lundi 9 août 2010

Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates - Mary Ann Shaffer et Annie Barrows


COUP DE COEUR DE PERSEPHONE




Janvier 1946: Tandis que Londres se relève péniblement des drames de la guerre, Juliet se demande quel va bien pouvoir être le sujet de son prochain roman. Lorsqu'elle reçoit une lettre d'un habitant de Guernesey, cette petite île anglo-normande oubliée, lui parlant d'un cercle littéraire et de tourtes aux épluchures de pomme de terre, la curiosité de Juliet est piquée...

Au fil des lettres qu'elle échange avec les habitants - aussi fantasques qu'attachants - de Guernesey, Juliet découvre l'histoire d'une petite communauté sans pareille sous l'Occupation et le destin héroïque et bouleversant d'Elizabeth, une femme d'exception...


On m'a prêté ce livre en étant sûr qu'il allait me plaire et je dois avouer que celui qui me l'a mis entre les mains a eu ABSOLUMENT raison!

Ce livre est bouleversant aussi bien que drôle. Un peu déconcertant au premier abord, le titre ne semble pas sérieux et le récit est fait sous forme épistolaire, les personnages et l'écriture nous entraîne vite avec eux.

A la découverte de l'île de Guernesey, île méconnue, de ses habitants et de l'Occupation, les auteurs nous entraîne dans une histoire bouleversante. L'écriture a beau être simple, elle est efficace et apporte une touche de fraicheur à un récit qui aurait pu très vite devenir particulièrement lourd. Grâce à leur légèreté et à leur humour les personnages apaisent la tension des récits de l'Occupation. Cette période noire devient alors grise, en demi-teinte et nous éclaire sur la vie des habitants de cette petite île. Un récit sincère, qui n'est pas du tout stéréotypé.

Les personnages sont attachants par leur sincérité.
—Juliet Ashton, écrivain populaire pendant la guerre cherche un nouveau sujet pour un roman "sérieux". Âgée de 35 ans, elle s'interroge sur le sens de sa vie après la guerre, de ses envies et de ses espoirs.
— Sidney Stark: éditeur et meilleur ami de Juliet, il la conseille et la soutient dans ses choix.
— Sophie Strachan: Soeur de Sidney et meilleure amie de Juliet, elle vit en Ecosse avec son mari et son fils.
—Dawsey Adams: Eleveur de porc à Guernesey, timide membre du cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates, il envoie un courrier à Juliet Asthon au sujet du poète Charles Lamb.
— Susan Scott : secrétaire de Sidney Stark
— Markham Reynolds: fiancé un peu encombrant qui est fière d'exhiber un écrivain aussi populaire que Juliet Asthon en soirée mondaine.
— Amelia Maugery: Propriétaire d'un manoir à Guernesey, elle est un des membres à la tête du cercle littéraire. Amie d'Elizabeth McKenna.
— Isola Pribby: Sorte de sorcière du village, cette femme fantasque, fan inconditionnelle des soeurs Brontë est une des têtes de file du cercle.
— Eben Ramsey: cet homme qui a perdu sa fille le jour du bombardement de l'île de Guernesey vit avec son petit fils. Il devient très vite un ami proche de Juliet.
—Elizabeth McKenna : Femme forte, attachante, elle est à l'origine du cercle littéraire. Sa personnalité va captiver Juliet Ashton.

Un roman passionnant, qui nous fait regretter que son auteure soit décédée car elle nous aurait promis plusieurs best seller.

L'évangile selon Pilate - Eric-Emmanuel Schmitt



Première partie : Dans le jardin des oliviers, un homme attend que les soldats viennent l'arrêter pour le conduire au supplice. Quelle puissance surnaturelle a fait de lui, fils de menuisier, un agitateur, un faiseur de miracles prêchant l'amour et le pardon ? Deuxième partie : Trois jours plus tard, au matin de la Pâque, Pilate dirige la plus extravagante des enquêtes policières. Un cadavre a disparu et est réapparu vivant ! Y a-t-il un mystère Jésus ou simplement une affaire Jésus ? A mesure que Sherlock Pilate avance dans son enquête, le doute s'insinue dans son esprit. Et avec le doute, l'idée de foi.



On connait le mysticisme d'Eric-Emmanuel Schmitt. Toutefois il ne faudrait pas croire que l'Evangile selon Pilate est un livre mystique.
Construit en deux partie chacune possède sa cohérence et son univers propre.

La première partie est un monologue de Jésus qui nous explique sa prise de conscience en tant que Dieu. Il retrace également sa vie, son parcours, sa relation avec son père, sa mère et ses frères et soeurs. Le récit gagne en netteté et en cohérence au fur et à mesure que l'histoire progresse. D'un Jésus maladroit et incertain se dégage un homme fort et sûr de lui.

La seconde partie de l'histoire ressemble plus à un roman policier. Ponce Pilate croit fermement que le corps de Jésus a été volé par ses apôtres afin d'accréditer la thèse de sa réincarnation. Le récit s'articule autour de lettres qu'il envoie à son frère. Sur fond d'histoire politique romaine, Ponce Pilate était un favori du roi Tibère qui en 33 av JC s'était enfermé à Capri, Pilate joue son poste dans cette affaire.
Entre le Sanhédrin et les pontes romains Pilate est partagé. Commence alors une remise en question de soit, une introspection profonde de Ponce Pilate. Sa propre femme, adepte de Jésus tente de remettre en cause sa foi et sa loyauté aux Dieux romains.

Bien construit ce roman est passionnant car il apporte plus qu'une histoire, il apporte une réflexion sur la foi et la religion loin d'être idiote et béate.
Rien n'est jamais tranché, c'est au lecteur à faire sa propre introspection et à en tirer les conclusions qui s'imposent. Eric-Emmanuel Schmitt guide le lecteur sans jamais lui imposer sa vision des choses.

mercredi 4 août 2010

Les hommes qui n'aimaient pas les femmes (Millénium 1) - Stieg Larsson


COUP DE COEUR DE PERSEPHONE

Ancien rédacteur de Millénium, revue d'investigations sociales et économiques, Mikael Blomkvist est contacté par un gros industriel pour relancer une enquête abandonnée depuis quarante ans. Dans le huis clos d'une île, la petite nièce de Henrik Vanger a disparu, probablement assassinée, et quelqu'un se fait un malin plaisir de le lui rappeler à chacun de ses anniversaires. Secondé par Lisbeth Salander, jeune femme rebelle et perturbée, placée sous contrôle social mais fouineuse hors pair, Mikael Blomkvist, cassé par un procès en diffamation qu'il vient de perdre, se plonge sans espoir dans les documnts cent fois examinés, jusqu'au jour où une intuition lui fait reprendre un dossier. Régulièrement bousculés par de nouvelles informations, suivant les méandres des haines familiales et des scandales financiers. lancés bientôt dans le monde des tueurs psychopathes, le journaliste tenace et l'écorchée vive vont résoudre l'affaire des fleurs séchées et découvrir ce qu'il faudrait peut-être taire. A la fin de ce volume, le lecteur se doute qu'il rencontrera à nouveau les personnages et la revue Millenium. Des fils ont été noués, des portes ouvertes.

La série Millénium de Stieg Larsson est un véritable chef d'oeuvre de roman noir policier. Loin du schémas classique du roman policier à la Agatha Christie (meurtre, enquête, résolution du meurtre), ici se sont plutôt les vies et les expériences des protagonistes qui façonnent le récit. L'écriture assez froide et journalistique, ce qui n'a rien d'exceptionnel étant donné que Stieg Larsson était lui-même un journaliste. Toutefois le style du roman est agréable à lire. Très pointilleux dans l'écriture, Stieg Larsson donne au récit un air de reportage journalistique et d'authenticité. Pas de pudeur, pas de faux sentiments, le récit parfois cru dépeint le côté noir de la Suède à des milliers de kilomètres de l'ambiance cosy de Camilla Läckberg.
Il ne s'agit pas vraiment de meurtres intimistes, résultant des problèmes internes à un groupe d'individus entretenant des relations, mais plutôt de grand banditisme et de trafics internationaux. Le grand groupe de la famille Vanger est un repère de nazis et de vipères. Mais lequel d'entre eux a tué Harriet? La disparition d'Harriet Vanger mène Mikael Blomkvist à découvrir le passé noir de la Suède ainsi que son présent tout aussi sombre.

Mikael Blomkvist - alias Super Blomkvist - est un journaliste intègre et acharné à sa tache. Personnage très attachant, on le suit avec plaisir dans son enquête.
Lisbeth Salander quant à elle, est un personnage beaucoup plus piquant. Mystérieuse, sous tutelle, violente parfois mais terriblement intelligente, Lisbeth fascine, et c'est avec plaisir qu'on l'a voit suivre l'enquête de Mikael Blomkvist.
Henrik Vanger est particulièrement touchant dans l'amour qu'il porte à sa nièce et à son dévouement pendant quarante ans pour retrouver son assassin.
Les autres personnages de Millénium ont tous leur cohérence, leur profondeur et leur réalité. Le roman offre un panel complet et bigarré de personnages, sensiblement identiques à la vie réelle ce qui donne du poids à l'histoire narrée par Stieg Larsson.

Les hommes qui n'aimaient pas les femmes est le premier volume d'un décalogue qui malheureusement ne vit jamais le jour. Malgré tout, Millenium 2 et Millenium 3 sont disponibles pour notre plus grand plaisir.

Un polar venu du froid à lire ABSOLUMENT.

samedi 31 juillet 2010

Histoires d'amour de l'Histoire de France - Guy Breton


Ce livre en deux tomes de Guy Breton, détaille les aventures sensuelles de nos monarques depuis Clovis jusqu'à Napoléon. Le tome I parcoure l'ancien régime depuis le Moyen-âge jusqu'à la Révolution française.

En tant qu'historienne, je dois reconnaître que je suis très partagée devant cet ouvrage, au demeurant sympathique.

Si le premier livre consacré au Moyen-âge est très agréable, le second consacré à la Renaissance et particulièrement aux règnes de François Ier et d'Henri II est bourré d'erreurs et d'imprécisions historiques qui m'ont gâché la lecture.
Anne Boleyn en particulier fait l'objet d'un traitement plus que bâclé. J'en parle avec conviction car il s'agit justement de ma spécialité et je dois reconnaître que je ne m'attendais pas à de telles erreurs de la part de Guy Breton. Dans son cas, il confond les dates, les évènements et les personnages.
Il prétend que l'on appelait Anne Boleyn "la haquenée de France" référence peu flatteuse à sa liaison avec François Ier. Or il confond là Anne Boleyn et sa soeur Mary Boleyn qui fut effectivement la maîtresse du souverain français. De la même façon, il mélange les dates en attribuant un mot à Anne Boleyn qu'elle n'a pas pu dire: il s'agit d'une conversation qu'elle aurait eu avec le roi dans laquelle elle aurait dit qu'Henry VIII n'avait qu'à "tester" sa soeur avant de la choisir elle. Or la liaison d'Henry VIII et de Mary Boleyn est bien antérieure à celle d'Anne et d'Henry VIII.

Catherine de Médicis est aussi maltraitée. Guy Breton lui prête le coeur le plus noir de l'Histoire de France. À sa décharge il faut admettre que les travaux historiques de réhabilitation de Catherine de Médicis sont postérieurs à la rédaction de l'ouvrage de Guy Breton.

L'ensemble est malgré tout agréable, bien écrit, souvent très drôle, mordant, parfois cynique. Le problème du livre tient en deux points précis: tout d'abord la trop grande étendue chronologique qui empêche un historien spécialiste d'une certaine période de bien connaître les autres. D'autre part, il y a ici un mélange de réalité historique et de folklore populaire qui est difficile à déméler lorsque l'on n'est pas nous même historien.

Pour résumer: Histoires d'amour de l'Histoire de France est divertissant mais à ne surtout pas prendre au pied de la lettre. Parfais pour les vacances, frais et drôle!

samedi 17 juillet 2010

Le livre rouge de Jack l'Eventreur - Stéphane Bourgoin

Du 31 août au 9 novembre 1888, à Londres, cinq prostituées sont épouvantablement massacrées. Ces cinq misérables victimes et dix semaines de terreur sont à l'origine d'une énigme et d'un mythe qui durent depuis plus d'un siècle.
Jack l'Eventreur était-il de sang royal? Etait-il médecin ou franc-maçon? A-t-il écrit un journal intime relatant ses méfaits?

Stéphane Bourgoin, spécialiste des tueurs en série, nous offre un excellent essai sur Jack l'Eventreur. Sans spéculation ni grand déballage de contre-vérité, il nous emmène dans le Londres misérable du Est-end, et nous fait découvrir un à un les protagoniste de l'affaire. Dès le début du livre, Stéphane Bourgoin nous met en garde: il ne s'agit en aucun cas de porter un jugement définitif sur l'affaire Jack the Ripper mais seulement de reprendre une à une les pièces du dossier de Scotland Yard et à la lumière des sciences modernes de donner un portrait psychologique du tueur. De la même façon, Stéphane Bourgoin donne son avis sur la probabilité ou non pour qu'une victime soit belle et bien une victime de Jack l'Eventreur.

Le livre se compose de trois parties. Dans la première, il expose clairement les faits, donne des extraits de rapports de police, de témoignages, d'autopsies et livrent les conclusions de l'époque, ainsi que ses propres remarques sans toutefois trancher la question. Il passe en revu les grandes caractéristiques de l'époque (la prostitution, la presse, la police etc.), les victimes (leur histoire, leur dernier jour et les rapports d'autopsie complet) et les différents suspects de la police et de la presse.
Il explique notamment que la thèse du Duc de Clarence n'est pas fondé, tout comme celle d'un médecin (l'assassinat de Mary Jane Kelly montre plus une folie meurtrière qu'une chirurgie maîtrisée) ou d'un franc-maçon (il n'y avait pas de message ésotérique près des corps, c'est une invention de la presse) ne tient pas une seconde face au dossier de l'affaire. L'antisémitisme généralisé et la passion des anglais pour l'ésotérisme expliquent en parti le déchaînement de la presse et leur inexactitude. De même il étudie les lettres "envoyées" par Jack l'Eventreur à la police. Les lettres "Cher Boss" sont en fait l'oeuvre d'un brillant journaliste. En revanche celle marquée "From Hell" et le rein envoyé avec laisse encore des doutes dans les esprits. Il décrit enfin les suspects potentiels et les suspects historiques que les protagonistes de l'affaire avait désigné (les inspecteurs chargés de l'enquête). Tout au long de cette première partie, Stéphane Bourgoin tente aussi de montrer les défauts de la fiction, il explique notamment que le personnage de Frederick Abberline, popularisé par la série sur l'Eventreur (rôle joué par Michael Caine) et le film From Hell (rôle joué par Johnny Depp) sont très éloignés de la réalité. Frederick Abberline s'occupait du côté bureaucratique de l'affaire et n'avait jamais lu un seul rapport d'autopsie.

Dans la seconde partie de son ouvrage, Stéphane Bourgoin propose 9 récits ayant pour personnage principal Jack. Récits distrayants laissant libre cours à l'imagination ils offrent un éclairage plus populaire et mythologique du tueur de la nuit (en réalité l'un des meurtres de Jack l'Eventreur fut commis en plein jour).
Enfin, la troisième partie du livre est consacré à une grande bibliographie et filmographie sur le sujet.

Ouvrage clair et bien construit il donne une très bonne approche de ce "premier" tueur en série de l'histoire et une plongée passionnante dans ce mythe finalement si peu connu.

Quelques pistes sur l'affaire Jack l'Eventreur:

Victimes:

— Emma Smith (victime supposée): veuve et prostituée, attaquée par 3 jeunes gens le 3 avril 1888, décède le 5 avril 1888. Incluse dans le dossier de Jack l'Eventreur bien qu'il soit évident qu'il ne s'agisse pas d'un de ses crimes.
— Martha Tabram: prostituée de 39 ans. Retrouvée poignardée de 39 coups de couteau dans George Yard Building à 3h du matin le 7 août 1888. Probablement la première victime de l'éventreur même s'il y a encore des interrogations à ce sujet.

— Mary Ann Nicholls (première victime sûre de Jack l'Eventreur): dite Polly, âgée de 43 ans. Mariée en 1864 à William Nicholls, 5 enfants mais ils vivaient séparés. Prostituée occasionnelle. Assassinée dans la nuit du 30 au 31 août 1888. Vue pour la dernière fois à 2h30 du matin par Ellen Holland. Découverte dans Buck's row, elle a probablement été assassinée sur place. Deux entailles très profondes à la gorge laissant voir la colonne vertébrale.

— Annie Chapman: vrai nom Eliza Smith, 47 ans. Mariée à John Chapman décédé en 1886, 3 enfants. Taille, 1m52. Vue pour la dernière fois à 5h30 du matin par Elizabeth Darrell le 8 septembre 1888. Retrouvée assassinée au 29 Hanbury Street. Visage contusionné, l'estomac a été placé sur son épaule gauche, la gorge est tranchée en deux endroits comme pour Mary Ann Nicholls, l'utérus et le vagin on été enlevés et n'ont pas été retrouvés.

— Elizabeth Stride (Stéphane Bourgoin avance l'hypothèse qu'il ne s'agisse pas d'un meutre de l'enventreur, car le meurtrier agit devant témoin, il est ivre et insulte un passant, ce qui ne colle pas avec les précédents meurtres.) dite "Long Liz" née à Gustafsdotter en Suède, âgée de 45 ans. Découverte le 30 septembre dans Dutfield's Yard la gorge tranchée (elle est véritablement morte de cette blessure tandis que les autres victimes de l'Eventreur ont d'abord été étranglées avant d'avoir la gorge tranchée).

—Catherine Eddowes: assassinée la même nuit (30 septembre) 45 min après Elizabeth Stride. 46 ans, est assassinée à 1h45 du matin. La gorge est tranchée, l'estomac est posé sur l'épaule droite, l'utérus est enlevé et pas retrouvé, les yeux sont tranchés ainsi qu'une partie de la joue.

—Mary Jane Kelly: dite "Ginger" ou "Black Mary", la plus jeune, 25 ans et la plus jolie. Prostituée. Assassinée dans sa chambre le 9 novembre 1888. Le corps est massacré, les membres et les organes coupés sont disposés sous sa tête, sur la table de nuit ou de part et d'autre du corps. Le visage est méconnaissable et le coeur a disparu, il n'est pas retrouvé.

Fausses victimes: Annie Farmer, Rose Mylett, Alice Mckenzie, le cadavre de Pinchin Street et Frances Cole.

Trois suspects "historiques" (c'est à dire désignés par les autorités de l'époque):
— Aaron Kosminski: suspecté par Macnaghten, Swandson et Anderson. Coiffeur juif polonais il arrive à Londres en 1882. Interné en 1890 il est déclaré fou depuis 1888 (ce qui collerait à la théorie que Jack aurait arrêté ses meurtres car il serait mort ou interné). Fou à tendance perverse il aurait menacé sa soeur avec un couteau. S'il y a quelques incohérences, notamment sur le laps de temps très long qui sépare le meurtre de Mary Kelly à son internement en 1891, il est le seul suspect qui ait été soupçonné par trois des plus importants chefs de la police.

—Montague John Druitt: soupçonné par Melvill Macnaghten. Il se suicide le 31 decembre 1888 ce qui est pour Macnaghaten une preuve de sa culpabilité. Malgré tout les preuves de sa culpabilité manquent cruellement, certaines furent détruites par Macnaghaten lui-même.

—Michael Ostrog: criminel endurci, doté de tendance suicidaires, condamné à de nombreuses reprises. Escroquerie, vagabonderie, vols...

De tous les profils présentés, Aaron Kosminski présente la plus grande ressemblance avec l'Eventreur mais des recherches plus poussées s'imposeraient car dans l'état actuel des choses, cette solution est peu concluante.

vendredi 16 juillet 2010

Le prédicateur - Camilla Läckberg

Dans les rochers proches de Fjàllbacka, le petit port touristique suédois dont il était question dans La Princesse des glaces, on découvre le cadavre d'une femme. L'affaire se complique quand apparaissent, plus profond au même endroit, deux squelettes de femmes... L'inspecteur Patrik Hedstrôm est chargé de l'enquête en cette période estivale où l'incident pourrait faire fuir les touristes et qui, canicule oblige, rend difficiles les dernières semaines de grossesse d'Erica Falck, sa compagne. Lentement, le tableau se précise : les squelettes sont certainement ceux de deux jeunes femmes disparues vingt-quatre ans plus tôt. Revient ainsi en lumière la famille Hult, dont le patriarche, Ephraïm, magnétisait les foules accompagné de ses deux petits garçons, Gabriel et Johannes, dotés de pouvoirs de guérisseurs. Depuis cette époque et un étrange suicide, la famille est divisée en deux branches qui se haïssent. Alors que Patrik assemble les morceaux du puzzle, on apprend que Jenny, une adolescente en vacances dans un camping, a disparu. La liste s'allonge...

Ce deuxième opus de la série de Camilla Läckberg est meilleur que le précédent même si je regrette un peu que l'héroïne Erica Flack est moins présente que dans le premier livre La princesse des glaces. Meilleur car l'intrigue est mieux pensée, plus construite et beaucoup plus prenante. Mélange habile d'Agatha Christie et d'Anne Perry, on retrouve les éléments idéaux pour une bonne intrigue policière.

La petite ville de Fjällbacka est bouleversée par cette série de meurtres et de disparitions.
Tout comme dans l'Etrangleur de Cater Street d'Anne Perry, Camilla Läckberg passe au crible une famille: sa vie, ses mensonges, ses secrets et ses trahisons. Comment des mensonges peuvent détruire des vies, la folie se transmettre au sein de la même famille. L'intrigue est prenante car tout comme Patrik Hedström, tout nous ramène à la famille Hult, à son patriarche prédicateur Ephraïm et à ses enfants Gabriel et Johannan. Pourtant, si on sait que quelque chose ne va pas dans cette famille, mettre un nom sur ce malaise s'avère plus difficile que prévu et tout comme Patrik nous nous perdons en conjecture.

La richesse de la série des Camilla Läckberg tient aussi dans sa capacité à faire évoluer deux histoires en parallèles. Tout d'abord l'intrigue concernant l'enlèvement puis le meurtre d'au moins 3 jeunes filles, mais aussi l'histoire plus intime des habitants de Fjällbacka et en particulier celle d'Erica Flack. Sa grossesse, sa relation avec Patrik et ses difficultés avec sa soeur Anna, ancienne femme battue qui évolue dans un cercle vicieux.
J'ai particulièrement apprécié cette partie du livre car elle donne une vision sur la vie en Suède et montre finalement que les problèmes de société sont toujours les mêmes: glandeurs au boulot, chefs arrivistes, problèmes familiaux et pique-assiette.

Il est difficile de faire la critique d'un livre policier sans en dire trop, donc, je vous conseille de le lire tout simplement.

mercredi 14 juillet 2010

La princesse des Glaces - Camilla Läckerg

Erica Falck, trente-cinq ans, auteur de biographies installée dans une petite ville paisible de la côte ouest suédoise, découvre le cadavre aux poignets tailladés d'une amie d'enfance, Alexandra Wijkner, nue dans une baignoire d'eau gelée. Impliquée malgré elle dans l'enquête (à moins qu'une certaine tendance naturelle à fouiller la vie des autres ne soit ici à l'œuvre), Erica se convainc très vite qu'il ne s'agit pas d'un suicide. Sur ce point - et sur beaucoup d'autres -, l'inspecteur Patrik Hedström, amoureux transi, la rejoint. A la conquête de la vérité, stimulée par un amour naissant, Erica, enquêtrice au foyer façon Desperate Housewives, plonge clans les strates d'une petite société provinciale qu'elle croyait bien connaître et découvre ses secrets, d'autant plus sombres que sera bientôt trouvé le corps d'un peintre clochard - autre mise en scène de suicide. Au-delà d'une maîtrise évidente des règles de l'enquête et de ses rebondissements, Camilla Läckberg sait à merveille croquer des personnages complexes et - tout à fait dans la ligne de créateurs comme Simenon ou Chabrol - disséquer une petite communauté dont la surface tranquille cache des eaux bien plus troubles qu'on ne le pense.


J'étais très impatiente de découvrir les romans de Camilla Läckerg. Dans mon esprit, ces romans avaient tout du polar noir façon Steg Larsson. Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir que ce n'était pas du tout le cas. Là où Steg Larsson est froid et journalistique, comme son personnage Super Blomkvist, Camilla Läckberg fait preuve de beaucoup plus de sensibilité, à la fois dans son traitement des personnages et de l'histoire. On est loin de la Suède noire. L'enquête se mêle habilement à la vie quotidienne suédoise, à ses travers et à ses bons côtés. Les bons sentiments côtoient ceux les plus sombres et le lecteur se retrouve plongé au coeur du Suède réelle. Ce n'est pas que la Suède de Steg Larsson n'est pas réelle, mais elle est tout de même particulièrement froide et loin de l'image idyllique des pays nordiques.

Plus proche d'une Agatha Christie, Camilla Läckberg dévoile les travers suédois par les yeux d'Erica Flack et de Patrick Hedström. Personnages touchants grâce à leur particularité tout à fait humaine: elle rêve de perdre du poids et lui a du mal à se reconstruire après un divorce douloureux, ils nous entraînent dans une enquête intimiste dans la petite ville côtière de Fjällbacka.
Lorsque Erica découvre le cadavre de son ancienne meilleure amie, de nombreux souvenirs ressurgissent: comme le départ précipité d'Alex pour Göteborg, et leur séparation définitive. De retour dans sa ville natale après la mort de ses parents, la vie de l'écrivain est plus que chamboulée. Pour couronner le tout, le mari de sa soeur, Lucas, veut vendre leur maison familiale pour en tirer profit: et Anna qui ne semble pas réagir...quelque chose se trame et la jeune femme est bien décidé à le découvrir. De son côté Patrick Hedström ne croit pas à sa chance tandis que son amour de jeunesse réapparaît dans sa vie. Heureux mais perplexe,il s'attèle à sa nouvelle enquête avec bonheur, même si ce qu'il s'apprête à découvrir est loin d'être réjouissant.

L'écriture de Camilla Läckerg est prenante, simple mais belle, réaliste sans l'être à l'excès, elle n'a pas ce côté fleur bleue de beaucoup d'auteure. Elle décrit sans complexe les interrogations de ces personnages, leur angoisse et leur attente sans être jamais vulgaire. Si chez Steg Larsson les personnages sont tranchés, presqu'à l'extrême, il y a chez Camilla Läckberg une sensibilité particulière, elle laisse évoluer ses personnages, tantôt haineux, tantôt aimants, tantôt faibles et tantôt forts, ils apparaissent sous un jour contrasté, parfait pour une enquête policière.

L'intrigue est prenante car derrière tous ces sourires et ces bonnes manières ce cache le meurtrier d'Alexandra Wijkner, mais pour quelle raison cette jeune femme discrète méritait-elle de mourir? Pourquoi passait-elle de nombreux week-end seule dans sa maison natale? Qui menaçait-elle? Erica sent tout de suite que quelque chose ne va pas dans toute cette histoire, comme si le portrait que les gens faisait d'Alex ne correspondait pas à ce qu'elle connaissait d'elle. C'est ce qu'elle entend bien découvrir aux côtés de Patrick Hedström.

Une série qui débute sous les meilleures auspices.