samedi 6 octobre 2018

The Phantom Tree - Nicola Cornick


A+

TW: le roman comporte des passages de violences contre les femmes.

"Mon nom est Mary Seymour et je suis la fille d'une reine et la nièce d'une autre."

A la recherche d'antiquités dans le Wiltshire, Alison Bannister tombe sur un magnifique portrait renaissance, supposément d'Anne Boleyn. Sauf qu'Alison a reconnu la femme sur le portrait: Mary Seymour, la fille de Katherine Parr qui a été emmenée à Wolf Hall en 1557 en tant qu'orpheline et dont on a perdu toutes traces après l'enfance. 
Le tableau est bien plus qu'un bel objet pour Alison, il détient la clef de son passé, la solution à la mystérieuse disparition de Mary et la possibilité pour la jeune femme de rentrer enfin chez elle. 
Mais la quête d'Alison prend un tour beaucoup plus sombre lorsque le lieu appelé L'Arbre aux fantômes livrent peu à peu ses secrets à l'ombre de ses feuilles.  

Nicola Cornick est une habituée des romances historiques. Cependant The Phantom Tree n'en est pas une.
  
The Phantom tree de Nicola Cornick est un roman tout à fait à part. C'est à la fois de très belles histoires d'amour et d'amitié, un magnifique roman historique très bien documenté et aussi un roman où le fantastique se mêle au récit d'une façon subtile et délicate. 
Je suis très frileuse dès lors qu'il s'agit des Tudor. C'est une période historique que je connais très bien - j'ai consacré à l'étude du XVIe siècle anglais 5 ans de ma vie, ma bibliothèque en est la preuve - et dès lors que l'on connaît très bien un sujet on devient extrêmement tatillon. C'est en partie pour ça que vous ne trouverez jamais de romans de Philippa Gregory sur mon blog, je déteste cette auteure car dès qu'elle écrit un roman sur la guerre des deux roses ou les Tudor je suis sûre de m'arracher les cheveux sur les erreurs historiques plus grosses qu'un éléphant. 
Non sérieux, il ne faut pas la lancer sur Philippa Gregory, je mets des heures à la calmer et après c'est l'horreur, elle oublie ma gamelle...
J'appréhende donc toujours de lire un roman sur cette période et encore plus lorsque des personnages historiques sont mêlées à l'intrigue, je suis moins regardante lorsqu'on ne garde que le "cadre" XVIe siècle. 

Nicola Cornick a choisi deux personnages féminins pour incarner ses héroïnes. Alison Bannister - qui n'a jamais existé - et Mary Seymour, fille de Katherine Parr - dernière épouse d'Henry VIII - et de Thomas Seymour. Par sa mère, elle est fille de reine et par son père, la jeune Mary est donc nièce de la reine Jane Seymour - troisième épouse d'Henry VIII ...
Oui le gars il en a eu six, ça fait des arbres généalogiques compliqués... 
et cousine de roi, le jeune Edward VI décédé à quinze ans en 1553. Si Alison n'est pas un personnage historique, on se rend vite compte que le patrimoine génétique de la jeune Mary est lui plutôt chargé. 

L'idée de choisir Mary Seymour comme héroïne et de prendre cette période particulière du règne de Mary Tudor et d'Elizabeth I est véritablement pertinent. En effet, Kathryn Parr meurt juste après la naissance de sa fille et son père est exécuté pour haute trahison quelques années plus tard. La petite fille se retrouve orpheline très tôt et dans ce contexte de successions mouvementées entre les filles d'Henry VIII, tout le monde se moque d'une petite Seymour, fille d'un homme exécuté pour trahison. Historiquement parlant on perd sa trace assez vite et on suppose que la vraie Mary Seymour serait morte dans l'enfance. 
Elle place le début de son intrigue historique à Wolf Hall, cette grande demeure qui appartient aux Seymour. On sent que Nicola Cornick a très bien travaillé son sujet car Wolf Hall correspond bien aux demeures aristocratiques où on élevait les orphelins de différents membres de la famille. On en retrouve un très bon exemple avec Catherine Howard - la cinquième femme d'Henry VIII - qui a été élevé chez sa grand-mère la duchesse douairière de Norfolk dans la demeure familiale avec d'autres cousines. Le contexte global de ce milieu du XVIe siècle est donc très bien rendu et ce dès les premières pages. La description de cette Angleterre renaissance est très fine et subtile et je me suis vraiment retrouvée dans cette ambiance. 

De l'autre côté, nous suivons Alison dans l'Angleterre contemporaine et on recompose petit à petit son histoire et celle de Mary. Je ne vous gâche rien du tout promis, en vous disant qu'Alison est une cousine éloignée de Mary et qu'elles ont partagé plusieurs années d'enfance et d'adolescence côte à côte. Alison, à la suite de mésaventures que je ne raconterai pas ici, se retrouve coincée dans notre époque et traque les moyens de rentrer chez elle. Les deux récits s'alternent et se complètent vraiment très bien notamment grâce à Alison qui fait le lien entre les deux époques. The Phantom Tree fait parti de ces romans à double narration où vous êtes toujours tristes de quitter un personnage pour un autre mais une fois que vous devez revenir au personnage initial vous avez envie de rester avec l'autre. C'est exactement ça ici. Lorsque vous êtes avec Alison vous n'avez pas envie de revenir à Mary mais dès que vous êtes avec Mary vous n'avez pas envie de revenir à Alison, signe que le roman est vraiment très bien. 
De plus, il est écrit à la première personne et c'est là qu'on se rend compte que Nicola Cornick a une vraie plume. Alison et Mary n'ont pas du tout la même voix et leurs personnalités s'expriment pleinement au travers des pages qui leur sont consacrées. 

Alison et Mary sont d'excellents personnages. J'ai énormément aimé le fait qu'Alison soit quelqu'un de froid et de pas forcément aimable à première vue. Sa jeunesse, son enfance et les épreuves qu'elle a vécues lui donne une carapace difficile à percer mais qui en vaut la peine. C'est un personnage qui demande du temps pour l'apprécier mais à la fin du roman je l'aimais vraiment beaucoup et je ressentais énormément d'empathie pour elle et ce qu'elle a vécu.
Mary est plus facile à aimer. Elle est plus tendre, plus jeune aussi qu'Alison et donc a un regard plus naïf sur le monde. C'est quelqu'un de doux, qui pardonne vite et qui se montre loyal. Elles forment deux facettes d'une même pièce.  

Leur relation est pour moi le point fort du roman. J'ai rarement lu une amitié aussi réelle et humaine dans tout ce qu'elle comporte de défauts et de qualités. Leur amitié est basée sur des sentiments extrêmement profonds, qui sont apparus après de nombreuses épreuves. Alison et Mary ne s'aiment pas, elles sont parfois rivales, parfois jalouses l'une de l'autre mais elles ont un respect mutuel et une loyauté sincère qui ne se démentira pas à travers les siècles. Cette amitié est intense, forte et extrêmement belle. La conclusion du roman m'a énormément émue. 

Comme je le disais au début de la chronique, il y a du fantastique dans ce roman. Outre le fait qu'Alison soit passée dans notre époque, Mary semble avoir quelques dons elle-aussi. Cette partie là est très finement exécutée. C'est une pointe de fantastique qui pimente le récit sans toutefois prendre le dessus sur le reste de l'intrigue. Que ce soit Mary ou Alison, elles vont chacune devoir affronter de nombreuses épreuves ainsi que leurs propres sentiments. 

The Phantom Tree est un roman assez sombre et intense. Il s'en dégage une véritable atmosphère qui vous suit même après avoir fermé le roman. Si vous avez aimé Le Miniaturiste de Jessie Burton - que je vous recommande absolument - vous aimerez sans doute The Phantom Tree. Dans tous les cas, il s'agit d'un de mes gros coups de coeur de 2017 et je ne peux que vous le conseiller.
Une chose est sûre, je vais m'intéresser aux autres romans de l'auteure! Bonne lecture les chafouins. 

2 commentaires:

Léa Delapierre a dit…

JE LE VEUX !!

Perséphone a dit…

Tu fais bien! Il est vraiment excellent.

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