jeudi 22 mai 2014

Quand j'étais Jane Eyre - Sheila Kohler


Présentation de l'éditeur: Dans le calme et la pénombre, au chevet de son père qui vient de se faire opérer des yeux, Charlotte Brontë écrit, se remémore sa vie, la transfigure. Elle devient Jane Eyre dans la rage et la fièvre, et prend toutes les revanches : sur ce père, pasteur rigide, désormais à sa merci, sur les souffrances de son enfance marquée par la mort de sa mère et de deux sœurs aînées, sur sa passion malheureuse pour un professeur de français à Bruxelles, sur son désespoir face à son frère rongé par l'alcool et la drogue, sur le refus des éditeurs qui retournent systématiquement aux trois sœurs Brontë leurs premiers romans, envoyés sous pseudonyme. Sheila Kohler se glisse dans la tête de Charlotte Brontë et de son entourage afin de décrire les méandres de la création. Sans se départir du style cristallin de ses précédents ouvrages, elles restitue avec finesse le climat qui a donné naissance aux œuvres des sœurs Brontë : Jane Eyre, bien sûr, mais aussi Les Hauts de Hurlevent et Agnes Grey, trois joyaux de la littérature anglaise. 

 On avait beaucoup parlé de ce livre sur Whoopsy Daisy lors de sa sortie mais je n'avais pas pu me le procurer à ce moment là. Par hasard, je suis tombée sur la version poche il y a deux mois et j'en ai profité pour me lancer dedans. Étant une fan de Jane Eyre et des sœurs Brontë en général, je me suis dis qu'il serait sympathique de découvrir un peu de la vie de ces trois sœurs au parcours étonnant. 

À l'été 2012 - je vivais alors en Angleterre - j'ai eu la chance de visiter la région de Manchester - ville géniale d'ailleurs, j'y ai passé un super long week-end, je vous la recommande - et notamment le Yorkshire dont je suis tombée amoureuse. Tout ça pour vous dire que dans le Yorkshire se trouve Haworth, la ville de sœur Brontë. Dans les ami•e•s qui m'accompagnaient, il y avait une fan des Hauts de Hurlevent, nous ne pouvions donc pas passer à côté de la maison des Brontë. 

Je ne suis pas sûre que l'on puisse comprendre les écrits de Charlotte - Currer - Emily - Ellis - et Anne - Acton Brontë/Bell sans être aller à Haworth. La littérature qu'elles en ont tiré provient de cet endroit, du Yorkshire du milieu du XIXe siècle. Il suffit d'être dans le village, de voir la maison des filles et la vue qu'elle avait de façon quasi permanente sur le cimetière pour se rendre compte de la dureté de la vie là bas. La mortalité était de 70% car l'eau arrivant au village passait directement sous le cimetière. Imaginez un peu l'hygiène et pourquoi 7 enfants sur 10 ne passaient pas la puberté! Lorsque l'on prend conscience de tout ça, on peut sans doute, appréhender le travail de ces trois formidables écrivaines dans sa globalité.
Depuis les fenêtres du salon et des chambres...le cimetière d'Haworth
C'est aussi ce que Sheila Kohler fait dans Quand j'étais Jane Eyre. Il s'agit moins finalement de parler du roman Jane Eyre et de sa genèse que d'aborder la vie de Charlotte et de ses sœurs. L'auteure arrive irrémédiablement bien à nous plonger dans cette ambiance un peu glauque et résolument sombre. À la croisée de la biographie et du roman, elle nous plonge dans le destin de Charlotte, d'Emily et d'Anne. 

Même si cela peut rebuter, j'ai apprécié le style assez détaché de l'auteure, un peu froid mais élégant. Nous ne sommes clairement pas dans une hagiographie de Charlotte Brontë, elle est montrée au lecteur dans toutes ses failles, ses doutes mais aussi ses qualités. C'est le personnage en entier qu'elle tente de reconstituer, avec la distance qui fait parfois défaut à mon amie Elizabeth Gaskell - même si je l'adore. C'est une partie du récit que j'ai vraiment apprécié, le côté rude et pas toujours aimable de Charlotte. 

À côté de ça, Sheila Kohler fait très souvent des parallèles entre la vie de Charlotte Brontë et le roman Jane Eyre. En règle générale, je ne suis pas du tout fan de ces explications, comme si finalement l'auteur•e ne peut puiser son inspiration qu'uniquement dans son propre vécu ce qui va à l'encontre tout de même du concept d'imagination, vital en littérature romanesque. Je vois mal par exemple George Martin s'être inspiré directement de son vécu pour écrire Game of Thrones, tout comme - pour ne pas faire la mauvaise langue en disant que j'ai pris un auteur de fantasy exprès - je ne pense pas qu'Alexandre Dumas se soit inspiré de sa propre histoire pour écrire Les trois mousquetaires. 
Je ne nie pas une part d'utilisation de chose que l'on connait, c'est évident, mais cela est souvent inconscient. Pour faire un parallèle, le personnage de Jean Valjean - Les misérables de Victor Hugo - et la relation filiale fusionnelle qu'il entretient avec Cosette, n'est pas sans rappeler celle de Victor Hugo lui-même et de sa fille Léopoldine. Cependant, je ne suis pas du tout certaine que l'auteur y ait pensé en l'écrivant. D'une façon globale, il est vrai que Jane Eyre est très proche de certaines anecdotes vécues par Charlotte, notamment la mort de son amie au pensionnat. Alors, c'est vrai, Sheila Kohler trace beaucoup de parallèles, ce qui peut en agacer plus d'un•e. Cependant, puisqu'il s'agit d'un roman et non d'une biographie universitaire, je suis volontiers passée sur ce détail. 

Si la première partie du roman qui se déroule à Manchester est concentrée sur Charlotte, j'ai beaucoup aimé la seconde moitié du livre, où l'on rencontre Anne et Emily. J'ai trouvé intéressant cette rivalité entre sœurs, la jalousie aussi, même si on sent l'amour et la puissance des liens qui les soudent. C'est particulièrement flagrant entre Emily et Brandwell. Cela ne devait pas être facile de vivre entre Emily et Charlotte et j'ai ressenti beaucoup d'empathie pour Anne que l'on connait moins bien que ses deux aînées.
J'aurai bien aimé que cette partie soit un peu plus longue, elle balaye vraiment trop vite les dernières années des sœurs, parlant même de certains épisodes de leur vie comme si nous les connaissions déjà alors qu'elle appesantie beaucoup sur d'autres détails que je trouve un peu secondaires. Malgré cette remarque, je peux ajouter qu'elle est incroyablement documentée, on sent qu'elle maîtrise son sujet et qu'elle est passionnée par ces trois jeunes femmes atypiques.

Pour moi, la vraie force du roman de Sheila Kohler est avant tout de resituer l'ambiance de la vie des soeurs Brontë. Elle nous donne envie de découvrir tous leurs romans et d'en apprendre d'avantage sur ces jeunes femmes très complexes et aux rapports familiaux parfois compliqués.

Ce roman est toutefois plutôt réservé aux connaisseurs et admirateurs de l’œuvre des Brontë ou alors aux fans de romans d'ambiance.

5 commentaires:

Le Chat du Cheshire a dit…

Parce que j'adore Jane Eyre, je pense que je ne vais pas tarder à me précipiter sur celui-ci :) !

Perséphone a dit…

@Cheshire: c'est une bonne bio romancée, ça devrait te plaire.

Karine:) a dit…

J'avais beaucoup aimé. Pas parfait, quelques faciités mais en gros, ça m'a plu!

Chi-Chi a dit…

Tu as vécu en Angleterre toi? ;)

Perséphone a dit…

@Chi-Chi: Trop peu à mon goût. Et on ne se moque pas! Sinon gros zyeux!

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