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mardi 5 novembre 2013

Au bonheur des ogres - La saga Malaussène #1 - Daniel Pennac



COUP DE COEUR DE PERSEPHONE 

Présentation de l'éditeur: Côté famille, maman s'est tirée une fois de plus en m'abandonnant les mômes, et le Petit s'est mis à rêver d'ogres Noël.Côté cœur, tante Julia a été séduite par ma nature de bouc (de bouc émissaire).Côté boulot, la première bombe a explosé au rayon des jouets, cinq minutes après mon passage. La deuxième, quinze jours plus tard, au rayon des pulls, sous mes yeux. Comme j'étais là aussi pour l'explosion de la troisième, ils m'ont tous soupçonné.Pourquoi moi ?Je dois avoir un don...

La tribu Malaussène, je vous en parle depuis un moment. Comme d'habitude je fais tout dans le désordre, du coup je vous ai déjà parlé du tome 2 : La fée carabine, du tome 3 : La petite marchande de prose et du tome 5 : Des chrétiens et des Maures. Où sont passés le tome 1, 4 et 6 ainsi que la pièce de théâtre? Ca...on ne le saura peut-être jamais. En vérité, je les ai tous lu plusieurs fois mais le blog n'a juste eu les traces que de mes relectures.


Donc, après avoir vu le film Au bonheur des ogres il y a deux semaines, je me suis jetée sur mon exemplaire du Bonheur des ogres, le livre, afin de prolonger l'expérience et de retrouver un petit goût de Daniel Pennac bien venu par le froid qui court.

Le bonheur des ogres s'ouvre sur la rencontre du lecteur et du narrateur de ces aventures, j'ai nommé, Benjamin Malaussène. Benjamin ou Ben pour ses proches, est chargé de famille, ce qui signifie surtout que sa maman part explorer le monde avec un amant différent à chaque fois et reviens invariablement "pondre" à Belleville. La fratrie Malaussène se compose donc de Benjamin l'aîné, Louna, Clara (que Benjamin a mise lui-même au monde), Thérèse, Jérémy et du Petit (avec majuscule s'il vous plait). Tous de pères différents de 28 à 4 ans, cette famille pas comme les autres vit en plein Belleville entouré de la famille d'Amar l'algérien et de son fils Haddouch, meilleur pote de Ben.
Au boulot, Benjamin Malaussène est Bouc-émissaire, il se fait engueuler à la place des autres afin que l'entreprise ne perde pas trop d'argent dans des dommages et intérêts de clients mécontents. Ce n'est pas qu'il l'adore ce boulot, c'est qu'il en a besoin.
"Je suis trop bien payé pour ce que je fais et pas assez pour ce que je m'emmerde"
Pour autant, ce boulot il l'a dans la peau, Malaussène c'est un bouc né. Il prend en charge la misère du monde et de sa famille sur le dos. Surtout de sa famille. On ne le répètera jamais assez, ce qui fait le succès de la saga Malaussène tient en trois points: la famille Malaussène, le Belleville cosmopolite des années 80 et le langage de Pennac.
"(Mais qu'est-ce qu'ils ont dans le crâne, les enfants? Et les ados? Qu'est-ce qu'ils ont dans le cigare? Sont-ce seulement ceux de maman qui sont fabriqués sur ce modèle ou sont-ils tous pareil? Qu'on me renseigne, par pitié, n'importe qui, même un pédagogue, qu'on m'explique!)"
La famille Malaussène est multi recomposée, aucun enfant n'est du même père - ils ne les connaissent d'ailleurs pas - maman est une sainte toujours en vadrouille et c'est le gentil Ben qui se tortore les mômes. Au-delà de ça, c'est surtout une famille qui s'aime et qui sait apprécier la différence des autres. Louna est infirmière et amoureuse de Laurent un chirurgien, un véritable amour entre les deux, protagonistes touchants, Laurent s'occupe aussi bien des bobos des membres Malaussène que du chien Julius en pleine crise d'épilepsie. Clara, la deuxième fille, est une ange à la voix douce qui passe son temps l'oeil collé à son appareil et à photographier Belleville qui bouge. Elle photographie aussi le malheur, la misère et l'horreur pour la coincer sur la pellicule, la contrôler et lui donner du sens. Amoureuse de son frère Ben comme Ben est amoureux de sa Clara, la relation - jamais malsaine - qui existe entre eux est très forte. Clara est une sorte de maman rassurante quand Ben est un papa bordélique et légèrement dépressif. Thérèse ensuite, rigide comme la vertu, droite comme la justice et qui lit dans les cartes et l'avenir. Toujours austère Thérèse et toujours raisonnable. Jeremy qui parle comme un charretier, fait des expériences à la noix. C'est l'enfant terrible de la famille, celui qui essaye de faire sauter l'Education nationale et qui baptise les petits frères et soeurs mais qui bizarrement, ne ment jamais à Benjamin. En parlant de nom donné à Jeremy il faudrait parler du Petit à lunettes roses, le dernier né de la famille qui ne peut pas vivre sans les histoires que lui raconte Benjamin avant de s'endormir.
Sous ses dehors bordéliques et foutoirs, la famille Malaussène est extrêmement unie, en toute circonstance. Rassemblée le soir autour de Ben qui raconte les aventures de Jib la Hyène et Pat les pattes, Thérèse sténographiant le tout, il y a un ciment qu'on leur envie. Malgré les bombes, les ogres Noël et les fins de mois difficiles au dessus de l'ancienne quincaillerie.
""Louna est arrivée à terme": pudique optimisme pour désigner ce qui en fait le début de nouvelles catastrophes. Parce que des jumeaux, ne nous leurrons pas, c'est deux bouches de plus à nourrir, quatre oreilles à distraire, une vingtaine de doigts à surveiller, et des états d'âme en pagaille à éponger, encore et encore!"
Ce qui fait écho à cette famille heureuse et chaleureuse est la décontraction avec laquelle Benjamin Malaussène et les siens envisagent leur vie dans le Belleville des années 90. Cosmopolite et décomplexé, l'entourage des Malaussène est bigarré: la famille d'Amar l'algérien avec Haddouch l'ami fidèle et la femme d'Amar qui a servit de mère quand celle des Malaussène est en vadrouille. Mo le Mossi et Simon le Kabyle que l'on découvrira plus tard, protègent la tribu mais Belleville c'est aussi Théo, le vendeur collègue de Ben, homosexuel bien dans ses costumes colorés qui se prend en photo pour l'album du Petit. C'est lui aussi qui une fois par semaine va donner à manger à ses copines brésiliennes au bois de Boulogne. Incongrue, cette soirée où les Malaussène partage leur repas avec un Théo en forme, des travestis brésiliens qui se font lire les lignes de la main par Thérèse, une Tante Julia hallucinée et un Petit ravi.

Ce que j'aime avant tout dans cette description de Belleville et des cultures qui s'y mélange, c'est que, jamais chez Pennac, j'ai l'impression de recevoir une leçon de morale. Bien sûr qu'il traite avec brio du racisme, du sexisme, de l'homosexualité et même de l'avortement mais sans jamais poser le lecteur dans un statut de "méchant à éduquer". C'est une caractéristique que l'on retrouve beaucoup trop souvent en littérature ou au cinéma lorsqu'on nous abreuve d'un message moralisateur pré-mâché qui vise à culpabiliser le lecteur et le spectateur sans jamais élever le débat ou apporter un point de vue intéressant. Avec Pennac, on vit cette expérience à travers les yeux de Benjamin, avec son vécu, son expérience et son époque. C'est joyeusement délirant et ses commentaires sur l'ère communiste via son ami Stojil, sont le reflet d'un passé que beaucoup de lecteurs n'ont pas vécu, moi notamment. Pennac aborde à la façon de Marie-Aude Murail, de nombreux sujets avec une pertinence folle.

Tout cela ne serait rien, bien évidemment, sans la plume de Pennac qui est sûrement ce que j'aime le plus dans cet univers. Jamais langue de bois, assez brut mais aussi lyrique - laissez Benjamin vous parler de Tante Julia pour voir - le phrasé de Benjamain Malaussène n'est pas de celui que l'on oublie.
"(Yahvé, Jésus, Bouddah, Allah, Lénine, Machin et les autres....qu'est-ce que je vous ai fait?)"
Il y a une oralité naturelle dans l'écriture à la première personne des aventures de Ben sans jamais atteindre le niveau de Zazie dans le métro qui semble plus forcé et plus construit, là où Daniel Pennac se contente de laisser filer sa plume et sa verve naturelle. Et puis...et puis...à travers Benjamin Malaussène c'est Pennac l'auteur que l'on sent affleurer parfois. Son amour pour le Brésil qui transpire par l'utilisation du portugais mais aussi les travestis brésiliens et les coutumes que l'ancien professeur connait bien. C'est aussi son métier de l'on retrouve dans ces lignes au détour d'une page:
"Ainsi se poursuit notre promenade, Clara photographiant, moi disséquant pour elle le sonnet sublime, elle me jetant des regards éblouis, et moi pensant, comme le Cassidy de Crosby, que si j'étais prof j'aimerais ce métier pour toutes sortes de mauvaises raisons, dont mon goût immodéré pour cette admiration naïve". 
Pour parler enfin du Bonheur des ogres en lui même, j'ai été frappée, en relisant le roman, par la violence du polar et sa critique acerbe sur notre société qui est toujours vive mais jamais noire ni dénuée d'espoir. Les bombes sont visuellement choquante dans leur explosion par le détail de l'écriture de même que le thème sous-jacent abordé - à savoir des sacrifices d'enfants durant la guerre par une bande d'ostrogoth qui se croyaient au-dessus des lois - est particulièrement vomitif. L'intrigue est assez brouillonne, on alterne facilement entre l'histoire du magasin, celle de la famille Malaussène (qui tient une place conséquente dans le roman) et de Tante Julia et Ben. En fait, tout est imbriqué, tout ce fait écho ce qui peut laisser une impression désordonnée mais qui permet à l'intrigue de s'épanouir doucement, de prendre son temps pour faire monter l'horreur en crescendo. A travers Ben et son entourage, Pennac évoque aussi les dérives d'une société qui ne maîtrise plus bien ce qu'elle engendre ou au contraire cherche à trop vouloir encadrer parfois.

Au bonheur des ogres malgré l'humour omniprésent et le langage oral de l'auteur, n'est pas un livre pour enfant. Pour adolescent à la rigueur mais c'est un roman qui sous couvert de divertissement fait réfléchir son lecteur et l'entraîne dans une cohue comparable à celle qui règne dans les allées du magasin. Comme Denise Baudu du Bonheur des Dames le lecteur se retrouve secoué par cette foule et cette folie ambiante.

Un de mes romans préférés que je recommande ABSOLUMENT! 

jeudi 24 octobre 2013

Au bonheur des ogres (2013)




FILM DOUDOU INSIDE

MALAUSSENE? AH LA PLUPART DU TEMPS IL EST DANS LA LUNE, IL REDESCEND QUE POUR SE METTRE DANS LA MERDE!

Résumé: Dans la tribu Malaussène, il y a quelque chose de curieux, de louche, d’anormal même diraient certains. Mais à y regarder de près, c’est le bonheur qui règne dans cette famille joyeusement bordélique dont la mère sans cesse en cavale amoureuse a éparpillé les pères de ses enfants. Pour Benjamin Malaussène, bouc émissaire professionnel et frère aîné responsable de cette marmaille, la vie n’est jamais ennuyeuse. Mais quand les incidents surviennent partout où il passe, attirant les regards soupçonneux de la police et de ses collègues de travail, il devient rapidement vital pour le héros de trouver pourquoi, comment, et surtout qui pourrait bien lui en vouloir à ce point-là ? Benjamin Malaussène va devoir mener sa propre enquête aux côtés d’une journaliste intrépide surnommée Tante Julia pour trouver des réponses.

CASTING
Nicolas Bary ................................................. Réalisateur
Raphaël Personnaz ........................................ Benjamin Malaussène
Bérénice Bejo ............................................... Tante Julia
Guillaume de Tonquédec ............................... Sainclair
Emir Kusturica .............................................. Stojil
Thierry Neuvic .............................................. Inspecteur Carrega
Mélanie Bernier ............................................. Louna
Dean Constantin ............................................ Cazeneuve
Marius Yelolo ................................................ Divisionnaire Coudrier
Lehman ......................................................... Bruno Paviot
La Pédopsychiatre ......................................... Alice Pol
Amar ............................................................ Youssef Hajdi
Thérèse ......................................................... Armande Boulanger
Jérémy .......................................................... Adrien Ferran
Le Petit ......................................................... Mathis Bour
Constantin .................................................... Joël Demarty
Miss Hamilton ............................................... Marie-Christine Adam
Mr. Muscle ................................................... Ludovic Berthillot
La reine Zabo ............................................... Isabelle Huppert

 

Tout réalisateur décidant de s'attaquer à un monstre de la littérature doit s'attendre à se prendre pas mal de nions. Entre les puristes qui s'attendent à un copier-coller du roman sans parfois prendre de recul sur l’œuvre ou d’œil critique qui construit nécessairement le passage du papier à l'écran - n'oublions pas qu'une adaptation est avant tout la vision d'un réalisateur sur un produit littéraire et qu'il y a autant de versions d'un roman que de lecteurs - et ceux qui vont voir le film sans connaître l’œuvre d'origine, il y a, ceux qui comme moi, y vont en se disant "advienne que pourra".


D'une façon purement personnelle, et cela construit irrémédiablement ma vision d'une adaptation, ne l'oubliez pas merci, je pars du principe que le film ne pourra jamais être identique au roman encore plus lorsque le livre est écrit à la première personne. Pourquoi? Tout simplement parce qu'à l'intérieur de ma tête tordue, de mon esprit féministe et farfelu, de mon envie de divertissement et de rire, je m'invente à la lecture ma propre vision du roman, de son intrigue et de ses personnages. Ne nous voilons pas la face, nous le faisons tous. C'est pourquoi et je dirais même "heureusement" que les livres ne nous touchent pas de la même manière, au même moment et pour les mêmes raisons. Ensuite, le papier et l'écran étant deux supports différents, ils ne montrent pas les choses de la même façon. Rendre les pensées d'un personnage à l'écran est extrêmement complexe et parfois doit être condensé, synthétisé, remanié parfois même sur l'intégralité du film pour obtenir la même métaphore filée. A mon sens, une vraie adaptation est celle, qui tout en gardant l'essentiel du roman, est capable de passer outre les limites émises par le papier et de transcender ces difficultés en transmettant l'information essentielle sur pellicule.


Forcément, lorsque le livre adapté n'est nulle autre que Le bonheur des ogres de Daniel Pennac, les réactions ne peuvent être que vives. Pour ceux qui ont lu la série Malaussène - que je recommande plus que chaudement - vous savez à quel point le style, l'histoire et le contexte même du roman sont largement inadaptables tel quel. Le style? Une oralité qui n'est pas sans rappeler Zazie dans le métro mais qui reste peut-être plus naturelle et parfois, au gré des humeurs de Benjamin, plus lyrique, envolée ou bordélique c'est selon. L'histoire? un polar brouillon, où tout est un peu à l'image de la famille Malaussène et des gens qui les entourent, un vrai foutoir! Le contexte? Le Belleville cosmopolite des années 80, une sorte d'âge d'or du multiculturalisme prôné par Pennac, un attrait décomplexé pour l'autre et le mélange des genres.

Du coup, adapter un truc pareil ça demande pas mal de compromis et c'est ce que réussi très bien Nicolas Bary. Certes le film n'est pas une adaptation parfaite - on y reviendra - mais elle a le mérite d'être cohérente avec elle même et de retirer suffisamment de ce qui fait le sel du Bonheur des ogres pour que le spectateur ne se sente pas perdu.

Tout d'abord, la famille Malaussène est là au grand complet ou presque. On retrouve donc Benjamin, le Benjamin dans les nuages, pilier de famille un peu indolent, toujours dans la merde mais terriblement attachant. Une gageure de prendre un beau gosse comme Raphaël Personnaz mais qui montre une fois encore par ses talents d'acteur qu'il va au-delà de son physique pour nous offrir un Benjamin Malaussène terriblement touchant et décalé à souhait:
"Vous ne voulez pas qu'on fasse connaissance? Je suis très doué pour réchauffer les pieds".
On retrouve aussi Thérèse, la sombre de la famille, le visage grave derrière ses lunettes qui tire les cartes et prévoit le malheur. Elle sait cependant avoir une bonne bouille et ses échanges un peu vif avec Jérémy sont très drôles. Jérémy est dans le ton, petit garçon frondeur et vulgaire, toujours dans les derniers mauvais coups il en fait voir de toutes les couleurs à son frère aîné. Heureusement qu'il y a Le Petit, que l'on "débranche" lorsque cela arrange pour pouvoir s'engueuler en paix sans que cela pourrisse la tête du môme. Le Petit - mais pas aux lunettes roses - qui déforme les mots et qui dessine des monstres qui effrayent sa psychologue mais adore les girafes. Quant au chien Julius il a tendance à tomber en crise d'épilepsie dès que quelque chose déconne chez les Malaussène, c'est-à-dire souvent. Seul bémol à cette famille, c'est la contraction que Nicolas Bary a faite entre Louna la soeur aînée mariée et infirmière et Clara la deuxième sœur Malaussène que Benjamin protège comme la prunelle de ses yeux. Sans doute pour simplifier les relations, empêcher de s'éparpiller dans les péripéties d'une famille déjà nombreuse. Je regrette un peu parce que Clara est vraiment un personnage intéressant, elle qui voit tout à travers son appareil photo et elle m'a manqué dans l'intrigue.


L'intrigue en elle-même est un polar un peu foutoir à l'image du livre. Il faut cependant se rendre compte qu'Au bonheur des ogres n'est pas un livre pour enfant contrairement à ce qu'on pourrait croire. Il s'agit bien d'un livre pour adulte, de par le langage déjà mais aussi des thèmes abordés et des morts. Même si Pennac est toujours drôle et décalé, il s'agit ici d'une disparition d'enfants. Alors oui, Nicolas Bary a intentionnellement atténué ce côté là de l'intrigue pour en faire un film familial. Pas besoin de montrer des scènes un peu gore de disparition d'enfants, cela n'a jamais été un prétexte pour Pennac qui voulait tirer son concept de bouc-émissaire jusqu'au bout. Pour voir un polar noir bien glauque, rabattez-vous sur Millenium pas un Malaussène. A mon sens, la critique de la société et des grands magasins ou entreprises qui ont besoin d'un bouc face aux consommateurs crédules est plus forte que l'intrigue policière. C'est d'ailleurs sans doute pour ça que la place du métier de Malaussène et de la journaliste Tante Julia, domine sur le reste. Du coup Nicolas Bary détourne l'action du côté sombre de l'intrigue mais les clins d’œil au spectateur adulte ne manquent pas. Dans une scène où Louna explique que des ogres ont enlevé des enfants dans le magasin mais qu'ils vont bientôt disparaitre, Jeremy commence par dire qu'il a vu une emission où...Louna l'arrête, précisant que son petit frère, Le Petit, n'avait pas besoin de savoir et Thérèse d'ajouter qu'elle non plus ne veut pas savoir. Le spectateur enfant dans la salle se retrouvera dans la position du Petit qui ne sait pas ou de Thérèse qui sait mais ne veut pas vraiment savoir et l'adulte à la place de Louna. Chacun y trouve alors son compte dans cette histoire policière où les flics (ah...Thierry Neuvic....) sont décidément un peu lents et la famille Malaussène pleine de ressources.


Côté mise en scène, Nicolas Bary garde le côté brouillon du roman et le décalage de ton si délicieux chez les Malaussène. Les histoires racontées par Benjamin dans lequel il est le héros sont tout bonnement géniales, avec la girafe du magasin et les employés qui hurlent "Malaussène président". Je n'avais pas aimé la prestation de Berenice Bejo dans The artist, je trouvais son jeu forcé et pour tout dire horripilant mais ici, en Tante Julia, elle fait une parfaite Corrençon. Alerte, vive, drôle, indépendante, intelligente, aussi décalée que Malaussène, elle ne pouvait que me plaire. L'alchimie passe bien entre les deux protagonistes et leurs échanges sont souvent très drôles.


J'ai beaucoup aimé le fait que même si l'action se déroule toujours à Belleville, ils n'aient pas cherché à resituer l'histoire dans le contexte des années 80. Même si le personnage de Stojil (Emir Kusturica!) est là pour nous rappeler  - en théorie - que le mur n'est pas encore tombé (le roman est écrit en 1985), je trouve plutôt intelligent d'avoir gardé l'action dans le paris de 2013. Le Bonheur des ogres prend la place d'un magasin parisien bien connu, comme son homonyme Le bonheur des dames et je pense que cela permet d'éviter le piège de reconstruire un Belleville des années 80, des costumes etc. qui pourraient vite tourner au kitsch et empêcher directement de rentrer dans l'histoire. Le spectateur peut d'avantage reconnaître l'univers de Benjamin Malaussène comme le sien et se dire que finalement, les histoires foldingues de cette tribu pas comme les autres sont intemporelles.


Je pourrai parler des Malaussène encore longtemps, tellement j'aime les livres mais je vais m'arrêter là.

Alors voila, je ne prétends pas détenir la vérité sur le cinéma, je ne revendique aucune culture ou connaissance légitime pour écrire mes chroniques. Cependant, si vous me lisez, vous savez que je donne toujours mon avis sans esprit revanchard, sans hargne, juste comment je ressens ou vois les choses.
Sans être le film de l'année, si Nicolas Bary me pond la suite des aventures de ma tribu préférée, j'irai le voir sans hésiter parce que pour moi Au bonheur des ogres au cinéma c'est comme être en famille à la maison.

samedi 21 juillet 2012

Kamo l'agence Babel - Daniel Pennac

PETIT BIJOU

Présentation de l'éditeur: Kamo, qui a décidé d’apprendre l’anglais en trois mois, correspond avec la mystérieuse Catherine Earnshaw de l'agence Babel. Mais qui se cache donc derrière ce curieux personnage? Que signifient les lettres étranges que celle-ci lui envoie ? Se moque-t-elle de lui ? Est-elle folle? Devient-il fou ? Et les autres correspondants de l'agence Babel, qui sont-ils ? Fous, eux aussi ? Tous fous? Et qui est donc l'étrange vieille qui semble régner sur ce monde mystérieux ? Une énigme palpitante, merveilleusement observée, où le narrateur, le meilleur ami de Kamo, mène l’enquête.


C'est grâce à Virginie (que je salue au passage) et à nos discussions sur Daniel Pennac que j'ai retrouvé un matin Kamo L'agence Babel sur mon bureau. 
C'est le premier tome d'une petite série écrite pour les enfants pas Daniel Pennac. Vous savez à quel point j'adore Pennac, je le crie haut et fort depuis assez longtemps. Kamo n'a pas fait exception à la règle.

Le roman est court, à peine 120 pages et il se lit d'une traite mais c'est un vrai moment de bonheur!
Comme d'habitude, Daniel Pennac nous régale par son imagination fertile. J'avais compris le truc dès le début (ce qui est normal pour les gros lecteurs vous verrez) mais j'ai tout de même pris du plaisir à voir Kamo et son meilleur ami, le narrateur, évoluer, se poser de question, devenir fou en somme. 

J'ai trouvé le concept purement génial et je suis sûre qu'il plaira à un grand nombre d'entre -vous. Daniel Pennac connait ses classiques et c'est très bien s'en servir à la façon d'un Jasper Fforde je dirais. Il faut jouer à "Où est Charlie" des références littéraires. 

Le narrateur est un gamin attachant, meilleur ami de Kamo, il est à la fois dans et hors de l'histoire. Véritablement inquiet pour son ami il va même jusqu'à se fâcher avec lui pour  tenter de le protéger.    

Comme dans La sage Malaussène (que vous DEVEZ lire si ce n'est pas déjà fait), on retrouve ce langage oral faussement négligé de Pennac. Un peu comme la famille Astier, les expression sont délicieusement vieillotes et tirent ici carrément vers l'argot. Kamo jaspine l'arguche un peu à la manière du héros de Marie-Aude Murail Malo de Lange (d'ailleurs, Malo - Kamo). 

J'espère bien pouvoir mettre la main sur la suite des aventures de Kamo car je suis déjà conquise! 

Voici un petit extrait pour finir (site Gallimard):
«Comment veux-tu que j'apprenne l'anglais en trois mois? Manteau, sac et chapeau, elle était déjà sur le point de partir. 
– Ta mère a la solution! Elle ouvrit son sac et lui tendit une feuille de papier où s'étirait une liste de noms propres à consonnance britannique. 
– Qu'est-ce que c'est que ça? 
– Les noms des quinze correspondants. Tu choisis celui où celle que tu veux, tu lui écris en français, il ou elle te répond en anglais, et dans trois mois tu es bilingue!» 

vendredi 29 juin 2012

Des chrétiens et des maures - La saga Malaussène #5 - Daniel Pennac

Présentation de l'éditeur: "Un matin, le Petit a décrété :- Je veux mon papa.Il a repoussé son bol de chocolat et j'ai su, moi, Benjamin Malaussène, frère de la famille, que le petit n'avalerait plus rien tant que je n'aurais pas retrouvé son vrai père. Or ce type était introuvable. Probablement mort, d'ailleurs.Après deux jours de jeûne le Petit était si transparent qu'on pouvait lire au travers. Mais il repoussait toujours son assiette :- Je veux mon papa."

Voici le cinquième tome de la saga Malaussène. J'ai été surprise par la taille de ce roman qui est beaucoup plus petit que les autres.
L'histoire qu'il raconte est antérieur au premier romand de la sage Malaussène puisqu'il aborde la naissance du Petit. Alors que la tribu dors paisiblement, que C'est Un Ange et Verdun sont sages comme des images, que Thérèse révise son tarot, que Clara est à la cuisine, que Jérémy ne crâme pas des collèges et que Benjamin et Monsieur Malaussène dorment en attendant que Julie, que la Corrençon de Benjamin revienne, le Petit lui veut son papa. S'en-suit-alors une grève de la fin et un Benjamin impuissant devant les revendications de son petit frère.

Le père du Petit? Bien sûr qu'il le connait mais comment dire...c'est un peu compliqué! Devant un Sidi-Brahim avec son ami de Casamance, Benjamin nous révèle l'histoire du papa du Petit.

J'ai vraiment aimé cette histoire très Malaussène! Louna et son chirurgien, Mo le Mossi et Simon le Kabyle, Hadouch Ben Tayed, les petits frères et les petites soeurs et même Maman Malaussène, ils sont tous là! C'est très poétique, très drôle, complètement fou.Le seul problème c'est qu'il était vraiment trop court, je l'ai lu en 1 heure...J'espère pouvoir mettre la main très vite sur le dernier volume Aux fruits de la passion parce qu'ils commencent déjà à me manquer!

Citation:
« Quand la médecine manque de clarté, il faut surveiller les médecins"

dimanche 24 juin 2012

La petite marchande de prose - Saga Malaussène #3 - Daniel Pennac


COUP DE COEUR DE PERSEPHONE

Présentation de l'éditeur: Clara qui se marie en blanc avec un directeur de prison de 40 ans son aîné, Benjamin qui démissionne pour la cinquantième fois, la Reine Zabo qui le rattrape pour la cinquante-et-unième et Julius, le chien, qui promène sa sagesse toute langue dehors : la routine, en quelque sorte, pour la tribu Malaussène ! Mais voilà que le mariage déraille. Et Benjamin se retrouve embarqué dans une nouvelle histoire à dormir debout, l'une de ces histoires qu'il aime lire à toute sa tribu réunie en cercle autour de lui, le soir avant de dormir. Sauf que cette fois, tout est vrai...

J'aime toujours autant cette saga, même après l'avoir lu plusieurs fois, surtout dans le désordre et la plus complète anarchie! Je vous en ai déjà parlé pour le tome 2 (oui le tome 1 pourtant génial est passé à la trappe, je m'en excuse).

La petite marchande de prose arrive tout juste après la fée carabine. Si certains personnages ont disparu (morts ou en cabane, c'est qu'on ne plaisante pas chez les Malaussène), d'autres s'accrochent. Verdun, née comme la bataille du même nom, presque une grenade dégoupillée à la main, n'explose pas que grâce au vieux Thian, qui la tient glissée dans son baudrier. Derrière le baudrier, le flingue, derrière le flingue, le coeur. Thian, avec sa tête d'Ho-chi-Min et sa voix de gamin, fait régner le calme à leur du coucher des petits: Le petit avec ses lunettes roses, Jérémy et ses envies de tuerie, Thérèse, raide comme la justice et Clara. La douce Clara à la beauté des anges qui va bientôt épouser Clarence de Saint-Hiver (Clara et Clarence...Nom de Dieu*). Car Clara se marie et Benjamin ne supporte pas qu'on lui enlève sa Clarinette à lui!

Comme d'habitude, nous retrouvons ce fameux Belleville, d'autant plus magnifique qu'il n'existe plus et l'écriture de Pennac est toujours aussi délicieuse. Ce que j'aime c'est cette oralité omniprésente qui finalement n'en est pas. On ne parle pas comme les Malaussène ou leurs amis, même si j'adorerai. Car Pennac a le génie de l'oralité ultra-recherchée. Je suis conquise, notamment par la scène ou Jérémy eng***** Thérèse. Il y a de l'éloquence dans cette brutalité.
J'adorerai savoir si monsieur Pennac (soyons fou) parle comme son Benjamin Malaussène.

J'ai retrouvé avec grand plaisir mes personnages favoris notamment Thian que j'adore et le couple qu'il forme avec Verdun, Benjamin et sa Corrençon bien sûr (j'aime ce couple là, complètement bancal, complètement mal assorti mais admirable), les frères et soeurs Malaussène et Belleville, avec les Ben Tayeb, Mo le Mossi et Simon le Kabyle. Il ferait bon de vivre là, au milieu de cette tribu de fou.
J'ai beaucoup aimé aussi le découpage du roman en deux histoires, la première avec Clara et Clarence et la seconde avec J.L.B.
Bien qu'ayant lu la suite Monsieur Malaussène, je suis tout de même restée très tendue devant l'action et j'au dévoré les 100 dernières pages sans pouvoir m'arrêter!

Je ne peux que conseiller les aventures de cette tribu bordélique et malchanceuse, poissarde comme pas deux mais tellement attachante! Monsieur Malaussène est excellent aussi très prenant!
Je sais que mon avis est court mais honnêtement, en dire plus, c'est vous gâcher tout effet de surprise, ce que je m'interdis! Je vous laisse donc à votre lecture et quelques citations:

"J'ai ajouté je t'aime, je l'ai conjugué à tous les temps tous les modes, et que je restais son porte-avions, et qu'elle pouvait se poser ou décoller aussi souvent qu'elle le voulait. C'étaient là les premiers mots de notre rencontre."

"Les mots comme les armes, partent parfois tout seuls."

"Mais il y a pire que l'imprévu....ce sont les certitudes."

"Toi, je t'aimerai toujours, dis-je. Elle se retourne contre le mur, et elle dit seulement: contente-toi de m'aimer tous les jours."

" Quand la vie ne tient qu'à un fils, c'est fou le prix du fil"

* J'emprunte cette phrase à Benjamin Malaussène bien sûr!

samedi 19 mars 2011

La fée carabine - Daniel Pennac


COUP DE COEUR DE PERSEPHONE

Si les vieilles dames se mettent à buter les jeunots, si les doyens du troisième âge se shootent comme des collégiens, si les commissaires divisionnaires enseignent le vol à la tire à leurs petits-enfants, et si on prétend que tout ça c'est ma faute, moi, je pose la question : où va-t-on ? " Ainsi s'interroge Benjamin Malaussène, bouc émissaire professionnel, payé pour endosser nos erreurs à tous, frère de famille élevant les innombrables enfants de sa mère, coeur extensible abritant chez lui les vieillards les plus drogués de la capitale, amant fidèle, ami infaillible, maître affectueux d'un chien épileptique, Benjamin Malaussène, l'innocence même (" l'innocence m'aime ") et pourtant... pourtant, le coupable idéal pour tous les flics de la capitale.

Comment parler de mon amour pour Daniel Pennac et sa série des Benjamin Malaussène? Parce que la fée carabine est le second volume des aventures de Benjamin Malaussène et de sa tribu et que bien sûre je ne prends pas les choses par le début (et oui, les Malaussène sont entrés dans ma vie il y a plusieurs années, au Brésil exactement, cela tombe bien lorsqu'on parle de Pennac!) je vais vous présenter un peu la quincaillerie de Belleville.

La série des Malaussène c'est une sage littéraire HORS NORME, terrible quoi, qui met en scène une tribu étrange qui n'a aucun rapport avec Nice (allez savoir pourquoi...):
Le premier volume de la série s'appelle Au bonheur des Ogres (1985) et nous présente Benjamin Malaussène, Bouc émissaire de profession (si si), chef d'une tribu nombreuse, sa mère ayant tendance à faire des enfants un peu partout:
- Benjamin Malaussène et aîné de la tribu qui raconte des histoires le soir, alors que les yeux sont éteints et les charentaises dans le vide.
- Louna Malaussène: soeur de Benjamin et mariée au docteur Laurent
- Thérèse Malaussène: soeur de Benjamin elle est droite et sèche comme la justice, voit l'avenir mais redonne confiance aux petits vieux
- Clara Malaussène: soeur préférée de Benjamin c'est une photographe née. La plus belle et la plus douce des Malaussène.
- Jeremy: Frère intrépide et un rien brigand, il est toujours fourré dans de sales combines! Il a également la fâcheuse manie ne nommer ses petits frères et soeurs qui viennent après lui.
- Le petit: petit frère de benjamin, il a des lunettes roses, croit au mamies qui transforment les types en fleurs et fait des cauchemars qui se réalisent.
- Julie Corrençon: journaliste baroudeuse, amoureuse de Benjamin son "porte-avion qui la prend en ses eaux"
- Van Thian: inspecteur de police qui se déguise en veuve vietnamienne pour coincer un égorgeur de vieille dame (La fée carabine)
- Inspecteur Pastor: jeune inspecteur à la méthode infaillible pour faire avouer les criminels (la fée carabine)
- Gervaise Thian: fille de Van Thian, elle est nonne et s'occupe de prostituées (Monsieur Malaussène)
Il y a encore beaucoup d'autres personnages mais cela gâcherait le suspens de tout dévoiler ici.

Après Le bonheur des ogres, nous retrouvons, La fée carabine (1987), la Petite marchande de prose (1989), Monsieur Malaussène (1995), des chrétiens et des maures (1996), Aux fruits de la passion (1999) et Appelez-moi Malaussène (2000) de Jérome Charyn qui avait déjà collaboré avec Pennac pour Des chrétiens et des maures.

La tribu Malaussène c'est du rire, du rire en cascade et en continu. Le langage est cru, peu châtié et infiniment drôle. Daniel Pennac nous plonge dans le Belleville de la fin des années 90 avec son panache multicolore et son côté unique.
Benjamin Malaussène est né pour être Bouc émissaire c'est à dire pour être tenu responsable de tout et de rien et pour s'en excuser en chialant! Sa tribu c'est son oxygène et les mômes Malaussène tous plus barrés les uns que les autres donnent à la série ses lettres de noblesse.
C'est du vivant, du vécut avec une oralité dans le ton et un vrai lyrisme qui vous laisse sans voix quand il ne vous fait pas éclater de rire.

Citations:

- Il n'était plus qu'à un pas d'elle, à présent, tout amour, et c'est alors qu'elle se retourna. D'une pièce. Bras tendu vers lui. Comme le désignant du doigt. Sauf qu'en lieu et place de l'index, la vieille dame brandissait un P.38 d'époque, celui des allemands, une arme qui a traversé le siècle sans se démoder d'un poil, une antiquité toujours moderne, un outil traditionnellement tueur, à l'orifice hypnotique. Et elle pressa sur la détente. Toutes les idées du blondinet s'éparpillèrent. Cela fit une jolie fleur dans le ciel d'hiver.

- C'est ça la vie; il y a les connus et les inconnus. Les connus tiennent à se faire reconnaître, les inconnus aimeraient le rester, et ça foire.

- Ecrire l'Histoire, c'est foutre la pagaille dans la Géographie

- Il s'est mangé une bastos. Paix à son âme.

- Les guerres sont comme des feux de broussailles, si on n'y prend garde, elles se mondialisent

- Mais d'où tiens-tu que les malheurs prévus sont plus supportables que les autres?