lundi 4 juin 2012

Dracula mon amour - Syrie James


Présentation de l'éditeur: Mina est amoureuse et sur le point d'épouser l'homme qu'elle aime. Sa meilleure amie, la jolie Lucy, est elle aussi sur le point de se marier. Les deux jeunes femmes décident de partir en vacances à la mer pour profiter de leurs derniers moments de célibat ! Mais l'arrivée dans leur vie d'un gentleman fascinant, ténébreux et sulfureux, va ébranler toutes leurs certitudes. Lucy tombe mystérieusement malade, et Mina, quant à elle, est soudain assaillie par des désirs inavouables...

Voila, ça n'arrive pas souvent mais ça doit bien arriver de temps en temps. Ceci est l'instant "GRRRR" pour les fan de Bram Stoker. Ne dites pas que je ne vous aurais pas prévenu. Vous savez que je ne suis pas une fan de vampire, c'est à dire que je suis une puriste: pour moi il y a Bram Stoker et Anne Rice. J'avais espéré retrouver un peu de cela ici, malheureusement ce ne fut pas le cas. Dracula mon amour est une cruelle déception.

Syrie James est une habituée des réécritures et investissement d'univers puisqu'elle a déjà écrit un journal de Jane Austen (je ne sais pas s'il est publié en français). J'ai toujours pensé que les réécritures n'avaient d'intérêt que: si elles prenaient le roman dont elles s'inspirent complètement à rebours ce que fait un peu John Connolly lorsqu'il réécrit "Blanche Neige" dans Le livre des choses perdues. Une réécriture peut aussi prendre un autre point de vue: autre personnage, transposition etc.

Or ici, Syrie James ne fait rien de tout cela. Le cadre reste le même que celui du roman, le XIXe siècle anglais de Bram Stoker, l'histoire n'est pas prise à rebours et nous ne changeons pas vraiment de perspective. Nous perdons tous les journaux, celui de Jonathan et de Van Helsing pour se concentrer sur celui de Mina ce qui à mon sens perd de l'intérêt. Ensuite, Syrie James introduit une histoire d'amour entre Dracula et Mina. Mina nous raconte donc tout ce qu'elle n'a jamais dit dans le "dracula" original. Soyons donc clair, Syrie James réécrit le Dracula de Coppola, sans le kitch et Anthony Hopkins.

Reprenons les choses points par point: Tout d'abord l'épuration des autres journaux. C'est ce qui faisait tout le charme et l'intelligence du roman de Bram Stocker, cela permettait de confronter les univers et le personnage car effectivement il se montre charmeur avec Mina mais horrible avec Jonathan. Cela donnait une vue plus complète du vampire. De plus, cela permettait aussi de construire les personnages par opposition, la voix de Mina se différenciait de celle apeurée de Jonathan et de celle grandiloquente de Van Helsing.
En second lieux, le personnage de Mina dont elle fait un bas-bleu m'a dérouté. Mina est quelqu'un de très fort chez Bram Stocker mais qui a aussi une part de faiblesse ce qu'arrive bien à exploiter Dracula justement. Chez Syrie James en revanche Mina est liée par les sentiments contradictoires qui l'unissent d'une part à Dracula et d'autre part à Jonathan, elle ne sait pas faire la part des choses entre "son devoir" et son attirance pour Mr. Wagner. C'est dommage car la Mina que j'ai en tête fait assez vite la part des choses et trouve en Van Helsing, Jonathan et leur amis un véritable rempart contre "La Bête".
Le gothique est complètement absent de cette version, on ne ressent pas l'ambiance victorienne qui habite l'oeuvre originale et c'est dommage parce que c'est une énorme partie du travail de Bram Stocker sur l'oeuvre. C'est l'inscription dans une époque et puisque l'auteure a décidé de ne pas transposer l'histoire dans un autre lieu ou un autre temps, le gothique fin XIXe siècle était absolument incontournable et je pense qu'elle a loupé le coche.

Je trouve que cette réécriture manque complètement d'originalité et se focalise sur cette histoire d'amour qui me semble superflue. J'aurai aimé avec le point de vue de Jonathan sur cette femme amoureuse qui s'éloigne, ainsi que celui de Van Helsing peut-être plus clinique sur une possible chute de Mina telle une seconde Lucy.

La plume de Syrie James est revanche loin d'être mauvaise. On sent que c'est une femme qui a longtemps travaillé dans le monde de l'écriture. Toutefois - et là c'est une vraie question que je pose - certaines tournures de phrase m'ont gêné et notamment le langage de Lucy et de Mina. J'ai le souvenir de Dracula de quelque chose d'assez guindé voir pudique chez Mina tandis qu'effectivement Lucy est un peu plus provocante et relâchée. Je ne sais donc pas si c'est le travail du traducteur ou l'oeuvre de la version originale mais lire Mina et Lucy comme deux jeunes femmes du XIXe siècle m'a vraiment dérouté.

Je suis donc totalement passée à côté. Je ne pense pas que ce roman pourraient plairent aux fans de l'oeuvre originale de Bram Stocker qui risqueraient d'être déçus mais ceux qui n'ont jamais lu le roman gothique ou qui seraient effrayés par le style XIXe pourraient commencer par là.

Merci à Cécile et Lecture Academy pour cette lecture!

9 commentaires:

Karine:) a dit…

Pas tentée par celui-ci. En fait, rares sont les romans qui rendent hommage au Dracula de Stoker, je trouve.

Mascha a dit…

J'avais adoré l'original de Bram Stocker. Dommage que celui-ci ne semble pas à la hauteur...

Vladkergan a dit…

Personnellement, si je n'ai pas trouvé ce roman particulièrement indispensable, il n'en reste pas moins assez sympathique dans son genre, et propos quelques idées originales pour les connaisseurs de l'oeuvre de Stoker : http://www.vampirisme.com/livre/james-syrie-dracula-mon-amour/

Allie a dit…

Bof, je passe. Ça ne me parle pas non plus.

Gabriel a dit…

J'ai évidemment jeté un oeil à ce roman, par principe disons, mais je n'ai pas pu m'empêcher de penser que l'influence de Twilight continue de polluer la vision du vampire moderne. Cette variation qui aurait pu présenter les sentiments sulfureux évoqués par Mina dans un journal secret, des pages éventuellement écartées de celles compilés dans Dracula, manque comme tu le dis beaucoup d'originalité, et aucune atmosphère ne s'en dégage. Adopter un seul et unique point de vue rend la trame extrêmement linéaire et parfois largement ennuyeuse. J'ai mis très longtemps à entamer la lecture de ce roman que j'ai acheté dès sa parution, et je n'ai toujours pas pris le temps de l'achever, je suppose anyway que la fin ne me réservera aucune surprise. Après la purge de Dacre Stoker et Ian Holt, je vais de déception en déception. C'est dommage "Dracula, mon amour" est un titre qui résume assez bien mes sentiments !

Perséphone a dit…

Je suis d'accord avec toi Gabriel. Déception, déception...

mondesmerveilleux a dit…

C'est marrant: moi j'ai adoré! J'ai trouvé qu'elle avait vraiment repris l'univers de Stoker. Il y a une belle ambiance et les personnages sont tous développés.
Je ne trouve pas que le roman sente TWILIGHT justement. Certes il y a l'histoire d'amour avec Dracula, mais pour moi elle permet juste de montrer les faiblesses de Mina et la façon dont elle va faire face à tout ça.

Perséphone a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Perséphone a dit…

Je suis toujours désolée de ne pas aimer un livre mais je reste du même avis que Gabriel malheureusement. Je ne trouve pas que cela ressemble à Twilight, c'est juste que pour moi le personnage de Mina n'est pas du tout utilisé à bon escient ou comme il doit. Les gros anachronismes dans le caractère du personnage me gênent en fait. Dracula est un vrai monstre chez Stocker, intriguant mais un monstre. Le côté romantique, fleur bleue n'a pour moi pas sa place ici ou alors ce n'est pas assez audacieux dans le ton je trouve.
Mais comme je le dis, c'est mon côté puriste qui ne supporte les vampires que chez Stoker ou Rice ou que s'ils sont très bien écrits.

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