lundi 29 juillet 2013

Le Mystère Sherlock - J.M. Erre


GROSSE CRISE DE RIRE! 

Présentation de l'éditeur: Meiringen, Suisse. Les pompiers dégagent l’accès à l’hôtel Baker Street. Cet hôtel, charmant et isolé, a été coupé du monde pendant trois jours à cause d’une avalanche. Personne n’imagine que, derrière la porte close, se trouve un véritable tombeau. Alignés dans les frigidaires, reposent les cadavres de dix universitaires. Tous sont venus là, invités par l’éminent professeur Bobo, pour un colloque sur Sherlock Holmes. Un colloque un peu spécial puisque, à son issue, le professeur Bobo devait désigner le titulaire de la toute première chaire d’holmésologie de la Sorbonne. Le genre de poste pour lequel on serait prêt à tuer…

Arriver à me faire rire en parlant de Sherlock Holmes...Voila un sacré défi! Oui je suis très très très tatillonne lorsqu'il s'agit d'écrire sur Sherlock Holmes, que ce soit des suites, des pastiches ou de simple mention. Comme pour tous les romans devenus "légendaires" l'écriture de suites ou le détournement sont de rigueur et si la plupart du temps je ne les lis pas (je ne suis toujours pas une fan des austeneries, le genre me reste fermé. C'est dommage je sais mais je le vis bien je vous rassure), je fais une exception pour Sherlock Holmes car outre mon amour du roman policier, j'aime cette ambiance XIXe siècle anglais et les déductions formidables du plus inattendu des détectives. 

La force première du roman de J.M. Erre est à mon sens de ne pas essayer de faire du Conan Doyle ni pire, du Sherlock Holmes. C'est souvent ce que je reproche aux auteurs contemporains qui utilisent Sherlock Holmes dans leur roman. Faire du Conan Doyle est vraiment très difficile, il faut connaître le style de l'auteur en plus du Canon holmésien et c'est moins simple qu'il n'y parait. Anthony Horowitz est un des rares à avoir relevé le défi. Le mystère Sherlock parle aux passionnés du détective anglais sans le mettre en scène. Au contraire, il se moque gentiment des admirateurs de Sherlock Holmes parmi lesquels j'admets m'être reconnue un peu.
Sherlock Holmes pour les nuls (extraits)
H comme Holmésien: Mammifère bibliophile vouant une passion à Sherlock Holmes. Les spécialistes - à l'université et à l'hôpital - distinguent plusieurs catégories d'holmésiens. Les niveaux 1 à 3 désignent les amateurs du détective anglais créé par Arthur Conan Doyle en 1887. Ils aiment à lire et à relire les quatre romans et cinquante-six nouvelles qui forment le "Canon" holmésien, scrutent la sortie en librairie des innombrables pastichent consacrés à Sherlock Holmes, et ne rechignent pas à s'aventurer dans les enquêtes des concurrents, Hercule Poirot ou Harry Dickinson. Pour résumer, mis à part une tendance un peu pénible à s'exclamer "Elémentaire, mon cher Watson", ils sont inoffensifs.
Les niveaux 4 à 6 correspondent à des holmésiens initiés. Pour ces adulateurs du Canon, la frontière entre la fiction et la réalité se trouble par moments. On se met à privilégier le texte original en anglais, on se lance dans des analyses textuelles, on adhère à une "société holmésienne", on suit des colloques. Bref, on commence à fatiguer ses proches.
Enfin les holmésiens de niveaux 7 à 10 forment une caste à part. Pour eux, les choses sont claires: Sherlock Holmes a bel et bien existé et Conan Doyle n'était que l'agent littéraire du Docteur Watson, biographe du détective londienne. A ce stade, la fiction n'existe plus, les écrits de Watson sont parole d'Evangile, l'étude des textes sacrés devient le centre de toutes les préoccupations, on s'attaque à des énigmes métaphysiques fondamentales comme la date de naissance de Holmes ou le nombre de mariages de Watson.
Et dans le meilleur des cas, on essaie de prendre ses pilules tous les matins.

Voila sur quoi s'ouvre le roman. Vous avez là en substance tout ce qu'il contient de drôle et d'intéressant. En plus de bien connaître Sherlock Holmes - on sent véritablement les recherches de l'auteur sur le Canon et les Holmésiens farfelus - J.M. Erre nous offre un récit façon Agatha Christie And then there were none (anciennement Les 10 petits nègres rebaptisé je crois). J'ai d'ailleurs beaucoup apprécié la bibliographie à la fin qui regroupe des auteurs qui ont écrit sur Sherlock Holmes ou à la façon de Conan Doyle. On sent de la même façon une sorte d'auto-critique qui nous dirait "je me moque de tous ceux qui écrivent sur Sherlock mais regardez, je suis pareil et c'est ça qui est drôle." Le mystère Sherlock ne se prend pas la tête et nous offre de ce fait un polar jubilatoire.

Le récit alterne entre enquête avec des inspecteurs pas vraiment doués et la lecture des notes d'Audrey Marmouzin, journaliste infiltrée dans l'hôtel pour sortir un article sur les gens présents au colloque et que l'on compte au nombre des morts. Des lettres et extraits d'autres protagonistes de l'affaire sont aussi mis à notre connaissance. On suit l'enquête d'Audrey avec le récit de son journal, ses extraits de Sherlock Holmes pour les nuls et ses fiches sur les différents participants du colloque piégés dans l'hôtel. Les fiches profils sont extrêmement drôles, décrivant toutes des holmésiens de niveau 7 à 10, complètement ravagés du bulbe. Les extraits de Sherlock Holmes pour les nuls se moquent gentiment des fana de Sherlock Holmes en pointant les absurdités des extrêmes. L'humour est présent de la première à la dernière page! Souvent noir, parfois grinçant il confine à l'absurde et ça fait du bien. Oui ça peut paraitre lourd mais personnellement j'ai gloussé pendant 260 pages et c'est complètement libérateur.

J'aime ce style un peu oral, largement absurde, bourré d'humour qui rend l'intrigue policière passionnante par ses personnages hauts en couleur, des situations rocambolesques et complètement farfelues. J'ai aimé l'intrigue même si elle est alambiquée, la fin peut-être contestable mais j'aime l'idée d'une résolution ouverte à l'image même du roman.

Même si on sent toutes les influences de Sherlock Holmes, le roman est tout à fait accessible aux non initiés et aux non passionnés. Que cela ne vous arrête pas. L'humour et l'intrigue loufoques sont les atouts majeurs de ce pastiche.
J'ai passé un excellent moment avec Le mystère Sherlock et je le recommande pour tous les moments où vous n'avez pas le moral et que vous voulez rire un bon coup. Du Agatha Christie à la sauce Desproge en somme!  

4 commentaires:

Frans a dit…

Ca donne envie de le lire!
L'auteur est donc... français? Et est-ce un roman jeunesse?

Perséphone a dit…

Oui Frankie! L'auteur est français ce qui est du coup assez inhabituel pour du Sherlock Holmes et je t'avoue que ça fait du bien de lire de vrais calembours qui n'ont pas été traduits. Par contre ce n'est pas un roman jeunesse. C'est un polar burlesque je dirais ;)

Nathalie a dit…

Perséphone, j'étais curieuse de découvrir l'avis d'une Holmésienne "experte", et je me retrouve dans ton excellent avis :)et j'ai du rire autant que toi.
Nul doute que ce JM Erre a convaincu la "poirophile", que je suis de me plonger dans le canon.

Perséphone a dit…

Nathalie: Je ne sais pas si "Experte" est le terme qui convient je dois être de stade 1 ou 2 sur son échelle de classification ^^ Mais j'admets que je n'ai pas retrouvé les travers des autres romans "sur Sherlock". Quant à Hercule Poirot, c'est un des détectives que je préfère, je suis d'ailleurs dans un Agatha: The pale horse. ;)

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