jeudi 5 mars 2009

Les personnages masculins chez Jane Austen


J'aimerai pour continuer ce cycle Jane Austen, vous proposer une petite analyse des personnages dans ses romans. Rien de prétentieux, juste des idées et n'hésitez pas à argumenter si vous n'êtes pas d'accord.

Même si Jane Austen ne se place que du point de vue de ses dames, nous pouvons sans consteste dire qu'elle n'a que des héroïnes, il n'en est pas moins vrai que ces messieurs tiennent une place particulièrement importante dans ses romans. A la fois prince charmant et monstre, enchanteur ou enchanté, le héros austenien à largement sa place dans une galerie de portraits complète. Que serions -nous mesdames sans ces terribles bourreaux? Que serait Lizzie sans Darcy ou Fanny sans Edmond? Assurément le roman aurait moins de charme et d'intérêt.

Je vous proposerai tout d'abord une petite analyse du héros austenien avant de faire une galerie de portraits.

Je passerai volontier sur les figures de pères et d'oncles qui peuplent le monde de Jane. Ils sont parfois tyraniques ou obscurs : le Général Tilney de Northanger abbey ou Mr Elliot de Persuasion. Mais le plus souvent ils sont purement absents : Mr Woodhouse d'Emma, Mr Bennet de Pride and Prejudice, Mr Dashwood [mort] de Sense and Sensibility, Mr Price de Mansfield Park et Mr Morland de Northanger Abbey. On trouve aussi des personnages extérieurs à la famille nucléaire (oncles, cousins, amis) mais qui sont toujours pleins de bonne volonté : Mr Gardiner de Pride and Prejudice, Sir John Middleton de Sense and Sensibility, les Allan de Northanger Abbey, Le Capitaine Harvile de Persuasion, et dans une certaine mesure Sir Beltram de Mansfield Park.
D'une façon générale, Jane est peu tendre face à ces figures de maris et de père. Peut-être ne les intéressent-ils pas, ou peut être sa propre vision de ces figures paternelles nous est transmise par le biais de ces absences notables. Il est bon de remarquer que les pères, oncles ou autres, sont des obstacles dans les mariages des héros et héroïnes. Certes Sir Beltram est furieux contre Fanny mais il accepte plutôt facilement son mariage avec Edmond, quant à Sir Elliot il n'est pas le seul à persuader Anne de refuser Wentworth. Les héros et héroïnes doivent souvent s'affronter eux-même ou leurs congénères pour sortir d'une situation difficile et ils doivent rarement affronter leur famille (exception faite d'Anne Elliot et peut-être de Fanny Price).

Mais ces figures paternelles ne m'intéressent pas ici et je vais plutôt me concentrer sur les figures d'amants, figures principales chez Jane.

On peut dégager trois types de personnages masculins types chez Jane. Bien sûr ils sont tous différents et on pourrait dégager des nuances (j'essayerai de le faire dans la mesure du possible).

Ces trois types ne se retrouvent pas toujours ensemble dans un même roman, il est possible qu'une des données soient enlevés, car à chaque héroïne son héros et généralement ceux-ci s'accordent en caractère.

On peut donc distinguer trois "types de personnages": les deux premières catégories ont le point commun leur finalité: ce sont des héros positifs, des personnages bons. La dernière catégorie que l'on trouve dans 90% des romans et qui le fait vivre rassemble les personnages négatifs, les "méchants" si on utilise ce simple terme.

Parlons tout d'abord de la première catégorie, la plus puissante généralement: on pourrait l'appeler "le ténébreux". Je sais le terme fait suranné mais je n'en ai pas de mieux. Le champion toute catégorie de cette classe est sans contexte Mr Darcy. Je le prend en exemple car tout lecteur de Jane connait Darcy. C'est le principe même de personnage complexe que le lecteur et à fortiori l'héroïne a du mal à déchiffrer mais qui au bout du compte rélève toujours sa bonne nature. Il a également comme caractéristique première d'être révélé et rendue à sa juste place par les yeux de l'héroïne. C'est parce que son regard à elle change, qu'il change et que d'obscur il devienne lumineux. On retrouve donc :


Colonel Brandon de Sense and Sensibility. S'il n'est pas aussi flamboyant que Darcy, il appartient tout de même à cette catégorie de personnage car il parle peu, se livre peu mais se libère par ses actes protecteurs et sauveurs.





Fitwilliam Darcy de Pride and Prejudice, nous l'avons déjà dit Darcy caractérise à lui seule cette catégorie. Sombre, peu pénétrable, il n'est pas moins transformé par l'héroïne tout au long du roman et se révèle dans ce qu'il est à la fin uniquement.
_ Mansfield Park en est dépourvu. Nous avons deux figures fortes mais qui n'a pas sa place ici et l'on ne peut considérer Tom Beltram comme un "ténébreux" c'est lui aussi un absent.


Mr Knightley d'Emma. Personnage tout en filigramme dans le roman et qui ne prend sa place, place légitime et révélée lorsque l'héroïne elle-même prend conscience de ce qu'il représente à ses yeux. Il est comparable à Darcy puisqu'il trouve sa vraie place à travers les yeux de l'héroïne.






_ Northanger Abbey n'en contient pas non plus. Les deux autres catégories de personnages sont doublées mais celle-ci reste vide.

Captain Wentworth de Persuasion. Tout comme les autres, Wentworth se révèle par l'héroïne mais aussi et surtout par lui même. A la lueur de ses pensées il modifie lui-même son comportement. De la froideur de l'ancien amant, il retrouve la passion du premier amour.







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La deuxième catégorie comporte le personnage "lumière", celui qui on le sait est bon et en qui les héroïnes peuvent avoir confiance. Souvent timide et plus effacé, il a souvent un sens de l'honneur aigu et un amour profond.


Edward Ferrars de Sense and Sensibility, personnage immédiatement aimé du lecteur et dont le bonheur est presque vital, comme par "justice". Doux, attentionné et amoureux, Elinor l'aime d'autant plus qu'il possède un véritable sens de l'honneur et du devoir qu'elle partage.




Charles Bingley de Pride and Prejudice. tout comme Edward dont il partage de nombreux points communs, il est doux et timide et entraîné malgré lui dans un code d'honneur que Jane aura la bonté de briser bien obligement.






Edmund Beltram de Mansfield Park. Sa caractéristique principale (outre la ressemblance avec Edward Ferrars pour le goût du "clergyman" et celle avec Charles Bingley pour une certaine timidité) est sans doute de ne découvrir son amour pour l'héroïne qu'après la bataille en quelque sorte. Atypique par certain côté il n'en ai pas moins touchant.

_ Emma n'en a presque pas. On pourrait certes y mettre Franck Churchill mais pour d'autres raisons je le laisserai à la dernière catégorie.


Henry Tilney et son pendant plus fade James Morland de Northanger Abbey. Eux aussi sont caractérisés par l'importance de l'honneur et si pour James, l'histoire n'est point heureuse, Henry en revanche atteindra le bonheur dévolu à ce genre de personnage. C'est aussi celui qui doit le plus se battre pour obtenir et l'amour de celle qu'il aime et l'autorisation de l'épouser.






Charles Musgrove de Persuasion. Beaucoup plus fade que les autres, il n'en reste pas moins un personnage tendre (il ne faut pas oublier qu'il a demandé sa main à Anne) et toujours présent.

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La dernière catégorie rassemble bien évidement les personnages négatifs. Cette figure de séducteur qui terrorise les jeunes filles de l'époque victorienne car ils représentent la ruine, l'avidité, le déshonneur et la séduction trompeuse. Cette figure, toujours sublime se révèle n'être qu'un faux, une copie, "un portrait de Dorian Grey". PArticularité également, c'est le seul personnage que l'on retrouve dans tous les romans, car si Jane peut jouer avec l'un ou l'autre (ou les deux: cf. Pride et Sense) personnage des deux catégories précédentes, elle ne peut ce passer de celui-ci, car il fait vivre le roman et permet souvent de créer ou de révéler le véritable amour pour les autres personnages qui évoluent par contraste.



Willoughby de sense and Sensibility. Peut-être l'emblème de cette catégorie. Certains le voient comme une victime, je dirais qu'il représente tout de même un côté bien peu glorieux. Par ses actes, il choisit l'argent et une femme qu'il déteste à la place de Marianne. Le choix est consommé et le personnage consummé.




Georges Wickham de Pride and Prejudice. Figure sublime que Wickham mais au combien mauvaise et déshonnorante. Avide d'argent, comme Willoughby, séducteurs de jeunes filles (Georgiana et Lydia) il berne l'héroïne un moment. Mais, Wickham aura au moins l'avantage de rapprocher Darcy et Lizzie et fait avancer l'histoire et offre la possibilité à Jane de critiquer les préjugés dont fait preuve son héroïne.




Henry Crawford de Mansfield Park, il partage lui aussi des points communs avec les deux précédents, menteurs et séducteur il finit néanmoins, à l'instar de Willoughby, d'être pris à son propre piège et de tomber amoureux. Une façon pour Jane de punir ces Casanova d'opérette.





Franck Churchill d'Emma. Nous l'avons vu sa place est un peu hybride. Certes il trompe tout le monde et surtout cette curieuse d'Emma, mais sa tromperie n'est pas dans un but négatif; pas d'appat du gain ou un simple jeu de séduction. Churchill est juste un amoureux qui se cache. De plus il ne brise pas le coeur d'Emma et lui permet même de réaliser ses sentiments pour Knightfield. il est donc la version atténuée et positive des Willoughby et des Wickham.








John Thorpe et Captain Tilney de Northanger Abbey. Si le premier est attiré par le gain, l'autre l'est par la séduction. Ils sont dissociés, un seul personnage coupé en deux et exploitant deux facettes réunies chez d'autres.











Mr. Elliot de Persuasion. Chez lui l'appat du gain est clairement le premier objectif, mais sa tromperie est abjecte car elle utilise non seulement la position d'Anne (27 ans et non mariée, une proie facile) mais aussi ses sentiments (il lui fait croire qu'il l'aime alors que le reste de sa famille la rejette). Mais lui contrairement à d'autres qui ont pu arriver à leur fin, se voit spolier, naturellement.







Jane n'est pas moralisatrice, certains de ces mauvais sujets réussissent très bien et font une fin affreuse, le mariage. D'autres personnages plus charmants sont mis en difficulté mais ils gagnent toujours. Il y a donc une envie de montrer toutes les facettes d'un homme, du pire au meilleur et du plus simple au plus complexe.

6 commentaires:

Old Fogey a dit…

Très intéressant. Pour ma part je proposerai des catégories similaires et aussi differentes. Votre séducteur j'appelle le 'libertin' - ou en anglais "The Deceiver" - Willoughby, Wickham, Crawford etc. Votre ténébreux est pour moi le genre d'homme qui est aussi Le Protecteur, comme Brandon, Darcy etc. Mais j'ai une autre catégorie des hommes que j'appelle L'Hypocrite comme M.Collins, Walter Elliot. Je n'ai pas de catégorie particulière pour Edward Ferrars etc sauf peut-être L'Homme Prudent. Le Libertin est le plus intéressant, n'est-ce-pas.
Best wishes
OF

Perséphone a dit…

Bonjour Old Fogey

Je tout à fait d'accord avec vous le mot Libertin ou Deceiver conviendrait parfaitement à des personnages comme Crawford, Willoughby ou Wickham. Cependant cela exclu Franck Churchill qui ne peut être comparé à ces derniers. Idem pour le "Protecteur" le titre change mais l'idée reste la même.
Pour ce qui est des Hypocrites cela est tout à fait pertinant, je ne les ai pourtant pas mis dans l'article car j'ai préféré me focaliser sur les figures d'"amant".

En revanche pour l'Homme prudent, je pense que la catégorie doit être un peu élargie pour y faire rentrer plus de monde comme Bingley ou Edmund Betram.

Thanks for your comment.
et je viens de m'appercevoir que vous tenez le blog Idolising Jane qui est excellent.

Best wishes too

Perséphone

Old Fogey a dit…

Bonjour Persèphone,

Frank Churchill n'est pas de libertin mais il est Deceiver - pourquoi la deception du piano? Bingley et Bertram sont vraiment membres de la catégorie des Hommes prudents - j'en suis d'accord avec vous.
Mais je ne peux pas aimer Edmund - un vrai homme fade.
Regards
OF

Perséphone a dit…

Bonjour Old Fogey,

il se trouve que j'adore Edmund...tout comme Mansfield Park. Je sais il est moins brillant que Darcy mais je l'aime bien quand même. Chacun ses goûts.

Cordialement

Perséphone

Anonyme a dit…

Bonjour à tous (toutes, surtout, j'imagine!) !
En dehors de la justesse de cet article je tenais à soulever le fait que Henry Tilney ne soit pas un personnage aussi banal que vous semblez l'admettre!
Certes, il est peut-être moins original, plus "banal" que des hommes comme Darcy, mais je ne supporte pas (^^) qu'on le définisse comme sans intérêt! Dans le livre, peut-être moins dans l'adaptation en film, et encore, c'est un homme qui à la fois possède de l'esprit, de la répartie et de l'ironie (il se joue de Catherine Morland, et donc la séduit de manière fine et intelligente). Il est également cultivé de par ses lectures et, dernier point, il n'est pas non plus arrogant : son humour ironique se transforme en une timidité touchante face à celle qu'il aime.
Est-ce si banal et inintéressant que ça...?

Bon,je devrais être contente que personne ne l'aime, pour le garder pour moi x)
With all my respect,
M.

Perséphone a dit…

Ttttt ma petite M, ne crois pas que tu pourras garder Henry Tilney pour toi seule...il est bien trop précieux cet homme là.

Mais tu as mes plus plates excuses. L'article date de 2009, autant dire l'aube pour ce blog et si je refaisais l'article maintenant, il serait sans doute trois fois plus long et plus explicite. Je le réécrirai peut-être à l'occasion.

Personne ne dit qu'Henry est banal! Au contraire, il est MON PERSONNAGE PREFERE chez Jane Austen. Plus que Darcy, c'est Henry Tilney que j'aime même si je ne le dis pas assez. D'ailleurs il appartient à la catégorie que j'ai appelé des personnages "Lumière", pas vraiment un personnage falot bien que doux et moins "dashing" que Darcy. (En revanche Old Fogey parlait d'Edmund de Mansfield park, je ne sais pas si tu as pu confondre, je me suis relue deux fois et je n'ai pas trouvé de mention de "banal" pour Henry, dis moi où, ça m'intéresserait de corriger).

Tilney est drôle, fin, et il connait la mousseline...que demander de plus? J'adore sa façon de se moquer gentiment de Catherine et de reconnaitre ses tords. Bref, vive Henry.

Au plaisir de te recroiser souvent.

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