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vendredi 28 septembre 2018

Rebecca Kean tome 3 à 6 - Cassandra O'Donnell

B-

Il y a quelques temps je vous parlais de la série Rebecca Kean de Cassandra O'Donnell. Je vous disais que malgré des défauts parfois horripilants, je m'étais à mes dépends prise au jeu et que j'avais boulotté les deux premiers tomes comme autant de sucreries un·e gamin·e un soir d'Halloween. Encouragée par mon amie Clotilde qui me promettait quatre autres tomes aussi addictifs, j'ai englouti la série complète et j'attends maintenant la suite. 
Je ne trouvais pas pertinent de faire une chronique par tome, aussi je vous propose les tomes 3 à 6 d'un coup, avec un petit commentaire sur chacun et un avis sur l'ensemble de la série: ce que j'ai aimé, ce que je n'aime toujours pas et ce que j'attends pour la suite. 
Je ne vous spolierai pas les intrigues des tomes 3 à 6 si vous ne les avez pas lu, je donne simplement un avis sur la qualité de l'intrigue et les personnages que l'on suit dans ces opus. Toutefois, si vous craignez vraiment de lire quelque chose que vous n'auriez pas dû, je vous conseille de passer directement à mon commentaire global que vous trouverez plus bas. 

Tome 3: Potions macabres 
Résumé de l'éditeur: Avoir une fille en pleine crise d’ado quand on a 27 ans, ce n’est déjà pas de la tarte, mais quand votre adorable progéniture est une jeune vampire en pleine poussée hormonale, ça devient carrément insurmontable. Comme si je n’avais pas assez à faire avec une bande de potioneuses complètement disjonctées qui sèment la pagaille dans toute la région, et la nouvelle guerre qui se profile lentement mais sûrement à l’horizon…

Ce tome trois était vraiment sympa car on approfondit les relations avec le clan des potioneuses. On découvre aussi un peu plus Maurane et c'était assez sympa de voir des liens d'amitiés se créer entre Rebecca et elle, cela fait un personnage féminin de plus que Beth dans un autre clan. 
On tente aussi une incursion chez les démons avec Mark mais j'en reparlerai plus en détail un peu plus tard. 

Tome 4: Ancestral
Résumé de l'éditeur: Histoire de bien commencer la saison, le Mortefilis a décidé d’envahir la Nouvelle-Angleterre. Ça tombe bien, avec la disparition de Raphael, repousser une armée de redoutables vampires était tout ce dont j’avais besoin… Malgré mon inquiétude et une situation plus que critique, je me dois d’organiser la défense de notre territoire. Et croyez-moi, il va falloir la jouer serré !

Je dois dire que cette ouverture de roman était très réussie. C'est le gros point fort de cette série, fédérer les clans autour de Rebecca pour les voir tous en action même si le fait que Raphaël lui ait confié le clan des vampires ne soit sans doute pas l'idée du siècle quand on sait la neutralité que doit afficher l'Assayim. Après cette ouverture en fanfare, Cassandra O'Donnell nous plonge dans l'univers des muteurs. Si dans les premiers opus nous avons découvert les loups-garous, les vampires et les potioneuses, c'est ce quatrième clan et notamment leur chef Aligarh qui est au centre de l'intrigue. Ali est une grande réussite. C'est un personnage complexe et intéressant qu'elle sait bien mettre en scène. Une fois de plus on découvre avec ce clan d'autres règles, d'autres modes de pensée et ce n'est jamais simple dans un univers d'urban fantasy où l'on doit construire une mythologie cohérente. Cassandra O'Donnell s'en sort moins bien que Patricia Brigg et Ilona Andrews mais c'est réussi malgré tout. A partir de ce tome, pas mal d'éléments importants de l'intrigue globale de la série se mettent en place. Plusieurs personnages commencent à prendre une place plus importante, quelques pistes commencent à se former. 

Tome 5: L'Armée des âmes
Résumé de l'éditeur: Ah, les joies de la famille… Les flambées de vampires, les batailles sanglantes, les coups de fouet, les séances de torture ludiques, les joyeux exorcismes… Tous ces petits bonheurs simples me reviennent à l’esprit depuis que Grand-mère et les Vikaris m’ont retrouvée et ont débarqué en ville dans l’intention évidente de me liquider ! Nostalgie, quand tu nous tiens...

Là on rentre dans le vif du sujet. Si les relations entre Rebecca et Raphaël, Bruce et Ali s'épaississent, ce sont à la fois les origines Vikaris de Rebecca mais aussi le clan des chamans qui se retrouvent cette fois dans la ligne de mire de l'auteure.
Elle poursuit sur sa lancée classique: un tome par clan, mais développe parallèlement la trame globale à travers le passé de Rebecca. Si on connaissait les raisons qui l'ont poussée à quitter la France et son clan, on comprend à présent d'où vient Rebecca, comment elle a été élevée et surtout par qui. Les Vikaris, à commencer par la grand-mère de Rebecca, sont très bien campées. On dirait de vieilles mamies mais façon arsenic et vieilles dentelles. Je ne recommande pas de s'approcher de trop près de ces sorcières là. 
Parallèlement on est rencontre les chamans grâce à Léo qui est dans un beau pétrin. Une fois de plus, il est évident que Cassandra O'Donnell a pris du temps pour penser ces chamans qui sont plutôt absents en règle générale de l'urban fantasy. J'ai bien aimé cet univers, très secret et pas du tout commun. A la fin de ce tome on a passé du temps dans tous les clans et on commence à avoir une bonne idée de ce qu'est Rebecca pour les Vikaris. Cela devient évident que le tome 5 est le dernier des tomes "classiques" de la série et qu'à partir de maintenant, l'intrigue va se resserrer. 

Tome 6: Origines
Résumé de l'éditeur: Un coup de fil en pleine nuit augure rarement d’une bonne nouvelle. Quand c’est pour apprendre qu’un petit rigolo a décidé de faire mumuse avec un sort interdit depuis des lustres, je commence à perdre mon sens de l’humour. Et si, en plus, cette démonstration vise à éliminer un à un les chefs de clan officiant sur mon territoire, autant vous dire que je vois carrément rouge !
Avec tout cela, on voudrait que j’exerce avec un peu plus de sérieux mon rôle de reine des Vikaris. Pas de doutes, les congés payés, c’est pas pour demain…

Fini la découverte des clans, on commence enfin à aborder l'histoire de Rebecca, ses origines comme le dit le titre et les conséquences sur le Vermont de la bonne entente qu'a créé Rebecca entre les clans ennemis. Autant j'ai aimé le propos de ce tome, les problèmes de Léo qui commencent à apparaître pour dévier sur un spin-off qui j'espère sortira bientôt, les relations de Rebecca avec Baetan et ce que ça veut dire pour la suite, autant je l'ai trouvé trop court, beaucoup trop court. Ce tome 6 c'est un tome charnière et j'ai eu l'impression de survoler des éléments importants. Il y a beaucoup de personnages dans la série et j'aurai aimé qu'ils trouvent tous une place plus naturelle dans ce tome 6. J'attendais beaucoup et je suis au final un peu déçue de tout ce qui reste en suspens, surtout ne sachant pas quand sortira le prochain tome. 

DEBUT DE LA CHRONIQUE GLOBALE

Pour celles et ceux qui ont lu jusqu'ici, merci beaucoup et pour les autres welcome back!
Maintenant que j'ai lu toute la série je suis plus à même de savoir ce qui m'a plu ou non et si Rebecca Kean vaut le coup. 

J'avais déjà pointé les faiblesses de l'écriture - une critique qui revient souvent apparemment pour cette auteure - et il faut avouer qu'à partir du tome 3 elle s'améliore. Je ne sais pas si c'est dû à une meilleure qualité d'édition ou si l'auteure elle-même a mieux travaillé son texte, toujours est-il que les quatre derniers tomes sont beaucoup plus fluides que les deux premiers. 

J'avais également mentionnée que je trouvais pénible que tous les mâles alpha - à l'exception de Gordon -  de la série veulent se faire Rebecca comme si c'était une biche en période de rut...Autant vous prévenir, ça ne s'arrête pas. Tous ou presque créent des liens "particuliers" avec Rebecca et même si on échappe - ou pas ça dépend du point de vue - à des scènes de sexes débridées, Cassandra O'Donnell est plutôt mesurée en vérité, ça devient lassant. Pour avoir lu beaucoup d'urban fantasy, je confirme mon point de vue: une héroïne parfaite dont tout le monde tombe amoureux, c'est un repoussoir. Je ne suis pas une bombasse incroyablement parfaite et me sentir rabaissée par l'héroïne ce n'est pas le meilleur des arguments de lecture. Rebecca est une sorcière d'un clan spécial, elle est extrêmement puissante, elle est belle, elle a un corps de rêve, n'a pas l'air de vieillir et à vingt-sept ans elle a déjà une gamine ado...à quel moment je suis sensée m'identifier? Qui peut s'identifier et cocher toutes ces belles cases de la femme surpuissante, belle et en plus mère jeune et cool? 
Et puis Rebecca n'est pas vraiment modeste. Elle mentionne à plusieurs reprise son "physique de rêve". L'entendre de la bouche des personnages secondaires c'est déjà un peu pénible mais quand elle s'y met ça devient insupportable. Rebecca n'a pas le second degré d'une Charley Davidson qui rend ces affirmations drôles et c'est dommage. 
Alors, on pourrait argumenter aussi que l'auteure a quelque chose en tête avec cette trame de mâles de différents clans qui nouent des liens impossibles avec une sorcière de guerre. Certes. Seulement je persiste à penser que l'auteure aurait pu lui faire créer des liens sans que tout tourne autour de son pouvoir de séduction parce que les liens créés, ce ne sont pas des liens de clans mais des liens de mâles alpha à femelles Alpha. On peut dire ce qu'on veut, de ce point de vue là, Rebecca Kean manque de la finesse d'une Mercy Thompson ou d'une Kate Daniels. 

Pour rester dans le domaine du mâle, quoi de mieux qu'un petit tour d'horizon de ces derniers. Alors, soyons franc·che: je déteste Raphaël. J'ai une aversion générale pour les vampires mais ici ça dépasse même mon dégoût pour Edward Cullen - sans offense pour celles et ceux qui aiment évidemment c'est très personnel. J'aime le mythe ancien du vampire, Dracula, Nosferatu, ceux de Kate Daniels qui ne sont pas beaux, pas gentils, pas sexy. C'est un mythe que je trouve vraiment passionnant à plein de niveaux et j'ai beaucoup de mal avec les détournements actuels, à l'exception des vampires de Gail Carriger - Lord Akeldama est génial - et Stephen de Mercy Thompson. J'aime quand le vampire est un être vraiment effrayant caché éventuellement par un masque de beauté avec tout ce que ça comporte de réflexion sur notre sexualité etc. 
Raphaël, c'est le type de vampire qui se veut magnétique et sexy en mode: Je suis l'ange de la mort bébé agrémenté d'un complexe de supériorité assez énorme. Si vous savez, ce mâle alpha relou: "je suis irresistible chérie, je sais mieux que toi ce qu'il te faut et même que quand tu dis non en fait tu veux dire oui prend-moi sauvagement sur le lave-vaisselle"....Yerk. Un vrai tue-l'amour. Je n'arrive pas à voir la manipulation et le machisme comme sexy. Physiquement non plus Raphaël ce n'est pas ma tasse de thé: un grand tout sec avec des longs cheveux blonds jusque dans le dos et qui trouve être le comble du chic de se présenter en kimono d'apparat alors qu'il n'est même pas japonais. Je ne me lancerai pas sur l'appropriation culturelle et en quoi c'est extrêmement malaisant de voir la culture japonaise pillée par un vampire européen parce que ça serait trop long mais bref: après 6 volumes Raphaël est toujours un énorme NON pour moi et je regrette qu'il soit toujours le love interest de Rebecca. 

Parmi les autres mâles qui gravitent autour de Rebecca on retrouve Bruce, le loup-garou des steppes au lourd passé. J'adore Bruce, c'est typiquement le genre de personnage que j'aime - c'est un muteur pas de surprise là dessus - il est sexy en diable et pour le coup sans jouer la carte du "tu m'appartiens, si tu me quittes j'éventre ta fille et je la pends par les tripes façon Hannibal Lecter. Tu m'aimes hein?". Bruce c'est le loup-garou protecteur, celui qui devient tout mou et vulnérable dans son petit coeur malgré ses muscles et ses crocs. Je suis assez frustrée du développement qu'elle donne au personnage qui passe quand même pas mal de temps absent des intrigues principales. La preuve selon moi qu'il y a trop de mâles amoureux dans l'entourage de Rebecca et que Cassandra O'Donnell ne sait pas trop quoi en faire. C'est vraiment une déception parce qu'on sent qu'elle a une idée sur le personnage de Bruce mais ce n'est pas abouti. 
Parmi les autres muteurs on découvre Aligarh dit Ali, le chef des muteurs du Vermont. J'ai eu l'impression qu'il remplaçait Bruce par moment à la façon dont ils sont interchangeables. J'aime bien Ali, il est aussi alpha mais sans les défauts de Raphaël. Il est solide et secret, n'hésite pas à taquiner Rebecca mais assure toujours ses arrières comme Gordon, le chef des loups-garous. 
Je suis assez frustrée par Ali et Bruce parce que je les préfère largement à Raphaël et j'aurai préféré que Rebecca choisisse l'un deux plutôt que le vampire. J'espère que pour la suite les relations entre ces personnages va évoluer. 

Pour conclure la série sur les mâles, il faut parler de Mark. Mark est un vrai gâchis. Il était très intéressant dans le tome un, charismatique, mystérieux et à partir du tome deux, le personnage part en sucette. Pour moi ça a toujours à voir avec le trop grand nombre de personnages masculins à gérer: Mark, Bruce, Ali et Raphaël. Si Bruce passe une grande partie de la série absent, ça lui laisse encore trop d'hommes dans les pattes de Rebecca. La seule chose qui distingue Mark des autres c'est qu'elle en fait un méchant - impossible d'éprouver la moindre sympathie pour le personnage - alors que les liens qui l'unissent à Rebecca sont exactement les mêmes que les autres mâles. Je suis très insatisfaite de son traitement, j'ai vraiment eu l'impression que c'était bâclé pour pouvoir s'en débarrasser le plus vite possible parce qu'il encombrait. J'aurai aimé plus de subtilité dans son traitement sans doute. 
J'ai l'air de beaucoup râler mais c'est simplement parce qu'aurait voulu voir plus Ali et Bruce. On ne voit jamais assez les personnages que l'on préfère n'est-ce pas?  

Détail réjouissant de la série, c'est l'ampleur que prend Léonora la fille de Rebecca qui a l'air de suivre le même chemin que sa mère. Non seulement elle est atypique mais en plus elle promet niveau magie et histoire de coeur. Je ne suis pas étonnée qu'on parle d'une rumeur d'un spin-off la concernant, cela pourrait être passionnant. 

Si le premier tome est un tome de présentation de l'univers, les tomes 2 à 5 se concentrent chacun sur un clan précis: vampires, potioneuses, muteurs et chamanes, les loups-garous parcourant tous les tomes. C'est une bonne idée car cela permet de rencontrer les clans au fur et à mesure et d'absorber les règles qui les régissent. Malgré tout, ce schéma narratif comporte une faiblesse: la trame globale qui les relie est un peu maigre et c'est sans doute pourquoi le tome six est un peu décevant. On attend beaucoup de ce tome et il est trop rapide pour être satisfaisant et comme il mêle tous les clans, on ne s'attarde vraiment sur rien. 

Je trouve à cette série beaucoup de défaut: une écriture qui manque de raffinement, des personnages pas toujours bien exploités et une héroïne certes sympathique mais beaucoup trop parfaite. Malgré tout, j'ai tout de même lu les six tomes de façon compulsive parce que l'ambiance m'a plu. J'ai aimé l'univers de la série, le Vermont et ses grands espaces, l'humour qui fait mouche aussi et les personnages attachants: Bruce, Ali, Beth, Gordon, Maurane, Léo. Les intrigues sont prenantes, mêlant fantastique et policier et une fois ouvert, ça se boulote facilement.  

En conclusion, Rebecca Kean est une chouette série d'urban fantasy à la française avec un univers relativement original et surtout cohérent, une héroïne que j'aime bien malgré son côté superwoman canon en permanence même quand elle a du sang partout dans les cheveux et une floppée de personnages secondaires vraiment sympa. Cette série c'est un B- pour moi parce que je ne peux m'empêcher de la bouloter comme des pastilles vichy un jour de soupe à l'oignon, et qu'il serait dès lors un peu mesquin de bouder son plaisir, mais qui possède quand même pas mal de défauts qui agaceront sans doute plus d'un·e lecteur·trice. Je n'ai pas lu Anita Blake mais il paraît que Rebecca Kean en a les mêmes atouts et les mêmes défauts. 
Alors si vous avez déjà fait le tour de toutes les bonnes séries d'urban fantasy avec une héroïne, Rebecca Kean devrait être la petite piqure de rappel sympathique à condition de ne pas s'attarder sur certains aspects moins agréables. 

mercredi 31 janvier 2018

Traquée - Rebecca Kean #1 et #2 - Cassandra O'Donnell

Il est un peu tard pour vous souhaiter une bonne année mais tant pis: Bonne années à tous et toutes. Je vous souhaite évidemment plein d'excellentes lectures et surtout des découvertes: un nouveau genre, une nouvelle série, un.e nouvel.lle auteur.ice etc.

Quant à moi, ça ne vous surprendra pas mais je suis versatile au possible. J'avais initialement prévu de vous parler d'une romance que vraiment, vraiment en italique c'est dire, je n'ai pas aimé mais je trouvais que ça manquait un peu de nuance et de positif pour débuter l'année. Je change donc mon Cheshire d'épaule pour vous parler d'une série que je viens juste de découvrir même si elle n'est pas récente.
Noël est une période toujours active en librairie et j'avais besoin de réconfort et quoi de mieux que de discuter avec une amie de toutes ces séries d'Urban fantasy qu'on adore? Après avoir abordé le cas de Mercy Thompson et de Charley Davidson (que je vous recommande et que vous trouverez sur le blog), Clothilde (puisqu'il faut rentre à Cheshire ce qui est à Cheshire) m'a demandé si j'avais lu la série des Rebecca Kean de Cassandra O'Donnell. Comme vous vous en doutez, elle me l'a super bien vendu et quand j'ai réalisé que Cassandra O'Donnell était en fait française, j'étais encore plus curieuse de découvrir Rebecca Kean.
Après la lecture des deux premiers tomes, voila ce que j'ai a en dire.

Présentation de l'éditeur : Nouvelle-Angleterre, Burlington…Pas de délinquance, élue la ville la plus paisible des Etats-Unis, bref, un petit havre de paix pour une sorcière condamnée à mort et bien décidée à vivre discrètement et clandestinement parmi les humains. Malheureusement, en arrivant ici, je me suis vite aperçue que la réalité était tout autre et qu’il y avait plus de démons, de vampires, de loups garous et autres prédateurs que nulle part ailleurs dans ce foutu pays. Mais ça, évidemment, ce n’est pas le genre de renseignements fournis par l’office de tourisme.
Maudit soit-il…

J'adore l'Urban fantasy, le côté surnaturel et adrénaline en même temps ainsi que le mélange de notre univers et de toutes ces créatures imaginaires. Rebecca Kean s'inscrit sans difficulté dans cette lignée très Mercy Thompsonesque où différentes communautés surnaturelles se sont intégrées à notre société et vivent, bien que cachées, complètement en accord avec les humains. Si dans Mercy, le monde surnaturel apparaît peu à peu au grand jour, ce n'est pas du tout le cas du monde de Rebecca qui fait tout pour maintenir le secret, allant même jusqu'à tuer des humains qui pourrait surprendre leur existence.

Puisqu'il faut bien commencer quelque part je vais tenter de vous décrire pourquoi je déteste très très fort certains aspects de cette série et pourquoi j'ai roulé des yeux jusqu'à voir l'arrière de mon crâne.

Je ne suis pas une amatrice de l'écriture à la première personne. Je trouve qu'il s'agit d'un exercice très difficile à maîtriser. Nous avons tous des pensées plus ou moins idiotes ou immatures, des accès de mauvaise foi et j'en passe. Dans Charley Davidson cela passe très bien parce que l'héroïne est très drôle et qu'elle pratique l'auto-dérision. Avec Rebecca, je trouve ça moins finement fait mais ça passe quand même, malgré le fait que j'aurai préféré un texte à la troisième personne qui m'aurait sans doute évité une rééducation oculaire.
Non ce qui m'insupporte au plus au point, et je crois sincèrement que c'est un défaut du genre que l'autrice ne fait que reproduire, c'est le côté super méga bombasse de l'héroïne. Je comprends qu'on veuille avoir des héros et héroïnes désirables, que la plupart des gens, moi largement comprise, ne ressemblent pas à des gravures de mode et que s'imaginer de beaux héros ça nous évade. Cependant, lorsque cela nuit à l'identification c'est, à mon sens, très gênant.

Que ça soit clair, on ne parle pas d'un "simple" triangle amoureux, je ne me mettrais pas dans des états de nerfs pareil pour si peu. On parle bien d'une héroïne tellement belle que tous les mâles du livres, je dis bien tous, le lui disent/veulent se la faire/sont prêt à mourir pour elle. Dans le tome deux, elle partage tellement de liens "impossibles" (selon la mythologie mise en place par l'autrice) avec différents hommes que j'en étais saoulée. Sans blague, deux vampires millénaires sont prêts à faire cramer le monde pour elle, plus un semi-démon, un loup-garou et on rajoute un chef de clan muteur qui veut désespérément se la faire. Elle est belle et puissante je veux bien mais ça fini par être très fatiguant et redondant. Au bout d'un moment on a compris, elle est canon.
Comment voulez-vous que des lectrices lambda puissent s'identifier à une héroïne pareille? Ce n'est peut-être que moi, mais ça me fait toujours me sentir minable, cette impression que finalement je suis pas aussi bien ni aussi badass que cette héroïne. Je n'ai pas du tout ce sentiment là avec Mercy parce qu'elle est plus humaine. Elle est belle mais pas au point non plus d'avoir tous les hommes à ses pieds et ça n'en diminue pas moins sa "badasserie". Idem pour Charley car même si elle est plus "canon" que Mercy on sait que sa sœur est plus belle et au fond l'histoire d'amour se concentre surtout sur Reyes, il n'y a pas une multiplication lassante. Et puis, vous ne serez peut-être pas d'accord, mais je trouve que ça diminue toujours les personnages masculins. Ils sont réduits à leur désir pour Rebecca ou à leur besoin de protection alors que certains sont vraiment très intéressants et mériteraient plus de développement et de profondeur que j'espère voir apparaitre dans les prochains tomes. Là, elle les attire comme des aimants et leur cerveau fond dans le processus.
Je m'attends à tout pour le tome 3 parce que là on est quand même aux portes d'une guerre juste pour ses fesses.

Le pendant à cette situation, c'est que bien évidemment, tous ces hommes en questions sont à tomber. Pas juste mignons on est d'accord mais bien divins ce que l'autrice ne manque pas de répéter ad nauseam. C'est là que réside le défaut de la première personne. Lire une fois que Raphael a la perfection d'un dieu grec passe encore, même si j'avoue, j'ai roulé des yeux, mais le lire souvent, durant deux tomes, je n'en pouvais plus.

On ne va pas jouer les hypocrites. Si vous me connaissez, vous savez que je ne rechigne jamais contre un ou plusieurs beaux mâles dans un roman. Mon vrai problème dans Rebecca Kean c'est la multiplication de ces beaux mâles. Je sais bien que les loup-garou sont forts et les vampires magnétiques mais un tout petit peu de normalité ça ne pourrait pas nuire. C'est ce qui différencie les tropes des clichés et ici on tend malheureusement plus dans le cliché. Et puis la féministe en moi s'arrache les cheveux devant tous ces alpha protecteurs qui la considèrent comme leur propriété. Cela dit, cela agace aussi beaucoup Rebecca! 

Dernier point mais non négligeable à mes yeux, les représentations raciales et LGBT. Ce sont deux sujets sur lesquels j'ai beaucoup réfléchi ces derniers mois, notamment grâce à Clothilde et je fais dorénavant bien plus attention à ces représentations et à leur traitement et cela va aussi devenir un de mes critères de réflexion parce que tant que les romans seront 100% blancs et hétéronormés, je pense qu'on passera à côté de notre société, surtout pour un genre qui se passe dans un milieu urbain multiculturel (on est bien d'accord que je ne parlerais pas du sujet de la même manière sur un roman histoire qui se passerait dans le Berry en 1750...). Niveau représentation raciale, on est bien loin de Mercy Thompson mais on sent un effort louable. Niveau LGBT en revanche c'est un peu la catastrophe et j'espère que l'autrice va s'améliorer dans la suite.

Voila, ces exagération me font m'arracher les cheveux et me gâchent un peu les intrigues principales mais...Mais en vrai j'aime bien...

C'est le paradoxe de cette série: je crise, je roule des yeux et il y a pleins de détails qui m'agacent mais...j'adore quand même. J'ai lu le tome 2 en 48 heures et j'ai très envie de découvrir la suite. Les intrigues principales sont très prenantes et j'aime beaucoup l'univers que construit Cassandra O'Donnell.

Elle arrive à développer un monde cohérent et personnel en s'inspirant du genre de l'Urban fantasy. On est tout de suite bien dans cette petite communauté et on comprend très vite comment elle s'organise. J'aime bien aussi l'histoire que l'autrice met en place. L'ancienne guerre entre les clans, le traité de paix et les Directum. Le fait que ça se passe dans le Vermont me plait beaucoup aussi, ça change de New York ou de Londres. Le côté plus intimiste d'une petite ville donne l'impression d'être dans un cocon, un endroit familier.

J'ai beau râlé sur le physique de

s personnages mais il faut admettre qu'ils sont rudement attachants. Beth, Leo, Gordon, Aligargh et même Rebecca, je les aime bien. Ils ne sont pas parfaits (hormis le physique) et c'est ce qui les rend sympathiques. On aimerait bien passer du temps avec eux. Bref je les aime tous - ne me parlez pas de Bruce, je ne pourrais plus m'arrêter - sauf les vampires (débarrassez moi de Michael et Raphael please!) et Mark (qui est personnage gâché d'ailleurs mais on ne va pas charger la mule non plus). 

Donc voila, je suis consciente des défauts de la série mais malgré tout...et bien j'aime beaucoup et je compte lire la suite. C'est exactement le genre d'univers que j'aime, c'est souvent très drôle, les intrigues sont bonnes et c'est carrément addictif. Je continuerai sans doute à rouler des yeux et à soupirer mais malgré tout Rebecca Kean c'est cool.

Allez on va oublier la rationalité, je retourne dans mon canapé, j'ai le tome 3 qui m'attends.

mardi 18 avril 2017

Le Projet Starpoint - Marie-Lorna Vaconsin


Hello everybody!
Oui je sais je sais...j'ai un peu (oui un peu!) tardé à écrire une nouvelle chronique, non pas par manque de lecture, that's quite impossible really, mais par manque de temps. Le mois de mars est toujours mouvementé en librairie, inventaire, nouveautés etc et j'ai pas mal travaillé. En plus, Benedict mon ordinateur adoré (non rien à voir avec Cumberbatch, lisez les Princes d'Ambre), refuse de se connecter à internet...Je dois donc trouver des solutions alternatives, d'où le retard de ce billet! Aujourd'hui donc je vous parle du premier tome de la série Le projet Starpoint: La fille aux cheveux rouges, de Marie-Lorna Vaconsin publié à la Belle colère le 2 mars 2017.

Stay tuned, d'autres chroniques arrivent.

Présentation de l'éditeur: Pythagore Luchon a 15 ans. Il habite dans la ville de Loiret-en-Retz et s'apprête à entrer en seconde pour une année scolaire sans surprise : travailler – un peu –, écouter de la musique – souvent –, draguer les filles autant que cela lui sera possible, et notamment à l'occasion de la prochaine fête de rentrée pendant laquelle il officiera comme DJ. Il ne se fait aucune illusion sur les railleries qu'il devra endurer au sujet de sa mère – prof de maths au lycée –, ni sur la peine que lui causeront ses passages à l'hôpital pour rendre visite à son père – brillant chercheur en physique quantique, plongé dans le coma à la suite d'une agression. Toutefois, une chose le réjouit : il va bientôt retrouver Louise, sa meilleure amie, la fille du gardien du lycée.
Le jour de la rentrée, Pythagore découvre que Louise a apparemment décidé de se passer de leur amitié. Elle s'est liée à une nouvelle élève du nom de Foresta Erivan, dont la présence à ses côtés est d'autant plus intrigante que les deux filles n'ont rien en commun. Louise est une geek passionnée de sciences et d'ingénierie, tandis que la nouvelle élève affiche un look d'un autre genre : elle a les cheveux rouges, s'habille toujours en noir, souvent en cuir, et distribue des gifles à ceux dont elle n'apprécie pas le comportement. À son contact, Louise s'isole de ses anciens amis, se désintéresse de son travail et commence à sécher les cours. Pythagore déplore silencieusement la présence de cette nouvelle élève qui l'irrite autant qu'elle l'attire, jusqu'à ce qu'elle débarque chez lui en pleine nuit pour lui annoncer la disparition de Louise. Elle lui explique que, pour la retrouver, ils doivent passer par ce qu'elle appelle l'" angle mort " des miroirs. Pyth la suit sans se douter qu'il est sur le point de basculer dans un monde parallèle – le monde dans lequel Foresta a grandi, et où Louise est sur le point de se perdre.

Ecrire un premier tome d'une série n'est jamais une chose aisée. C'est un savant mélange qui demande autant de patience que d'ingéniosité car il faut arriver assez rapidement à donner corps à un univers entier, suffisamment construit pour que le lecteur•trice puisse avoir des repères facilement sans toutefois être trop banal ou sans intérêt. De la même façon, l'auteur•trice doit savoir poser un décor, des personnages et une intrigue qui reste consistante sans toutefois déborder afin que l'envie de lire la suite perdure.

On ne va pas y aller par quatre chemins, j'ai beaucoup aimé ce premier tome. Je le trouve très correctement rythmé avec suffisamment de matière pour donner envie de lire la suite et du corps pour bien comprendre l'univers dans lequel il est ancré.

Pythagore est un ado, un vrai, avec ses complexes, ses envies (parfois plus ou moins avouables) et une identité propre. Ce n'est jamais évident à écrire les personnages d'adolescents, surtout lorsque le récit est à la première personne masculine et que l'auteure est une femme (l'inverse est tout aussi vrai). L'équilibre est délicat car le héros ne doit pas passer pour trop enfantin, voire idiot ce qui est un risque certain avec les adolescents, et en même temps il ne doit pas être trop mûr. Je déteste les récits où les adolescents ont l'air d'être des adultes de quarante ans. Si le contexte le justifie, une certaine dureté est bienvenue, ne me faite pas dire ce que je n'ai pas dit, certains adolescents ont eu une vie plus dure que bien des adultes mais globalement et à moins d'être dans une histoire tragique, un comportement très adulte a tendance à me faire lâcher le livre avant la fin parce que pour être honnête les ados ne sont pas les individus les plus matures de l'univers. Ici Pythagore est très bien rendu. On le sent jaloux, blessé, triste, excité, joyeux, paniqué, il est très concret comme si l'auteure s'était inspirée d'un vrai adolescent et son nom lui va comme un gant. J'avoue je trouvais ça un peu too much Pythagore mais finalement, non seulement c'est cohérent avec sa famille - scientifique et professeur de mathématique - et à la lecture c'est un prénom tout à fait agréable.

Foresta Erevan quant à elle ressemble beaucoup aux héroïnes actuelles de SF/dystopie. Elles sont belles, mystérieuses, fortes, courageuses etc etc. Malgré tout Foresta est un personnage très agréable et plutôt loin du cliché commun. Elle aussi bénéficie d'un contexte assez fort et l'esprit cliché ou superficiel du personnage que l'on pourrait redouter de prime abord, s'efface bien vite lorsque l'on apprend son secret. Sa maturité ainsi que la couleur de ses cheveux ou même son style vestimentaire trouvent une explication logique et intéressante lorsque l'on sait d'où elle vient. Pythagore s'en rend compte lui-même d'ailleurs, notamment au niveau de sa tenue!

De plus, elle est bien complétée par Louise, la meilleure amie de Pyth, qui est une bricoleuse acharnée, une touche à tout, une curieuse.
Pythagore nous répète plusieurs fois que Louise n'est pas une fille maquillage, vêtements etc. J'avoue que ce cliché de "Je ne suis pas une vraie fille" parce que je n'aime ni la mode ni le maquillage opposé à "je suis une vraie fille girly/rose/paillette/nunuche" m'agace. Je ne vois pas l'intérêt de mettre en opposition les deux...comme si on disait "je ne suis pas un vrai garçon je n'aime pas les voitures et le sport" et "je suis un mec superficiel et bas de plafond parce que j'adore le tunning". C'est faire rentrer les gens dans des cases bêtes en excluant tous ceux et celles qui ne correspondent pas à une définition étriquée. Cela dit....avant de m'accuser de râler, je précise qu'ici Marie-Lorna Vaconsin évite l'écueil car cette caractéristique nous aide simplement à imaginer Louise sans qu'il n'y ait de jugement de valeur de la part de Pythagore. Louise est un peu comme une sœur pour lui, leur relation est parfaitement platonique. D'ailleurs cette dernière n'est pas insensible aux charmes masculins ce qui mis bout à bout offre un personnage complexe aux multiples facettes! Et ça...j'adore évidemment.

J'ai beaucoup aimé aussi le fait que ça ne se passe pas à Paris mais en Bretagne et pas la Bretagne des cartes postales. C'est chouette de sortir du parisianisme littéraire et de voir qu'il y a une vie en dehors, notamment pour pas mal d'ados qui ont l'impression de vivre dans un bled paumé. L'ambiance au lycée de Pythagore ainsi que les élèves de sa classe de seconde sont très bien rendus. Il y a les différents groupes, les populaires, les fils et filles à papa, les coqueluches et les moins coqueluches et les gens qui se connaissent depuis la maternelle. Une jolie réussite pour la partie "terrestre" du roman.

Mais parlons peu parlons bien. L'univers de SF que Marie-Lorna Vaconsin met en place est une tuerie! Scientifique, géologique, un monde avec des lois physiques différentes des nôtres, un monde sous l'océan...bref j'ai adoré. Je ne pense pas que ça plaira à tout le monde car l'univers est très marqué cependant alors qu'on entend souvent dire que la SF et la Fantasy ne se renouvelle jamais, que les auteur•es et les maisons d'édition surfent sur des vagues de mode, on ne pourra pas dire que c'est le cas de Marie-Lorna Vaconsin et de la Belle colère. L'univers est définitivement original et terriblement personnel. J'ai vraiment hâte de lire la suite, le second tome ayant l'air d'être plus axé vers le monde de Foresta. Il reste plein de choses à découvrir, des personnages mystérieux que j'ai hâte de retrouver.

Pour conclure, ce premier tome était excellent et même si je pense qu'il ne séduira pas tous le monde, il a définitivement des atouts pour devenir une solide référence en SF pour ados et jeunes adultes. J'attends la suite avec impatience et je le recommande franchement.

lundi 3 novembre 2014

Monotropa uniflora - Les Brumes de Grandville #1 - Gwendoline Finaz de Villaine


SOUS LE CHARME, CATÉGORIE COUP DE POUCE

Présentation de l'éditeur: Peut-on tomber amoureuse dune simple voix, d'un esprit, sans y perdre son âme ? 
1919. Au lendemain de la première guerre mondiale, Apollonie devient professeur de musique. Belle, libre et déterminée, la jeune orpheline découvre la vie au château de Grandville. Elle ne tarde pas à faire la connaissance du fils de la Comtesse, le magnétique et mystérieux Hector, dont la beauté na d'égale que le cynisme. Apollonie, encore troublée par cette rencontre, tombe sous le charme indécent d'une voix mystérieuse sortie des ombres.
« J'étais en présence d'un esprit authentique. Un spectre. Je ne pouvais pas le voir, mais je l'entendais parfaitement. Et le pire, dans toute cette histoire, c'est qu'il était doté dune voix déroutante. Son timbre possédait une douceur étrange, mêlée d'accentuations rauques, presque envoûtantes. » 

Un roman, c'est comme un chaton: parfois on craque pour l'un d'entre eux. Ce n'est peut-être pas le plus beau ou le plus parfait des chatons mais on craque pour lui quand même. C'est ce qui m'est arrivé avec Les brumes de Grandville. 

J'étais déjà convaincue par le pitch de départ vous me direz: un upstairs-downstairs dans les années 20, une histoire d'amour, un fantôme, je ne pouvais décemment pas passer à côté. Je ne regrette pas mon pari.

Nous allons commencer avec les choses qui fâchent, nous en serons débarrassés et ça nous permettra de nous concentrer sur l'essentiel. Les Brumes de Grandville est un premier roman...et ça se sent. C'est sans doute le plus gros défaut de ce roman: le style. Gwendoline Finaz de Villaine fait beaucoup d'effort mais parfois les phrases sont un peu trop simple quand la synthaxe n'est pas étrange. Les premières pages souffrent un peu de ce style simple mais il s'améliore avec le temps. Il y a également le fait que Les Brumes de Grandville est écrit à la première personne. C'est, de mon point de vue, l'un des choix les plus difficiles à assumer surtout dans une histoire d'amour. Si on se permettait d'écouter nos pensées, on se rendrait compte qu'on a tous et toutes des instants globalement cucu mais il est vrai qu'à l'écrit ça passe moins bien. Après, ne jetons pas bébé avec l'eau du bain. C'est un premier roman et l'auteure ne peut que s'améliorer. Si elle ne maîtrise pas un style très littéraire, elle a le mérite de tenter certains paris stylistiques qui sont tout à son honneur.
J'ai lu sur d'autres blogs que les phrases en patois normand avait beaucoup gêné la lecture, ce n'est pas mon cas. Au contraire je trouve ces détails très intéressants car cela permet d'ancrer le récit dans son époque autant que dans son milieu géographique: la Normandie des années 20. C'est justement le genre de paris qui font des Brumes de Grandville un assez bon premier roman. Malgré ce défaut il n'en est pas moins prometteur.

Si Gwendoline Finaz de Villaine n'écrit pas encore comme Proust - est-ce à souhaiter d'ailleurs? - elle a au moins le grand mérite de créer une véritable ambiance. Une fois plongé dans le roman, on ne peut pas le lâcher ni se défaire de son ambiance. Une de mes collègues l'a lu également et a trouvé qu'il y avait cette même ambiance. Pour le coup, cette collègue - aussi spécialiste jeunesse - a tendance a préférer les romans destinés aux garçons et elle ne lit pas de romance mais là elle a accroché en disant "je me suis sentie tellement bien après la lecture que je le recommande". J'étais secrètement ravie du pouvoir de la romance: NON ce n'est pas une littérature nulle! Bref, je m'égare. Les Brumes de Grandville sait placer une vraie ambiance qui lui est propre. On sent immédiatement le côté upstairs-downstairs ce qui est agréable car c'est un genre qui manque beaucoup dans la littérature française et le fantastique qui se rajoute ensuite apporte une petite touche bienvenue. Je n'ai pas été surprise par le tournant fantastique du récit parce que je savais qu'il y a avait un fantôme cependant c'est vrai qu'il aurait peut-être failli mettre un ou deux évènements annonciateurs de ce twist. 

J'ai bien aimé les personnages, Apollonie est une jeune fille agréable. Elle est assez vive, touchante, même si elle se montre parfois un peu naïve. Il ne faudrait tout de même pas oublier qu'elle sort à peine du couvent et qu'elle ne peut pas, non plus, avoir des attitudes qui ne correspondent pas à son éducation. Hector est un être assez désagréable, comme ses soeurs qui sont d'horribles pimbêches. La maman échappe à ce côté affreux, c'est une femme agréable, une douce maîtresse de maison. Quant au fantôme je l'ai trouvé touchant et j'avais assez hâte qu'il vienne voir Apollonie. Je trouve que l'auteure réussit à éviter la caricature et à être mesurée avec ses personnages. Les filles sont vilaines certes mais pas non plus des garces finies et leur mère ne se révèle pas être un tyran comme on aurait pu s'y attendre. Il y a des rumeurs, de mauvaises actions mais aussi pas mal de positif pour contrebalancer tout ça. J'ai apprécié cette pondération.

L'intrigue est très agréable, on se laisse porter par l'histoire. Même si certains rebondissements semblent cousus de fils blancs,  il n'en reste pas moins qu'il y a d'excellentes idées qui nous tiennent en haleine. De sorte qu'on oublie que Les Brumes de Grandville est un premier tome! J'étais tellement accrochée que j'aurai embrayé sur la suite sans problème, je suis sur les dents! Gwendoline Finaz de Villaine réussit quelque chose de rare dans les séries: le renouvellement complet. La fin du premier tome nous donne à penser que la suite va prendre un autre tour et je suis pressée de savoir lequel!

Et puis...et puis...Les Brumes de Grandville est une pré-romance! Je m'explique: il est étiqueté à partir de 13 ans et honnêtement à part une scène un peu "chaude" de baiser passionné - pas d'excitation on est loin d'un Aventure et Passion - il n'y a rien qu'une enfant de 13 ans qui a déjà lu Nos étoiles contraires ne puisse lire. C'est pour moi une excellente initiation à ce genre pour les plus jeunes avant la plongée dans les Aventures et passion de maman, mamie, tata etc dès nos 15 printemps. Vous le savez, la romance j'aime et là j'adhère!

Pour finir, ce roman est aussi un roman marqué par la musique, amours premières de l'auteure. Je regrette qu'elle n'ait pas plus appuyé sur ce thème qui aurait pu véritablement soutenir la narration. Espérons qu'elle le fera pour la suite!

Voila, nous arrivons à la fin de cette chronique et il faut récapituler: Les Brumes de Grandville n'est certes pas un roman parfait mais il a su me toucher notamment par son intrigue et son audace. Je ne peux que le recommander, il faut soutenir les premiers romans et les petites maisons d'éditions comme l'est B. édition.
Sinon, un clip vidéo est disponible - j'avoue je suis moins fan - et une communauté s'est créée sur Facebook à propos du roman.

Et si vous vous demandez à quoi ressemble une Monotropa Uniflora, voila la réponse (jolie trouvaille d'ailleurs):

dimanche 15 juin 2014

Chien pourri à la plage - Colas Gutman et Marc Boutavant


COUP DE CŒUR DE PERSÉPHONE

Présentation de l'éditeur: L’été, il fait chaud, surtout quand on vit dans une poubelle. Chien Pourri et son fidèle ami Chaplapla rêvent de vacances sur la Côte d’Azur. Par miracle, il reste une place pour eux à la Colonie des oubliés. Au programme : ramassage de détritus, Club Biquet et glaces au sable.
De formidables vacances pourries en perspective !

 Chien pourri et Chaplapla sont de retour pour les vacances. Après Chien pourri et Joyeux Noël Chien Pourri, nous retrouvons nos deux compères pour les vacances à la mer mais rien n'est simple lorsque l'on vit dans une poubelle et qu'on ressemble à une vieille serpillère. 

Chien pourri et Chaplapla ont réussi à avoir les deux dernières places pour la colonie des oubliés pour voir la mer. À la plage, le très select club biquet, dans lequel on n'entre qu'en montrant patte blanche ou accompagné d'un humain-ami-pour-la -vie. Autant dire que ce n'est pas gagné d'avance...

Bon, je suis bien embêtée avec ce chien pourri moi! Comme j'adore les aventures de ce sale - au sens propre du terme - cabot, j'ai laissé traîner un peu trop longtemps le roman sur ma table de chevet et Prince Charming est tombé dessus...
Je me suis donc retrouvée avec un amoureux tout content de lui parce qu'il avait trouvé un nouveau chien pourri...il me l'a donc lu avant de s'endormir - interdiction d'éteindre la lumière avant de savoir si Chien pourri a pu intégrer le club biquet. Véridique! 

Les aventures de Chien Pourri m'ont non seulement plu mais elles ont aussi ravi mon amoureux qui est devenu complètement toqué de ce chien, au point de vouloir accrocher un poster Chien pourri dans notre chambre...si si..je vous jure. Cheshire en est vert de jalousie!  

On retrouve donc avec plaisir les mêmes ficelles sympathiques qui ont su séduire les lecteurs depuis les deux premiers tomes. L'écriture de Colas Gutman est savoureuse, autant pour les enfants que pour les parents et les dessins de Marc Boutavant très expressifs. Non mais regardez moi la bouille de Chaplapla!

Une nouveauté géniale que les enfants adorent, foi de libraire!

lundi 9 juin 2014

Trois mille chevaux vapeur - Antonin Varenne


COUP DE CŒUR DE PERSÉPHONE

Présentation de l'éditeur: Birmanie, 1852. Arthur Bowman, sergent le la Compagnie des Indes orientales est choisi pour accomplir une mission secrète durant la 2e guerre anglo-birmane. Mais l’expédition tourne mal et les hommes sont capturés et torturés pendant plusieurs mois. Seuls dix d’entre eux en sortiront vivants. Londres, 1858. Alors qu’il se noie dans l’opium et l’alcool, luttant avec ses fantômes, Bowman découvre dans les égouts le cadavre d’un homme mutilé. La victime semble avoir subi les mêmes sévices que ceux qu’il a endurés dans la jungle birmane. Persuadé que le coupable est l’un de ses anciens compagnons de captivité, Bowman décide de partir à sa recherche. Une quête qui s’achèvera douze ans plus tard, en 1864, sur les rives d’un autre continent.  À l’Ouest. Où une autre guerre a éclaté. Le chemin qui le mènera à la vérité sera aussi celui de sa rédemption.

Ce récit commence dans la moiteur de la chaleur Birmane, où le sergent Bowman est chargé d'une mission secrète qui ne se passe pas tout à fait selon le plan convenu. Dès les premières pages, nous sommes plongés dans cette grande fresque qui balaye l'Asie, l'Angleterre victorienne et l'Ouest américain jusqu'à la guerre de Sécession. C'est un récit flamboyant qui nous trimballe dans les méandres de l'esprit d'un homme brisé.

C'est un roman d'initiation, sur un homme qui a vu et fait des choses terribles et qui tente de trouver le repentir et la paix intérieure et ce n'est pas gagné d'avance. Arthur Bowman est un taiseux, ce n'est pas le genre de personnage ultra ouvert, ou ultra sympathique d'emblée, il est largement torturé. J'ai beaucoup aimé son parcours: d'un soldat qui suit les ordres, on passe progressivement à un homme qui vit dans ses propres cauchemars mais qui cherche à les exorciser. Il suit un lent processus mental très intéressant, se tournant vers la lecture, puis l'écriture en tenant un journal de ce qui lui arrive. 

Si Trois mille chevaux vapeur est un grand roman d'aventure, c'est aussi une histoire policière puisque ce qui déclenche tout, ce sont les meurtres commis à Londres. La barbarie mise en œuvre et le mot Survivre inscrit en lettre de sang dans les égouts qui ramène Arthur Bowman 6 ans en arrière, dans les cages des prisons birmanes. À partir de ce moment là, Bowman n'aura de cesse de retrouver, qui des 10 hommes qui étaient avec lui en Birmanie, a pu commettre de tels crimes. On s'enfonce alors dans les méandres des drames qui ont marqué la vie de chacun de ces hommes. Sur fond de roman policier, le lecteur est entraîné dans cette quête assez inhabituelle. Je dois dire que j'ai été bluffée. On sent bien qu'Antonin Varenne est un auteur de roman policier, il y a un vrai souffle qui nous tient en haleine. Au fur et à mesure que nous éliminons des pistes, l'étau se resserre, à la fois sur Bowman mais aussi sur le meurtrier. Je me suis faite avoir comme une bleue. J'étais persuadée d'avoir trouvé l'assassin mais rien ne me préparait au dernier tiers du roman. Entre Homesman et Trois mille chevaux vapeur, je trouve que je baisse drôlement la garde et ça fait du bien.

J'ai juste adoré le style d'Antonin Varenne. C'est dynamique, percutant, et renvoie le lecteur d'une noirceur à l'autre. Ses descriptions de la Birmanie, de l'Angleterre et des États-Unis de cette période sont très bien documentées et honnêtement j'ai cru me trouver dans un roman britannique ou américain. Je sors tout juste de Homesman et j'ai ressenti cette même force qui parcoure les deux récits.
Vous êtes irrémédiablement plongé dans l'ambiance de Trois mille chevaux vapeur. Antonin Varenne arrive sans aucun problème à décrire la noirceur du monde qui entoure Arthur Bowman ou bien la bonté qu'il rencontre parfois sur son chemin. La chaleur moite de la Birmanie vous colle à la peau, la puanteur de la Tamise vous donne envie de vomir et le whisky qu'Arthur ingurgite à longueur de journée vous tourne la tête. 

Les personnages qui gravitent autour de Bowman sont tous excellents aussi, avec leur mystère, leurs inquiétudes, leurs peurs. Alexandra Desmond, Peevish le prêcheur, L'indien blanc, les Fitzpatrick et tous les autres que Bowman croise sur son chemin, sont passionnants et nourrissent le récit des angoisses et bontés humaines.

C'est un vrai livre de cow-boy, plein de bad guy et de bonnes âmes charitables. Un grand roman, une superbe fresque d'un monde en mouvement dans lequel les vieux soldats doivent trouver leur place, une enquête palpitante, bref: le roman qu'il vous faut.

mercredi 4 juin 2014

Les Tchouks 1 et 2 - Benjamin Richard et Kerascoët


COUP DE CŒUR DE PERSÉPHONE

Aujourd'hui nous plongeons dans un univers mimi à souhait qui ravira les petits comme les grands et c'est une garantie, Prince Charming en est complètement fou, c'est vous dire! Aujourd'hui nous embarquons au pays des TCHOUKS. 

Les Tchouks sont nés de la rencontre de Benjamin Richard scénariste de séries Télé et de Kerascoët - pseudonyme derrière lequel se cache un couple, Marie Pommepuy et Sébastien Cossey, deux dessinateurs de Bd. Ils ont bien fait de s'associer parce que le résultat est super: drôle, mimi, un joli coup de coeur. Les deux premières aventures des Tchouks sont sorties en même temps, le 14 mai, chez Rue de Sèvres, l'éditeur bd de l’École des loisirs.
Les tchouks: On a fait une cabane!

Présentation de l'éditeur: Ils s’appellent Pitchouk, Patachouk, Tchougris, Tchoukrik, Tchoukidou, Tchougrak. Pas plus hauts que trois pommes, ils forment une chouette bande de copains à qui il arrive un tas d’aventures… Dans ce premier tome, les Tchouks réalisent qu’il leur manque une chose essentielle : une cabane ! Ils abandonnent séance tenante tous leurs jeux en cours pour se consacrer à sa construction. Mais comment doit-elle être : ÉNORME ou minuscule ? Heureusement que Tchougris, qui sera ingénieur quand il sera grand, fait les plans de ce que la bande a déjà construit... Et surtout, surtout, il ne faut pas qu’un grand puisse rentrer dedans. 

Non seulement ils ont des noms rigolos: Patachouk, Tchoukrik, Tchoukidou, Tchoubok mais ils sont aussi très attachants. Même s'il est parfois difficile de comprendre qui parle - encore qu'à partir du moment où vous avez compris que c'est le petit lapin, alias Tchoukrik qui raconte, tout va bien.

Les albums des Tchouk mélangent album et premières bulles où les autres petits Tchouk peuvent s'exprimer. L'intérêt de cette première bd/album tient surtout dans le fait que chaque petits personnages a une personnalité bien à soit. On notera sans soucis Patachouk le râleur de la bande qui a décidé de ne jamais faire comme tout le monde. Du choix de la taille de la cabane, aux plans, à la construction et à l'orage qui s'approche, la journée des Tchouks sera bien mouvementée.

J'ai adoré ces petits personnages à la bouille craquouillante et aux arrière plans très soignés. Je suis fan des dessins des Kerascoët!

Je ne résiste pas à vous mettre une planche qui concerne Patachouk, mon préféré, parce que ce râleur est vraiment trop marrant et que c'est aussi le préféré de Prince Charming!

Les Tchouks: on a vu la mer!

Présentation de l'éditeur: Ils s’appellent Pitchouk, Patachouk, Tchougris, Tchoukrik, Tchoukidou,Tchougrak. Pas plus hauts que trois pommes, ils forment une chouette bande de copains à qui il arrive un tas d’ aventures… Cette fois-ci, les Tchouks partent au bord de la mer. En sortant du bus, ils ne savent plus où donner de la tête : un cerf-volant à essayer, un château à déconstruire, des crabes à attraper. Ils ont à peine le temps d’imaginer le bateau de leur rêve : un trois-mâts de pirate pour Pitchouk? Un hors-bord pour Tchougrak ? Rien de tout cela, c’est un seul gros bateau qui vient tous les chercher, et c’est quand même super.  

Ils sont déjà de retour pour une nouvelle aventure, cette fois-ci, en vacances au bord de la mer. Encore une fois, on retrouve avec plaisir nos petits sacripants tous plein de bonnes idées pour cette journée à la plage. J'ai adoré retrouver les traits de caractères des différents Tchouk comme dans le premier: Patachouk râleur, Tchougrak marrant comme tout etc. J'ai d'ailleurs préféré cet opus au premier. Je les ai trouvé vraiment mignon et les décors de plage et de mer des Kerascoët me plaisent toujours autant.

Je ne peux que vous encourager à découvrir les Tchouks. Je sais que j'en ai lu deux très mauvaises critiques et j'aimerai un peu contrebalancer ces jugements parce que j'ai trouvé ça mignon et que le mélange album bd est pas mal du tout pour les 5 ans.  


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samedi 10 mai 2014

Comment ma vie a changé après Stéphane ou La valse brillante - Caroline Gayet


DÉDICACE SPÉCIALE A CONSTANCE 

MA ROMANCE VINTAGE: LE COUP DE CŒUR 

Présentation de l'éditeur: Après huit ans passée en Espagne auprès d'une tante désormais décédée, Nathalie revient chez ses parents à Paris. Elle qui pensait être guérie succombe à la minute même où elle revoit le beau Stéphane, celui-là même pour lequel elle s'est exilée si longtemps. Si le temps à passé, les rancœurs maternelles ne semblent pas s'être estompées et la mère de Nathalie s'oppose encore farouchement à l'amour de deux jeunes gens. Pourquoi la baronne de Karani vouait-elle une haine tenace à Stéphane? C'est ce que les amoureux devront découvrir pour atteindre le bonheur.

C'est la croix et la bannière pour vous parler de ce roman sorti en 1959 chez Denoël car il n'est plus disponible nul part. Je sais, je sais, ce n'est pas sympa de vous parler d'un livre tip-top - surtout d'une romance cool - de vous la mettre sous le nez pour vous dire "ah bah non c'est introuvable, tant pis, repassez plus tard".  
Cheshire: Moi j'aime bien quand tu fais ça...
Persie: Ne soutiens pas surtout!
Il faut dire que j'ai une une excuse et une super valable. Je vous explique. Ayant réussi à me débarrasser de mon chafouin pour quatre jours d’affilée - Ô bonheur -  j'étais entièrement libre pour une retraite spirituelle auprès de mon maître Jedi personnel, oui je sais vous êtes jaloux. Toc. Je me suis donc envolée pour d'autres cieux où la bière est bonne et les saucisses abondantes, elles galopent joyeusement dans l'herbe c'est adorable.
Comme il convient lorsque je suis en présence de mon honorable maître, la discussion dérive toujours peu ou prou vers la romance. Après avoir parlé des premiers Barbara Cartland - Serena et La fille de Serena - nous en sommes venues à la question fondamentale de la romance française.

Oui je l'avoue, pour moi la romance old school s'arrêtait à Woodiwiss et honnêtement, après mon expérience du Loup et la colombe, je n'avais pas vraiment - euphémisme mon ami - envie d'y refoutre les pieds. Heureusement, mon maître Jedi était là pour me parler de Caroline Gayet. Caroline Gayet, c'est de la romance des années 50-60 publiée chez Denoël et republiée chez Tallandier dans les années 70. Mon Jedi me promettait une romance mimi, un héros crousti-fondant et une héroïne qui sait ce qu'elle veut. Je n'ai pas été déçue.

La valse brillante se passe durant le règne de Napoléon III et d'emblée, on voit que l'auteure connait sa période. Un petit détail qui a tout de même son importance: lorsqu'il y a des scènes à l'opéra, nous ne sommes jamais à l'opéra Garnier car bien que commandé par Napoléon III, il ne l'a jamais vu terminé. Difficile donc de se rendre à l'opéra Garnier lorsqu'il n'est pas construit. Ça peut paraître complètement idiot de s'attacher à des détails pareils mais vous me connaissez maintenant, les détails historiques c'est mon dada. Rien ne me fait plus horreur que les anachronismes parce qu'il en ressort toujours quelque chose de faux dans l'ambiance. Je suis une partisane du fait que l'Histoire peut être plus romanesque que le roman, ce n'est pas toujours la peine de piocher dans des idées folles pour faire une bonne histoire.

La valse brillante n'a pas un scénario d'une originalité folle: deux jeunes gens, séparés par une mère haineuse, vont tenter malgré tout de pouvoir vivre leur amour. J'ai très vite compris pourquoi la baronne ne voulait pas que Nathalie épouse Stéphane mais au fond on s'en tape!

PARCE QUE:

1) C'est bien écrit. J'ai eu l'impression de lire un Julia Quinn, l'humour en moins parce que l'auteure maîtrise sa plume. Très jolie, fluide avec de belles descriptions, on évite constamment les écueils classiques de l'écriture de la romance. Pas de gorge palpitante ni de membre turgescent, Caroline Gayet sait susciter l'émotion sans jamais tomber dans le cliché ou le vulgaire. Bien évidemment, comme le livre est publié en 1959, il ne faut pas s'attendre à trouver autre chose que de doux baisers mais l'ensemble est si joli et joliment écrit que c'est un régal.

2) Les héros sont très bien écrits. Là encore, pas de mystère, Caroline Gayet nous offre un duc magnifique, aussi beau physiquement que gentil. Il est amoureux, doux, attentionné. On est loin du mâle alpha dominateur ou du misogyne que l'on trouve chez Woodiwiss par exemple. Il n'est jamais paternaliste et sait que Nathalie est une grande personne, intelligente et capable de prendre des décisions par elle-même. S'il l'éloigne parfois pour mieux la protéger c'est surtout par amour. Oui Stéphane est une grande réussite et c'était extrêmement plaisant de retrouver ce rake repenti mais finalement amoureux fidèle.
Quant à Nathalie, à 25 ans c'est une femme au caractère affirmé qui revient en France. Ce n'est jamais une bécasse, elle est toujours dans le ton et concilie sa mère et son fiancé au mieux. En plus, elle a l'air parfaite mais n'agace jamais car elle ne se plaint pas, n'est pas bêcheuse pour deux sous. Bref, ce petit couple, j'ai adoré les découvrir et les voir surmonter les épreuves ensemble.

3) Même si on découvre vite le pot-aux-roses, l'histoire est très agréable. J'ai bien aimé les rebondissements, les personnages secondaires notamment le frère et la sœur de Nathalie qui sont adorables et l'ambiance de ce Paris du IInd Empire que finalement je connais bien mal en romance. Même la mère, insupportable parce que empêcheuse de tourner en rond, est quand même très bien car nous ne sommes jamais dans le too much. Il y a aussi un petit goût de Persuasion avec ces retrouvailles qui se font, je dois dire, en toute simplicité.

Alors voila, si jamais en fouillant dans le grenier des maisons de vacances de votre enfance, ou en lorgnant du côté des brocantes vous tombez sur La valse brillante, n'hésitez pas. Je vous garanti un très bon moment de lecture et un héros A-DO-RABLE.

Si jamais vous avez des éditions Denoël ou Tallandier à l'ancienne avec des auteures comme Caroline Gayet, Saint-avi, Concordia Merrel, ou Georgette Heyer surtout GARDEZ-LES. On ne les trouve plus nulle part et c'est bien dommage. Sinon, si vous voulez vous en défaire, pensez à votre Persie chérie, je suis toujours là pour accueillir les livres SDF.

Et vous, avez-vous aussi de très vieilles romances qui vous ont marqué? Dites moi tout!