mardi 20 mai 2014

Le grand hôtel Babylon - Arnold Bennett


BIJOU VINTAGE

Présentation de l'éditeur: La fille du magnat américain Theodore Racksole veut un steak et une bière, mais un palace d’un si haut standing que le Grand hôtel Babylon ne saurait s’abaisser à des mets aussi vulgaires. Qu’à cela ne tienne : Racksole rachète donc l’hôtel.
Mais le milliardaire ne s’attendait pas à ce que la gestion hôtelière soit semée de tant d’embûches : la réceptionniste disparaît, le maître d’hôtel démissionne, un jeune diplomate est trouvé mort et son corps est subtilisé. Et que devient donc le prince Eugène, qui devait descendre au Grand hôtel Babylon et dont personne n’a de nouvelles ? Les énigmes s’accumulent et des machinations internationales semblent s’ourdir dans les corridors chics du palace.

Si vous ne connaissez pas Les moutons électriques - non nous ne parlons pas de ceux de Dick quoique...- je vous encourage vivement à mettre vos jolis nez dessus parce que cette maison d'édition publie des pépites. Plutôt à vocation littératures de l'imaginaire comme son nom l'indique, elle a aussi l'intelligence de ressortir des titres oubliés depuis longtemps. C'est grâce à eux que l'on doit la republication du Prisonnier de Zenda dans la collection Rayon vert - collection de classiques de la littérature populaire - ou encore Gagner la guerre de Jaworski dans la collection voltaïque que je vous recommande chaudement.

La grand hôtel Babylon d'Arnold Bennett, publié dans la collection Rayon vert, est un classique de la littérature britannique. Sorti en 1902, il s'agit sans doute du roman le plus connu de l'auteur, mort en 1931. Jamais traduit, il sort enfin en français pour notre plus grand plaisir.

Si je devais qualifier ce roman je ne pourrais faire autrement que de dire "britannique". Pour tous les amoureux de l'Angleterre, ce roman est absolument dans la veine des récits qui savent nous rappeler cette douce Albion. On y retrouve cet humour pince-sans-rire qui sait tant séduire de nombreux lecteurs allié à de nombreux rebondissements qui vous entraînent dans leurs sillages. 

Il y a tout dans ce grand hôtel Babylon, une histoire d'hôtel comme on les aime, déjà, mais aussi une romance, des princes et des Altesses royales, un meurtre, une subtilisation de cadavre, des kidnappings, des menaces au pistolet, des serveurs et des réceptionnistes indélicats et un directeur d'hôtel qui commence à tourner chèvre! Autant dire que le programme des réjouissances est plutôt sympathique. 

Ajoutez à cela un personnage principal intéressant avec qui je me suis tout de suite entendue - oui je m'entends bien avec les personnages imaginaires moi. Racksole est un milliardaire américain mais assez dénué des clichés que l'on pourrait attendre dans un roman paru en 1902. Certes, il achète l'hôtel parce que sa fille veut manger un steak et boire une bière et parce que ça le changera des chemins de fer, mais il est foncièrement bon et ne fait pas n'importe quoi avec son argent. D'un autre côté, ce n'est pas un business man de folie toujours prêt à faire d'énormes profits. Il est assez lucide sur son argent, lorsque l'on met 1 millions de dollars à la banque, ça fait vite 2 millions en intérêts divers mais on ne le sent jamais âpre au gain. il est dynamique, soucieux de la qualité de ce qui l'entreprend et il adore sa fille sans toutefois la pourrir. Il ressemble un peu au père dans Le train bleu d'Agatha Christie mais en mieux, plus moral. 
Quant à sa fille, elle a un peu le côté gâté de Ruth - toujours du train bleu - mais là aussi, en mieux. Elle est certes une américaine, habituée à obtenir ce qu'elle veut mais elle n'en fait jamais trop non plus. Elle n'est donc jamais désagréable ou pédante. Elle sait ce qu'elle veut mais dans les limites du raisonnable. Là encore, il s'en sort bien.
J'ai moins accroché avec les princes que je trouve un peu trop fades à mon goût mais il faut admettre que Racksole prend pas mal de place. Quant aux méchants, ils sont à l'ancienne: machiavéliques et classes.

Je me suis embarquée dans cette lecture avec beaucoup de plaisir. Les rebondissements entraînent le lecteur dans des péripéties sympathiques qui vous feront passer un excellent moment. Un classique à redécouvrir sans modération.

vendredi 16 mai 2014

Homesman - Glendon Swarthout


COUP DE CŒUR DE PERSÉPHONE

Présentation de l'éditeur: Au cœur des grandes plaines de l'Ouest, au milieu du XIXe siècle, Mary Bee Cuddy est une ancienne institutrice solitaire qui a appris à cultiver sa terre et à toujours laisser sa porte ouverte. Cette année-là, quatre femmes, brisées par l'hiver impitoyable et les conditions de vie extrêmes sur la Frontière, ont perdu la raison. Aux yeux de la communauté des colons, il n'y a qu'une seule solution : il faut rapatrier les démentes vers l'Est, vers leurs familles et leurs terres d'origine. Mary Bee accepte d'effectuer ce voyage de plusieurs semaines à travers le continent américain. Pour la seconder, Briggs, un bon à rien, voleur de concession voué à la pendaison, devra endosser le rôle de protecteur et l'accompagner dans son périple.

Homesman est paru pour la première fois en 1988 et fut traduit une première fois sous le titre Le charriot des damnées. Il bénéficie aujourd'hui d'une toute nouvelle traduction grâce à Gallmeister qui conserve le titre d'origine et en donne une traduction liée à l'anglais "le rapatrieur".

Je me suis embarquée dans ce roman à la manière de Mary Bee Cuddy dans le voyage à travers le Territoire de loup, sur un coup de tête, parce que le résumé me plaisait et parce qu'on commençait à parler du film de Tommy Lee Jones. J'ai dévoré le roman en deux jours et j'en suis ressortie toute bouleversée. Je ne savais clairement pas dans quoi je m'embarquais.

Homesman est un livre magnifique sur la conquête des territoires de l'ouest des États-Unis, leur hostilité et les hommes et femmes qui tentent d'y vivre. Le roman s'ouvre sur l'histoire de Theoline Belknap et comment et pourquoi elle perdit la raison. Pas de doute, d'entrée de jeu vous êtes dans le récit. Une terre gelée, balayée par le vent et les intempéries, des hommes égoïstes qui ne voient pas ce qui se passe autour d'eux et qui laissent leurs épouses plonger irrémédiablement. 

Il y a dans ce roman, de magnifiques portraits d'être humains et je n'aurais pas assez d'une chronique pour en parler à fond. On ressent immédiatement un contraste entre les hommes et les femmes dépeints par Glendon Swarthout. Les maris sont égoïstes et lâches. Ils sont tous tellement centrés sur eux-mêmes qu'ils pensent que leurs femmes leur ont fait un sale coup à eux personnellement, sans penser un seul instant à la quantité de douleur qu'il faut pour faire basculer un être humain dans la folie. À aucun moment ils ne se remettent en question ni n'essayent de comprendre leurs femmes. Hormis le hollandais, qui n'a pas grand chose à se reprocher - mis à part une pingrerie peut-être - les autres sont assez méprisables. Ils abandonnent leurs femmes sans remord simplement parce qu'elles ne peuvent plus servir. Les pires étant Vester et le Norskie qui blâment leurs épouses sans sourciller alors qu'ils ont leur part de responsabilité dans leur malheur. J'ai pu comprendre sans aucun soucis la colère que ressent Mary Bee Cuddy face à cette injustice et pourquoi elle décide de s'embarquer dans cette histoire.

Mary Bee Cuddy est un superbe personnage. Une femme d'une force incroyable. Institutrice, elle s'embarque pour l'Ouest puis fait un héritage et s'installe à Loup où elle cultive et mène seule son exploitation. Un véritable exploit lorsque l'on considère que ses voisins s'en sorte moins bien alors qu'ils sont plusieurs. C'est une femme forte mais dotée aussi d'une très grande sensibilité aux malheurs des autres. À travers Mary Bee Cuddy on ressent aussi tous le poids de la misogynie ambiante. Célibataire à 32 an, elle a, physiquement comme psychologiquement, un côté masculin prononcé et on sent bien que cela gêne les gens autour d'elle. Comment trouver un époux pour la seconder lorsque l'on est une femme de caractère dans l'Ouest des USA du XIXe siècle? J'ai été touchée par la fragilité qui se cache derrière le personnage et le fait qu'elle maintienne consciencieusement l'apparence de cette force à toute épreuve. C'est une femme au cœur d'or, mélomane, à laquelle j'ai été terriblement attachée.

A côté de Mary Bee Cuddy, nous retrouvons George Briggs, un voleur de terre qu'elle sort d'une mauvaise passe et qui se retrouve obligé d'accompagner Mary Bee dans son périple. George Briggs est un vrai loup solitaire. Il parle peu, exprime très rarement ses pensées et sentiments, il reste assez inconnu des lecteurs. Malgré cela, c'est un personnage fascinant que l'on apprend à connaître un peu malgré soi et qui prend toute sa dimension dans le dernier tiers du roman.

Si les personnages sont particulièrement forts, il faut aussi voir que la nature elle-même, les grands espaces américains, est au cœur des préoccupations. Elle est tour à tour accueillante ou hostile, belle ou terrible. Homesman est un roman d'ambiance, à n'en pas douter. Comme le disent les affiches du film, il s'agit de la face cachée du rêve américain et c'est tout à fait ça. Non seulement, on y parle des revers de fortune de ceux qui croyaient s'offrir un avenir meilleur, mais en plus, les femmes devenues folles sont cachées et soustraites au reste de la communauté. Préserver le mythe avant tout, tel est l'objectif de la ville.

Homesman a su m'émouvoir comme je le suis rarement. C'est un livre dur, bouleversant qui ne peut vous laisser indemne. Préparez-vous à embarquer pour un périple hors du commun. 

mercredi 14 mai 2014

La ballade d'Hester Day - Mercedes Helnwein


COUP DE CŒUR DE PERSÉPHONE 

EN LIBRAIRIE LE 15 MAI 



Présentation de l'éditeur: C’est l’histoire d’une fille qui ne veut pas aller au bal de promo, d’un apprenti poète qui l’a épousée pour trouver l’inspiration, et d’un petit garçon rondouillard qui, à défaut d’être cow-boy de l’espace, est ravi de tracer la route en camping-car avec eux. L’équipée sauvage d’Hester Louise Day s’annonce comme un fiasco épique. Parce que la famille, même bricolée, ce n’est jamais un long fleuve tranquille, surtout quand on est recherchés par la police et le FBI. Il faut dire que quand Jethro, son cousin de dix ans, s’est invité dans son road trip, Hester n’a pas réfléchi aux conséquences. Mais ce n’est pas trop son fort, les conséquences. Hester a pris la route parce qu’elle ne sait pas ce qu’elle veut. Ça ne la dérange pas d’être rattrapée, mais pas tout de suite, pas trop vite. Avant cela, il y a des paysages sublimes à traverser, des rencontres inoubliables à faire, des éclats de rire et de colère, un peu d’amour ce serait bien, même si son jeune époux, Fenton Flaherty, n’est pas un grand sentimental. Un peu de rêve, un peu d’oxygène… Bref, une ballade belle et mélancolique comme celles dont on fait les grands blues. 

La Belle colère revient en trombe avec son deuxième titre La ballade d'Hester day, dans un genre tout à fait différent. Cette-fois ci, pas d'adolescents malades et en colère après Dieu, juste une jeune fille de presque dix-huit ans complètement paumée dans ses aspirations. Comme beaucoup d'adolescents, elle ne sait pas ce qu'elle veut, hormis qu'elle refuse la vie conformiste que lui destine sa mère: aller à l'Université, non pas pour être une femme libre indépendante et éduquée mais pour trouver un mari avec une bonne situation. Pas étonnant donc que pour la jeune femme bohème qu'est Hester, l'Université ne représente pas un idéal de vie.

Prise d'une envie soudaine d'avoir un enfant à élever, elle tente l'adoption mais se voit refuser par une fonctionnaire un peu sèche. La jeune fille s'embarque alors dans une aventure rocambolesque qui implique ses 18 ans et un mari en la personne d'un jeune poète un peu allumé qu'elle croise à la bibliothèque depuis plusieurs années.

J'ai juste adoré ce roman. C'est une colère d'adolescente bien différente de celle de Richard Casey. Hester Day est une jeune fille qui rêve d'évasion, d'imprévu et d'amour aussi, bien qu'elle ne se l'avoue pas vraiment. J'ai tout de suite aimé son personnage et sa façon de voir les choses alors même qu'elle est parfois une incroyable pisseuse. Son envie de liberté m'a émue tout comme sa démarche, complètement folle mais finalement très logique, en adéquation avec sa personnalité.
Fenton est plus dur à appréhender, on le comprend moins, sans doute parce que le roman est raconté par Hester à la première personne et que nous le découvrons à travers ses yeux. Il est borné, irascible, tout aussi pénible qu'Hester à certains moments, mais finalement on parvient sans peine à s'attacher à lui.
Quant à Jethro c'est un petit garçon qu'on a plaisir à suivre. Il a un petit côté T.S. Spivet avec sa passion pour l'astronomie et son désir de devenir cow-boy de l'espace.

C'est un road-trip marrant ou personne ne sait vraiment où il va ni ce qu'il va trouver à la fin du voyage mais ils parviennent tous à une meilleure compréhension d'eux même. Ils vont rencontrer plusieurs personnes le long du chemin, grandir au fur et à mesure que le voyage avance.
J'ai adoré me glisser dans cette caravane avec eux, de suivre leur périple et les relations humaines qui se nouent entre ces trois personnages que rien ne prédestinaient à se croiser de la sorte.

J'ai beaucoup aimé le style de Mercedes Helnwein, le ton qu'elle donne à Hester, l'humour aussi des personnages parce que ce road trip est allumé et complètement loufdingue plutôt qu'autre chose, rien n'est jamais tragique ou désespéré. Le but est véritablement, pour Hester Day, de trouver qui elle est et ce qu'elle veut dans la vie, de passer de l'adolescence à l'âge adulte. Si Richard Casey cri pour se faire entendre, Hester Day, elle, se fait la malle. D'étapes en étapes, de réflexions en réflexions, Hester grandit et le ton s'affirme. De drôle et un peu déséquilibrée, elle passe à posée et plus mûre.

Vous l'aurez compris, le style, les personnages, le road-trip et l'ambiance m'ont complètement emballée encore mieux qu'un paquet à Noël. J'y étais dans cette caravane je vous dis! Et d'autant plus que tout au long du roman s'égrènent des extraits de chansons folk des années 30. Pour un peu on se serait cru dans O'Brother. Je ne pouvais pas m'empêcher d'avoir la chanson du film en tête...vous savez, celle-là. Laaaaaaaaaaaa lalilala...Du coup je n'ai pas pu m'empêcher de noter les titres des musiques citées en tête de chapitre et d'en faire la playlist. vous la trouverez juste ci-dessous, histoire de vous mettre dans l'ambiance pendant la lecture.

Encore une belle réussite pour la Belle colère, ce deuxième titre a su m’enchanter et me transporter ailleurs, le temps de la lecture. Je repars avec Hester, Fenton et Jethro quand ils veulent!

Playlist

17) Outlaw blues - Bob Dylan

lundi 12 mai 2014

Le diable à Westease - Vita Sackville-West


Présentation de l'éditeur: «Pourquoi avoir choisi Mr Gatacre comme victime ? Je suppose que vous n'avez rien à lui reprocher ? - En partie parce qu'il était petit, frêle, facile à endormir... Et je ne tenais pas à ce qu'il souffre.»
Westease, adorable village de la campagne anglaise, préservé des horreurs d'une guerre encore toute fraîche, est bien tranquille... trop, peut-être ?
Lorsque Roger Liddiard, jeune et brillant romancier, s'y arrête au volant de sa Jaguar, il en tombe amoureux et décide de s'y établir, non loin du Professeur, vieux gentleman solitaire, du peintre Wyldbore Ryan, et de Mary Gatacre, la fille du révérend.
Voici que Mr Gatacre est assassiné, sans raison ni indice évidents... Liddiard brûle de résoudre l'énigme. Sans savoir à quel point sa propre responsabilité pourrait être engagée.

Publié en 1947 et traduit - ENFIN - en français, Le Diable à Westease est un petit bijoux de roman policier. 

J'adore Vita Sackville-West. J'aime le personnage d'abord, un brin excentrique, membre du groupe de Bloomsbury, intime de Virginia Woolf - promis je m'attaquerai un jour à leur correspondance - et le regard qu'elle porte sur sa propre société. J'étais assez impatiente de découvrir ce que son écriture mordante pouvait donner dans une intrigue à la Dame Agatha.

Il faut bien l'admettre, Le diable à Westease, c'est un Agatha Christie déguisé! Il lui manque un Hercule Poirot ou une Miss Marple mais les amateurs du genre se sentiront immédiatement dans leurs charentaises préférées. L'intrigue se déroule intégralement dans un petit village anglais perdu dans une campagne idyllique où il ne semble jamais pleuvoir. Hormis le pasteur, sa femme et sa fille, notre héros, un écrivain, rencontre un vieux Professeur dans son manoir ainsi qu'un peintre célèbre établi dans la région pour le calme et les paysages. Se mêlent alors une intrigue policière à une histoire d'amour entre le héros et la fille du pasteur. 

Ce qui m'a le plus séduite dans ce court roman est incontestablement le style de Vita Sackville-West. Elle a le chic pour les descriptions, les dialogues sont piquants et le roman est traversé de cet humour bien particulier qui caractérise l'auteure. L'humour noir n'est jamais loin et dans un polar de ce style c'est presque inattendu. Agatha Christie sait elle-aussi être très drôle mais lorsqu'elle utilise plutôt le grotesque pour se moquer de ses personnages - Poirot le premier - Vita Sackville-West se fait beaucoup plus incisive. 
Les personnages sont intéressants aussi et bien tranchés. Le récit se faisant à la première personne, c'est évidemment Roger dont nous sommes les plus proches mais cela n'empêche pas d'apprécier - ou de détester - les autres. Le professeur était intéressant avec ses longs monologues, ses explications un peu alambiquées mais celui que j'ai préféré est de loin le peintre. Roger le déteste presque instinctivement, du coup nous sommes toujours partagés entre ce sentiment et son exact opposé. Il est à la fois terriblement attirant et complètement repoussant, c'est assez étrange comme impression. Le lecteur est donc perdu entre faire confiance à l'instinct de Roger et l'importance de ne pas se fier au apparences. 

En plus du style j'ai littéralement adoré la résolution du mystère. Le lecteur va de rebondissements en rebondissements et c'est une excellente idée. La fin, telle qu'elle est conçue, permet au roman d'être véritablement original, Vita Sackville-West noie le poisson avec brio.

Je regrette simplement une petite chose: chez Dame Agatha, lorsque l'action se passe dans un village, vous pouvez être sûr•e qu'à la fin du roman, vous pouvez vous le représenter dans ses moindres détails: rues comme habitants. Malheureusement ici, le récit est assez pauvre en "vie de village". Les personnages principaux sont assez concentrés, il n'y a pas vraiment d'intrigue secondaire puisque tout est resserré autour du meurtre du pasteur. Certes, elle évite les écueils des récits alambiqués mais on perd quand même un peu de ce qui fait le charme de ces petits "whodunnit" à l'anglaise. Cependant, il s'agit là d'une critique de chipoteuse, je l'ai englouti avec une rapidité qui m'étonne moi-même.

Si vous êtes à la recherche d'une lecture divertissante, légère mais qui sait piquer votre curiosité et ne jamais vous lâcher, pas de doute, Le diable à Westease est fait pour vous. Comme en plus il est traduit en français...il n'y a plus d'excuses à avoir. Allez, taisez-vous, je ne veux rien savoir!

samedi 10 mai 2014

Comment ma vie a changé après Stéphane ou La valse brillante - Caroline Gayet


DÉDICACE SPÉCIALE A CONSTANCE 

MA ROMANCE VINTAGE: LE COUP DE CŒUR 

Présentation de l'éditeur: Après huit ans passée en Espagne auprès d'une tante désormais décédée, Nathalie revient chez ses parents à Paris. Elle qui pensait être guérie succombe à la minute même où elle revoit le beau Stéphane, celui-là même pour lequel elle s'est exilée si longtemps. Si le temps à passé, les rancœurs maternelles ne semblent pas s'être estompées et la mère de Nathalie s'oppose encore farouchement à l'amour de deux jeunes gens. Pourquoi la baronne de Karani vouait-elle une haine tenace à Stéphane? C'est ce que les amoureux devront découvrir pour atteindre le bonheur.

C'est la croix et la bannière pour vous parler de ce roman sorti en 1959 chez Denoël car il n'est plus disponible nul part. Je sais, je sais, ce n'est pas sympa de vous parler d'un livre tip-top - surtout d'une romance cool - de vous la mettre sous le nez pour vous dire "ah bah non c'est introuvable, tant pis, repassez plus tard".  
Cheshire: Moi j'aime bien quand tu fais ça...
Persie: Ne soutiens pas surtout!
Il faut dire que j'ai une une excuse et une super valable. Je vous explique. Ayant réussi à me débarrasser de mon chafouin pour quatre jours d’affilée - Ô bonheur -  j'étais entièrement libre pour une retraite spirituelle auprès de mon maître Jedi personnel, oui je sais vous êtes jaloux. Toc. Je me suis donc envolée pour d'autres cieux où la bière est bonne et les saucisses abondantes, elles galopent joyeusement dans l'herbe c'est adorable.
Comme il convient lorsque je suis en présence de mon honorable maître, la discussion dérive toujours peu ou prou vers la romance. Après avoir parlé des premiers Barbara Cartland - Serena et La fille de Serena - nous en sommes venues à la question fondamentale de la romance française.

Oui je l'avoue, pour moi la romance old school s'arrêtait à Woodiwiss et honnêtement, après mon expérience du Loup et la colombe, je n'avais pas vraiment - euphémisme mon ami - envie d'y refoutre les pieds. Heureusement, mon maître Jedi était là pour me parler de Caroline Gayet. Caroline Gayet, c'est de la romance des années 50-60 publiée chez Denoël et republiée chez Tallandier dans les années 70. Mon Jedi me promettait une romance mimi, un héros crousti-fondant et une héroïne qui sait ce qu'elle veut. Je n'ai pas été déçue.

La valse brillante se passe durant le règne de Napoléon III et d'emblée, on voit que l'auteure connait sa période. Un petit détail qui a tout de même son importance: lorsqu'il y a des scènes à l'opéra, nous ne sommes jamais à l'opéra Garnier car bien que commandé par Napoléon III, il ne l'a jamais vu terminé. Difficile donc de se rendre à l'opéra Garnier lorsqu'il n'est pas construit. Ça peut paraître complètement idiot de s'attacher à des détails pareils mais vous me connaissez maintenant, les détails historiques c'est mon dada. Rien ne me fait plus horreur que les anachronismes parce qu'il en ressort toujours quelque chose de faux dans l'ambiance. Je suis une partisane du fait que l'Histoire peut être plus romanesque que le roman, ce n'est pas toujours la peine de piocher dans des idées folles pour faire une bonne histoire.

La valse brillante n'a pas un scénario d'une originalité folle: deux jeunes gens, séparés par une mère haineuse, vont tenter malgré tout de pouvoir vivre leur amour. J'ai très vite compris pourquoi la baronne ne voulait pas que Nathalie épouse Stéphane mais au fond on s'en tape!

PARCE QUE:

1) C'est bien écrit. J'ai eu l'impression de lire un Julia Quinn, l'humour en moins parce que l'auteure maîtrise sa plume. Très jolie, fluide avec de belles descriptions, on évite constamment les écueils classiques de l'écriture de la romance. Pas de gorge palpitante ni de membre turgescent, Caroline Gayet sait susciter l'émotion sans jamais tomber dans le cliché ou le vulgaire. Bien évidemment, comme le livre est publié en 1959, il ne faut pas s'attendre à trouver autre chose que de doux baisers mais l'ensemble est si joli et joliment écrit que c'est un régal.

2) Les héros sont très bien écrits. Là encore, pas de mystère, Caroline Gayet nous offre un duc magnifique, aussi beau physiquement que gentil. Il est amoureux, doux, attentionné. On est loin du mâle alpha dominateur ou du misogyne que l'on trouve chez Woodiwiss par exemple. Il n'est jamais paternaliste et sait que Nathalie est une grande personne, intelligente et capable de prendre des décisions par elle-même. S'il l'éloigne parfois pour mieux la protéger c'est surtout par amour. Oui Stéphane est une grande réussite et c'était extrêmement plaisant de retrouver ce rake repenti mais finalement amoureux fidèle.
Quant à Nathalie, à 25 ans c'est une femme au caractère affirmé qui revient en France. Ce n'est jamais une bécasse, elle est toujours dans le ton et concilie sa mère et son fiancé au mieux. En plus, elle a l'air parfaite mais n'agace jamais car elle ne se plaint pas, n'est pas bêcheuse pour deux sous. Bref, ce petit couple, j'ai adoré les découvrir et les voir surmonter les épreuves ensemble.

3) Même si on découvre vite le pot-aux-roses, l'histoire est très agréable. J'ai bien aimé les rebondissements, les personnages secondaires notamment le frère et la sœur de Nathalie qui sont adorables et l'ambiance de ce Paris du IInd Empire que finalement je connais bien mal en romance. Même la mère, insupportable parce que empêcheuse de tourner en rond, est quand même très bien car nous ne sommes jamais dans le too much. Il y a aussi un petit goût de Persuasion avec ces retrouvailles qui se font, je dois dire, en toute simplicité.

Alors voila, si jamais en fouillant dans le grenier des maisons de vacances de votre enfance, ou en lorgnant du côté des brocantes vous tombez sur La valse brillante, n'hésitez pas. Je vous garanti un très bon moment de lecture et un héros A-DO-RABLE.

Si jamais vous avez des éditions Denoël ou Tallandier à l'ancienne avec des auteures comme Caroline Gayet, Saint-avi, Concordia Merrel, ou Georgette Heyer surtout GARDEZ-LES. On ne les trouve plus nulle part et c'est bien dommage. Sinon, si vous voulez vous en défaire, pensez à votre Persie chérie, je suis toujours là pour accueillir les livres SDF.

Et vous, avez-vous aussi de très vieilles romances qui vous ont marqué? Dites moi tout!

vendredi 9 mai 2014

Les tribulations d'une cuisinière anglaise - Margaret Powell


UN VRAI RÉGAL!

Présentation de l'éditeur: Dans l'Angleterre du début des années 1920, la jeune Margaret rêve d'être institutrice, mais elle est issue d'un milieu modeste et doit "entrer en condition". De fille de cuisine, elle devient rapidement cuisinière, un titre envié parmi les gens de maison. Confinée au sous-sol de l'aube à la nuit, elle n'en est pas moins au service de ceux qu'on appelle "Eux", des patrons qui ne supporteraient pas de se voir remettre une lettre par un domestique autrement que sur un plateau d'argent.

Elle saura leur tenir tête et rendra souvent son tablier pour améliorer ses conditions de travail, jusqu'à ce qu'elle trouve enfin, sinon le prince charmant, du moins le mari qui l'emmènera loin des cuisines des maîtres.
 
Margaret Langsley, ce n'est pas un nom pour être en condition, c'est un nom pour faire du cinéma ça."
Cette petite phrase, c'est ce que s'entend dire la jeune Margaret par sa patronne, une Lady machine, qui trouve que son nom fait un peu vulgaire et tapageur. La jeune fille, qui vient de rentrer "en condition" comme on dit, va vite comprendre qu'entre "Eux", ceux d'en haut et elle, qui appartient à ceux d'en bas, il y a tout un monde.

Publié en 1968, ce témoignage de Margaret Powell, nous régale des souvenirs d'une fille de cuisine puis de la cuisinière qu'elle est devenue dans les maisons huppées - ou moins huppées - du Londres des années 20-30. De la patronne qui veut que les lacets de chaussures soient impeccablement repassés tous les jours à celle qui demande qu'on lui cuisine des plats dignes de Buckingham avec trois fois rien, c'est toute la diversité d'un métier disparu que Margaret nous raconte. 

On entre dans Les tribulations d'une cuisinière anglaise comme on entre dans un roman. Dès la première page, on est saisi par le franc-parlé de Margaret et sa joie de vivre car croyez-moi, cette jeune fille sait où elle va! Pas question pour elle d'être malheureuse même si tous les jours n'ont pas été rose. C'est à la force de sa volonté qu'elle compte bien s'élever dans la société. Citadine d'une petite ville anglaise, Margaret voit le jour dans une maison où il y a trop d'enfants et où son père, pourtant travailleur loin des clichés du prolétaire du début du siècle, n'a pas de travail en hiver. Après un passage à la blanchisserie, elle se voit donc forcée d'"entrer en condition" ce qui la rebute. 

On s'attache très vite à cette femme qui écrit comme elle parle, qui n'hésite pas à parler de tous les tracas du quotidien: sexualité, fatigue, ennuie, amour, tout y passe avec un bon sens et un pragmatisme bien anglais. Elle s'étonne encore que ses patrons, démissionnaires au sujet du bien-être physique de leur employé/es, s'inquiètent constamment de leur morale. Comme elle le démontre si bien, lorsque l'on vient d'un milieu pauvre, entre la peur et l'ignorance, on sait que se retrouver enceinte, c'est la fin de tout.

J'ai vraiment aimé qu'elle commence son récit par son enfance, cela permet de mieux comprendre d'où elle vient et surtout ce qui la pousse à entreprendre un métier qu'elle déteste. C'est aussi une femme en avance sur son temps avec pas mal d'idées progressistes et féministes - même si je doute qu'elle se revendique comme telle - sur la place des femmes dans la société et les injustices qu'elles subissent. On sent également l'importance du mariage dans ce Londres de 1920/30 comme seul échappatoire possible à sa condition. C'est assez tragique de penser que seul ce biais là pouvait lui permettre de changer de statut social et de commencer une nouvelle carrière.

On découvre des choses aberrantes dans son récit, comme le maintient à tout prix d'une certaine classe sociale, peut importe ce que ça implique pour les employées: les mauvaises conditions de travail, les places dont on bouge parce que trop mal payées ou parce que la patronne est insupportable, les patrons qui aimeraient vous voir faire plus que cirer les parquets mais aussi les patrons humains qui prennent soin de leurs personnels.

Témoignage touchant tout autant qu'essai sociologique sur une société disparue, Les tribulations d'une cuisinière anglaise se dévore en une fois. Impossible de ne pas se prendre au piège et de continuer à lire alors même qu'il n'y a ni histoire ni suspense, autre que de savoir ce qu'est devenue Margaret Langley.

Ne craignons rien pour Meg, elle s'en est très bien sortie et on est ravi! Une plongée dans le monde "Upstairs Downstairs" qui nous laisse un petit goût de Downton Abbey.

mardi 6 mai 2014

L'exception - Auður Ava Ólafsdóttir


Présentation de l'éditeur: « Tu seras toujours la femme de ma vie. »
Dans le vacarme d’un réveillon de nouvel an, María n’entend pas ce que Floki, son mari, lui annonce : il la quitte pour son collègue, spécialiste comme lui de la théorie du chaos.
Heureusement, dans la nuit de l’hiver polaire, Perla est là, charitable voisine d’à peine un mètre vingt, co-auteur de romans policiers et conseillère conjugale, qui surgit à tout moment de son appartement de l’entresol pour secourir fort à propos la belle délaissée...
Ni Perla la naine surdouée, ni María l’épouse idéale démunie devant une orientation sexuelle désormais incompatible, ni les autres acteurs de cette comédie dramatique à l’islandaise – adorables bambins, belles-familles consternées ou complices, père génétique inattendu – ne détournent le lecteur d’une alerte cocasserie de ton, d’une sorte d’enjouement tendre, de brio ininterrompu qui font de l’Exception un grand roman de la déconstruction et de la reconstruction narcissique à la portée du commun des mortels.

Je suis passée à côté du raz-de-marée Rosa Candida lorsque celui-ci est sortie. Bien sûr j'en avais entendu parlé - même si de façon persistante je confonds encore ce livre avec Ce que je sais de Vera Candida de Véronique Ovaldé - mais je ne l'ai pas lu. Oui vous êtes habitués à ce genre de début d'article. Vous le savez bien maintenant, je suis toujours en retard sur les nouveautés mais je finis toujours par me rattraper.
Afin de combler mes lacunes - en retard peut-être mais bien élevée sûrement - j'ai décidé de lire son dernier roman L'exception pour voir de quoi il retournait.

Bien, bien, bien...
Oui merci Greggory
il est de ces livres qui vous tombent des mains. Sans être forcément mauvais, ils vous déçoivent simplement et/ou vous ennuient. L'exception est de ceux-là. Je pense que la quatrième de couverture et les éloges qui ont été faits sur le livre ont contribué à mon désappointement, néanmoins je ne m'attendais pas à l'abandonner en plein milieu à coup de soupirs désolés. Cheshire est témoin du phénomène..."Et croyez-moi, ce n'est pas drôle".

Lorsqu'on me propose un récit drôle, touchant, avec moult péripéties et une naine surprenante et que...rien...non vraiment, rien, il y a de quoi être déçue.
Pas de bol pour Olafsdottir, j'avais lu juste avant ou juste après - dans tous les cas la comparaison est défavorable - Miss Alabama et ses petits secrets où là aussi, un personnage est une naine mais cette fois-ci, tout à fait géniale! Du coup, à côté d'Hazel, Perla fait un peu pâle figure, d'autant plus qu'une fois sur deux je ne comprends absolument pas le baratin qui lui sort de la bouche. Ses longs monologues un peu loufoques censés remonter le moral de l'héroïne m'ont largement ennuyée et je n'ai pas accroché plus que ça.

Je disais donc que la quatrième de couverture me promettait un récit enjoué et moi naïvement je m'attendais à une histoire à l'anglaise pleine de rebondissements, de personnages loufoques et drôles. Finalement j'ai eu le droit à un roman très mou, longuet où les personnages m'ont fatiguée plus qu'autre chose. L'héroïne et son mari ne valent pas mieux l'un que l'autre - non mais sérieux...250 pages où on tourne en rond avec elle d'un côté qui pense qu'il va revenir et lui qui dit que non, il aime un autre homme et qu'il ne rentrera pas - et j'ai cru lire une retranscription de Toute une histoire, le soleil en moins puisqu'on est en Islande et qu'il fait jour entre 11h et 15h.
J'ai cru comprendre que Perla pouvait être la véritable héroïne du roman...moui...si on veut. Si on rajoute à tout ça, un père biologique qui revient et une adoption en cours, on obtient un livre qui essaye d'être à la fois drôle et tragique et ça ne fonctionne pas.

Non, non vraiment avec la meilleure volonté du monde, je n'ai pas pu! Le côté drôle du livre m'a laissée comme ça:

Je vous jure que l'image est animée
C'est clair que les personnages m'ont - légèrement - gonflée, là l'exception (héhé) de Bambi le petit garçon qui est effectivement très mignon. Il ne comprend pas bien ce qu'il se passe, reste collé dans les jupons de sa mère tout en voulant faire la fierté de son papa. Lui était touchant et c'est joli personnage de bébé qu'elle réussit à écrire.

Après ça, ce n'est pas tout à fait noir, il ne faut pas abuser non plus. Si l'histoire en soit ne casse pas trois pattes à un canard unijambiste, j'ai trouvé assez intéressante la forme narrative qu'utilise Olafsdottir. Le récit jongle, assez habilement, entre la première personne du singulier - Maria - et la troisième. Cela crée un contraste intelligent qui permet de renforcer notre rapport au personnage même si dans mon cas la sauce n'a pas prise pour d'autres raisons.

Alors non, on ne peut pas dire que je recommande franchement L’exception même si j'aurai bien aimé parce qu'à lire le résumé, l'ensemble était tentant. Dommage.