de la dystopie "classique".
De façon logique et intelligente, on poursuit le contrepied au genre entamé dans le tome un. Dans la plupart des romans de SF mettant en scène une IA surpuissante, celle-ci fini par se retourner contre son créateur. Elle est très souvent perçue comme une menace ce qui semble légitime dans la mesure où on se demande si l'IA ne nous trouverait pas à la longue, plutôt obsolète. 
Or le Thunderhead n'est jamais une menace, au contraire, il est parfait et fait preuve souvent d'une meilleure compréhension de l'être humain et de plus d'empathie que les humains eux-même. La technologie n'est pas un frein ici, seule la nature de l'Humain peut l'être. 
Les actions du Thunderhead sont réellement très intéressantes et donne matière à réfléchir notamment à travers un nouveau personnage dont je ne dévoilerai rien ici. 

C'est difficile de parler plus en détail de ce second volume sans trop vous en dire mais si vous avez aimé le tome un, vous aimerez celui-ci et normalement vous serez comme Glow et moi, impatientes de lire la suite et de voir ce qu'il advient de la Terre. Il se passe tellement de choses dans ce tome que ce n'est pas un vain mot que de dire que Thunderhead est un vrai page-turner. 

Neal Shusterman est définitivement un excellent auteur de sciences-fiction pour young et moins young adult. Il aborde des thématiques complexes et denses, et sait mêler celles-ci à une trame narrative pleine d'action et de rebondissements. 
Glow nous recommande chaudement son autre série, Les Fragmentés qui explore là encore la mort, la moralité, l'humanité dans tout ce qu'elle a de complexe. 

Je vous laisse avec l'interview de l'auteur que nous avions réalisée avec Glow pour le journal Actu SF il y a quelques mois. Si le thème de la surpopulation en SF vous intéresse, je vous recommande également les deux vidéos faites par DirtyBiology et Nexus VI sur youtube qui vous parle de tout ça.
Bonne lecture et vivement le tome trois.

mercredi 10 octobre 2018

Scythe (La Faucheuse) - Arc of a Scythe #1 - Neal Shusterman


A+

Présentation de l'éditeur: Les commandements du Faucheur :
Tu tueras.
Tu tueras sans aucun parti pris, sans sectarisme et sans préméditation.
Tu accorderas une année d’immunité à la famille de ceux qui ont accepté ta venue.
Tu tueras la famille de ceux qui t’ont résisté.
MidAmérique, milieu du 3e millénaire. Dans un monde où la maladie a été éradiquée, on ne peut plus guère mourir qu’en étant tué aléatoirement (« glané ») par un faucheur professionnel. Citra et Rowan sont deux adolescents qui ont été sélectionnés pour devenir apprentis-Faucheurs ; et bien qu’ils aient cette vocation en horreur, ils vont devoir apprendre l’art de tuer et comprendre en quoi cette mission est bel et bien une nécessité.

Il est très difficile de résister à l'enthousiasme d'une Glow lorsqu'elle volète autour de vous en répétant: "c'est trop bien c'est trop bien c'est trop bien". Forcément, on est intrigué et on fini par demander un peu d'explications et on se retrouve à bouloter deux volumes d'une série et à attendre le troisième avec fébrilité. Thank you very much...

Scythe (La Faucheuse) de Neal Shusterman explore à fond le rapport des humains à la mort et leur propre humanité.
Grâce au Thunderhead, un super ordinateur, la Terre a trouvé un équilibre. Il gère la production, l'alimentation, le climat et fait de la Terre une planète prospère et surtout, le Thunderhead a dompté la mort et la maladie. Plus de vieillissement naturel, plus de maladie mortelle et plus de meurtres ni de suicides. En conséquence, la population s'est accrue mais puisque la mort n'est plus un soucis, l'Humain s'est vu dans l'obligation de trouver une alternative au problème de surpopulation.
Il est donc créé la Communauté des faucheurs: une communauté humaine chargée de s'occuper de réguler la population par le respect d'un cota de glanage - de morts - à accomplir par an. Contrairement au reste de la population, en contact permanent avec le Thunderhead, les faucheurs et l'IA n'ont pas le droit de communiquer et le Thunderhead n'a pas le droit d'interférer avec la Communauté sous quelque forme que ce soit.
Nous découvrons la Communauté et cette nouvelle Terre à travers les yeux de Citra, jeune fille brillante et déterminée et de Rowan, enfant délaissé d'une famille trop nombreuse qui s'ennuie un peu dans une existence sans goût. Ils sont pris en apprentissage par Scythe Faraday, un homme de l'ancienne école qui choisi ses glanages par rapport aux statistiques du monde d'avant.
Scythe Faraday est un homme droit, qui prend son travail très au sérieux et qui s'est fixé une ligne directrice dont il ne veut pas déroger. L'apprentissage est dur mais sage et Scythe Faraday est un personnage vraiment très intéressant, complexe et profond, bien que froid.
Les Scythes, une fois qu'ils sont intronisés se choisissent un nom ainsi qu'une couleur de robe particulière ce qui efface leur ancienne identité. Parfois le choix du nom est très significatif, d'autres fois non. Faraday est un homme rationnel ce qui lui convient bien.
On fait également la connaissance de Scythe Curie, une autre membre de la vieille garde, une faucheuse très célèbre pour avoir glané les dirigeants de l'ancien monde. Sa méthode à elle est très différente, moins scientifique que celle de Faraday, Curie glane grâce à sa profonde compréhension de l'âme humaine en repérant les âmes fatiguées de vivre. Cela m'a fait penser dans une certaine mesure aux réflexions du héros de Altered Carbon qui nous dit que souvent au bout d'une régénération les gens préfèrent se stocker car deux vies vécues sont finalement assez éprouvantes. Scythe Curie repère ces gens et les glane.
Un point sur la traduction française: en anglais Neal Shusterman utilise l'épithète Scythe que ce soit pour un homme ou une femme. En français, Scythe Faraday devient Maitre Faraday et Scythe Curie, Dame Curie. Je trouve ça dommage d'avoir genré l'épithète car ça diminue l'impact des faucheuses femmes. Quitte à genrer pourquoi ne pas avoir mis Maitre et Maîtresse qui restaient semblables. Personnellement j'aurai opté pour Faucheur Faraday et Faucheuse Curie qui restait au final plus proche de la version et de l'idée d'origine.
Si Scythe Faraday et Scythe Curie sont des personnages complexes il n'en reste pas moins attachants et intéressants car on partage des valeurs communes avec eux. Ce n'est pas le cas de tous les faucheurs et on découvre vite Scythe Goddard et sa bande, les membres de la nouvelle garde qui eux revendiquent leur toute puissance par rapport au commun des mortels, l'envie de tuer et de le faire violemment ou en masse si besoin et l'abolition des quotas.
Car oui, les Scythes doivent rendre des comptes. Ils sont censés remplacer la mort et donc se montrer impartiaux comme cette dernière et tuer sans préjugé. Un faucheur qui tuerait trop dans la même communauté ou dans la même classe sociale pourra être sanctionné. De même s'il glane trop ou pas assez.
Le monde des Scythes est, au moment de notre histoire, en pleine mutation et Citra et Rowan vont devoir se faire une place parfois par la force. C'est ce point de bascule que Neal Shusterman veut nous montrer, celui où la nature humaine capable de belles choses peut aussi être responsable du pire.
L'univers de Neal Shusterman est passionnant. Il est à la fois simple et complexe, innovant en matière de gestion de la surpopulation et de la mort, du transhumanisme aussi et explore à fond notre rapport à la morale.
Nous sommes ici purement dans un roman d'anticipation et de dystopie dans la lignée des Hunger Games ou Divergent qui s'interrogent sur notre société, ses dérives, sa réorganisation etc. Pourtant, Scythe prend absolument tout le temps le contrepied des codes du genre.
Dans la dystopie classique, les héros sont toujours des rebelles qui se mobilisent contre l'ordre établi pour faire changer la société et l'améliorer, la rendre plus juste ou moins violente. Or ici, c'est absolument le contraire. Citra et Rowan et dans une moindre mesure Faraday et Curie, sont du côté de l'ordre et entendent bien ne pas le laisser sombrer dans le chaos par des gens assoiffés de sang et de pouvoir comme Goddard.
La question de la morale et de la justice sont elles aussi primordiale. Comment gérer la mort? Comment se substituer à elle de façon juste et équitable pour tous? Parce que finalement, dans cet univers il n'est question que d'une illusion d'immortalité. Pour maintenir la planète en bon état, il faut un quota de morts par an. Si statistiquement, vous avez moins de chance de mourir que maintenant, vous n'êtes pas vraiment immortel. Vous ne l'êtes que dans la mesure où un faucheur ne vous glane pas. Alors certains auront quatre-vingt ans et l'aspect d'un trentenaire, d'autre plus de cent et d'autres que seize sauf qu'au lieu d'une mort "naturelle", ce sera le Scythe le responsable.
Cette question de laisser la mort à l'Humain est assez fascinante car c'est l'abolition de la dernière égalité. Si on omet volontairement les cas où les humains s'entre-tuent, la mort "naturelle" ne fait pas de différence entre religion, couleur de peau, âge ou moralité de l'être en question. Jeune ou vieux, riche ou pauvre, elle peut survenir n'importe quand.
L'auteur est aussi très fort dans sa description de cette MidAmérique dans laquelle se passe l'action. Le patrimoine génétique des humains est plus riche qu'il ne l'a jamais été et il parvient à placer son action dans un monde "non uniformément blanc" et dans une zone géographique peu exploitée en SF en général.
Au-delà d'être un excellent roman de SF, Scythe, à l'instar de Altered Carbon, pose de nombreuses questions philosophiques sur notre vie, notre rapport au corps et à notre propre mortalité que je ne peux pas vous détailler ici. Il vous faudra faire votre propre lecture sur cette oeuvre si riche.
Soutenu par une narration excellente et endiablée, on plonge dans ce premier tome pour en ressortir tout étourdi, la tête plus pleine de questions que de réponses.
Je vous laisse avec l'interview de l'auteur que nous avions réalisée avec Glow pour le journal Actu SF il y a quelques mois et je vous dis à dimanche pour la chronique sur le tome 2: Thunderhead. Et si le thème de la surpopulation en SF vous intéresse, je vous recommande également les deux vidéos faites par DirtyBiology et Nexus VI sur youtube qui vous parle de tout ça.
Bonne lecture!

mardi 18 avril 2017

Le Projet Starpoint - Marie-Lorna Vaconsin


Hello everybody!
Oui je sais je sais...j'ai un peu (oui un peu!) tardé à écrire une nouvelle chronique, non pas par manque de lecture, that's quite impossible really, mais par manque de temps. Le mois de mars est toujours mouvementé en librairie, inventaire, nouveautés etc et j'ai pas mal travaillé. En plus, Benedict mon ordinateur adoré (non rien à voir avec Cumberbatch, lisez les Princes d'Ambre), refuse de se connecter à internet...Je dois donc trouver des solutions alternatives, d'où le retard de ce billet! Aujourd'hui donc je vous parle du premier tome de la série Le projet Starpoint: La fille aux cheveux rouges, de Marie-Lorna Vaconsin publié à la Belle colère le 2 mars 2017.

Stay tuned, d'autres chroniques arrivent.

Présentation de l'éditeur: Pythagore Luchon a 15 ans. Il habite dans la ville de Loiret-en-Retz et s'apprête à entrer en seconde pour une année scolaire sans surprise : travailler – un peu –, écouter de la musique – souvent –, draguer les filles autant que cela lui sera possible, et notamment à l'occasion de la prochaine fête de rentrée pendant laquelle il officiera comme DJ. Il ne se fait aucune illusion sur les railleries qu'il devra endurer au sujet de sa mère – prof de maths au lycée –, ni sur la peine que lui causeront ses passages à l'hôpital pour rendre visite à son père – brillant chercheur en physique quantique, plongé dans le coma à la suite d'une agression. Toutefois, une chose le réjouit : il va bientôt retrouver Louise, sa meilleure amie, la fille du gardien du lycée.
Le jour de la rentrée, Pythagore découvre que Louise a apparemment décidé de se passer de leur amitié. Elle s'est liée à une nouvelle élève du nom de Foresta Erivan, dont la présence à ses côtés est d'autant plus intrigante que les deux filles n'ont rien en commun. Louise est une geek passionnée de sciences et d'ingénierie, tandis que la nouvelle élève affiche un look d'un autre genre : elle a les cheveux rouges, s'habille toujours en noir, souvent en cuir, et distribue des gifles à ceux dont elle n'apprécie pas le comportement. À son contact, Louise s'isole de ses anciens amis, se désintéresse de son travail et commence à sécher les cours. Pythagore déplore silencieusement la présence de cette nouvelle élève qui l'irrite autant qu'elle l'attire, jusqu'à ce qu'elle débarque chez lui en pleine nuit pour lui annoncer la disparition de Louise. Elle lui explique que, pour la retrouver, ils doivent passer par ce qu'elle appelle l'" angle mort " des miroirs. Pyth la suit sans se douter qu'il est sur le point de basculer dans un monde parallèle – le monde dans lequel Foresta a grandi, et où Louise est sur le point de se perdre.

Ecrire un premier tome d'une série n'est jamais une chose aisée. C'est un savant mélange qui demande autant de patience que d'ingéniosité car il faut arriver assez rapidement à donner corps à un univers entier, suffisamment construit pour que le lecteur•trice puisse avoir des repères facilement sans toutefois être trop banal ou sans intérêt. De la même façon, l'auteur•trice doit savoir poser un décor, des personnages et une intrigue qui reste consistante sans toutefois déborder afin que l'envie de lire la suite perdure.

On ne va pas y aller par quatre chemins, j'ai beaucoup aimé ce premier tome. Je le trouve très correctement rythmé avec suffisamment de matière pour donner envie de lire la suite et du corps pour bien comprendre l'univers dans lequel il est ancré.

Pythagore est un ado, un vrai, avec ses complexes, ses envies (parfois plus ou moins avouables) et une identité propre. Ce n'est jamais évident à écrire les personnages d'adolescents, surtout lorsque le récit est à la première personne masculine et que l'auteure est une femme (l'inverse est tout aussi vrai). L'équilibre est délicat car le héros ne doit pas passer pour trop enfantin, voire idiot ce qui est un risque certain avec les adolescents, et en même temps il ne doit pas être trop mûr. Je déteste les récits où les adolescents ont l'air d'être des adultes de quarante ans. Si le contexte le justifie, une certaine dureté est bienvenue, ne me faite pas dire ce que je n'ai pas dit, certains adolescents ont eu une vie plus dure que bien des adultes mais globalement et à moins d'être dans une histoire tragique, un comportement très adulte a tendance à me faire lâcher le livre avant la fin parce que pour être honnête les ados ne sont pas les individus les plus matures de l'univers. Ici Pythagore est très bien rendu. On le sent jaloux, blessé, triste, excité, joyeux, paniqué, il est très concret comme si l'auteure s'était inspirée d'un vrai adolescent et son nom lui va comme un gant. J'avoue je trouvais ça un peu too much Pythagore mais finalement, non seulement c'est cohérent avec sa famille - scientifique et professeur de mathématique - et à la lecture c'est un prénom tout à fait agréable.

Foresta Erevan quant à elle ressemble beaucoup aux héroïnes actuelles de SF/dystopie. Elles sont belles, mystérieuses, fortes, courageuses etc etc. Malgré tout Foresta est un personnage très agréable et plutôt loin du cliché commun. Elle aussi bénéficie d'un contexte assez fort et l'esprit cliché ou superficiel du personnage que l'on pourrait redouter de prime abord, s'efface bien vite lorsque l'on apprend son secret. Sa maturité ainsi que la couleur de ses cheveux ou même son style vestimentaire trouvent une explication logique et intéressante lorsque l'on sait d'où elle vient. Pythagore s'en rend compte lui-même d'ailleurs, notamment au niveau de sa tenue!

De plus, elle est bien complétée par Louise, la meilleure amie de Pyth, qui est une bricoleuse acharnée, une touche à tout, une curieuse.
Pythagore nous répète plusieurs fois que Louise n'est pas une fille maquillage, vêtements etc. J'avoue que ce cliché de "Je ne suis pas une vraie fille" parce que je n'aime ni la mode ni le maquillage opposé à "je suis une vraie fille girly/rose/paillette/nunuche" m'agace. Je ne vois pas l'intérêt de mettre en opposition les deux...comme si on disait "je ne suis pas un vrai garçon je n'aime pas les voitures et le sport" et "je suis un mec superficiel et bas de plafond parce que j'adore le tunning". C'est faire rentrer les gens dans des cases bêtes en excluant tous ceux et celles qui ne correspondent pas à une définition étriquée. Cela dit....avant de m'accuser de râler, je précise qu'ici Marie-Lorna Vaconsin évite l'écueil car cette caractéristique nous aide simplement à imaginer Louise sans qu'il n'y ait de jugement de valeur de la part de Pythagore. Louise est un peu comme une sœur pour lui, leur relation est parfaitement platonique. D'ailleurs cette dernière n'est pas insensible aux charmes masculins ce qui mis bout à bout offre un personnage complexe aux multiples facettes! Et ça...j'adore évidemment.

J'ai beaucoup aimé aussi le fait que ça ne se passe pas à Paris mais en Bretagne et pas la Bretagne des cartes postales. C'est chouette de sortir du parisianisme littéraire et de voir qu'il y a une vie en dehors, notamment pour pas mal d'ados qui ont l'impression de vivre dans un bled paumé. L'ambiance au lycée de Pythagore ainsi que les élèves de sa classe de seconde sont très bien rendus. Il y a les différents groupes, les populaires, les fils et filles à papa, les coqueluches et les moins coqueluches et les gens qui se connaissent depuis la maternelle. Une jolie réussite pour la partie "terrestre" du roman.

Mais parlons peu parlons bien. L'univers de SF que Marie-Lorna Vaconsin met en place est une tuerie! Scientifique, géologique, un monde avec des lois physiques différentes des nôtres, un monde sous l'océan...bref j'ai adoré. Je ne pense pas que ça plaira à tout le monde car l'univers est très marqué cependant alors qu'on entend souvent dire que la SF et la Fantasy ne se renouvelle jamais, que les auteur•es et les maisons d'édition surfent sur des vagues de mode, on ne pourra pas dire que c'est le cas de Marie-Lorna Vaconsin et de la Belle colère. L'univers est définitivement original et terriblement personnel. J'ai vraiment hâte de lire la suite, le second tome ayant l'air d'être plus axé vers le monde de Foresta. Il reste plein de choses à découvrir, des personnages mystérieux que j'ai hâte de retrouver.

Pour conclure, ce premier tome était excellent et même si je pense qu'il ne séduira pas tous le monde, il a définitivement des atouts pour devenir une solide référence en SF pour ados et jeunes adultes. J'attends la suite avec impatience et je le recommande franchement.

vendredi 3 février 2017

Altered carbon - Takeshi Kovacs #1 - Richard Morgan


Takeshi Kovacs ou la vie dans le formol des circuits électriques

A-

Présentation de l'éditeur: Dans un avenir pas si lointain, la mort n’est plus définitive : vous pouvez sauvegarder votre conscience et vos souvenirs et les réimplanter dans un nouveau corps. De fait, pour Takeshi Kovacs, mourir n’est plus qu’un accident de parcours : il a déjà été tué plusieurs fois. C’étaient les risques du métier dans les Corps diplomatiques, les troupes d’élite du Protectorat des Nations unies expédiées à travers la galaxie. Mais cette fois, on le ramène sur Terre pour mener l’enquête : un riche magnat veut élucider sa propre mort. La police a conclu au suicide. Or, pourquoi se suicider quand on sauvegarde son esprit tous les jours, certain de revenir parmi les vivants ? 

Si vous êtes fan des univers de SF, si vous n'avez pas peur de lire quelque chose d'un peu musclé et disons-le bourrin, vous devez lire Altered carbon de Richard Morgan et découvrir l'agent des corps diplomatiques Takeshi Kovacs!

Plus encore que dans n'importe quel genre, c'est bien en SF et en Fantasy que l'univers dans lequel se place le roman a le plus d'importance. Même si l'intrigue est bonne, elle sera nécessairement desservie par un environnement fade ou inexistant. Nul besoin de faire preuve d'une originalité folle avec des systèmes politiques et/ou hiérarchiques jamais encore lus, si l'univers est réfléchi et bien conçu sa vraisemblance coulera de source. C'est un exercice particulièrement délicat à accomplir. De plus, sans exposer bêtement un système de vie et de croyances, il convient de l'introduire à bon escient afin que le lecteur se sente à l'aise dans l'univers créé sans avoir l'impression d'assister à un brief de mission de l'armée américaine. 

J'ai peut-être l'air d'enfoncer des portes ouvertes mais croyez-moi c'est beaucoup plus difficile à faire qu'il n'y paraît. Pour illustrer le propos allez zyeuter (si ce n'est pas déjà fait) les mondes de George Martin et Robin Hobbs pour les anglo-saxons et ceux de Pierre Pevel, Jean-Philippe Jaworski ou encore Alain Damasio pour les grenouilles histoire de voir comment on fait. Tout ça pour dire que la construction d'un univers dense et cohérent est ce que je juge en premier dans un roman de SF et Richard Morgan s'en tire carrément bien. 

Chez Takeshi Kovacs, originaire d'un autre système solaire que le nôtre colonisé par des japonais qui ont fait venir de la main d’œuvre slave bon marché, d'où la consonance de son nom, l'idée même de la Terre est plutôt lointaine. C'est même encore plus lointain lorsque l'on fait parti des Corps Diplomatiques, unité d'élite surentraînée qui sert de mercenaires pour les conflits de la galaxie. A vrai dire c'est même encore plus lointain lorsqu'on a décidé d'obéir à ses propres lois et qu'on se retrouve stocké en taule pour 120 ans...

Il faudra bien vite se débarrasser de l'idée que le corps que vous habitez est vous puisque dans l'univers de Altered Carbon, seul votre esprit et votre mémoire comptent, stockés dans une pile implantée dans le haut de la colonne vertébrale, et c'est un point extrêmement dérangeant. Cette idée que votre esprit est stocké à votre mort (ou pendant une détention) en attendant que votre famille puisse réunir les fonds pour vous faire ré-envelopper (ou que vous ayez effectué votre peine de prison) est quand même terriblement atroce quand on y pense. Au-delà de l'idée plutôt cool que la mort et surtout la maladie n'est plus un soucis, on se rend vite compte que beaucoup de gens n'ont pas les moyens de faire ré-envelopper leurs morts, que les centres de stockage sont remplis de millions d'esprit de gens et que surtout les ré-enveloppement sont possibles grâce à des corps différents du votre (synthétique ou carrément celui d'une autre personne, genre un détenu...) si vous n'avez pas les moyens de vous faire cloner de votre vivant.
Dans nos sociétés de l'hyper-apparence, Altered carbon a de quoi vous foutre le vertige! 

Rajoutez à ça qu'entre les Maths - pour Mathusalem- ces êtres rendus virtuellement immortels grâce au clonage et aux multiples stockages de leur esprit et de l'autre côté les Catholiques qui refusent - sous serment certifiés - d'être stockés ou ré-enveloppés car leur âme ne peut être conservé dans une pile, ce qui fait d'eux les cibles parfaites pour tout type de trafics, on se retrouve avec le tournis des infinies possibilités de cette nouvelle société. 

Et nous n'avons pas encore abordé le sujet de cette femme qui secrète par ses muqueuses - toutes ses muqueuses - une drogue qui fait planer quand elle est excitée.... 
 

Heureusement au milieu de tout cet environnement qui pourrait être vite indigeste, Takeshi est un personnage solide sur ses jambes, qui bien qu'assez cynique sur ce qui l'entoure fait figure d'ancre bienvenue. Repère solide et décomplexé il nous aide à naviguer dans les eaux tumultueuses de cette Terre étrange et c'est avec lui que l'on découvre les prémices de son enquête. Le personnage malgré son cynisme est rapidement attachant et on veut comprendre pourquoi on l'a plongé lui dans un sacré merdier. Vous vous en doutez, l'affaire ne va pas être de tout repos et pas mal de monde veut lui faire la peau.

Ce roman est vraiment passionnant car outre son univers complexe, l'intrigue policière elle-même vous prend dans ses filets et on le dévore à vitesse grand V.

en VF chez Bragelonne et Milady
En revanche, le roman est assez bourrin et violent, si jamais vous n'aimez pas trop les scènes de bastons ou de torture, puisqu'il faut parler franchement, passez votre chemin. L'univers dans lequel navigue Takeshi est un univers largement en guerre ou tout du moins en guerre déguisée par de grosses multinationales et une pègre bien organisée.

De la même façon, cette idée de pile qui sauvegarde nos souvenirs et notre personnalité est un concept assez brutal qui, je ne vous le cache pas, m'a mise quand même un peu mal à l'aise. On ne pourra cependant pas reprocher au roman de fournir matière à réflexion. Ce fut un réel plaisir de lire un roman qui non seulement m'a divertie mais qui m'a aussi interpellée sur notre société, notre rapport au corps et à l'identité en général.
Altered carbon ferait une bonne base de questionnement sur ce genre de sujet mais je ne peux malheureusement pas vous parler de tout aujourd'hui sans vous spoiler salement l'intrigue. Sachez dans tous les cas que les idées de Richard Morgan ont suffisamment de mordant pour que vous vous preniez au jeu sans vous en rendre compte.

Ce premier tome de la trilogie Takeshi Kovacs vaut sacrément le coup et je vous le recommande chaudement. Quant à moi, je n'aimerai pas vraiment vivre dans cette univers là mais j'irai lire les suivants sans aucun doute.

Bonne lecture!

mercredi 5 février 2014

Jake Djones Gardien du temps - #1 Mission Venise - Damian Dibben


Présentation de l'éditeur: Tandis qu'il rentre du collège en un jour londonien pluvieux, Jake Djones, 14 ans, est enlevé par des ravisseurs peu communs. Ils prétendent agir pour sa propre sécurité et l'emmènent au quartier général de leur organisation, en Normandie au XIXe siècle! Ils connaissent bien les parents de Jake, et veulent comme lui les retrouver. Mais ça ne va pas être facile : ces derniers sont perdus... quelque part dans le passé.

Je n'avais jamais entendu parler de Jake Djones, ni sur les blogs que je lis fréquemment, ni dans la presse, ni sur le net. J'étais passée complètement à côté de cette parution, jusqu'à ce que ma collègue, la Capitaine jeunesse - tenez-vous bien - me montre les deux premiers tomes de cette série. Le résumé avalé, je me dis que je DOIS découvrir Jake Djones, vous pensez: voyages dans le temps, c'est carrément ma branche.  

Le roman m'a tenue en gros deux soirées, autant dire que je l'ai littéralement englouti. C'est donc d'une bonne surprise dont je vais vous parler aujourd'hui.  

Ce que j'aime bien dans ce genre de romans où l'on suit plusieurs héros, c'est que souvent il y en a pour tous les goûts. C'est bien le cas ici, à n'en pas douter, chacun peut tenter de se retrouver ou d'éprouver plus de sympathie pour l'un ou l'autre des personnages. Dans ce premier tome nous suivons donc un petit groupe de quatre adolescents, trois garçons, une fille, dont deux sont anglais, un est américain et la dernière est françaises, tous nés à des époques différentes. Ils ont entre 14 et 16 ans et sont véritablement différents les uns des autres ce qui forme une bande hétéroclite dont on veut connaitre les aventures.
Je dois admettre que Damian Dibben sait bien croquer ses personnages. Qu'il s'agisse des adultes de l'organisation ou des enfants chargés de sauver le monde, ils ont chacun leur place et leur personnalité propre. C'est vraiment très agréable en vérité, d'autant plus que dans ce premier tome, se noue une sous-intrigue chez les adultes dont je veux connaitre la suite. Pour les "grands" lecteurs comme moi, c'est particulièrement appréciable d'avoir une histoire parallèle dans laquelle je peux me retrouver. Les personnages se répondent bien également, leurs relations bien esquissées et rapidement mises en place avec un léger suspense qui nous fait dire qu'on en voudrait bien encore un peu.

Damian Dibben fait le choix, classique somme toute, de faire débuter son intrigue par un mystère pour le héros: pourquoi ses parents ont disparu et qui vient de l'enlever sans ménagement? Outre que ces deux questions trouvent très rapidement des réponses - il n'est pas question de faire languir inutilement le lecteur - nous sommes embarqués aux côtés de Jake. Je disais que c'était une technique classique, faire entrer le lecteur ou le spectateur dans un univers en même temps qu'un novice, c'est effectivement une ficelle largement utilisée. Cependant, je pense qu'elle est souvent un excellent point de départ à une intrigue et à un univers nouveau et plus facile à maîtriser. Ici les explications semblent logiques, sans être répétitives et ne sont pas juste "exposées" entre deux paragraphes. Peu d'auteur•e•s peuvent se permettre de présenter un monde/une organisation comme le font Georges R.R. Martin et Robin Hobbs. Du coup, je trouve l'emploi de ce procédé plutôt bien mené. 

Nous faisons donc la connaissance de Jake et des autres personnages en même temps que ce dernier. J'ai beaucoup aimé le voir évoluer. Un peu effrayé au départ, l'adolescent prend vite de l'assurance - retrouver ses parents et éblouir Topaze Sainte Honoré sont deux bonnes motivations - et c'est très agréable de le voir se comporter presque en véritable agent à la fin du tome 1. Même si ses initiatives ne sont pas toujours heureuses, on sent un garçon compétent. J'ai beaucoup apprécié Charlie et Mlle de Saint Honoré aussi. Charlie et son goût pour la cuisine, ce qui est assez rare je dois avouer en littérature jeunesse, et Topaze est une bonne héroïne, efficace et sûre d'elle sans être jamais arrogante. Ce qui n'est pas le cas de Nathan...qui m'a fait beaucoup penser à Nathan Fillion. Il est horripilant au possible mais parfois terriblement attachant. Une ambivalence intrigante et bienvenue.

En ce qui concerne le voyage dans le temps, je trouve que l'auteur s'en sort très bien. Damian Dibben parvient à éviter les écueils du genres notamment parce qu'il a l'intelligence de situer son intrigue hors des grands évènements historiques. Si le lecteur se promène dans l'Italie du début du XVIe siècle, puis en Allemagne à la même époque, à aucun moment nous ne croisons de personnages historiques, ni ne nous retrouvons en plein milieu d'un évènement marquant. En plaçant ses intrigues dans un décor, plus que dans un espace temps, Dibben reste maître de sa narration et peut, de la sorte, faire vivre de véritable intrigues et aventures à ses personnages tout en utilisant un contexte particulier. C'est une donnée qui m'a séduite, à aucun moment je n'ai souffert des anachronismes ou clichés inévitables dans ce genre de romans. C'est reposant!

J'ai adoré son concept de société secrète basée sur le Mont St Michel au XIXe siècle avec des agents de toutes les époques se retrouvant là dans un pot-pourri de costumes et de coutumes. L'idée également que certaines personnes puissent voyager dans le temps, grâce à des capacités particulières est aussi sympathique. Pas de machine mais une potion qui active un don présent en ceux qui voyagent et entraînent avec eux, passagers et matériels. Un brin de science, de l'imagination...tout ce que j'aime.

Un récit aux personnages bien croqués, qui rentre rapidement dans le vif du sujet et prend le lecteur par la main jusqu'à la dernière page.

Bon, on lit la suite non? Je te confirme Cheshire, on lit la suite!

lundi 6 janvier 2014

Le duc de fer (The Iron Duke) - The Iron Seas #1 - Meljean Brook


COUP DE COEUR DE PERSEPHONE

Présentation de l'éditeur: Il a libéré l'Angleterre du joug de la Horde. Pour tous, il est le duc de Fer, héros craint et adulé. Pourtant, quand un homme assassiné est retrouvé chez lui, Rhys Trahaearn comprend que certains ne le craignent pas. A commencer par Mina Wentworth, chargée de l'enquête. Séduisante, mystérieuse... et très douée. La posséder devient bientôt l'unique quête de Rhys, alors qu'une conspiration menace l'Angleterre.

Cela faisait un moment que j'avais le tome 1 en ma possession mais comme d'habitude, too many books, too little time. Aussi, alors que je n'avais plus rien à lire - comprendre, j'avais des tonnes de livres mais envie de n'en lire aucun - j'ai exhumé de ma bibliothèque le premier tome de la série The Iron Seas de Meljean Brook (à noter que seul le tome 1 est pour le moment sorti en VF). Bien m'en à pris cher•e ami•e lecteur/trice car j'ai découvert un univers Steampunk vraiment bien conçu qui ravira les fans du genre.

J'ai douté au départ du bien fondé de la publication du Duc de Fer dans la collection Crépuscule de J'ai lu pour elle. En effet, à part un résumé vaguement "romance" le premier quart de l'intrigue n'avait rien de vraiment romance et j'étais plongé dans de la plus pure SF. Un petit tour sur le site internet de l'auteure m'a permis de vérifier qu'en effet, elle se considère comme une auteure de Steampunk et de Paranormal Romance et que la série des Iron seas fait effectivement parti de ces séries de paranormal romances avec moult petites novellas entre deux tomes: soit un univers complet à explorer. Chic chic chic.

J'ai donc plongé la tête la première dans l'Angleterre de Mina Wentworth. Je dois bien admettre que ce qui m'a séduite d'emblée, et qui reste ce que j'ai préféré dans ce premier tome, est bien entendu l'univers: riche, complexe et pensé, c'est finalement assez rare de trouver son égal, combiné à de la romance. La plupart du temps, le steampunk sert de joli verni à une autre histoire mais n'est jamais vraiment le thème ni le sujet principal du roman. J'ai beau adorer The Parasol Protectorate, l'univers développé par Gail Carriger reste néanmoins très XIXe siècle. Pas de quoi perturber le lecteur. Un joli enrobage steampunk, notamment au niveau des vêtements et de quelques armes, relève le tout mais ce n'est peut-être pas ce que l'on retient le plus à côté des loups-garous piquants et de l'héroïne et son ombrelle. Ici au contraire, l'univers est particulièrement bien travaillé. Le Steampunk représente la base même du récit. Tout l'outillage développé par le Forgeron - des yeux mécaniques aux objets pour des jeux érotiques en passant par les bras-pillons et les jambes haches - nous plonge dans un monde hybride où l'homme est allié à la mécanique, des "steamborg" qui ressemblent à leurs cousins cyborg - l'homme allié à la cybernétique - le numérique en moins. La présence des nanoagents utilisés pour contrôler les bogués mais servant aussi à soigner et réparer l'homme et la femme blessée ont une réelle importance, jusqu'aux petits détails qui font penser à l'épisode de Doctor Who: Are you my mommy?

A côté de l'attrait steampunk qu'a exercé sur moi The Iron Duke, j'ai été très agréablement surprise par la gestion de l'Histoire et du temps. Pour moi, il ne faisait aucun doute que le Steampunk ne pouvait que se placer dans une Angleterre victorienne, en pleine Révolution industrielle. Cependant, Meljean Brook brouille les pistes. Si nous sommes bien en Angleterre, l'époque victorienne est quant à elle, bien moins sûre. En retraçant l'Histoire des deux cent dernières années, on se rend compte que l'intrigue pourrait se placer aussi bien à la Renaissance qu'à notre époque. Si les vêtements portés par les personnages sont indubitablement XIXe siècle, on nous parle de Léonard de Vinci comme s'il venait juste de mourir. Les armes et technologies que possède l'inspectrice sonnent très XXIe siècle mais les mentions faites des Français font penser soit au XVIIe siècle - il y a un Colbert dont on ne sait pas s'il est lié au personnage historique ou non - soit au XVIIIe siècle notamment pour le côté colonies et antilles. Rajoutez à ça la mention d'un Cromwell parti aux Amériques et vous vous retrouvez avec un grand pot-pourri bien symapthique. J'ai vraiment trouvé ces détails surpuissants. Ils perdent le•a lecteur/trice dans ses repères temporelles pour créer un univers véritablement unique. Pas une simple uchronie mais bien un monde parallèle avec une évolution diablement différente. Dire que j'ai apprécié être trimballer comme ça est un euphémisme.

Le monde que nous offre Meljean Brook est donc riche et complexe mais aussi très sombre tout en sachant garder une part de magie: bateaux volants contre misères humaines, l'ensemble est mesuré et crédible et cela fait froid dans le dos.

Cet univers vraiment complet à bien des égards en perdront plus d'un je l'admets volontiers. Il est difficile d'y rentrer, de comprendre l'Histoire de ce monde perdu entre plus de quatre cent ans de notre propre Histoire et qui jongle avec le temps et la Science-fiction. Cependant, je pense qu'il vaut vraiment le détour ne serait-ce que pour le travail de l'auteure. Personnellement je suis tombée dedans et j'espère ardemment que les autres tomes seront eux-aussi bien inscrits dans cet univers et qu'ils permettront d'en apprendre encore plus. (Si vous voulez connaître l'Histoire de ce monde - sans spoiler - rendez-vous sous la bannière de spoiler, qui est un faux spoiler).

L'univers des Iron seas est rendu encore plus réel et crédible par l'écriture de Meljean Brook. Pour des novices en anglais je ne le conseille pas du tout en VO, elle est compliquée dans le bon sens du terme mais compliquée tout de même. Les phrases sont longues et riches d'adjectifs et d'adverbes. Meljean Brook ne fait pas dans la simplicité et son style et le monde qu'elle crée se renvoient l'un à l'autre. C'est aussi surprenant que la complexité de l'univers des Iron seas et c'est ce qui m'a vraiment plu. On reproche souvent à la romance une superficialité et une simplicité d'écriture qui la classe dans les romans de gare, ici, ce sont deux reproches qu'il est impossible de faire à The Iron Duke.

L'univers et le style ne sont pas tout, encore faudrait-il que l'intrigue générale et les personnages soient bons pour en faire un très bon livre. Les résumés ne donnent pas tellement d'indications quant à la teneur réelle de l'intrigue générale mais il s'agit bien d'une intrigue policière. Mina Wentworth, l'héroïne, est une inspectrice de la police londonienne en plus d'être la fille d'un noble. C'est elle qui est appelé chez le Duc d'Anglesey, Rhys Trahaearn, surnommé le Duc de Fer après qu'il ait réduit la Horde en miette en Angleterre en détruisant la Tour. Un complot à grande échelle se trame et implique jusqu'au sauveur de la nation. Entre pouvoirs politiques et magouilles de truands, Mina n'est pas au bout de ses peines. 

L'intrigue générale est très fortement liée au contexte global. Si je l'ai apprécié, j'imagine que les gens qui auront du mal à entrer dans l'univers de Meljean Brook devront prendre leur temps pour le lire et bien comprendre tous les retournements de situations. En plus de nous balader temporellement, l'auteure n'hésite pas à nous balader également géographiquement afin de mieux comprendre le monde de Mina et les différentes puissances en compétition. J'ai vraiment trouvé l'ensemble finement mené, pensé presque dans son intégralité. C'était très agréable de voir tout un monde se mettre en mouvement, un peu à la façon d'un Game of Thrones où il est capital de comprendre la politique globale de l'univers dans lequel on est plongé pour bien comprendre la trame générale. Les scènes d'action ne manquent pas et entre courses poursuites, explosions et abordages par des bateaux pirates, il y en a pour tous les goûts.

Fanart
Mina Wentworth est un personnage froid mais que l'on arrive à comprendre. C'est une force dont la dotée l'auteure. On comprend assez vite que la famille de Mina est une fierté pour la jeune femme mais aussi son plus gros soucis, d'où elle tire un caractère dur et déterminé. J'ai apprécié que la directrice de la police londonienne soit une femme et que sa meilleure inspectrice soit également une femme qui plus est métisse. En effet Mina est mi-mongole, mi-anglaise et sur ses traits se lisent ceux de l'occupant. Bien que noble, c'est une situation très difficile que vit la jeune femme. Heureusement elle peut compter sur le constable Newberry, grand gaillard roux et expat qui protège son inspectrice dans toutes ses missions. Débrouillarde, intelligente, courageuse, j'ai vraiment beaucoup aimé ce personnage. 
Je pensais aimer tout autant Rhys Trahaearn, le pirate et duc, grand gaillard graou dont je raffole habituellement mais finalement, l'effet est plus mitigé. J'ai aimé en revanche que Rhys soit un vrai pirate et pas une caricature comme on le voit souvent en romance - oui j'ai un titre en tête j'essaye de vous en reparler bientôt. Ce n'est pas le meilleur des gentlemen, il est macho comme il se doit, il n'hésite pas à exécuter ses hommes s'ils lui désobéissent mais il déteste l'esclavage et la torture ce qui donne un homme à multiples facettes avec une dureté qu'on a envie d'explorer. C'est étrange que je ne l'ai pas autant aimé que je le pensais parce qu'à part un côté macho qui sait être envahissant et étouffant par moment, je n'ai pas grand chose à lui reprocher. Mouais...si...son côté over-protecteur envers Mina par moment est juste insupportable.

On en vient donc au seul point noir de cette lecture: la romance elle-même. Si j'ai adoré le contexte, l'écriture de l'auteure et ses personnages (je n'ai pas parlé du meilleur ami de Rhys ou de Yasmeen la pirate ou encore d'Armichède Fox l'aventurier mais ils sont tous vraiment chouettes et j'ai hâte de les revoir), la romance m'a laissée de glace, sans doute parce qu'elle est déséquilibrée. Comprenez-moi, l'intrigue générale occupe les trois premiers quarts du roman et de ce fait, elle a le temps de se développer et de prendre sa juste place. La romance en revanche est esquissée très longtemps avec beaucoup d'hésitations et de balancements de la part de l'héroïne - hésitations justifiées cela dit, je ne râle donc pas - et pas mal de rentre-dedans assez agressif parfois de la part du héros. Sauf qu'arrivée au dernier quart j'ai eu soudainement l'impression que Meljean Brook s'était rendue compte que la romance avait été un peu délaissée et donc le ton change radicalement et nous virons cul par dessus tête dans une espèce d'orgie de scènes hot et de sentiments enflammés. Je n'y ai tout simplement pas cru. D'une part parce que je suis désolée mais Rhys m'a laissée de marbre, je l'ai trouvé parfois assez vulgaire dans sa façon de s'adresser à Mina et ça a le don de me faire sortir immédiatement du trip et d'autre part parce que les personnages sont tous les deux trop durs, avec trop de problèmes à surmonter pour que l'on croit à un revirement pareil. J'aurai préféré qu'ils se séduisent plus franchement tout au long du roman. L'épiphanie tombe comme un cheveu sur la soupe et les réticences de Mina sont balayées trop vite et bien maladroitement. La conséquence directe de cette reprise de l'importance de la romance sur le reste, est une fin d'intrigue policière assez bâclée. Je m'attendais à de grandes révélations sur la garde noire or là nous avons eu le droit a un gentil pétard mouillé balayé par les atermoiements intérieurs des deux héros qui rentrent en Angleterre. C'est franchement dommage car je suis sûre qu'il y avait moyen de bien concilier les deux. 

Ce bémol ne m'empêchera pas de lire la suite. Je veux revoir Archimède, héros du tome 2, et en apprendre plus sur cet univers vraiment très riche. 
Une romance en demi-teinte mais une superbe œuvre steampunk à dévorer immédiatement.

Voici les avis de Nanou (Serenity) sur le forum The Inn at Lambton et de Chi-Chi sur In need of prince charming.


Allez comme je suis sympa, je vais vous retracer un peu l'Histoire de ce monde pour que vous ne soyez pas perdu à la lecture. Il n'y a pas de vrai spoilers, ça vous permettra juste de vous repérer dans les méandres d'une histoire différente de la nôtre. 

Deux cents ans avant le début de cette histoire, l'Europe fut conquise par la Horde mongole qui cherchait à étendre sa domination sur le monde. L'Angleterre pensa pendant quelques temps échapper à ses invasions du fait de son caractère insulaire mais fut bientôt conquise elle-aussi par l'introduction de nanoagents cachés dans le sucre importé. Les nanoagents, robots microscopiques, s'introduisaient dans le corps des gens infectés que l'on appelle des bogués. S'ils avaient la vertu de renforcer les capacités physiques des individus et d'améliorer les conditions de guérison, lorsqu'ils étaient activés par ondes radios, ils permettaient le contrôle et/ou l'annihilation total des émotions et sentiments humains, faisant des bogués des esclaves dociles.

L'arrivée de la Horde bouleversa profondément la société européenne. Beaucoup de nobles s'enfuirent vers les Etats-Unis avant d'être contaminés et se font appeler des Expats. L'organisation du travail qui avaient réduit les bogués en esclavage, obligea les femmes à travailler et les mariages furent drastiquement réduits au sein des populations bogués, surtout pour les classes inférieures de la société. Afin de palier au manque de main-d’œuvre, la Horde organisa des Frénésies, sorte d'orgies collectives forcées. En manipulant les nanoagents des individus, ceux-ci étaient forcés contre leur gré à se livrer à ces débauches sexuelles. Il arrivait aussi parfois que des membres de la Horde participent à ses Frénésies, violant les femmes bogués et donnant naissance à des métisses. Les enfants issus de ces Frénésies étaient placés en crèches, lieux d'éducation collective pour une main-d’œuvre docile. Mina est le fruit d'une de ces Frénésies où sa mère fut violée par un ou plusieurs membre de la Horde donnant naissance à une petite fille d'apparence mongole. Ses parents étant nobles, ils firent des pieds et des mains pour la garder auprès d'eux plutôt que de l'abandonner en crèche. Rhys Trahaearn est aussi le fruit d'une Frénésie mais n'est pas métisse. 

Neuf ans avant le début de l'Histoire, Rhys Trahaearn, alors capitaine du vaisseau pirate La terreur de Marco, détruisit la Tour de la Horde qui servait d'émetteur radio activant les nanoagents. Les anglais bogués délivrés de la Horde et de son contrôle, mais conservant toujours le côté positif des nanoagents - force et auto-guérison - virent arriver de nombreux Expat, ravis de reprendre le contrôle de leurs terres et leurs places dans la société. Très puritain - Cromwell et ses partisans on fuit l'Angleterre au profit des Amériques - bon nombre d'entre eux viennent en Angleterre se faire infecter par les nanoagents pour guérir de maladies. D'autres en revanche, se montrent particulièrement condescendant face aux bogués et refusent d'être infectés. 

Rhys Trahaearn se vit offrir le titre de Duc ainsi qu'un magnifique domaine en récompense de ses loyaux service. Adulé par la population anglaise, il vit cependant comme un reclus, s'occupant avant tout de ses terres et de ses gens, comme il considère être son premier devoir.

La chute de la Horde en Angleterre permis la libération d'une partie de l'Europe à l'exception de certains territoires toujours contrôlés par celle-ci. La Horde n'a pas disparu, elle florit à l'Orient du monde et tente, via les zombies et la Garde Noire - une société secrète d'espions à son service - de reconquérir ses territoires perdus. Les zombies furent au départ créés par la Horde en punition de certaines rébellions françaises. Agissant comme une sorte de virus de rejet, les nanoagents sont infectés et ne peuvent se soigner, laissant les gens infectés dans un état de délabrement physique et moral dangereux où les émotions comme la colère et la haine sont exacerbés. Les gens mordus par un zombie deviennent peu à peu des zombies à leur tour. Si l'Angleterre s'est progressivement débarrassée de ses zombies, on en trouve encore en Europe et un trafic existe bel et bien.

Ajoutez à ça des kraken et des mégalodons dans les eaux de l'Atlantique, des ballons volants et des pirates de l'air et vous aurez The Iron Duke