dimanche 23 septembre 2012

Cheshire au pays de Poe


Résumé de l'épisode précédent: Cheshire s'étant brillamment (selon ses propres dires) fait remarquer lors du procès de la vilaine belle mère, Perséphone lui a autorisé à prendre un peu d'avance. Notre chafouin a donc décidé d'aller voir un vieil ami dont la maison tombe en ruine: Usher. 

Un rire lugubre retenti dans cette froide nuit où une lune sanglante brillait au dessus de la maison branlante. La maison craque, souffre, fait un bruit du diable. Les tuiles glissent sur le toit et s'éparpillent sur le sol en se fracassant, créant comme une symphonie cristalline. Le bois et le métal se tordent, le mur se lézardent. Quelqu'un pousse un cri à vous glacer le sang et dans un dernier souffle la maison Usher s'effondre. Puis le silence tombe. La poussière retombe. Parmi les débris, une forme bouge encore. Une silhouette noire se faufile entre les gravas et  retire délicatement le chat des ruines. Il est tout cassé et ne grimace plus. La silhouette le dépose dans le jardin et passe la main dans le pelage soyeux. Lentement le chat rouvre les yeux.

***

Quelques jours plus tôt...

Ca fait un moment que je n'ai pas vu mon vieux pote Usher. Je l'aime bien. Il faut dire qu'il n'a jamais été très net et j'aime m'entourer d'amis sûrs. On s'est perdu de vue à cause de mes mauvaises fréquentations (du genre qui tient une librairie et qui parle à ses livres). Je sais que Persie ne l'a jamais vraiment aimé, elle a toujours eu des goûts étranges. Enfin, me voila en route. J'ai décidé de passer quelques jours de repos. Il parait qu'il a quelques travaux à faire dans sa maison familiale et je suis toujours là pour donner un coup de patte (sauf pour le bain hebdomadaire, je n'aime pas le bain hebdomadaire). 
Il ne fait pas vraiment beau mais ma foi nous sommes en Angleterre plus rien ne devrait raisonnablement me surprendre...Il y a dans l'air un parfum de mélancolie et de tristesse, un peu de folie aussi. Ca me rappelle mon enfance, cette époque bénie où je faisais croire à ma mère que j'étais sain d'esprit. Ca lui faisait peur c'était bien!
Mais je m'égare. 

Bon il n'a pas l'air en forme notre Usher. Le visage cireux, le cheveux gras il y a du laisser-aller dans l'air:
"Bah alors mon vieux?" je lui demande dès que je l'aperçois. "Qu'est-ce qu'il t'arrive? Tu as une tête de déterré!"
Comme mon ami ne répond pas je parle pour lui. Je lui raconte mes dernières aventures, ma dispute avec Perséphone, mon entrainement chez Lagardère, mon procès victorieux contre Blanche-neige. Mais je sens bien qu'il n'est pas à ce que je lui raconte.
"Ah mon pauvre Cheshire" soupire-t-il. "Si vous saviez.."
Mon pauvre Roderick de me raconter sa maladie. Lui qui n'a jamais été bon à ce jeu là, entend les souris courir dans les murs. La lumière lui détruit lentement les yeux et sa soeur jumelle, la belle Madeline semble souffrir elle aussi de ce terrible mal! Alors que je pensais que nous avions atteint le sommet, Usher me raconte alors que la maison est vivante.

Je ne suis pas un chat superstitieux...on a bien un ou deux chats noirs dans la famille du côté de mon père mais je ne les vois jamais, c'est dire. Cependant, après ces révélations je dois admettre que la bicoque m'a semblé beaucoup moins agréable. Vous savez, c'est commun à toutes les vieilles maisons les bruits étranges, cet espèce de ronronnement constant...cela dit je suis né dans un livre sans dessous dessous, ce genre de choses ne devraient même pas m'atteindre. Que voulez-vous...j'ai toujours été un chat sensible.
Un soir, Roderick vient me voir en me hurlant dans les oreilles que Madeline est morte! Vous parlez d'un choc...je viens prendre un peu de bon temps dans une bicoque en ruine et me voila avec un cadavre sur les pattes...La prochaine fois je changerai d'organisateur! Je trouve Madeline ficellée comme un Jésus dans sa bière et Usher me demande de l'aider à la descendre à la crypte (oui je vous l'accorde ça fait un peu vide grenier...). Enfin, je l'aide à mettre cette pauvre Madeline au tombeau et je poursuis tranquillement mes vacances dans la maison familiale. Cela dit il a l'air bizarre Roderick depuis quelques jours, enfin, encore plus que d'habitude. Il parle tout seul, il ne mange rien, il ne dort plus...je me demande vraiment ce qu'il se passe.

L'air se rafraichi vous ne trouvez pas?

Ca y est! c'est décidé je vais lui parler, il ne peut pas rester comme ça à broyer du noir!
"Usher qu'est-ce qu'il se passe?"
"Faites-moi la lecture Cheshire"
J'avoue je trouve ça étrange comme requête mais je m'exécute de bon coeur. Plus ma lecture avançait et plus je me sentais mal à l'aise. Des cris semblaient sortir de mon roman et je me sentais pétrifié! Roderick quant à lui semblait insensible à ces bruits et paraissait endormi dans son fauteuil...
Je m'approche de lui et le voila qui baragouine:

"- Vous n’entendez pas ? - Moi, j’entends, et j’ai entendu pendant longtemps, - longtemps, bien longtemps, bien des minutes, bien des heures, bien des jours, j’ai entendu, - mais je n’osais pas - oh ! pitié pour moi, misérable infortuné que je suis ! je n’osais pas, - je n’osais pas parler ! Nous l’avons mise vivante dans la tombe ! Ne vous ai-je pas dit que mes sens étaient très fins ? Je vous dis maintenant que j’ai entendu ses premiers faibles mouvements dans le fond de la bière. Je les ai entendus, - il y a déjà bien des jours, bien des jours, - mais je n’osais pas, - je n’osais pas parler ! Et maintenant, - cette nuit, - Ethelred, - ha ! ha ! - la porte de l’ermite enfoncée, et le râle du dragon et le retentissement du bouclier ! - Dites plutôt le bris de sa bière, et le grincement des gonds de fer de sa prison, et son affreuse lutte dans le vestibule de cuivre ! Oh ! où fuir ? Ne sera-t-elle pas ici tout à l’heure ? N’arrive-t-elle pas pour me reprocher ma précipitation ? N’ai-je pas entendu son pas sur l’escalier ? Est-ce que je ne distingue pas l’horrible et lourd battement de son coeur ! Insensé ! Ici, il se dressa furieusement sur ses pieds, et hurla ces syllabes, comme si dans cet effort suprême il rendait son âme : - Insensé ! je vous dis qu’elle est maintenant derrière la porte !"*

A cet instant, Madeline encore dans son linceul s'avance dans la pièce et se précipite sur Roderick qui hurle de frayeur! J'en les poils dressés! Ils sont fous ici!
La maison craque de partout, elle pleure avec les Usher. Il faut que je sorte d'ici, il faut que sorte d'ici!!!!!!

***

Cheshire ouvre doucement les yeux. Il a les coussinets douloureux, il est couvert de poussière et les oreilles qui bourdonnent. Notre chafouin tente de se redresser mais ça fait trop mal. Que s'est-il passé? Des images lui reviennent: Usher, sa soeur, l'enterrement, la maison qui craque et le salon qui lui tombe dessus. Mais comment a-t-il pu sortir de là? se demande-t-il. Ce malheureux greffier se remet sur ses pattes et regarde autour de lui. A quelques pas de là, posés sur l'herbe, une petite bouteille de lait et un gâteau. Sur la bouteille on peut lire "Drink me" et sur le gâteau "Eat me". 
Une grimace barre le visage de Cheshire: "Persie, you dog!" s'exclame-t-il en ronronnant de plaisir. Le chafouin d'humeur joyeuse et le gateau fourré dans la bouche, décide donc de rejoindre Londres. Il parait qu'une place de nounou est à pourvoir chez la famille Banks...


* extrait tiré de La chute de la Maison Usher d'Edgar Poe. 

4 commentaires:

Popila a dit…

Les aventures du chat de Cheshire m'avaient manqué, Persephone ! Je suis contente de retrouver ton chafouin. Par contre, je ne sais pas trop où il s'apprête à se rendre à présent... chez Alice ?

Perséphone a dit…

Ah non! Pas de retour chez Alice de prévu! Notre chafouin va rendre visite à une nounou célèbre!

Popila a dit…

Ah... Mary Poppins ! Chouette ! :D

Perséphone a dit…

:D

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