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vendredi 30 novembre 2018

Scarlet - The Lunar Chronicles #2 - Marissa Meyer

A-

ATTENTION: SPOILERS SUR LE TOME 1: CINDER


Présentation de l'éditeur: Depuis les lointaines étoiles jusqu’aux recoins d’une sombre forêt, les destins de Scarlet et de Cinder semblent liés.

Alors que l’une cherche sa grand-mère mystérieusement disparue et que l’autre poursuit la quête de ses origines, la menace lunaire qui pèse sur l’humanité se renforce.
Cinder et Scarlet parviendront-elles à lui résister ?

Nous avons laissé Cinder en très mauvaise posture, en proie à pas mal de tourments. Elle vient de découvrir qu'elle était une lunaire et que la reine Levana projette d'assassiner Kaito après leur mariage pour prendre le contrôle de la Terre.
Très loin de la Communauté orientale, dans un petit village près de Toulouse, Scarlet Benoît cherche sa grand-mère disparue et va s'octroyer l'aide d'un personnage très énigmatique qui se fait appeler Wolf/Loup.

On reprend l'intrigue exactement là où on l'avait laissé et les deux tomes se lisent donc dans la foulée. C'est assez agréable car il n'y a pas de blanc entre les deux tomes et on peut vraiment lire la série d'une traite sans sentir d'ellipse. De plus, cela fait rentrer directement dans le vif du sujet, rien de mieux pour se remettre dans le bain si comme moi on a fait une pause entre Cinder et Scarlet. 
Scarlet est pour moi un tome de transition entre Cinder et les deux derniers volumes de la saga. On suit deux intrigues en parallèle, l'évasion de Cinder accompagnée d'un repris de justice américain Carswell Thorne d'un côté et Scarlet et Loup de l'autre à la recherche de Michèle Benoît. Vous vous en doutez, les deux histoires se rejoignent à un moment car elles sont indubitablement liées, ce qui permet à la fin de Scarlet de repartir sur une intrigue plus resserrée qui reprend dans Cress. 

Dans Scarlet, Marissa Meyer continue d'exploiter son univers. Ce n'est pas forcément l'action qui compte ici mais plus d'avancer dans l'intrigue autour du statut de Cinder et de sa propre histoire, ce qui croise celle de Scarlet. Je ne peux malheureusement pas en parler dans dévoiler des pans de l'intrigue, mais l'ensemble s'emboîte bien avec ce qu'on apprend à la fin du tome 1. Je trouve qu'on sent bien que Marissa Meyer a pensé son intrigue et son monde sur le long terme et pas simplement tome à tome puisqu'on parle déjà dans Cinder de personnages essentiels des tomes 2 à 4.
Même si l'intrigue est centrée sur Cinder et Scarlet, on n'abandonne pas pour autant Kai et Levana. Dans le cas de l'Empereur on suit ses doutes et ses interrogations sur Cinder et dans l'autre, les exaspérations de la reine qui elle sait qui est Cinder et ce qu'elle pourrait remettre en cause.

Parmi les nouveaux personnages, j'ai beaucoup aimé Scarlet. Non seulement elle est française (et de Toulouse, je ne dirais jamais assez à quel point j'aime quand l'action ne se passe pas à Paris/Londres/New York) mais en plus elle n'a pas sa langue dans sa poche. C'est une jeune femme affirmée qui sait défendre ses idées et surtout qui se bat pour ceux qu'elle aime. Elle forme un couple très intéressant avec Loup, personnage au combien mystérieux.
Evidemment vous aurez reconnu en Scarlet et Loup le petit chaperon rouge et le grand méchant loup. Comme dans Cinder j'ai aimé que l'auteure s'inspire d'un conte classique mais qu'elle n'alourdisse pas le récit en cherchant à coller à ses éléments. Cela donne des clins d’œil inspirés sans jamais empêtrer sa propre histoire de science-fiction.

J'adore Thorne. J'ai eu du mal à deviner à quel personnage de conte il se rapportait mais lorsque j'ai compris j'étais ravie! Il est très drôle, canaille, cunning comme diraient nos amis britanniques et il apporte un peu de légèreté à un tome assez noir.

Je ferais remarquer que les couvertures sont MAGNIFIQUES! Elles rendent justice au côté contes de fée de la série et permettent de l'identifier très vite.
Si j'ai un tout petit peu moins aimé que le tome précédent, il manque forcément l'élément de surprise et la nouveauté, il n'en reste pas moins que Scarlet était très plaisant à lire et que j'ai enchaîné immédiatement sur le suivant Cress qui s'est révélé aussi très bon mais ça je vous en reparle une prochaine fois!

Bonne lecture!

dimanche 11 novembre 2018

Cinder - The Lunar Chronicles #1 - Marissa Meyer

A

Présentation de l'éditeur: Humains et androïdes cohabitent tant bien que mal dans la ville de Néo-Beijing.

Une terrible épidémie ravage la population. Dans l’Espace, un peuple sans pitié attend son heure…
Personne n’imagine que le salut de la planète Terre repose sur Cinder, brimée par son horrible belle-mère. Car la jeune fille, simple mécanicienne à demi humaine, détient sans le savoir un secret incroyable, un secret pour lequel certains seraient prêts à tuer…

Je sais, je sais, je suis à la bourre. Qui ne connait pas encore The Lunar Chronicles de Marissa Meyer hormis moi? Vraiment on se le demande. En vrai, vous vous en doutez peut-être mais avec le travail de libraire, le temps de lecture est compté. On ne passe pas sa journée à lire (malheureusement) et le rythme des publications s'enchaîne tellement vite qu'on a parfois à peine de temps de se retourner. Comme ça m'est arrivé avec pas mal d'autres romans très connus, j'ai tout simplement loupé cette série à la sortie. J'ai aussi beaucoup hésité avant d'acheter le tome 1, je n'étais pas sûre que ça me plaise même si j'ai toujours trouvé la couverture très attirante et intrigante.

Je me suis enfin penchée sur le roman lorsque j'ai commencé à m'intéresser à la diversité des représentations dans la littérature Young adult de Fantasy et SF. Parmi les ouvrages proposés, Cinder revenait régulièrement et pour cause...l'histoire se passe dans un futur lointain, à New Beijing. Une dystopie avec un ancrage asiatique? Voila de quoi attirer mon attention. Plus encore, on parle d'une jeune femme cyborg et le tout emballé dans une belle réécriture de Cendrillon. Mon hésitation vaincue, je me procurais le roman. Je remercie au passage Glow de me l'avoir fait dédicacer par l'auteure lors de son passage à Paris. Thanks sweetie. 

Sans vraiment aucune surprise j'ai adoré Cinder. Le roman a absolument tout ce qu'il me fallait et je l'ai boulotté comme Cheshire les souris en chocolat que je lui offre à Noël. Il faut dire que c'est un roman qui sait parfaitement allier l'original au connu. Oui il s'agit d'une réécriture de Cendrillon avec une jeune orpheline maltraitée par sa belle-mère qui va rencontrer le prince du royaume. Malgré tout cette réécriture n'est pas du tout lourde et se fond très bien dans l'histoire que tisse Marissa Meyer et j'ai adoré l'idée d'une réécriture SF, tout simplement. Si vous cherchiez une réécriture pure de Cendrillon, passez donc votre chemin. De même ici, bien que nous soyons - à mon sens - dans la science-fantasy (science-fiction dans un univers médiéval ou fantasy dans un monde technologique), la SF tient une bonne place, aussi peut-être que le mélange Lunars/Cyborgs n'est pas pour vous. Pour moi, tout a très bien fonctionné.

Nous rencontrons donc Cinder, une jeune cyborg orpheline. De sa petite enfance en Europe et de ses parents elle n'a gardé aucun souvenir et ne sait de cette vie d'avant que ce que son père adoptif lui en a dit. Malheureusement, ce dernier est mort la laissant aux bons (non) soins de son épouse qui déteste Cinder. Il faut préciser que dans cette société de New Beijing, même si les cyborg vivent parmi la population, ils forment une caste à part qui n'est pas du tout apprécié. Ce sont des parias. Cinder est forcée par sa belle-mère de travailler sur le marché de New Beijing car la jeune femme est très douée en mécanique et notamment dans la réparation des androïdes. J'ai beaucoup, beaucoup aimé cet aspect de la personnalité de Cinder. Marissa Meyer arrive très bien à ne pas tomber dans la caricature du garçon manqué. Cinder est douée mais cet aspect de sa personnalité ne limite en rien le reste de sa personne. Elle est accompagnée d'une androïde "défectueuse" très drôle et attachante. 
Notre Cinder va rencontrer le Prince Kai et travailler pour lui. Malheureusement, l'épidémie qui ravage le pays va s'abattre sur la famille de Cinder, entraînant pour elle de lourdes conséquences (que je ne vous spoile pas par respect...mais sachez que j'en ai très envie!). 

Kai est aussi un super personnage. Jeune prince beau gosse qui a l'air assez léger, on se rend compte très rapidement qu'il est plus profond qu'il n'en a l'air. Son père est en train de mourir et la situation diplomatique avec les Lunars est de plus en plus tendue. Je l'ai trouvé très responsable et pas du tout en mode bad boy comme on trouve parfois dans la dystopie Young adult et de ce fait, il répond très bien au personnage de Cinder. La romance est là mais assez légère, elle ne parasite pas l'intrigue mais permet à Cinder d'explorer son rapport à son corps de cyborg, notamment le fait qu'elle soit BEAUCOUP cyborg, elle n'a pas juste un bras ou un pied synthétique, elle a de nombreux organes internes robot. 

J'ai trouvé très intelligent de mélanger la technologie et les Lunars qui apportent une touche de fantasy dans cette dystopie. Les Lunars sont un peuple qui vit sur la lune. Ils sont physiquement un peu différents des êtres humains mais ils possèdent aussi quelques capacités spéciales. On comprend que leur reine Levana n'est pas forcément quelqu'un de bien sympathique vu le massacre opéré au sein de la famille royale. Leur introduction dans le récit est assez fine par le biais de rumeurs, d'histoires, puis par le biais diplomatique qui permet de voir comment se comporte le reste de la planète Terre face à cette menace voilée qu'ils représentent. 
Je fus séduite aussi par le fait que l'intrigue se passe à New Beijing et que Kai soit chinois. Ça m'a plu de délocaliser l'intrigue en Asie et d'avoir un héros intéressant qui ne soit pas blanc. Par ailleurs, Marissa Meyer ne tombe dans aucun cliché sur l'Asie ou la Chine, c'est Cinder la pro en technologie or elle n'est pas chinoise. Les descriptions de la ville et de ses coutumes m'ont beaucoup plu. 

Le roman est très dynamique, il n'y a pas de temps mort et l'introduction a l'univers, son histoire, son fonctionnement, est très bien rendu. On n'est jamais perdu, on recolle vite les morceaux et comme on éprouve énormément d'empathie pour Cinder - qui n'est jamais une grande naïve sans être une surfemme - on accroche très vite. Les personnages secondaires sont très bien campés qu'il s'agisse de personnages que l'on aime ou que l'on déteste. Seuls les Lunars restent encore très mystérieux. 

Cinder n'est que le début d'une série en quatre tomes sur l'affrontement entre terriens et lunars. Si l'auteure maintient en filigrane l'histoire de Cendrillon, elle ne perd pas de vue son objectif final et le roman se termine dans un fracas de révélations et de cliffhanger bien agréable. J'ai eu l'impression en lisant ce premier tome que l'auteure avait déjà placé les bases et les personnages du reste de la série, clin d’œil passionnant qui permet à la série d'être relue avec un autre point de vue une fois finie. J'ai aussi l'impression - au vu des titres - qu'elle maintient ces réécritures de contes tout en maintenant une trame dystopique forte. J'ai hâte de poursuivre et de voir où elle va nous emmener et quel sera le propos final du roman. Il faut savoir qu'il y a aussi deux novellas/compilations parallèles à la série pour approfondir l'univers et qu'évidemment je les lirai sans doute aussi.  

Bref. Je suis à la bourre certes mais j'ai passé un excellent moment avec ce premier tome. J'ai déjà les trois autres en ma possession et je les entame dès que j'ai fini Girls of Paper and Fire de Ngan. J'espère avoir le temps de vous chroniquer cette suite et qu'elle me plaira autant que Cinder.

Et vous? Êtes-vous moins en retard que moi? N'hésitez pas à me donner votre avis sur Cinder et les autres tomes surtout! 

mercredi 7 novembre 2018

The Traitor's kiss (La couleur du mensonge) - The Traitor's circle #1 - Erin Beaty


A


Présentation de l'éditeur: (Preview du roman en VF disponible ici)Sage Fowler, seize ans, est une bâtarde recueillie par un oncle riche et respecté. Sa seule chance de s'en sortir ? Faire un beau mariage. Elle se présente donc chez une des entremetteuses chargées de l'évaluation du potentiel de chaque candidat – des femmes qui font et défont les fortunes d'une famille, d'une région, d'un pays tout entier. Mais avec sa légendaire indiscipline et sa langue trop acérée, elle échoue lamentablement. Amusée par son cynisme et son sens aigu de l'observation, la marieuse fait toutefois d'elle son apprentie.

Sage s'embarque donc avec un groupe de beaux partis triés sur le carreau dans un périple vers la capitale. Cette précieuse cargaison est escortée par un bataillon de soldats d'élite qui ne tardent pas à réaliser qu'ils sont sur le point de se jeter dans la gueule du loup : le pays voisin, qui prépare une invasion, s'est allié avec certains des seigneurs locaux, et chaque étape du voyage pourrait bien être la dernière. Spécialiste des missions de reconnaissance, l'un des membres de la troupe recrute alors l'aide de Sage. Mais plus elle avance dans sa mission, plus elle découvre, horrifiée, que tout le monde joue double jeu... 

Identités secrètes, machinations politiques et jeu de dupes passionné, La Couleur du mensonge fait monter les enchères jusqu'à un final surprenant. 

Voici un roman qui est assez difficile à classer. Dans l'univers de The traitor's kiss, il n'y a pas de magie. Il n'y a pas de fée, de gobelin, d'elfes, ni aucune créature magique que l'on croise d'habitude. Cependant, nous ne sommes pas dans notre univers, la société est très différente de même que la géographie et rien ne laisse présager que nous sommes dans un environnement type Hunger Games, une nouvelle société créé après une catastrophe. Pour moi, The traitor's kiss fait parti de la Real Fantasy et de la Fantasy historique bien qu'elle ne soit pas comme Gilded Cage de l'uchronie de fantasy. Compliqué n'est-ce pas?
En gros, ce qu'il faut retenir, c'est que vous êtes dans un univers qui fait très Fantasy mais où il n'y a pas de magie, une sorte de Game of Throne sans la menace venue du Nord et les pouvoirs de certains personnages.

Bref, après cette intro sans doute beaucoup trop longue et inutile, entrons dans le vif du sujet.

J'ai beaucoup aimé ce roman malgré les diverses polémiques que j'ai pu lire ici et là sur le net. Nous suivons Sage Fowler, une jeune fille orpheline recueillie par son oncle et sa tante. Ce ne sont pas des gens malveillants, loin de là, mais comme on les observe à travers le regard de Sage qui rêve d'indépendance, ils ont l'air - surtout l'oncle - d'être un peu contre elle. Dans cette société, les filles d'un certain rang social, doivent passer devant une marieuse, à la façon de Mulan. Beaucoup de critiques que j'ai lues disent que ce roman est raciste parce que c'est une réécriture de Mulan avec des personnages blancs. Personnellement je n'ai pas vu du tout le roman comme une réécriture. Sage n'est pas déguisée en homme, ce n'est pas pour sauver son père, elle n'est pas militaire, ça reste de l'espionnage et elle aide la marieuse, pas vraiment Mulan-like. J'ai beaucoup plus pensé à la série The Agency de Y.S.Lee avec une héroïne espionne qu'à Mulan. Après je ne suis pas à l'abri de ne pas voir mes privilèges blancs, si vous avez un avis sur la question je suis preneuse! C'est comme ça qu'on apprend et qu'on grandi.
Cette marieuse est tâchée d'observer leur caractère et de leur trouver le meilleur parti possible. C'est un système matrimonial de classe qui n'est finalement pas si différent de ce qu'on a connu en Europe depuis le Moyen-âge. Ici, les marieuses ont en revanche un vrai pouvoir et elles n'aiment pas du tout lorsque des alliances sont conclues en dehors de leur contrôle.
Notre chère Sage n'est pas du tout mais alors pas du tout d'accord avec ce mode de vie. Ses propres parents se sont mariés par amour en dehors de la classe sociale de sa mère, ce qui lui a valu un déclassement (même si la tante de Sage aime beaucoup sa nièce). D'ailleurs le prénom Sage est extrêmement connoté, les noms de fleurs ou de plantes sont réservés normalement aux enfants illégitimes - comme Snow en nom de famille dans Game of Throne. Le fait donc que son oncle réussisse à la faire passer devant une marieuse montre qu'il tient à lui donner toutes ses chances dans leur société, que l'on soit d'accord ou non avec le principe.

J'ai beaucoup aimé la marieuse, elle a un humour très appréciable et connait bien l'âme humaine. Sage se révèle très douée dans l'analyse de la personnalité des gens autour d'elle et fait une excellente apprentie marieuse à son propre étonnement. Je trouve ça audacieux de faire de l'héroïne une partie intégrante d'un système qu'elle déteste parce que malgré tout, cela lui permet d'explorer un vrai potentiel et cela lui offre l'indépendance dont elle rêvait sans passer par la case mariage! Cela devient d'autant plus intéressant lorsqu'elle est censée se fondre dans le décor pour évaluer les candidates au plus prestigieux marché marital du royaume car rappelons-le, les marieuses détiennent un vrai pouvoir.

La couverture VF est sublime!
J'ai lu que certain-e-s ont détesté le livre car iels l'ont trouvé anti-féministe puisqu'il met en scène un marché matrimonial et donc une certaine concurrence entre les jeunes femmes. Or Sage est incognito parmi ses demoiselles qui ne savent pas qu'elle est apprentie marieuse. Du coup, elle se prend beaucoup de remarques mesquines. A mon sens ce n'est pas juste parce qu'elle est une rivale mais surtout parce qu'elle est d'une classe sociale inférieure et que la plupart de ses jeunes femmes ont une éducation de classe - et un égo surdimensionné. Dans un contexte aussi hiérarchisé je ne suis pas étonnée par ces mesquineries. En revanche, j'avoue que Sage a une piètre opinion des femmes qui l'entourent. Elle les trouve trop superficielles et pourries gâtées et cela aurait peut-être mérité une nuance un peu plus grande dans le roman que le seul personnage de Clare qui est super choupi-chou par ailleurs.

Magrés tout, Sage est forte, elle est courageuse, elle est intelligente et elle obtient des récompenses par ses propres mérites et tout ce qu'elle a fait pour le royaume, pas à cause des hommes autour d'elle. Elle apprend aussi à voir les nuances autour d'elle et j'ai trouvé vraiment intéressant que la société soit d'abord rejeté par l'héroïne mais qu'elle apprenne ensuite à voir au-delà et à s'en saisir. C'est vraiment une héroïne comme j'aimerai en lire d'avantage en Young adult.

Et puis, ce qui m'a plu, c'est de voir Sage prendre peu à peu de l'importance, non seulement en tant que marieuse, car c'est elle qui indique à sa maîtresse les bons partis pour tel ou tel jeune fille, fondé, non pas sur le rang social ou les potentiels alliances mais bien sur les personnalités, mais aussi en tant qu'espionne pour les gardes royaux.

Contrairement à ce qu'on croit, on ne suit pas uniquement Sage dans cette histoire mais aussi les soldats d'élite chargés d'escorter les jeunes filles jusqu'à la capitale. Ce sont des personnages très intéressants et variés, j'ai adoré le petit frère du Capitaine, un gamin très attachant.
Comme de bien entendu, il y a une romance dans ce roman et une romance qui est vraiment super bien fichue. Pas de coup de foudre immédiat mais une relation qui s'installe sur le long terme et quelques scènes bien swoonantes qui ont participé à mon intérêt pour le roman. Si je devais relever les points négatifs, je dirai seulement que je n'ai pas été surprise par plusieurs rebondissements, j'avais deviné à l'avance mais ça ne m'a pas dérangé plus que ça. J'étais suffisamment prise dans l'intrigue pour ne pas être déçue.

A la base, The Traitor's kiss est un livre seul, hors série. Il peut donc se lire sans problème en lui-même, pas de cliffhanger intempestif. Devant le succès du roman, l'auteure en a fait une série. Le tome 2, The Traitor's ruin est déjà sorti en anglais ET en français chez Lumen sous le nom de Le parfum de la trahison.

Comme vous l'aurez compris, j'ai fait parti des gens pour qui The traitor's kiss a fonctionné malgré les polémiques. Cependant, je reste toujours ouverte à la discussion alors que vous soyez d'accord avec moi ou non, n'hésitez pas à échanger! C'est beaucoup plus enrichissant!
J'espère pouvoir lire la suite très bientôt.
Bonne lecture. 

dimanche 28 octobre 2018

Dividing Eden - Eden #1 - Joelle Charbonneau


A

Présentation de l'éditeur: Lorsque leur père le roi et leur frère aîné meurent, les jumeaux Carys et Andreus doivent s’affronter dans une série d’épreuves pour déterminer lequel des deux régnera sur le royaume d’Eden.
Eux qui n’ont jamais pensé à accéder au pouvoir et qui ont passé toute leur vie à se protéger mutuellement se retrouvent en concurrence pour la première fois. Andreus bénéficie du soutien du Conseil, Carys de celui du peuple. Impossible a priori de les départager, mais, dans l’ombre, chacun intrigue pour voir son favori monter sur le trône.
Malgré leur attachement, s’engage une bataille sans merci entre le frère et la sœur. Jusqu’où sont-ils capables d’aller pour obtenir la couronne ? Peuvent-ils continuer à se faire confiance ? Doivent-ils écouter les conseils de ceux qui, prétendument pour leur bien, les éloignent l’un de l’autre ?

Cela faisait plusieurs mois que je n'avais pas lu un roman purement de Fantasy, sans dystopie ou lien avec notre univers. Je crois que mes dernières expériences remontent au désastreux Belles de Dhonielle Clayton et au sublime Strange the dreamer de Laini Taylor c'est à dire des lectures de janvier 2018. J'ai été intriguée par cette histoire de lutte fratricide et je voulais voir ce que ça donnait. Je n'ai pas été déçue.

Dans l'univers de Dividing Eden, le royaume est gouverné par le père des jumeaux, un homme qui a des idées bien arrêtées sur la masculinité et le moins que l'on puisse dire, Andreus avec son amour de la science, n'est pas dans les petits papiers de son père. Leur frère aîné, Micah, est fiancé à Imogen, une sorte de prêtresse dans le culte du royaume. Quant à leur mère la reine...on ne peut pas dire que je la porte dans mon cœur. Lorsqu'elle devrait être présente pour ses enfants, elle est complètement démissionnaire et lorsqu'il faudrait qu'elle ferme sa grande bouche, elle ne peut pas s'empêcher de l'ouvrir. Reine inutile!
Le moins que l'on puisse dire c'est que la famille des jumeaux n'est pas une famille parfaite, Carys et Andreus semblent être des exceptions.

Andreus est un jeune homme un peu faible qui fait souvent des crises assez mystérieuses. Il prend des potions pour les empêcher mais quand il est trop tard, c'est toujours sa sœur qui détourne l'attention pour éviter que l'on découvre le problème de son frère. Il est passionné par la météo et la technique, c'est un scientifique dans l'âme.
Carys quant à elle est absolument désintéressée. Elle n'a qu'une chose en tête, protéger son frère à tout prix. Le protéger de son père, de leur frère, des conseillers, d'Imogen en qui elle n'a pas confiance. C'est une jeune femme très solitaire et renfermée, qui cache ses nombreux talents pour se passer inaperçue dans les dédales de la cour.
On éprouve très vite de l'empathie pour les jumeaux car on se rend très vite compte que la cour n'est pas un endroit très sain dans lequel grandir. Les alliances, les inimitiés sont légions et il faut un mental d'acier pour se frayer un chemin et survivre.

Là où cela va se corser pour eux, c'est quand ils se retrouvent par un hasard de circonstance (si peu...) à être les deux héritiers du trône. Mais comment départager des jumeaux? C'est là qu'on rentre dans le vif du sujet et que la bataille commence. J'ai vraiment aimé toute cette partie du roman, les différentes épreuves et comment, petit à petit, la méfiance va s'installer dans leur relation.
On apprend également la teneur d'une prophétie les concernant, prophétie qui peut avoir pour l'un d'eux, de très lourdes répercutions et qui je pense, sera au cœur du second tome.

Vf publiée chez Milan
On suit beaucoup plus Carys qu'Andreus sur l'ensemble du roman et comme beaucoup de lecteurs/trices, c'est le personnage que j'ai préféré. Même lorsqu'elle est mise dans des difficultés extrêmes, elle reste bienveillante envers son frère et fait tout pour éviter un bain de sang. Andreus est plus complexe. Je ne pense pas qu'il soit mauvais, je pense que contrairement à sa sœur, c'est un faible de caractère et qu'il n'a pas un sens politique aussi exacerbé qu'elle. Il est donc, beaucoup plus influençable et manipulable et sa faiblesse fait qu'il est beaucoup moins sympathique. Je sais que pas mal de lecteur/trices ont détesté le personnage - je peux parfaitement comprendre - mais ce n'est pas mon cas. Je ne l'aime pas mais pas au point de laisser tomber le roman d'exaspération comme j'ai pu lire dans certaines chroniques (encore une fois, je comprends...).

Sachez aussi que le romance est limitée au strict minimum. Ce n'est absolument pas le centre du roman donc si vous hésitez à lire de la YA à cause de ça, je vous promets qu'ici c'est extrêmement léger.

Le roman se lit très vite, il est assez court mais paradoxalement ça ne m'a pas gênée. Dividing Eden est une duologie, ça vous changera des séries de Fantasy qui dure sur 6 ou 12 tomes. Pour certain/es d'entre vous, je pense que le contexte et le décors du royaume paraîtra trop survolé mais selon moi, ce qui importe ici, ce n'est pas l'univers dans lequel se place le récit mais bien les jumeaux et leur personnalité. C'est ça le plus intéressant, le reste n'est finalement que broderie et je trouve reposant que pour une fois, on ne se perde pas dans beaucoup de sous-intrigues et personnages secondaires.
Ne vous méprenez pas, j'aime les séries longues, avec beaucoup de rebondissements, un univers fouillé, différents lieux mais parfois, lire quelque chose de ramassé et tendu, cela fait du bien. J'ai dévoré Dividing Eden et je compte bien lire les deux petites novella qui vont avec ainsi que le tome 2 qui promet une conclusion satisfaisante à cette histoire.

Joelle Charbonneau (qui est américaine contrairement à ce que son nom laisse croire), nous offre un diptyque de Fantasy intense avec une EXCELLENTE héroïne. Si vous aimez Feyre, si vous aimez Katniss, je pense que vous aimerez Carys car elle possède certains traits de caractère en commun avec ces deux héroïnes.
J'espère vous donner rendez-vous très bientôt pour le tome 2. En attendant je vous conseille le tome 1 et n'hésitez pas à m'en parler!
Bonne lecture. 

mercredi 24 octobre 2018

Ink (Marqué) - Skin Books #1 - Alice Broadway


ABANDON

Présentation de l'éditeur: Quand toute votre vie est inscrite sur votre peau…
À la mort de son père qu’elle a tant admiré, Leora souhaite honorer sa mémoire. Et dans les hautes castes, il est d’usage de relire au cours d’une cérémonie les événements qui ont marqué la vie d’un personnage important. Mais à mesure qu’elle parcourt le livre de son père, la jeune fille découvre avec stupeur que certains passages ont été réécrits ou qu’ils ont complètement disparu… Pire, un mystérieux tatouage désigne son père comme coupable d’un crime ! La jeune femme devra remettre en cause toute son existence pour comprendre d’où elle vient et sur quels mensonges est construite la société où elle vit…

J'aurai dû aimer Ink...vraiment j'aurai dû. Ce roman avait tout pour me plaire mais curieusement ça n'a pas pris du tout. Le thème est super original et apporte une grande réflexion sur le corps et la société mais non, rien à faire...je ne l'ai même pas fini...

Dans l'univers de Ink, tous les nouveau-nés sont tatoués et au fur et à mesure que les enfants grandissent, ils gagnent de nouveaux tatouages chaque année pour marquer le passage du temps. A la fin de leurs études, en fonction de la voie choisie, un nouveau tatouage sera appliqué pour signifier dans quel domaine la personne s'est engagée. Au cours de leur vie, chaque personne pourra rajouter des tatouages pour marquer le temps qui passe et les événements significatifs de leur vie. Ainsi, chaque personne est un véritable livre ouvert, sa personnalité étant gravée à l'encre sur sa peau. Une fois mort, la peau du défunt est récupérée, tannée et reliée lors d'une cérémonie où les livres de peau sont honorés par la famille. C'est un rituel extrêmement important, les livres de peau sont ensuite stockés dans la grande bibliothèque où la famille peut venir les consulter par la suite. 
C'est une société très originale et bien structurée qui n'est pas sans ses parts d'ombre. Contrairement aux gens tatoués, il y a des Immaculés, des gens sans aucun tatouage qui sont mis au banc de la société, sur lesquels circulent des tonnes de rumeur. Ceux qui ont aidé les Immaculés se voient affublés d'un tatouage de corbeau, preuve d'une infamie et la reliure de leur peau leur est interdite. 

On découvre cet univers à travers les yeux de Leora, une adolescente qui vient de perdre son père. Elle veut devenir tatoueuse alors que sa meilleure amie veut rentrer dans l'administration. Par chance, elle est acceptée comme apprentie chez un tatoueur très réputé mais mystérieux. Sa rencontre avec le tatoueur coïncide avec les problèmes que Leora rencontre lorsqu'elle veut organiser la cérémonie pour son père. Elle découvre alors un homme très différent de ce qu'elle imaginait, avec une peau trafiquée et des mensonges en forme de tatouage. 

Comme je le disais, Ink avait tout pour me plaire. Une société originale et complexe, une interrogation pertinente sur la peau et notre rapport au corps - que ce soit dans notre société ou ce qui se fait ailleurs - et une intrigue intéressante.

Mais en fait non...pour être parfaitement honnête, je ne l'ai même pas fini. J'ai dû abandonner à la moitié par pur manque d'intérêt. 
Ce qui est étrange c'est que j'ai trouvé le livre à la fois trop lent et trop rapide. Il s'agit clairement d'un tome d'exposition mais ici j'ai eu l'impression que tout était enchaîné beaucoup trop vite. Il se passe beaucoup d'événements différents en peu de temps et j'ai eu du mal à entrer pleinement dans l'histoire à cause de cette vitesse d'exposition.
Paradoxalement, c'est long...long à vraiment démarrer. A la moitié du livre, on n'est toujours pas dans le vif de l'action. 
Oui j'ai bien dit paradoxalement car ce n'est pas évident de concevoir qu'un roman puisse être à la fois trop lent et trop rapide mais c'est bien le cas. En fait, on se prend beaucoup d'informations dans la face dès les premières pages pour qu'en suite l'intrigue retombe comme un soufflé. On se retrouve du coup avec beaucoup de questions mais peu de réponses. 

Hormis Obel, le tatoueur, qui m'a assez intriguée, je n'ai pas ressenti grand chose pour les autres personnages, l'héroïne comprise. Je l'ai trouvé assez lente à comprendre ce qu'il se passe autour d'elle, elle a l'air si ignorante que c'est à se demander si elle a une vraie curiosité sur ce qui l'entoure. On a l'impression que tout le monde autour d'elle connait des choses mais pas Leora. Je sais que c'est parce que le lecteur voit à travers ses yeux mais tout de même...elle n'a pas besoin de ne rien savoir pour nous garder une part de suspense. 
De plus, je n'ai pas été séduite par le rapport de Leora à son corps. Elle est très critique par rapport à ce dernier et je n'ai pas l'impression que le personnage aille plus loin que cette constatation. Cela dit, je n'ai pas fini le roman, il faut espérer que cette vision très négative de son corps va être remis en question durant la deuxième moitié de ce volume et lors du roman suivant. 

Je suis malheureusement passée à côté de Ink, il n'a pas réussi à me captiver ni à me séduire et je l'ai laissé tomber.
Dommage, c'était pourtant prometteur et la couverture était très belle. Ce sera pour une autre fois!

vendredi 19 octobre 2018

Gilded cage (Les puissants) - Dark gifts #1 - Vic James


B+


Ignorance bred fear, as Father was fond of saying, and fear bred obedience.

TW: Ce roman parle d'esclavage et de maltraitance même si la violence du récit est modérée et peu graphique. 

Présentation de l'éditeur: Dans le jeu du pouvoir, chacun risque sa vie.
Dans une Angleterre alternative, chacun doit donner 10 ans de sa vie en esclavage.
Seuls quelques privilégiés, les Égaux, riches aristocrates aux pouvoirs surnaturels, restent libres et gouvernent le pays.
Abi, 18 ans, et son frère Luke, 16 ans, voient leur destin bouleversé quand leurs parents décident de partir tous ensemble accomplir leurs jours d’esclavage. Abi devient domestique au service de la puissante famille Jardine. Le somptueux décor dans lequel elle évolue dissimule en réalité de terribles dangers, car chez les Égaux, les luttes de pouvoir sont sans pitié. Et lorsqu’elle tombe amoureuse d’un de ses maîtres, c’est sa vie même qui est en péril…Luke, quant à lui, a été exilé dans la ville industrielle de Millmoor. Dans un environnement brutal et pollué, il s’épuise à la tâche. Cependant, d’autres, comme lui, partagent ses idéaux de liberté. Il découvre alors qu’il existe un pouvoir bien plus grand que la magie : la rébellion.

J'ai chopé ce tome 1 sur les étagères de la librairie. Ma collègue Anna en avait fait rentrer un exemplaire et j'ai été attrapée par la couverture. Après avoir lu le prologue, qui m'a happée immédiatement, j'ai eu envie de lire la suite et je n'ai pas regretté. 

Gilded Cage n'est pas une dystopie ordinaire. On est sans aucun doute dans une dystopie car l'histoire se passe dans une Angleterre alternative où les gens - c'est à dire le commun des mortels qui n'appartient pas à la classe dirigeante et riche - doivent donner dix ans de leur vie en esclavage. Cependant, bien que les thèmes abordés soient propres à la dystopie - esclavage, différences sociales, injustice et rébellion - on trouve également de la magie que semble ne posséder que les puissants, incarné ici à merveille par le plus jeune fille des Jardine, Silyen. Et par ailleurs, on dirait aussi de l'historical fantasy, une ambiance très upstairs dowstairs mélangé à cette bonne vieille ségrégation américaine. 
Le tout mélangé, je comprends que le roman déboussole parfois un peu car il ne penche franchement vers aucun genre et pourtant c'est ce qui m'a plu.

Dans Gilded cage, le monde est donc divisé entre les Equals qui possèdent de la magie (ils sont aussi les Skilled) et les autres. En Angleterre, les Equals sont membres de l'aristocratie et gouvernent le pays. En échange, ils demandent aux gens normaux dix ans de leur vie à travailler gratuitement pour la communauté. On apprend que cette organisation sociétale n'est pas la même dans tous les pays. En France par exemple, les gens normaux se sont rebellés contre les aristocrates doués de magie et les ont massacré dans les rues de Paris (cocorico la Révolution c'est nous). En Chine, les Skilled se sont retirés dans les montagnes et aux Etats-Unis, les états du Nord fonctionnent comme la France, tandis que les états du Sud vivent comme les Anglais. Le fond historique de Gilded cage est vraiment creusé pour coller au maximum à notre propre histoire et donner une version alternative de faits. On apprend que les journées d'esclavage ont commencé en Angleterre en 1642, ce qui correspond au début de la guerre civile. Cela donne vraiment du poids et du corps au récit et j'ai personnellement trouvé tout ce travail de fond très appréciable. Le texte pourrait aussi appartenir à la catégorie assez rare de l'Uchronie de fantasy (pour les amateur·trice·s). 

L'organisation de la société est pensée en profondeur, on sent que l'auteure a réfléchi à son univers et n'a pas jeté de l'esclavage dans l'intrigue juste pour la rendre plus noire. On peut faire ses journées d'esclavage quand on veut de 18 à 55 ans, sachant que plus vous les faites tard, moins de chance vous avez de finir votre vie libre mais que vous aurez passé votre vie comme vous le vouliez ou presque. En revanche, les faire tôt vous accorde des droits et des avantages comme posséder une maison, voyager en dehors de l'Angleterre ou accéder à certaines professions fermées autrement. Le choix de faire ses jours d'esclavage a une vraie importance dans le récit et on comprend que les parents de Luke, Daisy et Abi y aient beaucoup réfléchi. Leur stratégie est loin d'être sans intérêt et couplé avec l'intelligence d'Abi, le plan semblait parfait. En effet, Abi a obtenu pour toutes la famille des places dans la maisonnée des Jardine, les membres les plus puissants des Equals. Ainsi, pendant les dix prochaines années, bien qu'en esclavage, la famille ne sera pas séparée et sera dans un cadre plus "facile" que l'usine ou les champs etc. Parce que oui...qui dit esclavage dit aussi être séparé de ses proches. Imaginez-vous parents d'enfants de 10 à 18 ans l'angoisse que cela peut-être. Malheureusement pour eux, Luke, leur fils de 16 ans est envoyé - contre les règles normalement en vigueur - à Millmoor la cité ouvrière, l'une des plus dures d'Angleterre et ses dix ans risquent de peser bien plus dans la balance.

A partir de là, nous suivons Luke d'un côté qui découvre l'horreur de l'usine et de l'esclavage et Abi de l'autre, dans le monde brillant mais non dénué de danger des Jardine. 

Luke découvre vite l'univers de Millmoor et comme c'est un garçon intelligent, il s'associe rapidement avec les bonnes personnes et notamment un groupe de rebelles dirigés par le Dr. Johnson qui veut ramener la justice en Angleterre et abolir les dix ans d'esclavage. Luke est un personnage très attachant, on a vite beaucoup d'empathie pour lui car séparé de sa famille à tout juste 16 ans et enfermé dans un endroit comme Millmoor, on imagine vite les difficultés que cela engendre. Même si l'univers est difficile, la partie de Luke n'est pas absolument noire et angoissante, elle est même extrêmement dynamique et riche. Les personnages que l'on croise sont attachants et on a envie de savoir si leur plan va fonctionner et comment il va pouvoir échapper à Millmoor. 
La description de l'esclavage est intéressante sans aucun doute. Les esclaves ne sont pas considérés comme des êtres humains et cela entraîne une aspect assez pernicieux, c'est que même les roturiers qui vont un jour faire leur esclavage ou qui l'ont déjà fait, traitent mal les esclaves. Ce n'est pas un univers manichéen, ce ne sont pas les Skilled qui gèrent une usine comme Millmoor mais bien les humains normaux qui aident de ce fait à perpétrer un système violent et inégalitaire. En ça, Gilded cage est tout à fait une dystopie car il interroge notre rapport à notre propre société. 


De l'autre côté, dans le monde des Equals, on suit Abi et l'histoire qu'elle entretient avec Jenner, le second fils des Jardine qui est - pour une raison encore inexpliquée - complètement dépourvu de magie. La romance n'est pas ce qui m'a le plus passionnée. Jenner a certes l'air d'être un gentil garçon mais j'ai peur que la suite du roman n'en fasse quelqu'un d'un peu mou. C'est un entre-deux coincé entre deux personnalités assez fortes que sont Gavar et Silyen. Au final, cette partie de l'intrigue est la moins intéressante et l'auteure aurait pu l'enlever que cela ne m'aurait pas dérangé. 

Ce qui est le plus intéressant dans cette partie, c'est évidemment les Equals eux-même et l'univers de requin dans lequel ils baignent. On suit plusieurs personnages, plusieurs voix et cela donne du corps à cet univers. Il y a Gavar par exemple, le fils aîné de la fratrie, une espèce de grosse brute, débauché, assassin quand il faut mais qui est vraiment attaché à sa fille. Il a l'air assez caricatural au départ mais je soupçonne que le personnage à beaucoup plus de profondeur qu'il n'y parait. J'ai hâte de voir quel chemin il va prendre dans les deux prochains tomes. On suit le père Jardine, un être assez abject, le premier ministre, amoureux depuis toujours d'une femme dans le coma qui n'est pas sans noblesse, une jeune femme de la bonne société, Bouda, ambitieuse, manipulatrice et assez odieuse mais très bien campée néanmoins et bien sûr Silyen, 

Silyen est le plus jeune fils des Jardine et c'est un jeune homme extrêmement intelligent. Particulièrement doué en magie, il m'a fasciné car il a un vrai plan qui je pense va prendre son sens dans les tomes suivants. Silyen est ce genre de personnage dont vous ne savez pas immédiatement s'il est l'antagoniste principal ou un héros. Sincèrement, ses intentions ne sont pas toujours claires dans ce premier tome mais je ne pourrai pas dire avec certitude dans quel camp il va pencher. C'est l'un des aspects du roman qui m'a beaucoup plus, ces personnages un peu flous comme Gavar et Silyen, qui ne sont pas des saints mais qui ont l'air suffisamment profonds pour nous surprendre dans les tomes à venir. On ne sait littéralement pas dans quel camps ils vont finir par pencher. 

Enfin, il faut parler de la petite Daisy, dix ans, benjamine de la fratrie Hadley qui a pour tâche - étonnante - de s'occuper de la fille de Gavar. Daisy, va prendre un poids extrêmement important au fur et à mesure que l'intrigue avance et j'ai été proprement horrifiée par le personnage. Elle est très très dérangeante et je trouve que l'auteure a su très bien exploiter un personnage aussi jeune.

Le roman est assez noir je ne vous le cache pas, sans être illisible non plus par des âmes un peu sensibles. La fin est assez magistrale comme l'était le prologue et le suspense qu'elle crée donne immédiatement envie de plonger dans la suite. 
Je ne l'ai malheureusement pas encore sous la main mais j'espère pouvoir lire le tome 2 et 3 rapidement. 

Si vous avez envie de quelque chose d'un peu différent qui risque de vous sortir de votre zone de confort, alors n'hésitez pas et plongez dans Gilded cage, traduit en français chez Nathan sous le titre Les puissants.

Bonne lecture!

dimanche 14 octobre 2018

Thunderhead - Arc of a Scythe #2 - Neal Shusterman



A+

ATTENTION, spoilers si vous n'avez pas lu le tome 1, Scythe (La Faucheuse)



Présentation de l'éditeur: « Les humains apprennent de leurs erreurs. Moi pas. Je ne commets jamais d’erreur. »
Le Thunderhead, l’intelligence artificielle qui gouverne le monde, a interdiction de se mêler des affaires de la communauté des faucheurs.
Il ne peut qu’observer… et il n’aime pas ce qu’il voit.


Après la victoire de Citra, désormais Scythe Anastasia, le calme semble être revenu dans la communauté des faucheurs, du moins en apparence. Quelqu'un semble vouloir s'en prendre à Scythe Curie et à Citra qui a obtenu le respect de sa Communauté. Parallèlement, un Faucheur solitaire connu sous le nom de Scythe Lucifer, fait régner la terreur parmi les anciens membres de la nouvelle garde ralliés à feu Scythe Goddard et à tous les faucheurs qu'il ne juge pas digne de leur tâche. 

De son côté, le Thunderhead fait le lien entre plusieurs évènements qui ne lui plaisent pas du tout, tout comme la direction que prend l'humanité pour le moins insatisfaisante. Comment peut-il changer ce qu'il voit du futur sans interférer avec la Communauté? C'est toute la question qui va se poser pour l'IA ainsi que pour Citra et Rowan plus en danger que jamais. 

J'ai adoré cette suite. Elle est à la fois dans la pure continuité de Scythe tout en ayant véritablement sa propre identité. Le monde n'est plus nouveau pour le lecteur et les enjeux ne sont clairement plus les mêmes que dans la première histoire tout en étant parfaitement dans la continuité de ce qu'il s'est passé auparavant.

Au niveau de l'implication émotionnelle, je dirai que ce tome est encore plus fort que le précédent, il faut avoir le cœur bien accroché parce que nos héros vont encore souffrir. Rowan est particulièrement abimé après ce qu'il lui ait arrivé à la fin de Scythe et le personnage prend un tour logiquement plus sombre même si c'est toujours la même idée qui le guide. Citra est pleine de doutes et doit assumer sa tâche avec impartialité ce qui n'est pas aisé dans ce panier de crabe qu'est la Communauté déchirée par les idées de Goddard. 

L'intrigue ne manque ni de souffle ni de dynamisme et Thunderhead se lirait même presque plus vite que le premier tome. Il faut dire que j'ai lu quasiment les deux tomes à la suite et que j'étais encore bien prise par ce qu'il s'était passé dans le tome un. Je trouve que Scythe et Thunderhead forme un vrai diptyque qui mérite d'être lu ensemble. Clairement le tome trois sera un peu à part vu la fin - et quelle fin!
Demandez à Glow, on ne s'en est toujours pas remise tellement elle est forte et bien et forte - je l'ai déjà dit non?. Elle vous attrape à la gorge avec une efficacité redoutable. 

Ce que j'ai préféré dans ce second volume c'est l'importance que Neal Shusterman donne à l'IA et la vision qu'il nous propose, loin de ce qu'on peut lire dans de la dystopie "classique".
De façon logique et intelligente, on poursuit le contrepied au genre entamé dans le tome un. Dans la plupart des romans de SF mettant en scène une IA surpuissante, celle-ci fini par se retourner contre son créateur. Elle est très souvent perçue comme une menace ce qui semble légitime dans la mesure où on se demande si l'IA ne nous trouverait pas à la longue, plutôt obsolète. 
Or le Thunderhead n'est jamais une menace, au contraire, il est parfait et fait preuve souvent d'une meilleure compréhension de l'être humain et de plus d'empathie que les humains eux-même. La technologie n'est pas un frein ici, seule la nature de l'Humain peut l'être. 
Les actions du Thunderhead sont réellement très intéressantes et donne matière à réfléchir notamment à travers un nouveau personnage dont je ne dévoilerai rien ici. 

C'est difficile de parler plus en détail de ce second volume sans trop vous en dire mais si vous avez aimé le tome un, vous aimerez celui-ci et normalement vous serez comme Glow et moi, impatientes de lire la suite et de voir ce qu'il advient de la Terre. Il se passe tellement de choses dans ce tome que ce n'est pas un vain mot que de dire que Thunderhead est un vrai page-turner. 

Neal Shusterman est définitivement un excellent auteur de sciences-fiction pour young et moins young adult. Il aborde des thématiques complexes et denses, et sait mêler celles-ci à une trame narrative pleine d'action et de rebondissements. 
Glow nous recommande chaudement son autre série, Les Fragmentés qui explore là encore la mort, la moralité, l'humanité dans tout ce qu'elle a de complexe. 

Je vous laisse avec l'interview de l'auteur que nous avions réalisée avec Glow pour le journal Actu SF il y a quelques mois. Si le thème de la surpopulation en SF vous intéresse, je vous recommande également les deux vidéos faites par DirtyBiology et Nexus VI sur youtube qui vous parle de tout ça.
Bonne lecture et vivement le tome trois.

mercredi 10 octobre 2018

Scythe (La Faucheuse) - Arc of a Scythe #1 - Neal Shusterman


A+

Présentation de l'éditeur: Les commandements du Faucheur :
Tu tueras.
Tu tueras sans aucun parti pris, sans sectarisme et sans préméditation.
Tu accorderas une année d’immunité à la famille de ceux qui ont accepté ta venue.
Tu tueras la famille de ceux qui t’ont résisté.
MidAmérique, milieu du 3e millénaire. Dans un monde où la maladie a été éradiquée, on ne peut plus guère mourir qu’en étant tué aléatoirement (« glané ») par un faucheur professionnel. Citra et Rowan sont deux adolescents qui ont été sélectionnés pour devenir apprentis-Faucheurs ; et bien qu’ils aient cette vocation en horreur, ils vont devoir apprendre l’art de tuer et comprendre en quoi cette mission est bel et bien une nécessité.

Il est très difficile de résister à l'enthousiasme d'une Glow lorsqu'elle volète autour de vous en répétant: "c'est trop bien c'est trop bien c'est trop bien". Forcément, on est intrigué et on fini par demander un peu d'explications et on se retrouve à bouloter deux volumes d'une série et à attendre le troisième avec fébrilité. Thank you very much...

Scythe (La Faucheuse) de Neal Shusterman explore à fond le rapport des humains à la mort et leur propre humanité.
Grâce au Thunderhead, un super ordinateur, la Terre a trouvé un équilibre. Il gère la production, l'alimentation, le climat et fait de la Terre une planète prospère et surtout, le Thunderhead a dompté la mort et la maladie. Plus de vieillissement naturel, plus de maladie mortelle et plus de meurtres ni de suicides. En conséquence, la population s'est accrue mais puisque la mort n'est plus un soucis, l'Humain s'est vu dans l'obligation de trouver une alternative au problème de surpopulation.
Il est donc créé la Communauté des faucheurs: une communauté humaine chargée de s'occuper de réguler la population par le respect d'un cota de glanage - de morts - à accomplir par an. Contrairement au reste de la population, en contact permanent avec le Thunderhead, les faucheurs et l'IA n'ont pas le droit de communiquer et le Thunderhead n'a pas le droit d'interférer avec la Communauté sous quelque forme que ce soit.
Nous découvrons la Communauté et cette nouvelle Terre à travers les yeux de Citra, jeune fille brillante et déterminée et de Rowan, enfant délaissé d'une famille trop nombreuse qui s'ennuie un peu dans une existence sans goût. Ils sont pris en apprentissage par Scythe Faraday, un homme de l'ancienne école qui choisi ses glanages par rapport aux statistiques du monde d'avant.
Scythe Faraday est un homme droit, qui prend son travail très au sérieux et qui s'est fixé une ligne directrice dont il ne veut pas déroger. L'apprentissage est dur mais sage et Scythe Faraday est un personnage vraiment très intéressant, complexe et profond, bien que froid.
Les Scythes, une fois qu'ils sont intronisés se choisissent un nom ainsi qu'une couleur de robe particulière ce qui efface leur ancienne identité. Parfois le choix du nom est très significatif, d'autres fois non. Faraday est un homme rationnel ce qui lui convient bien.
On fait également la connaissance de Scythe Curie, une autre membre de la vieille garde, une faucheuse très célèbre pour avoir glané les dirigeants de l'ancien monde. Sa méthode à elle est très différente, moins scientifique que celle de Faraday, Curie glane grâce à sa profonde compréhension de l'âme humaine en repérant les âmes fatiguées de vivre. Cela m'a fait penser dans une certaine mesure aux réflexions du héros de Altered Carbon qui nous dit que souvent au bout d'une régénération les gens préfèrent se stocker car deux vies vécues sont finalement assez éprouvantes. Scythe Curie repère ces gens et les glane.
Un point sur la traduction française: en anglais Neal Shusterman utilise l'épithète Scythe que ce soit pour un homme ou une femme. En français, Scythe Faraday devient Maitre Faraday et Scythe Curie, Dame Curie. Je trouve ça dommage d'avoir genré l'épithète car ça diminue l'impact des faucheuses femmes. Quitte à genrer pourquoi ne pas avoir mis Maitre et Maîtresse qui restaient semblables. Personnellement j'aurai opté pour Faucheur Faraday et Faucheuse Curie qui restait au final plus proche de la version et de l'idée d'origine.
Si Scythe Faraday et Scythe Curie sont des personnages complexes il n'en reste pas moins attachants et intéressants car on partage des valeurs communes avec eux. Ce n'est pas le cas de tous les faucheurs et on découvre vite Scythe Goddard et sa bande, les membres de la nouvelle garde qui eux revendiquent leur toute puissance par rapport au commun des mortels, l'envie de tuer et de le faire violemment ou en masse si besoin et l'abolition des quotas.
Car oui, les Scythes doivent rendre des comptes. Ils sont censés remplacer la mort et donc se montrer impartiaux comme cette dernière et tuer sans préjugé. Un faucheur qui tuerait trop dans la même communauté ou dans la même classe sociale pourra être sanctionné. De même s'il glane trop ou pas assez.
Le monde des Scythes est, au moment de notre histoire, en pleine mutation et Citra et Rowan vont devoir se faire une place parfois par la force. C'est ce point de bascule que Neal Shusterman veut nous montrer, celui où la nature humaine capable de belles choses peut aussi être responsable du pire.
L'univers de Neal Shusterman est passionnant. Il est à la fois simple et complexe, innovant en matière de gestion de la surpopulation et de la mort, du transhumanisme aussi et explore à fond notre rapport à la morale.
Nous sommes ici purement dans un roman d'anticipation et de dystopie dans la lignée des Hunger Games ou Divergent qui s'interrogent sur notre société, ses dérives, sa réorganisation etc. Pourtant, Scythe prend absolument tout le temps le contrepied des codes du genre.
Dans la dystopie classique, les héros sont toujours des rebelles qui se mobilisent contre l'ordre établi pour faire changer la société et l'améliorer, la rendre plus juste ou moins violente. Or ici, c'est absolument le contraire. Citra et Rowan et dans une moindre mesure Faraday et Curie, sont du côté de l'ordre et entendent bien ne pas le laisser sombrer dans le chaos par des gens assoiffés de sang et de pouvoir comme Goddard.
La question de la morale et de la justice sont elles aussi primordiale. Comment gérer la mort? Comment se substituer à elle de façon juste et équitable pour tous? Parce que finalement, dans cet univers il n'est question que d'une illusion d'immortalité. Pour maintenir la planète en bon état, il faut un quota de morts par an. Si statistiquement, vous avez moins de chance de mourir que maintenant, vous n'êtes pas vraiment immortel. Vous ne l'êtes que dans la mesure où un faucheur ne vous glane pas. Alors certains auront quatre-vingt ans et l'aspect d'un trentenaire, d'autre plus de cent et d'autres que seize sauf qu'au lieu d'une mort "naturelle", ce sera le Scythe le responsable.
Cette question de laisser la mort à l'Humain est assez fascinante car c'est l'abolition de la dernière égalité. Si on omet volontairement les cas où les humains s'entre-tuent, la mort "naturelle" ne fait pas de différence entre religion, couleur de peau, âge ou moralité de l'être en question. Jeune ou vieux, riche ou pauvre, elle peut survenir n'importe quand.
L'auteur est aussi très fort dans sa description de cette MidAmérique dans laquelle se passe l'action. Le patrimoine génétique des humains est plus riche qu'il ne l'a jamais été et il parvient à placer son action dans un monde "non uniformément blanc" et dans une zone géographique peu exploitée en SF en général.
Au-delà d'être un excellent roman de SF, Scythe, à l'instar de Altered Carbon, pose de nombreuses questions philosophiques sur notre vie, notre rapport au corps et à notre propre mortalité que je ne peux pas vous détailler ici. Il vous faudra faire votre propre lecture sur cette oeuvre si riche.
Soutenu par une narration excellente et endiablée, on plonge dans ce premier tome pour en ressortir tout étourdi, la tête plus pleine de questions que de réponses.
Je vous laisse avec l'interview de l'auteur que nous avions réalisée avec Glow pour le journal Actu SF il y a quelques mois et je vous dis à dimanche pour la chronique sur le tome 2: Thunderhead. Et si le thème de la surpopulation en SF vous intéresse, je vous recommande également les deux vidéos faites par DirtyBiology et Nexus VI sur youtube qui vous parle de tout ça.
Bonne lecture!

mardi 2 octobre 2018

The Clockwork angel - The infernal devices #1 - Cassandra Clare


B+

Résumé (traduction de l'éditeur): Tessa débarque à Londres pour rejoindre son frère. Mais à peine arrivée, elle tombe dans un piège : enlevée par les horribles Soeurs Noires, elle développe des pouvoirs qu’elle ignorait posséder. Jusqu’au jour où Will, un Chasseur d’Ombres, la libère et lui apprend qu’elle est une Créature Obscure. Un nouveau destin attend Tessa dans un monde mystérieux, où vampires, sorciers et autres créatures de l’ombre règnent en maîtres…

The Clockwork angel est le premier tome de la série The Infernal devices. Il s'agit également d'un prequel à la série ultra populaire The mortal instruments. Pour être tout à fait claire, je n'ai pas lu The Mortal instruments. Après avoir demandé à mes amies Lily et Cathy si cela avait un impact de lire d'abord le prequel avant la série principale, j'ai décidé de me lancer. Je sais, je sais, j'aurai sans doute moins de surprises sur certains éléments de la série principale notamment à cause des liens familiaux des personnages mais j'avais plus envie de découvrir d'abord la période steampunk et puis malgré tout, je vais faire chronologique.
Si vous avez lu toute la série, gardez donc à l'esprit que The Clockwork angel est le tout premier de cet univers que je découvre car je crois avoir compris qu'il ressemble pas mal au premier tome de Mortal instruments.

L'histoire commence à la fin du XIXe siècle aux États-Unis où la jeune Tessa, 16 ans, se retrouve seule après la mort de sa tante. Elle reçoit un billet de bateau de son frère Nathaniel lui demandant de la rejoindre à Londres mais une fois dans la capitale britannique, elle se fait capturer par les sœurs noires, Mrs Dark et Mrs Black. Fiancée de force à un être maléfique, elle découvre qu'elle est une Warlock - une Créature Obscure - et est obligée par ses geôlières à utiliser son pouvoir pour se métamorphoser en qui elle veut, vivants ou morts. Sauvée par Will Herondale et Jem Carstairs, la jeune fille rencontre les Shadowhunters - les Chasseurs d'Ombres - censés garantir la paix en Angleterre et décide de les aider à vaincre l'homme qui l'a faite enlever.

Les prequel sont toujours difficiles à mettre en place parce qu'il y aura toujours des vilaines comme moi pour commencer par le prequel et non par la série initiale. Du coup, l'auteure est obligée de remettre en place l'univers, d'expliquer un peu comment ça fonctionne. On découvre les Shadowhunters à travers les yeux de Tessa. Je ne vais pas cracher dans la soupe, c'est difficile comme exercice et Cassandra Clare s'en sort plutôt bien. On sent que c'est une mise en place pas aussi profonde qu'elle aurait pu l'être en d'autres circonstances mais j'imagine que lorsque vous avez déjà lu les Mortal instruments ça fait un peu plus "réchauffé". On découvre donc les Shadowhunters, leur concept familial, leur mission pour protéger l'humanité mais aussi des Warlock et autres membres des créatures obscures dont certains on s'en doute déjà vont devenir récurrents.

Parmi les personnages, nous rencontrons évidemment Tessa Gray. J'ai aimé le personnage, on se sent immédiatement en empathie avec elle puisque c'est elle qui nous ouvre les portes de cet univers. Elle est intelligente, forte et combative. Elle offre un contraste assez intéressant avec son frère Nathaniel que l'on rencontre un peu plus tard dans le roman.
Parmi les Shadowhunters on fait la connaissance de Charlotte et de son mari Henry, qui sont tous les deux super mignons. On comprend bien la fragilité de la position de Charlotte en tant que gérante des Shadowhunters de Londres par rapport au Clave. Je pense que l'on va revoir les membres du Clave, les Lightwood sont particulièrement horripilants mais je me demande ce qu'elle va en faire.

On fait aussi la connaissance de Jem Carstairs et Will Herondale. Ils sont particulièrement complémentaires. Will est flamboyant et imprudent, il se lance la tête la première dans le danger alors que Jem, son parabatai, est plus réservé et réfléchi.
Je n'aime pas vraiment Will. Je me doute qu'il y a plein de mystères qui entourent le personnage et que son comportement va être éclairé au fur et à mesure de la série mais je ne suis pas séduite par Will. D'habitude j'aime bien ce genre de personnage mais là ça n'a pas pris, sans doute à cause de son attitude envers Tessa et parce qu'il y a Jem. Jem est juste génial, sino-britannique, il conserve un secret intéressant et se montre sage et posé. C'est un personnage doux qui m'a beaucoup plu. En fait, je trouve Jem moins attendu comme personnage que Will. Will c'est l'anglais sublime, aux cheveux noirs et aux yeux super bleus, avec un charme fou et un côté bad boy. C'est toujours appréciable mais déjà lu et relu tandis que Jem est original. J'ai aimé qu'il soit métisse et que physiquement il ne soit pas ce qu'on attende d'un héros. C'est une dose de fraicheur et de nouveauté dans un genre qui a tendance parfois à être un peu trop codifié.

Je ne vais pas mentir, vous l'avez peut-être senti venir, il y a bien un triangle amoureux qui se forme entre Tessa, Jem et Will. Je ne sais pas comment elle va le résoudre, bien que j'ai dans l'idée que ce ne sera pas comme je veux mais je n'y peux rien. Si vous êtes allergique au triangle amoureux, ça risque de ne pas vous plaire. Après l'intrigue n'est pas focalisée dessus, on s'intéresse plus à l'histoire paranormale qu'au triangle dans ce premier tome donc ça reste tout à fait supportable.

En revanche, on découvre Magnus Bane, un warlock amant de la vampire Camille mais qui laisse entendre qu'il a des goûts plus étendus! C'est un personnage que l'on ne fait que survoler mais j'espère vraiment qu'on va le revoir, notamment parce qu'il a l'air de connaitre pas mal d'informations intéressantes sur les Downworlders et Will Herondale.

L'univers est très sympa, steampunk mais sans être historique non plus, on ne s'attarde pas sur les conventions sociales comme chez Gail Carriger par exemple. Il y a de l'action, du mystère, de la magie et des personnages intéressants et/ou attachants. J'aime aussi que Cassandra Clare ait inclus un héros métisse dans une société occidentale et qu'il y ait au moins un personnage LGBTQI+. Ce n'est pas le Pérou mais c'est un bon début je trouve en matière de diversité dans les romans contemporains. 

En tout cas, j'ai très envie de lire la suite de ce prequel et je vais essayer de le faire avant l'an 2070!
Si vous avez lu toute la série - ou des morceaux - n'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé, si vous avez les mêmes ressentis que moi sur ce tome et lesquels vous préférez! 

jeudi 20 septembre 2018

The Belles (Les belles) - Dhonielle Clayton

F

TW: ce livre contient une tentative d'agression sexuelle, des propos grossophobes, transphobes et lesbophobes. 

Attention je spoile méchamment et j'ai même pas honte. 

Présentation de l'éditeur français: Dans le monde opulent d’Orléans, les gens naissent gris, ils naissent condamnés, et seules les Belles peuvent, grâce à leur talent, les transformer et les rendre beaux. En tant que Belle, Camélia Beauregard est presque une déesse dans cet univers où triomphe le culte des apparences.
Or Camélia ne veut pas se contenter d’être une Belle. Elle rêve de devenir la favorite choisie par la reine d’Orléans pour s’occuper de la famille royale et d’être reconnue comme la plus douée du pays. Mais une fois Camélia et ses soeurs Belles arrivées à la cour, il s’avère que la position de favorite tient davantage du cauchemar. Derrière les ors du palais, les noirs secrets pullulent…

Avant toute chose, je voudrais parler de l'autrice Dhonielle Clayton, de son parcours et de ses inspirations pour l'écriture de The Belles. Dhonielle Clayton est une autrice afro-américaine, ancienne bibliothécaire et surtout COO (chief operating officer) de l'association à buts non-lucratif We need diverse books (Nous avons besoin de diversité en littérature). Elle est donc clairement engagée dans la promotion de la diversité dans la littérature et The Belles est sans aucune discussion possible un produit de cette réflexion et de ses engagements. Quant à ce qui l'a inspiré à écrire ce texte, voici ce qu'elle en dit sur son site:
Dhonielle écrit à propos de ce qui la perturbe et depuis l'adolescence, elle est agacée par la "marchandisation" du corps féminin. Les magazines, les films et la culture populaire ont eu une profonde influence sur Dhonielle à l'adolescence et elle a toujours voulu changer le regard qu'elle porte sur son propre corps. Après avoir lu la série Uglies de Scott Westerfield, elle a voulu répondre à une question similaire sur l'apparence physique, la perfection, le pouvoir et leur importance dans la société afin de démarrer une discussion sur l'impact des médias sur les femmes et leurs corps. 
Si on rajoute à ça que l'héroïne est noire et que l'homosexualité (notamment féminine) est parfaitement intégrée à la société, deux facteurs qui manquent cruellement à la Fantasy, on a tout ce qu'il faut pour faire de The Belles un de mes livres chouchou...sauf que. 
Sauf que non, pas du tout. The Belles est un livre absolument inachevé qui ne va jamais au bout de ses idées et qui souvent piétine allègrement ce qu'il prétend défendre. Pourtant croyez moi le postulat de départ me plaisait énormément

Dans cet univers, la beauté est contrôlée par les Belles et les gens, pour peu qu'ils aient de l'argent -mais on y reviendra - peuvent changer leur apparence aux grées des modes et de leur envie. Couleur de peau, texture et couleur des cheveux, formes du nez ou du visage, épaisseur de la taille, des cuisses etc, tout y passe. Pour cela on se rend dans les salons (de Feu, du Chrysanthème etc) éparpillé dans le royaume d'Orléans et en échange de jetons de beauté on peut se faire corriger par des Belles. Parmi ces jeunes filles, l'une d'entre elle va devenir la Favorite de la cour et se tenir au plus près du pouvoir et donc de la gloire. Nous nous tenons donc dans cette cour d'Orléans, un très bon mélange entre le bayou américain et la cour de Versailles. Il y a de multiples références à l'ancien régime français entre Du Barry, Pompadour et le ministre de la mode qui a un petit côté Rose Bertin et on sent très bien les influences de Dhonielle Clayton.
Le travail qu'effectuent les Belles sur les gens se fait grâce aux arcanes, une sorte de pouvoir magique contrôlé par le sang, qu'elles doivent régulièrement recharger au moyen de sangsue - là encore très ancien régime - qui évacuent les toxines de leurs corps. Le travail qu'elles pratiquent sur les gens est douloureux et cela est montré à plusieurs reprises. J'ai trouvé cette idée très bien articulée dans le récit comme un rappel cynique à l'adage "Il faut souffrir pour être belle". Le prix a payer pour la beauté passe déjà par une souffrance physique et ne dure pas. Au bout d'un moment le gris revient, les modifications corporelles s'estompent et les gens redeviennent gris et leur corps reprend leur forme originelle. Cela induit quand même l'idée pernicieuse qu'il faut sans cesse payer, sans cesse souffrir pour atteindre la Beauté. C'était une idée intéressante mais malheureusement, elle n'est pas plus exploitée que ça et reste à ce stade de constatation.

Une fois à la cour nous rencontrons la famille royale, la reine, une femme très froide, le roi complètement effacé et la princesse Sophia, une jeune femme dont on comprend très vite qu'elle va être l'antagoniste principale. Il faudrait aussi parler de la princesse Charlotte, la sœur aînée de Sophia, tombée dans un coma depuis quatre ans dont personne n'a réussi à la tirer. Il apparaît très vite que l'univers de la cour est impitoyable et que la position de Favorite n'est pas du tout une position privilégiée. De fait, on remarque rapidement que les Belles jouissent d'une position tout à fait paradoxale. Vénérées comme des déesses, elles n'en sont pas moins utilisées jusqu'à l'épuisement par tous ces riches et ces nobles qui veulent atteindre la beauté. Ce sont des jouets aux mains des puissants et là encore, on devra se contenter de cette constatation en demi-teinte.

L'ambition de ces belles, sauf Edel, est de devenir la Favorite et d'accéder au pouvoir suprême des Belles. J'ai vraiment été déçue par cet aspect là du roman. Que ce soit l'objet de convoitise de départ, certes mais cet objectif reste celui de l'héroïne tout du long. Jamais elle ne réalise vraiment l'horreur de sa position et l'absurdité d'un tel désir. Il faut que l'intrigue prenne un tour plus extrême pour que ça la secoue. Je suis vraiment déçue parce que l'objectif de l'héroïne n'est rien que de très classique. Elle a beau dire qu'elle veut apporter la Beauté au monde, elle oublie de préciser qu'elle veut apporter la Beauté au monde riche, puissant et aristocratique uniquement.
C'est d'autant plus dommage que les Belles, et l'héroïne en particulier puisque c'est elle que l'on suit à la première personne, n'ont aucune curiosité pour leur propre monde et pire pour leur propre histoire. Que l'on soit dans une intrigue de dystopie où une jeune femme découvre "The Terrible Truth" comme disent les américains, sur la société qu'elle pensait parfaite, d'accord. J'ai cependant beaucoup plus de mal à croire qu'elles soient innocentes à ce point. Elles ne se posent jamais aucune question de pourquoi elles ne doivent pas approcher des hommes, pourquoi leurs mères meurent toutes en même temps et encore pire pourquoi leurs mères ne leur ressemble pas physiquement alors que les Belles sont les seules qui ne naissent pas grises et qui ne peuvent changer physiquement grâce aux arcanes. On comprend au fur et à mesure de quoi il retourne mais l'ignorance à ce point de Camélia n'est pas crédible.

L'arc narratif est de ce fait très insatisfaisant. Il est prévisible et malgré quelques retournements de situations un peu artificiels, on comprend très rapidement qui va être la méchante du livre, comment cela va évoluer et même les rebondissements finaux. Il y a notamment quelques rebondissements qui crèvent les yeux et j'ai eu du mal à comprendre comment l'héroïne a pu passer à côté.
Le coma de la princesse Charlotte est dû à un empoisonnement dont est responsable la princesse Sophia. Vu le caractère de cette dernière et considérant que c'est elle qui hérite durant le coma de sa sœur, ce n'était pas tellement la peine d'être Sherlock Holmes pour comprendre qu'il y avait baleine sous gravillon...

Comme Dhonielle Clayton le dit sur son site, les média et leur traitement de la beauté féminine ont été une source sur l'élaboration de ce livre. Effectivement, plusieurs fois dans le roman apparaissent des gros-titres de journaux, certains parlant de la mode à suivre ou tout simplement, colportant des rumeurs. Là encore, je vois bien ce qu'elle a voulu faire, questionner le rôle des médias notamment à travers ces fameux "Feuilles de beauté" où sont affichés les plus belles femmes du moment et donc les modes à suivre. Malheureusement, cela reste une fois de plus superficiel, tant dans le traitement que dans l'impact réel de ces derniers sur l'intrigue. A aucun moment nous ne croisons de journalistes, leur présence étant seulement soulignée par de petits ballons postes noirs, ces curieux qui enregistrent des conversations. C'est une présence en arrière plan qui n'a jamais d'ampleur et qui n'est jamais remise en question par les personnages du roman.
Cela va de pair avec l'absence de remise en question de l'univers dans lequel s'inscrit l'histoire. Certes, il s'agit d'un tome 1 donc on peut légitimement supposer que cela viendra par la suite. Malheureusement, je trouve ça dommage de louper des thématiques pareilles. Si elles ne sont pas posées d'emblée j'ai dû mal à croire qu'elles pourraient survenir par la suite. De plus, on ne voit jamais de gris, l'héroïne ne s'interroge pas sur leur vie à eux et ce que cela veut dire d'être gris et donc pauvre puisque les deux sont liés. La beauté et la richesse sont des synonymes. Si Camélia veut se battre contre la princesse ce n'est pas pour empêcher un règne tyrannique pour tous mais seulement pour les aristocrates fortunés de la cour. Le roman semble au final complètement dépolitisé alors qu'il avait tout pour aborder des sujets de société importants.

Bien que le livre parle de beauté, de mode et de souffrance pour l'atteindre - le corps est parfois torturé, les os brisés pour être remodelés, sachant que l'ensemble n'est pas définitif - les canons de beauté restent malgré tout très classiques. Les traits restent fins et pas très éloignés de ce qu'on voit déjà partout dans les magazines. D'ailleurs les modifications plus exotiques sont proscrites par décrets. On peut donc changer la couleur de sa peau et avoir les cheveux roses, le modèle reste quand même jeunesse minceur et finesse des traits et pas trop particuliers si possible. Pas d'androgyne, pas de personnes très grandes ou très petites, l'ensemble reste formel et calibré. Pour une autrice qui cherche la diversité, la couleur de la peau des personnages n'a finalement pas de signification et n'est pas synonyme de diversité, c'est une utilisation esthétique qui n'a aucune portée symbolique. Dommage lorsque pour une fois l'héroïne d'un roman young adult est noire.

Enfin au niveau du style, l'autrice ne peut pas s'empêcher de toute comparer à de la nourriture: la couleur de la peau, des cheveux, les textures. C'est franchement lassant.

En soit, toutes ces remarques ne méritent pas un F, un C à la rigueur. Si encore The Belles n'allaient pas au bout de ses idées, ça serait excusable. Non, ce qui m'a fait hurler de rage c'est que le livre est grossophobe, transphobe et homophobe. Purement et simplement. J'enrage d'autant plus à cause de la démarche initiale de l'autrice qui promettait tellement...
Commençons par la grossophobie. La représentation des personnes grosses est désastreuse. Non seulement iels sont quasiment inexistants, on ne trouve que 2 personnages pour tout le roman, mais en plus ils sont systématiquement décrits à travers le prisme de clichés bien violents. On a d'un côté une jeune femme qui doit se faire réduire régulièrement la taille parce qu'elle mange trop - comme c'est original...vous me dites si l'ironie n'est pas assez palpable - et de l'autre, un aristocrate qui tente de violer l'héroïne - achevez-moi! Il n'y a pas de diversité à reproduire encore et toujours les mêmes clichés, les mêmes représentations stigmatisantes. Ce n'est pas parce qu'il y a des personnes grosses dans le roman que celui-ci est inclusif et bienveillant. La façon dont on représente les gens et à fortiori les minorités discriminées est importante. Le roman s'adresse à des adolescents. Que peuvent-ils penser quand dans un roman on leur dépeint des personnages au mieux faibles au pire écœurants dont le seul point commun se trouve être le poids? C'est gravissime parce que cela entérine des idées dévastatrices qui ont des répercussions dans la vie de tous les jours des personnes stigmatisées par notre société.
Le roman est aussi transphobe avec une super mention d'un personnage transgenre qui est tout simplement mégenré dans une page de journal. Pour l'univers inclusif on repassera, c'est exactement le contraire de ce qu'il faut faire qui est fait (je précise que ce n'est pas une question de traduction, c'est dans le texte original).

Et pour finir, que ne serait pas The Belles sans une petite homophobie bien sournoise. Sournoise parce que si vous ne faites pas attention, si vous n'êtes pas déconstruit-e-s sur le sujet ou si vous ne vous vous êtes jamais posés la question, vous pouvez très bien ne pas remarquer le problème alors qu'il fait la taille de la Tour Eiffel.
Dans l'univers des Belles, l'homosexualité, notamment féminine, semble être tout à fait accepté par la société. Il est fait mention dans une page de journal d'un mariage entre deux femmes, la reine a une maîtresse et une amie de la princesse, Claudine - celle qui mange trop souvenons-nous - aime sa domestique. Jusque là tout va bien me direz-vous. Sauf que non. Sur l'ensemble de ces personnages, deux seulement on le droit a une vraie présence et du texte. Les autres? Elles n'existent pratiquement pas, elles n'ont pas de textes et parfois même pas de noms ni de représentation physique.
Il y a aussi ce que les américain-e-s appellent le "Bury your gay" trope. Un trope c'est un cliché narratif qui peut être utilisé à bon ou mauvais escient. "Bury your gay", signifie "enterrez vos gay", cela désigne l'habitude scénaristique de faire mourir les personnages homosexuel-le-s dans une fiction, soit parce qu'iels se sacrifient pour que le héros ou l'héroïne hétérosexuel-le survive, soit parce que leur fin est tragique. Cela veut dire, qu'un personnage homosexuel ne peut pas avoir de happy end.
Je vous le donne en mille, c'est exactement ce qu'il se passe ici. Les deux femmes homosexuelles du roman qui avaient un tant soit peu d'épaisseur meurent. Claudine cumule: non seulement elle ne peut pas épouser sa domestique à cause de la différence sociale, la Princesse lui impose d'épouser un homme - qui se trouve être l'aristocrate violeur, histoire de stigmatiser en même temps les lesbiennes et les personnes grosses: combo fatal - et elle meure torturée devant tout le monde par deux Belles juste pour montrer à quel point la princesse est vraiment très méchante. Rien ne viendra sauver ce texte. Vraiment rien. Le roman a beau être féminin, diverse dans ses représentations, il prend l'exact contrepied de ce qu'il prétend faire en renforçant les clichés dans sa représentation des minorités discriminées.  
Les femmes de ce roman sont cruelles et courent après le pouvoir et la beauté. Rien de glorieux, rien de galvanisant, rien qui mérite d'être admiré.

Je suis déçue parce que j'y croyais, je pensais vraiment que tout était réuni pour faire un grand livre de Fantasy young adult inclusif et bienveillant qui fait réfléchir sur notre société, la représentation des personnes stigmatisées, sur le féminisme mais au final, j'ai juste ressenti un profond dégoût.

Alors pour contrebalancer tout ça, j'ai décidé de faire une page sur ce blog dédiée à la représentation de la diversité en romance et dans la littérature de l'imaginaire. Que ce soit pour contrer le racisme, l'homophobie, la transphobie, la grossophobie, le validisme, le capacitisme, le classisme et toutes ces choses qui gangrènent notre société, je vais répertorier des romans où la diversité est vraiment à l'honneur et ou les représentations ne sont pas stigmatisantes et ne reprennent pas des schémas de pensée obsolètes et dégradants. Alors si vous voulez participer à ce projet, n'hésitez pas, vous êtes tout-e-s les bienvenu-e-s: une seule condition, avoir lu les livres que vous proposez et être sûrs qu'ils correspondent bien au projet.

A très vite!