vendredi 26 juillet 2013

Une saison avec Jane-Esther - Shaïne Cassim

A PARAITRE LE 17 OCTOBRE 2013

Présentation de l'éditeur: Dans une petite ville du Mississippi, près du fleuve, Eden Villette cherche à écrire de la poésie. Et tout l'intéresse, car tout peut faire poésie. Une poule aux coudes pointus, par exemple, pourrait être un bon début de poème. Mais Eden est prise dans tant d'hésitations, tant de questions. Osera-t-elle se jeter à l'eau ? C'est l'été 1967, les États-Unis bruissent des débats autour du mouvement des droits civiques, entre réformistes et partisans d'une action radicale. Cet été-là, Jane-Esther Sanchis arrive en ville, auréolée de sa gloire littéraire, pour y passer quelques semaines et donner une conférence. Elle retrouve ses amies de jeunesse : Kate, la tante d'Eden, et Edna Gardner. Auprès d'elles, Eden espère des conseils. Comment écrire, comment aimer, et comment se diriger dans la vie ? Au bord du fleuve, les réponses appartiennent peut-être pas à ceux qui semblent les détenir.

Une saison avec Jane-Esther est le genre de roman qui une fois refermé vous laisse plus perplexe qu'avant votre lecture. Pour être honnête je ne sais pas vraiment ce que j'ai lu, je ne suis pas sûre d'avoir aimé mais certaine de ne pas avoir détesté. Il y a beaucoup de pistes, beaucoup d'idées et de sentiments, un bouillonnement comme dans la tête d'Eden, un véritable bazar. Il faut faire le tri dans ma tête pour vous parler de ce roman jeunesse.
(Cheshire: Faire le tri dans ta tête tu crois que c'est possible?
Persie: Sale matou!)
Mais est-ce bien un roman jeunesse? 

Je m'interroge encore sur le choix du titre. Si Jane-Esther tient une place importante dans la vie d'Eden; elle représente une sorte de modèle, une femme poétesse, courageuse - Jane-Esther vit avec Ezéchiel, un homme noir - amie de la mère défunte d'Eden et de sa tante Kate, je n'ai pas l'impression qu'elle soit véritablement le moteur du roman ni la source d'une métamorphose. C'est Eden elle-même, avec ses coups de sang, ses interrogations, ses crises d'ado qui avance seule finalement dans la vie. J'aurai aimé un titre qui aurait parlé des "poules aux coudes pointues" véritable métaphore filée qui guide le lecteur comme un fil rouge tout au long des pages. 

J'ai aimé la prose de Shaïne Cassim et l'écriture un peu bousculée de la première personne du singulier qui colle aux pensées confuses d'Eden mais j'ai vraiment eu l'impression ici d'un trop plein, comme si l'auteure ne savait pas vraiment ce qu'elle voulait raconter. Au début du roman, le côté Mississippi, 1967, m'a fait pensé à La couleur des sentiments, Les beignets de tomates vertes ou The secret life of bees, le genre de roman qui se passe dans le sud des Etats-unis avant ou juste après l'obtention des Civil rights. L'arrivée de cette Jane-Esther, mystérieuse, renforçait cette impression, surtout après le passage de la conférence ou Jane-Esther, en embrassant Ezéchiel, fait fuir une partie de l'auditoire. En plus de la poésie et du poète on parle bien entendu des Civil rights et du mouvement des Black Panthers avec des détails sur leur pensée politique. Et puis on passe à l'histoire entre Devendra et Eden, on retourne à sa poésie, puis aux relations qu'entretiennent Jane-Esther, Kate et Edna, puis sur l'histoire d'Edna et la fin du récit porte sur un évènement qui fait grandir Eden un peu trop vite.   

De cette profusion de thème et de personnages j'en ressors avec l'idée d'un manque. Les personnages ne sont pas assez travaillés, j'aurai aimé les connaitre d'avantage. Les relations entre Jane-Esther, Kate et Edna, sans parler de Kitty la maman d'Eden auraient mérité d'être davantage exploité. J'aurai aimé les voir plus jeunes, grandir, partir et revenir, comprendre les liens qu'elles ont tissé pour savoir qui est Jane-Esther et pourquoi à elles trois elles peuvent apporter des conseils ou des idées à Eden. Là je me suis retrouvée assez frustrée par ces absences - sûrement voulues au demeurant. Tout comme le personnage d'Ezéchiel dont on sent qu'il est intéressant mais qui ne reste qu'effleuré. De la même façon je trouve qu'il y a trop de sujets abordés mais qui restent au final survolés comme le problème des Black Panthers juste après l'acquisition des Civils rights. J'ai beaucoup aimé la dernière partie du récit même si elle tombe un peu comme un cheveu sur la soupe. Je trouve l'idée vraiment bien, en peu de mot, Shaïne Cassim parvient à faire comprendre au lecteur tout ce qui se chamboule dans la vie d'Eden et j'ai trouvé la réaction de la jeune fille intéressante, crédible aussi, touchante parfois même si je suis peu rentrée en compassion avec elle. 

Tout ça me fait me demander si Une saison avec Jane-Esther est un roman pour adolescent - puisque l'héroïne est une adolescente - un roman d'émancipation jeunesse dans lequel on voit une héroïne grandir, faire des erreurs et apprendre de celles-ci ou si nous ne tenons pas là en substance la matière pour un roman adulte bien plus large. D'une façon toute personnelle je pense que j'aurai aimé voir la jolie plume de Shaïne Cassim se délier sur plus de pages, sur une intrigue plus complexe, plus fouillée, plus adulte sûrement. J'aurai aimé en apprendre plus sur tous ces personnages. 

Je me dis que si l'auteure a voulu reproduire un bouillon de mots, de pensées, de sentiments, comme un torrent à l'image de ce que ressent Eden, c'est parfaitement réussi. Le lecteur est embarqué dans une histoire sans savoir à quoi s'attendre et la seule certitude que l'on ait en refermant le roman c'est que sur cette planète il y a des poules aux coudes pointues et qu'elles sont diablement intéressantes à observer. 

2 commentaires:

melainebooks a dit…

Tu ne me donnes pas du tout envie d'essayer. Elle ne peut pas réussi tous ses romans n'est ce pas ? :)

Perséphone a dit…

Melaine: un autre avis m'intéresse parce que je suis loin de ne pas avoir du tout aimé. Je suis juste perplexe sur le projet de l'auteure ^^

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