dimanche 14 avril 2013

Les Littératures de l'imaginaire: et si on mettait les choses à plat? 1/4

Pour commencer cette série d'articles sur la littérature de l'imaginaire, j'ai décidé de vous parler de l'Horreur!

Je ne suis pas une spécialiste simplement j'aime la littérature de l'imaginaire. Ce que je propose n'est bien sûr pas exhaustif et il est possible que vous ne soyez pas d'accord avec mes classements (un livre peut être souvent mis dans différentes catégories). Je vous invite donc à participer au débat afin que cet article soit le plus complet possible et que cela donne envie de découvrir cette littérature au plus grand nombre. N'hésitez pas d'ailleurs à proposer des livres, plus il y a de fous plus on rit et échanger des points de vue est toujours plus enrichissant.
 



L'horreur ou encore horror fantasy est un genre littéraire qui a pour but et/ou la capacité d'effrayer son lecteur: terreur, angoisse, peur, tous ces termes s'appliquent au genre. Si à l'origine l'horreur tirait ses racines du folklore et des peurs religieuses, souvent focalisés sur la mort ou le diable, l'horreur utilisait aussi les histoires de vampires, de sorcières, de loups-garous, de fantômes ou de démons. L'horreur a surtout connu ses grands développements au XVIIIe siècle en Angleterre où il a été rebaptisé "littérature gothique". Le style gothique a fleuri sur tout le XVIIIe et le XIXe siècle. De façon plus récente, l'horreur fait appel à des peurs psychologiques et/ou sociales. Ce qui différencie l'horreur d'autres genres (où l'on peut retrouver des vampires, des loups-garous et des fantômes) c'est vraiment le jeu qui est fait sur la peur du lecteur, réelle et non fantasmée. 

Gothic Horror XVIIIe siècle: 

- Le château d'Otrante (1764) d'Horace Walpole
- Vathek (1786) de William Backford
- Les mystères d'Udolphe (1794) d'Ann Radcliffe
- The Italian (1796) d'Ann Radcliffe
- The Monk (1797) de Matthew Lewis. 

Gothic Horror XIXe siècle:

- Frankenstein (1818) de Mary Shelley
- Les nouvelles d'Edgar Allan Poe comme La chute de la Maison Usher
- L'étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde (1886) de Robert Louis Stevenson 
- Le portrait de Dorian Gray (1890) d'Oscar Wilde
- Dracula (1897) de Bram Stocker

L'horreur contemporaine

Cela concerne surtout les oeuvres de Stephen King comme Carrie, Shining, It, ou Misery ou La Dame en noir de Susan Hill. Sinon on trouve aussi les auteurs suivants: Brian Lumley, James Herbert, Dean Koontz, Clive Barker, Ramsey Campbell, Peter Straub. Personnellement je rajouterais dans cette catégorie la série des Vampires Chronicles d'Anne Rice dans la mesure où ces récits ont de nombreux points communs avec Dracula et que les vampires sont des êtres dangereux et effrayants. 

La suite de cette thématique littéraire c'est par ici: Le Fantastique, La science-Fiction, La Fantasy 

vendredi 12 avril 2013

Les magiciens de Caprona - Chrestomanci #3 - Diana Wynne Jones


Présentation de l'éditeur: Rien ne va plus dans la cité italienne de Caprona ! Les deux grandes familles de sorciers de la ville, les Montana et les Petrocchi, ennemis jurés depuis des générations, perdent chaque jour de leurs pouvoirs. Il semblerait que quelqu'un cherche à profiter de leur rivalité pour jeter Caprona dans le chaos. La ville commence à péricliter car les sortilèges qui assuraient sa cohésion ont perdu de leur efficacité et les villes rivales de Pise, Sienne et Florence se font de plus en plus menaçantes. L'enchanteur Chrestomanci, apparu mystérieusement, en sait visiblement très long sur la question…

De retour au pays de Chrestomanci pour ce troisième tome qui cette fois-ci se passe en Italie. Après Ma soeur est une sorcière et les neuf vies du magicien, Diana Wynne Jones nous emmène à la rencontre d'une Italie sans-dessus-dessous! La ville de Caprona fait fortement penser à Verone, avec son duc et ses deux familles rivales, les Petrocchi et les Montana qui se battent depuis si longtemps qu'ils ont oublié pourquoi. Comme toujours, ce sont les enfants qui sont au centre de cette histoire avec d'abord les plus jeunes Montana, Tonino et son frère, puis les plus jeunes Petrocchi.

On s'attache de nouveau très vite aux personnages, en particulier à celui de Tonino - qui fait figure de héros ici et que l'on retrouve dans les nouvelles Mixed Magic aux côtés de Cat, le héros du tome 1 - et son chat. Il y a toujours des chats malins chez Diana Wynne Jones. J'ai aimé l'interaction de la famille Montana, ce monde où la magie est officielle et dont la maison vibre. Il y a une organisation très particulière à la maison avec les cours pour les petits, les ateliers de recopiage de sorts et les différents préparatifs.
Autre élément surprenant et qui change du reste de la série, à Caprona, la magie est intimement lié à la musique puisque les sortilèges se chantent. J'imagine bien les batailles de magiciens, cela doit être superbe mais attention à la fausse note. Je trouve l'idée originale et très poétique.

L'Angleterre n'est cependant jamais loin que ce soit parce que la maman de Tonino, Elizabeth, est anglaise ou parce que Chrestomanci vient à Caprona pour régler les problèmes de la ville. L'ange de Caprona et son mystère nous tiennent en haleine tout au long de ces 250 pages. J'ai beaucoup aimé revoir Christopher Chant en Chrestomanci adulte, il a une prestance assez incroyable et le décalage entre le petit garçon qu'il était au tome précédent est assez saisissant!

Comme d'habitude le style est très soigné et l'histoire est de qualité. Rien de vraiment surprenant là-dedans, la série des Chrestomanci est une série culte pour la jeunesse.
J'espère que comme moi vous poursuivrez votre exploration du monde de Chrestomanci, je vous donne rendez-vous pour le prochain tome : Witch week.

mercredi 10 avril 2013

20 ans d'écart (2013): Pierre Niney ma nouvelle idole (Fangirl vous avez dit fangirl?)



COUP DE COEUR DE PERSEPHONE

Résumé: A bientôt 40 ans, Alice a une vie bien remplie: un ex-mari, une fille adolescente qui entre en rébellion et un emploi prometteur dans le magasine Rebelle. Mais voila, elle a l'air d'une bourgeoise coincée et son rédacteur en chef pense confier la direction du magasine à une québécoise plus jeune et surtout plus fun. Aussi lorsque sur un malentendu, deux stagiaires de Rebelle la prenne en photo avec Balthazar, étudiant en architecture de vingt ans, la rumeur se répand au journal comme une traînée de poudre. Malgré les dénégations d'Alice tout le monde est persuadé qu'elle est une cougar ce qui lui vaut un regain de popularité. Qu'à cela ne tienne, elle décide d'utiliser le jeune Balthazar pour donner un coup de fouet à sa carrière. 

CASTING


Virginie Efira ....................................... Alice Lantins
Pierre Niney ......................................... Balthazar Apfel
Charles Berling .................................... Luc Apfel
Gilles Cohen ......................................... Vincent Khan
Amélie Glenn ........................................ Lise Duchêne
Camille Japy ......................................... Elisabeth Lantins
Michaël Abiteboul ................................ Simon
Camille Pélicier ..................................... Pauline
Jenna Azoulay ....................................... Zoé
Louis-Do de Lancquesaing .................... Julien
Camille Chalons ..................................... Fanny
Aude Pépin ............................................. Flora
Arthur Mazet .......................................... Guillaume
Sophie-Marie Larrouy ............................ Clémentine
Marcella Sbraletta .................................... Jennifer


Je vous l'avouais il n'y a pas longtemps, je ne suis pas une fan de romcom. Je trouve souvent l'humour potache, les situations ridicules et j'ai rarement envie de les revoir. Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, j'en regarde toute de même. C'est d'abord l'affiche, tape-à-l'oeil qui m'a donné envie de découvrir le film. Je ne regrette pas d'être aller au cinéma, j'en suis ressortie enchantée. (Je m'excuse pour les balises spoilers. C'est moche mais je voulais pouvoir partager sur ce que j'avais aimé sans vous pourrir l'intrigue ou les blagues).


Cette comédie est surtout marquée pour moi par son rythme et son humour. Tout s'enchaîne bien sans temps mort et l'humour m'a beaucoup plu. J'ai vraiment beaucoup rit mais il n'y a rien de potache.
Spoiler:
J'ai par exemple beaucoup ri lors de leur première fois, j'en pleurais tellement c'était ridiculement réaliste, ou lorsque Balthazar escalade l'immeuble d'Alice pour s'excuser de lui avoir dit bonne nuit en italien "parce que c'est ringard". Les scènes avec Patrick sont elles-aussi extrêmement drôle, "Tiens on a rétrécit Jean Dujardin" et lorsqu'il tombe dans l'eau, le côté chemise mouillée m'a fait penser à Darcy, on ne se refait pas.
Même si Pierre Niney a 24 ans et que Virginie Efira n'a pas 40 ans, le couple a une super alchimie et l'ensemble est vraiment réussi, naturel et pas du tout glauque. J'ai beaucoup aimé le changement de look de Virginie Efira qui fait une belle quadra "mûre" en robe stricte mais aussi une quadra décomplexée en  jean et talons hauts. Pierre Niney oscille sans difficulté entre le jeune homme tee-shirt à peine sortit de l'adolescence et la graine d'homme plus sûr de lui que l'on arrive à sentir dans certaines scènes (comme quoi, une chemise parfois ça vous change un homme, c'est comme la pilosité faciale ça. Militons!).



J'ai littéralement adoré la critique sous-jacente du film sur une société qui accepte sans problème les "vieux" qui sortent avec des jeunettes mais qui trouve le besoin de ridiculiser et/ou stigmatisr les femmes qui sortent avec des hommes plus jeunes par le terme cougar que je trouve assez imbuvable. Que ce soit le père de Balthazar ou l'ex-mari d'Alice, tous deux s'affichent avec des femmes de 15 à 20 ans de moins qu'eux: "Mais tu comprends moi ce n'est pas pareil" tandis qu'Alice doit se fader les remarques "il est majeur au moins". Oui il est majeur et ma main dans ta tête ça te dit, parce que moi ça me démange? C'est profondément agaçant cette différence de traitement pour un sujet qui est le même. (non non je ne suis pas une cougar, surtout vu mon âge, mais quand même j'ai le droit de m'énerver).
Spoiler:
J'ai adoré quand Alice attrape le premier mec qui passe et lui roule une pelle juste pour envoyer se faire foutre la morale bien pensante de son ex-mari. Go Girl, you rock!
On sent aussi une critique du milieu de la mode et de la presse qui raffole de potins, de scandales et du "dazzling" au détriment de passionnés comme Alice.
J'ai d'ailleurs adoré le passage où Virginie Effirat parle de "sommes-nous toutes des mots-clefs sur youporn?" comme une façon de reprendre à son compte les clichés sexistes pour les détourner et en faire une force. ("Armor is worn in the mind" Tyrion est dans la place mes amis).



Viriginie Efira tient son rôle sans aucune difficulté et je l'ai trouvé de plus en plus touchante à mesure que son personne s'abandonne. On comprend bien son dilemme, à la fois le regard de la société sur ce qu'elle est - une femme qui aime un homme plus jeune - comme son propre regard. Elle m'a émue et ça, ça n'arrive pas souvent (Tam-Tam et Chi-Chi savent que j'ai un coeur de pierre). Charles Berling quant à lui arrive à la fois à me donner envie de lui mettre la tête dans le crépi et de lui faire un calin à 2 scènes d'intervalle.
Je ne sais pas vous mais j'aimerai bien être à la place de Virginie Efira moi

Sinon, parlons peu mais parlons bien. Vous savez ma passion pour les noms étranges (Gideon...) et les Noses (Richard...) Pierre Niney/Balthazar m'avait acquise à sa cause avant même le début du film. Soyons clair, je le trouve über crousti-fondant et c'est véritablement lui qui fait la réussite de ce film. Balthazar est tellement touchant, tellement vrai de sincérité, sans malice et d'une fraicheur incroyable. Il est aussi plus mûr qu'il ne le laisse paraître. Ce n'est pas non plus pour rien que le monsieur est le plus jeune pensionnaire de la Comédie française (21 ans à son entrée). On sent le talent de l'artiste (et on en revient à la puissance du béta brainy et sexy)
Spoiler:
Lorsqu'il se met en colère contre Alice lors de la séance photo, il est non seulement convaincant mais terriblement sexy. On sent une réelle maîtrise du comédien qui sait jouer sur son côté grand garçon maigre en même temps sur l'homme.


Je l'avais déjà beaucoup aimé dans LOL et dans Les émotifs anonymes où il n'a qu'un petit rôle mais je trouve vraiment bien qu'on puisse le voir dans un rôle de jeune premier (Summerday me souffle dans l'oreillette de voir J'aime regarder les filles. Cette femme est toujours de bons conseils!).

Soupirs...
Enfin dernier point, je trouve l'affiche parfaitement réussie: elle tient en pas grand chose toute l'essence du film.
Spoiler:
Le fait qu'il ait les yeux fermés, on sent d'emblée que lui prend cette histoire au sérieux alors qu'elle avec la surprise ne s'attendait pas à ce baiser. Il y a le petit geste possessif de Balthazar avec ses mains et en même temps on ne sent pas Alice sur le point de s'enfuir.
Elle montre aussi l'humour du film par son côté tapageur et décalée. Elle m'a tapée dans l'oeil. Bon après j'extrapole peut-être me direz-vous...
Voila. Si avec tout ça je ne vous ai pas convaincu(e)s à aller voir 20 ans d'écart, je vais devoir me recycler. 

lundi 8 avril 2013

The Closed door and other stories - Dorothy Whipple

(Source)

Avant de vous parler du livre de Dorothy Whipple, j'aimerais vous parler de la maison d'édition Persephone Books que j'aime beaucoup (et pas seulement parce que nous avons un nom en commun). Cette maison d'édition qui est aussi une librairie, coincée entre deux immeubles dans le quartier de Bloomsbury à Londres, ouverte depuis plus de dix ans, est spécialisée dans la republication d'ouvrages oubliés, la plupart du temps écrits par des femmes, pour les femmes ou qui ont les femmes pour sujet. Persephone Books publie à la fois des romans, des nouvelles, des récits de voyages ou des livres de cuisine. S'ils font revivre des auteures oubliées comme Dorothy Whipple, ils s'attachent aussi à remettre au goût du jour des récits délaissés d'auteures connues. On leur doit notamment la republication de Miss Pettigrew Lives for a day de Winnifred Watson (qui a connu un joli succès au cinéma) ou encore les oeuvres de Frances Hodgson Burnett: La petite princesse, le Petit Lord Fauntleroy, Le jardin secret. Stockés dans leur librairie, leurs romans ont toujours cette couverture élégante et classique grise et un intérieur coloré imitant du tissu, le tout complété par un marque page assorti. Je ne peux que vous inviter à découvrir leurs collections de plus en plus connues (on les retrouve dans les grandes librairies londoniennes). 

Aujourd'hui je vais donc vous parler de The Closed Door and other Stories de Dorothy Whipple. Les dix nouvelles contenues dans ce recueil sont une sélection faite par Persephone Books a partir de trois recueils de nouvelles de Dorothy Whipple publiés de son vivant: On Approval (1935), After tea and other stories (1941) et Wednesday and Other Stories (1961). Cinq d'entres elles ont été lues sur BBC 4: The Handbag, Family Crisis, Wednesday, Summer Holiday et Cover.

J'aurais du mal a résumer les différentes nouvelles du volume. Je vous renvoie donc sur ce site pour le résumé des cinq premières nouvelles et là pour le résumé des cinq dernières. Les résumés sont en anglais, ils ne spoilent pas l'intrigue, je vous invite donc à les lire pour vous faire une idée de la teneur des récits. 
Même si j'ai personnellement du mal à résumer ces dix nouvelles, elles ont néanmoins en commun un  thème centré sur les relations familiales plus ou moins tordues. Les relations parents-enfants sont l'un des thèmes majeures des nouvelles souvent glaçantes de The Closed door. Dorothy Whipple parle avant tout de cette middle-class anglaise, où les femmes sont bien souvent étouffées dans un carcan bien rigide que leur impose à la fois leur famille et la société. Dorothy Whipple écrit avant tout des histoires sur la nature humaine, comment il peut y avoir du bon et du moins bon en chacun de nous. 

La première nouvelle est particulièrement effrayante de ce point de vue où une mère prive son enfant de tout sentiment maternel et de sécurité, car elle ne supporte pas que sa grossesse l'ait détournée de son mari auquel elle voue toute son existence. D'une certaine façon le personnage fait parfois penser à un des aspects de la vie de la reine Victoria, qui préférait le rôle d'épouse au rôle de mère. Cela dit, cela n'a pas empêché la reine d'aimer ses enfants comme le fait Alice. La femme décrite par Dorothy Whipple, étouffe complètement sa fille afin de rester dans une dynamique de couple où l'enfant n'a pas sa place. Dans cette angoisse permanente se trouve une lueur, une amie qui n'hésitera pas à se souvenir d'une promesse d'adolescente. 

Certaines nouvelles sont plus marquantes que d'autres, certaines sont douces-amères comme The Closed Door, d'autres plus choquantes.
Je retiens surtout de ce recueil, une écriture claire, sans fioriture, parfois extrêmement laconique mais qui s'adapte toujours à l'ambiance qu'elle décrit ou aux personnages qu'elle met en scène. C'est une lecture viscérale, dérangeante mais qui reflète bien quelque chose de notre société et de l'histoire des femmes. Pour terminer je vous mets un extrait de The Closed door (vous l'aurez compris, ces nouvelles ne sont pour l'heure pas traduites en français). 
"There was a dead silence. Even Ernest, so ready with words, was bereft of them. He gaped, with Alice, at Stella, as if she had suddenly gone mad. “Going out with a man!” Alice got it out at last. She leaned forward and thrust her face at her daughter, the better to realise the astounding creature. “You! With a man!” she repeated. Stella smiled radiantly. “Yes, Mother.” “When we thought you were with Beryl Payne, do you mean?” asked Alice. ‘Yes, but it doesn’t matter now, does it?”’
Persephone Books a republier d'autres romans de Dorothy Whipple que je vous invite à découvrir!  

vendredi 5 avril 2013

Le diable vert - Les orphelines d'Abbey Road tome 1 - Audren


Présentation de l'éditeur: L’orphelinat d’Abbey Road ne s’est pas toujours appelé ainsi. Son véritable nom, il vaut mieux ne pas le connaître. Il vaut mieux ne pas poser de questions, non plus, ni sur ce sujet ni sur aucun autre. Soeur Ethelred n’aime pas que les enfants posent des questions. Elle dit que Dieu apportera toutes les réponses. Ses réponses à elle, ce sont les punitions. Ce soir, comme chaque soir, les pensionnaires ont dit leur prière et soeur Ethelred a coupé l’électricité dans le dortoir. Mais Joy ne peut pas dormir. Elle pense au souterrain que son amie Margarita a découvert sous l’abbatiale. Qu’y a-t-il au bout de ces couloirs qui sentent le soufre ? Pourquoi Prudence ne parle-t-elle plus depuis qu’elle les a visités seule ? De quoi a-t-elle si peur ? D’où vient cette étrange brûlure sur son bras ? Que cache le mince sourire de Lady Bartropp, la bienfaitrice de l’orphelinat ? Et pourquoi la petite Ginger chante-t-elle sans cesse une chanson en latin sans même s’en apercevoir ? Les réponses sont peut-être là, tout près, dans un autre monde.

Cela fait un moment que j'ai pu découvrir Les orphelines d'Abbey Road et leur géniale auteure Audren. Au salon du livre et de la presse jeunesse de 2012 j'ai pu la rencontrer et l'entendre parler de son roman et de comment les personnages et l'histoire lui viennent à l'esprit (ils s'imposent apparemment) était particulièrement intéressant. Alors que j'ai eu la chance de recevoir le deuxième tome de la série, je me suis dit qu'il était temps que je vous parle de ce roman surprenant. 

Les orphelines d'Abbey Road débute comme une histoire d'orphelinat classique, dirigé par des soeurs pas forcément très aimables. Lady Bartropp, la jeune et très jolie bienfaitrice de l'orphelinat prend soin de ses petites protégées en faisant des inspections régulières. Il est très difficile de situer exactement l'époque et même le pays où se passe l'action. Par moment on dirait l'Angleterre du XIXe siècle à d'autre moment cela pour être en France et maintenant. Cela rend le lecteur perplexe dès le début et je trouve que ça nous plonge dans l'ambiance assez rapidement. 

L'intrigue se concentre sur plusieurs jeunes orphelines dont Joy, une adolescente qui a perdu ses parents et qui attend leur retour. A côté d'elle, on retrouve Margarita, la plus âgée de la bande, une jeune fille mal dans sa peau qui est à cheval entre le monde des adultes dont elle ne fait pas encore parti et celui des enfants qu'elle est en train de quitter. Prudence n'est pas une mauvaise fille mais elle est un brin pipelette et bravache. On s'attache rapidement à ce petit groupe de filles car elles ont toutes une personnalité bien différente et un parcours lui aussi bien distinct les uns des autres. Certaines comme Margarita ont été abandonnées bébé, d'autres ont été retirées à la garde de leurs parents, et d'autres comme Joy sont devenues orphelines suites à de fâcheux évènements. 
A côté des jeunes filles ont trouve aussi des soeurs qui font le pendant des orphelines. Certaines sont carrément détestables (elles justifient la mauvaise réputation des religieuses), d'autres ne sont fondamentalement ni méchantes, ni gentilles alors que d'autres enfin, aiment vraiment les petites filles sur lesquelles elles veillent. 
Cette complexité des personnages m'a plu, je n'ai jamais eu l'impression d'avoir affaire à un conglomérat de personne: les orphelines d'un côté et les soeurs de l'autre. On sent bien qu'on a avant tout affaire à des êtres humains avec leurs forces et leurs faiblesses. 
Si Lady Bartropp est une bonne bienfaitrice qui ne se contente pas de donner de l'argent, elle est tout de même bien mystérieuse. Je me suis également immédiatement attachée au jardinier (des réminiscences de mon adolescence et de L'amant de Lady Chatterley j'en ai peur, je fais toujours confiance au jardinier maintenant!)

Si l'intrigue commence comme je l'ai dit sur une histoire assez classique d'orphelinat, le roman bascule soudain dans la fantasy avec un mystérieux souterrain, une Prudence qui tombe malade et la petite Ginger qui se met à chanter en latin. J'avais déjà lu des commentaires d'amies ayant lues Les Orphelines d'Abbey Road et elles avaient été surprise du basculement. Sans doute que savoir à l'avance qu'il s'agissait d'une histoire fantastique a eu un impact sur moi parce que j'ai trouvé le glissement bien fait et peu abrupte. 
Le fameux diable vert et l'incident mystérieux qui est arrivé à Prudence dans le souterrain n'est pas sans rappeller Le livre des choses perdues de John Connolly et cela met très mal à l'aise! Nous avions demandé à Audren si elle connaissait ce roman et elle nous a répondu que non. Je reste persuadée qu'il y a un lien et qu'il faut qu'elle le lise, elle aura peut-être elle-même des réponses au sujet de ce mystérieux Diable vert (et on est d'accord, ce qui est arrivé à Prudence ça craint). 

Je n'aurai qu'un bémol à apporter sur ce premier tome que j'ai trouvé très étrange (dans le bon sens du terme parce qu'il donne envie de poursuivre la lecture), ce sont les deux derniers chapitres que j'ai trouvé beaucoup trop rapides à mon goût. Le changement de caractère dans la personne de Lady Bartropp m'a pour le coup dérangé, je n'ai pas vu la cohérence et j'aurai aimé peut-être quelque chose de plus réaliste. Cela dit ce n'est qu'un bémol puisque j'ai hâte dans savoir plus sur ce mystérieux monde. 

Les orphelines d'Abbey Road ressemble bien à son auteur: intriguant, décalé et assez fou. Je ne peux que vous conseiller de découvrir cet univers! 

mercredi 3 avril 2013

Rebecca (ITV - 1997)



Résumé: Alors qu'elle sert de dame de compagnie à l'exigeante Mrs Van Hopper sur la côte d'azur, l'héroïne, jeune fille anonyme d'une vingtaine d'années, rencontre Maximilien de Winter, aristocrate fortuné de deux fois son âge et veuf depuis peu. Si tout le monde s'accorde à dire qu'il est inconsolable de la mort de sa femme Rebecca, il semble apprécier la timide jeune fille. Aussi, lorsqu'il lui propose de l'épouser et de devenir la nouvelle Mrs de Winter, elle n'en croit pas un mot. Bien que parfaitement heureuse d'avoir épousé Maxim, la jeune fille se rend vite compte qu'à Manderley, la demeure familiale, la présence de Rebecca hante encore les murs. 

CASTING

Charles Dance .............................................................. Maxim de Winter
Emilia Fox .................................................................... Mrs de Winter
Diana Rigg .................................................................... Mrs Danvers
Geraldine James ............................................................ Beatrice
Jean Anderson ............................................................... Grand-mère
Faye Dunaway .............................................................. Mrs Van Hopper
Jonathan Cake ............................................................... Frank Crawley
Danis Lill ....................................................................... Giles
John Branwell ................................................................ Ben
Lucy Cohu ..................................................................... Rebecca
John Horsley .................................................................. Frith
Jonathan Stokes .............................................................. Robert
Kelly Reilly .................................................................... Clarice

Après vous avoir parlé du livre Rebecca puis de la version réalisée par Hitchcock en 1940, je m'attaque désormais à cette version de 1997 que j'ai eu l'occasion de voir un dimanche à la télé lorsque je vivais en Angleterre (oui le dimanche ils passent des trucs bien à la télé).

Maxim de Winter
Le casting est des plus alléchant pour être honnête et c'est ce qui m'a poussée à rester devant ma télé. Emilia Fox est une actrice que j'aime beaucoup et je dois dire qu'elle correspond parfaitement à l'image que je me fais de la narratrice de Rebecca (beaucoup plus que Joan Fontaine que je trouve trop belle pour incarner l'héroïne). Très mince, les cheveux blonds foncés, une coupe au carré plate et de grands vêtements très larges, elle correspond trait pour trait à l'image de la jeune fille anglaise timide dépeinte par Daphnée du Maurier au début de son roman. Le contraste avec Maxim de Winter en est d'autant plus frappant. Charles Dance a tendance a jouer des personnages froids et cassants, ce qui convient bien à Max de Winter. Il fait plus des quarante ans réglementaires mais du coup on sent bien le décalage des âges et le côté presque ridiculement jeune de l'héroïne par rapport à cet homme qui en est à sa "deuxième vie". Cela met aussi en valeur la différence de comportement de Maxim lorsqu'il est seul avec sa femme ou en présence de monde que ce soit son conseiller ou sa soeur et son beau-frère. Il est vrai que l'adaptation joue un peu sur la niaiserie dans les moments intimes des de Winter mais après tout, pourquoi pas si cela permet d'accentuer les contrastes dans le comportement de Maxim. 

Mrs Danvers et Mrs de Winter
Diana Rigg offre une Mrs Danvers absolument glaçante moins folle que celle de la version d'Hitchcock mais peut-être infiniment plus vicieuse et retorse qui a son mérite. Quant à Jonathan Cake il est parfaitement convaincant dans le rôle du cousin qu'on a envie de gifler dès qu'il apparait à l'écran. 

Ce téléfilm en deux parties permet à l'intrigue de respecter le roman dans les moindres détails. On suit les développements de l'affaire de façon scrupuleuse et c'est une qualité que je lui trouve là où trop souvent les adaptations ont tendance à montrer un point de vue particulier au détriment de l'oeuvre dans sa globalité.

Cela dit, il y a quand même plusieurs défauts qui, s'ils ne m'ont pour être honnête pas gênés au visionnage, me dérange maintenant que j'y repense. Tout d'abord, il manque un travail certain des images. Là où chez Hitchcock on retrouve tout un jeu de lumière, ici les images sont jolies mais peu travaillées et le réalisateur se repose beaucoup sur des plans de la campagne anglaise et de la Cornouaille pour évoquer des sentiments au spectateur à sa place. La conséquence directe de cette absence de jeu de lumière ou d'ambiance est que l'adaptation passe complètement à côté de l'atmosphère du roman or si Rebecca est bien une seule chose, c'est son atmosphère. Je n'ai pas senti le poids de Rebecca dans la maison, sur la plage ou dans la cabane. Le spectateur n'est pas noué par l'attente d'un dénouement ou de révélations. C'est vraiment dommage parce que du coup ça entame un récit qui est pourtant bien mené. De plus il manque à mon sens une vraie originalité, quelques choix scénaristiques qui font que l'on se souvient de cette adaptation plus qu'une autre. 

La future Mrs de Winter et Mrs Van Hopper
En somme ce n'est pas du tout une mauvaise adaptation puisqu'elle respecte le roman et que les acteurs sont convaincants dans leur rôle mais il lui manque un petit truc, l'atmosphère de Rebecca et une vraie patte artistique pour en faire un téléfilm que l'on retient. 

lundi 1 avril 2013

Changeless (Sans forme) - Parasol Protectorate #2 - Gail Carriger


COUP DE COEUR DE PERSEPHONE

Présentation de l'éditeur: Après diverse péripétie impliquant des scientifiques fous et des situations plus que compromettantes, Miss Alexia Tarabotti est enfin devenue Lady Alexia Woolsey. Un jour qu’elle se réveille de sa sieste, s’attendant à trouver son époux gentiment endormi à ses côtés comme tout loup-garou qui se respecte, elle le découvre hurlant à s’en faire exploser les poumons. Puis il disparaît sans explication… laissant Alexia seule, aux prises avec un régiment de soldats non-humains, une pléthore de fantômes exorcisés, et une reine Victoria qui n’est point amusée du tout. Mais Alexia est toujours armée de sa fidèle ombrelle et des dernières tendances de la mode, sans oublier un arsenal de civilités cinglantes. Et même quand ses investigations pour retrouver son incontrôlable mari la conduisent en Écosse, le repère des gilets les plus laids du monde, elle est prête ! 

 Mon amour pour Gail Carriger n'a plus de limite. En plus d'être archéologue et ethnologue (ce qui en fait déjà une femme selon mon coeur), elle a eu la classe de me souhaiter mon anniversaire (oui madame, oui monsieur). Je suis éblouie par tant de gentillesse envers le lecteur lambda. Elle a donc rejoint Jasper Fforde dans mon panthéon des auteurs que j'aime d'amour. Lorsque Tam-Tam, Chi-Chi, Min et Sandy ont décidé de faire une lecture commune j'ai sauté sur l'occasion et je me suis jointe à elles. Je leur dois beaucoup de couinage et de paillette envers la musculature de Lord Connall et des kilts. 

Je suis toujours aussi fan de l'humour de Gail Carriger, c'est piquant et toujours placé au bon moment. Ce qui fait de cette série une bonne série c'est avant tout le style de l'auteur. Il est fouillé, pointu et Gail Carriger arrive à donner un ton et une vraie personnalité à chacun des personnages qu'elle met en scène. On arrive à reconnaître le ton authoritaire d'Alexia, l'accent écossais de Connall (irrésistible l'accent), la préciosité de Tunstell, la classe qui émane du professeur Lyall, les fantaisies de Ivy et le fait que Lord Akeldama parle vraiment en italique! On sent qu'il y a un choix des mots faits, qu'elle pense et travaille ce qu'elle écrit. C'est vraiment agréable de sentir que l'auteure maîtrise son écriture. 

Alexia Tarabotti est réellement un personnage que j'aime beaucoup, elle est forte, drôle avec beaucoup de sang froid et ça m'a fait plaisir de la retrouver dans un autre role que la spinster in making. J'ai adoré la voir en femme mariée, en comtesse Maccon et de la voir s'intégrer à la meute et au mode de vie de son mari. Son ombrelle est un personnage à part entière, avec une âme. Le détournement d'un symbole victorien en une arme est bien vu et donne tout le ton Steampunk au roman. Même si on voit moins Connall dans ce tome, j'ai été plus que ravie de le retrouver, surtout dans son terrain naturel en Ecosse. La meute de loups-garous en kilt est une excellente idée! "There is knees everywhere!" comme dirait Ivy. Ivy et Tunstell sont toujours aussi drôles, drama queen et king par rapport à Alexia et Connall plus pragmatiques. Lord Akeldama chou reste un amour rococo. Le Major Channing Channing of the Chesterfield Channings prouve que les gamma peuvent être tout à fait graouu (oui ce n'est pas un terme technique mais c'est ma chronique après tout je fais ce que je veux!). Froid, insolent, il met les nerfs d'Alexia a rude épreuve mais ma foi, il n'est pas si mal à regarder, surtout lorsqu'il passe de loup à humain...Mrs Maccon a les yeux qui trainent et nous avec. Je suis en revanche plus critique au sujet de Mme Lefoux. C'est un personnage que je n'aime pas (même si c'est un des préférés de Gail Carriger). Je le trouve convenu, assez inutile et très peu drôle. Là ou Akeldama est dans la caricature et arrive néanmoins à être touchant, Mme Lefoux manque pour moi d'originalité. Elle est toujours là où on l'attend et ça m'ennui la plupart du temps. Il faudra que Gail Carriger nous explique ce qu'elle a contre les français parce qu'on prend cher! 

En ce qui concerne l'intrigue principale, le déplacement en Ecosse m'a beaucoup plu. J'ai trouvé vraiment sympathique de découvrir Maccon dans une autre situation que le maître des lieux, le mystère de l'humanisation des loups-garous sous-jacente était là aussi une bonne idée dans la mesure où l'on en apprend plus sur Mr Tarabotti, père de la susnommée comtesse. Floote est un majordome atypique et il me tarde d'en savoir plus sur lui. Je n'ai pas été bluffée par une des intrigues qu'elle met en place, j'ai trouvé ça plutôt facile et vite décelable mais comme le reste m'a passionnée, ça n'a pas une grande importance. 

J'admire toujours autant le travail sur le monde qu'elle met en place, les relations dans les meutes, avec les vampires, avec la reine Victoria, on sent qu'il y a un vrai travail derrière, on sent l'ethnologue dans la construction de l'univers du Parasol Protectorate et c'est qui fait que j'aime cette série, comme Mercy Thompson de Patricia Briggs qui s'en rapproche par de nombreux côtés. 

Comme ce tome se termine sur un cliffhanger de malade je ne peux pas en dire plus...juste une chose: Lisez-le! Je vous donne rendez-vous bientôt pour le troisième tome (déjà lu mais pas encore commenté!).