samedi 25 août 2012

Antigone, l'insoumise - Jean Cassabois

Présentation de l'éditeur: Deux frères s'affrontent et s'entretuent. L'un a droit a des obsèques, l'autre est livré aux bêtes sauvages. Ainsi en a décidé leur oncle, le roi Créon. Mais leur soeur, Antigone, refuse
cette loi. Elle se dresse, seule, fière, fragile. Antigone ! Fille d'Oedipe ! L'héritière ! La petite. 

A noter que le roman en version grand format s'intitulait Antigone 256.

J'ai longtemps fait du grec et j'aime toujours énormément cette langue et sa mythologie. J'ai lu beaucoup de textes classiques comme Homère, Sophocle, Euripide ainsi que Platon et Aristote. Du coup je ne partais pas sans connaitre l'histoire d'Antigone. Vous savez aussi ce que je pense des réécritures, qu'il s'agit d'exercices très périlleux et rarement réussi.

Ce que je dois dire c'est que j'ai été très agréablement surprise par Jean Cassabois qui apparemment est un habitué des réécritures (Tristan et Iseult, Jeanne d'Arc etc.). Je trouve que son initiative est tout à fait louable et même intelligente. Je ne dirais jamais qu'il faut se passer de la version originale, bien au contraire, je pense d'ailleurs que ce genre de texte n'est plus suffisamment enseigné. Sophocle a écrit de merveilleuse pièces de théâtre, mais à la manière d'Anouilh, Jean Cassabois offre une nouvelle version de cette histoire.  Je pense que c'est parfait pour un jeune lecteur non-helleniste et non-latiniste, qui a priori a peu de chance d'aller découvrir Sophocle tout seul. C'est une chance de rentrer en contact avec un mythe si riche de façon intelligente car à mon goût, il parvient très bien à conjuguer modernité et antique. Pour ceux qui connaissent déjà le texte de Sophocle je pense que le récit de Cassabois, si cela ne devient pas un coup de coeur, peut néanmoins, comme pour moi, se révéler être une bonne surprise. 

L'écriture est travaillée, il y a même un rythme particulier qui se dégage à la lecture que j'ai particulièrement apprécié. Comme un mélange de phrases très courtes et d'un langage plus moderne, on sent toute la passion d'Antigone dans ces pulsations de l'écriture. Une véritable ode au texte de Sophocle, Jean Cassabois donne vraiment envie d'aller vers les textes anciens. L'histoire est respectée, pas de modernisation ici, si ce n'est celle de la langue, ce que j'approuve pleinement. Les barrières du texte antique tombe mais l'auteur ne cherche jamais la simplification facile. Le texte s'intercale avec de petits poèmes pour un ensemble fluide mais sans fioritures superflues. Ne reste plus que les sentiments bruts, exacerbés d'une famille déchirée.  

Antigone c'est l'histoire de cette jeune femme qui s'élève, droite et fière, des ruines de sa famille et qui porte la malédiction de son père Oedipe jusqu'au bout. La Maison d'Oedipe est dévastée, ravagée par son horrible faute, l'inceste. Ses deux fils se disputent le trône et de leur combat sanglant s'élève vainqueur un oncle qui tient à tout raser derrière lui. Antigone se rebelle contre ses lois barbares et  veut montrer tout l'amour qu'elle porte à sa famille en défiant son oncle. C'est l'affrontement de la haine et de l'amour, deux folies, deux extrêmes qui luttent l'un contre l'autre. Antigone est solide, elle ne plie pas, jamais et affronte son destin avec calme et sérénité. Elle sait ce qui l'attend mais ne cède pas. Antigone, c'est le bâton d'aveugle d'Oedipe, c'est celle qui rachète les fautes d'une fratrie en lambeaux. Antigone, la fiancée d'Hadès, Antigone c'est une insoumise.

Une petite lecture que je recommande avant d'aborder les textes de Sophocle. 
Merci à Cécile et Hachette Jeunesse pour cette très jolie et poétique découverte.

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