vendredi 2 juillet 2010

L'aliéniste - Caleb Carr

COUP DE COEUR DE PERSEPHONE
New York 1896... Un meurtrier auprès duquel jack l'Éventreur fait piètre figure sème aux quatre coins du Lower East Side les cadavres d'adolescents atrocement mutilés sans provoquer la moindre réaction des pouvoirs publics... Révolté par tant d'indifférence, Theodore Roosevelt, alors préfet, fait appel à ses amis John Schuyler Moore, chroniqueur criminel, et Laszlo Kreizler, aliéniste spécialiste des maladies mentales -, pour élucider cette énigme terrifiante. Leurs procédés sont révolutionnaires ! En étudiant les crimes, ils pensent pouvoir brosser le portrait psychologique de l'assassin, l'identifier et l'arrêter. Ils ont peu de temps : le meurtrier continue à frapper. Les obstacles se multiplient mais rien ne pourra les arrêter...

L'aliéniste est l'un de ces livres qui basculent l'univers du polar américain en général. Orchestré par l'habile Caleb Carr (qui semble doué pour le thriller mais mystérieusement pas pour les autres genres littéraires) l'aliéniste est un chef-d'oeuvre du genre.
Sur fond d'histoire New-yorkaise, de sa géographie comme de ses politiques sociales, il nous entraîne dans un monde étrange et inquiétant, celui de la prostitution enfantine des années 1890. On apprécie tout d'abord ses descriptions si réaliste du New-York de la fin du XIXe siècle, de son urbanisme unique comme de sa vie, mondaine et nocture. Toutefois, Caleb Carr ne se borne pas à décrire une société révolue (hélas) mais c'est aussi une critique voilée des Etats-Unis et de sa morale bien pensante, prompte à dénicher la paille dans l'oeil de son grand voisin européen mais lente à retirer la poutre qu'elle a dans le sien. Les descriptions de scène de cannibalisme européen décrites par des bourgeois new-yorkais sont hilarantes lorsque l'on se penche sur le tueur en série traqué par notre bande de héros.
Le monde exploré par Caleb Carr dans ce roman dérange. En effet, si la prostitution enfantine féminine est, malheureusement, plus connue, il s'agit ici de s'attaquer à la prostitution enfantine masculine, sujet encore bien délicat tout comme l'est l'homosexualité. Il est assez choquant de constater dans cette histoire la persévérance de la sociète qui cherche désespérément à ignorer ce qui se passe sous ses fenêtres. Avons-nous réellement changé?

Le tueur est inquiétant dans sa psychologie même, habilement mise en scène par l'auteur. Entre maltraitances enfantines et comtes d'horreurs des massacres indiens, nous sommes bien malgré nous plongés dans le quotidien sordide de la classe pauvre des Etat-Unis du presque XXe siècle.

Si le roman nosu captive du début à la fin, c'est aussi, outre son histoire parfaitement ficelée, grâce aux personnages principaux, haut en couleurs et surtout crédible.
Théodore Roosevelt est bien portraituré même si on est loin du président des Etats-unis qu'il sera plus tard, le personnage est attachant dans sa volonté de soigner la ville du fléau de l'indifférence et de la corruption.
Le docteur kreizler, véritable héros des romans de Caleb Carr (cf. L'ange des ténèbres), est aussi fascinant qu'un Sherlock Holmes. Passionné par la psychologie enfantine, il essaye, grâce à son institut pour l'enfance, de sauver ces enfants, pris pour fou dans une société ou le concept de folie est particulièrement large. Son apparence étrange, son accent allemand et sa capacité à décrypter tous les comportements forcent évidemment l'admiration du lecteur, pris au jeu du livre. Premier aliéniste (comprennez psychiatre), il s'invente profiler: sa théorie avait de quoi choquer. On peut se demander comment en 1890, un psychiatre peut être crédible en jouant au profiler. La réponse est simple : Caleb Carr s'inspire de source réelle en matière de psychiatrie avec leurs bons côtés et leur mauvais côtés. La volonté de croire au déterminisme de l'homme ou à l'incapacité d'une mère de transgresser le lien sacré et inviolable qui l'unit à ses enfants est mis à mal par l'expérience du docteur et par leur observation. Les personnages eux-mêmes doivent faire le deuil de leurs préjugés afin d'approcher la vérité et tous, y compris Kreizler y seront contraints.

L'équipe d'enquêteurs, absolument hétérogène est attachante au plus haut point. De John Moore, journaliste célibataire qui nous narre l'histoire parfois de façon très naïve, en passant pas Stevie Tagger le jeune garçon au passé tumultueux, tous trouvent grâce à nos yeux. Sara Howard, jeune femme farouchement féministe et indépendante se révèle indispensable pour l'équipe qui, sans son expérience et son point de vue féminin, aurait fait fausse route plus d'une fois. Cyrus, le noir à la voix de baryton, mystérieux, calme et silencieux, apporte une touche sécurisante qui manque parfois. Quant aux frères juifs Marcus et Lucius Isaacson, leurs caractères et leurs physiques dissemblables les rendent uniques et totalement dissociables, chose difficile à faire lorsqu'il s'agit d'un duo de frère en littérature.
L'écriture est assez froide, journalistique sans tomber dans l'excès et permet de prendre ses distances avec la description des crimes qui pourraient choquer le lecteur. La pudeur des personnages, rend le récit moin morbide et dénué de tout voyeurisme malsain. Un livre sublime sur les ressorts de l'âme humaine. A lire d'urgence!

0 commentaires:

Publier un commentaire