mercredi 10 novembre 2010

La dame aux Camélias - Alexandre Dumas fils

La société bourgeoise du XIXe siècle tolérait qu'un homme puisse entretenir une liaison, aussi ruineuse fût-elle, avec une courtisane, mais en aucun cas il ne devait s'éprendre d'une de ces demi-mondaines. C'est pourtant ce qui arrive à Armand Duval, qui aime dès le premier regard la plus luxueuse d'entre toutes, la séduisante et capricieuse Marguerite Gautier. Il confie à un inconnu compatissant cette passion tragique, à l'occasion de la mise en vente des biens de la jeune femme, emportée par la tuberculose : après les premières rebuffades, la belle croqueuse de fortunes l'élit comme amant de coeur, sensible à la sincérité de son amour, si différent en cela des amitiés intéressées qui l'entourent. Suivront les intermittences de la douleur, les rares moments de bonheur, la fulgurance de la souffrance puis la vengeance destructrice. À travers ce récit se dessine progressivement le portrait d'une femme ambivalente, qui mêle gaieté et tristesse, candeur et prostitution, et qui, dans sa bruyante solitude, saura finalement se montrer d'une grandeur pathétique, illustrant ainsi le thème cher au romantisme de la prostituée réhabilitée par l'amour et la mort.

Alexandre Dumas fils signe là un beau roman, touchant, un brin moralisateur mais surtout très éloigné des oeuvres de son père.

Si Alexandre Dumas produisit une oeuvre romanesque pleine d'aventure et d'action, Alexandre Dumas fils reste ancré dans son époque. Oeuvre résolument tourné vers les canons de son époque, La Dame aux Camélia est proche d'un Flaubert ou d'un Balzac.

Le narrateur, qui n'est pas l'amant de la dame aux Camélia, nous raconte cette tragique histoire d'amour à la première personne du singulier, tel un observateur curieux. Retraçant l'histoire de cette femme qu'il croise parfois, il écoute le récit de son amant. Le monde des demi-mondaines, c'est ainsi que l'on appelait les coquettes ou femmes entretenues au XIXe siècle, est dépeint avec sobriété et réalité, teintée d'une dose de cynisme propre à Dumas fils. La femme est ici manipulatrice et se sert de l'homme comme garantie de vie.
Pourtant, l'amour et plus encore la mort de cette femme, prise dans la fleur de l'âge, la réhabilite aux yeux du monde.

Plus qu'un roman, La dame aux Camélias est une tranche de société, une incursion dans le monde de la prostitution de luxe du XIXe siècle et la condition de la femme. Dans cette société, la femme est morale et respectée - c'est à dire mariée - oui immorale mais attirante - une demi-mondaine. Il semble alors que seule la mort rétablisse l'équilibre des choses. Un roman intéressant pour tous les passionnées d'histoire contemporaine française.

La dame aux Camélia a inspiré l'opéra La Traviata de Verdi.

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