jeudi 21 janvier 2010

Rebecca - Daphnée du Maurier



"Last Night I dreamt I went to Manderley again..."


Monte Carlo, années 30. Une jeune fille de vingt-et un ans travaille pour Mrs Van Hopper, une vieille dame insupportable, snob et bavarde. Alors que Mrs Van Hopper est coincée au lit, la jeune narratrice (dont on ne saura jamais le prénom) fait la rencontre de Max de Winter, homme d'une quarantaine d'année, propriétaire d'une grande demeure en Angleterre et veuf depuis peu. La personnalité étrange de Max de winter attire rapidement la jeune fille qui en tombe amoureuse. A sa grande surprise Max de Winter lui propose de l'épouser et de l'emmener vivre à Manderley. Pour elle, c'est le début d'un rêve qui commence, mais Manderley est loin d'être une demeure accueillante car Rebecca la défunte femme de Max de Winter est partout, toujours présente. La jeune et frêle épouse de Max de Winter arrivera-t-elle à supplanter à temps l'implacable souvenir de la superbe Rebecca?

Par bien des côtés, Rebecca fait penser aux romans des soeurs Emily et Charlotte Brontë Les hauts de Hurlevent et Jane Eyre. Cette ambiance dure et pleine de haine rappelle l'atmosphère des Hauts de Hurlevent et la bataille qui fait rage entre les deux familles. Les personnages d'un autre côté, la jeune narratrice qui voudrait croire au bonheur en restant lucide est très proche de Jane Eyre, tandis que le comportement à la fois froid et passionné de Max de winter fait de lui un second Edward F. Rochester. Une maison pleine de secrets, hantés par son passé, Manderley ne serait-elle pas si proche de Thornfield?

Rebecca est un des romans les plus impressionnants du XXe siècle. Je me demande encore comment Daphnée du Maurier a pu inventer un monde aussi complexe et tourmenté que celui de Manderley. Rebecca est un roman d'ambiance, un roman ou l'atmosphère est plus pesante et plus angoissante que dans n'importe quel autre roman que je connaisse. On ne peut pas décrire l'impression que la lecture de ce roman nous fait, comment un poids nous tombe sur la poitrine nous oppressant un peu plus à chaque instant jusqu'à ce que nous ayons l'impression de suffoquer. Puis la libération du dénouement, le soulagement final où brusquement le poids si pesant s'évanoui.

Plus que son style, c'est la finesse de la psychologie de ses personnages qui est remarquable dans Rebecca. La jeune et frêle narratrice va devoir apprendre à s'affirmer dans cette maison ou la première épouse est toujours aussi présente et impose encore sa loi malgré sa mort. Le changement de personnalité de Max de Winter est aussi particulièrement fine, homme sympathique et ouvert à Monte-Carlo, il devient froid et renfermé sous les hauteurs de Manderley. Mrs Denver, gouvernante de Manderley, femme stricte froide et folle, perpétue le souvenir de son ancienne maîtresse avec un acharnement presque religieux. Enfin, Rebecca, absente mais toujours là, indéfiniment présente dans sa mort.
Le miracle de ce roman est de faire vivre de façon oppressante et incompréhensible un personnage mort avant le début de l'histoire, qu'on ne voit jamais et mais qui malgré reste l'obsession principale de toutes les autres personnages jusqu'à donner son nom au titre du roman.

Meilleur qu'un roman policier, plus effrayant qu'un roman d'horreur, Rebecca est un livre où le poids des secrets dévorent tout sur son passage.

Quotations:
"I suppose sooner or later in the life of everyone comes a moment of trial. We all of us have our particular devil who rides us and torments us, and we must give battle in the end."
"Either you go to America with Mrs. Van Hopper or you come home to Manderley with me."
"Do you mean you want a secretary or something?"
"No, I'm asking you to marry me, you little fool."

A savoir: Alfred Hitchcock a réalisé une adaptation du roman de Daphnée du Maurier, il me semble que c'est à ce jour la seule adaptation cinématographique du roman, il serait cependant intéressant d'en avoir une nouvelle version plus récente...affaire à suivre.

Rebecca est aussi très proche du roman de Diane Setterfield Le treizième conte donc vous trouverez la critique ici.


6 commentaires:

Betti a dit…

Ce que j'aime dans ce roman, c'est voir comment du roman sentimental, on bascule presque dans un roman policier-horreur... Il y a un renversement total d'ambiance... Et aussi, le truc en plus: la narratrice n'a pas de prénom ni de nom, il n'y a que Rebecca!

Allie a dit…

J'aime énormément ce roman de Daphné DuMaurier. Il est magnifique et très intéressant au niveau de la psychologie. Probablement un de mes livres préférés, que j'ai lu et relu! Étrangement, même si j'adore Hitchcock, Rebecca est l'un de ses films que je n'ai jamais eu l'occasion de voir! Je serais curieuse de le visionner, mais aussi d'en voir une version plus moderne! Ce serait intéressant!

Perséphone a dit…

Salut Betti chérie!

Oui tu as raison le renversement est saisissant! Il y a d'ailleurs plus d'un basculement à mon sens et la narratrice sans nom ça fait froid dans le dos d'ailleurs, elle n'a aucune identité devant Rebecca...

Allie, je n'ai pas vu le film d'Hitchcock qui a peut-être du vieillir un peu, mais je ne peux pas t'en dire plus.

Bien à vous

Perséphone

Clelie a dit…

Présphone, quelle excellente critique !
C'est l'un des romans de Daphné du Maurier que je préfère, mais qui dispute peut-être ce titre avec L'auberge de la Jamaïque...
Le film d'Hitchcock est une perle, même si certains éléments essentiels du caractère des personnages sont un peu entamés par le code de censure des années 40...
Une belle adaptation néanmoins avec deux acteurs formidables (Joan Fontaine et Laurence Olivier), et le maître Hitch en personne aux commandes... Une merveille à voir et à revoir !

Marie a dit…

Ce livre est fantastique. Je suis particulièrement fan de la terrifiante Mrs Danvers qui apparait presque comme le spectre de Rebecca planant sur la maison. Quel incroyable personnage que cette Rebecca, effrayante et passionante à la fois...

Lou a dit…

Je ne sais pas pourquoi mais je ne l'ai toujours pas lu... du coup comme j'ai lancé un challenge Halloween avec Hilde en octobre, je trouve une excuse pour le lire (puisqu'il fait peur:)). J'ai hâte, je suis certaine d'adorer !

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