lundi 12 juillet 2010

L'apocalypse selon Marie - Patrick Graham


L'ouragan Katrina se déchaîne sur la Nouvelle-Orléans. Tandis que la ville lutte contre les éléments, une bataille plus cruciale se livre en coulisses: l'affrontement final d'une guerre sans merci, dont les origines remontent à la Création. Et l'issue de ce combat pourrait bien dépendre de l'agent spécial Marie Parks... Alors qu'elle enquête sur la mort inexplicable de plusieurs archéologues de renom, Marie se retrouve dans l'oeil du cyclone. Après avoir mené la traque la plus délicate et la plus intime de toute sa carrière, elle doit se surpasser: de son talent exceptionnel de chasseuse de tueurs dépendent la vie d'une petite fille et l'avenir de l'humanité.


J'avoue avoir été excitée et angoissée à l'idée de lire ce second volume des aventures de Marie Parks. Excitée tout d'abord, car le premier recueil, L'évangile selon Satan, est un des meilleurs, sinon LE meilleur, thriller que je n'ai jamais lu ; et angoissée parce que justement le premier était excellent et que la crainte d'être déçue était particulièrement présente.

Si L'Apocalypse selon Marie est moins bon que l'Evangile selon Satan, cela reste un polar d'une excellente qualité, un des plus brillants de ces dernières années. Graham, qui, bien que franco-américain, écrit en français, se place dans la veine d'un Steg Larson pour la qualité de l'écriture et les descriptions particulièrement puissante. En toute franchise, ici comme dans l'Evangile selon Satan, les descriptions prennent aux tripes et vous font sentir toute l'horreur d'une situation. Si ici, il n'y a pas de crucifixions, certains détails s'imposent tout de même à l'esprit et la lecture en est profondément marquée.

L'intrigue, très bien pensée, souffre parfois d'une certaine confusion, et tout n'est pas aussi clairement expliqué que dans le premier tome. Néanmoins, Patrick Graham a su se diversifier et permettre à Marie Parks d'utiliser ses dons en dehors d'une trame religieuse. La différence entre les deux intrigues est notable et c'est tant mieux, car de ce fait, les comparaisons sont plus difficiles à établir et les oeuvres en souffrent moins.
Le plus grand mérite de l'Apocalypse selon Marie est de nous révéler de nouveaux éléments de la vie de l'héroïne et qui nous aide à comprendre sa personnalité complexe. Paradoxalement, si ici elle n'est pas le centre de l'histoire (il s'agit plutôt du personnage d'Holly), elle est beaucoup plus présente que dans l'Evangile selon Satan alors qu'elle formait le coeur du roman. Elle a beaucoup plus de dialogues, et contrairement à l'Evangile, Marie ne fait pas que ressentir, elle agit.
Un changement subtile et pourtant radical, parfaitement bien maîtrisé par l'auteur.

Les personnages sont crédibles et toujours bien dépeints, attachants, repoussants et un humour absent de l'Evangile se fait sentir ici, ce qui a pour effet de dédramatiser certaines situations pesantes.

Si je souhaite que Patrick Graham prolonge les aventures de Marie Megan Parks, j'aurai tendance à dire qu'il devrait le faire en suivant la ligne donnée par L'Evangile selon Satan. Toutefois, les suites sont particulièrement difficiles à faire et on peut admettre en toute honnêteté que L'Apocalypse selon Marie mérite sa place au rang des best-seller de l'année.

L'étrangleur de Cater Street - Anne Perry


Suffragette avant l'heure, l'indomptable Charlotte Ellison contrarie les manières des codes victoriens et refuse de se laisser prendre aux badinages des jeunes filles de bonne famille et au rituel eu tea o'clock. Revendiquant son droit à la curiosité, elle parcourt avec intérêt les colonnesi nterdites des journaux dans lesquels s'étalent les faits divers les plus sordides. Aussi bien le Londres des années 1880 n'a-t-il rien à envier à notre fin de siècle: le danger est partout au coin de la rue et les femmes en sont souvent la proie. Dans cette nouvelle série "victorienne", la téméraire Charlogge n'hésite pas à se lancer dans les enquêtes les plus périlleuses pour venir au secours du très séduisant inspecteur Thomas Pitt de Scotland Yard.

La série Charlotte et Thomas Pitt débute sur les chapeaux de roues. Les meurtres étranges de Cater street dans un quartier bourgeois de Londres remuent les habitudes de ces citoyens.
Ce n'est pas tant ici l'intrigue du roman que la peinture de la société victorienne que fait Anne Perry qui m'a plu. L'intrigue est assez classique, des meurtres, une enquête mais sans les descriptions atroces et réalistes de l'évangile selon Satan de Patrick Graham. On est plus proche d'une Agatha Christie que d'un Steg Larson et honnêtement Anne Perry s'en tire très bien. L'écriture est belle, simple et surtout intimiste.

Tour à tour plongé dans les pensées de chaque personnages principaux à l'exclusion de l'enquêteur Thomas Pitt, nous découvrons le quotidien d'une famille bourgeoise de la fin du XIXe siècle. L'angle d'attaque d'Anne Perry est ici parfaitement bien maîtrisé et pour tout dire, intelligent. Si à l'extérieur, la famille bourgeoise anglaise donne l'air d'être parfaite et moralement "propre", la réalité se révèle tout autre, même pour les propres habitants de cette maison. Chacun à ses secrets, ses failles misent à jour les unes après les autres.

Chaque personnage est passé au crible, son âme est fouillée et mise à nue.
Charlotte est un personnage particulièrement attachant. Franche, vive et naturelle, elle ignore, malgré elle, les codes de sa propre société. On ne peut s'empêcher de l'adorer car elle est très proche du lecteur. Les codes moraux et sociaux étriqués de l'Angleterre victorienne nous semblent absurdes. Charlotte met peu à peu au jour cette absurdité des codes moraux. Charlotte est aussi une femme qui a peur, qui s'interroge sur elle-même et c'est cette réflexion qui la rend plus crédible et bien construite. C'est un personnage qui évolue, comme tout bon personnage de fiction.
Le personnage d'Emily, la soeur cadette de Charlotte révèle une part de l'éducation des jeunes filles de l'époque. Elle rêve de luxe, de carrosses, de belles toilettes et de titre. En rencontrant Lord Ashworth, Emily comprend vite qu'elle tient ici sa chance, mais elle est aussi assez lucide pour savoir qu'elle devra s'accommoder de certains désagrément. Le romantisme n'est pas au rendez-vous.
Sarah, soeur aînée de Charlotte et d'Emily, mariée à Dominic est froide et bigotte, l'exacte opposé de Charlotte. Epouse victorienne modèle elle exaspère par son insensibilité.

Thomas Pitt, énigmatique et assez peu présent dans ce premier volume, est intriguant par son mélange de dureté et de fraicheur. Décalé par rapport à Charlotte et au monde qu'elle connait, son apparence étrange finit peu à peu par attirer la jeune Charlotte, jusque là inmariable.

La rigueur morale du roman nous étouffe mais est parfaitement bien maîtrisée jusqu'au dénouement final. Le premier tome d'une excellente série, à suivre, bien évidemment.


vendredi 2 juillet 2010

L'aliéniste - Caleb Carr

COUP DE COEUR DE PERSEPHONE
New York 1896... Un meurtrier auprès duquel jack l'Éventreur fait piètre figure sème aux quatre coins du Lower East Side les cadavres d'adolescents atrocement mutilés sans provoquer la moindre réaction des pouvoirs publics... Révolté par tant d'indifférence, Theodore Roosevelt, alors préfet, fait appel à ses amis John Schuyler Moore, chroniqueur criminel, et Laszlo Kreizler, aliéniste spécialiste des maladies mentales -, pour élucider cette énigme terrifiante. Leurs procédés sont révolutionnaires ! En étudiant les crimes, ils pensent pouvoir brosser le portrait psychologique de l'assassin, l'identifier et l'arrêter. Ils ont peu de temps : le meurtrier continue à frapper. Les obstacles se multiplient mais rien ne pourra les arrêter...

L'aliéniste est l'un de ces livres qui basculent l'univers du polar américain en général. Orchestré par l'habile Caleb Carr (qui semble doué pour le thriller mais mystérieusement pas pour les autres genres littéraires) l'aliéniste est un chef-d'oeuvre du genre.
Sur fond d'histoire New-yorkaise, de sa géographie comme de ses politiques sociales, il nous entraîne dans un monde étrange et inquiétant, celui de la prostitution enfantine des années 1890. On apprécie tout d'abord ses descriptions si réaliste du New-York de la fin du XIXe siècle, de son urbanisme unique comme de sa vie, mondaine et nocture. Toutefois, Caleb Carr ne se borne pas à décrire une société révolue (hélas) mais c'est aussi une critique voilée des Etats-Unis et de sa morale bien pensante, prompte à dénicher la paille dans l'oeil de son grand voisin européen mais lente à retirer la poutre qu'elle a dans le sien. Les descriptions de scène de cannibalisme européen décrites par des bourgeois new-yorkais sont hilarantes lorsque l'on se penche sur le tueur en série traqué par notre bande de héros.
Le monde exploré par Caleb Carr dans ce roman dérange. En effet, si la prostitution enfantine féminine est, malheureusement, plus connue, il s'agit ici de s'attaquer à la prostitution enfantine masculine, sujet encore bien délicat tout comme l'est l'homosexualité. Il est assez choquant de constater dans cette histoire la persévérance de la sociète qui cherche désespérément à ignorer ce qui se passe sous ses fenêtres. Avons-nous réellement changé?

Le tueur est inquiétant dans sa psychologie même, habilement mise en scène par l'auteur. Entre maltraitances enfantines et comtes d'horreurs des massacres indiens, nous sommes bien malgré nous plongés dans le quotidien sordide de la classe pauvre des Etat-Unis du presque XXe siècle.

Si le roman nosu captive du début à la fin, c'est aussi, outre son histoire parfaitement ficelée, grâce aux personnages principaux, haut en couleurs et surtout crédible.
Théodore Roosevelt est bien portraituré même si on est loin du président des Etats-unis qu'il sera plus tard, le personnage est attachant dans sa volonté de soigner la ville du fléau de l'indifférence et de la corruption.
Le docteur kreizler, véritable héros des romans de Caleb Carr (cf. L'ange des ténèbres), est aussi fascinant qu'un Sherlock Holmes. Passionné par la psychologie enfantine, il essaye, grâce à son institut pour l'enfance, de sauver ces enfants, pris pour fou dans une société ou le concept de folie est particulièrement large. Son apparence étrange, son accent allemand et sa capacité à décrypter tous les comportements forcent évidemment l'admiration du lecteur, pris au jeu du livre. Premier aliéniste (comprennez psychiatre), il s'invente profiler: sa théorie avait de quoi choquer. On peut se demander comment en 1890, un psychiatre peut être crédible en jouant au profiler. La réponse est simple : Caleb Carr s'inspire de source réelle en matière de psychiatrie avec leurs bons côtés et leur mauvais côtés. La volonté de croire au déterminisme de l'homme ou à l'incapacité d'une mère de transgresser le lien sacré et inviolable qui l'unit à ses enfants est mis à mal par l'expérience du docteur et par leur observation. Les personnages eux-mêmes doivent faire le deuil de leurs préjugés afin d'approcher la vérité et tous, y compris Kreizler y seront contraints.

L'équipe d'enquêteurs, absolument hétérogène est attachante au plus haut point. De John Moore, journaliste célibataire qui nous narre l'histoire parfois de façon très naïve, en passant pas Stevie Tagger le jeune garçon au passé tumultueux, tous trouvent grâce à nos yeux. Sara Howard, jeune femme farouchement féministe et indépendante se révèle indispensable pour l'équipe qui, sans son expérience et son point de vue féminin, aurait fait fausse route plus d'une fois. Cyrus, le noir à la voix de baryton, mystérieux, calme et silencieux, apporte une touche sécurisante qui manque parfois. Quant aux frères juifs Marcus et Lucius Isaacson, leurs caractères et leurs physiques dissemblables les rendent uniques et totalement dissociables, chose difficile à faire lorsqu'il s'agit d'un duo de frère en littérature.
L'écriture est assez froide, journalistique sans tomber dans l'excès et permet de prendre ses distances avec la description des crimes qui pourraient choquer le lecteur. La pudeur des personnages, rend le récit moin morbide et dénué de tout voyeurisme malsain. Un livre sublime sur les ressorts de l'âme humaine. A lire d'urgence!

jeudi 15 avril 2010

Oscar Wilde et le cadavre souriant -Gyles Brandreth


En 1883, Sarah Bernhardt et Edmond La Grange dominent le théâtre mondial. Déterminé à faire fructifier sa renommée naissante après sa triomphale tournée américaine, le jeune Oscar Wilde se rapproche de ces deux monstres sacrés. Installé à Paris, il travaille avec La Grange à une nouvelle traduction d'Hamlet qui promet de faire des étincelles. Mais, pour l'heure, elle fait surtout des victimes..... la compagnie La Grange est frappée par une série de disparitions mystérieuses, et Oscar Wilde est bien décidé à en trouver le responsable. Entre jalousies artistiques, vices cachés et secrets de famille, le poète dandy découvre l'envers peu reluisant du décor flambloyant du Paris fin de siècle.

C'est lors du salon du livre de Paris 2010 que je me suis rendue compte que Gyles Brandreth venait de sortir un nouvel opus à sa fabuleuse série de romans policiers ayant pour héros le fameux Oscar Wilde. Déçue d'apprendre que j'avais loupé la séance de dédicace de l'auteur, je me suis vengée sur son livre.
Comme le savent les grands oenologues, le bon vin se bonifie avec le temps et bien les romans de Gyles Brandreth également. Si j'avais trouvé le premier tome un peu long à démarrer, le deuxième était sans reproche mais celui-ci fut captivant, envoûtant, enivrant tout comme l'absinthe qui émaille le fil de l'histoire. L'intrigue est particulièrement bien ficelée et originale je dois le dire car elle commence en 1891 à peu près à la même époque que les romans précédents mais l'intrigue même du livre aborde les jeunes années d'Oscar. Les années d'avant le Portrait de Dorian Gray, d'avant Constance Lloyd, d'avant Bosie Douglas...Oscar est jeune, libre, connu et il a la vie devant lui.

Ce qui est passionnant avec ces romans, c'est qu'ils ont le mérite de combiner une biographie ludique du dandy à un bon Agatha Christie. Gyles Brandreth, véritable amoureux de l'Irlandais fantasque nous livre avec beaucoup de sensibilité la personnalité véritablement attachante et grandiloquente de ce Personnage.
L'intrigue du roman, sans être sensationnelle est néanmoins tout à fait agréable et il est très aisé de se laisser porter par Oscar et son ami Robert Sherard, narrateur ici encore. Le dénouement n'est jamais spéctaculaire à l'image d'un Hercule Poirot ou d'un Sherlock Holmes, mais s'accorde parfaitement avec son héros. Flegmatique, malicieuse et indolente à l'image d'Oscar, elle met un point final naturel au récit.
Je ne connais pas assez bien Sarah Bernhardt pour savoir si elle est bien croquée mais je veux crois que les mots de Gyles Brandreth sont vrais et me laisser glisser dans ce fleuve policier.

lundi 25 janvier 2010

Rebelles - Anna Godbersen


Elizabeth s'apprête à épouser Henry, le plus beau parti de la ville pour sauver sa famille de la ruine mais tout les deux se préparent à un mariage sans amour. Dans l'ombre, la rivale d'Elizabeth, Pénélope, la maîtresse éconduite d'henry prépare sa revanche. Car derrière les sourires trompeurs, dans des décors sublimes, parmi le luxe, rien n'est plus précieux qu'un secret et chacun redoute le scandale. Et des secrets, la trop sage Elizabeth en cache plus d’un…

Je me suis laissée tenter par Rebelles en lisant le résumé agicheur de la 4ème de couverture. Découvrir le monde guindé de la haute société NewYorkaise de la fin du XIXème siècle est particulièrement distrayant. Pire que l'Angleterre victorienne, la bonne société de Manhattan ne se pardonne rien et juge tout.
Rebelles s'ouvre sur les funérailles d'Elizabeth Holland, la fille chérie de la communauté huppée de la Cinquième avenue. Le cortège est composé de sa famille, sa mère et sa tante Edith, son fiancé Henry Schoonmaker, de sa meilleure amie Pénélope Hayes. Alors que la cérémonie commence, Diana Holland la petite soeur d'Elizabeth fait une entrée fracassante dans l'église, un immense sourire aux lèvres. Mais que s'est-il donc passé et qui a tué Elizabeth Holland?
Nous remontons donc le temps pour comprendre ce qui est arrivé à la charmante Elizabeth. Sa famille, menée par sa mère depuis la mort de son père est dans une situation délicate qu'il faut remonter. Mrs Holland s'avère être une femme assez froide, superficielle, et calculatrice prête à s'accrifier sa fille pour soutenir son niveau de vie. Diana Holland quant à elle, veut de l'aventure et de l'amour. Elle refuse de jouer le jeu de sa famille et être une jeune fille modèle. Anticonformiste elle aspire à plus qu'elle n'a.
Pénélope Hayes, fille de nouveau riche, est aussi belle que vénéneuse. Elle considère que sa meilleure amie doit être sa rivale afin de mieux l'avoir à l'oeil. Henry Schoonmaker, le célibataire le plus en vu de New-York est aussi le moins susceptible de se marier. Aimant jouer, boire et flirter il va découvrir une nouvelle facette de sa personalité.

J'ai beaucoup aimé ce livre, qui reflète je pense, ce que pouvait être la vie des filles de la haute société, née pour séduire et plaire mais devant impérativement s'effacer devant leur parent. Une société dure et manipulatrice, ne laissant rien passer et pouvant adorer un jour et haïr le lendemain. Un livre passionnant qui nous entraîne dans un tourbillon de flirt et de froufrou.
Vivement la suite: Rumeurs.

jeudi 21 janvier 2010

Orgueil et Préjugé : BBC et cinéma


Si je n'ai pas intitulé cette article, Orgueil et Préjugé : BBC vs Cinéma c'est parce que je ne compte absolument pas faire une bataille du "lequel des deux est le meilleur". Tout d'abord parce que je ne saurais pas dire lequel des deux est effectivement le meilleur. Je regrette pour tous les fans de la BBC mais je ne suis pas une puriste.
Cela tient au fait que la version de 2006 m'a fait découvrir Jane Austen et Orgueil et Préjugé et que du coup il a une importance particulière pour moi. Je n'ai pas eu la chance de lire les romans de Jane petite, ni d'avoir vu la version de 1995 depuis toujours pour ainsi dire. Je m'en excuse donc auprès d'éventuels lecteurs qui ne juraient que par la version de la BBC. Mais comme on dit, faute avouée à moitié pardonnée.

Je pense qu'il n'y a rien de moins comparable qu'un film et qu'une série télé. C'est aussi pour cela que je ne veux pas faire de comparaison des deux Pride and Prejudice. Un film ne s'étale que sur 1h30, 2h, il n'a donc pas la même envergure qu'une série télé en 6 épisodes de 50 minutes chacun (soit un total de 5 heures!) Il est bien évident que la version de la BBC est plus complète, plus juste et beaucoup plus proche du livre que ne l'est celle de Joe Wright. Pour autant je pense que cette dernière version de Pride est réussi et j'encourage à la voir car elle a aussi de bons côtés. J'encourage même les puristes parce qu'il faut la voir d'un oeil neuf et que ma philosophie n'est pas de jeter la pierre à une nouvelle adaptation cinématographique sous prétexte que je connais l'ancienne par coeur. 


Je vais donc commencer par l'adaptation de 1995 par la BBC puisque c'est la plus ancienne.
Commençons tout d'abord par un petit tour du côté du Casting:

Lizzie Bennet: Jennifer Ehle
Mr Darcy: colin Firth
Jane Bennet: Susannah Harker
Lydia Bennet: Julia Sawalah
Mrs Bennet: Alison Steadman
Mr Bennet: Benjamin Withtrow
Charles Bingley: Crispin Bonham-Carter
George Wickham: Adrian Lukis

On ne pouvait choisir mieux comme couple principale: Jennifer Ehle est éblouissante, pleine de vie et de malice à l'image de Lizzie et Colin Firth a les atoux principaux d'un excellent Darcy: sombre, froid mais possédant un charme irresistible. L'harmonie du couple est bonne, on sent une véritable alchimie entre eux ce qui est fondamental pour jouer de pareils rôles.
En revanche je dois admettre que je suis un peu déçu par le couple Jane/Bingley: si Bingley est très bien, Jane en revanche ne m'a pas convaincu, certes elle est douce et souriante mais je m'attendais à quelqu'un de véritablement superbe puisqu'elle est décrite comme la vraie beauté de la ville, or là il faut admettre que Jennifer lui vole largement la vedette.
Mrs Bennet est horripilante au possible, parfaite dans un tel rôle. Sa voix haut perchée est une horreur! Quelle délectation que de l'entendre se plaindre des nerfs. elle est pire que ce que j'avais imaginé, un jeu véritablement parfait. Mr Bennet m'attire moins, même s'il est méchant avec ses filles je l'attendais un peu plus cynique. Lydia est aussi sotte que son homologue littéraire, horripilante avec sa voix de crécelle et ses sursauts d'exitation. Wickham enfin, s'il n'est pas frappant de beauté (je m'attendais à mieux), je dois admettre que son charisme attire et le rend particulièrement intéressant.

Je n'ai pas vraiment grand chose à dire de l'adaptation en elle même car elle est parfaite, bien jouée, et elle reproduit parfaitement le livre que ce soit l'ambiance et les conventions sociales bien dépeintes par Jane Austen. Je la conseille ABSOLUMENT, parce que Jennifer Ehle et Colin Firth sont parfaits en Lizzie Bennet et Mr Darcy. Les 6 épisodes se regardent sans discontinuer et les paysages anglais sont magnifiques.


Orgueil et Préjugé : Joe Wright

Cette adaptation beaucoup plus récente, bénéficie d'un format pas véritablement adapté pour la mise en scène d'un roman. C'est pourquoi je m'efforcerais de vous montrer que sur un format cinématographique réduit d'une heure et demi, Joe Wright réussit à reproduire l'ambiance du roman et l'attraction que l'on éprouve pour les personnages.

Un petit tour vers le casting:

Lizzie Bennet: Keira Knightley

Mr Darcy: Matthew Macfayden
Jane Bennet: Rosamund Pike
Lydia Bennet: Jena Malone
Mrs Bennet: Brenda Blethyn
Mr Bennet: Donald Sutterland
Charles Bingley: Simon Woods
Caroline bingley: Kelly Reilly
George Wickham: Rupert Friends

si certains choix peuvent paraître audacieux (certains n'apprécient pas du tout Keira Knightley, que je trouve personnellement admirable dans le choix de ces rôles, elle a fait beaucoup de petites productions remarquables ex. The Duchess) je pense qu'au final ils sont payant.

Keira Knightley n'est peut être pas le modèle idéal de Lizzie Bennet cependant, elle fait bien ressortir l'anticonformisme de la jeune femme, elle n'est pas éblouissante de beauté (perruque terne, robe simple) par rapport à Rosamund Pike qui elle est littéralement magnifique et pleine de douceur. Elle ne rentre pas non plus dans les critères de beauté de l'époque, elle est très maigre sans aucune forme féminine. Dans un format d'une heure et demi faire passer ce message était primordial. Rosamund Pike m'a tout de suite convaincu en Jane Bennet, douce, très belle mais sans manière est exactement ce que j'attendais d'un tel personnage. Il en va de même pour Charles Bingley, joliment maladroit et timide sans tomber dans la caricature. Je dois admettre en revanche que je fus moins convaincu par Matthew Macfayden qui en tentant de se montrer froid affiche un regard de chien battu. Toutefois son jeu n'est pas catastrophique mais moins bon que celui de Colin Firth. Mr et Mrs Bennet m'ont beaucoup touchée car si Mrs Bennet est moins "crispante" que celle de la BBC, elle n'en est pas moins agaçante par ces manières doucereuses et polluantes. Donald Sutterland est sublime, exactement ce que j'imaginais pour Mr Bennet, légèrement blasé et inconscient. Wickham a tout ce qu'il faut pour séduire, légèrement froid sans paraître hautain, séduisant et charmeur on devine aussi en lui l'odieux calculateur!

Ce que j'ai beaucoup apprécié dans cette version c'est la façon de Joe Wright de nous montrer en 1h30 le contenu du roman, comment cette famille avec 5 filles et sans argent (leur maison est beaucoup moins luxueuse que celle de la BBC) doit placer ses filles dans de bonnes familles. L'ironie et le mordant des remarques d'Elizabeth sont plus forts ici aussi car condencé en 1h30.

De toute façon, j'aime les deux versions pour leur façon de représenter différemment une partie du roman. Que se soit la BBC et sa version policée ou Joe Wright et une vision plus anticonformiste de Jane Austen, elles ont toutes les deux leur valeur, leurs bons et mauvais côtés et méritent d'être vu sans être comparées.

Rebecca - Daphnée du Maurier



"Last Night I dreamt I went to Manderley again..."


Monte Carlo, années 30. Une jeune fille de vingt-et un ans travaille pour Mrs Van Hopper, une vieille dame insupportable, snob et bavarde. Alors que Mrs Van Hopper est coincée au lit, la jeune narratrice (dont on ne saura jamais le prénom) fait la rencontre de Max de Winter, homme d'une quarantaine d'année, propriétaire d'une grande demeure en Angleterre et veuf depuis peu. La personnalité étrange de Max de winter attire rapidement la jeune fille qui en tombe amoureuse. A sa grande surprise Max de Winter lui propose de l'épouser et de l'emmener vivre à Manderley. Pour elle, c'est le début d'un rêve qui commence, mais Manderley est loin d'être une demeure accueillante car Rebecca la défunte femme de Max de Winter est partout, toujours présente. La jeune et frêle épouse de Max de Winter arrivera-t-elle à supplanter à temps l'implacable souvenir de la superbe Rebecca?

Par bien des côtés, Rebecca fait penser aux romans des soeurs Emily et Charlotte Brontë Les hauts de Hurlevent et Jane Eyre. Cette ambiance dure et pleine de haine rappelle l'atmosphère des Hauts de Hurlevent et la bataille qui fait rage entre les deux familles. Les personnages d'un autre côté, la jeune narratrice qui voudrait croire au bonheur en restant lucide est très proche de Jane Eyre, tandis que le comportement à la fois froid et passionné de Max de winter fait de lui un second Edward F. Rochester. Une maison pleine de secrets, hantés par son passé, Manderley ne serait-elle pas si proche de Thornfield?

Rebecca est un des romans les plus impressionnants du XXe siècle. Je me demande encore comment Daphnée du Maurier a pu inventer un monde aussi complexe et tourmenté que celui de Manderley. Rebecca est un roman d'ambiance, un roman ou l'atmosphère est plus pesante et plus angoissante que dans n'importe quel autre roman que je connaisse. On ne peut pas décrire l'impression que la lecture de ce roman nous fait, comment un poids nous tombe sur la poitrine nous oppressant un peu plus à chaque instant jusqu'à ce que nous ayons l'impression de suffoquer. Puis la libération du dénouement, le soulagement final où brusquement le poids si pesant s'évanoui.

Plus que son style, c'est la finesse de la psychologie de ses personnages qui est remarquable dans Rebecca. La jeune et frêle narratrice va devoir apprendre à s'affirmer dans cette maison ou la première épouse est toujours aussi présente et impose encore sa loi malgré sa mort. Le changement de personnalité de Max de Winter est aussi particulièrement fine, homme sympathique et ouvert à Monte-Carlo, il devient froid et renfermé sous les hauteurs de Manderley. Mrs Denver, gouvernante de Manderley, femme stricte froide et folle, perpétue le souvenir de son ancienne maîtresse avec un acharnement presque religieux. Enfin, Rebecca, absente mais toujours là, indéfiniment présente dans sa mort.
Le miracle de ce roman est de faire vivre de façon oppressante et incompréhensible un personnage mort avant le début de l'histoire, qu'on ne voit jamais et mais qui malgré reste l'obsession principale de toutes les autres personnages jusqu'à donner son nom au titre du roman.

Meilleur qu'un roman policier, plus effrayant qu'un roman d'horreur, Rebecca est un livre où le poids des secrets dévorent tout sur son passage.

Quotations:
"I suppose sooner or later in the life of everyone comes a moment of trial. We all of us have our particular devil who rides us and torments us, and we must give battle in the end."
"Either you go to America with Mrs. Van Hopper or you come home to Manderley with me."
"Do you mean you want a secretary or something?"
"No, I'm asking you to marry me, you little fool."

A savoir: Alfred Hitchcock a réalisé une adaptation du roman de Daphnée du Maurier, il me semble que c'est à ce jour la seule adaptation cinématographique du roman, il serait cependant intéressant d'en avoir une nouvelle version plus récente...affaire à suivre.

Rebecca est aussi très proche du roman de Diane Setterfield Le treizième conte donc vous trouverez la critique ici.