lundi 11 novembre 2013

La bibliothèque idéale: quand les éditions Le Masque rééditent les romans d'Agatha Christie


Nous connaissons tous cette maison d'édition, celle qui publie les Arsène Lupin, les Agatha Christie ou autre Exbrayat. Mais si vous savez! Les livres jaunes que l'on trouve chez les bouquinistes avec le masque et la plume en plein milieu. Vous voyez, je vous l'avais dit! 

Les Agatha Christie n'en sont pas à leur première réédition. Depuis les petits livres jaunes que nous connaissons tous bien, Le Masque a publié plusieurs autres versions, avec images, sans image, couvertures plus ou moins sombres mais qui conservaient souvent une note de jaune pour les lier à la maison d'édition.

Aujourd'hui ils lancent "La bibliothèque idéale". L'idée? Republier les dix volumes que la grande dame du crime considérait comme ses meilleurs. Plus encore, les assortir de nouvelles couvertures signées Martin Parr.

Martin Parr est un photographe britannique spécialiste du grotesque et de l'ennui. Il photographie le presque rien, l'Angleterre qu'il aime et déteste tout à la fois. Ce sont des photos absurdes et parfois ça sent le complet n'importe quoi. Je ne suis pas du tout une spécialiste de photos. C'est un art que j'aime mais dont je n'ai pas les clefs. Cependant, bien que je ne trouve pas les clichés de Martin Parr beaux - mais sont-ils pris dans ce but? - il y a une idée bien nette dans sa façon de photographier en gros plan des morceaux incongrus du quotidien.

L'idée du Masque est simple, prendre des photos de Martin Parr qui pourraient convenir aux romans de Dame Agatha, les recadrer pour en donner un point de vue singulier. L'alliance de la reine du polar et du photographe britannique sur une même couverture. Le petit plus? La quatrième de couverture, composée d'une photo format polaroïd, faisant un clin d'oeil bien malin au sujet du roman. Autre point intéressant, cette bibliothèque idéale bénéficie d'un format que personnellement j'apprécie beaucoup, à mi-chemin entre le format poche et le grand format. C'est un format que l'on rencontre plus volontiers dans l'édition anglo-saxonne et je trouve que cela met en valeur la collection.
Le résumé ainsi que la photo complète de Martin Parr choisie pour la couverture se trouve bien entendu dans le rabat intérieur de la couverture.

Mais qui sont donc ces dix livres qui plaisaient le plus à Agatha Christie? La réponse maintenant:




Il s'agit d'un Miss Marple dont voici le résumé: 

Un meurtre est annoncé, qui aura lieu le vendredi 29 octobre à dix-huit heures trente à Little Paddocks. Au village de Chipping Cleghorn, tout le monde découvre cette petite annonce dans la gazette locale en prenant son breakfast, et les dames de Little Paddocks ne sont pas les moins surprises. Tout le monde pense à une amusante murder party imaginée par quelque facétieux. Aussi, tout le voisinage, émoustillé, rapplique-t-il à Little Paddocks et l'on attend l'heure fatidique dans la bonne humeur.A dix-huit heures trente, la lumière s'éteint, l'assassin paraît, des coups de feu éclatent... Mais c'est l'étranger, entré Dieu sait comment dans la maison, qu'on retrouve, son pistolet à la main, effondré sur le parquet. Mort...



Le Crime de l'Orient-Express

Il s'agit de l'un des plus célèbres Hercule Poirot, maintes fois adapté au cinéma et à la télévision. Un wagon, un mort, une douzaine de suspects et les convictions personnelles d'Hercule Poirot qui passent à la moulinette.

Présentation de l'éditeur: C’est par le plus grand des hasards qu’Hercule Poirot se trouve à bord de l’Orient-Express, ce train de luxe qui traverse l’Europe. Alors qu’il est bloqué par la neige au cœur de la Yougoslavie, on découvre, dans l’une des voitures, le corps d’un Américain sauvagement assassiné à coups de couteau. Le meurtrier se cache forcément parmi les voyageurs… Mais qui de la princesse russe, de l’Américaine fantasque, de ce couple de Hongrois distingués, de ce colonel de retour des Indes ou même du propre secrétaire de la victime a bien pu commettre pareil crime ? L’enquête commence, elle sera l’une des plus difficiles et des plus délicates pour notre célèbre détective belge.



Une série de meurtres et de mystère résolus par notre gentille Jane au fond de son fauteuil.

Présentation de l'éditeur:  Les amis de Miss Marple ne s'y attendaient guère... Comment ! La délicieuse vieille demoiselle est un amateur averti de mystères inexpliqués, problèmes insolubles et autres morts peu naturelles ? Qui l'eût cru ? Dire qu'on ne la pensait capable que de bavarder et de tricoter ! Et voilà que, du fond de son fauteuil, Miss Marple résout les énigmes les plus déconcertantes ! Mais d'où lui vient ce talent caché ? La paisible Miss Marple n'a jamais quitté son village !... Justement ! Un village est un excellent sujet d'étude, pour qui aime exercer ses facultés de déduction. Et la nature humaine n'est-elle pas partout la même ?



Un de mes Agatha Christie préféré, un meurtre en vase clos, des individus qui se haïssent tous et qui auraient eu des mobiles pour nuire...

Présentation de l'éditeur: Quelle drôle d'idée ! Rassembler pour des vacances à La Pointe aux Mouettes l'ex-Mrs Strange - Mrs Audrey depuis son divorce - et Kay, la nouvelle tenante du titre, sous le prétexte d'en faire des amies... C'est de l'inconscience, pour ne pas dire plus. Car enfin, l'époux de ces dames n'a quand même pas la naïveté de croire qu'elle vont tomber dans les bras l'une de l'autre. D'ailleurs, si ces tigresses ne se sont pas encore écharpées, c'est qu'elles se retiennent. Pour l'instant. Les vertus calmantes de l'air marin, sans doute... Mais les choses n'en resteront pas là. Deux Mrs Strange sous le même toit, c'est une de trop...Tout semble se mettre en place pour qu'arrive cette heure zéro dont parle le vénérable Mr Treves, avocat à la longue expérience : l'heure où tout est réuni - mobiles, circonstances, moyens - pour le meurtre.


La nuit qui ne finit pas

Présentation de l'éditeur:  Le « Champ du gitan »... Michael avait tout de suite aimé la beauté sauvage de cette propriété. C'était décidé : sur les ruines de l'ancien manoir, il construirait sa maison. Une maison de rêve, bien entendu. Et il s'y retirerait, loin de tout, avec Ellie. Mais le « Champ du gitan » avait mauvaise réputation et la lande était maudite. On racontait que les romanichels lui avaient jeté un sort, que d'étranges accidents s'y produisaient... Pourtant, Michael n'était pas superstitieux, lui. Les menaces de la vieille bohémienne ne lui faisaient pas peur. Personne ne croit plus à ces choses-là, de nos jours.


Les Dix petits nègres

(étonnant que l'édition ait conservé son nom original) Le roman le plus connu d'Agatha sur ce petit jeu de massacre

Présentation de l'éditeur: Il se passe quelque chose d'anormal. Les dix personnes conviées sur l'île du Nègre en ont la certitude. Pourquoi leur hôte est-il absent ? Soudain, une voix s'élève, accusant d'un crime chaque invité. Commence alors une ronde mortelle, rythmée par les couplets d'une étrange comptine...



Un Hercule Poirot aussi intéressant que controversé pour sa résolution narrative.

Résumé: Puisqu'il est le médecin du village, Sheppard est l'un des premiers, naturellement, à constater la mort étrange qui frappe successivement M. Ferrars, puis sa veuve, enfin Roger Ackroyd avec lequel elle devait se remarier... Le voici associé à la fascinante enquête que mène, impromptu, un certain Hercule Poirot - " énorme moustache " et " yeux inquisiteurs " - qui passe là sa retraite et " cultive des citrouilles " ! Chacun, à sa manière, semble bien être mêlé à ce mystère ; mais " il n'est pas facile de cacher quelque chose à Hercule Poirot, car il a l'habitude de tout découvrir ".


La Maison biscornue

Le roman préféré d'Agatha (avec Témoin indésirable). Raconté à la première personne, ce récit vous emmènera dans la famille Leonides.

Présentation de l'éditeur: Trois générations de la famille Léonides vivent sous le même toit. Celui d’une vaste maison un rien biscornue… Quand le grand-père, un patriarche tyrannique, meurt assassiné, tout le monde est soupçonné, même ses petits enfants ! Et justement, Joséphine, douze ans, semble s’intéresser de près au crime et aux différentes façons d’éliminer son prochain. Un véritable petit monstre…



Lorsqu'une famille se déchire et qu'un homme tente de rétablir la vérité.

Présentation de l'éditeur: Un homme se présente devant une belle et grande demeure typiquement anglaise... En sonnant à la porte, il vient apporter une preuve formelle à la famille Argyle : ce n'est pas leur fils qui a assassiné Madame ! L'enquête doit être immédiatement relancée. L'" heureuse " nouvelle ne plaît pas à cette curieuse famille qui cache un terrible secret...



Mon préféré des Miss Marple et un de ceux que je relis régulièrement! Je vous le recommande chaudement.

Présentation de l'éditeur: L'ordre du médecin est clair, Jerry Burton doit aller se reposer à la campagne s'il veut retrouver un jour l'usage de ses jambes. Jerry décide alors avec sa soeur Joanna de se rendre à Lymstock petit village paisible pour une bonne cure de repos. Lymstock, un village paisible? Pas si sûr. A peine installés, Joanna et Jerry reçoivent une lettre anonyme. Il semblerait que se soit la façon d'acceuillir les nouveaux arrivés par ici. Jerry entreprend une petite enquête qui va changer sa vie de façon radicale.

On remarquera que Dame Agatha avait une tendresse particulière pour Miss Marple et des traits de génie pour des romans sans "détective" connu. A titre personnel je regrette le manque de Cinq petits cochons mon Hercule Poirot préféré mais aussi d'un Tommy et Tuppence Beresford qui auraient mérité leur place au Panthéon mais le choix de Dame Agatha fait loi!

Une collection intéressante qui met en valeur certains des meilleurs romans de la romancière. A découvrir! 

Merci aux éditions Le Masque pour cette superbe collection. 

samedi 9 novembre 2013

La confrérie de l'Horloge - Les agents de M. Socrate #1 - Arthur Slade


Présentation de l'éditeur: Ere victorienne, la campagne anglaise : le mystérieux M.Socrate se rend dans une galerie de monstres. C'est ainsi qu'il fait la connaissance de Modo, nouveau-né difforme aux pouvoirs de transformation étonnants. Durant quatorze ans, Modo recevra les étranges enseignements de M Socrate où les cours de géographie et de latin côtoient les leçons d'arts martiaux. Elevé dans un manoir dépourvu de tout miroir à quelques kilomètres de Londres, Modo est brutalement jeté dans les rues de la capitale pour accomplir sa première mission. Aidé de la belle Miss Octavia, il devra mettre tous ses talents à l'oeuvre pour arrêter la terrible machination de la Confrérie de l'horloge.

Il y a un petit moment déjà que j'ai entendu parler de cette série d'Arthur Slade, Les agents de M. Socrate. J'étais très intriguée par le résumé et l'ambiance XIXe siècle/Science-fiction qui avait l'air de se dégager de la série. Aussi lorsque les éditions MSK m'ont envoyé la série complète - je les remercie d'ailleurs de ce geste généreux - j'avais hâte de me plonger dans ce premier tome qui n'est pas resté longtemps sur ma table de chevet.


Si les premiers chapitres sont assez peu éclairants, on ne voit pas vraiment où l'auteur veut en venir avec l'éducation de Modo, il suffit que l'intrigue policière et d'espionnage débute pour qu'on ne puisse plus lâcher La confrérie de l'Horloge. 
Dans une Londres victorienne que beaucoup apprécient, où la majorité des aventures se passent la nuit, le lecteur est entraîné dans les bas-fond de la ville à la recherche d'un homme. Puis viennent les meurtres et les machinations qui s'enchaînent.

La confrérie de l'horloge est un premier tome en cela qu'il sert à introduire les personnages, à poser des questions sur leur passé mais le rythme et l'intrigue ne sont jamais sacrifiés au prétexte d'un exposé plat, souvent le défaut des tomes 1. Même si les traitres sont mis en échec à la fin du premier volume, la continuité avec le reste de la série n'est pas à remettre en cause car tous les éléments s'emboîtent bien et parce que l'auteur a l'intelligence de ne pas tomber dans les travers communs aux séries.
Pas de cliffhanger haletant, il laisse le lecteur deviner que l'histoire n'est pas clause, notamment par la survivance de certains protagonistes dont on sait trop peu de choses pour qu'ils disparaissent purement et simplement.
De la même façon, l'intrigue est construite par palier. On ne comprend pas immédiatement quels en sont les enjeux ni où tout cela mène le protagoniste principal. Les informations sont distillées au compte-goutte ce qui permet de conserver un suspense bienvenu. C'est notamment le cas avec le personnage d'Octavia Milkweed dont on ne sait pas très bien pour qui elle travaille. Alliée ou ennemie? Indépendante ou aide pour Modo? Les frontières sont floues et permettent de remettre en perspective le travail des agents d'une organisation. Lorsque l'on travaille en solitaire sans connaître les autres membres, il y a un risque d'interférence. Heureusement ce questionnement est vite soulevé et l'auteur a l'intelligence de ne pas faire traîner en longueur ces ressorts narratifs. Peu à peu le lecteur peut recomposer l'histoire et comprendre enfin, dans une certaine mesure, le projet de la confrérie de l'horloge.

La confrérie de l'horloge est aussi un roman d'apprentissage puisque nous suivons Modo, un jeune garçon au visage horriblement déformé mais qui peut modifier sa physionomie de façon assez singulière. Avec ce personnage, ce sont deux effets narratifs qui m'ont particulièrement plu que je souhaiterai mettre en avant. Le premier est bien entendu les références que fait le récit à la littérature du XIXe siècle. Comment en effet ne pas penser Au bossu de Notre-Dame quand son héros se nomme Modo? "Modo" qui veut dire formé en latin. On sent alors une ironie assez étrange de baptiser un enfant difforme Modo et non pas Quasimodo - quasi formé - comme son fameux "contemporain". Parce qu'évidement, le jeune Modo partage la quasi totalité des caractéristiques du sonneur de cloche: un visage hideux, une grande culpabilité de ne pas être comme les autres, un amour pour une jeune beauté, une facilité à se mouvoir en hauteur et bien sûr la caractéristique gitane, quand Modo a été acheté bébé par des gitans, Quasimodo, fils de gitan, est échangé avec Esméralda dans son berceau. Je trouve les références touchantes car comme le sonneur de Notre-Dame, Modo est un personnage qui nous est immédiatement sympathique. Confiant et débordant d'amour, ne demandant que cela en retour, il est aussi un peu naïf parfois. On compatit immédiatement avec ce petit garçon puis cet adolescent qui n'est jamais agaçant contrairement à pas mal héros du même âge. Il y a une fraîcheur et une candeur qu'on ne retrouve pas partout.
En second point sur le personnage, j'ajouterai que sa particularité physique est très bien exploitée par l'auteur. On sent qu'il a derrière sa faculté à changer son visage un entraînement important et de longue haleine, de même qu'une souffrance à chaque fois qu'il doit modifier son apparence. L'ensemble est bien dosé au niveau de l'écriture et étrangement, le don de Modo ne paraît jamais déplacé alors même que le roman ne s'ouvre pas sur une note steampunk qui pourrait indiquer qu'il s'agit d'un roman de Science-Fiction.
Le thème du physique est là encore habilement dosé et passe notamment par la symbolique du masque, des masques devrais-je dire, dont se sert Modo pour se fondre dans la nuit ou dans une foule. Sa relation avec Octavia s'en trouve également enrichi. Pas d'amourette facile entre ces deux là puisqu'il y a inévitablement beaucoup de mensonges et de non dit entre eux. Tout comme dans Notre-Dame de Paris Frodo et Quasimodo forment un tandem dont le vrai monstre n'est pas forcément celui qu'on croit, Modo est loin d'être le plus monstrueux des personnages de La confrérie de l'Horloge.

Les agents de M. Socrate est une série pour jeunes adultes et pour adolescents qui sait jongler avec des sujets que l'on attendraient traités ailleurs. Ici, il est question d'expériences scientifiques sur des êtres humains en vue de créer une super machine, un sujet plutôt abordé en général dans la Science-fiction pour adulte ou les débats philosophiques sur l'éthique scientifique. J'ai vraiment apprécié que l'auteur sache nous livrer une histoire d'espionnage assez basique, agrémentée d'une vraie réflexion sur un sujet plus délicat. Cela donne bien évidemment une dimension plus profonde à La confrérie de l'Horloge et peut également d'avantage plaire aux adultes qui auraient peur de s'ennuyer dans une histoire policière jeunesse (ce qui est un tort comme chacun le sait on ne s'ennuie pas avec la littérature jeunesse).
L'utilisation des enfants - qu'ils le soient dans l'âge comme Oppie où dans la filiation comme les jeunes gens de la société des jeunes explorateurs - le choix est loin d'être dû au hasard. En effet, par un rapprochement évident, le jeune lecteur pourra plus facilement se glisser dans la peau de Modo/Oppie ou Oscar et endurer les souffrances physiques et psychologiques des personnages.
Arthur Slade rend à mon avis hommage à la littérature jeunesse touffue et dense qui ne prend pas ses lecteurs pour des imbéciles et qui pense qu'être un roman jeunesse n'empêche pas une profondeur de ton et de questionnement qui peuvent faire défaut aux livres "pour adultes".  
Le Professeur Hyde - là aussi nous remarquerons un jeu subtile sur le côté Jeckyll de ce Hyde, comme si finalement la bête et la folie avaient pris la place du gentil médecin - justifie ses expériences par tous les moyens possibles et exploite des enfants, sans jamais ne voir ce que son projet a de tordu. Il est même fier de ce qu'il met en place, ce qui fait irrémédiablement penser aux expérimentations nazies.
Cette réflexion est complétée par le côté Steampunk effrayant du récit avec ces hommes et femmes cyborg. A propos de cyborg, le personnage de Miss Hakandottir est absolument passionnant. Il est très bien croqué dans sa folie comme dans sa fougue et je ne doute pas que la nemesis de M. Socrate ne refasse surface. Dotée d'un bras actionné par la vapeur, elle est cruelle, froide et intelligente en plus de montrer un courage hors du commun.

Nemesis de M. Socrate, elle l'est assurément et c'est d'autant plus intéressant que les deux personnages sont loin d'être opposés en terme de moralité. Qu'il s'agisse d'Hakandottir ou de Socrate - encore une référence n'est-ce pas? - tous les deux n'hésitent pas à exploiter des enfants. En effet, Socrate est froid et extrêmement antipathique notamment dans son traitement de Modo qu'il voit comme un outil à façonner et non comme un enfant. Les premières scènes sont d'ailleurs horribles de cruauté. Les deux adultes n'ont aucun scrupule à agir, persuadés qu'ils sont du bien fondé de leur mission. Le rapprochement est d'ailleurs extrêmement gênant et bien pensé, Arthur Slade évitant l'écueil d'un mentor sympathique et prend plutôt un contrepied. M. Socrate est finalement plus Dumbledore livre 7 qu'Obi-wan Kenobi et cela engage à se poser plus de questions. Cela met aussi de la distance entre la vision qu'à Modo de son mentor et celle qu'en a le lecteur. Je m'attends à de bonne surprise sur ces deux personnages

Le premier tome d'une quadrilogie young adult, qui arrive à manier le policier, l'espionnage et le steampunk sans tomber dans les écueils attendus du genre. Je vous recommande de faire la connaissance de Modo, ce garçon au don particulier. Quant à moi, je vais me pencher sur le tome 2, La cité bleue d'Icaria.

jeudi 7 novembre 2013

Gravity - Alfonso Cuaron (2013)



COUP DE COEUR DE PERSEPHONE


Résumé: Pour sa première expédition à bord d'une navette spatiale, le docteur Ryan Stone, brillante experte en ingénierie médicale, accompagne l'astronaute chevronné Matt Kowalsky. Mais alors qu'il s'agit apparemment d'une banale sortie dans l'espace, une catastrophe se produit. Lorsque la navette est pulvérisée, Stone et Kowalsky se retrouvent totalement seuls, livrés à eux-mêmes dans l'univers. Le silence assourdissant autour d'eux leur indique qu'ils ont perdu tout contact avec la Terre - et la moindre chance d'être sauvés.

CASTING

Sandra Bullock ....................................... Ryan Stone
George Clooney ..................................... Matthew (Matt) Kowalsky
Ed Harris ................................................ Houston (voix)

Bande annonce vo





Il est extrêmement compliqué de parler d'un film comme Gravity, d'une part parce qu'on pourrait en parler des heures et d'autre part parce que c'est un film qui m'a réellement retournée. Je l'ai vu deux fois pour être sûre de pouvoir en parler tellement je pense qu'il s'agit d'un film fondamental pour le cinéma. 

Commençons par les conseils techniques : oui il faut le voir en 3D, elle est faite pour! Si vous pouvez le voir en Imax c'est encore mieux. C'est le genre de film qu'on ne voit réellement bien qu'au cinéma. Toute la puissance de la technique mise au point par Cuaron prend son sens sur grand écran et en relief. Autre petit conseil qui m'a été donné par La Dame, contrairement aux idées reçues, il vaut mieux voir un film en 3D en étant assis assez près de l'écran. J'ai pu tester les deux options près et loin et j'admets sans problème: la Dame avait raison, de près les sensations sont encore plus intenses et se rapprochent gentiment d'un effet "Géode" en un peu moins fort. Il est possible enfin que les gens sujets au mal de mer soient un peu nauséeux durant la projection. Enfin, Gravity N'EST PAS UN FILM DE SCIENCE-FICTION! Il se passe certes dans l'espace mais ne correspond pas du tout aux critères d'imaginaire comparables aux Space opera (Star Trek, Star Wars etc).


S'il y a besoin de faire un premier paragraphe sur les conditions de visionnage, vous vous doutez sûrement que c'est parce que la réputation technologique que s'est taillée le film n'est pas imméritée, loin de là. Cuaron est un réalisateur qui sait faire les choses et qui a une vision, le genre de talent assez rare dans un Hollywood qui produit pas mal à la chaîne avec des réalisateurs appliquant bêtement les techniques d'un cinéma scolaire. C'est à lui que l'on doit le troisième volet d'Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban qui, s'il ne plait pas à tout le monde, est néanmoins une vision personnelle remarquable de l'environnement du jeune sorcier. Avec Gravity, il me semble désormais que son nom est en bonne position pour rentrer au Panthéon des cinéastes à côté de Spielberg ou Cameron. Regardez sa filmographie, il fait peu de films mais il les fait bien. 

Gravity est un long projet qui a demandé à la fois une préparation intense mais aussi une avancée technologique surprenante et c'est de ça dont j'aimerais vous parler avant d'aborder les autres points importants du film. On aurait tord de croire que la technique est secondaire dans la réalisation d'un film, ce serait même une hérésie. Donnez les mêmes outils techniques à deux cinéastes, l'un qui serait un artiste avec deux sous de jugeote et l'autre un tâcheron correct (oui je suis sympa) et bien vous aurez deux films: un film innovant ou tout simplement bon et une gentille bouse. Technique et bonne qualité de réalisation doivent aller de paire pour qu'un ensemble cinématographique fonctionne.

Le problème majeur de Gravity était de filmer les acteurs et de reproduire leur mouvement à gravité zéro comme dans l'espace ce qui est bien évidemment impossible à recréer en studio on s'en doute (et non le film n'a pas été tourné dans l'espace, comme le pense ce journaliste mexicain #Facebook). Il fallait également pouvoir les filmer en mouvement (rotation, basculement) et de conserver une qualité d'image et d'éclairage importante.

La Light Box
Pour palier à ce problème là, les équipes techniques de Gravity ont mis au point la Light Box, un cube aux parois intérieures couvertes de minuscules lampes LED pour un éclairage tout à fait nouveau. Les caméras - suffisamment petites pour entrer dans la Light Box - étaient fixées sur des bras robotisés dirigés à distance. Un dispositif de plaque tournante était aussi installé sous le plancher pour faire pivoter, bouger et renverser Sandra Bullock et/ou George Clooney durant les scènes d'action. Dans cette Light Box les comédiens et surtout la comédienne étaient complètement isolée du reste de l'équipe à l'exception d'une minuscule oreillette et de quelques bruitages leur permettant de suivre les recommandation de Cuaron et de placer leur émotion au bon moment car bien évidemment, 90% du film est issu des technologies numériques - costumes compris. Cela renforce d'une façon stupéfiante l'isolement de l'actrice principale et de son personnage. L'immersion est complète et le résultat saisissant.

A côté des bras robotisés qui permettaient de faire bouger les acteurs dans tous les sens lors des scènes de choc ou de rotation, il a fallu trouver un système efficace afin de recréer l'apesanteur. Sandra Bullock est ainsi maintenue en l'air par une douzaine de câbles manoeuvrables manuellement ou à distance ce qui accompagne le mouvement de l'actrice et qui recrée une fluidité bienvenue à l'écran. L'autre effet de l'apesanteur est qu'un corps ne se déplace pas en fonction de son poids, ce qui remet en cause de nombreuses règles de physique élémentaire que l'on connait tous. Je n'imagine même pas la difficulté pour tous les techniciens de repenser leur univers surtout lorsqu'on sait que 90% du film est numérique. A l'exception de l'intérieur de la capsule Soyouz qui a été construite en dur, le reste est artificiel! Pour ajouter au réalisme, les équipes ont travaillé à partir de photos de vraies navettes et prises depuis l'espace. Le moins que l'on puisse dire c'est que cela marche. Le film est tout simplement magnifique du point de vue de la photographie. Les images sont léchées, avec un travail sur la lumière qui épouse les courbes de la Terre. Quant aux costumes, eux aussi recréés via ordinateur, les détails sont impressionnants. Il y a une reconstitution de la matière assez incroyable qui donne à penser que Sandra Bullock et Georges Clooney portent de vraies combinaisons.

Si vous pensiez que filmer dans le Soyouz était plus simple c'est que vous êtes bien naïfs. Mes agneaux. Cuaron est un fan des plans séquences. Les plans séquences pour ceux qui ne sauraient pas sont des plans tournés d'un seul bloc sans que la caméra ne coupe jamais, interdisant ainsi les techniques de champ contre-champ par exemple. Cela peut paraître simple et cache misère mais les beaux plans séquences qui conservent du rythme sont rares. Je disais donc, Cuaron aime les plans séquences et quitte à se poser des défis autant y aller à fond n'est-ce pas? Il a donc décidé de tourner la plus grand partie des plans dans le Soyouz en plan séquence, or avec un Soyouz fermé, cela s'avère compliqué. La navette spatiale russe fut donc construite en plusieurs morceaux que les techniciens déplaçaient en fonction de la caméra pour recréer les ambiances voulues. Les scènes étaient donc répétées avant d'être filmées pour que les déplacements de toute l'équipe - Sandra Bullock et Alfonso Cuaron compris - soient les plus précis possibles. Je ne peux pas m'empêcher d'être bluffée par cette patience infinie et ce travail. C'est titanesque et donne déjà envie de se prosterner. Plus j'en apprends sur ce film, plus je l'aime. 

J'ai déjà dit que la technique ne fait pas tout et beaucoup de journaliste ont reproché à Gravity son scénario simple. J'ai même lu quelque part "encéphalogramme plat et tire-larme américain". Objectivement je n'arrive pas à comprendre ce genre de commentaire, venant surtout de critique censés avoir non seulement une culture cinématographique plus importante que le quidam lambda mais surtout un oeil pour les détails et les métaphores.


Alors chères critiques de mon coeur, apprenez que ce n'est pas parce qu'un scénario est simple qu'un film est mauvais. Un scénario alambiqué, aux ressorts incohérents et aux ficelles plus épaisses qu'un string de troll peuvent tout autant vous gâcher une superbe technique. Alfonso Cuaron a déjà le mérite de faire un film court, 1h30 seulement ce qui ne nuit jamais au rythme de l'histoire ni à l'intrigue. Pas de rebondissement fracassant ni de deus ex machina bienvenu. Tout est pensé de A à Z et et si on comprend où Cuaron veut en venir, il est évident qu'il peut raconter l'histoire de Ryan Stone en 1h30 sans aucune scène futile ou racoleuse. On sent qu'à la fois le scénario mais aussi le personnage de Stone sont conçus de façon scrupuleuse et qu'avant même d'embarquer dans le tournage, Cuaron et Sandra Bullock savaient où ils allaient. C'est sûrement plus que bien des films qui sortent chaque semaine. Enfin, sur l'intrigue, elle est certes simple mais métaphorique et les Cuaron - il a co-écrit le scénario avec son fils - ont le mérite de ne pas faire une adaptation ni un remake.

Pour ce qui est de la crédibilité "spatiale" du film je trouve ça plutôt gonflé de râler et d'argumenter sur le fait que certains détails ne soient pas authentiques sachant que 98% des spectateurs ne connaissent pas du tout les lois physiques et que nous sommes abreuvés depuis des décennies de films sur l'espace avec des énormités énormes... Cuaron a voulu son film le plus proche de la réalité possible - il ne faudrait pas oublier le contrat fictionnel non plus, merci - et cela se sent. Sans aucune doute, Gravity est le film le plus réaliste sur l'espace que l'on puisse voir à l'heure actuelle. Quand en plus on sait que la Nasa a aidé les équipes du films, que Sandra Bullock s'est entretenue plusieurs fois avec une vraie spationaute qui était dans l'ISS, et que Buzz Aldrin lui-même trouve le film extrêmement convaincant, j'ai envie de dire *bite me*. Non et puis il faut arrêter de déconner, on est d'accord pour voir James Bond sauter 48 fois de falaises/côtes/avions/hélicoptères/bateaux/rayez la mention inutile mais on chipoterait sur le fait que "on ne peut pas se raccrocher à une main dans l'espace parce que les chocs sont très violent"? Arrêtez de nous prendre pour des jambons!

Alors je le disais, Gravity c'est avant tout une métaphore, celle d'une renaissance. Ce n'est pas pour rien que cette femme, qui n'est pas une astronaute de métier - rappelons qu'elle est médecin - se retrouve à dériver dans l'espace et à lutter pour sa survie. Sans faire une analyse plan à plan (je vous renvoie en fin d'article à deux critiques plus pointues que moi), les symboles sur la gestation puis la naissance sont nombreux. Les câbles qui retiennent les astronautes à leur navette d'abord, puis entre eux ensuite, font nécessairement penser aux cordons ombilicaux, cruciaux dans le développement de l'embryon. La disparition de Kowalsky, qui se détache pour laisser Ryan vivre fait également penser à des jumeaux dont l'un doit s'éclipser pour que l'autre vive. L'environnement même, l'espace, symbolise sans trop d'effort le liquide amiotique même si ici, il est symbole de mort, la combinaison représentant la seule vie possible. Impossible de ne pas penser à un foetus alors même que Stone, arrivée enfin dans l'ISS, s'est débarrassée de sa combinaison, prend une goulée d'air et se laisse dériver, son corps se mettant position foetale. C'est une image très belle, très lente qui laisse au spectateur le temps de comprendre son sens.
Ryan Stone, c'est aussi une femme qui a perdu une petite fille de quatre ans et qui depuis a arrêté de vivre. Parce qu'elle était en voiture au moment où elle a appris la mort de sa fille, elle roule après son travail, au hasard. Elle reste froide par rapport à Kowalsky et Sharrif plus chaleureux, c'est une femme morte de l'intérieur qui au départ ne lutte pour sa survie que par instinct. Pour moi il y a vraiment deux parties dans ce récit: la première nous montre une femme qui culpabilise de vivre alors qu'elle a perdu un enfant et s'enferme dans une bulle protectrice afin d'éviter toute souffrance et toute joie - cela va de pair. Elle survit parce qu'elle le doit, elle le doit d'autant plus que Kowlasky se sacrifie pour elle et que renoncer c'est le trahir. Du coup, lorsque le Soyouz ne fonctionne pas et que le contact avec Houston et/ou la station chinoise s'avère compromis, elle trouve là une bonne excuse pour cesser de vivre, d'où son "suicide".

J'ai trouvé tellement pertinent la présence soudaine, incongrue et improbable de Kowlasky dans le Soyouz. L'inconscient de Stone qui prend l'apparence d'un astronaute décomplexé et rigolard, pour lui signifier qu'elle fait un mauvais choix était tellement bien pensé. C'est en prenant conscience qu'elle a le droit de vivre et de passer à autre chose, de laisser définitivement derrière elle la mort de son enfant, qu'elle pourra atteindre la Terre et donc renaître. Stone est d'avantage qu'une mère, c'est une femme qui a perdu un enfant et qui sous la pression d'un incident hors norme va décider de passer à autre chose et de reprendre sa vie en main.
Les dernières images sur l'immersion de la navette chinoise dans l'eau puis la remontée de Stone à la surface symbolisent enfin cette renaissance métaphorique, d'autant plus que l'héroïne commence par trébucher lorsqu'elle essaye de se relever pour finalement y parvenir à la manière d'un nouveau-né.
Je suis certaine qu'il y a plein d'autres éléments qui corroborent cette idée et c'est ce qui me fait penser que Gravity est loin d'être un film simple. Au contraire, il est réfléchi et pensé, symbolique dans toute sa puissance.

Etant une féministe convaincue, j'analyse aussi beaucoup ce que je vois au cinéma et ici je pense que Cuaron ne s'en sort pas si mal que ça sans être parfait. Le rapport entre la mère qu'est Stone et la Terre, mère de la vie ne vous a sans doute pas échappé. De même, les plans présentant la lune en berceau dans le visage de Ryan, le point de fusion se jouant sur la rondeur du casque faisant écho aux rondeurs de la surface terrestre, entérinent cette idée. Je ne suis pas franchement fan de l'idée mais le personnage de Ryan est à mon sens bien équilibré dans l'ensemble. Si elle panique, elle n'est jamais pathétique, ne pleurniche jamais pour rien. Pour autant ce n'est pas une super badass. Elle est un subtil mélange entre les deux, ce qui en fait un personnage fort tout en nuance avec ses peurs et mais aussi son courage. Ce que j'ai également apprécié c'est que au delà de ce personnage de mère, elle doit justement mettre de côté sa culpabilité et cette définition d'elle-même qu'elle s'est créée - je suis une mère sans enfant - pour renaître et redevenir l'être humain et a fortiori la femme qu'elle était. C'est un symbole fort à mon avis qui rattrape un peu la condition stéréotypée de mère initiale ainsi qu'un jeu habile sur les racines. Déracinée, enracinée, le personnage de Stone dépasse souvent les stéréotypes genrés que l'on retrouve souvent au cinéma. C'est aussi une médecin inventrice d'une nouvelle technologie, ce qui compense la dépendance du personnage vis à vis de Kowalski. Enfin, le choix de l'actrice me semble très judicieux. Sandra Bullock sait être féminine - jolies formes ni trop maigres (à la Angelina Jolie) ni trop voluptueuses (à la Scarlett Johanson, deux actrices envisagées un moment pour le rôle) - tout en gardant une coupe de cheveux courte, loin de ses coiffures habituelles. Son corps n'est jamais instrumentalisé ni érotisé mais filmé avec une parfaite objectivité. Ce n'est pas du corps de Ryan Stone qu'émane sa maternité symbolique et symbolisée mais de la psychologie du personnage ce qui prend d'avantage de poids. 


A côté de cette renaissance c'est aussi l'angoisse et la solitude qui sont exploitées par le réalisateur. Les vingt premières minutes sont extrêmement éprouvantes et voir l'actrice dériver dans l'espace est très effrayant. Le spectateur, grâce à la 3D notamment, suit ses mouvements frénétiques et parvient à comprendre ce qu'elle ressent dans ces looping frénétiques. Il y a d'ailleurs un plan superbe dont je veux vous parler. Alors que Stone tourne sur elle-même sans pouvoir s'arrêter la caméra commence par faire un gros plan sur le visage de l'actrice et sa respiration coupée puis saccadée histoire de faire monter l'angoisse d'un cran. Elle se rapproche ensuite, jusqu'à pénétrer le casque. Collé au visage de Sandra Bullock, c'est tout son jeu d'actrice qu'elle mobilise pour nous faire comprendre la peur du médecin puis lentement la caméra se déplace pour nous faire épouser la place de Stone et voir ce qu'elle voit, c'est à dire la Terre qui tourne sans qu'elle puisse se repérer puis l'espace noir, en alternance. Perdu dans point de repaire, tournant sur nous-même, l'angoisse atteint son paroxysme, avant de nous offrir une bulle d'air en sortant du casque. C'est à mon sens une mise en abime de la métaphore principale tout autant qu'un moyen pour Cuaron de nous mettre à la place de son héroïne et d'expérimenter nous-même l'absence de pesanteur dans l'espace.

L'angoisse brute
Pour finir, je dois vous parler de la maîtrise du son dans ce film qui est encore une fois pensée avec une précision incroyable. Il n'y a pas de son dans l'espace, puisqu'il n'y a pas d'atmosphère pour conduire les sons. On sent très bien chez Cuaron la volonté de respecter cette donnée. Alors oui, il y a du son dans le film, celui qui est répercuté à l'intérieur du casque de Stone notamment, les communications entre Houston et les astronautes aussi. La musique du début provient d'ailleurs de la combinaison de Kowalsky et nous parvient légèrement déformée ce que j'ai trouvé très habile. Les vingt premières minutes sont angoissantes aussi à cause du silence. Souvent, les films d'action sont saturés de musique, bruitages, explosions très fortes. Quant aux films d'horreur, ils jouent très souvent sur des musiques grinçantes et inquiétantes. Cuaron prend ici le parti, comme l'a fait Ridley Scott pour Alien - mais nous y reviendrons dans une autre chronique - de jouer sur le suspense et l'angoisse via l'absence de son.

Collision sans bruit
Pour ne pas trop déstabiliser le spectateur, il place tout de même quelques bruits mats de frottements lorsque les débris s'entrechoquent mais finalement, ce qui angoisse le spectateur tient plus dans l'anomalie générée par l'absence de bruit fort résultant des collisions et le fait que Stone, ne se retournent pas car elle n'entend pas. L'ensemble parait alors beaucoup plus dangereux.
De même, il y a un jeu incroyable entre ce genre de bruits mats ou de musique et la transition souvent extrêmement brutale avec un silence de plomb. Cet effet est conservé jusqu'au générique qui une fois l'annonce des principaux acteurs, réalisateurs et scénaristes est faite dans une musique de plus en plus forte, le son disparait ensuite toute à fait. Il reprend en ça le générique du début, fait exactement sur le même modèle.

J'aimerai finir sur une dernière note, celle d'un film démesuré, sorti de l'imagination d'un auteur. Sans être un film d'auteur à proprement parler, il suffit de regarder le générique pour s'apercevoir que Cuaron est partout, à toutes les étapes de la création de son chef d'oeuvre.


Un film au souffle novateur incontesté, une direction d'acteurs remarquable, une photographie à tomber, ne tergiversez pas, allez voir Gravity. On pourrait aborder encore de très nombreux points mais je vais m'arrêter là. Si vous voulez en apprendre d'avantage sur le film, je vous renvois à la chronique Enfants des étoiles de La Dame et à L'après séance du fossoyeur de film qui ont tous les deux pris une grande claque dans la tête. Ils ne sont pas les seuls! 

mardi 5 novembre 2013

Au bonheur des ogres - La saga Malaussène #1 - Daniel Pennac



COUP DE COEUR DE PERSEPHONE 

Présentation de l'éditeur: Côté famille, maman s'est tirée une fois de plus en m'abandonnant les mômes, et le Petit s'est mis à rêver d'ogres Noël.Côté cœur, tante Julia a été séduite par ma nature de bouc (de bouc émissaire).Côté boulot, la première bombe a explosé au rayon des jouets, cinq minutes après mon passage. La deuxième, quinze jours plus tard, au rayon des pulls, sous mes yeux. Comme j'étais là aussi pour l'explosion de la troisième, ils m'ont tous soupçonné.Pourquoi moi ?Je dois avoir un don...

La tribu Malaussène, je vous en parle depuis un moment. Comme d'habitude je fais tout dans le désordre, du coup je vous ai déjà parlé du tome 2 : La fée carabine, du tome 3 : La petite marchande de prose et du tome 5 : Des chrétiens et des Maures. Où sont passés le tome 1, 4 et 6 ainsi que la pièce de théâtre? Ca...on ne le saura peut-être jamais. En vérité, je les ai tous lu plusieurs fois mais le blog n'a juste eu les traces que de mes relectures.


Donc, après avoir vu le film Au bonheur des ogres il y a deux semaines, je me suis jetée sur mon exemplaire du Bonheur des ogres, le livre, afin de prolonger l'expérience et de retrouver un petit goût de Daniel Pennac bien venu par le froid qui court.

Le bonheur des ogres s'ouvre sur la rencontre du lecteur et du narrateur de ces aventures, j'ai nommé, Benjamin Malaussène. Benjamin ou Ben pour ses proches, est chargé de famille, ce qui signifie surtout que sa maman part explorer le monde avec un amant différent à chaque fois et reviens invariablement "pondre" à Belleville. La fratrie Malaussène se compose donc de Benjamin l'aîné, Louna, Clara (que Benjamin a mise lui-même au monde), Thérèse, Jérémy et du Petit (avec majuscule s'il vous plait). Tous de pères différents de 28 à 4 ans, cette famille pas comme les autres vit en plein Belleville entouré de la famille d'Amar l'algérien et de son fils Haddouch, meilleur pote de Ben.
Au boulot, Benjamin Malaussène est Bouc-émissaire, il se fait engueuler à la place des autres afin que l'entreprise ne perde pas trop d'argent dans des dommages et intérêts de clients mécontents. Ce n'est pas qu'il l'adore ce boulot, c'est qu'il en a besoin.
"Je suis trop bien payé pour ce que je fais et pas assez pour ce que je m'emmerde"
Pour autant, ce boulot il l'a dans la peau, Malaussène c'est un bouc né. Il prend en charge la misère du monde et de sa famille sur le dos. Surtout de sa famille. On ne le répètera jamais assez, ce qui fait le succès de la saga Malaussène tient en trois points: la famille Malaussène, le Belleville cosmopolite des années 80 et le langage de Pennac.
"(Mais qu'est-ce qu'ils ont dans le crâne, les enfants? Et les ados? Qu'est-ce qu'ils ont dans le cigare? Sont-ce seulement ceux de maman qui sont fabriqués sur ce modèle ou sont-ils tous pareil? Qu'on me renseigne, par pitié, n'importe qui, même un pédagogue, qu'on m'explique!)"
La famille Malaussène est multi recomposée, aucun enfant n'est du même père - ils ne les connaissent d'ailleurs pas - maman est une sainte toujours en vadrouille et c'est le gentil Ben qui se tortore les mômes. Au-delà de ça, c'est surtout une famille qui s'aime et qui sait apprécier la différence des autres. Louna est infirmière et amoureuse de Laurent un chirurgien, un véritable amour entre les deux, protagonistes touchants, Laurent s'occupe aussi bien des bobos des membres Malaussène que du chien Julius en pleine crise d'épilepsie. Clara, la deuxième fille, est une ange à la voix douce qui passe son temps l'oeil collé à son appareil et à photographier Belleville qui bouge. Elle photographie aussi le malheur, la misère et l'horreur pour la coincer sur la pellicule, la contrôler et lui donner du sens. Amoureuse de son frère Ben comme Ben est amoureux de sa Clara, la relation - jamais malsaine - qui existe entre eux est très forte. Clara est une sorte de maman rassurante quand Ben est un papa bordélique et légèrement dépressif. Thérèse ensuite, rigide comme la vertu, droite comme la justice et qui lit dans les cartes et l'avenir. Toujours austère Thérèse et toujours raisonnable. Jeremy qui parle comme un charretier, fait des expériences à la noix. C'est l'enfant terrible de la famille, celui qui essaye de faire sauter l'Education nationale et qui baptise les petits frères et soeurs mais qui bizarrement, ne ment jamais à Benjamin. En parlant de nom donné à Jeremy il faudrait parler du Petit à lunettes roses, le dernier né de la famille qui ne peut pas vivre sans les histoires que lui raconte Benjamin avant de s'endormir.
Sous ses dehors bordéliques et foutoirs, la famille Malaussène est extrêmement unie, en toute circonstance. Rassemblée le soir autour de Ben qui raconte les aventures de Jib la Hyène et Pat les pattes, Thérèse sténographiant le tout, il y a un ciment qu'on leur envie. Malgré les bombes, les ogres Noël et les fins de mois difficiles au dessus de l'ancienne quincaillerie.
""Louna est arrivée à terme": pudique optimisme pour désigner ce qui en fait le début de nouvelles catastrophes. Parce que des jumeaux, ne nous leurrons pas, c'est deux bouches de plus à nourrir, quatre oreilles à distraire, une vingtaine de doigts à surveiller, et des états d'âme en pagaille à éponger, encore et encore!"
Ce qui fait écho à cette famille heureuse et chaleureuse est la décontraction avec laquelle Benjamin Malaussène et les siens envisagent leur vie dans le Belleville des années 90. Cosmopolite et décomplexé, l'entourage des Malaussène est bigarré: la famille d'Amar l'algérien avec Haddouch l'ami fidèle et la femme d'Amar qui a servit de mère quand celle des Malaussène est en vadrouille. Mo le Mossi et Simon le Kabyle que l'on découvrira plus tard, protègent la tribu mais Belleville c'est aussi Théo, le vendeur collègue de Ben, homosexuel bien dans ses costumes colorés qui se prend en photo pour l'album du Petit. C'est lui aussi qui une fois par semaine va donner à manger à ses copines brésiliennes au bois de Boulogne. Incongrue, cette soirée où les Malaussène partage leur repas avec un Théo en forme, des travestis brésiliens qui se font lire les lignes de la main par Thérèse, une Tante Julia hallucinée et un Petit ravi.

Ce que j'aime avant tout dans cette description de Belleville et des cultures qui s'y mélange, c'est que, jamais chez Pennac, j'ai l'impression de recevoir une leçon de morale. Bien sûr qu'il traite avec brio du racisme, du sexisme, de l'homosexualité et même de l'avortement mais sans jamais poser le lecteur dans un statut de "méchant à éduquer". C'est une caractéristique que l'on retrouve beaucoup trop souvent en littérature ou au cinéma lorsqu'on nous abreuve d'un message moralisateur pré-mâché qui vise à culpabiliser le lecteur et le spectateur sans jamais élever le débat ou apporter un point de vue intéressant. Avec Pennac, on vit cette expérience à travers les yeux de Benjamin, avec son vécu, son expérience et son époque. C'est joyeusement délirant et ses commentaires sur l'ère communiste via son ami Stojil, sont le reflet d'un passé que beaucoup de lecteurs n'ont pas vécu, moi notamment. Pennac aborde à la façon de Marie-Aude Murail, de nombreux sujets avec une pertinence folle.

Tout cela ne serait rien, bien évidemment, sans la plume de Pennac qui est sûrement ce que j'aime le plus dans cet univers. Jamais langue de bois, assez brut mais aussi lyrique - laissez Benjamin vous parler de Tante Julia pour voir - le phrasé de Benjamain Malaussène n'est pas de celui que l'on oublie.
"(Yahvé, Jésus, Bouddah, Allah, Lénine, Machin et les autres....qu'est-ce que je vous ai fait?)"
Il y a une oralité naturelle dans l'écriture à la première personne des aventures de Ben sans jamais atteindre le niveau de Zazie dans le métro qui semble plus forcé et plus construit, là où Daniel Pennac se contente de laisser filer sa plume et sa verve naturelle. Et puis...et puis...à travers Benjamin Malaussène c'est Pennac l'auteur que l'on sent affleurer parfois. Son amour pour le Brésil qui transpire par l'utilisation du portugais mais aussi les travestis brésiliens et les coutumes que l'ancien professeur connait bien. C'est aussi son métier de l'on retrouve dans ces lignes au détour d'une page:
"Ainsi se poursuit notre promenade, Clara photographiant, moi disséquant pour elle le sonnet sublime, elle me jetant des regards éblouis, et moi pensant, comme le Cassidy de Crosby, que si j'étais prof j'aimerais ce métier pour toutes sortes de mauvaises raisons, dont mon goût immodéré pour cette admiration naïve". 
Pour parler enfin du Bonheur des ogres en lui même, j'ai été frappée, en relisant le roman, par la violence du polar et sa critique acerbe sur notre société qui est toujours vive mais jamais noire ni dénuée d'espoir. Les bombes sont visuellement choquante dans leur explosion par le détail de l'écriture de même que le thème sous-jacent abordé - à savoir des sacrifices d'enfants durant la guerre par une bande d'ostrogoth qui se croyaient au-dessus des lois - est particulièrement vomitif. L'intrigue est assez brouillonne, on alterne facilement entre l'histoire du magasin, celle de la famille Malaussène (qui tient une place conséquente dans le roman) et de Tante Julia et Ben. En fait, tout est imbriqué, tout ce fait écho ce qui peut laisser une impression désordonnée mais qui permet à l'intrigue de s'épanouir doucement, de prendre son temps pour faire monter l'horreur en crescendo. A travers Ben et son entourage, Pennac évoque aussi les dérives d'une société qui ne maîtrise plus bien ce qu'elle engendre ou au contraire cherche à trop vouloir encadrer parfois.

Au bonheur des ogres malgré l'humour omniprésent et le langage oral de l'auteur, n'est pas un livre pour enfant. Pour adolescent à la rigueur mais c'est un roman qui sous couvert de divertissement fait réfléchir son lecteur et l'entraîne dans une cohue comparable à celle qui règne dans les allées du magasin. Comme Denise Baudu du Bonheur des Dames le lecteur se retrouve secoué par cette foule et cette folie ambiante.

Un de mes romans préférés que je recommande ABSOLUMENT! 

vendredi 1 novembre 2013

Et si on se mettait à la BD? Episode 4: Long John Silver



Qui n'a jamais voulu retrouver l'univers de L'île au trésor de Robert Louis Stevenson? C'est désormais possible grâce à cette bande dessinée qui se veut comme un hommage au personnage original du pirate à la moralité - légèrement dirons-nous - dévoyée, je veux bien entendu parler de Long John Silver. Ce thème est donc repris par Mathieu Lauffray (scénario et dessins) et Xavier Dorison (scénario) dans un cycle en quatre tomes graphiquement époustouflants parus chez Dargaud (comme d'habitude je vous conseille leur site, bourrés d'informations sur la BD).

Résumé du tome 1 (BDGest'): Délaissée par son mari parti découvrir le nouveau monde depuis plusieurs années, lady Vivian Hastings est restée à Bristol, en Angleterre. Seule ? Pas tout à fait : Vivian, consciente de son charme, ne manque pas de courtisans. Ceux-ci ne connaissent pas sa situation matérielle inquiétante : ruinée bien que toujours propriétaire du domaine et, surtout, enceinte... Tout bascule le jour où Vivian reçoit enfin des nouvelles de son mari qui lui somme de le rejoindre en Amérique du sud où Lord Hasting aurait découvert le mythique trésor de Guayanacapac ! Acculée, Lady Hastings décide de partir et fait appel, malgré les mises en garde du docteur Livesey, à une bande d'hommes sans foi ni loi dont le chef n'est autre que le redoutable Long John Silver. Vivian conclut un pacte de sang avec ce pirate qui lui propose de l'embarquer jusqu'au nouveau monde en échange d'une partie du trésor. Le voyage s'effectuera jusque dans les pays les plus reculés, le long de l'Amazonie, en pleine forêt.

Après leur collaboration sur Prophet une bande dessinée qui vaut apparemment le détour - "apparemment" parce que je ne l'ai pas lu mais c'est ce qu'en disent pas mal de blogs - Lauffray et Dorison décident de remettre ça en investissant cette fois le monde de la piraterie dans une histoire qui débute dix ans après L'île au trésor. Voici ce qu'en disait d'ailleurs Xavier Dorison dans une interview pour Dargaud: ""J’avais envie de tempête, de grand souffle, d’exotisme et de trésor ! En remettant mon nez dans "L'Île au trésor", j’ai également retrouvé un plaisir de lecture d’enfance, des madeleines de Proust qui correspondent à cette période de ma vie, à une forme d’innocence."

Il faut dire que ces deux auteurs n'en sont pas arrivés là par hasard. Mathieu Lauffray a beaucoup travaillé pour le cinéma et notamment avec Christophe Gans le réalisateur de Crying Freeman, Le pacte des loups, Silent Hill. Il a travaillé sur les images préparatoire de Nemo un film conçu comme un prequel à Vingt mille lieux sous les mers mais la production fut finalement abandonnée. Chose plus intéressante encore, il a travaillé toujours avec Gans sur un autre projet: Le Pacte des Loups, il est l'auteur du carnet de croquis de Fronsac le personnage principal interprété par Samuel le Bihan, c'est lui qui dessine aussi la bête dans le film et agit en tant que doublure main. Enfin, il a également aidé à la création graphique du film Vidoq ou 10 000 de Roland Emerich. Quant à Xavier Dorison il est le scénariste de onze séries de bandes dessinées et a aussi touché au monde du cinéma puisque c'est à lui entre autre que l'on doit le scénario des Brigades du Tigres sorti en 2006.

Si je parle un peu longuement de ces collaborations c'est que le lien est particulièrement visible dans Long John Silver, surtout entre le Pacte des Loups et cette bande dessinée. On retrouve le même univers dégoulinant de pluie, sombre, dans des teintes très fortes de vert et de bleu. Le dessin a quelque chose de rugueux mais également de complètement fascinant. Une fois embarquée dans l'histoire on ne peut plus se détacher des images que l'on a sous les yeux. Les planches complètes sont superbes et pour s'en convaincre il suffit de jeter un œil sur la couverture tome 2 que je trouve époustouflante. C'est d'ailleurs ce qui, avec le titre, m'a attiré l’œil à la bibliothèque. Une bande dessinée sur Long John Silver est en soit intéressante mais la patte de l'artiste rend le tout évidemment indispensable. Comme souvent, chose à ne pas négliger, la bande dessinée est complète en quatre tomes ce qui évite parfois les écueils des séries à rallonge dont on ne voit jamais la fin. 

Le tome 1, le seul que j'ai lu pour l'instant, fait figure de prologue et nous place l'intrigue et les personnages. Nous avons donc Lady Hasting, abandonnée par son mari qui court les trésors en Amérique latine, collectionneuse d'amants et de dettes qui se voit un beau jour dans la purée lorsque son beau-frère vient la trouver en lui annonçant non seulement que son mari n'est pas mort mais qu'il la déchoit de ses droits et récupère tout son argent. La dame, aux aboies, entraîne alors sa bonne dans un périple qui les mènera de l'autre côté du monde en la compagnie du pirate à la jambe de bois. Long John est introduit tard dans ce premier tome ce qui n'est pas plus mal. Cette absence ou la théorie de l'élastique au cinéma, permet au lecteur d'anticiper l'arrivée du pirate et marque un point culminant lorsqu'il apparait enfin. Le scénario est simple, chaque tome parlant d'un épisode complet jusqu'au dénouement final, mais est particulièrement efficace. Nous suivons la progression du bateau parti pour rejoindre la cité perdue de Guyanacapac qu'aurait trouvé Lord Hasting tout en voyant en parallèle comment Long John se met peu à peu l'équipage dans la poche afin de parvenir à ses fins et à celles de Lady Hasting. Le personnage de la servante est également très intéressant et intriguant dès le début du tome 1 ce qui permet des rebondissements bienvenus.

Au niveau de l'intrigue je suis très tentée par la suite de la bande dessinée car le voyage et les retournements de situations seront à mon avis bien maîtrisés et j'ai pu lire que le quatrième tome, qui marque l'arrivée de l'équipage dans la cité légendaire, permet à la série de finir dans une apothéose grandiose. Si ce n'est pas de la tentation ça...

Il n'était pas question pour Laffray et Dorison de refaire un l'île au trésor mais bien de raconter de nouvelles aventures de Long John après ce dernier. Les clins d’œil ne manquent donc pas au roman original tout en sachant s'affranchir de celui-ci pour offrir au lecteur une véritable histoire indépendante. Pas besoin d'avoir lu le roman donc pour s'attacher aux personnages puisque les véritables éléments importants du roman pour la construction du personnage de Long John sont distillés dans le prologue. 

Parmi les clins d’œil on retrouvera notamment le personnage du docteur Livesey présent dans L'île au trésor et de la taverne The Spyglass dans laquelle Lady Hasting fait la connaissance de Long John Silver tout comme Jim Hawkins le faisait dix ans auparavant. Le nom de Hawkins émaille d'ailleurs le récit marquant de ce fait l’ambiguïté du personnage du cuisinier à la jambe de bois.

Long John Silver est doté à la fois d'une réelle intention scénaristique, raconter une histoire d'un des pirates les plus célèbres de la littérature, mais aussi d'une forte présence artistique. Il y a un travail indéniable derrière Long John Silver. Je me suis également rendue compte qu'une BD ça se savoure contrairement à l'idée qu'on s'en fait. J'ai lu le tome 1 vraiment par petites touches, comme on le ferait pour un roman, histoire de digérer les dessins et l'intrigue assez denses. C'est un univers que je recommande même si le dessin vous rebute, cela vaut le coup à mon avis de se faire violence et de se laisser saisir par l'ambiance poisseuse et froide de cette série. 

Les quatre tomes disponibles (le dernier n'est pas encore arrivé à la bibliothèque, je fais déjà grise mine):

1. Lady Vivian Hasting (2007)
2.Neptune (2008 et sélection officielle du Festival d'Angoulême 2009)
3. Le labyrinthe d'Emeraude (2010)
4. Guyanacapac (2013)  

mercredi 30 octobre 2013

The Gay divrocee (1934)


Résumé: Guy Holden, danseur de music-hall, accompagne son ami Egbert Fitzgerald qui doit s'occuper du cabinet d'avocat de son père à Londres, avant de rentrer aux Etats-Unis. A la douane londonienne, le chemin de Guy croise celui de Mimi Glossop. S'il en tombe tout de suite amoureux et cherche à la revoir, ce n'est pas tout à fait le cas de la jeune femme. En effet, celle-ci cherche à divorcer de son encombrant mari et demande pour cela les conseils d'un avocat...Egbert! Ce dernier lui conseille d'organiser un faux flagrant délit d'adultère. 

CASTING

Fred Astaire ..................................................... Guy Holden
Ginger Rogers .................................................. Mimi Glossop/ Mrs Green
Alice Brady ..................................................... Tante Hortense
Edward Everett Horton .................................... Egbert Fitzgerald
Erik Rhodes ..................................................... Rodolpho Tonetti
Eric Blore ......................................................... Le serveur
Betty Grable ..................................................... La spécialiste de la danse
Lillian Miles ..................................................... "La continentale"
Charles Coleman .............................................. Le valet de Guy
William Austin .................................................. Cyril Glossop



The Gay Divorcee est l'un des dix films qui marqueront la collaboration entre Fred Astaire et Ginger Rogers. Tourné en 1934, il devait à l'origine s'appeler "Gay divorce" (Joyeux divorce pour ceux qui ne comprendraient pas la langue de Shakespeare) mais les studios changèrent le titre pour "The Gay divorcee" (La joyeuse divorcée) pour ne pas avoir à assumer l'idée qu'un divorce puisse être joyeux. Personnellement, je trouve ça assez tordant pour un film qui parle d'organiser un faux flagrant délit d'adultère le tout agrémenté de faux amant, vrai amant, quiproquo et j'en passe. Les studios américains me surprendront toujours.

Trêve de plaisanterie, The Gay Divorcee est un de ces films que l'on met avec plaisir un dimanche soir pluvieux accompagné d'un chocolat chaud fumant et de petits (ou gros) gâteaux au chocolat. Le scénario n'est pas en soi bien original quoiqu'il y ait plusieurs retournements de situations intéressants mais il reste très amusant grâce à ses acteurs.

Ce sont vraiment eux qui font le sel du film. Oui, oui je sais, je suis TOUJOURS impartiale lorsqu'il s'agit de Fred Astaire mais je vous mets au défis de résister à sa bouille adorable. Il est jeune et pourtant il fait déjà vieux marquant ainsi une certaine intemporalité. Son sourire illumine aussi beaucoup son visage qui rend ses personnages immédiatement attachants. Son aspect longiligne, son flegme tout droit sorti des îles britanniques et son pas léger en font un acteur irrésistible. C'est à chaque fois la même chose lorsque je regarde l'un de ses films. J'en ressors invariablement avec une envie de danser et de sourire. 

Même si les personnages de Guy Holden et de Mimi Glossop passent la première moitié du film à s'éviter - Guy Holden dénotant quand même une capacité de stalker un peu flippante bien qu'élégante - leur alchimie est indéniable dès que les deux acteurs se mettent à danser. C'était la première fois que je voyais un film avec ce couple célèbre et j'ai compris sans difficulté ce qui fait leur renommée. Ils évoluent véritablement avec beaucoup de grâce et d'élégance sur une piste le tout n'étant pas dénué de simplicité. L'ambiance de leur danse à deux est souvent vaporeuse pas très loin du ballet ce qui est amplifié par les costumes de Ginger Rogers, de longues robes de mousseline et des costumes sobres de Fred Astaire. 

J'aime beaucoup la nonchalance du personnage de Fred Astaire, Guy Holden. Il a quelque chose d'élégant tout en étant un peu empoté. Il faut voir son visage concentré lorsqu'il scrute les femmes à Londres dans l'espoir de retomber sur Mimi. Quant à Ginger Rogers elle a ce petit je-ne-sais quoi de classieux qui va bien avec Fred Astaire.  
Les personnages secondaires, notamment Alice Brady et Edward Horton apportent une touche d'humour décalé bienvenu. Alice Brady nous offre une tante sans mémoire et sans cervelle qui a le chic pour tout confondre et ne rien comprendre. Edward Horton joue pour sa part un Egbert qui veut bien faire mais qui se retrouve dépassé par les évènements et Tante Hortense, flirt de jeunesse.

Même si le scénario est convenu, les rebondissements s'enchaînent bien notamment parce que le grand quiproquo n'est pas étiré sur la totalité du film. Il intervient tard de sorte que le spectateur peut largement l'anticiper et sa résolution est finalement rapide pour ne pas ennuyer. Elle donne lieu de la sorte à de très bonnes scènes autour du personnage d'Erik Rhodes, l'italien engagé pour servir de "faux amant" à Mimi Glossop. Le trio, Fred Astaire, Ginger Rogers et Erik Rhodes fonctionne très bien, est très drôle.
Le dénouement enfin, est sympathiquement tourné pour une résolution rapide sans être bâclée et joyeuse.

Les numéros de danse sont vraiment très beaux avoir et les musiques, même si elles sont moins célèbres que celles d'autres comédies musicales n'en restent pas moins très agréables à écouter. Voici une petite liste:

- The Continental qui a gagné le premier oscar pour la Meilleure chanson originale. Elle est chantée par Ginger Rogers, Erik Rhodes et Lilian Miles et dansée par Ginger Rogers et Fred Astaire.
- Don't let it bother you qui est la première chanson du film dansée par Fred Astaire.
- Let's K-nock K-nees chantée par Betty Grable
- Needle in a Haystack chantée et dansée par Fred Astaire.
En fin, Night and Day  de Cole Porter chantée par Fred Astaire et dansée par le couple principal.

Pour finir cette chronique, je vous dirai que Malika Ferdjoukh en grande amatrice de comédies musicales américaines fait référence au film par clin d'oeil dans son roman Chaque soir à 11 heures. 

mardi 29 octobre 2013

Le club Dumas ou l'ombre de Richelieu - Arturo Pérez Reverte


Présentation de l'éditeur: Lucas Corso, mercenaire de la bibliophilie et chasseur de livres, il reçoit de clients la double mission d'authentifier un chapitre manuscrit des Trois Mousquetaires et de déchiffrer l’énigme d'un étrange livre, Les neufs portes du royaume des ombres, brûlé en 1666, en même temps que son auteur, sur l'ordre du Saint-Office, et qui selon la légende permet de convoquer le diable. L'enquête de Corso se complique du suicide d'un célèbre éditeur de livres de cuisine, passionné par les feuilletons du XIXe siècle. Elle le mènera de Tolède à Cintra, au Portugal, et de là aux bouquinistes du quartier Latin à Paris.
Défilent d'insolites personnages, y compris une mystérieuse jeune femme qui suit Corso pas à pas, ainsi qu'un couple inquiétant qui semble sorti tout droit des Trois Mousquetaires, tandis que dans un endroit secret l'ombre du cardinal de Richelieu tire à travers le temps les fils d'une intrigue à mi-chemin entre la réalité et la fiction. 

Lire n'est jamais une occupation innocente. Un livre peut se transformer en un piège mortel, telle est la conclusion de cette histoire fascinante.

Je n'aime pas dire du mal d'un auteur, vraiment, surtout lorsque cet auteur à un talent réel d'écriture mais parfois c'est nécessaire. Je pense, en toute sincérité, qu'Arturo Pérez-Reverte doit arrêter d'écrire des romans policiers, c'est clair, il n'est pas fait pour ça. Comprenez-moi bien, je ne dis pas qu'il doit arrêter d'écrire, il a incontestablement une excellente plume et une façon de croquer ses personnages que j'ai rarement croisé ailleurs. Non, il n'est simplement pas bon dans le genre du roman policier.

Après ma lecture du Tableau du maître flamand, que j'avais apprécié malgré des défauts de construction de l'intrigue, une fin inutilement complexe et un langage parfois verbeux, j'avais très envie de continuer sur ma lancée et de découvrir d'autres romans du même auteur d'autant que l'on m'en conseillait plusieurs. Mon choix s'est donc rabattu sur Le club Dumas ou l'ombre de Richelieu et Le cimetière des bateaux sans nom. Devant le résumé du Club Dumas, j'ai eu une révélation. Il s'agissait du roman ayant inspiré Roman Polanski pour son film La neuvième porte que j'ai vu de nombreuses fois gamine puis adolescente. J'ai donc bien naturellement commencé par celui-là.

J'y ai retrouvé le côté rugueux du film, un personnage principal dur et antipathique à qui l'on finit par s'attacher malgré tout. C'est la grande force d'Arturo Pérez-Reverte, de créer des personnages uniques qui imprègnent ses récits. Ils sont extrêmement subtiles dans leurs caractéristiques, toujours très bien dosés et assez loin des clichés des personnages de romans policiers en général. Ici Corso est un être froid, calculateur mais pas sans morale. Il est complètement mort au niveau affectif et est efficace dans son travail justement parce qu'il met l'affect de côté. Lapin ou loup, ses descriptions oscillent souvent mais touchent toujours. La fille est elle-aussi parfaite dans son genre. Elle garde un détachement du début jusqu'à la fin ce qui, au lieu de la faire paraître superficielle, l’insère sans difficulté aucune dans le monde de Corso. Intrigante certes, mais finalement naturelle dans cet environnement étrange. D'ailleurs, Corso devine assez vite la nature de cette "Irene Adler" même s'il pense au départ à une plaisanterie. La Ponte est de son côté loin d'être le sidekick rigolo classique. Sidekick il peut l'être, drôle non.
Nous avons aussi les répliques de Rocheford et Milady que j'ai trouvé eux en revanche beaucoup plus caricaturaux ce qui n'est sans doute pas une surprise étant donné le rapprochement voulu entre Liana Taillefer et son garde du corps à cicatrice et les deux protagonistes des Trois mousquetaires.

On en vient à un deuxième et troisième points qui prouvent qu'Arturo Pérez-Reverte est un excellent auteur malgré tout ce que je vais vous balancer par la suite - voyez que je suis mal à l'aise de dire du mal. Je vis dans un monde de bisounours...et j'aime le polar...oui je sais, je suis une fille bizarre. Son récit commence à la première personne, racontée par Boris Balkan, professeur de littérature spécialiste des romans populaires du XIXe siècle. Plus largement Boris Balkan est un passionné de Cape et d'épée et en particulier de Dumas et de ses Trois mousquetaires. C'est là que l'on sent le véritable travail d'érudition de l'auteur. Ayant écrit Les aventures du Capitaine Alatriste on s'en serait douté mais nous en avons désormais la preuve. Il parle de romans qui ne sont plus édités, de feuilletons du XIXe siècle peu connus et de ce genre littéraire depuis les premiers ouvrages espagnols. Il montre également la même érudition dans les ouvrages consacrés au diable, même si celle-ci semble plus lourde et artificielle. Quant au monde des bibliophiles, des livres anciens et de leur restauration, là aussi il nous en met plein la vue.
D'un point de vue purement narratif, la rencontre avec Boris Balkan nous permet aussi un joli coup de style. En effet, comme je le disais, le récit commence à la première personne écrit par Balkan lui-même et nous racontant sa rencontre avec Corso qui vient lui demander conseil pour le manuscrit du Vin d'Anjou. Sauf que, retournement de situation, le récit passe ensuite à la troisième personne toujours raconté par Balkan mais d'après les évènements que lui a rapporté plus tard Corso. C'est assez original même si j'y mets une réserve du fait de la fin du livre qui donne à l'ensemble, quand on y pense, un côté bancal ou une facilité narrative qui a été déjà reprochée, dans son traitement, à plusieurs autres auteurs dont Agatha Christie elle-même. Si je dis ça c'est parce que Pérez-Reverte est conscient de cet artifice et qu'il n'hésite pas à aller au-delà du clin d’œil notamment à rappeler le procédé utilisé par la reine du polar. J'ai trouvé la filiation facile et pas forcément bien maîtrisée. 

Cette originalité narrative tombe donc un peu à plat à la fin du roman et en fait un artifice presque ridicule mais c'est sans doute plus imputable à la construction de l'intrigue elle-même qu'au style de Pérez-Reverte qui est pour le coup assez simple et moins bavard que dans Le tableau du maître flamand. L'intrigue est sans conteste le plus gros problème du roman et la qualité de l'écriture ne compense malheureusement pas cette faiblesse colossale pour un roman policier. Ce qui me fait dire que l'auteur n'est tout simplement pas bon pour le genre.

En fait, au niveau de l'intrigue, Le club Dumas est exactement l'excès inverse du Tableau du maître flamand. Souvenez-vous, je vous disais que l'intrigue première au sujet du tableau et du meurtre qu'il dévoilait était abandonnée dès le premier tiers du récit. Je regrettais donc une disparition beaucoup trop rapide d'une intrigue que j'aurai aimé voir conjointement menée avec celle de la partie d'échecs mortelle. Ici, c'est exactement l'inverse. Je ne sais pas si Arturo Pérez Reverte a voulu corriger les défauts du Maître flamand en écrivant Le Club Dumas (le premier date de 1990 le second de 1993, ils sont respectivement les romans numéro trois et quatre de l'auteur) mais il commet dans ce dernier toutes les erreurs inverses du premier. Comme quoi parfois il faut se méfier de ce que l'on souhaite.
Arturo Pérez Reverte commet le malheur de suivre deux lièvres à la fois: d'une part l'intrigue sur le Vin d'Anjou, ce chapitre des Trois Mousquetaires qu'on cherche à voler à Corso et d'autre part, l'authentification du livre Les neuf portes du royaume des ombres par comparaison avec les deux autres exemplaires connus de l’œuvre, le tout accompagné de vol, destructions de biens et de meurtres. Les deux intrigues sont entremêlées, ce que j'aurais voulu lire dans le Maître flamand, seulement là je ne vois pas DU TOUT l'intérêt de suivre ces deux intrigues. Pourquoi? Tout simplement parce qu'elles ne se rejoignent JAMAIS contrairement au lien qui était fait entre le tableau et les meurtres par le jeu d'échec dans le Maître flamand où une double intrigue avait sa place. Si Lucas Corso, le personnage principal essaye vaguement de combler les blancs pour que tout ait du sens, le lecteur se rend vite compte qu'il s'agit de deux intrigues séparées. Dès lors, l'abandon de l'intrigue Dumas, profondément inintéressante j'en ai peur, plus tôt dans le déroulement de l'action, aurait donné plus de suspense à la seconde intrigue sur le mystérieux livre écrit par le diable. Un filon ésotérique que l'auteur n'est même pas capable d'exploiter jusqu'au bout.
La révélation sur le mystère du Club Dumas tombe non seulement à plat mais est en plus longue et franchement sans intérêt. Il n'y a aucun enjeu et la résolution de l'intrigue me fait penser à une bombe qu'on désamorce par un pétard mouillé: "Quoi mais c'est ça la solution de l'énigme?" Tout ça pour se rendre compte qu'il n'y avait pas d'énigme, juste des zigotos complètement farfelus incapables de traiter une affaire marchande convenablement. Je ne précise pas que le "méchant" de cette intrigue là est bavard et pédant? Qui a dit "On dirait César?".

Maintenant je vous donne l'autre bonne nouvelle, l'intrigue sur la neuvième porte s'achève....en un chapitre, le dernier. Oui, puisque les autres sont consacrés à Dumas. La meilleure intrigue du roman liquidée en dix pages avec là au contraire presque aucune explication - heureusement que j'avais vu le film pour comprendre de quoi il retournait. Le chapitre s'appelle d'ailleurs "Diabolus ex machina" en référence à la ficelle de la solution miraculeuse. C'est exactement ça, une résolution bâclée et expédiée. A partir du dernier tiers du roman j'ai vraiment eu l'impression que l'auteur ne savait plus du tout où il allait et qu'il bâclait sa fin pour en finir plus vite, comme s'il avait écrit une intrigue sans penser à son dénouement. Pire, je le soupçonne d'avoir voulu faire un mystère littéraire sur Dumas, mais voyant que ça allait être dur d'intéresser le lecteur sur "les ghost writer" de Dumas (ce qui est quand même de notoriété publique) et de créer une intrigue à suspense, a rajouté celle sur le diable et son livre histoire afin de complexifier l'ensemble. Ça passe complètement à côté de son but, la fin est une torture à lire et elle ne résout rien.

Je me souvenais vaguement du film de Polanski que je n'ai pas vu depuis une dizaine d'année (mon adolescence me semble soudain très lointaine) et je me demandais pourquoi alors que les neuf portes me disaient bien quelque chose, je ne me souvenais absolument pas d'un mystère sur un manuscrit des Trois mousquetaires. J'ai la réponse, Polanski a tout simplement fait un choix d'adaptation et a supprimé la quasi totalité de cette intrigue là et reconverti certains personnages dans la seconde intrigue. Alors je n'ai pas encore revu ce film - mais je vais le faire vous vous en doutez - mais d'emblée ce choix me semble le plus logique du monde. Débarrassé de cette intrigue qui plombe le récit, le ralenti et fait tomber Corso dans de mauvais choix, le film se recentre sur l'essentiel et donne une explication, quoiqu'un peu confuse dans mon esprit, du mystère des neuf portes. Je vous en reparle très vite.

En attendant, Le Club Dumas s'avère être une grosse déception mais je ne perds pas espoir, il me reste Le cimetière des bateaux sans nom, le maître d'escrime, Le peintre de batailles et bien sûr Alatriste (dont on pourra reparler du film d'ailleurs...ou pas...) pour découvrir d'autres facette de cet auteur espagnol.