mardi 11 juin 2013

Mary Queen of France - Jean Plaidy


ROMAN NON TRADUIT

Résumé: La jeune princesse Mary Tudor est promise au futur empereur Charles V, un enfant plus jeune qu'elle. Si elle s'est toujours préparée à cette idée, la jeune femme est moins sûre de son choix lorsqu'elle tombe sous le charme du beau Charles Brandon, duc de Suffolk. Alors qu'elle caresse l'espoir d'épouser l'homme qu'elle aime, Mary est victime de la politique matrimoniale de son frère et se retrouve condamnée à épouser le roi de France. Si la perspective d'être reine de France est plutôt alléchante, celle d'être séparé de Charles pour épouser un roi de 34 ans son aîné est elle, franchement repoussante! 

Jean Plaidy est en réalité le pseudonyme de l'auteure britannique Eleanor Burford (1906-1996). Cette auteure anglaise a utilisé de multiples pseudonymes tout au long de sa vie pour écrire. Le plus répandu reste celui de Jean Plaidy sous la plume de laquelle, elle a écrit de très nombreux romans historiques. On compte notamment la série des Tudor, celle des Stuarts, la Révolution française, Les Borgia, Catherine de Medicis etc etc (pour plus d'informations biblio et biographiques, cliquez sur son nom). 

Ceux qui me connaissent (en vrai ou à cause - je n'ose pas mettre grâce - de ce blog) vont se demander : Mais enfin Persie, serais-tu malade pour lire un roman historique sur les Tudor? Oui parce que dans le vrai monde de la réalité véritable, j'ai travaillé pendant plusieurs années sur les Tudors (21 volumes d'archives, des lettres, double mémoire toussa toussa *hum, quart d'heure modestie ON*) et il se trouve que je les connais plutôt bien...bon en fait carrément bien. Surtout Mary! Parce qu'il se trouve aussi que ma spécialité concernait les Femmes à la cour Tudor. A côté de ma bien-aimée Anne Boleyn, Mary Tudor figure dans mon panthéon personnel. 
Vous l'aurez donc compris je ne lis JAMAIS de romans historiques sur les Tudor (ne me parlez pas de Philippa Gregory et de Deux soeurs pour un roi, je risque de devenir franchement mauvaise). Pas sur l'époque Tudor mais vraiment sur les Tudor, ceux qui ont des membres de la famille royale ou de la très haute noblesse pour héros. C'est tout bête mais après avoir passé quatre ans de ma vie à travailler sur ses femmes, à lire leur lettre, leur testament, à apprendre leur vie, je ne peux pas lire quelque chose de romancé. Autant dire que Jean Plaidy...sauf que voila j'ai beaucoup travaillé sur Mary et qu'à l'époque (je précise) hormis des ouvrages biographiques remontant au début du XXe siècle, on ne trouve que des romans. Je voulais donc tester et voir ce qu'on disait d'elle dans la littérature populaire. D'où Jean Plaidy. 

Si vous ne voulez pas savoir qui était Mary et son histoire, sautez le paragraphe suivant (mais je rappelle que ce n'est pas du Spoiler, ils sont morts vous savez...)

Pour vous situer un peu le contexte, Mary Rose Tudor est la soeur cadette du roi Henry VIII. C'est la plus jeune de la fratrie (parmi les enfants survivants) et c'est une véritable rose anglaise. Elle est rousse, très belle, intelligente et c'est une enfant assez vive qui s'entend très bien avec son frère Henry. Si elle est promise au futur Charles V alors qu'ils sont tous les deux très jeunes (le petit Charles la trouvant déjà trop vieille "Je veux une femme pas une maman!"), la princesse adolescente tombe sous le charme de Charles Brandon, un des compagnons de son frère. Le duc de Suffolk est jeune, grand, bien bâti et possède déjà une réputation plus que sulfureuse mais Mary s'en fiche. Or alors que le roi de France, Louis XII se retrouve veuf d'Anne de Bretagne, Henry saute sur l'occasion de lier leur deux maisons et d'asseoir potentiellement un futur neveu sur le trône de France. Mary se retrouve fiancée mais avant de partir pour la France elle fait jurer à son frère qu'à la mort du roi, elle pourra épouser qui elle veut. Henry promet, Mary devient reine de France. Quelques mois plus tard Louis XII meurt à son tour et Mary épouse secrètement Charles Brandon. Je vous épargne la colère d'Henry VIII et les tractations qui s'en sont suivis mais heureusement! Tout est bien qui fini bien, Mary devient la duchesse de Suffolk et reste avec l'homme qu'elle aime. Dis comme ça c'est presque romantique....*mode historienne ON*

Mais qu'en est-il du roman de Jean Plaidy alors? D'un point de vue purement historique, ce roman n'est pas le pire que j'ai lu. L'auteure interprète sûrement le caractère et les motivations des personnages mais le fond de l'histoire romantique est bien là. En même temps j'ai envie de vous dire...avec une base pareille il n'est pas vraiment nécessaire d'en rajouter. Seulement voila, pour moi on passe quand même à côté du personnage de Mary qui est toujours vue comme une grande amoureuse alors qu'elle était beaucoup plus que ça. Il suffit d'étudier ses lettres pour se rendre compte de l'intelligence de cette femme. Elle a réussi non seulement à extorquer une promesse à son frère, à utiliser François Ier pour l'aider à épouser Suffolk et connait également sur le bout des doigts les codes épistolaires et littéraires pour une femme à son époque. Elle varie le ton, change les suppliques et ses titres en fonction de son interlocuteur. Charles Brandon fait pâle figure à côté d'elle car c'est Mary, aidé du cardinal Wolsey qui mène la danse et ça, cela vaut infiniment plus pour moi que son histoire avec un coureur comme Brandon (qui ne la mérite pas j'en ai peur). On passe à côté des choix politiques de Mary et sa connaissance de la littérature arthurienne et je trouve ça dommage. 
Le roman n'est donc pas faux historiquement, il est somme toute peu original et ne sort pas des sentiers battus.

En revanche je n'ai pas du tout aimé le style de Jean Plaidy. J'ai trouvé qu'il était difficile de savoir si on nous proposait un récit historique ou un roman et j'avoue que j'ai horreur de cet entre-deux. C'est soit l'un soit l'autre. Essayer de ménager la chèvre et le chou ça ne passe pas pour moi: "Bon c'est un roman je peux inventer des sentiments à mes personnages mais quand même regardez j'ai lu quelques livres historiques avant". Ca m'agace profondément et j'ai eu du mal à lire ce roman. 

Je dirais donc qu'il n'est pas aussi catastrophique que Deux soeurs pour un roi (qui ne prend même pas la peine d'ouvrir un livre d'histoire pour faire correspondre les dates) (oui j'en veux à ce livre qui donne une image désastreuse et faussée d'Anne Boleyn et fait passer Mary Boleyn pour une sainte alors qu'elle était connue pour avoir été la maîtresse de François Ier ET Henry VIII...mais passons) mais qu'il ne rend pas vraiment justice à son héroïne. Si je n'ai pas aimé le style je ne le déconseille pas tout à fait.

Si vous voulez en savoir plus sur Mary, je vous conseille en revanche l'excellent: The French Queen's Letters: Mary Tudor Brandon and the Politics of Marriage in Sixteenth-Century Europe (Queenship and Power) d'Erin A. Sadlack. 

Si vous connaissez en revanche de bon romans historiques qui se passent au XVIe siècle anglais je suis preneuse! (dont le protagoniste principal n'est pas un personnage historique merci). 

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