lundi 3 novembre 2014

Monotropa uniflora - Les Brumes de Grandville #1 - Gwendoline Finaz de Villaine


SOUS LE CHARME, CATÉGORIE COUP DE POUCE

Présentation de l'éditeur: Peut-on tomber amoureuse dune simple voix, d'un esprit, sans y perdre son âme ? 
1919. Au lendemain de la première guerre mondiale, Apollonie devient professeur de musique. Belle, libre et déterminée, la jeune orpheline découvre la vie au château de Grandville. Elle ne tarde pas à faire la connaissance du fils de la Comtesse, le magnétique et mystérieux Hector, dont la beauté na d'égale que le cynisme. Apollonie, encore troublée par cette rencontre, tombe sous le charme indécent d'une voix mystérieuse sortie des ombres.
« J'étais en présence d'un esprit authentique. Un spectre. Je ne pouvais pas le voir, mais je l'entendais parfaitement. Et le pire, dans toute cette histoire, c'est qu'il était doté dune voix déroutante. Son timbre possédait une douceur étrange, mêlée d'accentuations rauques, presque envoûtantes. » 

Un roman, c'est comme un chaton: parfois on craque pour l'un d'entre eux. Ce n'est peut-être pas le plus beau ou le plus parfait des chatons mais on craque pour lui quand même. C'est ce qui m'est arrivé avec Les brumes de Grandville

J'étais déjà convaincue par le pitch de départ vous me direz: un upstairs-downstairs dans les années 20, une histoire d'amour, un fantôme, je ne pouvais décemment pas passer à côté. Je ne regrette pas mon pari.

Nous allons commencer avec les choses qui fâchent, nous en serons débarrassés et ça nous permettra de nous concentrer sur l'essentiel. Les Brumes de Grandville est un premier roman...et ça se sent. C'est sans doute le plus gros défaut de ce roman: le style. Gwendoline Finaz de Villaine fait beaucoup d'effort mais parfois les phrases sont un peu trop simple quand la synthaxe n'est pas étrange. Les premières pages souffrent un peu de ce style simple mais il s'améliore avec le temps. Il y a également le fait que Les Brumes de Grandville est écrit à la première personne. C'est, de mon point de vue, l'un des choix les plus difficiles à assumer surtout dans une histoire d'amour. Si on se permettait d'écouter nos pensées, on se rendrait compte qu'on a tous et toutes des instants globalement cucu mais il est vrai qu'à l'écrit ça passe moins bien. Après, ne jetons pas bébé avec l'eau du bain. C'est un premier roman et l'auteure ne peut que s'améliorer. Si elle ne maîtrise pas un style très littéraire, elle a le mérite de tenter certains paris stylistiques qui sont tout à son honneur.
J'ai lu sur d'autres blogs que les phrases en patois normand avait beaucoup gêné la lecture, ce n'est pas mon cas. Au contraire je trouve ces détails très intéressants car cela permet d'ancrer le récit dans son époque autant que dans son milieu géographique: la Normandie des années 20. C'est justement le genre de paris qui font des Brumes de Grandville un assez bon premier roman. Malgré ce défaut il n'en est pas moins prometteur.

Si Gwendoline Finaz de Villaine n'écrit pas encore comme Proust - est-ce à souhaiter d'ailleurs? - elle a au moins le grand mérite de créer une véritable ambiance. Une fois plongé dans le roman, on ne peut pas le lâcher ni se défaire de son ambiance. Une de mes collègues l'a lu également et a trouvé qu'il y avait cette même ambiance. Pour le coup, cette collègue - aussi spécialiste jeunesse - a tendance a préférer les romans destinés aux garçons et elle ne lit pas de romance mais là elle a accroché en disant "je me suis sentie tellement bien après la lecture que je le recommande". J'étais secrètement ravie du pouvoir de la romance: NON ce n'est pas une littérature nulle! Bref, je m'égare. Les Brumes de Grandville sait placer une vraie ambiance qui lui est propre. On sent immédiatement le côté upstairs-downstairs ce qui est agréable car c'est un genre qui manque beaucoup dans la littérature française et le fantastique qui se rajoute ensuite apporte une petite touche bienvenue. Je n'ai pas été surprise par le tournant fantastique du récit parce que je savais qu'il y a avait un fantôme cependant c'est vrai qu'il aurait peut-être failli mettre un ou deux évènements annonciateurs de ce twist. 

J'ai bien aimé les personnages, Apollonie est une jeune fille agréable. Elle est assez vive, touchante, même si elle se montre parfois un peu naïve. Il ne faudrait tout de même pas oublier qu'elle sort à peine du couvent et qu'elle ne peut pas, non plus, avoir des attitudes qui ne correspondent pas à son éducation. Hector est un être assez désagréable, comme ses soeurs qui sont d'horribles pimbêches. La maman échappe à ce côté affreux, c'est une femme agréable, une douce maîtresse de maison. Quant au fantôme je l'ai trouvé touchant et j'avais assez hâte qu'il vienne voir Apollonie. Je trouve que l'auteure réussit à éviter la caricature et à être mesurée avec ses personnages. Les filles sont vilaines certes mais pas non plus des garces finies et leur mère ne se révèle pas être un tyran comme on aurait pu s'y attendre. Il y a des rumeurs, de mauvaises actions mais aussi pas mal de positif pour contrebalancer tout ça. J'ai apprécié cette pondération.

L'intrigue est très agréable, on se laisse porter par l'histoire. Même si certains rebondissements semblent cousus de fils blancs,  il n'en reste pas moins qu'il y a d'excellentes idées qui nous tiennent en haleine. De sorte qu'on oublie que Les Brumes de Grandville est un premier tome! J'étais tellement accrochée que j'aurai embrayé sur la suite sans problème, je suis sur les dents! Gwendoline Finaz de Villaine réussit quelque chose de rare dans les séries: le renouvellement complet. La fin du premier tome nous donne à penser que la suite va prendre un autre tour et je suis pressée de savoir lequel!

Et puis...et puis...Les Brumes de Grandville est une pré-romance! Je m'explique: il est étiqueté à partir de 13 ans et honnêtement à part une scène un peu "chaude" de baiser passionné - pas d'excitation on est loin d'un Aventure et Passion - il n'y a rien qu'une enfant de 13 ans qui a déjà lu Nos étoiles contraires ne puisse lire. C'est pour moi une excellente initiation à ce genre pour les plus jeunes avant la plongée dans les Aventures et passion de maman, mamie, tata etc dès nos 15 printemps. Vous le savez, la romance j'aime et là j'adhère!

Pour finir, ce roman est aussi un roman marqué par la musique, amours premières de l'auteure. Je regrette qu'elle n'ait pas plus appuyé sur ce thème qui aurait pu véritablement soutenir la narration. Espérons qu'elle le fera pour la suite!

Voila, nous arrivons à la fin de cette chronique et il faut récapituler: Les Brumes de Grandville n'est certes pas un roman parfait mais il a su me toucher notamment par son intrigue et son audace. Je ne peux que le recommander, il faut soutenir les premiers romans et les petites maisons d'éditions comme l'est B. édition.
Sinon, un clip vidéo est disponible - j'avoue je suis moins fan - et une communauté s'est créée sur Facebook à propos du roman.

Et si vous vous demandez à quoi ressemble une Monotropa Uniflora, voila la réponse (jolie trouvaille d'ailleurs):

8 commentaires:

Cécile a dit…

Si je lisais des histoires de fantomes, je lirai celle-là, rien que la couverture est magnifique!

Perséphone a dit…

Ce n'est pas qu'une histoire de fantôme. Je trouve que le côté Upstairs-Downstairs est plus important finalement. Il est très sweet :-D

Clelie a dit…

Et un nouveau titre à retenir, un ! Le résumé que tu en fais, malgré ses défauts de premier roman, m'attire vraiment. C''est décidé, je le déniche dès que possible !

Perséphone a dit…

@Clélie: C'était important pour moi de ne pas en faire une critique dithyrambique parce que même si je l'ai adoré je suis consciente de ses faiblesses. Du coup j'espère ne pas vous décevoir :-) Tu me diras?

Clelie a dit…

Ta critique est parfaitement objective, et c'est bien que tu mettes en lumière les points positifs autant que les faiblesses... ! C'est promis, je reviens en parler ici dès que je l'aurai lu... ;)

Clelie a dit…

Je repasse par ici, comme promis, pour te dire ce que j'ai pensé des Brumes de Grandville ! Globalement, je dois dire que je suis tout à fait d'accord avec ce que tu as dit : ce roman a de grandes faiblesses, son style est un peu aléatoire, et dans les scènes de romance à proprement parler, j'ai trouvé certains moments vraiment très mièvres... Sans doute parce que j'ai vraiment eu la sensation d'avoir déjà lu ce genre de phrases des milliers de fois dans la littérature jeunesse ou dans la romance... Mais bon, ces moments passés, ce qui est indéniable, comme tu le dis si bien, c'est l'ambiance ! Tout est très bien installé, et on passe un vrai bon moment. La preuve, c'est qu'il m'a été impossible de le lâcher avant de l'avoir terminé. Sans doute l'auteur va-t-elle aussi un peu trop vite pour passer d'une scène à l'autre, et j'ai regretté qu'elle ne prenne pas plus de temps pour laisser la tension, l'angoisse, s'installer davantage. Quant aux personnages, j'ai trouvé William particulièrement réussi, parce qu'on adore le détester ! Quant à Hector, je me demande ce que l'auteur lui réserve dans le tome 2... En tout cas, merci beaucoup pour ce conseil lecture, qui fait vraiment passer un agréable moment !

Perséphone a dit…

Je suis ravie de te voir succomber. Elle a vrai pouvoir malgré les défauts du roman je trouve. On sent le potentiel de l'auteur. J'ai hâte de lire la suite!

Impasse des Pas Perdus a dit…

Le descriptif, les commentaires ancrent mon envie de le découvrir. Merci

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