mercredi 2 mars 2011

Le dernier Amour d'Aramis - Jean-Pierre Dufreigne


COUP DE COEUR DE PERSEPHONE

Le dernier amour d’Aramis, Ou les vrais Mémoires du chevalier René d’Herblay, qui devint évêque de Vannes, duc d’Alameda, Grand d’Espagne, ambassadeur de Sa Majesté Très Catholique, Préposé général des Jésuites, et fut mousquetaire du Roi de France dans la compagnie de M. de Tréville sous le nom d’Aramis

Aramis, alors vieillard aveugle dicte ses mémoires à sa très libertine filleule, sa dernière passion. Aramis est certainement le plus sombre et le plus mystérieux des quatre mousquetaires. C'est aussi le seul à rester vivant à la fin du Vicomte de Bragelonne. C'est enfin, mon mousquetaire préféré.
Si d'Artagnan avait l'arrogance et la jeunesse pour lui, Athos la sagesse et la gravité, Porthos la jovialité, Aramis est certainement le plus charismatique des quatre.

Derrière sa personnalité fringuante et son apparent succès, se cache en Aramis une fragilité insoupçonnée: une peur, indicible, de ne pas être aimé d'abord, et d'avoir perdu ce qui comptait: les trois mousquetaires. L'amour qu'Aramis porte à ses frères d'armes est palpable tout au long du roman ou la mélancolie laisse la place à l'excitation, voire à la frénésie.

Le parallèle entre le premier et le dernier est également fort chez ce beau mousquetaire. De ces deux amours, le premier et le dernier, nul ne saurait dire celui qui l'a le plus marqué, et bien qu'il ne se souvienne plus du nom de sa sauvageonne, celui de Louise-Charlotte lui fait écho à travers les décennies. L'histoire de la sauvageonne est d'ailleurs émouvante, par leur attachement, leur passion presque sanglante et la fougue de la "gitane". Louise-Charlotte est exquise de libertinage, mutine et taquine, elle aime le vieil homme comme s'il était toujours Aramis et non point le vieux duc d'Almeida.

Ces mémoires, sombres et souvent très sévères à l'encontre des acteurs, ne réécrivent pas Les trois mousquetaires, ce qui fait toute leur force. Elle éclaire la vie de ce personnage mystérieux d'un autre jour, le rendent attachant et troublant en même temps. On se prend à rêver du jeune mousquetaire devant le vieillard aveugle.

La langue de Jean-Pierre Dufreigne est une merveille de XVIIe siècle et d'une subtilité sans borne. Comme Laclos, les relations des personnages sont traitées avec finesse mais aussi avec humour. Ce livre est également puissamment érotique mais jamais voyeur, les mots ont ici leur importance car ils guident l'aveugle. Par les mots le lecteur caresse leur histoire et découvre le corps de Louise-Charlotte avec Aramis.
Un témoignage sublime et une preuve d'amour incroyable pour le personnage le plus ambigu d'Alexandre Dumas.

Je le dédicace à ma Sister Josephine et à ses lianes.

EXTRAITS:

" (Louise Charlotte) "Je crois en la beauté, au désir, au plaisir des sens" (Aramis) Avec un barbon aveugle. "avec un barbon aveugle et pédant". Vous croyez au plaisir et non à l'amour. "Au plaisir depuis toujours, à l'amour depuis peu." Avec le même pédant barbon? "Vous êtes beau, mince et souple comme un vieil arbre. Un peuplier." Qui manque de verdure. "Pas de verdeur". Cela me va droit au coeur. "Et je l'entends, ailleurs." Scribe, vous vous oubliez. "N'oubliez pas, vous, mon parrain, que je suis assise sur vos genoux. Et je vous sens...frémir. Je regrette de ne pas être en chemise plutôt qu'en cavalier."


(Louise-Charlotte): "Parfois, vous êtes un enfant et je m'étonne de vous trouver si haut en richesse et pouvoir. A l'heure actuelle, où vous êtes si fier de reprendre un service d'intriguant auprès du roi le plus puissant d'Europe, que croyez-vous que l'on pense de vous? Vos gens vous jugent dépravé, digne du bûcher. Dans les chancelleries, on compulse les archives, les dossiers où votre nom apparaît. On vous sait vieux et aveugle, certes. Riche, soi-disant retiré, occupé à écrire en latin, en français ou en espagnol, quelque court traité sur un point de saint Augustin. Pour le délassement. Mais on s'interroge sur le partage de votre solitude avec une jeune catin. On doutera d'abord qu'elle soit votre filleule puis la parenté s'avèrera. On n'en criera que mieux au scandale: de plus, vous la vêtez en garçon. Quelle aubaine pour les auteurs de mauvaises chansons! On se renseignera plus avant sur celle qui partage vos fantaisies: une provinciale d'antique noblesse mais de médiocre fortune. Les idées communes fleuriront: la donzelle clôt une bonne affaire en se glissant dans le lit du barbon. Vous oubliez comme les cours sont vulgaires. On déliera les langues, on commentera, on racontera, on inventera ceux à qui elle aura, naguère, accordé ses faveurs. On les trouvera. Voila, à leurs yeux, toute notre union. De notre attachement, ils ne veulent rien connaitre, il les choquerait par sa force, sa vérité."

Déclaration d'amour particulièrement belle et violente à la fois, presque enragée.

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