samedi 19 février 2011

Et L'homme créa la femme (2002) - Frank Oz


Joanna est une femme à qui tout réussit : un mari aimant, deux beaux enfants, une vie parfaite. Mais, un jour, le rêve s'effondre. Joanna perd son poste et découvre que son mariage bat de l'aile.
Joanna et son mari quittent alors New York et s'installent dans la banlieue résidentielle de Stepford, dans le Connecticut. Stepford paraît sortir d'un conte de fées, avec ses vastes et coquettes maisons, ses pelouses manucurées, ses rues tranquilles d'une propreté immaculée et ses femmes, d'une beauté irréelle, avec leur visage lisse, éternellement souriant, leurs mensurations dignes d'un magazine sur papier glacé.
Joanna s'étonne de les voir toutes aussi douées pour la cuisine que pour repeindre la maison, passer la tondeuse, jouer avec leurs gosses et accueillir leur mari dans d'affriolantes lingeries sexy. Elle et sa nouvelle copine, l'effervescente Bobbie, se posent des questions...

CASTING

Nicole Kidman..........................................Joanna Eberhart
Matthew Broderick...................................Walter Kresby
Bette Midler..............................................Bobbie Markowitz
Jon Lovitz.................................................Dave Markowitz
Christopher Walken..................................Mike Wellington
Glenn Close..............................................Claire Wellington
David Marshall Grant...............................Jerry Harmon
Roger Bart................................................Roger Bannister

J'ai trouvé ce film par pur hasard. L'affiche m'a semblé amusante et intrigante et je me suis dis, que toutes ces femmes parfaites cela présageait au moins un film à la Hitchcock. Je ne me suis pas trompée de beaucoup. Ce film est complètement dingue avec son décors Eurodisney sauce année cinquante et les cup-cake assortis!

Joanna est le type de carriériste qui nous a apporté le plus stupide de la télé réalité (merci mais on s'en serait passé). Lorsqu'elle est viré, elle pète littéralement un plomb. Heureusement pour nous car elle découvre Stepford, une ville républicaine années 50 sans autre chose que des blancs et des femmes parfaites. Joanna rencontre au pique-nique du village, Bobbie, une écrivain râleuse et Roger un architecte ultra-gay (vous comprendrez....). Tous trois décident que décidément quelque chose cloche dans cette trop parfaite Stepford.

Nicole Kidman est épatante comme toujours, surjouant un peu mais ça n'est pas gênant vu le ton du film, clairement barré! Elle est étonnamment crédible en superwoman businesswoman qu'en parfaite ménagère made in fifties.

Roger Bart est excellent dans ce rôle de gay - de folle - fan de Dolce and Gabbana. Très dandy, très rôle et mordant sa prestation relève le niveau.
Quant à Bette Midler, elle est toujours aussi drôle. Le petit trio prend des allures un peu folle lorsqu'au fur et à mesure, Roger puis Bobbie "disparaisse".

Glenn Close et Christopher Walken sont extraordinaires comme toujours. Quiconque connait les liaisons dangereuses ne peut que juger du talent de Glenn Close. La machiavélique Merteuil laisse place à la soumise Claire.

L'histoire est loufoque mais n'est pas dénuée d'une certaine tension. Un bon film, divertissant et drôle.

mercredi 16 février 2011

Le crime de Paragon Walk - Anne Perry

Londres, 1884. La luxueuse avenue de Paragon Walk s'éveille en plein drame : une innocente jeune fille de dix-sept ans, Fanny Nash, y a trouvé la mort, violée et étranglée. L'inspecteur Pitt est chargé de l'affaire. Sa tâche s'avère encore plus délicate que d'habitude. Une nouvelle fois confronté à l'aristocratie, il va aussi devoir enquêter chez Lady Emily Ashworth, la soeur de sa chère épouse Charlotte ! Fanny a été agressée alors qu'elle revenait de chez Emily et George, son mari, reste très évasif sur son emploi du temps au moment du crime. Cacherait-il quelque chose ? L'enquête piétine. Bien décidée à percer le mystère, Emily entraîne Charlotte dans les réceptions mondaines. À la quête des petits secrets qui cachent les grandes dépravations, elles démasqueront un coupable complètement inattendu.

Après les cadavres de bébés de Callender square nous voila avec la mort de la pauvre et innocente Fanny Nash. Cet opus est clairement mieux maîtrisé que le précédent. Le suspens est nettement plus présent avec une série de rebondissements qui donnent envie d'en savoir plus sur ce meurtre pour le moins étrange.
Charlotte et Thomas sont toujours aussi attachants même si Charlotte est ici plus présente que Thomas Pitt, c'est véritablement elle et sa soeur qui mène l'enquête, ce qui est assez délicat en fait car ici Pitt ne résout rien et apparaît plutôt incapable. C'est dommage car cela nuit un peu au personnage de Pitt qui à mon sens n'est pas exploité à fond.

Comme d'habitude dans cette série, Anne Perry décrit avec un cynisme et une vérité cuisante cette fin de siècle victorien et le comportement méprisant des aristocrates face aux gens moins fortunés. Le dédain dégouline littéralement de la page, ce qui a pour effet majeur (et ingénieux) de tourner le lecteur vers les deux héros, simples et plus proches de nous dans la pensée et les moeurs (du moins je l'espère!).

Comme souvent également, un sous-thème tend les romans d'Anne Perry. Ici, elle aborde la délicate question de la femme et de sa vertu. En effet, avec une certaine stupeur, je dois dire, la féministe que je suis a été outré de penser que dans ce monde bien pensant de la haute société victorienne, la femme qui se fait violée l'a bien mérité car après tout "ce genre de chose n'arrive pas à une femme à la morale irréprochable". Pauvre, pauvre Fanny Nash, jeune fille terne et insouciante qui ne demandait rien à personne. Heureusement que Charlotte est là pour envoyer deux trois piques bien placées à ces bigotes et ces hommes puants.

Le seul reproche que je ferai à ce roman là est qu'il manque d'originalité. Si l'intrigue est clairement mieux que la précédente, les fondements de l'histoire, le cadre, le milieux et les rebondissements sont quasiment les même ce qui est assez désolant, car on a l'impression d'un remarke en mieux.
Toutefois, et pour l'avoir expérimenté moi-même, je peux vous certifier que la série va en s'améliorant et que ce genre de désagrément semble être unique dans la série.

Un troisième opus tout à fait réussi!

mardi 15 février 2011

l'oiseau de mauvais augure - Camilla Läckberg

L'inspecteur Patrik Hedström est sur les dents. Il voudrait participer davantage aux préparatifs de son mariage avec Erica Falck, mais il n'a pas une minute à lui. La ville de Tanumshecle s'apprête en effet à accueillir une émission de téléréalité et ses participants avides de célébrité, aussi tout le commissariat est mobilisé pour éviter les débordements de ces jeunes incontrôlables. Hanna Kruse, la nouvelle recrue, ne sera pas de trop. D'autant qu'une femme vient d'être retrouvée morte au volant de sa voiture, avec une alcoolémie hors du commun. La scène du carnage rappelle à Patrik un accident similaire intervenu des années auparavant. Tragique redite d'un fait divers banal ou macabre mise en scène ? Un sombre pressentiment s'empare de l'inspecteur. Très vite, alors que tout le pays a les yeux braqués sur la petite ville, la situation s'emballe. L'émission de téléréalité dérape. Les cadavres se multiplient. Un sinistre schéma émerge...

Ce quatrième volume des aventures de Patrick Hedström et Erika Flakk est tout à fait réussit. Camilla Läckberg s'améliore à chaque ouvrage.

Ce qu'on apprécie dans ces romans, ce sont les descriptions réalistes et l'ancrage dans le réel des aventures, des personnages et des situations. Comment ne pas penser à Big Brother (le loft), secret story avec cette émission de télé-réalité sordide qui s'installe a Tanumshede? L'homophobie de certains personnages, ou encore les récits de vie de chacun rendent crédibles et attachants les personnages principaux.
Quant aux autres, ils sont totalement maîtrisés aussi. Quoi de plus réalistes que ces candidats de l'émission de télé-réalité? De l'adolescente paumée à la barbie siliconée en passant par le fils à papa et la petite frappe, on se dit que nos magasines "people" ne sont pas si loin.

Ce que j'ai également apprécié (comme toujours) c'est ce mélange entre histoire policière et récit de la vie des deux héros, comme une alternance ou des poses. Les romans de Camilla Läckberg ne sont pas que des romans policiers. Ils racontent aussi la vie de la Suède et des suédois, leur culture, leur problème, leur envie, leur colère. Cette alternance est vraiment agréable et permet de séduire à la fois les passionnés de crime mais également les amateurs de récits plus "traditionnels".

L'intrigue policière enfin est parfaitement menée. Pas à pas elle se complexifie puis se résout. Elle apporte avec elle son lot de questionnements et d'interrogations. Le seul bémol que je mettrais à ce roman est que j'ai pratiquement trouvé le coupable dans les premiers chapitres, même si je n'ai compris ses mobiles qu'à la fin. C'est un peu gênant parce que du coup l'effet de surprise (pourtant super) que Camilla met en place n'a pas atteint son but. C'est le paradoxe de la lecture de roman policier: vous voulez savoir mais en même temps, il faut tenir le livre entier et lorsque ce fragile équilibre est rompu, la lecture retombe comme un soufflé. Heureusement ce tome ci est suffisamment passionnant pour que j'en achève la lecture malgré la solution de l'énigme au chapitre 2.

Rassurez-vous pour ceux qui ne trouverai pas le coupable immédiatement, l'effet de surprise sera d'autant plus fort.

Pour terminer je dirais que j'attends avec impatience le tome suivant L'enfant allemand, puisqu'il est introduit à la fin de ce tome-ci. Camilla Läckberg sait décidément maintenir le suspens et l'envie de poursuivre l'aventure avec elle.

vendredi 11 février 2011

A murder is announced - Agatha Christie



Un meurtre est annoncé, qui aura lieu le vendredi 29 octobre à dix-huit heures trente à Little Paddocks. »Au village de Chipping Cleghorn, tout le monde découvre cette petite annonce dans la gazette locale en prenant son breakfast, et les dames de Little Paddocks ne sont pas les moins surprises. Tout le monde pense à une amusante murder party imaginée par quelque facétieux. Aussi, tout le voisinage, émoustillé, rapplique-t-il à Little Paddocks et l'on attend l'heure fatidique dans la bonne humeur.A dix-huit heures trente, la lumière s'éteint, l'assassin paraît, des coups de feu éclatent... Mais c'est l'étranger, entré Dieu sait comment dans la maison, qu'on retrouve, son pistolet à la main, effondré sur le parquet. Mort...

Quelle ne fut pas ma surprise en découvrant que A murder is announced était en fait un Miss Marple!

La voir surgir au détour d'une page fut une révélation, car j'étais déjà préparé en mon fort intérieur à suivre une histoire sans héros christien. Mais la voila, la "vieille toquée" personnelle de Sir Henry Clithering comme il l'appelle, enquêtant discrètement sur cette tentative de hold-up et cette mort mystérieuse. Car dès le début quelque chose cloche.
Pourquoi simuler un hold-up devant de nombreux témoins afin d'assassiner Miss Blacklock, puis se suicider parce qu'on a loupé son coup? Décidément ça ne colle pas pour Jane Marple.

Comme d'habitude, les ingrédients qui font un bon Agatha Christie sont réunis. De nombreux suspects, plusieurs intrigues mêlées, des rebondissements à la pelle et MISS MARPLE (encore et toujours elle, mais que voulez-vous je suis admirative).

L'intrigue est vraiment originale, faite de fausses pistes et de vrais coups de théâtre et la fin est surprenante à plus d'un titre. Encore une excellente raison de livre Agatha!!!

jeudi 10 février 2011

The King's speech (2010)


COUP DE COEUR DE PERSEPHONE

D’après l’histoire vraie et méconnue du père de l’actuelle Reine Elisabeth, qui va devenir, contraint et forcé, le Roi George VI (Colin Firth), suite à l’abdication de son frère Edouard VIII (Guy Pearce). D’apparence fragile, incapable de s’exprimer en public, considéré par certains comme inapte à la fonction, George VI tentera de surmonter son handicap grâce au soutien indéfectible de sa femme (Helena Bonham Carter) et d’affronter ses peurs avec l’aide d’un thérapeute du langage (Geoffrey Rush) aux méthodes peu conventionnelles. Il devra vaincre son bégaiement pour assumer pleinement son rôle, et faire de son empire le premier rempart contre l’Allemagne nazie.

CASTING

Colin Firth.................................................George "Bertie" VI
Helena Bonham Carter..............................duchesse d'York / Reine Elizabeth
Geoffrey Rush...........................................Lionel Logue
Derek Jacobi..............................................Archbishop Cosmo Langi
Jennifer Ehle..............................................Myrtle Logue
Timothy Spall............................................Winston Churchill
Guy Pearce................................................Edward VIII
Michael Gambon.......................................Le roi George V
Eve Best....................................................Wallis Simpson

Servi par un casting admirable, ce film est véritablement la merveille de l'année.

Chapeau bas à Colin Firth qui confirme son talent. Son jeu force l'admiration tant il est crédible et convaincant. Entre ses mains, le spectateur ressent viscéralement la douleur de ce prince, intelligent et lucide qui veut rendre son père fier et se montrer digne de sa fonction de duc puis de roi. Le bégaiement n'est pas exagéré mais profondément étudié, jamais ridicule c'est la souffrance qui transparait dans ce défaut d'élocution. Cet handicap lui "bouffe la vie", le ronge de l'intérieur, de l'histoire racontée aux princesses Margaret et Elizabeth aux discours officiels, toute sa vie tourne autour de ce bégaiement.
Pourtant, Albert "Bertie" n'est pas un personnage parfait. Ces sautes d'humeurs et ses colères sont foudroyantes, souvent injustes et détournés de lui-même vers un interlocuteur extérieur, le professeur Logue.

Geoffrey Rush donne lui aussi une interprétation remarquable, tout en finesse et en drôlerie de ce docteur aux manières peu conventionnelles. Passionné par son métier, il s'installe entre lui et son royal sujet une complicité et une amitié là aussi peu conventionnelle. Les exercices proposés par Lionel Logue sont extrêmement drôle à voir et détendent l'atmosphère assez lourde qui pèse sur le futur monarque. Son amour de Shakespeare et sa drôlerie en fait un personnage très attachant, sûrement le plus attachant de tous, car à l'inverse de Cosmo Langi (joué par un formidable Derek Jacobi), prêt à tout pour rester dans le cercle du pouvoir, Lionel Logue tient vraiment au bonheur d'Albert et ne cherche pas à profiter du monarque sauf par la moquerie "vous me ferez bien chevalier" lancé un peu effrontément.


Helena Bonham Carter est impeccable comme toujours, toujours juste, son personnage est un mélange de raideur protocolaire et de détente amusée. Si le spectateur s'amuse avant tout de la voir évoluer avec aisance sur le devant de la scène, c'est surtout l'amour qu'elle porte à son mari qui est touchant. Alors qu'il a renoncé depuis longtemps, c'est elle qui continue à chercher des solutions pour lui rendre la vie plus facile: "je détestais le protocole mais je me suis dit en vous épousant que vous bégayez tellement bien, qu'au moins ils nous laisseraient tranquilles".

Si j'ai trouvé touchante l'histoire de ce prince devenu roi presque par hasard, celle de son frère le roi Edward VIII qui a abdiquer est aussi émouvante et même courageuse. Edward VIII était follement amoureux d'une américaine deux fois divorcée et voulait l'épouser. Il renoncera au trône pour cela, alors même que sa famille (Albert et Elizabeth les premiers) ne comprennent pas sa réaction. Je trouve l'interprétation de Guy Pearce sincère et émouvante, de ce roi qui sacrifia son trône par amour. Il faut souligner je crois ce choix: voir un monarque abandonner le pouvoir par amour est un geste si rare mais si courageux, car au fond de lui il sait qu'il ne pourra être un bon roi s'il doit sacrifier une part de sa vie à son peuple, qu'il préfère y renoncer. Son histoire m'a émue alors même qu'elle n'est pas présentée comme particulièrement positive dans le film. La vie future d'Albert dépendait de ce choix qu'allait faire son frère aîné.

La reine Elizabeth II a salué ce film et je crois qu'il le mérite. Il montre un roi humain, une famille royale moins froide qu'elle ne l'est apparu il y a quelques années avec The Queen, et s'attache davantage aux êtres humains qu'à la fonction.

Un très beau film en somme, une histoire touchante mais vraiment très drôle. On ne s'ennui pas, on rit, on pleure, on aime bref....le film à voir.

Le mystère de Callander Square - Anne Perry


Dans le chic parc de Callander Square, deux jardiniers s'affairent à creuser un trou pour y planter un arbre. Ce qu'ils prennent pour les restes d'un animal mort se révèlent être en fait deux cadavres de bébés. L'inspecteur Pitt est chargé de cette enquête somme toute assez simple: quelle femme de chambre de Callander Square a enterré ses enfants adultérins dans le parc? Mais la vérité est loin d'être aussi simple et Thomas Pitt devra plus d'une fois ménager les susceptibilités des hauts personnages de Callander Square.


C'est avec un grand plaisir que l'on retrouve Charlotte et Thomas Pitt après la terrible affaire de l'étrangleur de Cater Street.
Cette histoire n'est pas la meilleure d'Anne Perry, bien au contraire, l'intrigue est molle et le dénouement peu surprenant et bâclé.
Pourtant, Le mystère de Callander Square est un excellent roman. Les passionnés d'Histoire victorienne trouveront là une excellente mise en scène de la période. Les autres comprendront sans difficulté le poids de cette société.

Si pour nous, en 2011, la lutte des classes signifient la lutte des prolétaires contre la bourgeoisie, les injustice et la révolution russe de 1917, le poids de cette lutte des classes a en partie disparu à présent. Le mérite d'Anne Perry est de nous replonger dans une période où sa naissance et sa place dans la société vous cataloguait en tant qu'individu.

L'excellent Thomas Pitt aux manières si parfaites (gentleman like) à l'aspect débraillé doit faire face des gens grossiers, quoique bien né. Traité de "prolétaire" tout le long du livre, on remercie au personnage de garder son calme et d'avoir l'intelligence de comprendre le monde qui l'entoure. Sa perspicacité, mais aussi sa discrétion le rendent particulièrement crédibles.

Le personnage d'Emily nous montre quant à lui un autre facette de la vie intime de la bonne société: celle où il faut louvoyer, mentir, bluffer avec aisance et naturel. Son personnage assez irritant parfois, lorsqu'elle considère sa soeur de haut ou lorsqu'elle la rabroue, nous touche par son fond sincère et honnête.

Charlotte, reste la plus atypique, avec son "franc parlé" (pas si franc que ça) et ses manières simples et enjouées. Elle reste mon personnage préféré car elle a beaucoup évolué entre les deux volumes et sa relation avec Thomas Pitt est charmante, attachante sans peser sur l'intrigue ni devenir mielleuse.

Reste le fond de l'histoire. Cette bonne société qui se montre faussement choqué de ces morts considèrent comme allant de soi que les bébés morts sont le fruit d'une servante indélicate. Et si on murmure qu'ils pourraient être les enfants d'un gentleman, personne ne trouve cela déplacé, car après tout "il est normal de lutiner ses bonnes". Heureusement il reste quelques figures sympathiques et droites telles le général Balantyne dont le monde s'écroule. Seul roc de vertu dans ce square du vice, ces illusions tombent les unes après les autres.

Un très bon Anne Perry pour les férus d'Histoire.

dimanche 6 février 2011

Viat - Thomas Wyatt

Ce poème de Thomas Wyatt écrit probablement en mai 1536 parle de la mort d'Anne Boleyn qu'il a vu depuis sa cellule de la Tour de Londres. Je voulais vous présenter ce poème car c'est l'un de mes préférés et je le trouve poignant par le désespoir sincère du poète. Je vous présente ici le poème dans sa version originale.

V. Innocentia Veritas viat fides Circumdederunt me inimici mei

Who list his wealth and ease retain,
Himself let him unknown contain.
Press not too fast in at that gate
Where the return stands by disdain,
For sure,
circa Regna tonat.

The high mountains are blasted oft
When the low valley is mild and soft.
Fortune with Health stands at debate.
The fall is grievous from aloft.
And sure,
circa Regna tonat.

These bloody days have broken my heart.
My lust, my youth did them depart,
And blind desire of estate.
Who hastes to climb seeks to revert.
Of truth,
circa Regna tonat.

The bell tower showed me such sight
That in my head sticks day and night.
There did I learn out of a grate,
For all favour, glory, or might,
That yet
circa Regna tonat.

By proof, I say, there did I learn:
Wit helpeth not defence too yerne,
Of innocency to plead or prate.
Bear low, therefore, give God the stern,
For sure,
circa Regna tonat.

Le titre du poème est une adaptation d'un Psaume, 17;9: "My ennemies have surrounded me"

Viat serait la traduction latine du nom de Wyatt et celui-ci est entouré des mots Innocence, Vérité et Foi.


Il apparait très vite que ce poème parle des Bloody days, les jours sanglants de l'exécution d'Anne et de ses "complices" (exécutions qu'il n'a pu voir car les cinq hommes ont été décapités à Tower Hill sur lequel sa cellule ne donnait pas, contrairement à l'exécution de la reine).


"These bloody days have broken my heart/

My lust, my youth did them depart [...]

The bell tower showed me such sight/

That in my head sticks day and night." Ces vers sont particulièrement poignants car ils montrent la douleur du poète, douleur sincère et non fantasmé d'un témoin d'un drame. On sent alors le poids de la prison. Cela marque la fin de la jeunesse de Wyatt, la fin des jours heureux.

De la même manière ces deux vers: "

And blind desire of estate./

Who hastes to climb seeks to revert." On retrouve le Wyatt ironique et satyrique, celui qui se moque de la cour Tudor et de ces travers, cela même qui a fait tombé la tête d'Anne sur l'échafaud.

Voici un extrait du poème dans la série The Tudors. Il ne s'agit pas de l'intégralité du poème mais d'un mélange entre celui-ci et un autre poème sur la mort des cinq hommes conservés dans les poèmes supposément attribué à Wyatt.



Enfin, une vidéo très courte sur l'exécution d'Anne Boleyn par la série The Tudors. Remarquez l'homme qui pleure au fond, c'est Thomas Wyatt.