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vendredi 30 novembre 2018

Scarlet - The Lunar Chronicles #2 - Marissa Meyer

A-

ATTENTION: SPOILERS SUR LE TOME 1: CINDER


Présentation de l'éditeur: Depuis les lointaines étoiles jusqu’aux recoins d’une sombre forêt, les destins de Scarlet et de Cinder semblent liés.

Alors que l’une cherche sa grand-mère mystérieusement disparue et que l’autre poursuit la quête de ses origines, la menace lunaire qui pèse sur l’humanité se renforce.
Cinder et Scarlet parviendront-elles à lui résister ?

Nous avons laissé Cinder en très mauvaise posture, en proie à pas mal de tourments. Elle vient de découvrir qu'elle était une lunaire et que la reine Levana projette d'assassiner Kaito après leur mariage pour prendre le contrôle de la Terre.
Très loin de la Communauté orientale, dans un petit village près de Toulouse, Scarlet Benoît cherche sa grand-mère disparue et va s'octroyer l'aide d'un personnage très énigmatique qui se fait appeler Wolf/Loup.

On reprend l'intrigue exactement là où on l'avait laissé et les deux tomes se lisent donc dans la foulée. C'est assez agréable car il n'y a pas de blanc entre les deux tomes et on peut vraiment lire la série d'une traite sans sentir d'ellipse. De plus, cela fait rentrer directement dans le vif du sujet, rien de mieux pour se remettre dans le bain si comme moi on a fait une pause entre Cinder et Scarlet. 
Scarlet est pour moi un tome de transition entre Cinder et les deux derniers volumes de la saga. On suit deux intrigues en parallèle, l'évasion de Cinder accompagnée d'un repris de justice américain Carswell Thorne d'un côté et Scarlet et Loup de l'autre à la recherche de Michèle Benoît. Vous vous en doutez, les deux histoires se rejoignent à un moment car elles sont indubitablement liées, ce qui permet à la fin de Scarlet de repartir sur une intrigue plus resserrée qui reprend dans Cress. 

Dans Scarlet, Marissa Meyer continue d'exploiter son univers. Ce n'est pas forcément l'action qui compte ici mais plus d'avancer dans l'intrigue autour du statut de Cinder et de sa propre histoire, ce qui croise celle de Scarlet. Je ne peux malheureusement pas en parler dans dévoiler des pans de l'intrigue, mais l'ensemble s'emboîte bien avec ce qu'on apprend à la fin du tome 1. Je trouve qu'on sent bien que Marissa Meyer a pensé son intrigue et son monde sur le long terme et pas simplement tome à tome puisqu'on parle déjà dans Cinder de personnages essentiels des tomes 2 à 4.
Même si l'intrigue est centrée sur Cinder et Scarlet, on n'abandonne pas pour autant Kai et Levana. Dans le cas de l'Empereur on suit ses doutes et ses interrogations sur Cinder et dans l'autre, les exaspérations de la reine qui elle sait qui est Cinder et ce qu'elle pourrait remettre en cause.

Parmi les nouveaux personnages, j'ai beaucoup aimé Scarlet. Non seulement elle est française (et de Toulouse, je ne dirais jamais assez à quel point j'aime quand l'action ne se passe pas à Paris/Londres/New York) mais en plus elle n'a pas sa langue dans sa poche. C'est une jeune femme affirmée qui sait défendre ses idées et surtout qui se bat pour ceux qu'elle aime. Elle forme un couple très intéressant avec Loup, personnage au combien mystérieux.
Evidemment vous aurez reconnu en Scarlet et Loup le petit chaperon rouge et le grand méchant loup. Comme dans Cinder j'ai aimé que l'auteure s'inspire d'un conte classique mais qu'elle n'alourdisse pas le récit en cherchant à coller à ses éléments. Cela donne des clins d’œil inspirés sans jamais empêtrer sa propre histoire de science-fiction.

J'adore Thorne. J'ai eu du mal à deviner à quel personnage de conte il se rapportait mais lorsque j'ai compris j'étais ravie! Il est très drôle, canaille, cunning comme diraient nos amis britanniques et il apporte un peu de légèreté à un tome assez noir.

Je ferais remarquer que les couvertures sont MAGNIFIQUES! Elles rendent justice au côté contes de fée de la série et permettent de l'identifier très vite.
Si j'ai un tout petit peu moins aimé que le tome précédent, il manque forcément l'élément de surprise et la nouveauté, il n'en reste pas moins que Scarlet était très plaisant à lire et que j'ai enchaîné immédiatement sur le suivant Cress qui s'est révélé aussi très bon mais ça je vous en reparle une prochaine fois!

Bonne lecture!

mercredi 21 novembre 2018

Girls of Paper and Fire - Natasha NGan

B+

TW: Ce roman contient des scènes de violences et de violences sexuelles envers les femmes. 

J'ai reçu Girls of paper and fire dans la box Fairyloot d'octobre sur le thème des Beautiful deceptions. La box en soit valait le coup et quand j'ai découvert le livre j'étais plus que contente. En effet, Girls of paper and fire promettait un roman inspiré de la mythologie asiatique car l'auteure, Natasha Ngan a grandi en Malaisie avant de vivre en Angleterre et d'être installée à Paris maintenant. Moi qui était à la recherche de diversité en littérature Fantasy j'étais ravie d'être plongée dans un univers asiatique que je connais très mal. J'ai donc plongé dans le roman tête baissée. 

Girls of paper and fire nous raconte donc l'histoire de Lei, jeune fille de la caste de Papier - la caste des humains - qui travaille dans l'herboristerie de son père avec Tien, une membre de la caste d'Argent - mi démon mi humain. Dix ans auparavant la mère de Lei a été emmenée avec d'autres femmes du village par la garde royale et la jeune fille n'a jamais eu de nouvelles de sa mère. Le Royaume est gouverné par la caste de la Lune, une caste de démons avec à sa tête le Roi Taureau. Chaque année, huit jeunes filles de papier sont choisies pour être les concubines du roi avant d'être remplacées l'année suivante par de nouvelles jeunes filles. A cause d'un général qui veut se racheter aux yeux de l'Empereur, Lei est arrachée à sa famille et conduite au Palais Dissimulé pour devenir la neuvième concubine du roi. Commence pour Lei une lutte acharnée pour sa survie dans un environnement violent et sans pitié. 

Avant de parler plus avant du récit, de sa structure narrative, de ce que j'ai aimé ou non, je voudrais faire un point sur ce qu'on trouve en début d'ouvrage. L'auteure Natasha Ngan, précise bien qu'il y a dans ce roman de la violence sexuelle envers des femmes. C'est très rare de voir ce genre d'avertissement mais je trouve ça extrêmement utile. En lisant le résumé, on se doute que devenir la concubine du roi sans l'avoir choisi, correspond à une violence sexuelle indéniable mais marquer clairement en début d'ouvrage "Attention", je pense que cela permettra à plusieurs lecteurs et lectrices d'éviter de se retrouver face à une lecture angoissante. Plus intéressant encore, Natasha Ngan prend la peine d'écrire une note pour expliquer pourquoi elle a choisi ce thème délicat et pourquoi il est important d'en parler. Elle donne enfin la liste des organismes anglais - mon édition est l'édition britannique - qui peuvent aider toutes les victimes de violences. J'ai pris la page en photo si jamais vous voulez voir. 
Parmi les critiques que j'ai lu sur goodreads, certaines fustigent le texte en disant qu'à chaque page il y a des menaces de viols ou de scènes de viols. C'est faux. Le roman est évidemment emprunt d'une très grande tension et l'ambiance n'est pas saine du tout mais l'auteure ne tombe jamais dans le voyeurisme ou la violence gratuite. Je tiens à préciser aussi qu'on assiste à aucune scène de viols. On assiste à l'avant, à l'après mais jamais pendant et Natasha Ngan parvient à nous faire tout comprendre malgré ça. Le roman est violent et libre à vous de le lire ou pas, on ne pourrait pas vous juger pour ça. 

Le roman bénéficie d'une vraie ambiance asiatique. The hidden palace fait bien entendu penser à la cité interdite chinoise, les vêtements en soie - sari ou kimono - nous mettent dans un contexte oriental ainsi que les prénoms des personnages. C'était vraiment super de lire un roman qui ne se passe pas en occident et qui ne prend pas les mêmes référents culturels. J'aimerai lire tellement plus de romans comme ça à l'image de Qui a peur de la mort? de Nnedi Okorafor ou Children of blood and bone de Tomi Adeyemi. 
Le côté vase clos du harem royal est aussi très bien rendu avec toute la préparation que ce rôle impose que ce soit des cours de maintient, d'histoire ou de méditation. 

Il s'agit aussi d'un roman très majoritairement féminin avec, je dois l'avouer, une très grande maîtrise des personnages. Les femmes représentées sont très variées et pas du tout manichéennes. Elles sont complexes, parfois paradoxales comme peuvent l'être les êtres humains en général. Il n'y a ni personnages franchement mauvais ni entièrement bons. Toutes ont quelque chose à se reprocher en vérité. Blue par exemple apparaît comme détestable mais elle prend de la profondeur lorsque l'on comprend son histoire personnelle ou lorsqu'on juge ses actions à travers le prisme de son amitié avec Mariko, qui elle-même est plus intéressante qu'on ne le pense. Aoki, la plus jeune des concubines, partagée entre son amitié pour Lei et son amour (syndrome de Stockholm on devrait dire) pour le roi...Toutes ces femmes que l'on rencontre sont diverses et très bien campées par l'auteure. De ce point de vue là, le roman est une vraie réussite.
Lei en particulier est intéressante. La narration se déroule de son point de vue à la première personne et il est extrêmement facile de deviner tous les tourments qu'elle éprouve. Que ce soit son dégoût d'être au palais dans cette vie qu'elle n'a pas choisie, son inquiétude pour son père et Tien ou encore son désarrois face à son manque de courage pour agir parfois, la rende très attachante parce que complexe. 
Bonus s'il en est, il y a dans Girls of paper and fire une très jolie histoire d'amour lesbienne. Encore une fois, l'auteure fait preuve de beaucoup de subtilité. La romance est belle, touchante, émouvante et la sensualité est très bien rendue. Je ne m'y attendais pas du tout mais c'était une excellente surprise. En effet, j'avais un peu peur du côté Stockholm avec une héroïne qui tomberait amoureuse de quelqu'un d'assez douteux mais l'auteure ne choisit pas cette voie et c'est tant mieux. 

Le roi est quelqu'un de particulièrement détestable, que Natasha Ngan maintient dans cet état jusqu'au bout du roman. Elle n'en fait pas quelqu'un de touchant malgré les insécurités du monarque qui transparaissent de temps à autre. Ses fragilités ne rachètent pas un comportement violent et abusif et c'est assez libérateur à lire. Du coup, l'ambiance du roman est très bien rendue avec une lourdeur et une dangerosité que l'on devine très bien derrière le faste de la cour. Le moindre faux pas peut être le dernier et on est tendu à la lecture, qui se fait d'ailleurs très rapidement!

Malgré tout ça, il y a quelques raisons qui font que Girls of paper and fire ne fut pas un coup de cœur. Tout d'abord, bien que l'ambiance asiatique soit extrêmement bien rendue, je m'attendais à plus de Fantasy. En fait, hormis le fait que certaines personnes soient des démons à l'apparence d'animaux anthropomorphes, je ne vois pas trop de différences avec simplement une hiérarchie sociale forte. Il m'a manqué un brin de magie, de pouvoir que l'on a dans les shamans qui sont à la cours mais qu'on ne voit jamais. On n'en connait aucun et finalement ils restent très abstraits.
On nous parle tout le temps des yeux de l'héroïne qui ont une couleur particulière, dorée plus proche de ce qu'on trouve chez les Moon cast que chez les Paper. Au final, cet élément reste inexploité. On ne sait pas si c'est dû à un hasard génétique ou autre mais j'ai eu l'impression que c'était là simplement pour justifier le fait qu'elle soit emmenée à la cour.
Un autre personnage n'est pas du tout exploité et je le regrette vraiment, il s'agit de Naja, la renarde blanche qui fait partie de la garde rapprochée de l'Empereur. C'est un personnage qui a l'air extrêmement complexe et profond et on ne fait que le survoler. J'aurai aimé que l'auteure lui applique le même traitement soigné qu'aux autres personnages féminins du roman.
J'aurais aussi aimé que l'univers autour soit plus développé, j'ai eu l'impression de passer à côté de quelque chose car pendant les deux premiers tiers du roman on reste finalement très en vase clos avec une héroïne qui vient d'un village si éloigné qu'elle ne connait quasiment rien à l'organisation politique de son royaume.


Et puis, le roman se présente comme un stand-alone, qui peut se lire seul avec un début, un milieu et une fin. Or...non. Clairement non, vu les deux dernières pages, le roman ne peut pas s'arrêter là ou alors il n'est pas fini et c'est frustrant. Je m'attendais vraiment à un ouvrage unique et constater qu'il s'agit d'une nouvelle série, à la fin, ça m'a déplu. D'autant que, contrairement à The traitor's kiss qui pouvait très bien se finir là, ce n'est vraiment pas le cas de Girls of paper and fire. Je reste donc sur ma faim et c'est dommage.


Girls of paper and fire est un très bon roman qui m'a dans l'ensemble bien plu. Même s'il ne s'agit pas d'un coup de cœur, il est quand même très intéressant à lire, ne serait-ce que pour ces personnages féminins finement dépeint, toutes en nuance. Il est sorti en octobre 2018 en Angleterre, je ne sais pas s'il sera traduit bientôt mais si vous avez l'info, n'hésitez pas à la mettre dans les commentaires. J'attends avec impatience le nouveau roman de ma box Fairyloot, le mois de novembre 2018 sera sous le signe de la SF!
Bonne lecture. 

dimanche 11 novembre 2018

Cinder - The Lunar Chronicles #1 - Marissa Meyer

A

Présentation de l'éditeur: Humains et androïdes cohabitent tant bien que mal dans la ville de Néo-Beijing.

Une terrible épidémie ravage la population. Dans l’Espace, un peuple sans pitié attend son heure…
Personne n’imagine que le salut de la planète Terre repose sur Cinder, brimée par son horrible belle-mère. Car la jeune fille, simple mécanicienne à demi humaine, détient sans le savoir un secret incroyable, un secret pour lequel certains seraient prêts à tuer…

Je sais, je sais, je suis à la bourre. Qui ne connait pas encore The Lunar Chronicles de Marissa Meyer hormis moi? Vraiment on se le demande. En vrai, vous vous en doutez peut-être mais avec le travail de libraire, le temps de lecture est compté. On ne passe pas sa journée à lire (malheureusement) et le rythme des publications s'enchaîne tellement vite qu'on a parfois à peine de temps de se retourner. Comme ça m'est arrivé avec pas mal d'autres romans très connus, j'ai tout simplement loupé cette série à la sortie. J'ai aussi beaucoup hésité avant d'acheter le tome 1, je n'étais pas sûre que ça me plaise même si j'ai toujours trouvé la couverture très attirante et intrigante.

Je me suis enfin penchée sur le roman lorsque j'ai commencé à m'intéresser à la diversité des représentations dans la littérature Young adult de Fantasy et SF. Parmi les ouvrages proposés, Cinder revenait régulièrement et pour cause...l'histoire se passe dans un futur lointain, à New Beijing. Une dystopie avec un ancrage asiatique? Voila de quoi attirer mon attention. Plus encore, on parle d'une jeune femme cyborg et le tout emballé dans une belle réécriture de Cendrillon. Mon hésitation vaincue, je me procurais le roman. Je remercie au passage Glow de me l'avoir fait dédicacer par l'auteure lors de son passage à Paris. Thanks sweetie. 

Sans vraiment aucune surprise j'ai adoré Cinder. Le roman a absolument tout ce qu'il me fallait et je l'ai boulotté comme Cheshire les souris en chocolat que je lui offre à Noël. Il faut dire que c'est un roman qui sait parfaitement allier l'original au connu. Oui il s'agit d'une réécriture de Cendrillon avec une jeune orpheline maltraitée par sa belle-mère qui va rencontrer le prince du royaume. Malgré tout cette réécriture n'est pas du tout lourde et se fond très bien dans l'histoire que tisse Marissa Meyer et j'ai adoré l'idée d'une réécriture SF, tout simplement. Si vous cherchiez une réécriture pure de Cendrillon, passez donc votre chemin. De même ici, bien que nous soyons - à mon sens - dans la science-fantasy (science-fiction dans un univers médiéval ou fantasy dans un monde technologique), la SF tient une bonne place, aussi peut-être que le mélange Lunars/Cyborgs n'est pas pour vous. Pour moi, tout a très bien fonctionné.

Nous rencontrons donc Cinder, une jeune cyborg orpheline. De sa petite enfance en Europe et de ses parents elle n'a gardé aucun souvenir et ne sait de cette vie d'avant que ce que son père adoptif lui en a dit. Malheureusement, ce dernier est mort la laissant aux bons (non) soins de son épouse qui déteste Cinder. Il faut préciser que dans cette société de New Beijing, même si les cyborg vivent parmi la population, ils forment une caste à part qui n'est pas du tout apprécié. Ce sont des parias. Cinder est forcée par sa belle-mère de travailler sur le marché de New Beijing car la jeune femme est très douée en mécanique et notamment dans la réparation des androïdes. J'ai beaucoup, beaucoup aimé cet aspect de la personnalité de Cinder. Marissa Meyer arrive très bien à ne pas tomber dans la caricature du garçon manqué. Cinder est douée mais cet aspect de sa personnalité ne limite en rien le reste de sa personne. Elle est accompagnée d'une androïde "défectueuse" très drôle et attachante. 
Notre Cinder va rencontrer le Prince Kai et travailler pour lui. Malheureusement, l'épidémie qui ravage le pays va s'abattre sur la famille de Cinder, entraînant pour elle de lourdes conséquences (que je ne vous spoile pas par respect...mais sachez que j'en ai très envie!). 

Kai est aussi un super personnage. Jeune prince beau gosse qui a l'air assez léger, on se rend compte très rapidement qu'il est plus profond qu'il n'en a l'air. Son père est en train de mourir et la situation diplomatique avec les Lunars est de plus en plus tendue. Je l'ai trouvé très responsable et pas du tout en mode bad boy comme on trouve parfois dans la dystopie Young adult et de ce fait, il répond très bien au personnage de Cinder. La romance est là mais assez légère, elle ne parasite pas l'intrigue mais permet à Cinder d'explorer son rapport à son corps de cyborg, notamment le fait qu'elle soit BEAUCOUP cyborg, elle n'a pas juste un bras ou un pied synthétique, elle a de nombreux organes internes robot. 

J'ai trouvé très intelligent de mélanger la technologie et les Lunars qui apportent une touche de fantasy dans cette dystopie. Les Lunars sont un peuple qui vit sur la lune. Ils sont physiquement un peu différents des êtres humains mais ils possèdent aussi quelques capacités spéciales. On comprend que leur reine Levana n'est pas forcément quelqu'un de bien sympathique vu le massacre opéré au sein de la famille royale. Leur introduction dans le récit est assez fine par le biais de rumeurs, d'histoires, puis par le biais diplomatique qui permet de voir comment se comporte le reste de la planète Terre face à cette menace voilée qu'ils représentent. 
Je fus séduite aussi par le fait que l'intrigue se passe à New Beijing et que Kai soit chinois. Ça m'a plu de délocaliser l'intrigue en Asie et d'avoir un héros intéressant qui ne soit pas blanc. Par ailleurs, Marissa Meyer ne tombe dans aucun cliché sur l'Asie ou la Chine, c'est Cinder la pro en technologie or elle n'est pas chinoise. Les descriptions de la ville et de ses coutumes m'ont beaucoup plu. 

Le roman est très dynamique, il n'y a pas de temps mort et l'introduction a l'univers, son histoire, son fonctionnement, est très bien rendu. On n'est jamais perdu, on recolle vite les morceaux et comme on éprouve énormément d'empathie pour Cinder - qui n'est jamais une grande naïve sans être une surfemme - on accroche très vite. Les personnages secondaires sont très bien campés qu'il s'agisse de personnages que l'on aime ou que l'on déteste. Seuls les Lunars restent encore très mystérieux. 

Cinder n'est que le début d'une série en quatre tomes sur l'affrontement entre terriens et lunars. Si l'auteure maintient en filigrane l'histoire de Cendrillon, elle ne perd pas de vue son objectif final et le roman se termine dans un fracas de révélations et de cliffhanger bien agréable. J'ai eu l'impression en lisant ce premier tome que l'auteure avait déjà placé les bases et les personnages du reste de la série, clin d’œil passionnant qui permet à la série d'être relue avec un autre point de vue une fois finie. J'ai aussi l'impression - au vu des titres - qu'elle maintient ces réécritures de contes tout en maintenant une trame dystopique forte. J'ai hâte de poursuivre et de voir où elle va nous emmener et quel sera le propos final du roman. Il faut savoir qu'il y a aussi deux novellas/compilations parallèles à la série pour approfondir l'univers et qu'évidemment je les lirai sans doute aussi.  

Bref. Je suis à la bourre certes mais j'ai passé un excellent moment avec ce premier tome. J'ai déjà les trois autres en ma possession et je les entame dès que j'ai fini Girls of Paper and Fire de Ngan. J'espère avoir le temps de vous chroniquer cette suite et qu'elle me plaira autant que Cinder.

Et vous? Êtes-vous moins en retard que moi? N'hésitez pas à me donner votre avis sur Cinder et les autres tomes surtout! 

dimanche 14 octobre 2018

Thunderhead - Arc of a Scythe #2 - Neal Shusterman



A+

ATTENTION, spoilers si vous n'avez pas lu le tome 1, Scythe (La Faucheuse)



Présentation de l'éditeur: « Les humains apprennent de leurs erreurs. Moi pas. Je ne commets jamais d’erreur. »
Le Thunderhead, l’intelligence artificielle qui gouverne le monde, a interdiction de se mêler des affaires de la communauté des faucheurs.
Il ne peut qu’observer… et il n’aime pas ce qu’il voit.


Après la victoire de Citra, désormais Scythe Anastasia, le calme semble être revenu dans la communauté des faucheurs, du moins en apparence. Quelqu'un semble vouloir s'en prendre à Scythe Curie et à Citra qui a obtenu le respect de sa Communauté. Parallèlement, un Faucheur solitaire connu sous le nom de Scythe Lucifer, fait régner la terreur parmi les anciens membres de la nouvelle garde ralliés à feu Scythe Goddard et à tous les faucheurs qu'il ne juge pas digne de leur tâche. 

De son côté, le Thunderhead fait le lien entre plusieurs évènements qui ne lui plaisent pas du tout, tout comme la direction que prend l'humanité pour le moins insatisfaisante. Comment peut-il changer ce qu'il voit du futur sans interférer avec la Communauté? C'est toute la question qui va se poser pour l'IA ainsi que pour Citra et Rowan plus en danger que jamais. 

J'ai adoré cette suite. Elle est à la fois dans la pure continuité de Scythe tout en ayant véritablement sa propre identité. Le monde n'est plus nouveau pour le lecteur et les enjeux ne sont clairement plus les mêmes que dans la première histoire tout en étant parfaitement dans la continuité de ce qu'il s'est passé auparavant.

Au niveau de l'implication émotionnelle, je dirai que ce tome est encore plus fort que le précédent, il faut avoir le cœur bien accroché parce que nos héros vont encore souffrir. Rowan est particulièrement abimé après ce qu'il lui ait arrivé à la fin de Scythe et le personnage prend un tour logiquement plus sombre même si c'est toujours la même idée qui le guide. Citra est pleine de doutes et doit assumer sa tâche avec impartialité ce qui n'est pas aisé dans ce panier de crabe qu'est la Communauté déchirée par les idées de Goddard. 

L'intrigue ne manque ni de souffle ni de dynamisme et Thunderhead se lirait même presque plus vite que le premier tome. Il faut dire que j'ai lu quasiment les deux tomes à la suite et que j'étais encore bien prise par ce qu'il s'était passé dans le tome un. Je trouve que Scythe et Thunderhead forme un vrai diptyque qui mérite d'être lu ensemble. Clairement le tome trois sera un peu à part vu la fin - et quelle fin!
Demandez à Glow, on ne s'en est toujours pas remise tellement elle est forte et bien et forte - je l'ai déjà dit non?. Elle vous attrape à la gorge avec une efficacité redoutable. 

Ce que j'ai préféré dans ce second volume c'est l'importance que Neal Shusterman donne à l'IA et la vision qu'il nous propose, loin de ce qu'on peut lire dans de la dystopie "classique".
De façon logique et intelligente, on poursuit le contrepied au genre entamé dans le tome un. Dans la plupart des romans de SF mettant en scène une IA surpuissante, celle-ci fini par se retourner contre son créateur. Elle est très souvent perçue comme une menace ce qui semble légitime dans la mesure où on se demande si l'IA ne nous trouverait pas à la longue, plutôt obsolète. 
Or le Thunderhead n'est jamais une menace, au contraire, il est parfait et fait preuve souvent d'une meilleure compréhension de l'être humain et de plus d'empathie que les humains eux-même. La technologie n'est pas un frein ici, seule la nature de l'Humain peut l'être. 
Les actions du Thunderhead sont réellement très intéressantes et donne matière à réfléchir notamment à travers un nouveau personnage dont je ne dévoilerai rien ici. 

C'est difficile de parler plus en détail de ce second volume sans trop vous en dire mais si vous avez aimé le tome un, vous aimerez celui-ci et normalement vous serez comme Glow et moi, impatientes de lire la suite et de voir ce qu'il advient de la Terre. Il se passe tellement de choses dans ce tome que ce n'est pas un vain mot que de dire que Thunderhead est un vrai page-turner. 

Neal Shusterman est définitivement un excellent auteur de sciences-fiction pour young et moins young adult. Il aborde des thématiques complexes et denses, et sait mêler celles-ci à une trame narrative pleine d'action et de rebondissements. 
Glow nous recommande chaudement son autre série, Les Fragmentés qui explore là encore la mort, la moralité, l'humanité dans tout ce qu'elle a de complexe. 

Je vous laisse avec l'interview de l'auteur que nous avions réalisée avec Glow pour le journal Actu SF il y a quelques mois. Si le thème de la surpopulation en SF vous intéresse, je vous recommande également les deux vidéos faites par DirtyBiology et Nexus VI sur youtube qui vous parle de tout ça.
Bonne lecture et vivement le tome trois.

mercredi 10 octobre 2018

Scythe (La Faucheuse) - Arc of a Scythe #1 - Neal Shusterman


A+

Présentation de l'éditeur: Les commandements du Faucheur :
Tu tueras.
Tu tueras sans aucun parti pris, sans sectarisme et sans préméditation.
Tu accorderas une année d’immunité à la famille de ceux qui ont accepté ta venue.
Tu tueras la famille de ceux qui t’ont résisté.
MidAmérique, milieu du 3e millénaire. Dans un monde où la maladie a été éradiquée, on ne peut plus guère mourir qu’en étant tué aléatoirement (« glané ») par un faucheur professionnel. Citra et Rowan sont deux adolescents qui ont été sélectionnés pour devenir apprentis-Faucheurs ; et bien qu’ils aient cette vocation en horreur, ils vont devoir apprendre l’art de tuer et comprendre en quoi cette mission est bel et bien une nécessité.

Il est très difficile de résister à l'enthousiasme d'une Glow lorsqu'elle volète autour de vous en répétant: "c'est trop bien c'est trop bien c'est trop bien". Forcément, on est intrigué et on fini par demander un peu d'explications et on se retrouve à bouloter deux volumes d'une série et à attendre le troisième avec fébrilité. Thank you very much...

Scythe (La Faucheuse) de Neal Shusterman explore à fond le rapport des humains à la mort et leur propre humanité.
Grâce au Thunderhead, un super ordinateur, la Terre a trouvé un équilibre. Il gère la production, l'alimentation, le climat et fait de la Terre une planète prospère et surtout, le Thunderhead a dompté la mort et la maladie. Plus de vieillissement naturel, plus de maladie mortelle et plus de meurtres ni de suicides. En conséquence, la population s'est accrue mais puisque la mort n'est plus un soucis, l'Humain s'est vu dans l'obligation de trouver une alternative au problème de surpopulation.
Il est donc créé la Communauté des faucheurs: une communauté humaine chargée de s'occuper de réguler la population par le respect d'un cota de glanage - de morts - à accomplir par an. Contrairement au reste de la population, en contact permanent avec le Thunderhead, les faucheurs et l'IA n'ont pas le droit de communiquer et le Thunderhead n'a pas le droit d'interférer avec la Communauté sous quelque forme que ce soit.
Nous découvrons la Communauté et cette nouvelle Terre à travers les yeux de Citra, jeune fille brillante et déterminée et de Rowan, enfant délaissé d'une famille trop nombreuse qui s'ennuie un peu dans une existence sans goût. Ils sont pris en apprentissage par Scythe Faraday, un homme de l'ancienne école qui choisi ses glanages par rapport aux statistiques du monde d'avant.
Scythe Faraday est un homme droit, qui prend son travail très au sérieux et qui s'est fixé une ligne directrice dont il ne veut pas déroger. L'apprentissage est dur mais sage et Scythe Faraday est un personnage vraiment très intéressant, complexe et profond, bien que froid.
Les Scythes, une fois qu'ils sont intronisés se choisissent un nom ainsi qu'une couleur de robe particulière ce qui efface leur ancienne identité. Parfois le choix du nom est très significatif, d'autres fois non. Faraday est un homme rationnel ce qui lui convient bien.
On fait également la connaissance de Scythe Curie, une autre membre de la vieille garde, une faucheuse très célèbre pour avoir glané les dirigeants de l'ancien monde. Sa méthode à elle est très différente, moins scientifique que celle de Faraday, Curie glane grâce à sa profonde compréhension de l'âme humaine en repérant les âmes fatiguées de vivre. Cela m'a fait penser dans une certaine mesure aux réflexions du héros de Altered Carbon qui nous dit que souvent au bout d'une régénération les gens préfèrent se stocker car deux vies vécues sont finalement assez éprouvantes. Scythe Curie repère ces gens et les glane.
Un point sur la traduction française: en anglais Neal Shusterman utilise l'épithète Scythe que ce soit pour un homme ou une femme. En français, Scythe Faraday devient Maitre Faraday et Scythe Curie, Dame Curie. Je trouve ça dommage d'avoir genré l'épithète car ça diminue l'impact des faucheuses femmes. Quitte à genrer pourquoi ne pas avoir mis Maitre et Maîtresse qui restaient semblables. Personnellement j'aurai opté pour Faucheur Faraday et Faucheuse Curie qui restait au final plus proche de la version et de l'idée d'origine.
Si Scythe Faraday et Scythe Curie sont des personnages complexes il n'en reste pas moins attachants et intéressants car on partage des valeurs communes avec eux. Ce n'est pas le cas de tous les faucheurs et on découvre vite Scythe Goddard et sa bande, les membres de la nouvelle garde qui eux revendiquent leur toute puissance par rapport au commun des mortels, l'envie de tuer et de le faire violemment ou en masse si besoin et l'abolition des quotas.
Car oui, les Scythes doivent rendre des comptes. Ils sont censés remplacer la mort et donc se montrer impartiaux comme cette dernière et tuer sans préjugé. Un faucheur qui tuerait trop dans la même communauté ou dans la même classe sociale pourra être sanctionné. De même s'il glane trop ou pas assez.
Le monde des Scythes est, au moment de notre histoire, en pleine mutation et Citra et Rowan vont devoir se faire une place parfois par la force. C'est ce point de bascule que Neal Shusterman veut nous montrer, celui où la nature humaine capable de belles choses peut aussi être responsable du pire.
L'univers de Neal Shusterman est passionnant. Il est à la fois simple et complexe, innovant en matière de gestion de la surpopulation et de la mort, du transhumanisme aussi et explore à fond notre rapport à la morale.
Nous sommes ici purement dans un roman d'anticipation et de dystopie dans la lignée des Hunger Games ou Divergent qui s'interrogent sur notre société, ses dérives, sa réorganisation etc. Pourtant, Scythe prend absolument tout le temps le contrepied des codes du genre.
Dans la dystopie classique, les héros sont toujours des rebelles qui se mobilisent contre l'ordre établi pour faire changer la société et l'améliorer, la rendre plus juste ou moins violente. Or ici, c'est absolument le contraire. Citra et Rowan et dans une moindre mesure Faraday et Curie, sont du côté de l'ordre et entendent bien ne pas le laisser sombrer dans le chaos par des gens assoiffés de sang et de pouvoir comme Goddard.
La question de la morale et de la justice sont elles aussi primordiale. Comment gérer la mort? Comment se substituer à elle de façon juste et équitable pour tous? Parce que finalement, dans cet univers il n'est question que d'une illusion d'immortalité. Pour maintenir la planète en bon état, il faut un quota de morts par an. Si statistiquement, vous avez moins de chance de mourir que maintenant, vous n'êtes pas vraiment immortel. Vous ne l'êtes que dans la mesure où un faucheur ne vous glane pas. Alors certains auront quatre-vingt ans et l'aspect d'un trentenaire, d'autre plus de cent et d'autres que seize sauf qu'au lieu d'une mort "naturelle", ce sera le Scythe le responsable.
Cette question de laisser la mort à l'Humain est assez fascinante car c'est l'abolition de la dernière égalité. Si on omet volontairement les cas où les humains s'entre-tuent, la mort "naturelle" ne fait pas de différence entre religion, couleur de peau, âge ou moralité de l'être en question. Jeune ou vieux, riche ou pauvre, elle peut survenir n'importe quand.
L'auteur est aussi très fort dans sa description de cette MidAmérique dans laquelle se passe l'action. Le patrimoine génétique des humains est plus riche qu'il ne l'a jamais été et il parvient à placer son action dans un monde "non uniformément blanc" et dans une zone géographique peu exploitée en SF en général.
Au-delà d'être un excellent roman de SF, Scythe, à l'instar de Altered Carbon, pose de nombreuses questions philosophiques sur notre vie, notre rapport au corps et à notre propre mortalité que je ne peux pas vous détailler ici. Il vous faudra faire votre propre lecture sur cette oeuvre si riche.
Soutenu par une narration excellente et endiablée, on plonge dans ce premier tome pour en ressortir tout étourdi, la tête plus pleine de questions que de réponses.
Je vous laisse avec l'interview de l'auteur que nous avions réalisée avec Glow pour le journal Actu SF il y a quelques mois et je vous dis à dimanche pour la chronique sur le tome 2: Thunderhead. Et si le thème de la surpopulation en SF vous intéresse, je vous recommande également les deux vidéos faites par DirtyBiology et Nexus VI sur youtube qui vous parle de tout ça.
Bonne lecture!